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f>arlie. b Ce qui De signifie pas seulement oue la substance» unie a la quantité, n*a pas de parties» et qu'elle peut en recevoir par la division ; car si la même entité substantielle était sous chaque partie de la quantité» comment pourrait-on diriser Tidentiqued^a- Tec lui-même ? La substance » dans notre hypothèse» doit avoir des parties» même avant la division.
Entrons maintenant dans cette partie de la physique, qu'on appelle, en scolastique» le traité de F&m^.
S XII. — Uofon de rame et du corps.
La question de l'union de TAme et du corps est la principale dont nous ayons à parler dans ce paragraphe; aussi avons-nous I>eusé qu'il nous serait permisde Tinscrire en titre» quoique» pour rendre notre exposé complet» nous ayons à présenter tout d*abord quelques aperçus sur TA me en général.
Il y a trois sortes d'Ames : la végétative» qui exécute les mouvements sans les causer; Ja sensitive» qui acquiert d'elle-même les formes aptes à produire les mouvements; la rationnelle» qui peut se proposer la fin du mouvement» outre qu'elle possède les perfections des deux autres, (i part.» quœst. 78» art. 1.) Ainsi l'Ame pense et veut» sans 4^u'un organe corporel soit affecté à ces fonctions; elle sent par un organe» mais non ()ar une qualité corporelle (qui» dans la sensation» ne peut être qu'une simple condition) ; elle procure l'accroissement du corps par une Qualité corporelle : car la digestion est l'effet dd la chaleur, (i nart.» quœst. 78» art. i.)
Quant aux modes de vivre» il y en aqnatre» parce que certains animaux «en/anl sans avoir la faculté /ocomo/rtce» ce qui donne deuxsut)divisions h la vie sensitive.
Dans l'homme » c'est TAme qui est ellemême le principe viial du cor[>s» et qui remplit toutes les fonctions dont il vient d'être parlé. Ils se trpni^ient donc ceux qui imaginent un princi()6 vital» distinct de l'Ame. £n effet» dans tout composé il ne peut y «Toir qu'une forme substantielle ; car la forme substantielle est l'acte premier de la matière, ce qui lui donne l'être. Donc tout ce qui vient ensuite ne peut être qu'une forme accidentelle, (i part.» quœst. 76,art. h.) Sont donc également dans i erreur ceux qui admettent dans les êtres autant d'Ames que de genres de vie; ceux qui, se bornant A admettre une seule Ame, (prétendent qu'il y a, en outre» la forme de la matière; ceux enfin qui, outre la forme totale» admettent d'autres formes spéciales pour l'œil» pour le nang, etc. il n'y a dans l'homme qu'une forme substiintielle, TAme ralionnelle» qui est Tacte premier d'être et d'agir de la substance physique, (i part., quœst. 76, art. 1.) i]9 qui en est une nouvelle preuve, c'est que l'être vivant ne serait plus un s'il avait plusieurs formes substantielles. D'ailleurs, à quoi bon imaginer des êtres sans nécessité; pourquoi y aurait-if plusieurs formes sub- ^tantiellesi puisquTune Seule peut faire tout
ce qu'on attribue è plusieura? Enfin Vex^iérience prouve que les fonctions intellectuelles de 1 Ame« en s'exergant» empêchent» à un certain degré» les fonctions sensitives» f»t ré ciproguement; ce qui n'arriverait pas si leur
Ïrincipe n'était pas le même. Aussi saint homas» en admettant» comme ses contemporains» que l'homme en naissant reçoit d'abord une Ame purement végétative, admet qu'elle est remplacée par une purement sensitive, laquelle, a son tour, est remplacée par VAme rationnelle. (1, quœst. 118» art. S, ad 2.)
Le sang, les quatre humeurs et les esprits vitaux sont animés (informanêur ab antnia} comme les parties principales du corps. Ici saint Thomas compare l'homme (le microcosme) au monde. Les quatre humeurs ré*> pondent aux quatre éléments (^ dist. U» quœst. 1, art. 2), savoir : la bile» au feu ; le sang, à l'air; la pituite, à Teau; la mélancolie,li la terre. Aussi ces quatre humeurs seront dans le corps après la résurrection. Dans le corps» comme dans le monde» il. y a des solides» des liquides, des fluides; et l'Ame le pénètre tout entier, comme Dieu est présent k toutes les parties de l'univers. Un thomiste assez célèbre du xviv siècle (Goudin) complète cette analogie en montrant» dans la circulation du sang» qu'il croit avoir été entrevue par Aristote» une image du cours des fleuves» et il ajoute très-sérieusement que le foie est au cœur ce que la mer Caspienne est à l'Océan.
Les cheveux, les dents» les ongles sont animés aussi, puisau'ilasont des instruments de l*Ame. Mais il n en est pas de même de ce qui, dans le corps, sert à produire ou à entretenir la vie d'un autre être, (b» dist. U, art. 1, 7.)
Les puissances de TAme étant spécifiées par leurs actes et par leurs objets propres» sont au nombre de cinq, savoir: la puissance végétative» la sensitive, l'intellective (entendement et volonté rationnelle), Tappétitiveet la locomotive. (1, quœst. 77, art. 3; i-2» quœst. 5fc, art. 6.;— 1 , quœst. 78, art. 1.) Après Aristotf*» saint Thomas essaye de montrer que cette division est fondée sur la nature des choses. (Quœst. 13» Be ontm.)
Les puissances végétatives sont la nutritive, I augmentât! ve et la générative, qui sont des forces distinctes des organes» et distinctes entre elles.
Saint Thomas (i part.» quasst. 119, art. 1) rejette Popinion de P. Lombard, qui prétend qu'aucune partie des aliments ne se change en la substance de l'homme, mais que les aliments ne servent qu'è entretenir la chaleur naturelle. Le saint docteur est ici meilleur chimiste que le Maître des sentences. Il est aussi plus conséquent avec son fameux principe, que toute forme d'être corruptible peut changer de matière.
Pour la puissance générative, saint Thomas rejette l'opinion des anciens (philosophes qui croyaient que cette puissance 0{)èie en empruntant quelques parties à
DlCTlONNÂinE DU PARALLELE.
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chacun des organes au corps. U fait obser- Ter que ces organes n'ont qu'une destination individuelle, et que la propagation de ]*espèc8 exigeait quelque chose de spécial.
Avant de passer à ce qui concerne l'ftme sensitive, il n*est pas inutile de revenir un instant sur la donnée fondamentale de ce paragraphe» et de faire observer que saint Thomas» en dérJarant que l'Ame est au corps ce qu'une forme est è sa matière» a rendu sans objet tous les systèmes imaginés après lui pour expliquer l'union de l'Ame et du corps. L'harmonie préétablie de Leibnitz» les causes occasionnelles de Descartes» VinOux physique d'Euler» le médiateur plastique de Cudworth supposent que l'Ame et le corps sont deux substances indépendantes naturellement l'une de l'autre. En partant de là» il devient très-difficile d'expliquer l'union de deux substances si difféfentes. Pour saint Thomas cette difficulté n'existe pas; car» dans l'homme» c'est le composé qui est substantiel (donc c'est le composé qui agit : Aclione$ $unt cemposî/t»
{misque operari sequilur esse)» le corps et 'Ame étant wnis jubstantiellement et non accidentellement» comme dans les autres systèmes. Et c'est ici le lieu de mentionner une particularité assez remarquable» que nous retrouverons plus loin dans une citalion du saint docteur. Selon lui» le corps n'est pas» comme le croient beaucoup de philosophes spiritualistes» un obstacle aux opérations de l'Ame » c'est pour son bien que celle-ci a été unie substantiellement à des organes. Etant la dernière dans l'ordre des êtres intellectuels, TAme ne verrait les choses que confusément» si elle ne pouvait» au moyen des sens» percevoir les êtres particuliers, et en tirer des formes inten- . tionnelles dans lesquelles elle cannait l'universel d'une manière précise^
On désirera peut-être savoir quelles idées a exprimées saint Thomas sur TinQuence réciproque du physfque et du moral de l'homme* En parlant de l'Ame sensitive» nous aurons occasion de constater le rôle important qu'il attribue à la sensation, et qui Ta lait souvent accuser de sensualisme. On ne s'étonnera donc pas de rencontrer çà et là dans ses écrits quelques passades qui semblent contenir en germe les principes de la phrénologie.
Dans la Somme (quœst. 78» art. h) on voit qu'il connaissait et qu'on connaissait de son temps le principe de la multiplicité des organes dans le cerveau. Un passage beaucoup plus curieux (qu^st. 76» art. S» ad 3» et hoe compeiiê in p/anltt...}» et dans lequel saint Thomas ne se tiurne plus à citer» mais semble adopter le principe fondamental de la phrénologie, rapproche ce principe d*une des vérités les plus técondes de la zoologie, savoir» la distinction des organes» considérée comme base d'une classification naturelle. «Quoique l'Ame intellective soit une par rapport à l'essence» cependant à cause de sa peifection elle e^t mulliple dans $e$ facul-
tés. Aussi pour ses durerses opérations elle a t>esoin de diverses dispositions dans les parties du corps auquel elle est unie. Et c*eu i)our cela que nous voyons une plus grande diversité de parties dans les animaux parfaite que dans les imparfaits» et dans eeus« ci que dans les plantes. »
§ XliL — De FAme sensitive et de TAme des bèKi.
Pour exposer complètement la doctrine de saint Thomas sur la sensation» nous aurions besoin d'aborder ici la théorie des espèces; mais» devant la traiter avec détails dans un paragraphe spécial, nous renverrons à ce
riragranhe tous les développements relatifs cette tnéorie, nous l)ornant è l'indiquer ici» quand nous le jugerons indispensable.
L'Ame des animaux» dit saint Thomas, n'est divisible ni per se ni per acciden$: il s'agit des animaux parfaite. (Inr l'Ame des animaux imparfaits est divisible comme celle des plantes. L'indivisibilité de rtfoe est une conséquence de son immatérialiié, que le saint docteur prouve ainsi (i part., quaest. 'R&» art. 1) :
« Pour rechercher la nature de l'Ame, il bot présupposer qu'elle est le premier principe de la vie dans les êtres qui vivent, ur nous appelons animée les êtres qui vivent, et m»niméÊ ceux qui sont privés de la vie. Hais la vie se manifeste surtout de deux manières» par la connaissance et par le mouvement. Les anciens philosophes» ne poufant s'élever au-d(>ssus de l'imagination» allrihuaient ces actions à un corps» disant que les corps sont seuls réels, et que ce qui n'est pas corps n'est rien ; d'oii ils concluaieot que l'Ame est corporelle. La fausseté de cette opinion se déduit d'une foule d'ai^uments : un seul nous saflit pour montrer certainement que l'Ame n'est pas corporelle. Il est évident que l'Ame n'est pas un priiicipe quelconque d'opération vitale; car l'œil serait Ame, puisqu'il est un principe de tir sion, et il faudrait en dire autant des autres instruments de TAme. Donc l'Ame esl^ le premier principe de la vie. Mais» <]uoiqu'aB corps puisse être un principe de vie» comme )o cœur dans l'animal» cependant un corps ne peut être le premier principe de la vie. Car il est évident qu'un être, principe de vie ou vivant» ne convient pas au corps» en laot que corps; autrement tout corps serait ii« vaut ou principe de vie. Un corps ne ^ui donc être vivant» ou principe de vie» qasutant qu'il est tel corps particulier. Or d'élre tel corps actuellement» il a cela d'uapriocipe qui est son acte. Donc l'Ame» qui est le premier principe de la vie» n'est (las corps» mais acte du.corps, c^mme la chaleur» qui est le principe de la caléfaction» n'est pas corps, mais acte du corps. »
Oa peut deooander maintenant : La matière n'est-elle pas au moins partie de rimer Non, répond saint Thomas (i fiart.» qusst* 75» art. 5)» l'Ame n'a pas de matière; on peut le montrer par deux raisons. « D'abord par l'essence de l'Ame en général. Car il est de l'essence de rême d*êire la forme du corps»
THOMISME
Donc, OQ elle est forme seion sa lotalilé» oa selon une partie d'ellA^mème. Dans le premier cas, il est impossible que la matière en fesse partie, car la matière est ce qni est en puissance seulement, tandis que la forme, en tant que forme, est acte. Or ce qui est en puissance seulement ne |)eut pas être partie de l'acte , puisque la puissance est préciaéinent rop(M)sé de Tacte. Mais si Tâme est forme selon une partie d*elle-m6me , nous appellerons Ame cette partie; et cette matière dont elle est d'abord Tacte, sera pour nous le premier animé. »
La seconde raison est Urée de la qualité d*iotellecti?e que possède Féme humaine, et ne peut, par conséquent, se rapporter à notre sujet.
A cette question : L'Ame en général estelle en chaque partie du corps? saint Thomas répond |)ar la distinction, énoncée plus haut» de totalité d'essence, et totalité quantitative, (t, quœst. 76, art. 8.) « La forme qui eiige la diversité dans les parties , comme TAme, surtout celle des animaux parfaits, n*a pas le même rapport au tout et aux parties, d'où elle ne se divise pas par.accident, c*est-è-dire fNir la division de la quantité. Donc la totalité quantitative ne peut être attribuée à l'Ame, ni en soi , ni par accident ; mais la totalité seconde ou d'essence convient aux formes. »
On voit par là oue saint Thomas établit une différence trancnée entre l'Ame des bètes et la êubêiance matérielle, quoiqu'il dise celle-ci inétendue et active.
Il Coiut distinguer les sens externes et les sens internes.
Rien de particulier sur les sens externes , sinon qu'on appelle sensible propre ce qui est l'objet d'un seul sens ; sensible commun ce qui est l'objet do plusieurs (tous les sensibles communs se résument aaos la quantité); sensible peracctdefM la substance qui est cachée sous les qualités.
Les sens internes sont, 1* le 9€n$ commun^ qui com|Mire les données des sens externes; 2r Vimaginationf qui représente et qui perçoit les objets ansents ; 3* Veslimatiee^ qui l>erçoit Tutilité des choses, leur danger, etc. trest rinstinct par lequel l'animal perçoit ce oui ne ré|K>na à aucune sensation. Eu Ibomme cette faculté est intellectuelle, quoiqu'elle n*atteigne aue le (larticulier. i* La mémoire conserve les intentions non $enii^ ùies^ comme l'imagination conserve les sensaiions. Ces facultés sont possédées par les animaux comme par l'homme: mais elles sont h un degré supérieur dans l'homme, qui a de plus l'intellect, par lequel il connaît le monde suprasensible « et par lequel aussi il voit, dans le monde sensible, iesraûonâ générales qui ne tombent pas sous les sens.
Les animaux possèdent aussi l'appétit sensitifqui est une inclination vers le bien |ierçu par les sens; cet appétit est appelé <:oncupiscible, ou irascible, selon qu'il peut, f>u qu il ne peut pas arriver à son objet sans trouver d'obstacles.
l>ans la première paitie de la Somme
(quœst. 92, art. 1), on trouve une raison de la différence des' sexes. Ils sont unis ordinairement dans la plante, parce que la génération est sa fonction la plus noble; maisdans les animaux, la eonnaiisanee $en$itive est plus noble que la générative, et c^est pour faciliter cette connaissance que le Créateur a établi la séparation habituelle des sexes.
L'Ame des animaux est tirée de la matière è laquelle elle est unie; aussi elle n'existe pas séparément, lorsque l'animal est transformé par la corruption.
La faculté sensitive est passive (1 , quasst. 78, art. 3). Elle est mise en acte par I objet. Les changements dans les sens ne sont pas purement corporels; autrement, tous les corps sentiraient; pour la sensation, il fout que la forme de I objet soit communiquée, a l'état spirituel ou intentionnel , à la puissance sensitive. Exemple : l'effet de la couleur sur la prunelle. Quelques sensations, comme celle de la chaleur, ne sont pas des changements intentionnels.
Certaines qualités sensibles (prtmo et per «e) nons affectent directement; d'autres, les sensibles communs (qualités communes à plusieurs qualités sensibles particulières ), ne sont pas vues en elles-mêmes, comme par exemple , l'extension que nous percevons par fa couleur.
La transmission par les corps des formes sensibles è Télat intentionnel est nécessaire à la connaissance; mais elle ne suffit pas; car dans la phantai$ie , ces formes ne sont pas encore intelligibles, puisqu'elles représentent le singulier, qui n'est pas l'objet de l'entendement. L'intellect actii abstrait de ces formes d'autres formes intellîKibles qui réduisent en acte Tintellect passif. Pour se convaincre que dans le rôle important qu'attribue saint Thomas è la sensation il ne faut pas voir la confusion de Tordre intellectuel et de l'ordre sensible , il n'y a qu'à lire les citations qui suivent.
« La forme sensible est d'une manière différente dans la chose qui est hors de l'Ame , et dans le sens qui reçoit les formes des choses sen?:ibles sans la matière, comme la couleur de l'orsansl'or.De même l'intellect reçoit les espèces des corps qui sont matérielles et mobiles; il les reçoit, dis-je,immatériellement et immuablement, selon sa nature; car le reçu est dans le recevant selon la nature de celui-ci. il faut donc dire que TAme, par l'intellect, connaît les corps d une connaissance immatérielle , universelle et nécessaire. » (i part., quiest. 8^, art. 1.)
a Pour causer l'opération intellectuelle, l'impression des corps sensibles ne suffit pas, selon Aristote, mais il faut quelque chose de plus noble, parce que l'agent est plus honorable que le p.itient, comme il dit. Non que ro|)ération intellectuelle soit causée par la seule impression d'êtres supérieurs, comme le veut Platon ; mais cet a^ent su()érieur et plus noble, qu'il appelle mtellect agent, et dont nous avons parlé, rend les fantômes reçus par les sens , intelligibles en acte, au moyen de l'abstraction. L'opération iutelleo-
If»
iSIO
tnelle eist donc causée par les sens, en égard aux fanlôines; mais comme les fantômes ne suffisent pas à modifier riolellect possible , mais doivent être rendus intelligibles en acte par Tiulellect agent, on ne peut pas dire que la connaissance sensible soit toute la cause de la connaissance iotellectuelie; elle en est seuiemeoi la caule matérielle. «
Mais puisque nous voilà dans la question des idées , examinons dans des paragraphes distincts leur origine et leur nature.
J XIV. — De rorigine des idées.
Avant d*entamer cette grave et difficile question, il est nécessaire de poser, comme point de départ, une définition exacte. Le mot d*idée a éié pris, en effet, en des sens bien différents. Pour nous en convaincre, nous n'avons qu*è examiner séparément tous les éléments du phénomène si complexe de la connaissance. En suivant un ordre pure*ment logique, nous trouvons: 1* LafaeuUé^ ou prédisposition innée ; 2* Vacie non ré* fléchi , simple perception, vision vague ; 3"* Vacte réfléchi ou concept, vision distincte; 4' la représentation vague qui suit la percef)tion, et la représentation distincte qui suit le concept, résultat durable de Yaete transitoire, notion habiêuelUf connaissance proprement dite, qui reste dans TAme, même quand elle n'jr4)eDse pas actuellement, et dont le souvenirsupplée ordinairement une nouvelle perception de Tobjet; S"* les opé* raiion$ de Tespritsur les connaissauces qu*il
r>ssède déij^, les altérations qu'il fait subir ses représentations, qui elles-mêmes sont i\es copies souvent altérées des objets perçus ou conçus; 6M*o&;e/à connaître;?* enfin, ri* mage ou espace, qu'une école importante de philosophie présente comme un intermédiaire nécessaire entre Vobjei et la faeuUét pour qu'apparaissent Yaete et Vhabitude. Or il q'est aucune de ces choses à laquelle le nom d'idée, indépendamment do ses acceptions vulgaires, n'ait été donné par quelque philosophe. Ainsi, on a tour à tour appelé idées^ les aptitudes avec lesquelles nous entrons dans la vie ; les notions dirtetes qu*é« veille en nous l'action des objets ; les coneeptê en lesquels la réflexion transforme ces lierceptrons ; les notions habituelles qui sont se résultat des perceptions et des conceptions, et les autres notions que l'esprit se forme en travaillant sur les premières;les objets mêmes h connaître, lorsque ces objets sont des vérités générales; enfin les intermédiaires, que cer* tains philosophes croient exister entre Tesprit et les objets.
On ne saurait donc trancher, par une affirmation unique, la question de l'origine des idées. La vérité , sur cette importante matière, se compose nécessairement de plu- ^ieurs opinions, parce que la question elletnème est des plus complexes. Ainsi ou peut demander : Quel est l'eut de l'Ame au moment où elle entre dans la vie; c'est-à-dire, y a-t-il des idées innées, etquelle en est la nature? Ensuite, étant admis que l'âme ne possède en naissent aucune idée actuelle, qu elle
possè<1e seulement des idées en puii$anee, vient la qnestion de savoir quelles sont les conditions nécessaires pour qu'elle pas^e de son état natif i son état normal. BufRl-il pour cela d'une force interne, de Taltenlion ? si cela ne suffit pas, que faut-il de plus? Devons-nous admettre que la sensation est suffisante pour que les idées innées passent de la puissance a l'acte, on ftiot-il reconnaître, au moins pour ceKaines idét-s, la nécessité de l'intervention du langage? Les concepts ne diffèrent-ils pas des perceptions, non* seulement quant à leur nature, mais aussi quant à leur origine? Les perceptions ellesmêmes nedoivcntelles pas, àcedernierpoint de vue« être rangées en plusieurs catégories? Enfin quelles que soient, d'ailleurs Jes conditions nécessaires à la formation de Vidée , cette idée suppose-t-elle la présence d'un intermédiaire quelconque entre l'esprit et l'objet, ou consiste-t-elte dans une tue immédiate, dans une intuition? Saint Thomas a passé sous silence plusieurs de ces questions. Faisons connaître sa pensée sur celles qu'il a abordées, réservant toutefois is dernière, à c^nse des différences qui la séparent des autres, pour en faire l'objet (fm paragraphe spécial.
C'est une opinion assez ré|)anducqaesflfol Thomas n'a {)as admis les idées innées et l'expression de tabula rasa, employée par le saint docteur pour désigner VAme, semble en effet accréditer cette opinion. Cependant il nous sera facile de montrer qu'il a pris les mots de tabula rasa, non pas au sens de Locke, mais dans un sens compatible avec les idécsinnées,cntendue$ raisonnablement.
Si cette expression, qui a eu un si grand retentissement, signifiait des idées actuelles, il serait imi»ossible sans doute d'allfibuprà saint Thomas la doctrine des idées innées; mais Desnartes lui-même devrait alors être rangé aussi parmi les adversaires de celle opinion. Voici en effet comment il s'exprime dans une de ses lettres : « Jamais je nai écrit ou pensé r|ue notre Ame eût besoin d idées innées qui seraient quelque chose de distinct de la faculté même de connaître... Certaines idées n'ont d'autre source que notre faculté de penser, et par conséquent elles sont innées, c'esi-è-dire, qu'elles sont toujours en puissance dans notre Ame. En effet i ce gui est dans une faculté n'est pas en acte, mais seulement en puissance. Enfin Je déclare ici que, par les idées innées, je n'ai jamais entendu que la puissance de connaître; que ces idées soient actuelles , c'est ce qne je n'ai ni écrit , ni pensé. » ( Episl. v9, part. 1.)
Ainsi le système des idées innées est trè<compatibie avec celui qui exige cerlaîncs conditions extérieures pour le dévelopi^ ment des idées actuelles. Saint Thomas pci« donc être dit partisan des idées innées, si, par les mots de tabula rasa , il se borne a combattre l'innéilé des idées actuelles; cesi ce qui ressort évidemment des passages suivants : * •
« Dieu est cause de la science de l'hoaiuic
THOMISME
mi
d*une manière très-excellente; ear il a orné Tâoie d*une lumière intellecloelle, et a gra?é en elle la connaissance des ^>racnier$ principes, qui sont comme les germes de toutes les sciences. — La science préexiste , en ce* lui qui apprend, en puissance non*seuIement passite, maisectite; autrement TbonH me ne pourrai acqu^^rir la science par Iuh même. — Il faut donc que les principes des Térités pratiques soient comme les princi«> p^s des vérités spéculalives» gravées naturellement dans nos flmes. » (i part., quiest. 79, art. 12.)
D'ailleurs, saint Tbomas nous dit luiin6me formellement que par le mol de tabula rasa i\ rejette Tinnéité des têpêcêêf ce qui ne peut s entendre que des idées actuelles. Dans la première partie de la Somme (qufisst, M, art. 3), à pro|>os du premier homme, il se fait robjection suivante : Le premier tKAnme ne pouvait avoir une science complète ni par des idées acquises, car il n*avait pas une expérience universelle; ni par des idées mnéûM {species connaturaltt) ^ car il était de la même nature que nous; or notre âme est conime«une table rase, sur laquelle rien n*est écrit. Que si sa science avait pour cause des idéeê infuses j elle était d'une autre espèce que la nôtre. -^ Saint Tbomas répond que le jiremier bomme avait acquis sa science par des idées infuses, ce qui n'empêche pas cette science d*être de la même espèce que la nôtre, comme la vue accordée miraculeusement par notre Sauveur è Taveugle-né n'était pas d'une autre espèce que notre vue. — Mais ce que nous devons remarquer, c'est gue par cette réponse saint Thomas admet implicitement les deux premières parties de roDJection, c'est-à-dire les parties relatives aux idées acquises, et aux idées innées («peêtes connaturales). Or il est évident que speeies doit ici s'entendre d'idées actuelles, car il ne s'agit dans la question que d'une science actuelle. Les idées acquises et les idées infuses dont parle -saint Tbomas sont actuelles certainement ; or les species eonna'^ turales sont mises sur la même ligne et sont citées dans les mêmes conditions, c'estè-dire, par rapport à la science complète du premier homme; ce sont donc des idées aotuellesque saint Thomasdéclare non innées, en appelant notre âme une table rase. S'il s'agissait ûHdées nonaetueltesj la raison qu'il donne ne serait pas concluante; il aurait dit dans ce cas : La science du premier homme Tie venait pas non plus iïiaées innées («peeies connaturales)j attendu que ces idées n'étant pas actuelles, n'étantque des germes, ne constituent pas une science complète, et ont besoin d'un développement que le premier homme ne|K>uvatt avoir obtenu dès son premier jour. Enfin il est constaté que d'autres écrivains que saint Tbomas ontemfHoyé l'expression de iable rase au moment même oii ils affinnent les idées innées. (Db BoNAtD, Becherthes philos, ^ t. K p. 199; ItosMini, Nuovo saggio^ t. 111, p. 19t.)
S'il fallait ajouter une preuve à celles qui précdéleut, nous nous a}>poicrions sur Tau-
torité de Leibnitx, partisan des idées innées»' lequel déclare que les scolastiques pensent è ce sujet comme lui, et non comme Aris-» iote. « Nos différends avec Locke (Avantpropos des Nouveaux essais sur feniende^ ment humain) roulent sur des objets de quelque importance. Il s'agit de savoir si 1 âme en elle-même est vide entièrement comme des tablettes où l'on n'a encore rien écrit (tabula rasa )^ comme le veulent, Aristote et l'auteur de \ Essai (Locke), et si tout ce qui
f^ est tracé vient uniquement des sens et de 'expérience; ou si 1 Ame contient originairement les principes de plusieurs notions et doctrines que les objets externes réveillent seulement dans les occasions, comme je la crois avec Platon et même avec l'Ecole. »
Il est clair, par conséquent, que sur cette aiiestion importante do l'état originel de lAme, saint Tbomas abandonne les traces d'Aristole (sans peut-être se rendre un compte bien exact de la différence qui existe ici entre lui et son maître, qu'il interprète volontiers en bonne part), et se range, après saint Augustin, sous la bannière de Platon. La lumière que le christianisme avait répandue sur le monde invisible porte ses fruits; et la longue série des docteurs de l'Eglise, souvent divisés sur des points importants, nous présente, sur celui qui nous occupe, une pleine et entière unanimité.
Une force interne suffit-elle pour développer les idées innées?lcisaint Thomas répond sans hésiter par la négative; et sans préciser la nature des conditions extérieures qui suffisent au dévelop|)ement des idées, il déclare que toute connaissance actuelle est impossible sans la sensation. Ainsi, dans son opus** cule sur la Vérité, il résume en ces mots son opinion sur ce si;^et ; « Toute connaissance découle pour nous de la connaissance des premiers principes indémontrables : or la connaissance de ces premiers principes nous arrive au moyen des sens; donc toute notre sciencea la même origine. Ti(Qu€tst. de verit.p 10; De mente^ art. 6. ) Et ailleurs il s'exprime en ces terme$,encoreplussigniticatif$: « La connaissance des premiers principes eux-mêmes nous arrive par la sensation ; car si nous n'avions jamais perçu fiar lessensuu tout quelconque , nous ne pourrions comprendre que le tout est plus grand que la partie, comme l'aveugle-né ne peut rien percevoir en fait de couleurs. » {Gent.f 1. ii, cap. 83, n. 9.)
Quelques écrivains modernes ne se sont pas contentés de lire dans saint Thomas les opinions que nous venons d'y trouver, ils ont voulu le faire parler sur quelques-unes des questions que nous avons posées tout à l'heure, et auxquelles nous n*avons pas trouvé de réponse dans les écrits du Docteur angéliaue. Préoccupés de leurs svsièmes, et en quête d'arguments et de défenseurs, ces écrivains ont présenté certains passages peu clairs de saint Thomas i^ur te mettre en opfiositionavec la thèse JeM. de BonaUi sur le rôtie du langage dans la formation des idées. Il n*y a rien de fondé dans ces prétentions.
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ïjes inlerprètes dont nous parloos ont dénaturé la pensée du saint docteur* et lui ont prêté des opinions sur des questions qu'il ne s*estpas f)Osées. S*il était permis d*attribuer à un écrlyain une opinion arrêtée sur an problème du premier ordre » en se fondant sur rinduction, en rapportant des passages qui paraissent contenir imiilicitement l'opiniofl (me Ton donne à cet écrivain, on pourrait plutAt trouver dans saint Thomas des endroits favorables à M.deBonald. Cest ainsi que, dans la m* partie de la Somme (quœst, 1, art. 7)» voulant montrer que Notre-Sei*
Î;near, quoiau'il n*ait pas manifesté, comme es a|)dtres, le don des langues, le possédait cependant, quant à son humanité, il s'exprime ainsi : Non dtfuit ei omnium lin^ guarum no/t/ta, ctim eliam occulia cordium et non e$$enî abicondita^ quorum voce$ quof' eunqtie $unt tigna. En concluant la connaissance du signe de la connaissance de l'idée signifiée , saint Thomas ne semble-t-il Îas abonder dans le sens de H. de BonaldT outefois nous ne voulons pas nous baser sur une telle induction |)our lui attribuer une opinion sur la question du langage, qu'il ne s'est pas posée. Si nous avons cité le passage qui précède, c*est en témoignage du soin que nous avons pris de rechercher, dans tous les écrits de saint Thomas, tous les passades qui peuvent se rattacher, même de loin, à la philosophie.
En résumé, le Docteur angélique reconnaît dans TAme une activité intellectuelle innée; il reconnaît même que Dieu a çravé dans notre Ame les premiers principes intellectuels et moraux, ainsi que la lumière intellectuelle qui les fait distinguer; il exige la sensation pour que ces éléments innés puissent donner naissance à une idée ac* tuelie.
S XV.— Théorie des espèces.
Nous avons vu plus haut que l'expression iVorigine dei idée$ a servi à désigner plusieurs questions différentes. La question que nous allons examiner offre un exemple du phénomène contraire , car elle a reçu plusieurs dénominations. Origine des idées, nature de la raison, nature des idées, com^ mtnt de la connaissance, vue immédiate, inluition directe, intelligibilité, ontologisme , toutes ces expressions ont été employées par différents écrivains pour désigner une même question que nous avons déjà indiquée au précédent paragraphe, et que nous devons maintenant poser clairement.
En mettant de côté les systèmes scepti-
Îues et panthéistes, qui, en dernière analyse» )nt des objets extérieurs une production de l'Ame, du mot, on peut ranger en quatre classes les opinions des philosophes sur les rapports qu'entretient l'esprit avec les objets de ses idées. 1* Dans l'acte de connaître, les-
nous-mêmes que nous connaissons toutes choses. L'objet réel de nos idées est donc ou
une aptitude innée, une forme subjective de la raison, comme le veut Kant, ou une image de l'objet réel , produite dans l'Ame uar le
{>erception, comme Deacartes parait auelqoeois l'imûnuer. 3* Nous ne voyons les choses ni en elles-mêmes, ni en nous-mêmes; nous les voyons dans quelque chose d'iote^ médiaire entre elles et nous : cet intermédiaire appelé espèce, image , forme , idée, fantdme , a été quelquefois regardé comme une substance; mais la plupart des philosophes qui l'admettent, rejettent celte exagération de certains réalistes, et y voient simplement une ima^ qui part de l'objet [)Our arrivera nous, et sans laquelle nous ne pouvons connaître aucune réalité. (* La quatrième classe enfin comprend les philoso^es qui ont embrassé à la fois plusieurs desueis opinions précédentes, appliquant Tune ï telle catégorie d'objets, l'autre è telle autre catégorie. Ainsi Platon et Malebranche soutiennent qu'on voit immédiatement Dieu et les vérités générales; mais ces philosophes, surtout Te dernier, rejettent la perceptien immédiate des corps. Arnauld et R^id, «u contraire, réfutent Malebranche sur c^ dernier point, et déclarent immédiates les perceptions sensibles; mais ils laissent beaucoup à désirer sur la question de saTsir comment nous connaissons les vérités abselues.
La Question ainsi posée, on se fera une idée plus nette de l'opinion de saint Thomas, opinion que nous devons maintenant lAcber d exposer. Or cette opinion se résume l dire que l'homme ne connaît rien immédiatement, pas même son Ame intelligente. Justifions cette assertion par quelques passages décisifs
Dans hsQuodlibeta (7, a),pour prouverque Tintelligence ne peut comprendre plusieurs choses à la fois , saint Thomas s'exprime ainsi : « Il est impossible qiie l'intellect coin-
f renne complètement (primo et principalU^) la fois plusieurs intelligibles. La raison en est que l'intellect en acte est tout è fait la chose comprise, comme il est dit anniMirre De Vâme; ce qui signifie , non que Tessenoe de rintellect devient la chose comprise ou son espèce , mais qu*elle est complétemeol informée (réduite de la puissance ^ J'^^|f* comme la matière par la forme) par IWèce de la chose comprise, pendant que celle-ci est comprise actuellement. D'où aifirmerque l'intellect comprend complètement plusieurs choses à la fois , c'est dire qu'une chose peut en être plusieurs k la fois; car, daoale» choses matérielles, nous voyons qu'un objet ne peut être à la fois plusieurs en acte, mais seulement plusieurs en puissanre... dou ii suit que, comme une chose matérielle ue peut être à la fois plueieurs en a€ie,demêm(' un seul intellect ne peut à la fois comprendre plusieurs choses complètement. Ce» ce qui fait dire à Alga que, comme un seul corps ne peut avoir plusieurs formes è lafois^aiosi un seul intellect ne peut à la fois comprendre plusieurs choses. El on ne |>6Utdireq»»« riqtellect est informé par plusieurs cspécei
THOMISME
nlerliffibles k la fois , fomme un seul corps ^st intonné à la fois par la forme et la coaeur; car la forme et la eooleur ne so»t pas lu même genre, et ne sont pas prises dans e mAme ordre, parce qu'elles ne sont pas iestinées à perfectionner r objet soos le nAme rapport. Mais toutes les formes inieligibles,en tant que telles, sont du même ;enre et ont le m6me rapport è rinfellect; ar elles le perfectionnent en tant qu'il est nlellect. D*où il faut parler de plusieurs ineliigibles, comme de plusieurs figures, ou le plusieurs couleurs, qui ne peuvent être i la fois dans le môme objet, actuellement t sons le même rapport. »
Voici maintenant, sur l'intelligibilité de Ame, on passage de la Somme (i part.»
U8B5I. 87, art. 1) :
m Les choses sont intelligibles en tant u*eJles sont en acte, et non en tant qu'elles ont en puissance. Quelque chose n'est donc être et le vrai qui tombe sous la connaisance, que s'il est en acte, et cela est mani- .^sie mAme dans les choses matérielles ; car I vue ne perçoit pas ce qui est coloré en •uissance, mais ce qui est coloré actuelle* nent. D'où l'intellect , quand il connaît les hoses matérielles, ne connaît que ce qui est ^n acte; aussi il ne connaît pas la matière crémière, si ce n*est par rapport à la forme, ornme il est dit dans la physique. Donc, plus me substance immatérielle est en acte, plus file est intelligible par son essence. Aussi 'essence de Dieu, qui est un acte pur et ^rfait, est parfaitement intelligible, ce qui ait que Dieu connaît, par son essence, non* «ulement lui-même , mais toutes choses. L'essence de Tange fait partie des intelli* gibles en tant qu'acte ; mais comme elle n'est pas on acte parfait, Tangè ne peut tout com- ^vrendre par son essence. Quoiqu'il se con* naisse lui-même par son essence , il ne peut connaître les autres choses que fiar leurs re* présentations. L'intellect humain, dans l'or- Jre des choses intelligibles, n'est qu'en puis- Mince , comme la matière première dans ronlre des choses sensibles : d'où on l'ap- (lelle intellect possible. Considéré dans son f^^ence, il est donc puUsance intelligente.il 1 donc la faculté de comprendre , mais non :elle d'être compris, autrement que par son tcte. Les platoniciens ont placé rordre des ntelligibles au-dessus de rordre des intelei'ls, parce que l'intellect ne comprend que tar la participation des intelligibles. Or ce ui participe est inférieur è ce qui est parliipé. Si donc l'intelligence humaine passait n acte par la participation des formée ineiligibkê eéporéei des platoniciens, l'esprit uiuain serait intelligiole pour lui-mAme «r la participation de ces choses incor^>oelles. Mais comme il est naturel à notre inellect, dans cette vie, d'Atre en rapport avec es choses sensibles, comme il a été dit « il *eosuit que notre esprit ne devient intelli- ^t>le pour lui-même qu*en devenant en acie »3r des espèces abstraites des choses senil>ies, au moyen de la lumière de rinielicct i^cnt Jumièrê qui est l'acte des intelligibles
eux-mêmes (dBais qui ell eux est en acte sans le concours des choses sensibles, sans avoir été en puissance , au moins dans la mesure oit elle est en acte), et au moyen de ces espèces l'intellect possible connaît. Ce n'est donc pas par son effsefice,maisparson acIe, que notre intellect est intelligible pour lui-mAme (puisqu'il n'est pas en acte essentiellement).» Et il ajoute que l'Ame se connaît de deux manières, d'une connaissance de présence, en tant que nous sentons l'Ame par cela mênie que nous pensons ; et de celle que nous tirons de l'analyse de l'acte intellectuel , afin de connaître la nature de l'Ame , laquelle connaissance est abstraite.
Nous avons cru devoir rapporter ces deux passages, quoiqu'un |>eu longs, tant pour faire ressortir I opinion véritable de saint Tho* mas sur la nature des idées, que pour donner un ai^ierçu de sa manière ae discuter. La conclusion qu'il faut en tirer, c'est que, ' comme nousle disions, le Docteur angélique n'admet pas qu'aucune connaissance pui^e avoir lieu pour nous sans intermédiaire. Dieu et l'ange se voient immédiatement; mais Dieu lui-mAme ne connaît pas immédiatement les créatures; il les voit en lui, non comme en un miroir, mais comme en une cause (quiest. Ih, art. 5). € Dieu se connaît parfaitement; autrement, il ne serait pas fiarfait, puisque son être est son intelligence. Si quelque chose est connue parfaitement, sa puissance doit être connue parfaitement. Mais la puissance d'un être ne peut être connue parfaitement sans qu'on connaisse les choses auxquelles s'étend cette puissance. Donc, puisque la puissance divine s'étend k tous les êtres d<int elle est la première cause, il faut que Dieu connaisse ces êtres. Cela devient encore plus évident, si Ton ajoute que l'être de la cause première esi son intelligence; car tous les etfets qui préexistent en Dieu, comme dans leur cause, doivent être dans son intelligence, et y être d'une manière intelligible, car tout ce qui est en un autre y est suivant le mode de cet
autre. » . .
Il ne faut pas confondre cette opinion avec la Ihèse des idées divines, qui en est totalement indépendante;car on peut admettre en Dieu les idées archétypes des choses créées, sans nier que Dieu connaisse ces chose» en elles-mêmes, quand il les a produites.
Les assertions qui précèdent sont une conséquence do ce principe, emprunté à Platon par saint Thomas, que rintelliaibilité est une plus grande perfection que rintelli^enoe ; d'où il suit que tous les êtres intelligibles sont des intelligences, tandis que toutes les intelligences ne sont pas intelligibles. Mais ce n'est pas tout ; car Dieu , quoique essentiellement intelligible, ne Test pas pour nous pendant cette vie. Citons icHe texte, pour ne lias nous exposer k en aEtaiblir la force, ou à en modifier te sens par la traduction : Wcenif um quod naiuraiii nosirm cogniiio a $en$m prineipium sumii. Unde ianium se noêtra n«iuratis cogniiio extendere poleein m ^P^" Hkm manu duci potcsi oer stnsibitia. Es
DlCTIONNMilC DU FAEAI4.ELE.
$en$idilibu$ aul^m ncm potest usque hoc intellectui noster pertingere quod divinam eisentiam videaL (1, quœst. 12, art. 12.) Nom ad êubstandam Dei capiendam intelUctus humanus nonpatest naturali virtute pertingere^ cum inieÙeciuf noêtri^ $ecundum modum prœseniiê vilŒf cognitio a êensu ineipiat. Et ideo ea guœ tn sensu non cadunt nonpossunt humano intelleetu capi^ nisi quateniis ex sen-sibuseorum cognitio coUigitur.[Gent.^ i, 3.) Cette idée, que la nature corporelle eîit Tobjet propre de notre intelligence, est le principe auquel saint Thomas revient san3 cesse : Inteltectus autem humani qui est conjunctus corpori proprium objectum est quidr ditas sive natura in maleria corporali exsisiens , et per hujusmodi naturas visibilium rerum^ etiam ininvisîbilium rerum aliqualem cognitionem ascendit. (i part., quasst. 8^^, art. 7.) Proprium objectum intellectui nostro piroportionatum est natura reisensibiiis{àri.S). La connaissance humaine commencé donc par le contingent (rexpérience), et la raison ietmine Tœuvre en dégageant le nécessaire du contingent, Tuniversel du particulier. Et cependant nous savons que « selon tous les scolas'tiques , Tobjct de Tintelligence est V essence^ la quiddité; aue l'uni versel et le nécessaire peuvent seuls être Tobjet de la science, (r, 8&, 1.) Comment expliquer cette apparente contradiction? Le voici : L'universel est Vobjet premier de Tintellect, parce qu'il ne perçoit pas les objets sensibles dont 1 impression sur nos sens doit précéder la connaissance; il est donc vrai tout à la fois que Thomme ne peut connaître l'universel sans être mis en rapport avec un ôire singulier, et que cependant l'universel est l'objet propre de l'intellect. 11 ne faut pas confondre cette doctrine avec une autre qui consiste à dire (i part., quœst. 85, art. 3) que yiiomme connaît ce qui est plus universel avant ce qui l'est moins; cette dernière assertion signifld seulement que, dans l'ordre sensible comjne dans Tordre intellectuel, TespHt humain , en passant de la puissance i l'acte, va toujours de l'imparfait au plus parfait^ et, par conséquent, de ce qui est plus général à ce qui l'est moins, puisque plus une notion est générale, plus elle est confuse, vu le grand nombre de singuliers qu'elle embrasse, et qu'on ne distingue pas encore.
Donnons maintenant quelques détails sur cet intermédiaire que saint Thomas admet comme élément essentiel de la connaissance humaine, quel qu'en soit l'objet. H va sans dire au'il rejette les intermédiaires matériels de Démocrite. Ecoutons-le donc développer sa pensée :
« Selon l'opinloii de Platon (i part., quœst. 79, art. 3), il n'y avait aucune nécessité d'admettre l'intellect actif pour rendre les objets actuellement intelligibles. Car Platon prétend que les formes des choses naturelles existent sans lu matière, et, par conséquei^, qu'elles sont intelligibles. Mais Aristote ayant admis que les formes des choses naturelles ne subsistent pas sans matière, et que dos formes existant dans la matière ne
60Dt pas aciueUemiHit intelligibles , il s*eDsuivait que les natures ou formes des choses sensibles que nous connaissons n'étaient pas actuellement intelli^btes; mais rien ne passe de la puissance à l'acte que par un être, en acte ; il fallait donc une vertu intelleduelle qui rendit les objets actuel leoaent intelligibles, en abstrayant leurs espèces des conditions matérielles; donc il fallait l'intellect agent. »
L'flme, ne percevant pas les objets immédiatemeuti ne peut les voir que dans des images ou espèces qui composent le monde inteiuionnel. Ce ne sont ni des effluves, comme le veut Epicure, ni des spectres innés^ ne répondant è rien de réel •comme le disent quelques cartésiens ; ce sont tes formes accidentelles des objets, qui ne viennent . pas de l'objet dans le sujet; mais l'objet meut l'air intermédiaire, de sorte au'il peut, à distance, former l'espèce dans le sujet. Il n'çn est pas autrement \io^t y espèce de la couleur elle-même, et saint Thomas ne soupçonne Çuère la découvertn de Descartes sur ce sujet, découverte que les thomistes devaient combattre iout le xyu* siècle , comme contraire è la véracité divine. Donc l'espèce dans laquelle je vois la couleur est dans Tobjet et dans l'air, absolument comme la montre, ou l'horloge, est dans le marteau qui .«ert à la faire. L'espèce ne peut pas détruire l'organe du sens par son action intentionnelle, mais par l'action physique qui y est jointe. [SuppLt quœst. 89, art. 2.)
Dieu concourt è la connaissance, mais dans les choses naturelles parfaites; outre les causes générales, il y a les causes propres; l'action de Dieu (le seul intellect agent séparé qui existe) ne rend donc pas notre action in utile. Comme Operari sequitur esse^^x Dieu agissait seul, W suivrait qu'il n'y a pas d'autre intellect que l'intellect divin. (Contra Averroem.) On ne peut donc rejeter Tintelleet agent, sans refuser toute opération h l'intelligence de l'homme. Le même axiome, Opt^ rari sequitur esse^ prouve que le corps doit avoir un rôle à jouer dans la connaissance. L*homme, étant corps etflme, deit agir corporeilement et spirituellement dans la connaissance, comme en tout le reste : Operari sequitur esse^ ipsique proportionatur.
L'intellect agent est donc une lumière innée qui transforme les espèces sensibles, ou fantômes, en espèces spirituelles et intelligibles. L'intellect possible reçoit alors ces dernières, et, par elles, passe de la puissance à l'acte. Comme son objet est l'universel, il ne peut saisir l'objet individuel que s'il est transformé en un concept général, intelligible. C*est te que fait Tintellect agent, en illuminant le fantôme elle dépouillant de toutes les conditions matérielles et individuantes. Toute connaissance se produisant par voie de ressemblance, il faut que l'espèce sensible, pour être saisie par Tentendemeut, lui apparaisse sous une forme analogue à celle qui le caractérise, l'universalité. L'esprit voit ensuite Totyct |»articulier dans le concept universel.
TBOmSiB.
Nous ayons déjà remarqué l*accord de oelle théorie avec celle qui met le principe tl'iodividualion dans la matière. La matière fiant le (principe de la division numériqoey c'esl-è-dire delà maltiplieation desindivtdD6 dans une même espèce» il est clair que l'esprit, pour concevoir TespècOt pour transformer I image de Tindividu en une idée universelle, doit dépouiller cette image de toutes les conditions matérielles.
Les espèces que les objets impriment sur
90US sont appelées impre$$e$; elles ne suf-
^sent pas; car, étant babituelles, elles placent
notre esprit seulement in actu primo^ et ne
*endent pas suiTisamment Tobjet présent h
l*inlellect: il faut donc d'autres e«péce# qu*on
ippelle exnrenei^ qui sont le produit de
7juteliect lui-même, sorte de verbe ifUi^
riewTf qui nous met m aciu tect4fido,et qui
i/esidans Tintellect qu*è Tinstant môme où
1 comprend. Ces e$piee$ expresses sont le
«erine de Taction intellective dont V espèce
twif presse est le principe. (Qoœst. 8 De po^
r€ii/.,art. 1.) Quand une lois Tesprit a été
'Àu)ndé par l'imoression des objets, il petit,
Mos une nouvelle impression, en produire
Line nouvelle représentation, qui est Tespèce
rmesse.
Jusqu'ici, quand nous avons affirmé que »aint Thomas avait trouvé dans Aristote ou lans Platon,danssaint Augustin ou danssaint Denis, la première idée de ses opioions, nous ïtioos d'accord avec tous les interprètes. Nous «lions maintenant nous séparer de quelquesms, dont rautorité est fort grande, mais iont on examen attentif des sources ne nous \ pas permis d'adopter les appréciations. I>aus la Préface de sa belle traduction du Tr(nii de Cdme^ M. Barthélemi Saint- Hilaire uauceqoerintermôdiarismedesaint Thomas t$\ étranger à Aristote. Nous crovons le contraire, et nous allons tâcher d'établir notre opiaioQ.
11 est certain que saint Thomas a cru em-
praoler sa théorie des espèces à Aristote. Il
lousdit formellement que l'autorité du Sta-
Syriteest pour lui une des raisons d'admettre
-ette théorie; et cette assertion nous montre
|ue la théorie des espèces n'est pas née
'pODtanément dans son esprit, et ne lui est
^s venue des docteurs chrétiens, mais qu'il
k cao{ue en lisant Aristote , où il a cru la
roaver. La seule Question à résoudre est donc
eile-ci : Saint Thomas a-t-il bien compris
iristoie sur ce point? Nous montrerons plus
nn 9ue le Docteur angélique n'a pas donné
me interprétation très -satisfaisante du pas-
age sur lequel il s'appuie principalement
lour attribuer à Aristote la théorie des es-
téces* A cet égard il s'est trompé; mais,
auf cette erreur accessoire, nous croyons
iiie« dans la thèse qui fait l'objet de ce pa-
agrapbe, comme dans*la plupart des précé-
lenies, il s'est montré disciple fidèle du
itiilosophe grec, dont il a seulement précisé
i ijéveioppe les principes.
U'aliord tout ce qu'on a dit pour disculper iri^totéde la théorie des espèces prouve «^uleoient qu'il n'a pas admis le système des
intermédiaires matériels de Démocrite. Or on ne peut pas conclure de là qu'Aristote a rejeté tout intermédiaire; car saint Thomas, tout le monde Tavoue , a rejeté aussi , en termes formels, l'assertion erronée de Dé^ mocrite, ce qui n'empêche pas qu'il ait défendu avec acharnement, tout le monde l'avoue encore, la théorie des espèces.
Dira -t -on aue l'Atadémie des sciences morales et politiques a couronné, en 184&» un livre où est ad0()tée l'opinion de M. Barthélemi Saint-Hilaire? Je réponds que l'Académie, en couronnant un livre, n'en sanctionne f)as toutes les opinions; et j'en trouve une preuve dans la circonstance même que Ton invoque. L*auteur du Mémoire couronné dont nous partons (M. Hauréau), en prétendant qu'Aristoie n*enseigne nulle part fintermédiarisme, reconnaît que ce système est adopté par saint Thomas; mais un autre écrivain (M. Léon Montet), honoré aussi iies suffrages de l'Académie, prétend que, sur cette question, saint Thomas et Aristote ont également évité tout excès, et se sont maintenus l'un et l'autre dans les limites de la vérité. Nous empruntons an premier écrivain celte assertion': Saint Thomas estintermédlariste; et au second, celle-ci : Saint Thomas est de l'opinion d'Aristote ; et ainsi, en attribuant è Aristote l'intermédiarisme, nous nous trouvons soutenir une conclusion dont les de\x\ prémisses ont reçu séparément la sanction qu'on nous oppose.
Puis donc que TAcademie ne s'engage pas à adopter les opinions dès livres qu'elle couronne, nous ne croyons pas Sa contredire en soutenant que saint Thomas a puisé dans Aristote le principe de son intermediarisme. Nous es[)érons même que le savant académicien qui s'est prononcé pour l'opinion contraire, ne trouvera pas mauvais que nous exposions tes motifis qui ont déterminé notre conviction.
D'abord, il y a un fait qui ne laisse pas d'avoir on certain poids dans la présente controverse, c'est que le système des espèces intermédiaires a partagé assez exactement, dans le coars des siècles, la fortune d'Aristote. Au xir siècle, il a déjè des partisans, à coup sûr; mais Aristote est déjà lu en public et commenté. Remontez plus iiaut; imrcourez surtout les écrivains qui ont précédé Boèce; vous ne trouverez pas trace du système des espèces. C'est par une méprise peu concevable qu'un écrivain moderne a attribué ce système à saint Augustin, le partisan déclaré de Platon. Tous les textes de saint Augustin, que l'on allègue, peuvent très-bien se concilier avec la thèse de la perception immédiate, que cet illustre Père de l'I^liso a soutenue, autant qu'elle pouvait l'être de son temps. Au xui* siècle , au moment où l'apparition de plusieurs ouvrages d'Aristote inconnus auparavant rend toute-puissante, dans les écoles, l'influence péri^télicienne, le système des espèces envahit l'Europe; écrivains de tous pays, partisansdes opinions les plus opposées, se réunissent pour affirmer saol^ contesté l'intermédiarisme le plus
MCTtONNiUBE DU PARALLELE.
crû et le plus déf eloppé. Quand enfin une philosophie nouYelle détrône et remprace celle d'Aristote, le $;stème des espèces est ébranlé par de vives attaques , jusqu'à ce qu'enfin il tombe dans Toubir.Nous croyons que ce rapprocbeoient historique a sa valeur; mais nous pouvons nous dispenser d en faire sentir la force, car nous avons à présenter une autre preuve, tirée du fond môme de la question, et qui nous paraît décisive.
Quel est le principe de Tintermédiarisme? Est-ce la nécessité des fantômes? A coup sûr, les fantômeê forment un des éléments principaux du système* mais ils n'en sont pas la base; ils {meuvent même recevoir telle explication qui les dégagerait de toute solidarité avec lintermédiarisme. Il faut bien que les hommes érninents qui veulent disculper Aristote de l'intermédiarisme expliquent les fantômes du philosophe grec, soit dans le sens de phénomènes objectifs, soit dans tout autre sens compatible avec la perception immédiate. Hais pour mieux nous assurer de la pensée d* Aristote sur le point en litige, demandons-nous encore une fois quelle est la base du svstème des e$pice$. Cette base, on a dû déjà le pressentir par les citations que nous avons empruntées à saint Thomas, c'est que l'ftme ne connaît qu'elle-même , et ce qu elle perçoit en elle, c'est que les objets extérieurs, pour être connus, doivent être dans r&me ; c'est , en un mot , l'identité du sujet et de l'objet, identité entendue non au sens panthéiste des Allemands modernes, mais en ce senaque les objets ne sont connus que par l'action qu'us exercent sur l'Ame, comme l'flme elle-même n'est connue que par son action. Voilà le principe de Tintermediarisme, principe duquel nous avons vu découler toutes les assertions qui constituent ce système , principe qui est énoncé par saint Thomas en plusieurs de ses ouvrages. Or oe principe se trouve dans Aristote au m* livre De Cdme. L'Ame en connaissant devient toutes choses ; le connaissant est identique au connu; l'intelligence en acte est tout à fait la chose comprise : telle est la doctrine du Stagyrite. Citons quelques-unes de ses paroles, pour ne laisser subsister aurun doute. Nous lisons, chap. 5 du liv. m De
Vànu : Qxtih loTCv ivtAytia tûv ovran» nfbf votcv,
c*est-à-dire, TAme n est' ocme//emen/ aucun des Ares avant de les connaître* Puis: Tv^^... •vrt iyttXix^ia^àyXàiv'^àfutràtihf L'Ame (avant la connaissance) est non actuellement, mais en puissance, les espèces des choses. 'ot«v f
•vTMC hmarcL yb^Tcic, ùç lircoT4fM«v XiycTffA, Mais
quand l'Ame est ainsi devenue chacune des choses, on dit qu'elle sait. Et au chapitre
suivant: T& «vt& i iaxni x«T* MpytutÊ lirimipi
T^ frpflc7fi«r^ La science actuelle est identique avec la chose connue. Que peut-on désirer de plus clair? N est-il pas évident qu'Aristote a fourni à saint Thomas le principe fondamental de l'intermédiarisme?
Toutefois, si saint Thomas a eu raison d'attribuer à Aristote la théorie des espèces , il s e^t H*oni|)é sur le sens du passage d'Aris-
tote, où il trouve rexpressioo h fis W melle de cette théorie. Après tmlite la Somme théologique q\i*AnaMt,nwh^ De Tdme , soutenait que rAmeatcaiM rien sans un fantôme, NihUsiu fkmmm intelligit anima ^ nous avons vooliMa»
surer tout d*abord si la citation élaii on Ce n'est pas sans peine que doqs i^
Krvenu a découvrir la poraso d*iraki ]uelle se rapporte cette citalioelitJK'K écrivains du moyen Age disent bieo^<« au texte 30* du iii* livre ; mais IcttéMi d'Aristote qu*il nousfut permis decoin> ne portaient aucune trace de ladiiisAi textee^ de sorte qu'il nous iallot lina» tier le m' livre De tdme^ pour troatcr ^w sage que nous cherchioDS ; et oofflBi^ tâtion n'est pas textuelle « ce n'est ^'m seconde lecture que nous attaigotmès :m but. A la fin du ciiap. 6 de ce iu*lim,cii dans le grec: &«2 avfu TovTvvtvwvwicii mot, et sine hoc nihit intellifit. Votil s fr saint Thomas a traduit (lar m Ail taui V<* phantasmate. Nous verrons tout kri»f?f' y a lieu à controverse sur la questis jrt' voir à quoi se rapportent le verbe ■>•< pronom toOtov. Uais, quoi qu'il ai^^ cette discussion, il est certain qoe le r^' ne peut, en aucun cas, se rapporter»,^ tome, dont il n'est fait nulle meotioeiK>t contexte. Il est d'autant plus élouB'ç»
sai nt.Thomas se soit appuyé sur oneiair^' talion aussi fautive, qu'un peaplui^ pouvait trouver dans Aristote aiol» ^ sages qui eipriment clairement orfu** Nihil inteUigit sine phtmtasmait, AW lit au chap. 9 du ui" livre De Tàmt 9tà rdme contemple , il est nécessoirt f»*** temple en même temps un fantàmi <f« Tc aiu/Bfîv); et un peu plus loiD:t0f"^ concepts de Vdmene sont paSf if^^^'^ fantômes, mais ne peuvent exiittrmy tomes. Nous Pavons dit plus haal,B9«t>' vons pas besoin de ces passages \^ ^* naître Toninion d*Aristoie; si nous ij*"^ portons, c est pour montrer qucs4ifl|Tl^** tant la faiblesse humaine se vastàk^l'" que dans les plus grands hommes» oti**^ profiter d'un moyen qu'il afsitf.po*"^.
dire, sous les yeux, tandis qu'il st^^V^'sur un texte mal compris. Ssos doo<J */*
est pas l'auteur, il pouvait U corrF l'aide du texte grec, qu'il noos m^ft^ même avoir eu entre les mains* M. Barthélemi Saint-Hilaireadoocri^
dé penser que saint Thomas »'«^*'îï!|L
attribuant à Aristote la théorie de««r^
mais, comme nous venons de le ^['
Thomas s'est trompé, non en croj»^*^
intermédiariste, mais en donnaotai^F^
vaise preuve de rintermédiarisB^ °
tote. .-^,
Cette méprise du saint <locteore^N^
jusqu'à un certain point, celle d^ modernes qui ont attribué à AnsWJ* ' cei»tiou immédiate. L'erreur de »«* »*^