‹ Dictionnaire du parallèle entre diverses doctrines philosophiques et religieuses, d'une part et la foi catholique de l'autreChapitre 8 sur 87 · CASUISTES · texte numérisé non relu

CASUISTES

crott» &i glorieux qu*il soit, est un outrage pour elle; et puis, cette noblesse surnaturelle du christianisme, qui tend à me phicer si haut dans l^échélledes êtres, m'expose à une déchéance plus grave, à une foriaiture plus humiliante, si je ne sais pas me tenir è cette hauteur; cette richesse surnaturelle de la foi et de la grâce, qui peut devenir pour ojoi le principe d*une félicité transcendante et éternelle , peut devenir aussi l'occasion d*un châtiment plus terrible et d'une éteroeile damnation; les charges m'effrayent plus que les bénéfices ne me sourient; c'est un axiome humain, qu'on n*impose pas la faveorè celui qui n'en veut pas : Favornon fii invito ; il me platt de rester dans une région plus moitesle et de garder le droit de faillir sans ro'exposer è tant de honte et de supplice... Quand, dis-je, le Chrétien adulte a I injustice et la déraison de s'exprimer ainsi, la réponse de la religion comme du kM>n sens ne se fait pas attendre : Ingrat, Dieu t*a5SOcie à sa propre nature, il te fait fiarticiper è sa propre vie, et toute ta reconnaissance est un cri de révolte et de blasphème 1 il te couvre, il t*accable d'avantages et de privilèges pour la vie présente et pour la vie future, et tu t'insurges contre ses bienfaits! Mais sache donc qu il appartient à Dieu d*appeler qui il lui platt è la vie, à la vie surnaturelle comme à la vie naturelle ; que 8*il ne t'a pas consulté pour le fait et pour les conditions de ta naissance humaine, et s'il découle néanmoins de là des devoirs* comme des avantages que tu ne peux méconnaître et rejeter sans crime, jamais non plus tu ne pourras revendiquer le droit de te soustraire aux faveurs qui te sont faites et aux conditions qui y sont mises par le même Dieu dans l'ordre surnaturel. Tu peux abuser de la liberté que sa providence doit te laisser durant le temps de l'épreuve ; tu peux déshonorer ton nom, désavouer ta qualité de

Chrétien, tu peux dissiper Tliéritage de la erâce et de la foi, engager et perdre dans un fol enjeu le patrimoine éternel dont les titres ont été remis entre tes mains ; tu peux même par un attentat décisif, par une apostasie formelle ou équivalente, détruire jusqu'au dernier germe de ta vie surnaturelle; mais le caractère de noblesse imprimé dans ton âme y restera ineffaçablement pour ton opprobre; mais réternité entière sera témoin de la juste peine infligée à ta forfaiture. £t comme tous les gens de bien, icibas, murmurent des paroles de dégoût et d'horreur en voyant passer au milieu d'une populace ignoble l'héritier dégénéré d'un grand nom, le coupable dissipateur d'une grande fortune; ainsi les anges et les élus, au milieu desquels ta place était marquée ])Our toujours, contempleront éternellement avec douleur et avec effroi le sceau de ton baptéroe devenu le stigmate de ta honte, le cercle brûlant de laflamme qui t'investira.. .« enfin l'affreux cortège des démons et des damnés devenus ta société.

« Non, mille fois non, messieurs; on n'échappe pas licitement ni impunément à sa destinée naturelle ou surnaturelle. La pbi-^ losopbienaturaliste raisonne toujours comme si la créature naissait dans l'indépendance; mais ces deux idées s'excluent; ces deux mots hurlent d'être accouplés. Etre créé, c'est dépendre; qui reçoit l'être, reçoit la loi; naître hors de toute loi est métaphysiquement impossible. La loi fondamentale de la naissance surnaturelle, c'est la foi. Je n'ai donc rien avancé de trop : la philosophie séparée fait du baptisé un apostat, puisqu'elle entend lui constituer le droit et même le devoir de parler, d'agir et de vivre dans une abstraction réelle et pratique de l'ordre surnaturel et des enseignements de la foi. »

BIBLK. Foy. Livres SACRis.

CARÊM R* Voy. Jbuivb.

CASDiSTES.— Dans sou livre Du devoir ^ H. Jules Simon attaque violemment la casuistique. 11 lui reproche, 1* de dépraver notre nature en rendant la conscience inutile ; 9r d'être incomplète et inexacte ; 3'd'ètre au-dessus des forces de la raison ; k* d'inspirer une sécurité dangereuse. M. l'abbé Bidardt dans iesAnnaltê de philoeophie ehrétienne^ de mai 185S, a réfuté péremptoirement ces accusations. « Lors même, » dit-il, c qu'on se serait attaché à suivre les décisions d'un casuiste, est-ce que pour cela la eooscience demeurerait oisive? N'a-t-elle paa toujours les circonstanees de temps, de lieu, de personnes, de moyens,de motifs, k apprécier? N'a-l-eUe pas h examiner si l'action qui se présente reste dans la décision don* née, ou si quelque question de fait ne vient poifit la modifier selon les principes généraux de la morale? N'a-t^elle pas à confronter

les principes ensemble, et à décider, en caa de concours, lesquels doivent être appliquée au cas présent? » D'ailleurs, M. Simon, en exagérant la difficulté d'une casuistique cora-* plète, c'est-k-dire d*une science morale détaillée, oublie que lescasuistes sont inspiréa et surveillés par l'autorité de TEglise.

m Le dernier et le plus terrible danger de Ja casuistique, dit M. Simon, c'est la sécurité qu'elle inspire. Une fois qu'on a ainsi réduit sa vie à 1 observation d'une règle droite, minutieuse..., on devient inaccessible... au remords. Si le conseiller qu'on s*est donné pour mettre est mauvais, si on le comprend mal, et qu'on fasse le mal par cette erreur involontaire^ on ne se croit pas moins pur.» « Kh quoil » répond M. Bidard, «vouariezvous donc c{ue l'on répondit des erreurs ou des fautes involontaires, où la faiblesse de notre nature nous fait si souvent tomber? L'erreur involontaire est mille fois moins k-

eraindrCf on soi vont le casuisie op|trouvé de rE^li^e, qu'en suivant sa |)ropre conscience individuelle, sujelle h mille ignorances el h initie passions, comme est forcé de le reconnaître M. Simon... La critique que M. 8imon a faite de la casuistique est donc futile, dénnée de tout fondement... Voyons maintenant ce qtt*il veut mettre à la place... Les moralistes, selon lui, ne doivent traiter que les principes généraux de la morale, et indiquer par quelques exemples comment les grands principes engendrent des règles de conduite; ils ne peuvent aller plus loin ; car ce serait prétendre imposerai* homme un farîAu/atre, ei trop présumer de la sciencet en dédaignant de plus la liberté. C*est à chacun de faire le reste et doconsullersa conscience propre, non pas au moment seulement où l'action se présente à faire ou à éviter ; la passion alors pourrait bien troubler le regard de la conscience, mais à Tavance, pour que la réQexion féconde notre intelligence, et que Ton évite les perturbations qu^engendre toute passion. C'est-à-dire, pour expliquer nettement les choses, que la science ne jîeut dresser un dictionnaire des cas de conscience, mais que chacun doit, avec sa conscience, se cfresser le sien. 11 sera, sans doute, bien mieux dressé, bien pins complet et plus exact, et la liberté, du moins, sera parfaitement respectée; car enfin, si chacun a le droit et la liberté de se faire ses opinions, il en a le droit en morale conune en autre chose. On dira que c'est faire à soi-môine ses devoirs ; mais c'est précisément eu cela que consiste la précieuse, la sainte liberté de penser.

« Toutefois, nous avons ItH^essus un léger scrupule que nous ne devons pas taire h M. Simon. Si c'esi trop présumer de la science que d'en espérer la rédaction d'un formulaire ou d'un dictionnaire exact et complet des cas de conseienoe, il nous semble aue c'est beaucoup présumer des forces d un philosophe seul avec sa conscience^ que d'en attendre la rédaction fidèle et vraie des règles de conduite pour toutes les circonstances de sa vie, ou la décision juste et véri- <iique de tous les cas qui se présentent k lui tous les jours pour sa propre oonduite. Il me semble surtout que c'est beaucoup présumer de la plupart dos hommes peu instruits, i^orants en morale comme en philosophfie, sans loisirs pour l'étude^ sans ouverture d esprit, comme est presque toute la masso du peuple. 11 me semble que c'est lieaucoup présumer des enfiints oui n'auront appris que les grands principes ae la morale et eu sous les jreux à peine quelques exemples des applic4ttions que l'on eu doit faire aux diverses actions humaines. 11 me semble enfin que c'est beaucoup présumer de la reeiitude de conscience d'une foule de gens tarés, vendus au vice et à l'immoralité, et que ceux-ci auraient bientôt fait bon marché de oette morale qu'ils bàcleraieni ainsi à leur guise. Si du moins U. Simon permettait aux oasuistcs de lionner quelques avis pour garder tous ces esprits incertains dans leurs

décisions, el à ceni-ci de les consulter t Hais non, la casuistique est irrévocablement cou* damnée; elle ne peut être qu'un instrument d'erreur; elle n^est qu'un piége^ et les casuistes que des sacrilèges.

X En vérité, touiment peut^on s'abuser à un tel point? On n'a pas conGance dans les décisions d'un homme instruit, qui a blanchi d^ins l'étude des lois morales, qui est désintéressé dans les jugements au'il porte, puisqu'il ne les porte ni pour lui, ni pour ses proches, ni pour ses amis, ni pour ses ennemis, mais pour tous; qui ne prononce pas sous le coup de la passion ou sous Témotion du péril et la pression de l'intérêt, qui surtout et principalement n'écrit, ne décide» n'enseigne que d'après la loi révélée de Dieu^ et sous les yeux et l'approbation de r£gli$e chrétienne enlière,aui toujours a condamné les casuistes trop sévères ou trop relAchés ; et l'on a confiance dans les décisions que portera un homme seul, isolé, prononçant ùans des circonstances tout opposées 1 Com«' ment ne pas voir que c'est mettre à la merci de tous les caprices la morale et ses devoirs sacrés? Comment ne pas voir que ce u*cst pas la raison qui prononcera, mais presque toujours rignorance, la passion ou rintéiétî Comment ne pas voir que plus des trois quarts du genre humain sont dé(X>urvus de toutes les qualités et conditions voulues pour juger de ia sorte ; qu'ils n'onl ni le loisir» ni les moyens, ni l'instruction, ni les talents nécessaires à une telle étude? »

CATHÉDRALB. Yoy. Argbitbgtceb.

CÉLIBAT RËUGIËUX. —Bal mes dit dans ses Mélanges (1. m, p. iU; trad. BareiJle) ; <t Lisez l'histoire religieuse de tous les peu* pies, et vous rencontrerez chez tous des rapports plus ou moins étroits entre le minii^tëre des autels et le retranchenaeni des voluptés sensuelles; ici comme partout ailleurs le catholicisme laisse éclater une preuve de sa divinité, en réalisant d'une manière complète, sublime, une pensée qui n'était dans les autres religions qu'à l'état de germe et de tendance.... en faisant un précepte, i)our un nombre considérable de ses enlants..., d'une abnégation que la sagesse hunminejugeraitè peine possible» pour certains hommes à part» et dans des cas excessivement rares. Qui ne reconnaît, disons mieux, c}ui ne sent l'élévation, la grandeur, la majesté, dont le ministre du sanctuaire est revêtu, lorsque, se prosternant au pied des autels, priant pour les péobés du peuple, offrant au ïoot-Puissant le sacrifice de propitiation» il parait aux yeux 4e ses frères comme un être d'une nature 6U|)érieure, sans lien avec aucun des otyets qui captivent bs autres hommes? L'encens qui s'élève de aes mains, la prière qui s'écnapue de son cœur, se mêlent au do«x parfftm ne l'innoeence» aux sublimes aspirations tie la chasteté.... Voulei-vous avoir une juele idée du tort immense que tes liens du mariage porteraient à l'asceodani, è l'influence, à la considération du clergé: appliquescetiehy- |H>thèse à la vie d'un içrand saint. Reorésen-

CELIBAT RELIGIEUX.

loe

tez-vous» iMir exemple, saint François de Sales, cel noinroe si fervent dans Toraison, si pénétré du feu du ciel dans Toblation du saint Sacrifice, ce prêtre infatigable dans radmiuistration du sacrenacnt de |)énitence, daos »es généreux efforts pour ramener au lein de I £giise les Araes égarées par le schisme et l'erreur, cet évéque selon le cœur de Dieu, toujours prêt à secourir les pauvre», à consoler les affligés, à instruire les ignorants, consumant sa vie tout entière, en on mot, dans Tœuvre du salut de ses frères et Je la gloire de Dieu; et dites-moi si, lorsque vous contemplez cet anj^e de paix, celte lumière du monde, cette victime de la charité, cet apôtre dévoré par la flamme de Tamour dmoy uui se fait tout à tous pour les

Kgner tous è Jésus-Christ (/ Cor. ix, 21, 22), rsque, plein d'admiration pour tant de vertu, d'abnégation et de sacrifice, vous lui rendez les hommages dus aux plus grands saints, dites, encore une fois, vous le représentez-vous engagé dans les liens du mariage T Ohl non, assurément non; vous n*eus$iez pas même voulu que ce mot eût été prononcé à propos d'un tel homme; ce seul mot semble en effet dissiper tout è coup la céleste yision qui remplissait votre ime» »

Au t. II du même ouvrage, on trouvo on travail spécial sur le célibat religieux. Balmèsy résume les différentes considérations que ce çrand sujet a inspirées aux écrivains catholiques, et il y ajoute des aper^ (US pleins de profondeur et de nouveauté.

c Le prêtre, dit-ilf est une sorte de médiateur entre Dieu et les hommes, il est chargé d'offrir au Tout-Puissant l'encens et le sacrifice; il reçoit ensuite des mains de TEiernel les dons les plus précieux et les plus nécessaires, et les répand dans le monde comme une céleste roséi*, comme d'intarissables trésors de consolation et d'espéraoœ. Conleœ[)lez-le dans l'exercice de ses augustes fonctions : entouré de tout un peuple qui, dans le sentiment d*une bumiliié proionde, incline le front devant le Saint des saints, revêtu d'habits symboli-

3Qes et mystérieux, debout sur les degrés e l'autel, environné d'un réseau de lumières, plongé dans ce nuage suave et parfumé qui s exhale do ses mains vers le trêne de l'Eternel, il prononce d'une lèvre émue la prière universelle, il entonne majestueusement rhymne antique en l'honneur du Dieu Sabaotb, il élève dans ses tremblantes mains rho^tie du salut, et présente aux adorations du peuple l'Agneau sans tache dont le sang a racheté le monde... Placez la femme dans le cadre de <*-etto existence; unissez le ministre par les liens d'une affection humaine aux charmes décevants d'une fragile beauté, et dès lors la grandeur de ce tableau disparaît, le prêtre se rapetisse, sa dignité s'avilit, sa sravite se perd, la sainteté de la mortification lui manque; dans ces mêmes yeux où brillait naguère la flamme do l'amour iiiiùy vous découvrirez je ne sais quel feu

DiCTio!iii, DU Parallèle.

languissant, un reflet do cet amour terrestre qui brûle dans le cœur de Tépoiix. »

Bafmès cherche ensuite la raison de ce rapport que tous les peuples ont pressenti entre le sacerdoce et la chasteté : « Toutes funestes que puissent être la soif des honneurs et celle de la gloire, il est vrai néanmoins qu*elles exercent sur le cœur une magique influence, dont l'effet est souvent de Tut inspirer les projets les plus vastes et de lui donner le courage de les entreprendre et la force de tes accomplir. L'amour, au contraire, fièvre ardente et stérile, quand il ne possède pas l'objet aimé, faible et puérile ardeur quand il le possède, feu changeant et mobile comme la beauté même ; au'il idolAtre, inspire au cœurdeTbomme 1 inconstance et la Iflchcté, brise son énergie, arrête ses plus nobles élans, absorbe toutes ses facultés dans les vapeors flottantes du rêve, et détruit ainsi le plus magnifique instrument de l'Ame humaine. L'homme qui s'efforce d'acquérir un nom illustre peut bien employer quelquefois la violence et le crime; mais il marche du moins le front levé, sans crainte et sans faiblesse, il n'inspire aux hommes sensés que le regret de voir s'égarer d'une manière aussi funeste de grandes qualités, dignes d'un meilleur objet, et frappe le reste des hommes d'enthousiasme et d'admiration, ou bien de terreur et de haine; jamais, du moins, il n*excitera le sourire de la pitié, du mépris ou de l'indifférence. Le voluptueux, s'oubliant lui-même, n'a vaut dans la vie d'autre objet que son idole, d'autre bonheur que le plaisir, abdiquant toute volonté {)ropre, n'offre aux yeux do ses sembla- )le$ que l'usage de l^bjection et do la pusillanimité; il ne leur inspire qu'une stérile.pitié, è moins que ses éternels soupirs ne provoquent de leur part les traits pi-

auants de la satire ou le regard moçioeur 'une froide malignité. Voilii pourquoi cette Eassion énervante et molle est incompatile avec ces grandes fonctions, qui demandent de ceux qui en sont investis un travail sérieux et des efforts constants ; voilà

1 pourquoi il a été nécessaire d'élever une )arrière infranchissable, un mur d'airain entre le ministère ecclésiastique et les séductions de la volupté. » Ici se présente une objection. Ne vaut-il pas mieux donner aux passions de l'homme un objet légitime que de l'exposer h de graves désordres? Or le prêtre est homme. A cela Balmès répond

3ue si It mariage prévenait sûrement le ébordement des passions, et si le célibat favorisait ce débordement, ces deux causes» agissant simultanément, l'une sur le clergé protestant, l'autre sur le clergé catholique, il fût arrivé que ce dernier eût été beaucoup moins moral que l'autre, tandis que la voix et la confiance des peuples proclament le contraire.

Aux reproches de cruauté adressés h la discipline des ordres religieux, Balmès répond d'abord par l'admirable exemple des religieuses qui, en France et en Kspagitei

ont reculé d*horreur9 quand la révolution les cliassait du couvent et les rejetait dans le inonde. « La religion de Jésus-Christ, émanée qu'elle est du sein de celui qui tient dans ses mains tous les cœurs des mortels, va droit au cœur, le remplit, l'attendrit, le subjugue; et, comme de tous les ressorts qu'elle met en mouvement résulte iHi mouvement immense, elle lui commande les actes les plus difficiles, elle exige de lui les plus pénibles sacrifices; et si parfois elle condescend è la faiblesse de la condition humaine^ ce n'est Jamais en se prêtant aux exigences des passions, mais seulement en adoucissant les plus grandes austérités par les joies inénarrables de la vertu : « ce que ne comprennent pas les i)hilosophes qui voient dans l'intérêt privé le seul mobile qui puisse agir sur le cœur. Vient ensuite un apergu plus remarquable encore. « Le catholicisme, » dit Balmès, « en instituant le célibat ecclésiastique, a fondé une institution dont la base est dans l'essence même de la religion. Supposez le célibat ecclésiastique aboli, la religion ne pourrait fleurir dans les flmes sans que cette institution reparût aussitôt sous la forme d'une coutume vénérable; et cette coutume rentrerait bientôt dans le domaine de la loi. Car une institution vivace comme le catholicisme développe rapidement les germes qui sont renfermés dans son sein. La religion nous détachant de la terre, nous portant à là chasteté, nous demanderons s'il était possible que le clergé, cette portion choisie de l'héritage, qui devait, h raison même de son auguste ministère, éprouver d'une manière plus immédiate et plus eflicace les divines influences de la religion, s'il était possible, disons-nous, qu'il se dérobât à I impulsion donnée par le christianisme tout entier, et que sous raction de ces causes incessantes, le sacerdoce et la continence ne vinssent pas à s*unirpar des liens indissolubles. Peut-on supposer que l'Eglise ait un seul instant méeônnu les infimes rapports qui se trouvaient entre ces deux éléments supérieurs, la direction que res()rit de la religion devait imprimer à ses ministres ; et comment supposer dès lors qu'elle ne se soit pas emparée d'un moven aussi naturel, aussi puissant de présenter aux fidèles un type de vertu universel et permanent, sur 'lequel ils pourraient régler et former leur conduite ? N'aurait-ce pas été une chose bien étrange, bien anormale, et par conséquent de bien courte durée, qu'on eût vu dans le commun des fidèles des exemples fréquents de continence et de chasteté, tandis que les prêtres se seraient abandonnés ^ux illusions du plaisir, eux cependant qui sont chargés d'offrir à Dieu les prières et les vertus de leurs frères, de diriger ces derniers dans le chemin de la perfection, et de les préserver, |)ar la force de l'exemple, beaucoup plus que par celle de la parole, des euibûc^hes de l'antique ser[>ent? Avec un cœur tourmenté d'affections terrestres^ avec une imagination

peuplée d'images séduisantes, comment auraient-ils pu comprendre les célestes pensées et le langage pur d'une vierge chrétienne? Comment se seraient-ils élevés è la hauteur nécessaifre pour éclairer son esprit par de sages conseils, pour fortifier son cœur contre les alarmes d'une conscience trop délicate, contre les tribulations et les angoisses trop réelles de la vie. »

Balmês résume ensuite les preuves tirées des fâcheuses conséquences qu'aurait le mariage des prêtres, pour le sacrement de pénitence, pour le soin des pauvres, pour le dévouement du clergé dans les calamités publiques et les missions, pour les hôpitaux^ « ces admirables créations, ces créations exclusives de la charité chrétienne, ces maisons habitées par toutes les douleurs et toutes les misères, oui sont chaque jour le théâtre des actions les plus héroïques, à jamais ignorées du monde, parce que la mort y ferme la bouche à la reconnaissance, et que l'humilité y devient complice des secrets de la mort. »

Quant è l'objection tirée de la population, il la résout en prouvant que l'accroissement de la population ne dépend pas uniquement du nombre des mariages, ni de celui des naissances, mais des moyens de subsistance et d'éducation foiKnis à la génération nou-^ velle. Le célibat peut donc ne pas diminuer la population. De plus, s'il la diminue quelquefois, c'est un bienfait.

Les ennemis du célibat ecclésiastique, dît Balmès en terminant, avaient beau jeu. « Ils plaidaient la cause des passions, ils traitaient une matière qui, par son élévation même, dérobe aux yeux au vulgaire ses points de vue les plus beaux, et qui, par la profonde sagesse dont elle est environnée, échap|>e dans ses relations les plus délicates à iœil d*un observateur superficiel et léger; ils avaient dès lors un vaste champ pour y déployer leurs manœuvres favorites, le sophisme et la déclamation. On est saisi d'indignation et de pitié, quand on entend de la bouche de Rousseau ces étranges ])aroles :

« Pour savoir ce qu'il faut penser par rap- « port è la loi du célibat ecclésiastique, il « suffit de se souvenir que, si elle était géné- « ralisée, elle détruirait le genre humain. » C^est absolument comme si l'on disait quo l'agriculture est bien funeste, par la raison que si tous les hommes se consacraient à la culture des terres, toutes les autres professions seraient par là même détruites. »

Aujourd'hui le protestanti^e regrette de ne pouvoir imiter le célibat catholique. M. Sander, l'énergumène du synode de Brème, s'écriait à Gnadau : « Nous devons rappeler à nos jeunes théologiens les paroles de saint Matthieu fxix, 12} concernant ceux qui ont embrassé la continence pour le ciel, rétablissons un célibat libre et non forcé; faisons com^^n'endre è nos jeunBs théologiens combien ils perdent en se liant d'avance. » Le même disait dans une autre circonstance à propos d'un essai infructueux des prott^stants pour avoir des frères instituteurs :

CEREMONIES

« Cesi singulier» TEglise catholique n*a qu'à faire un signe, et elle a à son service autant d'hommes qu'elle en veut. Pour nous* l'argent ne nous manque pas» mais les ouvriers, les ouvriers I »

CÉRÉMONIES. — M. de Septcbènes {Ei$ai iur la rtliaion des anciem Grée») a émis au iviii* siècle plusieurs des idées qui ont été

troduites plus tard et considérées comme des ardiesses nouvelles. Voioi d'abord ce (]u'il pensait des systèmes antérieurs au sien : c II réfute le système d'Evhémère, imaginé^ dil-ily à la eour des despotes qui gouvernaient CEgypte ; qui semblait en quelque sorte jusii^ fier tes apothéoses que les successeurs (SA* Uxan^e le Grand , A son exemple^ faisaient d'eux-mémeSf et que JHodore de Sicile^ qui écrivait sous le règne éC Auguste^ renouvela à répoque où toutes les contrées de la terre furent soumises à F esclavage. Il nomme ceux qui combattirent l'histoire sacrée d'Evbéluère, Callimaqne, Strabon, Plutarque, Ctcéron, etc. Il cijte ensuite les conjectures frivoles de quelques modernes qui ont vu tour ë tour dans les fables la pierre philosopbale, comme Tollius, auquel il joint Paracelse; l*aimant, comme Herward, dans ses Admirandaethnica theologiœ mysteria ; des digues et des canaux, comme Bergier, dans son Origine des dieux du paganisme; le cours ée$ fleuves» comme l'aboé Banier, fut, dit-il, a un talent particulier pour expliquer beau^ coup de fables par le cours des fleuves; la relation de quelques voyages entrepris par des marchands, comme Leclerc dans sa Bi' Uiothique universelle; l'arche de Noé et

Slosiours des traditions juives,, comme ryant, dans son Analyse ce la mythologie ancienne. — Enfin ceux qui lui paraissent avoir le mieux saisi l'esprit de la religion des anciens soni Bacon, Fréret , Blackwell , JahloDskt, Gebelin, Dupuis. »

Brunet, à qui nous empruntons ces détails, •combat ensuite Septcbènes. Nous allons citer une partfe de celte discussion. On reconnaîtra dans l'auteur de VEssai quelques-unes des assertions de H. Renan, par exemple, le reproche de délovauté adressé aux Pères de rÈglise à cause de leur iiolémique contre le paganisme, et la prétenaue excellence de la religion grecque. Brunet, après avoir cité les éloges adressés par Septcbènes aux mystères païens, continue ainsi :

Dès le temps de Cicéron, dit M. de Sainte- Croix, les mots mystère et abomination élaleot presque synonyme». Le savant WarhurtOD,qtti fait celte remarque, croit avec raison que la représentation obscène du phallus^ toutes les fables scandaleuses dont elle était «^ accompagnéef enfin le danger des assemblées • nocturnes sont la véritable o^use de la cornipiJoQ totale des anciens mystères. La der- Dière surtout attira raltention des empereurs chrétiens, etc. M. de Septcbènes n'ignorait point cela, mais avec son adresse et sa finesse ordinaires, il sait tellement étendre un

voile sur les désordres dont les païens mêmes ont accusé les mystères, qu'à l'en croire ces accusations ne seraient que de fausses imputations. Ce qui Tamène d'une manière insensible è une sorte de récrimination contre les Chrétiens de l'Eglise primitive, parce que forcés de se dérober à leurs ennemis^ ils ne s^assemblaient que la nuit ou dans d^ob^ scures retraites. Il n'en fallut pas davantage ^ dit-ii, pour les accuser de crimes auxquels nous refusons d ajouter foi (3), quoique les écri' vains de Phistoire ecclésiastique eux-mêmes aient reconnu ou il s'était glissé parmi eux quelques abus, vu moins convient-il que dans ces premiers temps, les Chrétiens ne celé- . braient leurs assemblées pendant la nuit, ' dont l'obscurité est en effet dangereuse, et peut favoriser des désordres, aue parce Qu'ils y étaient forcés, pour se dérober à leurs ennemis. Mais qu est-ce qui pouvait obliger les païens h choisir les ténèbres de la nuit pour célébrer leurs mystères? Ainsi cette circonstance pouvait déjà leur attirer un juste reproche, ils le méritaient d'autant

i)lus que la représentation obscène du phal^ us ou du etéis^ et toutes les fables scandaleuses dont elle était accompasnée, étaient de nature à inviter h faire l'abus le plus criminel des ténèbres de la nuit. L'auteur de VEssai a beau dire que malgré les exclamations des Pères de l'Église il ne parait pas que cette cérémonie en fût moins respectable^ et que loin même que l'imagination se livrât à aucune idée qui pût la détourner de la sainteté du /tfu, r%nitté adressait cette prière à la nature^ etc. Pourquoi donc ne parîe-t-il luimême de Priape qu'avec réserve? Tirons, dit-il, le voile sur cette divinité^ et sur les attributs qui la distinguent. Destinés originairement à peindre les plus grandes opérations de la nature^ ces emblèmes n'offraient rien qui blessât la pudeur ^ etc. M. de Sainte- Croix s'exprime un peu différemment: Tous ces objets (ce sont des phallus de différentes grandeurs}, quoique de simples emblèmes, sont , dit-il, trop obscènes pour s'y arrêter davantage. Qu'on juge maintenant de l'art avec lequel notre auteur prétend assimiler les imputations que les Chrétiens et les païens se sont faites au sujet des mystères... Pour confondre de pi us en pi us les mystères chrétiens avec les initiations païennes, M. de Septcbènes y fait remarquer des cérémonies ' tout h fait semblables è celles qui sont les plus essentielles dans'la religion chrétienne, au baptême, h la confession, à l'Eucharistie, etc. Hais que diraii-on, si ces pratiques avaient été empruntées des Chrétiens? C'est cependant ce que pense M. de Sainte-Croix, du moins par rapport h celles qui s'observaient dans les milhriaques. Ce célibatfdiiil, ces jeûnes t ces macérations^ ce baptême^ cette offrande de patn, sont évidemment des pratiques et des cérémonies que les mystagogues avaient empruntées au christianisme. Elles étaient comme autant d'armes avec les-

Ç) àlti COI (Chrislîanos) fcrunt ipsius anlisiitis ac saceidolis colcrc gcnitalin. (Asi». Marcf.i.l., 1.

lis

quelles ils sHmaginaient pouvoir le eombatlre avec atanlcige.,. Ajoutons que quand on aurait observé danâ les mystères des païens, bien avant Fintroduction de ceux de Mithra dans Rome ou dans ritalie, des pratiques semblables à celles oui étaient ou qui furent en usage parmi les chrétiens, on ne pourrait dire pour cela que ce fussent des cérémonies pareilles aux cérémonies chrétiennes. Est-ce que ce qui constitue une cérémonie n'est que le rite extérieur? n*est-ce pas plutôt la signification attachée à ce rite? Quoil voudraiton que, parce que les païens employaient l*eau dans leurs lustrations» les Chrétiens n*en aient pas fait usage dans le baptême? Après tout, n'aurait-on pas plus de raison de dire que les Chrétiens ont imité les Juils et non \)as les païens, dans leurs rites extérieurs? Le christianisme n'a-t-il pas plus d'aiBnité avec le judaïsme qu'avec toute autre religion? Et les Juifs n'avaient-ils pas dans leur culte extérieur des pratiques telles que celles dont il s'agit? Ce qui ne pourra manquer de paraître singulier^ dit 1 auteur de VjEssai^ c'est que les Pires de l'Eglise n'oni pas fait difficulté d'emprunter plusieurs des cérémonies quils cherchaient à dégrader. S'il ne donnait aautre preuve de ce qu'il avance, que ce qui suit aussitôt, sa preuve serait plaisante ; Ils se servent^ dit-il, d'esepressions entiiremenl semblables^ Voudrait-il donc que les Chrétiens se fussent fait une autre langue? « A la vérité, » dit M. de Sainte-Croix, « les Chrétiens paraissent s'être trop souvent servis de termes relatifs aux initialions; mais quelquefois ils se trouvèrent forcés d'en emprunter lu langage et de ne pas négliger les précautions qux)n y prenait pour éloigner les profanes. » Il venait de dire : « Ce savant Père ( saint Ei)iphane ) semble avoir prévu le reproche qu'on ferait un jour aux Chrétiens d'avoir emprunté plusieurs cérémonies des mystères du paganisme : il en fait sentir la différence essentielle, et montre combien les véritables fidèles avaient toujours répugné à l'admission des rites étrangers. Néanmoins, si quelque$uns ont été consacrés par Tusagé, ce n'a jamais éié que ceux qui ne peuvent ni oGTencer la décence, ni préjudicier à la majesté du cuite divin. »

Ce serait peu de chose, ajoute Brunet, que Jes mystères païens eussent été célébrés avec je ne dis pas quelques cérémonies, mais quel-

8ues pratiques semblables à celles que les hrétiens observèrent dans leurs propres mystères. Aussi M. de Septchènes prelend-ii qu'on y enseignait une doctrine aussi pure, aussi sainte, aussi salutaire que celle du christianisme; et comme si malgré la difficulté, qu'il représente lui-même comme étant presque Insurmontable, de lever le voile qui cachait les instructions qui se faisaient aux initiés , il avait dissipé toutes les ténèbres qui couvraient ce secret, il détaille avec la plus grande assurance tous les dogmes et toutes les maximes que les mystagogues leur communiquaient. Avant que d'entrer dans ce détail, il renouvelle le re-

f)roche qu'il avait déjà fait aux Pères de *Ëglise, de s'être plu en quelque sorte à déngurer la mythologie. Il est vrai que suivant les principes de révbémérisme, le secret des mystères se réduisait à apprendre aux initiés, que les divinités adorées dans le monde, avaient été de simples hommes, placés soit par la reconnaissance, soit par la crainte, dans le ciel. Ce sentiment, continue H. de Sainte-Croix, éiait trop favorable au christianisme pour que les Pères, ses apo^ Jogistes , ne rembrassassent pas. Il leur épargnait beaucoup de discussions, et leur fournissait des arguments faciles et è la portée du peuple. L'apothéose une fois admise, il n'y avait plus de mystères. La conséquence est sensible ; aussi n'échappat-elle pas aux anciens Pères, ce qui les entraîna à penser que dans l'initiation on s'attachait non à la crovance ferme d'aucune doctrine, mais à I observation légale des cérémonies. La diSérenco entre le culte

(mblic et le culte mystérieux n'existait seon eux que dans l'opinion du vulgaire ; ou si la ressemblance n'était pas parfaite, le dernier n'était distingué que par des pratiques obscènes et des traditions scandaleuses dont il importait de dérober la connaissance aux profanes. Clément, élevé dans la fameuse école d'Alexandrie, saint Augustin, nourri de la lecture de Varron, Eusèbe de Césarée, si instruit de la philosophie éclectique , paraissent être au fond de cet avis. Mais ils no seraient pas exempts de tout reproche de contradiction, pour avoir adopté en quelaues endroits des sentiments opposés, si 1 on observait pas qu'ils employèrent h la fois l'évhémérisme pour détromper le peuple, et le stoïcisme ou l'éclectisme pour combattre les philosophes païens avec leurs propres armes, et les forcer dans leur dernier retranchement, TaU légorisme. — C'est ici que ce savant académicien conclut de ses discussions et de ses recherches, que les mystères ne furent dans leur origine que de simples lusirations, et ne consistèrent qu'en certaines observations légales. 11 ne disconvient pas

aue dans la suite on n'y ait adopté une octrine secrète. Quand cette doctrine serait la même que celle que l'auteur de FEssat nous donne avec une pleine confiance })our y avoir été enseignée, il y aurait déjà entre lui, et l'auteur des Recherches sur les mys* tires une différence très-intéressante, et qui autoriserait à faire au premier plusieurs questions sur l'époque du premier enseignement de la doctrine qu'il prétend avoir été le but et l'objet des mystères, sur son auteur* sur la source oà il l'avait puisée, etc. Hais il y a bien d'autres points relatifs è ce sujet, sur lesquels nos deux auteurs ne s'accordent nullement. « Dans ia suite, » dit le second, c on y adopta une doctrine secrète, où il ne s'agissait que des services rendus par les premiers légiste teurs et les chefs des colonies étrangères, tels que rétablissement des lois, la découverte de |*agriculture et l'introduction d'uo

CÉRÉMONIES

nouveau culte religieux; en y menaçant les profanes des punitions de rantre ?îe, on assurait les initiés d'jr jouir d'un bonheur éternet et d*une préséance flatteuse. Cette promesse ne fut point oubliée, quand, au siècle de Solon, les mvstagogues commencèrent a parler du bouleversement de Tancîen monde, des révolutions de la nature, de rorij^'ne du bien et du mai, du pouvoir des génies, etc., objets auxquels se rapuorlèsent toutes les explications allégoriques de rhistoire de Cérès, de Proserpine et de laccbus. Néanmoins ces prêtres ne formèrent pas sitôt un corps de doctrine ; i>eut-étre n*exista-t-il jamais. Les idées ne leur vinrent que successivement ; ce qui les rendait souvent contradictoires, au moins incohérentes. Klies ne purent même être distinctes et Oxes, qu'après avoir été longtemps confuses et variables. Vraisemblablement eurent-elles plus de liaison et de solidité, lorsque les stoïciens et les éclectiques parvinrent à faire adopter leurs opinions aux mystères d'Eleusis. » Qui ne dirait d'après cela aue l'auteur de VEs$ai ne nous a donné qu un roman sur la religion des anciens T Mais qui est-ce aussi qui ne serait pas frappé de la différence totale et essentielle des mystères du paganisme et de ceux de la religion chrétienne? Quand nous supposerions gue dans ceux-là on donpaîl aux initiés les importantes et sublimes instructions dont nous parle avec tant d'intérêt M. de Septchènes, ce n'était après tout qu*une doctrine secrète et mystérieuse, non ))as seulement en ce sens qu'elle s'enseignait dans un endroit retiré et interdit aux profanes, et qu'elle ne se communiquait que sous le voile d'un secret inviolable ; maïs en ce sens qu'elle ditférait de la doctrine publique, commune et vulgaire; qu'elle était, du moins en apparence, contraire et op|)Osée k celle-ci; qu'elle servait à expliquer celle-ci, et à prévenir les erreurs, ou plutôt à retirer des erreurs où celle-ci avait jusque-lè entraîné, de sorte que ceux qui n'auraient connu que la doctrine publique auraient eu une reli^ion^out è fait différente de celle des initiés; que, tandis que teui-lè auraient rendu leurs hommages et leurs adorations à une multitude de divinités, ceux-ci n'auraient reconnu et adoré qu'un Dieu unique, que l'Ktre suprême.— Que peuvent donc avoir de commun avec de tels mystères, ceux du christianisme tels que les décrit l'auteur des Maurs d€$ Chréiimiê f

L'unité de Dieu, dit M. de Septchènes, était avec l'explic^ation des fables de la mythoiogio, le premier objet, le premier but des mystères; unité de Dieu cependant qui, comme on l'a dit, loin de détruire le polythéisme, ne tendait qu'à l'établir. 11 n'est pas le seul, ni le premier qui se soit formé en partie cette idée de la doctrine qui s'enseignait aux adeptes ou initiés.

(I) Spirltus inlits alit, lotamque infusa per arlus, ■CBS MdUt molem, ei magno se corpore miscet.

{£md. Ti, 726-747.)

Warburton l'a imag'née avant lui. « Qu'on

. me permette, » demande H. de Sainte Croix,

) « d'examiner cette opinion assez accréditée

* et dénuée néanmoins de tout fondement. En

renfermant dans le sanctuaire la doctrine

de l'unité de Dieu, en ne l'enseignant qu'aux

seuls initiés, les législateurs et les mysta-

gogues auraient détruit le polythéisme',

3u'ils cherchaient à établir par une foule e lois et de rites. Que serait devenu alors le culte public appuyé de leur sanction ? Une pareille contradiction ne pouvait exister, non-seulement sans finir par renverser les autels, mais encore sans nnire au repos de la société. Créer d'une main et anéantir de l'autre, quel trouble, quel désordre :

destinement les incrédules, quel étrange système de législation I C'est néanmoins ce que suppose Warburton aux peuples les plus sages de l'antiquité, adoptant, sans y penser^ le sentiment des épicuriens, et n'en apercevant pas les conséquences. Elles tendaient à propager l'athéisme en faisant regarder l'unité de Dieu, non comme une vérité naturelle, mais comme une simple invention de la politique et du sacerdoce. Selon eux cette unité n'était révélée que dans rintérieur des temples destinés à la célébration des mystères. Pour moi je pense que, si elle y pénétra jamais ce fut lorsque la lumière de la foi les investissait, pour ainsi dire de toutes parts. Auparavant cette grande vérité n'aurait pu y arriver; de fortes barrières, celles de la superstition^ du gouvernement et de l'intérêt sacerdotal sW opposaient. Les preuves de fait que l'evêqne de Glocester hasarde sont encore plus faible que ses raisonnements. Il produit, comme autant de pièces victorieuses, la palinodie d'Orphée, ouvrage évidemment supposé; le discours d'isis, inventé par Apulée, et o<!t l'on n'aperçoit qu'un pur panthéisme. Enfin il rapporte ces fameux vers de VEnéide dans lesquels Virgile a exposé d'une manière si claire le système de l'flme du monde, que l'homme le moins instruit de la philosophie ne saurait s'y méprendre (4), » etc Si ce Dieu unique dont

l'unité se révélait aux adeptes était \e grand iout, on conçoit sans peine comment son unité pouvait se concilier avec le polythéisme. Or il parait que M. de Septcnèues n'a rien entendu autre chose. Toutes les

f preuves qu'il apporte de son système sur 'nnité de Dieu enseignée dans les mystères, ne sont-elles pas les mêmes que celles où M. de Sninte-Croix n'aperçoit que le panthéisme ? C'est après avoir rapporté les mêmes morceaux d'Apulée (le discours de la nature à l'initié] que l'auteur desJl«ckercheê continue : « Dans ce langage d'un polythéisme raffiné, on ne peut- mécon-. naître le panthéisme, la nature déifiée, le

IIS

PICTiONNAlRE DU PARALLELE.

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