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système de Taoïe du mondei en un mot le spinosisme. Si Ton y cherchait le dogme de l'unité de Dieu, en prenant à la lettre quelques expressions isolées, ce serait vouloir s*éIoigner du véritable seqs d'un texte trèsclair. Quoique les principes de la secte de Tautc^ur» l'écleclisme, semblent (5) en général y tépugner, cependant il est trop conforme ^ l'ancienne doctrine égyptienne, pour qu'on osAt s'en écarter dans les mystères isiaques. Tout le discours d'Isis n'est en effet qu'une explication ou un simple commentaire de ces mots : Je suis tout ce qui a élé, est et sera^ de la fameuse inscription gravée en caractères hiéroglyphiques sur la porte <lu temple de la déesse à Sais, et doni nous avons deux traductions grecques. D'ailleurs ceux qui ont prétendu qu'Apulée fait ensei^-ner ici aux initiés le dogme de l'unité, n'ont pas sans doute remarqué un autre passage du même ouvrage, oili Osiris est mis fort au-dessus de toutes les divinités. Oonséquemment, Isis ne pouvait Être la première, encore moins la seule. »
Après avoir combattu ce que dit M. de Septchènes sur l'enseignement des mystères touchant l'immortalité de Tâme ( Yoy. cet article), Brunet cite, relativement aux fêtes, le passage suivant du même auteur : La nuit du solstice d' hiver ^ que les Grecs nommaient la tri| le nuit, était celle où ils croyaient qu'Eneule avait reçu le jour. Elle est devenue aux yeux du Chrétien une époque bien autrement importante^ puisqueileest consacrée à lanaissaskce duSauveur^ce véritable soleil de justice^ qui seul est venu dissiper les ténèbres. On peut de même retrouver encore aujourdhui la trace de plusieurs cérémonies de cette espèce. Les Egyptiens avaient placé la grossesse disis dans les derniersjours de mars^et c'est à la fin du mois de décembre qu'ils faisaient commémoration de sa délivrance. Quelques-uns des noms que l'Eglise a insérés dans ses fastes vers Ce même temps de l'année^ retracent encore ces fêtes de la victoire9 par lesquelles on avait jadts désigné fa marche du soleil. Nous savons, ajoute. Bpnneti que ces rapprochements ne sont pas de lui, il nomme les sources d'où il les a tirés (6). Mais en sont-ils plus intéressants ? fous les peuple$^ avait-il dit, en parlant de Torigine des fêtes, ont eu des fétes^ des jours consacrés au repos , et destinés à remercier l'Etre ^upré/ne ae $es bienfaits. Les premières
(5) Cette expression ii^st pas iei oiseuse, Plolin ^yant dit : Le monde est Dieu. Dans d'autres endroits, ce philosophe a parlé d*une manière plus orihodoxe et plus conforme à la doctrine de son maître Ammonius, de Porphyre, de Jamblique, d*AméHqs, de Proclus, e(c. Aucun d'eux, cependant, n> py se garantir d'obscurités et de çontrar dictions toujours renaissantes. D*aiUeurs, le système de Vàme du monde a été de tout temps une erreur vulgaire.
(6) c Le chien, sons le nom de la canicule, pré^ side à la moitié du mois d'août. Au milieu de ce mois expirait, en Egypte, Tannée aitcienne. Alors (in-ivail la lin, ou Téleuié, et ce jour était la fête (le 1 i déesse Nephté, enlevée du milieu des hommpp. te lendemain a éié cçlle dq Ho$h, ou cpri^-
et les plus solennelles furent instituées par les nations ùgricoks. Ceci est pi us considérable. Mais ce n'est qu'une ressemblance générale que les fêtes des Grecs ou des anciens ont avec celles des Chrétiens. Ceux-ci célèbrent également des fêtes par un sentiment do reconnaissance pour Dieu et pour son Fils. Ils n'oublient pas de Ty remercier des bienfaits que sa providence naturelle répand suretrx. Cependant leurs actions de grâces ont surtout pour objet des faveurs d'un tout autre genre. Et c'est ce qui met entre leurs fêtes et celles des anciens une différence totale, et ce qui distingue essentiellement leur religioa de celle de ceux-ci. Quoique l'on enseignât dans les mystères le dogme de l'immortalité de l'âme, les peines et les récompenses d'une vie è venir, comme le dit M. de Septchènes, et qu'ainsi selon ses principes, la croyance de ces objets formât l'esprit de la religioa des anciens, on ne voit dans Tantiquité aucune fête instituée et célébrée par le motif de cette croyance, si ce n'est peut-être celles mêmes gui se célébraient dans les cérémonies de l'initiation, et que, par cette raison, Fauteur appelle mystérieuses. Pour nous, nous croyons avoir montré que la croyance d'une vie future où l'homme sera soit récompensé, soit puni, était une doctrine vulgaire. Comment donc les Grecs n'avaient-ils aucune fête publique, relative à cet objet, sans doute le plus intéressant? Car les fêtes pour les morts, qu'ils célébraient, ne remplissent pas les grandes vues qu'il aurait dû leur donner. Qu'y a-t-il donc de commun entre leurs fêtes et celles de l'Eglise chrétienne, qui n'en célèbre que dans la vue de la vie éternelle, et qui rapporte là toutes les siennes 7 Aussi n y a-t-il rien de moins ressemblant que la manière dont elle les solennise, et celle dont les anciens solennisaient les leurs. Gepen-» dant peu s'en faut que M. de Septchènes ne trouve une parfaite conformité entre les vœux que ceux-ci adressaient au soleil dans certaines fêtes, et les cantiques ou hymnes que l'Eglise chante dans quelques-unes des siennes, et qui expriment les soupirs quelle pousse vers le Soleil de justice dont elle desire la venue, dont elle invoque les secours. En quoi il n'y a rien qui doive surprendre. Les païens qui regardaient le soleil comme un libérateur qui devait les affranchir de certains maux, pouvaient l'implorer
mencement de Pan nouveau. C'éuit la f«^te de Mercure et de son chien. A ce Jour répondait, dans le calendrier, Thot i la tète du chien, ou un homme avec un caducée et un chien à côté de lui. 11 de* vint EsGulape chez les Qrers. 11 a fait place, dans notre calendrier, ^ saint Roch et k son chien^ qui guérissent de la peste. » G*est une note de M. de Septchéiies, tirée de M. de Gebelin, qui dit encore quHiux fêles de la victoire, célébrées par les païens, TEglise a substitué dans ses fastes les noms de trois saints ou saintes qui, placés oralement au derniei mois de Tannée, rappellent au Chrétien une victoire plus sublime : Saint Nicolas, saint Nicaise et sainte Victoire. Les deux premiers sont composés du mot vix^î, victoire.
CEREMONIES
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|kir des expressions approchantes de celles (iiremploient les Chrétiens, pour Implorer la>sis(ance de leur Sauvear. La différence 5oit entre les Chrétiens ei les païens, soit entre leurs expressions » ne consiste que d«ins le sens que les uns et les autres donnent à celles-ci y et dans le genre de maux dont ils demandent la délivrance. M. do Septcbènes ne laisse pas d'amener adroitement à cette occasion un passage de deux historiens romains, qui sont précieux pour les Chrétiens , et dont ils se servent pour prouver par Tautorité même des païens, raUente dans laquelle on était du Messie, lorsqu'il parut sur la terre ^7). Il fait entendre que ce passage ne signihepas autre chose que d'autres où il ne s'agit que du retour (lu soleil, et qu'il n'y est question delà Judée que parce quelle est à l'orient de Rome...
Toute la grâce que l'auteur de VEssai fait AU christianisme comparé è rbellénisme relativement aux sacrifices, est de convenir que nos cérémonies paisibles paraissent bien pré^ {érables à celtes aes anciens. En considération de cet aveu, nous conviendrons nous-mêmes avec lui, que les sacrifices d'animaux leniblent peu aiqnes de Vaduration de VEtre aupr^/ne. Aussi les Chrétiens ne voient-ils rien (le digne de Dieu dans les sacrifices sanelants, qinl avait cependant ordonnés aux Juifs, que les dispositions de l'esprit et du cœur dans lesquelles il voulait qu on les lui offrit, et surtout la flgure qu'ils présentaient de ce grand sacrifice consommé à Jérusalem, oH tommence^ dit M. de Septchèues, une ère bitn précieuse pour le genre humain. C'est ce grand sacrifice, comme il ne Tignore pas, qui fait le fond du christianisme, c'est. ce qui le caractérise et le distingue de toute autre religion. Que ne le faisait-il donc remarquer eo cet endroit? Je me trompe. Il ne le pouvait pas, après avoir dit dans Tlntroduction à son ouvrage, que la conformité étonnante ^ qui subsiste entre toutes les religions^ proti^ tnaii seule qu'elles ont une source commune; 9u't7 fi'ffi est point qui ne soit animée duméme esprit, qui ne se propose les mêmes fins ; que let principes^ les dogmes et les cérémonies qui Us constituent sont les mêmes; au' elles se réduisent toutes à une seule. Par la même raison , il ne devait pas , il ne pouvait l*as faire mention des sacrements de 1 Eglise, quoir.ue le Taurobole dans une note corres*londante h son article Des sacrifices, lui en fournit Toccasion, comme il en avait déjà une, lorsque la crainte de l'enfer che:^ les anciens 1 avait amené à parler des expiations
qui étaient en usage parmi eux. Mais les sacrements ainsi que le sacrifice de la Messe , appartiennent essentiellement et exclusivement à la religion chrétienne, et offrent aux hommes pécheurs des consolations sûres et solides , qu'on ne pouvait trouver dans le paganisme.
— M. Chautrol parle ainsi dans VUnivers^ de la grande fête dont Boulogne fut le théâtre en 1857, à l'occasion du rétablissement du pèlerinage, et de la reconstruction de la basilique :
« Il est diflîcile de se figurer, quand on n'a pas assisté h de pareilles pompes, l'effet saisissant de ces longues files s'avançant lentement avec les banderolles et les bannières flottant au vent, au milieu des chants et de \ la musique militaire, au bruit des cloches, !• entre des arcs de verdure, fendant les flots ' pressés d'une multitude avide de vair, et présentante l'œil ravi une variété infinie de costumes, de couleurs, d'ornements , portés par des personnes de tout Age , de tout sexe et de toute condition. Et sur tout cela planait un soleil magnifique, et la mer, et le ciel lointain formaient le fond majestueux de ce spectacle imposant et solennel. »
Voici un fragment du discours nrononcé le même jour par Mgr Tévèque deNevers:«0 France? A terre fortunée, qu'un grand Pape a appelée le royaume de Marie, tu n'as cessé d'éprouver les effets de sa miséricordieuse bonté , de sa toute-puissante intercession. Un instant tu as vu tes temples déserts, tes autels abandonnés , tes mystères profanés ; mais bientôt comme tu t'es relevée de tes ruines 1 Si maintenant tes autels ne sont pas sans sacrificateurs, si tes chaires ne sont p^s muettes, si tes solennités attirent encore les enfants d'Israël , n'est-ce pas à ta bienheureuse patronne que tu en es redevable? O Eglise de France! fille privilégiée de Marie, continue de passer au milieu des générations en faisant le bien; de porter jusqu'à l'éternité les fruits et les merveilles de ton zèle, de ta piété , de tes lumières et de tes vertus. Et toi, noble et florissante ville, je te prends aussi à témoin, » etc.
Le 18 septembre 1857, VVnivers en publiant le beau mandement de Mgr Pariais sur cette fête de Boulogne, donnait sur le même sujet un article où M. Louis Veuillot montre que les processions religieuses sont la fête de tous. Il compare le défilé entre deux rangées de spectateurs, à tin ruisseau qui coule entre des rives amies et d^à fertilisées.
-—M. J. Simon dit dans son livre intitulé: La liberté de çonseienee^ p. S3 : « L'humanité
fait de Ciéioent d*Aieiandrie, poar avoir vu dans le phénix une preuve de la résurrection, si ce n*e8t
3uHI n*aurailpaadû attribuer en général au& Pères e TEglise ce qu1l trouve dans un seul d*entre eui. Mais peut-être qaelqu*un vengera-t-il bientôt Cléia facift ut iudaea prorecti reruqn potirentur. ». ment d^Alexandrie, ainsi que saint Ambroise, qui (Sott., In Ve»afl«., c. 4.) Nous abandonnons à Tau- compare le Messie à un scarabée, et monirera itor de Y Essai les vers d'Horace, de Virgile cl sur- aussi qu'on n'a pas eu Unt de tort d apphquer an i«»ttl d'Ovide, qu'il cite dans des notes précédentes. Sauveur du monde les vers d'Ovide, de Virgile cl Notti ne disons rieo non plus de la critique qu'it d'Uorace, dont un a parlé.
^7) fl Pluribus persuasio inerat antiqnissirols tacerdolum lilteris coniineri, eo ipso tempère fore ot valesceret oriens , prefectîque Judxa rerum polifenuir. » (Tacit., Uui,, I. v, c. i3.) c PescreiNierai Uriente loto velus et conslana opinio, esse
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nICTlO^NAmlt; du pauall' le.
a besoin, pour sa conAolalion ut son édiflca* tion, d'un culte publie. On le nie beaucoup k rheure qu*il est; mais parce qu'un ne connaît ni l'histoire • ni la philosophie, ni le rœur humain. On ne voit fias d'autre manière d*cn flnir avec la superstition et le fanatisme que de détruire la religion et la piété. C'est un entraînement qu'il laul excuser quand il est ainoèrc, mais rfui ne durera pas , parce que rien de ce gui se fonde en dehors de la vérité humaine ne peut tenir. »
CHÂRIfÊ. — Les philosophes rationalistes ont essayé de montrer aue la charité se retrouve en .dehors du cnristianisme. Nous trouvons, sur ce sujet, un excellent article de M. Coquille dans yUnivers du 31 mai 1854.
« La morale des anciens a un charme tout particulier pour le Journal des Débats; il y revient sans cesse pour en atténuer les vices et en exalter les qualités. Deux écri* vains couronnés par l'Académie , MM. C.
Schmidt et Etienne Chastel, ont publié des études historiques sur la société civile dans les premiers siècles du christianisme. Au gré de H. Altoury, les deux auteurs n'ont
S s suffisamment fait ressortir la beauté de sagesse antique. Que les Grecs et les Romains nous aient laissé de grands modèles dans les arts, les lettres, la guerre, l'administration, cela n'est pas douteux. Il y a un f^oint cependant où leur infériorité est absoue; leur morale, comparée è la morale chrétienne, diffère du tout au tout. En principe, les anciens méconnaissaient l'unité du S are humain; leurs institutions étaient [idées sur l'inégalité, non pas accidentelle, mais orif^ineile des hommes. Ils condamnaient l'immense majorité de l'espèce humaine à un esclavage sans remède. Et la preuve en est dans cette aggravation de l'esrlavage que nous remarquons dans la société antique è mesure qu'elle se civilise. Tant que Home est demeurée pauvre et étrangère aux lettres, elle ménageait l'esclave; une fois qu'elle eut connu le luxe et la civilisation, il lui fallut des combats de
Gladiateurs pour l'amuser; les pièces do laute et de Térence n'étaient pas d'un soût assez relevé pour elle; à la Rn de la république, la vie des esclaves était comptée pour rien. Quelle protestation la raison livrée è elle-même a-t-elle essayée contre un Kreil état de choses? Quelques paroles de ^rence et de Cicéron sont un faible adoucissement h cette morale cruelle. Qu'importent d'aillturs quelques paroles gêné* reuses ? Une doctrine morale s'apprécie par ses résultats pratiques. Si le christianisme n'eût pas donné aux hommes la force nécessaire à raccomplissement de sa loi morale, son enseignement eût été vain. Qu'on nous montre doue les vertus engendrées par la morale païenne I 11 ne s'agit pas de quelques exceptions : si l'on veut dire qu'il y a eu de bons sentiments parmi les anciens, nous n'en disconvenons pas; mais il y a loin
de là è un système de morale universellement accepté*
Homo Mun : bamanf olhil a ne alleDnni pato.
(Veonl., aet. I, se. i, 25.)
OÙ Térence a-t-51 nris ce mot admirable ? s'écricM. Alloiiry. Il l'avait pris dans Ménandre; et Ménandre ne s'imaginait pas avoir fait une découverte. Le genre humain n'était pour Ménandre ou Térence autre chose que le monde grec ou romain. Et dans ce monde restreint, le nom et la qualité d'hommes ' n'appartenaient qu'à un très-petit nombre, i car la loi rangeait l'esclave parmi les choses. *
« Cicéron a écrit : Charitat gmeris humant. Grand sujet de triomphe pour M. Alloury 1 La charité n'est donc pas d'invention chrétienne. Il y a un malheur, c'est que la charité àe Cicéron et de M. Alloury ne ressemble pas à celle de l'Eglise catholique. Cicéron et M. Alloury conibndent la charité avec la bienfaisance ou avec l'affection. Nous le pardonnons bien volontiers à Cicéron. Mais comment M. Alloury ne sait-il pas que cette charité dont il est tant parlé depuis dix-huit siècles, est l'amour des hommes en Dieu, et non celte sympathie générale qui nous pousse à secourir nos semblables. Le Chrétien aime dans les autres moins des frères selon la nature, que des frères selon la grâce, et des hommes rachetés comme lui par le sang de Jésus-Christ; et c'est Jésus-Christ qu'il aime en eux. Et M. Alloury assimile a ce sentiment tout divin qu'il ne paraît pas comprendre, la vertu de l'hospitalité tello que l'ont décrite les poêles de 1 antiquité. Il va jusqu'à voir un commencement de charité dans l'usage de réduire les prisonniers en esclavage, au Heu do les manger. Les Grecs et les Romains n*ont jamais mangé
G^rsonne; et c'est bien gratuitement que . Alloury les transforme en sauvages. Ne pourrait - il les louer d'une façon moins compromettante? A Home, la morale a été en sens inverse de la civilisation. Le dernier siècle de la république a été le plus honteux. Les progrès du droit romain datent de l'empire, ils sont à leur apogée au ni' siècle, et déjà le christianisme s était répandu dans tout l'empire. La civilisation païenne, malgré ses grandes qualités politiques, était immorale, et elle renfermait si peu en elle le principe de son perfectionnement, qu'à mesure qu'elle s'éloignait de son berceau, elle grandissait en perversité. Les poètes et les historiens de la Grèce et de Rome se plaignent perpétuellement de la décadence dea mœurs. Mais M. Alloury a une preuve décisive que la trivilisation païenne avait quelque cnose de bon, c*est qu'elle a présidé, au xvr siècle , à la renaissance de l'esprit humain. Cette plaisanterie de l'esprit humain se réveillant en sursaut au xvi* siècle commence à vieillir. C'était bien la peine d'arracher l'esprit humain à son paisible sommeil pour le rejeter dans cette carrière d'aventures et de révolutions, dont il no voit ims plus la fin dans le monde moderne qu'il ne la entrevue dans le monde a.itiquel
CHARITE
Bsl-ceqae par hasard textri*sièc1eaarait éténn siècle neureux pour la morale ? Vous n*avez qu*k reffarder U France» rAiigleterrey rAllemagne, rltalie. C'estalorsqne le fatali9me s'in-* troaiiil dans la morale avec les doctrines pro^ lestantes, et qu'un élégant matérialisme em-^ prunté aux beaux esprits de l'antiquité remplace Taffirmation des dogmes catnolîques.
t M. Allourj a une manière étrange d'in* terpréter les textes. 11 lit dans V Evangile (Jfa//A. Tt 17) : Non vent mutare legem^ sed adxmpltre. Il en conclut que le cbristîanisoie est venu compléter la morale païenne. ïïun Sentiment vague et indécis , renfermé dans Came des penseurs et des sages « il a fait un sentiment populaire ^ universel ^ eatholique^ voità son œuvre. Qui ne recon-* natt le le système du progrès continu, d'à-* près lequel le christianisme n'est qu'une étape, un développement de l'humanité? Ah 1 » telle est la pensée de M. Allourj, nous concevons qu'il se reruse à admettre une distinction radicale entre la morale païenne et la morale chrétienne. Pour lui , les deux morales ont du bon, et son désir serait de les mettre ess mquo; il s'y emploie de son mieux en s'efforcent de démontrer que l'assistance était h peu près pratiquée au sein dtt |»afltanîsme comme de nos jours. Là encore il saisit mal l'esprit des institutions romaines. Il compare la taxe des pauvres en Angleterre avec les distributions faites ao peuple romain. La taxe des pauvres ^ que nous n'avons nullement envie d'approuver, a un but philanthropique ; elle secoart la classe souffrante de la société; cette classe souffrante à Rome était représentée par les esclaves, et il n'y avait pour les esclaves de distributions d'aucune sorte. Sans doute, deux ou trois cent mille citoyens romains- étaient nourris aux frais de l*Etat, dans les derniers temps de la république» et sous les empereurs; mais ce n'était pas la pure philanthropie qui commandait les distributions de blé; il tallait nourrir le peuple romain, parce que le peuple romnin qui avait conquis le monde, voulait vivre de ses conquêtes et n*éiait pas d'humeur à gagner sa vie en travaillant. Il recevait donc sa suissistance des mains des enipereurs au même titre qu'une armée reçoit &a solde du gouvernement qu'elle sert.
< Le droit à l'assistance n'avait pas lieu entre hommes libres. Il n'y avait entre les citoyens des divers ordres que des questions de suprématie politique; les plus forts confisquaient les biens des vaincus; le droit de propriété est si incertain dans l'antiquité, qu'il y est plutôt nominal qne réel. La violence y fait et y défait avec une é^ate rapiditéles fortunes privées. Ainsi pointd'institution stable pour régler les rapports du richeetdu pauvre. Le pauvre et lerichevivent dans une sorte de communisme politique qui les rapproche sans cesse, en ôtant sans cesse ^ Tun pour donner à l'autre, sous les formes les plus variées et les plus ingénieuses. Le pauvre est payé pour aller au spectacle, il est payé pour rendre des jugements , etc.
Ces panvres-lk nMtaieftt pas bten à plaindre. Le dTroTt de propriété n'a acquis de stabilité que sous Tinfluence du christianisme. Néanmoins, M. Alloury estime aue les Pères de l'Eglise primitive ont quelçiue fois yotii atteinte au droit de propriété. Plusieurs écrivains socialistes ont déjà cité les textesf qu'il cite; il n'est pas inntife de nous arrAfer un instant è celte question. Il serait curieux qne les rédacteurs do Journal des Dé-* bats eussent sur le droit de propriété des idées plus justes et plus humaines que lea Pères et les docteurs de l'Eglise.
« Saint Basile, saint Jean Chrysostome, Saint Jérôme, saint Ambroise, saint Gré^ goire, ont dit aux mauvais riches s Vos biens ne sont pas i vous, vous n'en êtes que les administrateurs et les dépositaires; usez-en suivant l'ordre de votre Père céleste. C'est là tout ce qu'on peut induire des passages allégués par le Journal des Débats. Cette doctrine est la doctrine constante de l'B-
5 lise; et encore aujourd'hui, nous l'entenons de la bouche de tous les prédicateurs* La religion pénètre dans l'Ame plus avant que la loi civile; ses droits et ses attributions sont tout autres. Si nous avons des droits vis-è-vis de nos semblables, nous sommes toujours chétifs et misérables en face de Dieu. Fussions-nous rois ou empe« reurs, ce sera peu de chose devant Dieu i que signifie devant lui notre grandeur oa notre richesse ? Parce que l'Eglise humilie la grandeur humaine, faudra-t*il l'accuser de nier les distinctions sociales? C'est ainsi que, parlant aux riches et aux puissants, elle efface ce droit de propriété dont ils sont si âers, pour ne laisser subsister que les devoirs qu'il leur impose. Les docteurs qui ont fulminé contre l'abus des richesses connaissaient bien les nécessités sociales : ils prêchaient aux («uvresia résignation; ils leur apprenaient è respecter, à aimer les riches, h voir en eux des représentants de Dieu sur la terre. Dans la loi divine, les riches ont des devoirs envers les pauvres, mais les pauvres n'ont pas de droits contre les riches. Admi^ rable équilibre que ne comprend pas le Journal des Débats l La propriété est stable dans les pays catholiques, quoique l'Eglise la regarde plutôt comme une charge et une fonction que comme un droit égoïste et personnel. Les confiscations en masse dans le monde moderne remontent à la Réforme ; le désir de prendre le bien d'autrui a été le principal mobile de la réforme religieuse en Angleterre et en Allemag^ne. Le droit de propriété est devenu moins solide depuis
Îue la législation a cessé d'être relisieuse. A révolution française, qui a exercé Ta spoliation sur une si vaste échelle, n'a oas puisé ses arguments chez les Pères de } Eglise. Et si elle les avait invoqués, elle eût ajouté l'hypocrisie à la violence : personne ne s'y serait trompé. La doctrine des Pères ne peut s'interpréter que dans le sens catholique. M. Proudhon s abritera derrière une citation de saint Grégoire ou de saint Basile, à la bonne heure I Mais comme M. Proudhon
ne croit pas à TE^lise» Tautorité des Pères est nulle pour lui, car c*esl du témoignage (je r£glise que les Pères tirent leur autoriie. Le Journal des Débats serait bien aise de nous montrer dans les Pères de TEglise lés précurseurs des socialistes modernes : ce rapprochement lui sourit. Qu il nous explique alors pourquoi les socialistes rejettent le christianisme et surtout le catholicisme? Un peu d*étude lui apprendra que toutes les théories socialistes reposent sur le panthéisme, c'est-à-dire sur la doctrine la plus radicalement contraire au catholicisme.
« M. Allourv dispute à Dieu son droit de propriété sur Je monde. A son avis, ce droit n'a rien de rassurant pour les propriétaires. Nous en sommes fâchés, mai a il nous est impossible de rassurer M. Alloury; Dieu ayant créé le monde, les économistes euimômes seraient forcés de lui reconnaître la propriété de son ouvrage. Autant vaudrait, dit M. Alloury, proclamer le droit divin des pauvres sur les biens des riches. M. Alloury aurait raison s'il était prouvé que le devoir des riches a pour corrélation le droit des pauvres ; et dans la pratique et dans la théorie, le contraire est démontré depuis des siècles. Le riche n'a de devoirs qu'envers Dieu; c'est devant Dieu qu'il est responsable. Les pauvres et les riches n'ont que des devoirs è remplir : telle est l'inconteslabie doctrine de l'Eglise. Et c'est la falsider que de la supposer un instant complice du f)rétendu droit des pauvres inventé par nos socialistes. L'Eglise consacre le droit de propriété en le rendant doux et compatissant; elle l'élève è une haute dignité en faisant du riche le protecteur du pauvre. A cette conception numaine et religieuse du droit, les légistes modernes ont substitué la notion païenne d'un droit strict et dur, étranger à toute obligation morale. Mais ce lien tout divin qui unissait les pauvres et les riches s'étant brisé, le respect du droit s'est affaibli. Et malgré tant de lois qui les déclarent inviolables, les propriétaires s'effrayent. Ils sentent qu'une convention purement civile ne donnera pas de sécurité a un droit aussi enviable que le droit de propriété. La doctrine catholique, qui leur 6te l'orgueil de leur droit, leur en assurerait une plus longue et plus paisible jouissance. Cette garantie n'est pas à dédaigner. »
Plusieurs rationalistes prétendent que le christianisme, en ordonnant à l'homme d'aimer son prochain pour DieUf exclut tout dévouemenL Nous nous permettrons, pour répondre à cette objection , d'emprunter quelques lignes à un petit ouvrage que nous avons publié récemment (Socialisme et charité j p. 30) : « Remarquez-le bien : je ne dis pas seulement que la charité comprend deux devoirs, l'amour de Dieu et l'amour des hommes. J'affirme que l'amour des hommes lui-même, considéré h part, que la charité fraternelle, en un mot, ne peut exister réellement sans l'amour de D'ieu. Arrêtonsnous un instant sur celte vérité capitale.
a Qu'arrive-t-il d'ordinaire dans les affec-
tions humaioes? vous aimei un homme à cause de certaines qualités qui vous plaisent. Hais ces qualités sont-elles donc tout l'homme? sont-elles même ce qu'il y a de meilleur dans l'homme? Ne sont-elles pas au contraire le plus souvent accessoires, quelquefois frivoles? Et vous penseriez quune affection ayant un tel principe, constitue la charité fraternelle I Non, le véritable amour du prochain doit découler d'une source plus noble. Pour aimer nos frères, comme le veut l'Evangile, il faut aimer en eux ce qui fait leur {grandeur.
• Voulez-vous maintenant savoir ce qu'il y a dans l'homme de grand et de souverainement aimable? Sortez de cet horizon terrestre qui tient peut-être vos yeux captifs; considérez le prochain à la lumière de TE-
vangile A ce spectacle, vous êtes ravi.
Les attraits de cette Ame chrétienne éclipsent à vos yeux le beau matériel,, ou plutôt, ils vous semblent rejaillir sur le corps lui-même, le couronner d'un lustre nouveau, et traosGgurer jusqu'à des membres flétris par la souffrance, jusqu'à un visage amai-
Sri par les années. Alors ce que vous aimez ans l'homme, ce n'est plus une vaine ap* {carence, ce ne sont plus de superQciels et ragiles avantages ; c'est ce qu'il y a en lui de grand, de souverainement aimable, de divin. « Mais, s'il en est ainsi,, on doit regarder comme certaine l'affirmation que Je voulais établir. Oui, si le véritable amourdu prochaio doit avoir pour objet ce qu'il y a de meilleur dans l'homme, et si, ce qu'il y a de meilleur dans l'homme, est ce qui le rapproche de Dieu, ce qui ajoute à sa ressemnlance avec Dieu; il est donc impossible d'aimer véritablement rbomme sans Taimer pour Dieu, comme il est im possible de connattre l'homme
a fond sans connaître Dieu
« Qui n'admirerait ici le témoignage éclatant que donnent la raison et la philosophie à ce précepte chrétien â'aimer le prochain pour l'a-f mourdeDîeu? accomplirce précepte, cen'est
Eas seulement aimer le prochain parce que »ieu l'ordonne; c'estaimer, dans le prochain» l'image, l'action, laprésencemêmedeDieu...»
Empruntons maintenant au Messager de la eliarilé^ l'analyse de quelques-unes des conférences du P. Félix en 1854.
Après avoir précédemment établi que la charité est la première nécessité et la plus haute puissance 4e notre temps, le H. P. Félix a prouvé, dans la quatrième conférence, que la vraie notion de la chanté n'existe que dans le christianisme.
« Cette notion, » a4-il dit, cdoit renfermer deux choses : un principe d'harmonie, et un principe d'efficacité.
« Or la notion chrétienne de la charité est la seule uui constitue l'humanité dans des relations harmonieuses, et la seule qui soit réellement eflicace.
« La charité, en effet, si on la consiaêre dans son but le plus élevé, doit établir une véritable harmonie entre ces trois grands termes de la création : Dieu, le monde et te moi. Mais pour trouver le secret de cette
CHARITE
ilQ
bartnonie, il ftiat trouver le principe qui constitue leurs rapports. Quel sbra le point (le départ de cet acte d'amour que le christianisme ennoblit du nom de charité? La charité doit-elle partir du mot pour aller à Dieu et au prochain; du prochain pour aller k Dieu et au mot; ou doit-elle avoir sa source dans Dieu pour revenir ensuite vers le prochain ou vers le mo t7
c Je ne connais, » dit l'orateur, « aucune école qui fasse du prochain le point de départ de Tamour de soi et de Tamour de Dieu. Je négligerai donc cette hypothèse pour renfermer le débat entre ces deux questions contradictoires : l'acte de charité doit-ii partir du mot7 doit-il partir de Dieut
< Pour le Chrétien, la question n*est pas douteuse, mais il s'est trouvé toute une pnilosopbie qui a entrepris de briser la belle harmonie de la chanté chrétienne, et qui a voulu faire de l'égoisme humain le point de départ de la charité.
«Ecoutez ce système, il vaut la peine d*étre entendu :
t KouÊ partonif disent ces étranges novateurs, de la nature de Phomme considéré comme être individuel; nous parlons de ces btêoins qui lui donnent d<?e droits sur ses semblables et sur l'univers. Cs droit, nous roeofie précotnisé comme néeessairCf légitime et saint. En un mot^ non^seulement nous oisons admis Végotsme humain^ mats notie ovofu pour ainsi dire couronné cet égoxsme^ et nous voilà arrivés par une suite de raison* nemenls nécessaires à la charité oui, dane son essence^ n^avait pas encore été philosophi'quement comprise. Jusqu'à ce jour^ on nen avait pas donné une démonstration métaphy* 9ique, et cette démonstration est sortie natU" uUement pour nous des principes mêmes de Cégo'ume humain^ de cet intérêt du moi dont nous sommes partis. La charité^ telle que l'a conçue etenseignée le christianisme^ nafjamais pu arriver à fonder une véritable science de la ti^, parce an' elle subaltemisait l'égoisme soil à Cœuvre des hommes^ soit à Vamour de, Dieu. «Ainsi,]» continue l'orateur, « voilà qui est clair, jusqu'ici nous n'avons rien su, nen compris de la charité. L'auteur de cette belle découverte était fier comme Newton découvrant les principes de l'attraction universelle. Et cependant une telle doctrine, que le nouveau révélateur appelait la grande loi de l'harmonie, était dans le monde moral le contraire de la découverte de Newton dans le monde physique, c'était la loi du chaos, la loi du désordre suprême.
« Si cette notion de la charité est la vraie notion, si cette loi est la vraie loi, le christianisme depuis dix-huit siècles s'est trompé dans l'acte qui le met le plus en rapport avec 1 humanité, il s'est trompé non partiellement, mais totalement, Dès lors, il reste K expliquer comment l'universalité de Verreur a pu produire Tuniversalilé du bien; com* ment, des impossibilités intrinsèques, ont pu sortir en fait les prodiges de son histoire; si l'erreur a faitce bien, on se demande à quoi «ût servi la vérité,..
e 0 philosophes, » s'écrie l'orateur, t la vérité vous atlend, et là elle vous convainc, vous apôtres de l'harmonie, vous prophètes de rUnité, de ne concevoir que division et de n'enfanter qu'antagonisme. Bst-ce que vous ne voyez pas comment ce principe du moi, du moi centre de tout , arme Thomme contre l'homme , le moi contre le prochain , et le prochain contre le moi ? Car, enfin, si moi j'ai un droit, une raison de me poser comme centre attractif, l'être qui est près de moi, c'est-à-dire lé prochain, a, pour se poser comme centre, un droit égal et une raison pareille ; et, dès lors, que doitil arriver? la divergence partout, la conver^ gence nulle parti la division partout, l'unité
nulle parti » , . ^ „
A cette fausse notion de la chanté, 1 orateur oppose la notion chrétienne qui consiste à aimer Dieu par-dessus toute chose , et son prochain comme soi-même, pour l'amour de Dieu. « Voilé,» dit-il, « la notion à la fois claire, simple et sublime de la charité catholique, La charité part de l'amour de Pieu, et cet amour, sorti d'un élan du cœur humain qui aspire, cherche et embrasse Dieu, revient, comme deux rayons réfléchis, sur le moi et sur le prochain, dans leur mesure relative et subordonnée. Donc, plus de moi thèse, et de non-moi antithèse ; Dieu aime d'un amour souverain, est la suprême synthèse. L'amour de soi, subordonné h l'amour de Dieu, y trouve son principe, sa règle, sa mesure; et, ramené ainsi à son centre légitime, il n'est plus qu'une dérivation de cet amour plus parfait. Une harmonie semblable s'établit entre l'amour du prochain et l'amour du moi. L'égoîsme, ou, pourparlers langue déjà vieille d'un ascète, l'égoïlé a disparu pour faire place au règne de l'amour en Dieu
et pour Dieu. ^ , . ,
« Mais la vraie notion de la chanté ne doit pas constituer seulement un principe d'harmonie, car les hommes ne sont pas faits pour rouler comme les astres dans un espace harmonieux, sans se rencontrer jamais; ils sont créés pour les relations sociales, et ces relations doivent reposer sur un principe d'efficacité. ^ ,
a La notion chrétienne de la chanté peut seule établir un principe d'efficacité entre les relations humaines.
« L'égoîsme, en effet, est étroit, exclusif, et le premier vice radical qui atteint tout amour fondé sur le moi et le rend inefficace, c'est de manquer de largeur. Le souffle divin est nécessaire pour dilater le cœur de l'homme, pour le faire sortir de lui-môme, nour qu'il puisse étendre ses affections au delà du cercle étroit de l'individu et de la famille,
Jusqu'à l'humanité tout entière. Ecoutbns, ice sujet, un éloquent témoignage ; « Voyant^ » dit un écrivain, « qu*il n'y avait plus de société véritable, je m'élcns réfugié dans la famille: f avais rétréci mon cœur et concentré mes affections sur quelques êtres chéris. Hors de ce cercle, tout était pour moi indifférent ou hostile: n'aimant rien hors d'eux, ne connaissant ni Dieu ni rhumanitéf mon amour était as-
tu
DICTlONNAlliB DU PARALLELE.
f>enu monstrueux I cet objets de mon amour étaient tout pour moi: pour moi^ t' humanité ge bornait à eux, le temps A leur durée ; et fai dit : là est tout mon amour^ toute mon espérance^ toute ma vie,
« Voilà l^amour qui part de l'égolsme, le TOilà s'avouantet se nonfessant lui-mAme. Or» qur dit ces paroles? Le même, ajoute Toratear, que fai déjà cité, fondant théori-
auement sur 1 égoïsme la science nouvelle e la charité. Tout à Theure vous entendiez le philosophe, le philosophe posant ayec sa pensée les bases d*un système; tous venez d'entendre rbornme, l*homme laissant échapper de son cœur des sentiments plus forts que ses démonstrations , et donnant à sa philosophie menteuse des démentis véridiques« « Rien en effet de plus véridique, rien de
Iilus éloquemment vrai que ces accents de 'homme élevant contre sa propre pensée le témoignage de son propre cœur. Tel est le caractère fotal de tout amour oui se fonde sur le moi. Tel est le cœur qui s arrache à la charité chrétienne, le cœur qui aime tout pour Tamourde lui-même; c'est le c^ur redevenu païen I 11 est remarquable en effet que partout où le christianisme n'a pas révélé le vrai secret de la charité, aimer le prochain pour l'amour de Dieu, jamais l'homme n'a su aimer avec une largeur véritable. Les anciens n'ont pas aimé plus loin que la famille, plus loin que la caste, plus loin que la pairie. Athènes aimait l'Athénien, Rome le Romain, Canhage le Carthaginois. Ni Athènes, ni Carthage, ni Home n'ont pu aimer l'humanité; ils ignoraient Tamour de Dieu, et aujourd'hui encore ceux qui prêchent l'amour de l'humanité en donnant è la charité le moi pour point de départ, ceux qui nous disent, comme une vérité trouvée par leur système d'hier : les nations sont sœurs, les hommes sont frères , l'humanité est une famille; est-ce qu'ils aiment l'humanité? Non, mille fois non. Dans leurs rêves humanitaires, ce qu'ils aiment et ce qu'ils cherchent, c'est une pensée comme leur pensée, une haine comme leur haine, des projets comme leurs projets. Ils aiment non point pour Tamour de Dieu, mais pourTamour d'eux-mêmes; enfermés dans Tétroite limite du moi, ils procèdent par voie d'exclusion.
« Celui qui aime en Dieu, nu contraire, aime à l'Orient comme à l'Occident, il embrasse l'humanité tout entière dans la même étreinte d'amour.
« Voyez saint Vincent de Paul qui est en quelçiue sorte rincarnalion suprême de la charité chrétienne. Son cœur s'ouvre pour embrasser toute la Lorraine, et la Champagne, et la Picardie, et puis toute la France, et puis les ties lointaines! et puis les escla-' ves des pays barbares, et puis les enfants trouvés; et puis les pauvres de Paris; et puis les retraitants de Saint-Lazare; endn tout ce qu'il rencontre de misères présentes, et tout ce qu'il pressent de misères futures.
« Une seconde infirmité attend tout amour qui prend dans le moi sa raison d'être, c'est
l'impuissance de durer, Timpossibilité de se perpétuer et d'atteindre l'avenir.
« L'homme, eu effet, celui ao moins dont le cœur n'a pas été pétrifié en quelque sorte par la pratique de l'égoîsme» a une facilité merveilleuse pour s'émouvoir au souffle des sentiménlsgénéreux.Unebelleactionrexalte, un noble exemple l'entralnei le voilà qui, sous l'impression d'une parole chaleureuse 00 d'un récit pathétique tressaille d'enthousiasme ou d héroïsme. Mais combien de temps dureront tous ces transports? ce que dure un soufile qui passe pour ne plus revenir.
« Rien n^égale l'instabilité de la nature humaine ; tout amour qui vient du mot et ne prend pas en dehors du moi sa raison d'être, est par lui-même impuissant à se perpétuer; rien dans son présent ne lui garantit l'avenir. La raison d'aimer hier n'existant plus aujourd'hui, pourquoi aimer aujourd'hui?
la raison d'aimer aujourd'hui, demain n'existera plus, pourquoi aimer encore demain?
« Et remarquez-le bien, » dit l'orateur, « je ne parle (lasicideces amours iliégitiuies, sensuels, voluptueux, où l'exaltation de U passion n'est trop visiblement qu'un enivre* ment égoïste.
« Non, je laisse ces phénomènes de la vie où ré{;oïsme est trop pal|)abld, cù l'amonr
3ui vient du moi montre avec trop d'évi-* ence l'impuissance de se perpétuer; je prends cet amour probe, honnête , bienveillant, et qui, jusqu'à un certain point veut être dévoué : et je dis que s'il n'y a en lai quelque chose qui l'arrache à 1 instabilité de sa propre vie, et s'il ne tombe en lui quelque chose de Dieu, je dis que cet amour ne saura pas durer, je dis qu'il ne saura conduire jusqu'à un enfantement douloureux et long les dévouements qu'il a pu concevoir un jour. Pourquoi? parce que l'humanité c'est l'humanité, parce que la terre est la terre; région des changements, dit Bossuet, où tout passe bientôt, tout, et nos sentiments aussi.
« Quand nos sentiments avec les dévouements qu'ils rêvent ne s'en iraient pas d'euxmêmes comme ils viennent, avec le flux et le reflux perpétuels de la vie, mille choses qui, du dehors, conspirent contre leur stabilité, suffiraient à les lasser et à les faire mourir!
« Celui qui n'aime qu'à cause de lui, recueillant l'indifférence en échange de son affection,, l'ingratitude pour ses bienfaits, celui-là tombera dans le découragement oa le désespoir, et il s'écriera bientôt : J^ai dot^ né le dévouement 9 seule la persécution me reviéht ; c'est fini, je n'aimerai plus, je ne me dévouerai plus l que rhumanité s'en aille par ses voies aouloureuses et perverses , où elle traîne encore plus dHniquités que de souffrances ! Seul avec mes joies sans partage et mes douleurs sans compassion, aans celte ruine universelle de mes affections , qui est pour moi comme le désespoir, j'essayerai de me faire au moins sur ce moment qui fuit ,
une féiicilé d'un jour que nul homme ne trou' bi$ra piuê
t VoUk Où doit arriver infailliblement Tamonr qai sort du moi, et cependant, pnar soulager des misères, dont la source ne peut Urir, il faut un amour d'où les bienfaits ))ui.ssent jaillir toujours.
I Cet amour n*est pas sur ta terre; pour le Iroaver 11 faut remonter jusqu'au ciel; seul, Vamour divin ne se lasse pas, ne s arrête pa5, oe meurt pas. HAme les grandes eaux de la iribulation ne peuvent rien ^)Our réteindre : Aquœ muUœ non potuerunl exitin^ guère chwriiaiem. (Cant. viti, 7.)
t Une troisième Infirmité atteint Tamour fondé sur le moi» c'est le défaut de force et de profondeur,
c Ames choisies, » s'écrie en cet endroit Torateuri c mais égarées, cœurs d'élite, mais abusés, qu'aimez-?ous en réalité quand voua avez perdu ce grand secret de l'amour efficace? Ahl nous vous avons entendus parler et nous vous avons regardés faire; nous arons iu vos livres et contemplé vos actions; nous connaissons la sonorité de vos paroles et la stérilité de vos œuvres 1
« Vous aimez le flot qui murmure au ri- Tage; vous aimez le bruit qui passe en fré* mi^&ant dans la forêt; vous aimez la brise qui vous apporte le soir tous les parfums (la jour; la, dans ce monde naturel, vous savez tout aimer; lout, jusqu'à Taquilon qui ffémit en hiver dans les rameaux dépouillés de l'orme et dn grand chêne 1 et tandis que vous épanchez sur toute la naturf des trésors d amour dont la nature se passe bien, vous ne donnez rien à cette humanité oui seule vous invoque et seule a besoin ae vousl QuoU vous écoutez avec une syntitathie fraternelle la vague qui mur- Bure et gémit au rivage, et votre cœur, si plein d'amour, ne s'émeut pas du gémissement humain et du murmure populaire!
QqoîI cette âme oit vous dites que Dieu versa tant de trésors d'amour, tant de flots d'harmouie, cette Ame a pour tous les soupirs et tous les gémissements de la nature, de profonds et mélancoliques échos ; et l'humanité quisovffre, et I humanité qui se lamente, H l'humanité qui se désespère, l'humanité qui se roule dans la faim, la soif, la maladie M la solitude; celte humanité qui crie du fond de ses greniers froids ou de ses ea« ^ani humides, reléguée qu'elle se trouve luia des festins de Topulence, à ces deux bouts de l'extrême misère 1 cette humanité, vous oe l'entendez pas ! et votre cœur, et v^itrelroe, où la ))oésie déborde avec l'a- BKHir, il se trouve qu'après s'être versés et versés eucore sur le vide, l'idéal et l'imagii^irp, ils Q*ont plus un dévouement» plus uo sacrifice à donner k la réalité de nos ^ffrances et k l'actualité de nos misères.
< Dans cette idolâtrie de la nature» ce que ^ous adorez, c'est vous; voilà (wurquoi TOUS êtes impuissants k monter jusqu'au dénouement, jusqu'au martyre. Mais ce que *«His ne |)ouvez pas, ce que vous ne savez I^ bire, la charité Ta fait depuis dii-buit
CHAItlTIi:
iSO
siècles! Ce n'est que par elle que la nature peut conquérir la mort ; ce n'est qu'inspiré par son souffle divin qu'on fwul mourir comme une petite Sœur des pauvres ou comme un archevêque de Paris! »
— 2* conférence de 1855. — La loi de solidarité, dont la nature avait été expliquée l'année dernière, exige le partage fraternel des biens et le partage fraternel des maux. Or le sacrifice chrétien, qui est tout ensemble oblation et immolation, produit de lui-même ces deux solutions : donation des biens et acceptation de la souffrance. L'orateur se propose d'abord de montrer l'efficacité du sacrifice chrétien pour la donation des biens, et afin de le mettre dans tout son jour» il montrera que toutes les solutions humaines» appliquées h ce grandproblème de la donation des biens, sont insuffisantes ou désastreuses.
Solutions insuffisantes, tel est Tobjet du présent discours.
L'orateur montre successivement l'insuffisance des trois solutions suivantes : l'idée abstraite du devoir, la légalité» la philanthropie. La conférence suivante est consa* crée k une solution désastreuse» celle qui confond la charité avec la justice.
La quatrième conférence montre que la vraie solution est dans le sacrifice, qui est l'essence du christianisme, et qui seul peut imprimer au cœur humain une impulsion suffisante. « Le christianisme est, dans sa nature intime» le sacrifice même de Dieu consommé dans l'humanité : comme tel» il doit produire le don volontaire.
« Toute donation a sa source dans la puissance mystérieuse de l'amour, qui ne peut se renfermer eu soi-même» qui ne vit que pour se répandre au dehors» que pour don« ner touiours, et qui se donne lui-même quand il n'a plus nen k donner.
< Un tel amour, on peut le rêver sur la terre» mais le rencontrer, jamais! cela est trop sublime et trop puissant pour venir d'une autre source que du cœur de Dieu. »
L'orateur suit dans sa marche progressive cet amour qui se communique k l'homme et réalise k sa plus haute puissance la dona* tion divine» pour provoquer la donation hu« maine. 11 envisage le commencement de cet acte d'amour k Bethléem et sa consommation au Calvaire; k Bethléem» où Dieu se donne; au Calvaire, où Dieu s'immole» laissant dans sa crèche ei dans sa croix le témoignage d'un amour infini, qui éveillera an sein de l'hamanité la sainte passion de donner, de se sacrifier» de mourir comme lui. Consutt^ matum est (Joan. m » S8) : tel a été le cri de l'amour expirant» et k ee cri le cœur de l'homme a répand n : Eaams et nos ei moria» mur cum eo ! (Joan. xi» 16.)
c II semble» » dit l'orateur» c que Je de« vrais m'arrêter, et qu'ici doit finir l'histoire de l'amour de Dieu se donnant k l'humanité. Comment se donner encore? Bethléem et Jérusalem» la crèche et le Calvaire» ont épuisé» dans l'amour même, "la puissance de se donner. La Divinité était donnée, l'humanité éuit donnée, tout était donné 1 Oui,
mais qui se donne bien une fois, qui se donne totalement une fois, s'il aime yéritablement, garde encore une passion, la passion de se donner un million de fois... 1 ambition de se perpétuer et de s'étendre partout dans ce qu'il a de plus aimé, le don de soi poussé jusqu'à l'immolation de soi. Donc, une seule ressource restait à l'amour divin pour se donner encore; c'était de perpétuer ces deux dons dans un seul; c'était enQn de doter, avant de mourir, l'humanité entière de la perpétuité de l'une et de l'autre.
« Cette industrie, l'amour divin l'a rencontrée dans son cœur. Trouvant que c'était peu de se donner une fois et de s'immoler une fois, avant de consommer par son sacritice sanglant la donation de sa vie, il prit entre ses mains les deux substances qui résument le mieux tous les dons de Dieu créateur, du pain et du vin; et y faisant passer avec sa propre substance tous les dons de Dieu réparateur, il dit : Ceci est mon eorpe: ceci est mon sang, {Matth, xxvi, 26-28.) Or, quand il eut dit ces mots, il se trouva que l'amour divin avait créé pour toutes les générations la perpétuité de sa propre immolation. Bethléem et le Calvaire se rencontraient à l'autel; l'incarnation et la rédemption s'embrassaient dans l'Eucharistie : tous les mystères d'amour se résumaient dans un mystère d'amour, la communion 1 la communion à Dieu donné ; la communion à Dieu immolé ; la communion au Sacrement, perpétuité vivante de Bethléem, et la communion au sacriGce, perpétuité vivante du Calvaire I
c Ab I *le mystère des mystères, le voilà : la donation des donations, la voilà; l'amour qui se donne, non à une heure, mais à toutes les heures ; non à l'humanité en général, mais à tout homme en particulier; non en demeurant près de nous, en dehors de nous, séparé de nous, mais en entrant en nous, en s'unissant à nous, en s'identiSant à nous par une sorte de consubstantialité entre luimême et nous , si bien que sa vie et notre vie ne soient plus deux vies, mais une seule vie! Voilà l'amour qui se donne, et qui cette-fois épuise au dehors sa puissance de se donner, comme il épuise au sein de la divinité la puissance d'aimer; l'amour enfin donnant dans un seul don, qui ne finira jamais que pour recommencer toujours, tout ce qui peut être donné, le créé et l'incréé, le fini et l'infini, tout ce qui est de l'homme et tout ce qui est Dieu, donné è tous et à jamais
c Aussi c*est surtout dans cette communion ineffable de Dieu et de l'homme, de Dieu se versant dans l'homme avec toute sa richesse, de l'homme se perdant en Dieu avec toute sa misère; oui, c'est ici, autour de cet autel et au contact de ce mystère que Thumanité sent son cœur s'ouvrir dans un besoin et dans une ambition de donner, que peut seul comprendre l'amour qui vient de communier 1
« Que se fiasse-t-il, en effet, dans le cœur du Chrétien à cette heure du ciel où Dieu
se donne à l'homme, et où l'homme s'inrorpore à Dieu? Oh! Messieurs, recueillezvous, je vous en prie, et assistez par la pensée à la consommation de ce mystère, d'où doit jaillir à travers les siècles le large fleuve de tant de bienfaits et de tant de secours« Là, devant cet autel où le christianisme est tout entier vivant dans son plus grand mystère, l'Eglise dit à tout homme qui vient là pour croire, pour aimer, pour adorer : O homme! approche^ voiei Dieu donné pour toi; voici Dieu immolé pour toi; et de cet autel où il se donne et s'immole^ il t'appelle^ il ouvre avec ce eofurqui veut t'altirer^ ces deux bras quHl étend pour V embrasser. Viens ^ viens! c\st Tamour qui (invite^ mets ton cœur dans son cœur^ perds ton hnmanilé dans sa divinité: Aomme, communie à Dieu et con^ somme dans cette communion de la misère et de la richesse^ du fini et de /ïn/Snt, Facte au-^
fréme de ta religion^ ta religion mime. Ei humanité à genoux devant cet amour qui se voile à ses regards, sans se dérober à son cœur; l'humanité, illuminée de foi, tressaillante d'amour, anéantie d'adoration, répond de l'Ame et du cœur à la parole du mystère : Out, c'esl Dieu qui se donne ^ je le crois 9 « credo 1^; et ce Dieu qui se donne^ je raimct je l'adore et je veux f embrasser , et dans ce contact avec un amùur qui se donne^ puiser la seule passion qui soit digne de /mû la passion de me donner avec lui jusqu'à mou* rir comme lui.
« Ah 1 ce retentissement efficace de l'amour divin au f6nd de l'âme humaine, je le com-
6 rends, oui, je comprends entre 1 homme ei >ieu cette sainte contagion de l'amour et de la donation. Cette humanité, en effet, si sympathique au souffle de tout amour sin^ cère, lorsqu'elle se relève portant dans son cœur l'infini donné comme une aumône, immolé comme une victime, et que tout son être semble vibrer encore d'un tressaillement divin: ohl dites-moi, que peut-elle vouloir, si ce n'est de donner, de donner encore, de donner toujours ? »
Le sacrifice chrétien fait accepter la souffrance parce qu'il en révèle le sens; il la fait embrasser parce qu'il la transfi($ure : tels sont les deux points démontrés dans la cinquième conférence. L'orateur montre dans la sixième que ce sont là deux grands bienfaits sociaux ; car 1* la non-acceptation de la douleur entraine trois désastres sociaux : rénervement de la nature humaine, le redoublement progressif de la souffrance, et une agitation perpétuelle ; 2* certains maux exceptionnels ne peuvent être coi\jurés que par le dévouement des Ames d'élite qui embrassent la souffrance.
M. de Falloux dit dans le Correspondant de Nov. 1857 :
« La sœur de Charité subjugue l'hommage de ceux-là mêmes qui le refusent à l'Eglise catholique, et pourtant cette Eglise seule produit la sœur de Charité. La philanthropie suggère quelques heureuses tentatives, le protestantisme s'honore de quelques imitations méritoires; mais, hors de
CHARITE
Doos, la perséTérance, la fécondité, la plénitude, ne se rencontrent plus.
t Comment exnlii^uer ce mystère? C'est que la sœur de Cnanté pro?ient elle-même et précisément de ce que Ton conteste et de ce que Ton repousse chez les Catholiques, d*une Eglise oui exclut le doute, d'un sacerdoce voué à la chasteté, d'une foi ardente en la révélation divine et en la transmission directe de la vérité par Jésus-Christ à Pierre, par Pierre à ses successeurs, divinement assistés jusqu*è la consommation des siècles, Olez un anneau è cet enchaînement, tout est rompu ; troublez la foi, rejetez le dogme, les œuvres disparaissent; parvenez à convaincre une siBur de la Charité que Dieu n*est pas mort en croix pour le salut du genre humain, que la sainte Vierge n'a pas baigné celle croix de larmes maternelles, que le sacritice divin ne se renouvelle pas sur nos autels i toute heure et en tout lieu, le lit du mourant sera promptement délaissé. Persuadez aux enfieints de saint Vincent de Paul que le célibat religieux n'est pas un holocauste agréé par la céleste victime, ils briseront leurs liens, ils redemanderont les joies du monde; et le dernier grain du Rosaire une fois foulé aux pieds, dites adieu jioar toijgours à cette abnégation, à ces ineffables pitiés que vous aimez à célébrer. Ne croyez pas que vous réussirez jamais è séparer la foi et la charité... Heniez saint Vincent de Paul, repoussez la main des frères de saint Jean de Dieu, des fils de saint Frangois, ou fénércz en eux ce qui seul les fait naitre ei les perpétue. Tout est un et indivisible dans relise, tout y est inél>ranlablement et indissolublement combiné pour renseignement et le soulagement des hommes; le prêtre et la religieuse y procèdent de la même sràce, se nourrissent du même pain, se désalièrenl aux mêmes sources. »
— M.CherbuIiez, ancien professeur d*économie |K)litique i Uenève, disait dans un congrès de bienfaisance réuni à Bruxelles en 1856 : « Avaul ia Réforme, le paupérisme n^existait (»as en Suisse, par suite de Torga- Disatiou de la société religieuse... Quand 1^ Réforme amena la sécularisation des biens de TEglise, il arriva ce qui est arrivé en Angleterre. lA Diète décida que chaque canton, comme Etat, serait chargé de ses pauvres; et les cantons à leur tour décidèrent que les communes seraient chargées du M>utien de leurs pauvres. On créait en même temps un devoir pour TEtat et un droit pour les pauvres.
« Depuis lors lepaupérismea étélagrande plaie de la Suisse, principalement du canton de Berne. On a tout fait , tout essayé |X)ar conjurer le mal. Après chaque révolution poliiique le mal s'aggravait.
« Enfin , on a osé s'attaquer au principe lui-même, et la législation bernoise a décidé que le droit h l^ssistance n'existait plus. Tout cela a échoué contre les habitudes et contre la réalité des faits. Des bandes de va- Ki^itonds parcourent les cantons, employant là menace pour se faire nourrir. L*aveair du
canton de Berne menace d'être englouti par les conséquences de ce fléau ; la population en outre, croit dans des proportions considérables; elle a augmenté, depuis quelques années de onze pour cent, et quant au chiffre des naissances illégitimes, mon patriotisme recule devant la. constatation de cette hideuse réalité. Et pourtant h côté du canton de Berne, il y a le Jura, moins riche que Berne (le Jura suisse fait partie du canton de Berne), et qui cependant est à l'abri du paupérisme, si bien que les membres du Jura dans la Diète, refusent tout concours de l'Etat et tout subside. Gardez, disent-ils, votre argent et vos loisy et laissez -nous nos pieux usages.
« Le contraste est étrange; d'un côté, un pays caiholique peu industrieux, peu prospère, placé dans des conditions qui semblent rendre la misère inéviiable, ce pays ne connait pas le paupérisme; de l'autre côté un pays protestant, mais riche, souriant, bien doté ue la nature, mais ruiné par le paupérisme. 11 y a là un grand enseignement. »
— M. ledoctenr Lefebve dit dans la Revue catholique de décembre 18â6, sur les établissements charitables de Rome :
ff 11 n'y a pas de misères ou d'infirmité pour laquelle l'hospitalité chrétienne n*ait érigé quelque abri. Je ne parle pas seulement de ces misères honnêtes qui peuvent marcher le front levé, parce que leur source est pure, mais j'entends les misères les plus abjectes dans leur aspect et les plus honteuses dans leur origine. Ces abris du reste sont ouverts à toutes les croyances , et la bienfaisance catholique y accueille le Juif et le protestant, le mahométan et l'athée.
« La charité romaine a quelquefois des prodigalités qui nous étonnent. Parfois, en parcourant les établissements de cette cité merveilleuse, dominés à notre insu par les * exigences de la science économique moderne, il nous arrivera peut-être de demander comme les apôtres : Ut quid perditio hœc f (Matth. xx vi, 8. J Ah1 ne soyons pas trop sévères : que les hôpitaux, quelles hospices, que les conservatoires soient administrés avec ordre et économie; mais n'en chassons pas toute poésie et tout sentiment. Ces pieuses retraites sont de grandes hôtel le* ries où la charité et la souffrance se rencontrent et s'embrassent, ne gênons pas trop les épanchements de ces deux sœurs divines....
« Dans tous les établissements ,' les lits sont confortables, quelques-uns sont même décorés avec une certaine coquetterie ; les pauvres sont bien vêtus; le régime alimentaire ne laisse rien h désirer. On ne refuse même pas aux pauvres certaines jouissances artistiques auxquelles ces natures méridionales, même les plus grossières, sont si sensibles. Ainsi on joue sou vent de l'orgue pendant leur repas; laj)lupart des hôpitaux sont ornés de belles toiles ou de grandes fresques rappelant ks scènes ies plus consolantes de l'Évangih: la guérison du paralytique » ou
des aveugles de Jéricho, la résurrection du Lazare et du fils de la veuve de Naim.
« La plupart des grands établissements de charité sont dirigés par un personnage ecclésiastique important , souvent c*est un prélat qui revêtira nlus tard la pourpre cardinalice; parfois, cest un légat qui , revenu d'une des cours de l'Europe, est envoyée Thôpital du Saint-Esprit , ambassadeur du Père commun des fidèles près des pauvres et des infirmes ; enfin, il n'est pas inouï
au*un Pape passe lui-même par cet apostolat e charité avant de monter sur le Siège de saint Pierre. Ainsi le cardinal Barbo fut commandeur du Saint-Esprit avant de devenir Paul 11.
« Chaque établissement a une maison ecclésiastique dont les membres sont chargés de soigner les intérêts spirituels des hospitaliers; en outre, pour leur faciliter Taccomplissement de leurs devoirs de Chrétiens, les ordres religieux sont tenus de leur envoyer chaque mois des confesseurs extra^ ordinaires. Enfin, de pieuses associations d*hommes et de femmes se dévouent à porter aux malades les consolations et les secours religieux dont ils ont besoin.
K Le médecin a-t-il déclaré qu'un malade est en danger ? son agonie no «era pas solitaire; le prêtre ne Tabandonnera plus jus* qtt*à son dernier soupir. Penché sur sou chevet, il console ses dernières douleurs et le fortifie contre ses dernières angoisses; il lui prodigue les noms de frère, de fils, de
|)ère, dans ces affectueux diminutifs que 'Italien aime tant à entendre; cette voix attendrie murmurant des noms si doux , le mourant peut se croire encore entouré de sa mère, de sa femme et de ses enfants. Il s'endort bercé dans les espérances immortelles que lui susgère une langue harmouieuse, faite exprès pour parler d'espérance, de bonheur et d'amour. Plus d'une fuis, le Souverain Pontife lui-même a encouragé le dévouement des aumôniers par d'augustes exemples. Ainsi, Alexandre YllI, visitant un jour les salles de Saint-Sauveur , vil une })auvre vieille qui allait mourir. Il s'assit
()rè8 de son lit. la bénit, la consola, et ne 'abandonna qu après sa mort. Les traditions romaines rapportent qu'un de ses prédécesseurs. Clément VIU, se plaisait déjà à abais* ser la majesté de la tiare jusqu*à ces humbles fonctions d'aumônier des pauvres, et Fimmortel Pie IX, pendant une épidémie cruelle , nous a donué le même spectacle.
« Le pauvre est mort, son ftme n'est pas oubliée ; la charité va organiser ses funérailles. Des associations de laïques , appartenant aux classes élevées de la société , se sont donné la mission d'accompagner les morts à leur dernière demeure. Chaque soir, h l'heure où tinte VAve Maria , les miséricordieux confrères se rendent de tous les coins de Rome è rhôpital du Sainl-Esprtt , et ils accompagnent le corbillard iusqu'au cimetière. La croix qui les précède, le prêtre revêtu des ornements sacerdotaux, ces hom-
mes de toutes les conditions confondant leurs rangs autour de la bière d*un ouvrier, les torches funéraires mêlant leurs flammes aux dernières lueurs du crépuscule , les chants sacrés retentissant sur la cime désolée du Janicule, tout cet appareil religieux enfin donne souvent au simple convoi du pauvre une pompe pleine de grandeur et de tristesse. »
— L'Pntrer» a publié en feuilleton l'article suivant, intitulé : Une colonie d'aliénés^ et signé : De l4 Rocns-HÊnoN.
ff La Rtvue det Deux-Mondei a publié un article d'un grand intérêt dû h la plume de M. Jules Duvai. L*auteur (probablement un médecin) révèle en quelque sorte feiistence, à guelques lieues de Bruxelles, d'une paroisse dont tous les habitants se dévouent depuis dix siècles au soin des aliénés , avec autant de douceur que de succès. La petite ville de Gheel, s'élevant au milieu des plaines arides de la Cainpine (sorte de Sologne brabançonne), donne l'hospitalité à un millier de fous, qui jr sont envovés des diverses parties de la Belgique et de la Hollande. Les pauvres insensés n'y sont ni enfermés ni enchaînés ; aucun Êospice ne les met en contact l'un avec l'autre, ce qui doit aug* n^enter la folie par le spectacle de la folie. Mais chaque famille a son pensionnaire privé de raison, qu'elle traite comme un enfant de la maison, et qu'elle entoure de tous les soins de la plus intelligente charité. Un millier d'aliénés sont ainsi constamment en traitement dans la paroisse de Gheel, et non-seulement leur sort est infiniment plus heureux que dans tout établissement public, mais le nombre des cures vient prouver l'excellence d'une méthode léguée par l'ignorance du moyen Age à félonnement de la science moderne.
«c On comprend que la reli(çion seule a pu donner naissance à une pareille institution, et adapter les mœurs de toute une population à cette singulière spécialité. En effet, fa fondation de Gheel remonte aux premiers Ages du christianisme dans le pays belge; et voici comment M. Jules Duval raconte cette touchante histoire :
« Dis le vn* siècle s^ élevait , dam les dé^ êerts de la Campine , une chapelle dédiée à saint Martin^ l'apôtre des Gaules , doni la Belgique avait été une province. Quelques cellules, bâties par la pieté , l'entouraient et formaient le noyau primitif du Gheel actuel. Cest là aue vint se réfugier la jeune fille d'un roi d* Irlande , pour se soustraire à Camour criminel de son père. Dymphne^ e^ était le nom de la vrincesse , était accompagnée dans sa fuite a un prêtre nommé Gerrebert^ qui l'avait convertie au christianisme, Dans cet asile , elle espérait vivre en paix et mourir oubliée des hommes: mais ni la solitude ni la distance ne purent la protéger. Son père découvrit sa tracSf la poursuivit^ Catteignit, fit mettre à mort Gerreberi par ses serviteurs^ ef , ne trou'» tant personne qui voulût exécuter ses ordres sanguinaires contre sa fiUe^ il la décapita de sa propre main. Témoins de cet effraf/ami
CHARITE
mariwret diieni ceriains ricii$ » conduite par la fuié mr la tondre des victimes * disent les vutresy de pautfres fous du pays furent gué* ris, La reeofmaissamcs du cœur et de la foi rapporta le tnérite de cette guérison à la sainte jewse fille , oui devint des lors la patronné chérie des aliénés. Attirées par f espoir d^un miracle f de tiouvelles familles conduisirent on pied de la eroiXf qui perpétuait le souve-' nir de la vertu et du supplice , leurs parents atteints de folie. Bientôt la dévotion passa en coutume. En se retiranty les visiteurs confiéuni leurs malades à la charité des habitants fift résidttieni sur place : la coutume devint Mie institution. Le groupe de pauvres chaumiires devint lui-même un village^ vivifié var le travail autant que par la prière ^ et a la longue un bourg important t lejplus considérable de la Kempen Land (la Campine bra^ bançonne). Fermes et hameaux se multiplié" rent dans le voisinage^ et finirent par constituer une commune.
c Dès le xii* siècle » la chapelle de Saint- Martin fit place à une belle et grande église en rhonneur de sainte Dymphne. En UOO, un bref du Pape Eugène IV consacra la dévotion populaire ; et depuis ce temps jusqu'à nos fours s'est maintenu un courant de pèlerinage aUmenté par ta maladie ci par la foi. Dans cet entraînement confiant^ quelle fut la part iaguérisons réelles t quelle fut ta part des Uluiions et celle des déceptions? Cest un preblème que ta philosophie médicale aimefoUj autant mee ta philosophie religieuse » à résoudre » il les documents scientifitpies ne faimtnt enliirement défaut. Les conjectures mimes nous échappent. Mais comment cette source de souffrances et de prières^ de bons soins sollicitea et accordés^ est devenue une source de trai^it et de liberté pour les aliénés et de prospérité pour le pays^ V économie politique neuf aisément res^liijuer. Dans ce disert. U faUaii vivre^ ei la stérilité naturelle dtf soi y rendait la vie difficile. Malgré une modeste indemnité payée par les familles des malades^ rhospitalité y était une charge plus lourde que partout aitteurs. A défaut de la charité religieuse f T esprit seul dC épargne eût conseillé de ne faire, avec les pauvres insensés qu*un régime, qu^une table. Tout naturel^ Ument Càliéné, devenu un pensionnaire^ fut admis A ta vie de la famille comme un ami^ comme te serviteur lui-même dans les campagnes. Après le repcu, ^e faire du malheureux? V enfermer y le tenir à V écart , c^eût été perdre le travail des personnes chargées de sa garde. Le besoin inspira donc Vidée de lui loxster la liberté^ et4e f amener auxjardinsy dtths les champs^ pour le surveiller de plus pris et sans frais. £d, en face de tii terre^ qui soUicitait tes bras^ s'accomplit un troisième proorèsy et la misère cette fois fut bonne cof^ seUlire. Ces infàrtunés dont on avait ta charaef ne pauvedent-its^ dans leurs moments lueiieSf utilement partitiper au travail de ta làmiUe T On les y invita^ on les y détermina. Beaucoup d^entre eux^ entraînés par les habitudes de leur vie antérieure et par Vexemflt autant que par la parole^ cédèrent de bon
DlCTlORlI. DO PARALLàLE.
gré à ces désirs ^ que quelques-uns avaient spontanément devancés. Ainsi^ sans violence aueunCi par le seul attrait du travail en compagniCf certains fous devinrent les auxiliaires de l'agriculture dans les champs , comme d'autres aidaient au ménage dans la maison.
« Admis au foyer domestique au nom de la fraternité chrétienne^ les fous durent aussi re cevoir^ sans exciter ni inquiétude^ ni répugnancCf l'hospitalité de, la nuit^ en maladie comme en santé^ sous le même toit, souvent dans la même chambre, et quelquefois dans le même lit que les autres membres de la famille. C'est ainsi que les inspirations premières de la religion, qu'avaient déjà fortifiées les calculs de r économie, se trouvèrent peu à peUf dans une pratique séculaire de vertus obscures, sanctionnées par ufie intime communauté éTexis^ tence et par cette puissance de l'habitude qui nait des soins prodigués avec dévouement. Le père de famille reçut, il mérita le titré de père nourricier de son malade, et Fon vit dès tors, en plein moyen dge^ en des temps de mcmfs barbares, les habitants de Gheel, sans aucune lumière scientifique y par le dévelop* pement naturel d'un fait issu des sources rtves de la foi religieuse, mais fécondé par le cœur et Vintérét, pratiquer les véritables règles du traitement de Caliénation mentale^ telles que la science ne devait les reconruxitre qu'au XIX* siècle ; la liberté d'action et de circulation, le travail des champs, la sympa» thie active et dévouée, la vie en/fn, loin de la résidence ordinaire^ dans une famille adoptive.
« M. Jules DoyaI reconnaît yolontiers que le sentiment religieux est le mobile de la charité des habitants de Gheel; mais on ne peut apprécier, d'après son article , quelle est la part prise par le clergé pour entretenir le leu de cette charité et pour contribuer par son ministère è la guérison des aliénés. Nous lisons que îe bourç de Gheel possède une église paroissiale richement ornée et dédiée à saint Amand, apôtre de la Flandre. L*égtise de Sainte-D/mphne, constrnite sur de grandes proportions au commencement du XII' siècle, était une collégiale iusqu*à la fin du siècle dernier. Hais le chapitre de chanoines a-V-'û été rétabli? Cest ce que l'auteur laisse ignorer. M. Duval déplore cependant que radministration n*ait pas nommé un aumônier spécial chargé du serrice spirituel 0es aliénés, ce qui fait craiiH dre que le clergf actuel de Gheel ue soit pas assez nombreux pour donner tous les soins nécessaires aux pauvres êtres privés de rai* son. L'usage ancien était de faire suivre une neuvaine à l'aliéné que Ton conduisait k Gheel. La famille faisait pieusement les exercices de cette neuvaine, et chaque jour» pendant sa durée , le malade passait à genoux , neuf fois par jour, sous le tdknbeaa de sainte Dymphne, élevé de plus d'un mètre au-dessus du sol. Pendant la durée de ce pèlerinage , les fous étaient confiés k 000 eonfirérie de femmes et étaient logés dane une maison attenante h Téglise. C^st seulement après la neuvaine, et si la guérisen
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n*était pas obtenue miraculeasement, que le malade était confié à l'une des familles de Gheel. Aujourd'hui, les pèlerinages continuent encore, si bien que les genoux des suppliants ont profondément creusé la pierre du pavé, sous le tombeau de la sainte. Mais r£tat n'a pas manqué de vouloir surveiller et réglementer Texercice d'une charité qui fonctionnait sans lui. Il a envoyé sur place ses inspecteurs et ses médecins. L*esprit de foi, s*il n*a pas trop diminué chez les bons habitants de Gheel, n*est plus le même qu'autrefois dans les familles qui y conduisent des aliénés, et l'institution a beaucoup perdu du caractère de charité patriarcale qui la distinguait autrefois. On dit qu'elle a gagné en régularité administrative et que les statistiques se dressent mieux. Cfe n*est pas Sour nous une compensation. Cependant, [. Jules Duval rend justice à la moralité et è la bonté qui distinguent la population de GheeK et voici le portrait que l'auteur trace de la famille du pire nourricier ^ dont il admire l'aptitude naturelle et héréditaire à gouverner des aliénés :
« Cette destinée que les cireonsiances ont faite à l'homme de Gheelf et qu'il a religieusement acceptée et développée, a réagi a son tour sur son organisme et l'a doté a aptitudes spéciales^ on peut dire professionnelles^ Ïui font de lui un type unique au monde, ans savoir et sans prétention^ il est devenUf dans une certaine mesure ^ médecin aliéniste. Chaque maison s'est transformée en manicome, suivant une expression italienne quimMnque à la langue française. Si Von n'eât, dans ces derniers temps^ révélé les Gheelois à eux-mêmes en s'occupant de leur colonie, ils eussent indéfiniment continué à faire de la médecine, et de la meilleure^ sans le savoir. A f arrivée de Faliéné, il$ ne manquent pas de dire leur avis sur la nature de son mal, sur le traitement à prescrire; ils pronostiquent Cissue probable, et souvent leur perspicacité étonne les hommes de Vart, Si e est trop les relever que de les qualifier de médecins, car ils mangitent de toute science théorique, il est du moins hors de doute qu'Us constituent une population d'excellents infirmiers, La néces* site de vivre en famille avec les aliénés, en les adoptant avec toutes leurs Bizarreries^ a en effet conduit les habitants de Gheel à respeC" ter les fantaisies inoffensives, à étudier sous toiUes les faces fart difficile de diriger les volontés égarées, de redresser les idées fausses^ qiMnd elles menaçaient de devenir dangereux seSf de s'emparer d'un dernier sentiment de sociabilité ou d'une dernière lueur de raison pour se mettre à l'abri des violences et des surprises. D'autre part, ne potwant recourir à la contrainte viatérielle quen des cas accidentels, ne pouvcmt compter qu'exceptionnellement sur une adhésion intelligente et réfléchie des malades, c'est surtout par F essor des sympathies, ces vifs rayons de l'âme humaine, qui d'ordinaire survivent à l'intelligence et souvent mime ne s'éteignent qu'avec la vie, aue les Gheeloie ont compris la tactiaue de Aeur difficile gouvernement.
a Que les femmes surtout excellent dans cette diplomatie, on doit s'y attendre. A elles est dévolue la partie la plus délicate et la plus importante d'un rôle fondé sur le maniement, par la douceur, des caractères les plus bizarres. Simple, ignorante , laborieuse, sans va nité et sans ambition, mais bonno par nature et guidée par son cœur, là femme de Gheel accomplit des merveilles de dévouement et de sagacité. Par ses soins, qu'aucun déaoût ne rebute, elle est la providence visible^ des pa\^ vres fous. Par ses ingénieux expédients, elle prévient ou détourne les orages, en évitant de paraître intimidée. Sans titre et sans costume, elle est une vraie sœur de charité. Pour asseoir sur ses fantasques sujets un empire difficile à conquérir et difficile à garder , elle étudie les pensées intimes, observe les moindres gestes, devine les projets cachés, apprend à lire au plus profond des âmes les plus dissimulées. Il n'est pas d'incident dont elle ne profite pour s'emparer d'une volonté distraite ou bien disposée^ pour conjurer une hostilité qui ruminé sournoisement ses griefs. Pour dompter les plus sauvages ^ la jeune fille ne recule pas devant les manèges d*une innocente coquetterie. D'autres fois e*est le magnétisme impérieux du regard, de F attitude, et de la voix, qui adoucit les esprits et amollit les colères, il n'est pas rare de voir des maniaques à taille herculéenne, caprideux ou agités, obéir à de petites femmes, courbées et amaigries par les ans,^i n'ont d'autres armes que quelques paroles dites avec autorité. La supériorité naturelle des femmes dans cet ordre de thérapeutique mentale enfuit les meilleurs auxiliaires des médecins. Mieux que les autres elles leur fournissent de bonne foi les renseignements désirés et se prêtent de bonne grâce aux réformes qu'ils prescrivent.
ff Les enfants eu x-mômes oublient, auprès du fou de la maison, l'espiéslerie naturelle à leur âge. Ils s'efforcent ue Tamuser ; ei dans cette atmosphère de bienveillance, de liberté et de soins affectueux, le pauvre insensé perd bientôt les plus violents de ses accès et tes plus déraisonnables de ses caprices. On remarque chez les aliénés de Gheel une grande prédilection pour {l'enfance et pour les animaux. Des amitiés se forment dans la famille, et sous l'influence de ce sentiment , la raison rentre parfois dans son domaine. M. Duval remarque qu'actueilemeni l'on n'envoie plus à Gneel que les malades dont on n'espère plus le rétablissement ; et cependant trente à trente-cinq personnes en sortent complètement guéries chaque année. Du reste, si Tinstitulion de Gheel se recommande aux familles, c'est surtout pour l'intelligence des soins qui y sont prodigués aux malades et pour la aiudicité du prix de la pension. La mortalité movenne des aliénés est à Gheel de 8 à 10 p. 100, et l'on y voit fréquemment des centenaires. En France, dans les asiles les plus vantés, elle est de 12 à H p. 100 par année. Malgré la liberté dont les fous jouissent à Gbeeli ou ne compte que six ou huit éva-
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