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Tentés iioêctbtttêVBf dédaction {no$œ {n leV, 3. Scol prétenci que les six derniers pré^ dicaments soût des rehiioMf ce que sraitrt Thomas rejette» parla raison que la relation est un prédicament» particulier.
3. Scot prétend que Dieu poirrrait fairo exister la matière sans forme; on a tu que ] assertion contraire est fondamentale dans le système thomiste.
h. Selon Scot, le composé est une entité distincte de &es deux éléments^ la matière et la forme ; saint Thomas le nie énergique-
ment.
5. &:0t prétend que la forme substantielle est le principe prochain d*acttùDy c'est-à-dire
Stt'elle agit sans Tinterroédiaire des accients. Par exemple, l'intelligence, la TOlonté ne sontpasdes puissances distinctes de TAme, et instruments de Time ; elles sont la substance même de Tftme, en tant qu'elle oomprends en tant qu'elle Teut, etc.
6. Scot parait contredire saint Thomas, en soutenant que le tnalf comme tel, peut être fin, ou cause finale ; mais cela peut s'expliquer, comme on l^a tu au paragraphe 8j pgr Vapparence du bien, que présente la désobéissance^ celte exagération de la liberté
7. Scot prétend queie sujet de Taction est l'agent; car, dit-il, faction est la relation de ragent au patient ou mobile; mais, selon saiBtThomas, c'est li, non factioB'etie-mdme, mais une suite de l'action, qui, par conséquent, a le patient pour sujet.
8. UenTie de contredire saint Thomas a poussé Scot à soutenir aTec 4es nominalisies
Îu'il n'y a rf en de contradictoire dans l'idée *une grandeur infinie, d'un nombre infini, quoiqiTil soit, ce semble, de Tessence du nombre qu*on puisse y ajouter, c'est-à-dire qu'il soit fini. Nous aTons tu cependant
Ïu*au scyet de Tétemité du monde, saint bornas est tombé dans une erreur à peu près semblable.
9. Scol prétend que, par un effet de la puissance divine, un corus pourrait être, aTec sa quantité, en plusieurs lieux différents ; saint Thomas déclare que c'est impossi^ lile.
10. Scot prétend que poteit etst ccfio in duiam^ et qu'il n'est pas nécessaire, comme le croit saint Thomas, que le moteur soit
Ï résent substantiellement ou Tirtuellenieut l'objet mû.
11. Scot soutient que la béatitude formelle est principalement un acte non d'intelligence, comme le veut saint Thomas, mais de tolonté.
12. Sans aller, au sujet du Kbre arbitre, aussi lofln que Jansenius, Scot s'éloigne cependant du système thomiste, dans la direction du célèbre auteur de VAuguttinut. En cela il exagère plutôt le système de saint Thomas, qu*11 n*en prend l'opposé.
13. Scot prétend qu'il y a, en morale, des actions indifférentes.
H. n parait nier que Tappétit sensilif puisse être ng'ei de la tenu ; cette aptitude de rappétit seashif à receroir fd% kahitudu
DicTionn. wj ParaixIls.
Tertueuses est. au reste, UQe idée particulière à saint Thomas et ft ses plus fervents disciples.
15. Scot nie que la matière soit principe dMndividuation; selon lui, c'est l'heccéité; ce qui n'apprend pas grand'chose; car. au fond, rbecceité n'est autre chose que rindlTidualité.
16» Selon lui, les degrés métaphysiques sont distingués actuellement /et pas seulement virtuellement, comme le veut saint Thomas), avant le travail de Tintelligence: ainsi l'animalité et la rationalité, quoique étant la même rialitif se distinguent nonsealement virtuellement, mais actuellement [quoique non réellement}. 11 appelle fotma^ \iié$ ces degrés distincts actuellement, et cette distinction est appelée par lui: DU* tinctio formalis a parte rei; elle se place entre la distinction réelle et la distinction virtuelle des autres philosophes. Au fond, ce n'est guère là qu'une querelle de mots; elle a cependant bien occupé les esprits pendant le moyen âge, et fourni la matière dé bien Tives discussions.
17. Contre le premier argument de saint Thomas pour prouver l'existence de Dieu, argument tiré de la nécessité d'un premier moteur, Scot objecte qu'il est possible que ce qui est mû ait en soi le princi|>e du mou« Tement,ceqiii renverse, selon lui, le fameux prindipé : Omne^ quod motelur^ ai alio mo^ vetur.
18» Au sajet de la génération oAstaMteUe^ Scot dit que. quand il y a généraXtont c'està-dire remplacement d une forme substantielle par une autre dans la même matiâré^ la corruption ne va pas jusqu'à la matière nue, mais qu^il reste dans fa matière une forme qui est la même après la génération qu'avant.
19. Au sujet de l'altération, il prétend qu^ l'augmentation d'intensité d^une qualité sa fait par radditioo d'une partie à la partie existante, et nort, comme le veut saint Thomas, par la substitution d'un tnoda plus parfait au mode précédent.
20. Relativement au cercle des générations, dont nous avons parlé au paragraphe 10, Scot semble insinuer que certains êtres créés permanents (ce qui exclut les actions et les inst/<nts) peuvent naturellement renaître numériquement identiques: par exemple* Bucépbale,que montait Alexandre, pourrait être ensendré une seconde fuis.
21. Scot admet dans l'homme, et en gêné* rai. dans tout composé, plusieurs formes substantielles. D'ailleurs, suivant ses principes, outre Tàme, dans les êtres animes, il y a encore la forme de la corporéité que ne quitte jamais la matière.
22. Scot pense que la volonté est plus noble que rintelligence; on a va «^ chez saint Thomas, l'opinion contraire.
23. Scoi donne l'in/iiii/iiife comrùe la source métaphysique de tous les attributs diTins; saint Thomas donne la même qualité à Tintellection.
Sk. Pour la distinction des attributs ditUa
entre eux, et pour la djslinction entre l'essence divine et ces attributs, Scot applique encore sa distinction formelle a paru rei^ dont il a été parlé plus haut.
25. Sans rejeter la théorie des espèces, qui lui est commune avec saint Thomas, Scot n*admet pas, comme ce dernier, que rintelligibililé soit une plus grande perfection que rintelligence.
26. Au sujet de réternité de Dieu, il est tombé dans une erreur que Ton ne sait comment expliquer dans un homme de son génie. Il oppose réternité successive a réternité simuitanéede saint Thomas, comme si Tidée même de succession n'excluait pas l'infini.
27. Scut partage la manière de voir de saint Thomas relativement aux conditions d*une certitude scientifique; mais il tire plus rigoureusement que le Docteur angélique toutes les conséquences de ce principe : Que rien n'est certain scientifiquement, qu^il n'ait été démontré strictement. Aussi beaucoup de démonstrations de saint Thomas et des autres docteurs lui paraissent des paralogismes, et des vérités que ces derniers, peu conséquents avec leur principe, croyaient pouvoir démontrer rationnellement, ne lui paraissent pas avoir une certitude scientifique. A cet égard, la lecture de Scot rappelle parfois, comme l'a remarqué un écrivain belge, le criticisme de Kant.
28. Après avoir d'abord combattu l'argument ontologique par lequel saint Anselme
Erouve dans le Proilogium l'existence de ieu, Scot finit par s'y rallier, et par en reconnaître la force. Saint Thomas le combattit toujours, et ne pouvant, par suite de son intermédiarisme, en sentir la valeur ontologique, il n'y vit qu'un argument dialectique, et soutint que de l'analyse d'une idée on ne peut tirer une conclusion dans l'ordre des existences. Scot, quoique intermédia riste , était prédisposé, par son réalisme.kserelAcher ici de sa ri(j;oureuse critique, et à reconnaître avec saint Anselme que la lumière de notre intelligence n'est pas une lumière créée, comme le dit saint Thomas. Nous avons, du reste, constaté le rapport intime qui unit Tintermédiarisme de ce dernier et son uominalisme, quoiçiue ces deux systèmes ne soient pas solidaires l'un de l'autre. Les universaux, pour saint Thomas, sont le produit de, l'opération qui, dans son système, tient lieu de la perception immédiate.
29. Nous n'avons pas besoin de dire que Scot était réuliste,tout ie monde sait qu*il l'a été au delà des bornes, et que son imagination créait des entités partout où elle croyait entrevoirie fondement d'une distinction.
31). Scot nie que les vertus soient connexes, même m itatu perfecto; c'est-à-dire, il croit qu ou peut posséder, même au suprême degré, une vertu sans les autres. Saint Thomas prouve le contraire par un argument que nous avons exposé.
31. Un dissentiment plus grave encore entre le Docteur subtil et le Docteur aiméliquu, est relatif à la question de savoir si létrc
est uni vôque à Diea et aux créatures, è la substance et aux accidents. Nous avons exposé I 17 les raisons sur lesquelles se fonde saint Thomas pour dire qu'ici l'être n'est pas univoque : ces raisons n'ont pas empêché Scot de soutenir la thèse opposée. A I argnmem tiré de ce que, si l'être était univoque à Dieu et aux créatures, il faudrait que les différences fussent extérieures à Têtre, Scot répond que l'être, pris formellement, n est pas contenu dans les dernières différences; car alors ces différences seraient à la fois incompatibles et compatibles '.incompatibles d'après Tbypo thèse; compatibles comme étant des êtres. Ne pourrait-on pas dire aussi qu'il suivrait de cet argument que l'être ne peut être uniroqae même à deux hommes; car entre eux ne peut être assignée nulle différence qui ne rentre dans la catégorie de l'être. Quant à l'objection de Scot, Cajétan répond que les différences, ayant toutes les propriétés de l'être, doivent en contenir le concept; que d'ailleurs les différences ne s'accordent que analogiquement avec ta notion de l'être.
32. On a vu que saint Thomas distingue très-nettement 1 essence de l'existence. Scot, sans identifier ces deux choses, n'établit entre elles que sa distinction formelle a parte reL
33. La subsistance, selon Scot, n'est pas (comme elle l'est, selon saint Thomas), une perfection positive ; elle est une qualité purement négative.
34. Nous avons constaté au paragraphes un autre dissentiment sur l'objet des relations, qui est, selon Scot, l'absolu en tant qu'absolu.
On trouvera peut-être cette nomenclature trop sèche. Nous avons mieux aimé nous ex^ser à mériter ce reproche, qu'imiter ces écrivains qui, ayant à parler de la philosophie scolastique, restent clans les généralités, et se bornent à délayer la question des universaux. Du reste, si l'on ne trouvait pas, dans l'indication minutieuse que nous venons de donner, une explication du retentissement qu'ont eu les controverses entre les thomistes et les scotistes, il faudrait se rappeler que ces deux écoles ne se comt>àttaieRt pas moins sur le terrain de la théologie gue sur celui de la philosophie. Hais les dissentiments qui ont pour objet la théologie, et qui gros^raient beaucoup l'énumération que nous avons donnée, ne pouvaient trouver place dans ce travail. Nous avons dû sépa* rer, dans le programme de l'opposition hco-^ tiste, ce qu'elle ne séparait pas elle-même, et nous lK)rner à faire connaître, parmi les questions sur lesquelles elle attaquait saint Thomas, celles qui sont du ressort de la philosophie.
Si Ion cherche à résumer en un mot le caractère de la philosophie scotistet qui partagea jusqu'au xvi* siècle , avec la philosophie thomiste, les sympathies des docteurs chrétiens , on trouve parfaitement fondé le jugement de ceux qui donnèrent à Scot le surnom de Docteur subHL Cette subtilité, qu'on aperçoit au premier coup d*œii dans ses écrits, explique mêine les deux tendances quelque peu opposées qu'on y rencoi^
THensm
nu
tre; elle rend raison» Jusqu'à on certain point, et des sévérités de sa critiquei et de la témérité de ses conceptions.
Les différences entre les docteurs thomistes» avons -nous dit« sont peu im|K)rtantes« Il y en a de trois sortes. Dans les thèses où saint Thomas est clair» et suivi par tous ses disciples , ceux-ci se divisent
auelquefois sur •certains détails, de ces lèses» Ainsi tous donnent Tintellection comme le premier degré métaphysique des attributs aivins; mais ils entendent cette intellection de diverses manières. Ainsi encore la distinction virtuelle eum fwtidaf* mmtQ m re est expliquée par eux en plusieurs sens, quoique tous radmettent. Dans d'antres thèses saint Thomas ne s'exprime pas très-explicitement ; alors ses disciples diffèrent entre eux sur la manière d'interpréter le maître» ce qui les entraîne queU Îuefois dans de graves dissentiments sur le >nd même des questions. Nous en avons donné quelques exemples quand Toccasion s'en présentaité Mais les dissentiments de cette seconde sorte sont peu nombreux. Une troisième catégorie de divergences» dont les exemples sont encore plus rares» est celle des docteurs qui abandonnent sur certains points le maître commun» pour suivre un Buttre particulier dont les rapproche un lien spécial. Ainsi personne ne s'étonnera de voir Suarex» ordinairement zélé thomiste» combattre le Docteur angélique au sujet de ù prémotion physique» ei défendre le système de Ifolina. Ainsi encore plusieurs thomistes prétendent que la matière» même éans la quantité» n'a pas de parties.
Un des points sur lesquels nous croyons qu'il est le plus essentiel défaire ressortir la différence qui existe entre saint Thomas et quelques-uns de ses disciples» c'est la question du tyraonicide. Gayétan et Suarex prétendent que le concile de Constance» en condamnant l'opinion qui autorise tout particulier à tuer un tyran» ne parle que des tyrans qui» jouissant d'un pouvoir légitime dans son origine» l'exercent mal. Quant au tyr&n qui a usurpé son pouvoir» k celui qui n'est qu'un roi de fait, chacun» selon ces deux oocteurs» peut en faire justice; et ils prétendent appuyer cette conclusion sur un passage de saint Thomas» dans son Commentaire du Maître des sentences. (3, dist. 44, quast. 3, art. 2.) Assurément» s'il en était ainsi » le Commeniaire des Stnitneti contredirait étrangement les ^ges^uenous avons tirées du livre De rtgimmê pr%ncipuim\ car les mêmes raisons qui font condamner le meurtre de celui qui abuse d'un pouvoir légitime s'opposent au meurtre de celui qui n'a qu'un pouvoir de lait» uuisqu'il y a à peu près autant de danger k laisser chacun juge de la légitimité d'en'fftiie» qu'il j en a» de l'aveu de tous, k laisser les particuliers juges de la légitimité d'exercice. Mais saint i'bomas n'est pas tombé dans cette contradiction. A l'endroit indiqué du Comment iairt des 5eiUeiicee» il distingue» k la véritéi iestleux sortes de tyrans dont parlent Ca-
jétan et Suarex; et c*eM peut-être ce qui les a trompés; mais il n'assimile aucune des deux sortes de tjrrnns k un ennemi» contre lequel on puisse invoquer le droit de défense. Voici ses paroles * Prœlaiianmn a Deo non eue coniingit dupKeiter : vel fumitum ad modum aequirenA prce/olicmem» eel quanium ad uium. Le premier cas se subdivise en deux : ou l'origine du pouvoir pècba par un défaut personnel» et alors on n'est pas dispensé de l'obéissance» ou cette origpne est entachée d'un vice plus grave» comme lu simonie ^ d'un vice tel ^ue le pouvoir a été acquis sans aucun droit» et, dans ce cas» dit le saint docteur» poteH aliquii^ cum faeulloê adeti » iale dominium repellere. On voit» par l'exemple de la simonie, au'il s'agit du pouvoir en général» et non-seufemenldu pouvoir civil. De plus» quand même le pouvoir est possédé sans aucun droit» tout ce q|Ue safnt Thomas permet k chacun» c'est de s y soustraire» de ne pas obéir» ou même de travailler k renverser ce pouvoir» quand les circonstances sont favorables» eum finultae adeet. On voit donc que saint Thomas ne spécifie nullement les moyens de travailler k renverser ce pouvoir radicalement illégitime, et que» par conséquent» il nW jamais partisan du tyrannicide» puisqu'il v a d autres moyens que le meurtre pour atteindre le but dont il parle icii
Ciyétan s*est écarté» sur un autre point encore» de la pensée de saint Thomas. Bn interprétant les passages où le saint docteur donne son opinion sur le principe d'indivi* dualion, Csijétan dit que la molerte eignaia est celle qui est propre k recevoir la quantité. Or» selon saint Thomas» c'est la matière actuellement déterminée par la quautitéé Sgiuio Colonne» suivi par Paolo Soncini et par la plupart des thomistes» a mis oe point hors de doute» contre l'opinion de C^jétan» qui est suivie par JaveAo et par quelques autres. Quant aux scotistes» ils reconnaissent» comme Colonne» que» selon saint Thomas» c'est la matière détermiqée par la quantité oui est le principe d'individuation ; mais us demandent par qui eel déterminée la quantité elle-même; et répondant que ce ne peut être que par la forme» ils en concluent que la forme est vraiment le principe d'individuation» et. auivant leur usage» ils prétendent (ce que font aussi leurs adversaires, et, dans ce cas, avec plus de raison) abonder dans le sens d'Aristote.
Ensuivant l'ordre chronologique» nous trouvons dans l'école thomiste^ outre Gajétan et Jean de Saint-Thomas» les écrivains suivants : Lambert d'Auierre» — Jean de Paris» surnemmé Pique-râne» — Guillaume Perauld» — Pierre de Tarentaise» — Pierre d'Espagne (Pape Jean XXI)» — Robert Kilwardeby» arcnevêque de Cantorbéry; — Gilles de Lessiues» qui combat sostout la multiplicité des formes substantielles; ^ Bernard de Trilia» qui s'occupe surtout de psychologie ; — Olivier le Breton ; — Uulues OEcëlinde Billiom; — Gilles d'Orléans» écrivain moraliste ; — Pierre d'Au»
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vergne, qui leiPOliDa pltisienrs des Commen» iairea de sainl Thomaa ;~£gidio Colonna,
Îii gagm aox idées thomistes Tordre des ugustios ; ^Humberty abbé de Prulli, qui enlratne ^ns la même voie l'ordre de Ci* teaux ; -^ ^^S^^ ^^ Brabanti qui en fait au* tant pour la Sorboane ; — Godefroi Desfon* laines (|tti s'éloigoe de saint Thomas sur la (listiBCtioD de l'être et de l'essence, et sur le principe d'indiriduaiion ; -^ Gérard de Bologne, qui adopte, sur la matière en puissanee, les opinions scotistes; — Raoul le Breton ; — Herré le Breton ; *— Jean de Napies.
€n bon nombre de ces écrivains ne nous siMH connus que par l'histoire, leurs écrits s'élaut perdus avec le temps. 11 serait tscile d'en grossir le nombre, en allant au delk du XYi* siècle^ ou même en donnant comme thomisies tous les écrivains qui s'efforcent de concilier saint Thomas avec Occam, devenu tout'puisSant. Tels sont, entre autres, WaHer Burleigh et Thomas de Strasbourg.
Mais ces noms, plus obscurs encore que ceux que nous avons rapportés, ne méritent giràre de sortir de roubli. Il suffit d'avoir lu quelque peu ios productions des anciens thomistes pour se convaincre que les principaux commentateurs, dont l'autoriié vient après celle du Mettre, sont £gidio Colonna, Jean.de Saint^Tbomas, Ci\)étanv Zabarella.
Ce que sont, chez les thomistes, ces derniers écrivains, Frangois de Mayronis et IdKD Wading le sont dans l'éeole sootiste. Les autres représemiants de cette école sont Jean Domblotinus^ Antonio Andréa, lean Bassolitts, Pierre d'Aquila^ et|Éine foule d'autres moins connus 11 est vrai que, parmi les écrivains dont nous allons |i«rter, et que nous melAons k part^ parce qu'ils, se séparent également de saini Thomas et de Scot^ il. y en a plusieurs qui. (comme Du'* rand et H. de Gand), soit par leurs antéoédents» soit par certaines. opinions,, appar-* tiennent jusqa'k un. certain point au parti aeotiste.
Henri de Gtnd (Gcothals), est Tun des pen*. Seurs les plus remarquables du moyen Age ; c'est un esprit qui pense par lui-même, ei qui n« scf cottiente pas de i:épéter les for^ miiiest qil'tl avaiti^ comme tant d'autces, ap*-
Glâes.à recelé de saint Thomas. Il est réso-» „meB& réalistef else rapproche de Scot, ou plttiêt lui ouvre la voie, au sojel de la matière considérée en elle-même.
Riotiftrd de Middieton est.infidèle è Scot»
comme H. 4e Gand k saint Thomas ; selon
lui» l'uni verseli. loin d'exister indépendam-t
meni.dea^sioguliersi n'est pas même dans les
^ singuliers, -.
fiurand< de ^aini-Pourctin est un de^ éori« vains les plus r^marquablee de l'écple sco^ tiste, donlt il cmpfbat.poiirunt le réalisme* Dieu, selon loi, ne peut foire que deux oorps se pénètrent, ou occupent le même lieu, il Gom^di aussi saint Thomas au suj^t du lempSf affirmant que le préi^ent n'est pas indivisible» niais que. iriemps est présent rolcefi04iarlîttta.
Jean Bacon ressuscite rint^lectoiniversel
d'AverroSs; son réalisme, du reste, ftW^ias très-décidé.
Pierre Auriol coAibet k la fois stint Thomas et Scot; il ressemble, k cet égards k Durand de Saint-Pourçain^ L'nfi et l'autre d'ailleurs ouvrent la voie k Occam, en attaquant là théorie des espèces.
Occam enfin vient, comme on le s*itf as^ surer le triomphe du nominMisme, et il en-* italne avec lui presque tous les scoiaetfques de la dernière époque, parmi lesquels il sufiira de nommer Adam Goddam, Ar« mand de Beauvoir, Robert Holcot, Grégoire de Rlmini, Buridan, Marsile dlngben, Cle<* mitonus^ Langleius, Nicolas Amati, Benri d'Oyta, Henri deBesse,Matbieade Cracovre^ Nicolas Oresme, Nicolas de Clemengis,et £n&n Pierre d'Altly. Oceami tout en p«*ala« sant surtout diriger sa FKriémiqoo contre Scot, ne s'éloigne pas moins de saint Tb^ mas sur piBsieurs points très-nspertarti^s par exemple^ quand il rejette la tmorie dee espèces, et quand il admet la pluralité non* seulement (les formes substantiel lee, mais même des Ames.
Nous n'avons rien dit d^ane école qui enseigna» et fut Uorissant», même aux plo» beauWemps de la phiiôsopbi'e sootesliqtte» auoiqu'elleencomtMittlt les tendances : c'est 1 école contemplative^ Après lee Victorios» saint Bonaventure lui donna un grand édai. Plusieurs de ses disciples^ Jean de Gerfles, Piehre-Jean d'Olive, Guillaume de Lamenre^ Guillaume Varron^ et, plus tard^Têfiler, £o-> kart> Huysbrock, Gvrson, ibreet pMsspMi^ temieot mystiqueSi II faut «n tfrre autant de Guillaume de Saist-Thierri. MMs il aerati injuste de ranger saint Baotveuture parmi ies écrivains purement mystiques, et de méconoattre le génie vraimeni ufaîloeo^ phique dont il Ut preuve. Sur plusienr» questions importantes il rectifie saint Thomas, et cependant il ne donne pas dans les excès de l'éoole franciscaine. Gomme le* tbomistes, il dit la matièfe inséparable de in forme; mais contre eux il la déclare insofli^ santé k expliqne^ Tindividuation, qnii selott lui, a pour ^irineipe l'union des deeut M^ ments de l'iodividu» Mais la question sur laquelle la supériorité de saint Bonaventum éclate le pins, est celle de la perception im** médiate^ A la vérité, il n'appliq«e nae k in nature matérielle cette doctrine feeonde^ mais Dieu, sdon lui, es4 perçu par notre âme sansintermédiairci sans afpà^s imMU^ §iblû^f ou lumière créée,- quoique non aans voiiee pendant cette vie.
Outre l'école scotastique» qui se subdi'vtse en plusieurs autres dent les principaux chpfs sont saint Thomas^ Seot, Occam, et l'école contemplative doat noue venons de dira quelques, mots, il v a<ett ou moven âge uneautne école» qu'on "appelle posiite#» et dont nous dirons peu dediose, parce que ce qui la sépare des autres, c'est pfineipa* lement sa méthode théotogique. Un exposé complet de la philosophie des siècles qui ont précédé le xvi* doit oepradant faire mention de cette école, qui n'est pas sans
THOWSIIE.
liW
3 quelque rapport avec la philosophie, pqisu'eNe la proscrivait, ne voulant aametir^ ans rétune des dogmes aucune spéculation rationoelle, et se Dornant à invoquer les preuves d*autorité. Les docteurs qui ont adopté exclusivement la méthode positive, étaient, au fond, les promoteurs de Tigno* raoce; ils en ont été punis par Toubli corn-
Elet de la iiostérité. Leur Dut était de comattre Texces opposé do ceux qui faisaient dégénérer la scolaslique en subtilités et en abstractions, et se dispensaient d*étudier les sources. Ces derniers, à coup sûr, méconnaissaient les vrais rapports de la philosopbioetde la théologie, ainsi que les conditions fondamentales des dogmes chrétiens ; et par li ils nuisaient presque autant à la raison qu*è la foi. Hais la méthode positive exclusive était un remède Pire que le mal. La route k suivre, c'était l'union des deux méthodes; et cette route, en effet, a été suivie par tous les grands scolastiques dont tes oeuvres sont venues jusqu'à nous, quoique plusieurs, saint Thomas, entre autres, aient nioins insisté sur la partie poêUive. Dans les temps modernes, au lieu de réunir les deux méthodes, ou de les sacrifier l'une à Tautre, on a préféré les exclure toutes les deux. On a négligé l'étude des sources, les travaux de patiente érudition, l'emploi intelligent de fa preqve d'autorité ; et on a négligé plus encore les spéculations hardies dont les dogmes avaient été« l'objet au temps des principaux scolastiques. De stériles discussions sur des textes isolés, l'étude machinale d*abrégés mal conçus, ont remplacé les vigoureux travaux des anciens docteurs.
Mous ne croyons pas être sorti de notre sojet en donnant ces quelques notions sur ta méthode positive. La question des rapports de la théolo[pe avec la philosophie est une question philosophique.
Nous ne signalerons pas ici i)lusieurs philosophes qui, comme Guillaume d'Auvergne, sont antérieurs k saint Thomas. Mfais il nous sera bien permis de dire quelques mots d'un célèbre contemporain du saint docteur; nous voulons parier de Roger Bacon, que nous avons réservé pour la fin, à cause de l'importante révélation que nous avons à faire sur lui. Op savait par un article de M. Cousin, inséré dans le Journal de$ êovants du mois d'août 1M8, que la bibliothèaue d'Amiens contient un manuscrit inédit de Roger Bacon. M. Cousin avait même déchiffré une partie de la t^ble des matières de ce précieux volume. Mais pas une seule ligne de l'ouvrage lui-même n'avait encore été publiée. L'appel que fait M. Cousin, h la fin de son article, aux jeunes amateurs de la philosophie scolastique, l'in- ▼itation qu'il leur adresse d'étudier les solutions uie Bacon sur les diverses parties de la métaphysique, devaient faire sur nous d'autant plus d'impression que nous avions, pour disposer du manuscrit, des facilités toutes 5|)éclales. Aussi espérons-nous ne pas mourir avant d*avoir publié intégralement re précieux montiaK>nt du génie de Bacon,
monument qui formera, au moins, deux gros volumes in-fc*. Malheureusement récriture en est très-dificile à lire, tant \ cause des signes particuliers au copiste, au]& cpuse des abréviations incroyables qui obligcut le lecteur h deviner les trois quarts des mots. Les nombreuses recherches qu'exigeait notre travail ne nous oqt laissé que peu de jours à consacrer à l'examen du manuscrit; malgré le secours de trois paléographes, nous avons dû , en déchiffrant les passages qui nous intéressaient le plus, laisser dans notre copie des lacunes qui ne nous ' permettent pas de transcrire ici le résultat de nos études; mais nous en avons pu lire assez pour nous convaincre que les écrivains qui font de Roger Bacon un nominaliste sont dans la plus grande erreur.
II est vrai que R. Bacon, dans ceux de ses ouvrages que l'on connaît, ne s'occupe guère des universaux , et l'on comprend sans pçine que des écrivains judicieux aient pu se trom* per sur son opinion à cet égard. Mais c'est li précisément ce qui donne plus d'importance sinon àladécouverte que nous croyons avoir faite de son réalisme, au moins au manuscrit, qui permettait seul de faire cette découverte. Our non- seulement ce manuscrit est entièrement inédit, non-seulement il est unique, mais il roule sur des matières que R. Bacon n'a pas traitées dans ses autres ouvrages, consacrés surtout aux sciences na« turelles.
Par conséquent, si l'oubli dans lequel est demeuré ce manuscrit pendant cinq cents ans (il est du xiv*siècle) justifie, jusqu'à un certain point, ceux qui, guidés par I induction, croyaient Bacon nominaliste, nous qui, pour la première fois depuis que ce manuscrit a passé de l'abbaye de Corbie dans la bibliothèque d'Amiens, avons cherché à en connaître les solutions, nous |)Ouvons, sans compulser les autres ouvrages de Bacon, conclure qu'il était réaliste. Le manuscrit à lui seul tranche la question.
Ne |X)uvant, pour le motif indiqué plus haut, transcrire ici une page entière de la Philosophie de Bacon (titre du manuscrit), rapportons, au moins, quelques-uns des passages décisif^ qui ont fixé notre conviction. R. Bacon se demande d'abord (folio 103 du (jodex) si l'universel est dans l'âme seulement; et il résout cette question négativement. Il continue : Etant admis que I universel n'est pas seulement dans réme,est-ii dans les choses? Ayant déchiffré, è la suite de cette question, les mots : quod non rit in rthue materiaiihue^ nous crûmes, au premier abord, que c'était \\ une conclusion, et que l'opinion qui fait de Bacon un noroinaliste était fondée ; mais le mot maierialibut était suivi du signe rT, que nous reconnûmes è la fin signifier inde/tir. Ce que nous avions pris d'abord pour une conclusion devenait donc une objection. En effet, suivant la forme usitée dans les ouvrages didactiques du xiir siècle, l'argument annoncé par ndetur est suivi d'une proposition commençant par tonira (9*) , et la proposition, ac-
MGTiONNAIRB DU PARALLELE.
eoœpagfiéa de sa preore, est suivie d'up | (iiiî r'ommence par : Ad objeetianem respoti- 4^0 {ad 0^. Noas renon^ns à reproduire respècfi dliiéroglyphe qui signifie re$pond$o). Il rallaît donc reconna!lreque,d'apràs Bacon, l'ufiirer«e/ $xiiie dam^ les choies fnaêérieUcê ; celle conclusion était même suirie des mots très-iisib!es : Quodeoneedo^ placés avant la réponse à Tobjection. La suite nous a confirmés de plus en plus daps cette conviction. Voici, en effet, le commencement de la question qui vient après celle dont nous avons parlé : Babito fpkod unU^enale iit in rebii«, ipêœriiur on êif in singulatibus f Quod non êii in tingi$ii9ribut videtur. Suit l'objection ; puis la proposition contraire , suivie des mots : Quod ponee^; et un peu plus loin : Vniv0r»al€ wi unum in mtêltiit fttod eoneedo. II D*y 0 donc pas h en douter. Bacon est réaliste, ce qui ne doit pas étonner d'ailleurs, quand on sait qu'il était Franciscain et ad- Tersaire passionné d'Albert le Grand, qu'il 9 contredit sur bien d'autres points. Toutefois, quoique nous pensions avoir établi suffisamment le réalisme de Bacon, nous sentons qu'une étude plus prolongée du manuscrit nous eût permis d'appuyer notre thèse sur des preuves plus nombreuses. Si la facilité nous en est donnée, nous ne négligerons ripn pour compléter notre travail sur ce point, comme sur plusieurs autres, que le manque de temps et l'immensité du sujet ne nous ont pas permis d'approfondir autant que nous l'aurions désiré.
Avant de signaler à l'attention du monde savant le manuscrit dont nous venons de parler, H. Cousin avait anal^'sé, dans le même volume du Journal de$ savants^ un iiutre ouvrage de Bacon, VOpui ieriium^ dont il existe des manuscrits à Londres et à pouai. Nous apprenons, par cette analyse, que Bacon a contredit saint Thomas sur un autre point, sur la manière dont nous con* naissons les objets, surtout les otyets spirituels. Tandis que saint Thomas, ici» comme toi^oursp disciple fidèle d'Albert le Grandt comme celui-ci l'est d'Aristote, place dans TAme l'intellect açent et l'intellect passif; comparant le premier k la forme et le second à' la matière. Bacon dit que rintellect a^j^eiU est Dieu lui -même. Deu$ rtiptctu unimœ 0$i iieut $ol rtiputu oculi corporit^ C'çst la thèse favorite de saint Bonaventure. Dieu lui-même (et non pas une espèce créée) e^t la lumièr^ de notre intelligence. C'est aussi la thèse de Ouillaume d'Auvergne, de Robert Grosse-TAte, d'Adam de Marisco. Sp/endor resultans in anima ab inteUigentia sepor rataf dit encore Bacon, définissant Tintellect agent; et, ce qu'il y a de curieux, ce qui nous tùontre que les plus grands géqies, au moment même où ils s élèvent par Tintuition au-dessus de leurs contemporains, sont toujours de leur siècle par quelque ciMé, c'est que Bacon attribue cette thèse platonir cienne h Aristote, se fondant sur ce que ce- Jui-ci dit l'intellect agent séparé du passif et toujours en acfe^ et sur ce qu'il a été coo)- {Mis de la sorte i)ar Avicenne. Ces raisons ne
par laquelle oq peut établir que le pniloso-
[>he de Stagyre croyait h l'immortalité de 'Ame, puisque alors l'expression de s(parée ne s'applique plus à l'Ame relativement au ctfrps, mais à Dieu relativement à l'homme. Il ne faut pas croire que l'apparition de Oescartes ait mis fin tout d'un coup è l'in-r fluence de l'école thomiste. Nous la retrouvons an ivir siècle, et au commencement du xvni*, toujours aussi attachée è ses principes et A son chef, toujours aussi opposée aux tentatives de l'esprit nouveau. Les thomistes, A la vérité, étaient peut-être plus raisonnables alors que les restes des autres écoles; seuls, ils soutenaient, au xvir siècle, qu'il n'^ a pas dans les créatures une aptitude active aux miracles que peut opérer la puissance divine. Mais quMIs sont ar«> riérés dans ce qu'ils appellent la physique particulière I Ils semblent avoir, sur cette matière, des idées (jIus étroites que leurs devanciers du xiu* siècle; et cependant les échos de la vérité retentissaient dans le monde et ft*appaient leurs oreilles. Les mat* très de l'école thomiste enseignaient encore au xvix* siècle, que Tor est formé par le soleil, l'argent par la lune, et le diamant par les étoiles I Le plomb est un produit de Sa* turne; Tétain, de Jupiter; Tacier, de Mars; le cuivre, de Vénus, H le mercure, comme de raison, de la planète qui porte ce nom. Mars, tout en produisant l'Acier, trouve encore le moyen de produire le tempérament bilieux; Jupiter, avec l'étain, fait le tem|)é-» rament sanguin; la Lune, le flegmatique, et Saturne, le mélancolique. Du rçste, la belle découverte de Descartes sur les couleurs était traitée de rêve, contraire A la véracité divine; la pesanteur de l'air et le mouvement de la terre étaient réfutés A grand ren^ fort d'arguments bibliques et métaphysî* ques. Terram fundavit super stabitUatem fuam^ dit l'Ecriture; Copernic objecte que le soleil aurait une longue course a faire en vingt-quatre heures, si Te svstème de Ptolémée était fondé: raison de plus, car un corps incorruptible, comme le soleil, doit pouvoir se transporter presque aussi vita qu'un pur esprit, tandis qu'une matière grossière, comme celle de notre globe, doit être inerte, sans mouvement. Le mouvement est une perfection; or, le soleil est plus parfait que la terre. Oq ne faisait qu'une restriction au système de Ptoléroée; on avouait que Vénus et Mercure tournent autour dusoleil; mais, quant au reste, Ptolémée avait raison. Seulement les taches du soleil embarrassaient fort les derniers thomistes, A cause des idées qu'ils avaient sur r|ncorruptibilité des Aeux. Nous trouvons encore dans nos notes un passage d'un thomiste qui déclare, A propos de la germination, que la vertu gênérative ne détruit pas son sujet; car cette vertu réside, non dans ce qui est changé en arbre, mais dans les |)arties subtiles qui agisseifl , non sur elles-mêmes, mais sur les parties
THOMISME
Srossières ^ *^rdï quoi elles se dissi($ent. tous ne yonlons pas prolonger pins longtemps ranaljse des illusions que se faisaient les derniers ihomistes ; mais nous devions constater qu'ils furent les adversaires achar* nés du cartésianisme naissant.
I XllY. — C^lés défectueus de la philosophie thomiste.
A rinjoste dédain qui a pesé longtemps sar la philosophie de saint Thomas, a succé^té, il y < peu d'années, un excès tout opposé. Plusieurs écritainst parmi lesquels nous citerons *le P. Venlura, Bal mes, Roeelli, im. Bensa, Roux-Lavergne, et, è un degré moindre, MM. Bûchez et Gralry, ont relevé le drapeau du thomisme pur, el ont proclamé hardiment que le xix* siècle devait revenir h la philosophie du xiii*. Cetie opinion n*est pas la nôtre. Quelle que soit notre admiration pour le grand homme dont nous venons d'exposer la doctrine etd'énumérer les disciples, nous ne pensons pas que le raison humaine doive s'ensevelir, captive à jamais, dans les formules de la scolasti- <iue. Nous croyons au progrès dans les scien* ces philosophiques. Ge n est pas à dire que les philosophes contemporains ne doivent fias s'incliner, au point de vue du génie, de* ▼eot plusieurs de leurs deranciers; il faut même avouer que l'esprit humain, après ses ëpoaues de grandeur, a aussi ses époques de oécadence, et paraît alors retourner sur tues pas. Mais les écarts mêmes de la raison provoquent des découvertes nouvelles qui, e^ajoutaat au travail des générations antérieures, élargissent sans cesse le domaine de la science. Cest au nom de ce progrès ecientiilque que nous allons signaler librement tous| les défliuts que nous avons cru voir danslaphilosophiede saint Thomas. La psychologie du saint docteur est, sans i^ontredit, la partie la plus faible de sa philosophie. Pour nous en convaincre, rap'iielons-nous l'exposé de son système sur rorigine des idées. Il est vrai, nous avons établi, contre plusieurs dénégations, que saint Thomas admettait des idées innées, et nous devons l'en féliciter hautement. Admettre dans l'âme des prédispositions, des idées virtuelles, antérieures è toute sensation, et sans lesquelles il serait impossible de connaître l»lus tard aucune vérité générale, c*est déjk résoudre, d'une manière satisfaisante, une fiartie notable de la question, de Torlgino des idées, on, si l'on aime mieux, une des firincipales questions qui ont été désignées mus ce titre. Ajoutera cela qu'il est impossible, sans la seitsation, d'avoir aucune Idée actuelle, c'est énoncer encore une proiK>sition avouée parla vraie philosophie, liais qu'il y a loin de ces deux affirmations è un système complet sur la question qui nous occupe! Combien elle embrasse de points que ftainlThomas a passés sous silence,et que le travail des siècles a éclaircis après maints tâtonnements, et fixés avec une précision rigoureuse I Analyse plus profonde do tes toniiea de Tintelligeoce qui ont été appelées
souvent td/e« tfifi^e«;|distinction plus marquée entre les différentes sortes d'idées actuelles; simules perceptions mises en regard des idées réfléchies ou concepts; perceptions et conceptions subdivisées elles«mèmes en diverses classes ; investigation, couronnée de succès, pour assigner à chacune de ces classes son origine particulière; appréciation exacte du rèle du langage par rapport aux idées» tels sont quelques-uns des mérites dont on regrette I absence dans les écrits de saint Thomas, et qu'il faut bien reconnaître dans un grand nombre d'ouvrages contemporains. On s'étonne que les partisans exclusifs de la philosophie thomiste n'aient pas fait des réflexions si simples. Qu'ils vénèrent la sagesse antique, rien de mieux; mais qu'ils ne refusent pas de saluer les conquêtes modernes de la raison humaine.
Parmi les lacunes qne nous venons de signaler dans la philosophie thomiste, la principale assurément est celle qui est relative au rète du langage. Le saint docteur ne paraît pas même avoir soupçonné les belles et importantes découvertes qu'a procurées sur ce pointkia philosophiecontemporainc la méthode d'observation, et qui ont été adoptées, au moins en partie, par toutes les écoles. Disons, toutefois, pour expliquer son silence, que lexiu* siècle n'était pas encore mûr pour l'examen de cette grancie question. II était réservé è notre temps de rencontrer et de réunir les éléments nécessaires pourla poser et pour la résoudre.
Relativement à la question de la nature des idées, ce n'est plus une lacune que nous constatons en saint Thomas ; c'est une opinion que nous n'hésitons pas è rejeter, comme ne reposant sur rien de solide. Quoi qu'on en ait dit, saint Thomas a défendu le système des idées intermédiaires, des idées représentatives, non à la manière de ceux qui en faisaient des substances, ni à la ma* nière des cartésiens, qui n'y voient que des formes subjectives; mais en ce sens que nous ne [Percevons jamais immédiatement les objets de nos connaissances, et qu'il y a toujours entre notre esprit et ces objetSi quels qu'ils soient, un intermédiaire sensible ou intelligible, habituellement nommé dans l'école eipece ou image. Ce système nous paraît erroné dans toutes ses parties. Nous pensons avec l'école écossaise qu'il est insoutenable, relativement aux objets sensibles ; et,quant aux vérités absolues, qui se confondent avec rètre infini, nous croyons, avec saint Augustin, saint Anselme, saint Bonaventure, Thomassin, Malebranche, Bossuet, Fénelon, que l'esprit les perçoit immédiatement aussi bien que les objets finis , parce aue ces vérités sont continuellement présentes a notre âme, et qu'elles constituent la lumière naturelle qui éclaire tout homme venant en ce monde. C*est par elles, dit saint Bonaventure, que nous voyons tout, même quand nous ne les apercevons pas elles- mêmes ; absolument comme dans le monde des corps nous voyons tout |>ar la lumière physique, quoique cette lumière elle-même rei»te souvent inaperçue
DICTIONNAIRB DQ PARALLELE.
4tM
autour de nous, hes prenves da Beid pour la perception immédiate ie$ corps doua pt^ raissentsans réplique. Les espècea de Técola n'expliquent rien; aucun de eeax qai Im admettent n*est capable de dire en quoi allea consistent ; elles ne renosent sur rien » elles heurtent de front les données du seM commun. Quant è la perceiptioQ immédiate d^s Térités éternelles, de llnfini^ il suffit, pour rétablir, de développer cette pensée ae Ma«> lebranche : « On ne peut concevoir que quoIt
Îuechose de créé puisse représenter Tinvû.» In eCTet, ou Tespèce intelligible dans la* qielle, seliin les thomistes, on voit les vé-^ rite!» éternelles, ou celte espèce est finie, ou elle est infinie. Dans le premier cas, comment i)Ouvons-nous voir Tinfini avec ses caractères Incontestables de néces.sité et d*immuta* bilité , dans une image qui présente des caractères opposés? Dans le second, quelle folie u*6St*ce pas que d*imaginer, en dehors ide Dieu, quelque chose d'infini !{
Ne voulant pas glisser sur la pente^ quelmiefois rapide, qui sépare la critique de la Inéorie, nous ne devons pas indiquer ici eo détail la manière dont la aoctrine de la per* ception immédiate s'applique è chacune des classes d'objets à connaître. Remarquons seulement que plusieurs philosophes t croyant que cette perception immédiate fait double emploi avec les idées innées, pensent
Qu'elle sumt h elle seule pour ex{>Iiquer Origine des connaissances, en y joignant, bien entendu, les conditions extérieures dont l'expérience prouve la oécassité. La Téri(é, disent-ils, est présente k TAme dès le premier moment de son existence ; que fautril de plus? L*Ame la voit vaguement avant d^en avoir conscience; et elle la perçoit, aussitôt qu'elle est sous l'influence d*uQe excitation extérieure. Nous ne mentionnons ici cette opinion que parce qu'en rejetant les idées innées au nom de l'intuition immédiate, elle a peut*6tre quelquefois (ait rejeter l'intuition immédiate, et admettre les espèces in^ termédiaires, au nom des idées innées. Cela p'aureit rien d*étonnant; car il arrive souvent que les points de vue partiels, dont la téunion forme une théorie complète , paraissent, pendant des siècles, même h de bons esprits , s'exclure les uns les autres, et ne reçoivent que du temps la proclamation et Tadmisaion unanime de leurs affinités internes. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il |i'y a aucune solidarité entre le système des idées intermédiaires et celui des idées innées; ni aucune opposition entre ce dernier système et celui de la perception immédiate. L'idée innée, et la perception immédiate, bien loin de se rendre mutuellement inutiles, &ont appuyées l'une et l'autre sur des preuves spéciales et péremptoires; et toute théorie complète doit les admettre ensemble, comme les deux conditions intérieures de la connaissance. Comme le disait fort bien Leib- Bitz : « Quand même nous verrions toutes choses en Dieu, il est nécessaire que nous eyons aussi des idées à nous, non pas comme de petites images^ mais des affections et
des modifications de notre esprit, répondant à cela} môme que noua afiereevrions en Dieu, n (Medii. da cognai.) On voit ce que
Censait Leîbnitz de la prélendne tneompattiiité que nous venons de eombaltre. Qaant h la forme hypolbétiiqoe de la pknaae qoe nous lui avons empruntée, on aurait tort d'en conclure qu'il rejette formellement la perception immédiate ; ce qii'il rejette, ce sont les exagéraliona de Haiebranehe, qni précisément refusait tf'adaaettre ceUe per« ception immAdiate dans ta eoonaisaancedei objets sensibles.
Remarquons eependarrt que las preuves appelées a l'apfmi des idées Mm^sa se divisent en deux ciaasea. Las nues aoiift riaile» ment concluaaiea, quels que soient les ad« versaires à qui on les oppose; tes astres, au contraire, démMirani seulement qu'on se peut expliquer par la sensation tout ce qoe nous observons daos le phénossène de la eonnaissanee, établissent uniquement contra les sensuel istes qu'il Isut admettre eatte l'esprit et la irértté nn iiappoK iotériear quelconque. Les partisans de la perœpiioi immédiate admettant ee rapport, il eat olair que cette dernière classe de nreurae nepevt les obliger k admettre les idées innées; d'où quelques-uns d'entre eox se sont crus oMi* gés de les rejeter, psrœ qu'ils ne eonmis» saient pas la première classe 4t prouvas dont nous venons de perler.
L'erreur de saint Tbocnas au sujet de la nature des idées (erreur philoeoidiique, s'il
SD fut jSJMis) a été i'occasioa d'une erreur istorique qM nous devons signaler.
Cette seconde erreur consiste k avoir eru que saint Augustiu était de son avis. Vans la Somme eonir$ U$ gnuOi (Hb. m* cap» h% après avoir prouvé qu'on ne peut voir en cette vie l'essence divine, il s'obiecte divers passages de saint Auguatin où ii est dit que nous voyons la vérité en Dieu, et il répond : c D'après les propres paroles de saint Augustin , on voit la vérité en Dieu, comme nous voyons les corps dans la lumière da soleil; or il est évident qu'on ne voit pas les corps dans rasaenee du soleil, mais par êo lumière qui est une similitude de la clarté solaire répandue dans l'air et dans les antres corps. Donc saint Augustin, dans les paroles qu'on objecte, ne prétend pas que Dieu est vu dès cette vie selon sa substance, mais seulement comme dens un siiratr, comme l'apôtre le dit de la connaissance ds eette vie. a Ici saint Thomas prouve parfiitement que saint Augustin pense, coomds loi, qu'on ne voit pas directement la sabstance de Dieu, de même qu'on ne voit pas la substance du soleil. Mais la raison qo'il spporte ne prouve pas autre choae, et il dé« passe dans sa conclusion la portée de ses prémisses, lora()u'il afBrme en second lies que, d'après saint Augustin, on ne peut jsniais voir qu'une image de Dieu. N'y a4-il pas un milieu entre la vision de la ow9ioM$ d'un être et la vision de Vinu^gt de cet êtrsî Oui, il y a la vision des propriéîéo^ des a|irièttiS| au saoyen desfuels M arrive psr Is
TBOMiailE.
nî$oiiii|(NiiQiiL non à voir, mai» k concevoir là ÊyiHaB£0. àrUesl évident que celte opi«- Dtoo iDito/eaoe est précisément celle de Mint Attguiiio ; car les rayons dis soleil que AOBS yoyons direct^mexu ne sont pas, coQa<me ledit saint Tiioniss, une image de la lu«mière solaire, ils sont celle lumière elle** même* Donc» d*après saint A^gusttOi la iQ<mière qui éclaire notite esprit, et que nous ▼o^ons directement, n*esi pas une image de la lumière divine, de Ja lumière incréée; elle est ceite lumière elle-même, aperçu^ piit noua, non encore une fois dans son es<aeiMSf » OQÂis dans ses propriétés et sans intermédiatre. Saint Anselme a emplojé préoiflément cette comparaison du soleil pour prouver qu'on peut voir Dieu directement &am voir son essence. Hais saint Thomas, qui a reproduit et même complété quelquesunes des plus belles spéculations de saint Anselme tpar exemple, la thèse, des idées divines), a méconnu^ ici comme ailleurs* ce nétapbjrsîcien sublime, dont Tessor n^était paa oomnrimi, comme le sien, par les formules péripatétiosennes.
Saint Thomas n*est pas ou>ins dans Terreoff, quand U attribua à saint Paul la théorie des espèces, que quand il Tatlribue à saint Augustin* Lorsque saint Paul dit(i Cor. un, IS) que nous vojobs Dieu en cette vie coaime dans un miroir, $icut in speeulot le mol Mieut nous avertit que le mot $peeulum ne doit pas être prisa la lettre; et il est clair que, sans intervenir dans une question philosophique abandonnée par l*Bgliseè la dispute des écoles , l'Acre constate tout simpleoieot rimperfection actuelle de nos facultés.
Comme nous le dirons au paragraphe suivant, nous souscrivons %$oa réserve à tout ee au^à é<xit saint Thomas sur les rapports de la loi et do la raison. Nous devons cependant faire observer que, dans les belles pages des deux Sommes qui se rattachent à ce ssiiet* on trouve quelquefois la trace des imperCections que nous venons de signaler. Ainsi, tout en prouvant la nécessite de la révélation* même pour les vérités naturelles, Mint Thomas n*a pas recherché le degré de cette nécessité, et n*a pas précisé ei^pTicitenaeiit la nature de cette révélation. Il n'a pas examiné non plus de quoi la raison est capable dans les diverses positions où elle peut se trouver, en dehors de la révélation des vérités surnaturelles. Il est résulté de ces lacunes, qui d'ailleurs n'ont rien de surpreoant, que plusieurs écrivains modernes ont pu, avec certaines apparences de raison, internréter le texte de la Somme dans le sens de leurs opinions erronées. Le système des idées intermédiaires se retrouve également dans les pages de saint Thomas sur l'accord de la foi et de la raiaon. Quand il dit que la connaissance naturelle de Dieu diffère tie la foi, en ce que la première est la vue de Dieu dans son image, tandis que la seconde est la vue de Dieu en lui-même, il a le tort de confondre une doctrine incontestable avec nne opinion peu fondée. Car, autant nous reconnaûsons avec lui la distinctioo des
deux ordres de vérilés, autant nous nous empressons d'ajouter que ceUe distinction n'est nullement détruite par ceux qui admettent que, dans Tordre naturel comme dans l'ordre surnature^ lesprit humain perçoit immédiatement les olQels»
De la nature des idjées passons k la certitudjp. Ici encore nous trouvons en saint Thomas une ojpiolon qtû laisse l désirer, Ne regarder comme scientifiquement certaines que les vérités notœ per te quoad nas, et les vérités qui découlent nécessairement de celLes-Iè^ c'est entendre la certitude d'une manière beaucoup trop étroite, et s*exiH)ser Inévitablement è des contradictions. L existence des corps n'est ni évidente apodictiquement, ni susceptible d'une démonstration itricU; faut-il en conclure qu'elle ne Suisse être l'objet d'une certitude scientiauef Assurément non. Ls certitude naturelle et irraisonnée, quoiqne raisonnable, que tous les hommes ont de l'existence des cor{)s, peut devenir scientifique par la réflexion, qui montre au philosophe la base réelle de la certitude irraisonnée. Toute certitude naturelle, dès qu'elle laisse apercevoir son fondement, devient par là n)6me scientifique.
L'opinion de saint Thomas sur les universaux, qui lui a valu souvent des éloses, de la part des critiques, partisans du nommalisme, sera encore par nous l'objet d*un blAme. Avec H. Cousin, nous croyons k la vérité du réalisme, non pas dans toutes les applications qui en furent laites an moyen Age, mais relativement à l'espèce humaine. Nous croyons qu'il y a, entre tous les membres de notre race, quelque chose de commun qui se transmet par la génération. Nous voudrions pouvoir citer à ce sujet les belles peùsées de plusieurs des Pères grecs, qui, sans fixer explicitement les limites dans lesquelles le réalisme est l'expression de la vérité, évitèrent cependant, beaucoup mieux que les réalistes du moyen Age, de aortir de ces limites. C'est è propos du mystère de la Trinité que les Pères grecs formulèrent le sage réalisme qui, à nos yeux, est une de leurs gloires, et que réhabilitera de plus en plus la science moderne. « De même, disaient-ils, qu*en Dieu il y a une seule nature en trois personnes, de même il y a dans le genre humain une multitude de personnes dans une seule nature qui est commune à tous les individus. » La circonstance dans laquelle les Pères ^recs produisaient leur réalisme, prouve bien qu'ils ne parlaient pas d'une pure similitude; car, s*il en eût été ainsi, leur comparaison n'eût aucunement servi à éclaircir le mystère de la Trinité. Les belles découvertes de la science moderne sur la fixité des espèces végétales et animales nous permettent d'étendre k ces deux classes d'espèces le système réaliste. Mil. Bûchez et Ijoaghs, dans d'intéressants travaux, ont fait ressortir les conséquences qui découlent k cet égard des résultats ac-
2uis fc la science. Les hypothèses si fort eu iveur au derpier siècle, sur la transforma-
ÏM
lioD des espèces natarelles, sont pulvérisées sans retour. On conçoit que saint Thomas, au xiit* siècle, manquait des éléments nécessaires pour discerner le point précis où le réalisme commence à être une erreur, et qu'ainsi les excès qu'il avait sous les yeux ont pu lui fiiire condamner d'une manière absolue un système qui lui paraissait certainement faux sur quelques points, et qu'il n'avait pas de raison (dans Vétat où était alors la science) pour croire vrai en d'autres ])arties. Mais il n'en est pas moins certain que rhistorieo de la philosophie, tout en expliquant Terreur de saint Thomas, doit lui reprocher ici une nouvelle lacune qui, s'ajoutaht b toutes celles que nous avons déjk constatées, et b celtes aiie nous constaterons encore^ doit faire réfléchir les esprits distingués qui voudraient nous4*amener purement et simplement k la philosophie tnomiste.
Une autre erreur qui se lie è la précédente, c'est celle où est tombé saint Tnomas en croyant h la (H>ssibilité et même b la vérité actuelle des générations spontanées. Les mêmes découvertes scientiflques qui servent b prouver le réalisme dans les limites des espèces naturelles immuables^ ont fait évanouir les rêves des anciens sur la possibilité d'expliquer Torigine d'un être vivant par autre chose qu'un germe spécial.
Si rhypothèse des générations spontanées se lie naturellement chez saint Tnomas (je ne dis pas nécessairement) b la négation du réalisme, son système sur le principe d'individuation, au contraire, parait en contradiction avec son système sur tes universaui. Car qu'est-ce que mettre dan:$ la matière le principe d^individuation? C'est résumer en un mot le système que voici : La matière indéterminée est ce qu'il y a de plus général; la forme vient ensuite dans Tordre des êtres les plus généraux, et enCn, dans cet ordre, la matière, déterminée par la quantité, ne vient qu'en dernière ligne. La matière indéterminée est commune, non-seulement b toutes les espèces^ mais même b tons les genres. La forme, se joignant b la matière, produit l'espèce; donc deux espèces, quand même elles seraient du même genre (comme le cheval et le chien, qui sont du genre animal), diffèrent par la forme; et« puisque la forme établit entre les êtres la différence spéciflaue, elle ne peut établir entre eux la différence numérique. Ainsi,
{misque le chien diffère du cheval par la brme, il faut que deux chiens possèdent la même forme; car la même différence les sépare du cheval Tun et l'autre. Donc ce qui différencie deux chiens Tun de l'autre, ce n'est pas la forme ; ce ne peut être que la matière déterminée par la quantité. — N*e&t-il pas clair, d*après cela, que, pour être conséquent, un philosophe qui met clans la matière le principe d*individuation, qui prétend que deux inuividus de la même espèce ne diffèrent que par la matière, doit reconnaître qu'ils ne aiffèrent pas par la forme, et, par conséquent, que la forme
est commune entre eux. II y a donc une contradiction flagrante entre l'opinion de saint Thomas sur les universaux et son opinion sur Vindmduation, En vain répondraiton pour lui, que deux animaux de la même espèce ont une forme semblable, mais non Identique ; cela expliquerait bien comment deux chiens diffèrent du cheval, quoiqu'ils n'aient pas la même forme; les deux chiens auraient des formes différentes numériquement, c'est-b-dire semblables, tandis que le chien et le cheval auraient des formes dissemblables, et, par conséquent, différentes spéciflquement. Mais alors il ne serait plus vrai que les deux chiens ne diffèrent aae par la matière; ils diffèrent aussi numériquement par la forme; et, par conséquent, il est faux que la matière seule soit pour eux le principe d'individuation. D'ailleurs te seul fait ae ta recherche du principe d'individuation suppose l'acceptation préalable du réalisme; car, si deux individus ont chacan, outre une matière propre, une forme spéciale, quoique semblable b celle de l'autre, b quoi bon demander où est le principe d'individuation? On ne peut demander cela que quand on a adopté entre les êtres d'une même espèce une certaine unité qui -rend difficile l'explication de l'individualité. Si chaque individu diffère des autres par chacun de ses éléments, il n'y a aucune difficulté. Donc, pour saint Thomas, qui s'était franchement rallié au nominalisme, la recherche du principe d'iiHlividuatiou était un hors-d'œnvre.
Nous avons parlé de matière et de forme. Ces mots sacramentels de la philosophie scolastique, mots qui ne doivei^t pas trouver grâce aux yeux de la critique, nous rappellent une nouvelle tache de la philosophie thomiste. Nous avons exposé, avec toute la clarté qui nous a été possible, ce qu'entendait par Ib saint Thomas; mais, malgré toute la peine que nous avons prise pour éciaircir ce sujet, nous ne comprenons pas trop nousmême dans quel but ont été imaginées ces deux expressions.La principale objection que , «nous ayons b leur opposer, c'est que nous n'en vojrons ni la nécessité, ni même l'utilité. D'ailleurs, qu'est-ce que cette matière qui n'est rien de réel, qui n'est qu'une pure possibilité, et qui cependant n'est pas le néant, mais un milieu entre ie néant et l'être? La raison humaine, aujourd'hui dégagée de ces vieilles formules qu'elle respecta longtemps, plutôt par habitude que par conviction, n acceptera jamais cette matière qui n'est ni Véire ni !e non-être. EnRn, n'y a*t-il pas une sorte do profanation b appliquer ces mots de maliire et de forme aux objets les plus différents? Ainsi un cadavre étendu par terre a sa matière et sa furnie; sup|)osez qu'une flme vienne Taninier, ce corps tout entier, qui, b l'état de cadavre, était è la fois matière et forme, n'est plus que matière dès qu'il est animé, et la forme c'est son âme. Mais dans cet homme qui marche, ce qu'on ^ appelle la matière n'est-ce donc qu'une pure possibilité? Et n'y a-t-il jias inconvenance à
THOMISME
%zn
dire que son Ame est à son corps ce que l^êlre ou la forme de ce morceau Je bois est A la foêiibiliti ou è la matière de ce m Ame cnorceaude bois? Nous n*ignorons pas qu*en renversant cette distinction de matière et de Corme, fondamentale en scolastique, on voit s*écrouler du mime coup une très-grande i>artie de la philosophie thomiste; mais rien Bie nous déciderait à respecter une doctrine qo^il n'est iJifGcile de réfuter que parce qu'il «si dilHcile de lui trouver un sens, et qui a élA reléguée de^iuis longtemps, et avec raison, par la philosophie moderne, parmi les hjDOthèses insoutenables qui ont pré* cédé, dans toutes les sciences, le règne des faits.
Mous verrons au paragraphe suivant que saint Thomas a eu la gloire de professer la irérité sur la nature de la substance corporelle; mais il n'a pas su tirer toutes les conséquences de cette vérité féconde. Reconnaissons qu'k cet é{;ard, s'il s*est trompé, H s*est trompé du moins en bonne compagnie. Nous ayons eiposé plus haut quelques-unes des otyections qu'on peutr opposer au système de la divisibilité de la matière à lln- 0ni, système adopté par saint Thomas; nous avons aussi exposé les raisons, fort peu concluantes, que le saint docteur et ses disciples ont faites k ces objections. Si saint Thomas avait soutenu seulement la possibilité ))our l'esprit humain de concevoir une division indéfinie d'une étendue abstraite, il n'y aurait qu'k souscrire k son opinion. liais il admet qu'on peut diviser k l'infini une grandeur concrète, un corps actuelleinent existant; et en affirmant cela, il vient se heurter contre l'objection qui consiste k dire que, si l'on peut diviser k l'infini tel oorps actuellement existant, il y a déjk en ce corps un nombre infini de parties; qu'il y a même autant de parties dans le dixième de ce corps que dans le corps entier. L'objection d Acnllle et de la tortue, objection célèbre q[ue nous avons exposée aussi, n'est pas motus insoluble que la précédente. Ce n'est pas que nous regardions comme démontrée l'opinion qui nie la divisibilité de la matière a l'infini. Cette opinion souffre aussi des objections que nous ne voyons pas le moyen de résoudre. Elle a pour conséquence au*il y aune étendue la plus |)6tite possible, et, par conséquent, un mouvement le plus petit possible, mouvement correspondant k cette étendue. Car, s'il nV avait pas une étendue la plus petite jiossiDle, il n'y aurait i)as d'étendue qu'on ne pût diviser jusqu'k liafini. Or, supposez que vous mouvez la circonférence d'une roue, du mouvement le plus petit possible : il est impossible que la circonférence se meuve sans le moyeu, et.il est impossible que le mouvement du moyeu soit égal k celui de la circonférence; donc le mouvenjent le plus petit possible, que nous avions imprimé k la circonférence, aura encore un iiiouvHiuent au-dessous de lui : celui du moyeu, (|ui est essentiellement plus polit que celui de la circoofércnre.
Après avoir réfléchi longtemps sur cette objection, nous avons vu s'évanouir, les uns après les autres, tous les moyens de solution qu'il nous semblait entrevoir, et que nos convictions au sujet du dynamtfma nous faisaient saisir avec empressement; de sorte qu'aujourd'hui nous somniestenté de croire qu'il y a ici une de ces antinomies contre lesquelles se heurte la raison dans toutes les sciences qu'elle veut approfondir, antinomies qui expliquent le système, si étonnant pour le vulgaire, d*Hégel et de ses disciples, et qui, elles-mêmes, ne peuvent recevoir d*explication, au moins dans l'état actuel de nos connaissances.
Mais revenons k saint Thomas. Les é\(R cultes de l'opinion contraire k celle qu'il a soutenue (difficultés d'ailleurs qu'il ne soupçonnait pas) ne le justifient pas d*avoir défendu une opinion contre laquelle s'élèvent des objections insolubles. Surtout rien ne peut le justifier de n'avoir pas vu que son opinion sur la simplicité des éléments de la substance corporelle est incompatible avec le système de la divisibilité k l'infini.
Le Docteur angélique, nianl l'existence <ltt vide (avec raison, quoique pour une raison fort insignifiante), pense queDiea pour^ rait produire le vide, en détruisant un corps sans rien mettre k la place. Cette opinion est de tout point incompatible avec les saines idées qu il a exprimées sur l'espace et sur le lieu. Descartes a démontré que, si Ton suppose anéanti tout ce qui existe entre deux corps, ces deux corps, auparavant éloignés l'un de l'autre, se juxtaposeront immédiatement, puisque l'espace intermédiaire aura disparu avec les corps qu'il mesurait.
Une des erreurs les plus étranges où soit tombé saint Thomas est son opinion sur la possibilité de Téternité du monde. Malgré tous les palliatifs, toutes les restrictions dont il l'entoure, il n'en soutient pas moins qu'un être fini oourrait n'avoir pas eu de commencement. Or c'est Ik une grave erreur, comme le reconnaît l'immense majorité des docteurs catholiques. L'éternité du monde peut être soulenue non-seulement comme possible, mais même comme réelle, je dirai môme comme nécessaire (eu cas de création),
t»ourvu qu'on entende seulement par Ik que >ieu n'a jamais été sans créer. Puisque fK>ur Dieu il n'y a pas de lempst puisque son éternité est un seul instant indivisible qui correspond k toutes les parties du temps (ce qui, pour le dire en passant, lait concevoir la prévision en Dieu ), puisqu'il n'y a pour Dieu ni aoami ni apr^, on ne peut tias dire qu'il pouvait créer iilus tAt ni plus lard; il pouvait ne pas créer; mais, s'étant décidé k la création, il fallait qu'il la réalisât éternellement, puisque chaque être agit dans sa durée propre, et que la durée de Dieu c'est l'éternité. Dieu a donc créé, ou plutôt crée le monde de toute éternité; mais il crée éternellement un monde qui a coiumencé. Car si le point de départ du monde,
DICTIONNAIRE DD PARALLELE
o*«il f^tomilAt de ce 4px'%\ a un p<Mnt de départ, il mit qu'il n'&$i pa9 et n'a pu ôtre sans cooNDefioeweaL
J*acacorderai siAaie quelque chose de plus aoi partÎMiie de l'éteroité du monde. Nous menons de yoir ^ua, par rapport h Dieu, ie moAde M pouvait pua 6tre créé plus tôt qu*it ne l'a été. On peoi soutenir la mâme assertion par rapport au monde; c'est-à-dire, on peut affirmer «eci t hd monde, considéré en hii«aiAoM« n'aurait pas pu être créé plus tôt
3 «'il M l'a été ; il ne pourrait pas aujour- 'hui être plus «ooieB qu'il ne Test. Supposons que nous sovons en Tan 10,000 de la création; il est absolument Impossible, même pour la puissance divine, que le moment aauel eût été l'an 10,001 de la crëalion. En effet, un être fini ne peut être dit plus ancien que par rapport à un autre également Qni ; or ie monde comprend tous les êtres eréés; il n'y a pas un seul être fini en dehors du monde. Vous, homme de trente ans, TOUS pourries en avoir quarante aujourd'hui; vous auriez pu naître di]^ ans plus tôt. Pourqqoi? Parce qu'en dehors de vous il existe une durée successive h laquelle on |)eut comparer votre durée. De même, Dieu
aui crée éternellement le monde peut, peo*ant Totre vie, faire apparaître à vos yeux une création nouvelle, un monde qui sera
ÏIns nouveau que vous, et qui aurait pu tre plus ancien, si son commencemenl avait correspondu à un moment plus ancien de notre monde. Mais si Ton parle de la création première, et que Ton entende sous ce nom tous les êtres finis qui ont été Tobjet de cette création, et avec lesquels seuls a commencé le temps, je dis que la création même, considérée en elle-même, ne pouvait commencer plus tôt, par la raison qu'il n'existait pas en dehors d*elie une durée eueeessiTe, un temps oomposé d'nvanl et dVipréf ; temps à une partie duquel eût pu correspondre le premier moment de cette création. Pour qu'elle eût pu commencer plus tôt, Il faudrait montrer, en dehors 4l*etle, le temps, et pouvoir dire : En telle partie de ce temps, et non en telle autre
Krtie entérieure, a commencé le monde, deux mots, notre vie fieul se comparer è la durée du monde; mais la durée du monde elle-même ne peut être comparée à aucune autre durée successive, puisque la durée successive fait partie du monde.
Nous devons demander pardon h nos lecteurs de nous laisser entraîner fc ces développements sur les questions oi^ nous avons è critiquer l'opinion de saint Thomas. Le résume de tout ce qui précède, c*est que, si Ton peut dire, si l'on doit dire même, dans tous les sens, que Tensemble des êtres finis ue pouvait commencer plus tôt, et que ia
(77) SaiiH Tlmmas a criii^iué cdte iies preuves de ssÎMi Anselmegai se lire de ce que Fidée «'existence «ni conieuiie dajis Tidée d'itre le plus parfuiu 11 a rai^en de rejeter cette preuve, s'il faut ii*y voir
? 11*011 argument ilialedique, une simple analyse de idée de peiicciion. ibis 8*11 esl eertaiii iiue Kait
création date de rétemiié, le saint dsder s'est gravement trompé, en eendantêrli h la non-contradiction d'im être Soi qv n'aurait pas eu de commencemem ; qr Dieu, s*il crée, doit créer étemrtleaieBi n înopde qui ne peut avoir existé toojoon.
Puisque nous voilà en plehi dans te tlHw dlcée^ mêlons une critique aux élomqit çur ce terrain nous devons k saint Tboo». Nous ne rechercherons pas si les ttv[
{>reuves que le saint docteur apporte iri|^ ml de re:(istence de Dieu sont bieo tsih cluantes; mais nous ne remplirioes pu notre têcbe si nous négligions de Jiiire <4r server qu'en se bornant è ces cinq prtem, saint Thomas a laissé une mnrt laeeoeM) sa théodicée. La question de reii^oei dr Dieu, quip avant comme après saiitt Tbamas, a été Tobjet de travaux si remanisiblés, n'est pas le côté le plus tirillant de h SomtM théologiquet ni de la Soemc tmtn les gentils; elle f esl enTisagée à uo foA de vue trojp étroit. Celui qui a lo, lor ce sujet, les OEuvresde Descartes, de Féetfa et de Leibnitz, éprouve un rentable déM^ pointement è la lecture de« deni Semma; c'est un des points sur lesquels elle»
tiennent le moins ce que semblait proiactin la réputation de leur auteur. On fonrrti en dire autant de la question de t'immûrtalde de l'âme, sur laquelle les modernes soit également si supérieurs è saint ThooM.
Quant aux preuves qu'il donne de Ft ti>* tence de Dieu, elles sont tout à lait insd- Osantes, et doivent être corroborées aiat tout par les preuves métaphysiques de nui Anselme et des autres platoniciens, presfo qui ont été complétées dans les temps fr*demes, et que saint Thomas a en partie otgligées et eu partie méconnues (71).
Nous arrivons h une question qni Ioqc1< k la fois è Toniologie et k la ps/chol<^. On a vu une, selon saint Thomas, c*e^Iin« rationnelle qui est dans l'hommo lepHoaiit de ia vie, attendu que daos tout compas il ne peut y avoir qu'une seule fiinne sutstantielle. Nous trouvom^ ici un wmn\ exemple de la manière loooopléts duat saint Thomas a étudié les ventes nèian qu'il aie mieux vues, et qui sont las lis» riches en conséquences. Tous cens qui lat de la philosophie l'objet do leurs étiak» savent quel parti on a tiré da djroanii>a«. c'est-k*dire du sys^tème qui voit, dacs ^ éléments de la matière, des forces immssirielles, pour expliquer l'union du coq» ^ de Time. Saint Thomas, qui, comme aoes k verrons, a évité une graude partie des erreurs dont cette union mystèrieiise s e^ l'objet, n'a cas soupçonné les iamièra «le^ il pouvait I environner k l'aide de U '«"^ féconde qu'il a reconnue toucbaat te adare
est dans le vrai, ainsi que saint Thoa». <• <**" damnant cette iireove ainsi enieoëar, i a^ P* également cerUitt qw sahH Anselme* dms ^^ logtf se «oit plaré à ce peteS de vatfM "* teaique. ( Vay, ParL Etisvifiai m tas.)
tHOIItSVK.
ae ta ^Dbsiance corpùrelFe. Intfépeodâiïimeiït de celte hcune, nom avons encore une im^ perftctiott 1 signaler. Nous n'oserons certainemenl pas taier d'erreur l'opinion qui fait de I*§me le principe lie la vie ; mais nons dirons hautement quis notre opinron sur ce sinet estdirectétnent opinosée a celle de saint Thomas, et qu^ nos veut 11 y a dans l'homme un principe vital distinct de rame. OIte opinion, qui peut invoquer en sa faveur les autorités les plus imposantes, est appuyée aosai sur de graves raisons. 11 suffiraii pour l'établir solidement ëe t'argu^ ment tire de ee aue la plupart des opérations vitales a'aecMiplissenI k I insu de rimer ci souvent mtae malgré elte. Quand saint Thoflsas noui objeeleque : • Dans tout eonrposé il ne peut y avoir qu'une fbrme subs*tantieUei % bms le trouvons t^ès•conséqtfe^t avee son principe; mais le principe luinime ne dit aur nous, comme il a éM dfl pins ba«C, an*ttiie lrès*-fliible impression. l>*aiUtQra, d^ifirdB saint Thomas^ l'homme est un animal rationnel. Ii y a donc deux élé^ meols en noua : l'animal (genre prochain) et rtme rationnelle (différence prochaine spécifique). Or, si l'Ame est la farm$ du eorps, e'asl-lHlire, s'il n'y a pas de primripe vital, laites abstraction d<e FAme rationneiie, et il vous reste, non un animal, mars un ca* dat re. Ce n'est pas là, nous le sentons, une preuve péremptoire. Mais M n'en est pas moins vrai qae sarnt Tbomes accord^ait ditlicilement sa définition de Tbomme (ani* mal rationnel) avee sa <définiiion de l'Ame (acte proarier ou forme substantielle du corps).
Uodéistttpltts général que nous i^ro*> cberens k saint Thomas^ c'est celui do n'avoir pas asaet pensé par lui-même. Nous nous garderons bien de dire qu'il n'est janais original nons avancerons même le contraire au ) snivant; maïs il ne l'est pas assez lit est trop esclave dee auteurs qu'il étudie et qu'il cite. Aristote est pour lui un guide qu'il n'ose presque Jamais abandon* ner, et auquel il tient tant à reetet uni, que quand il ne pevt adopter les ofiinions d A* ristote, il lAche au moins de se persuader et de persuader aux autres qu*Aristote a adopté les opinions thomistes. Quand Aris<« tute lui manque» il suit saint Augostin, saîttt Denik, le Uvre des Causes ; mais, non eaiitent de tnareher k la suite d'Aristeie et d'Augustia, il aaarohe derrière ceui qui lea suivent. U negoit Aristote àeS mahis d'Albert, et Auguatin de «elles de P. Lombarck Il recourt aux sources certainement, mais 6*e8t apréa avoir embrassé l'opinion de I interprète ; s'ifl rectifie queiqueibis le Maître des aentencesy à peine serait'^ii' pos-> fiblede signaler une seule question sur ^uelle il s^éloime d'Albert le Grand. Il est vrai qu'il a précisé cet écrivain dittus ; et on ne peut nrer que les auteurs citée par saint Thotuas ae gagnent beaucoup à voir leurs Idées présentées par lui ; maie par là m«me qu II améliore aes aaattres, il les dépouiHe ae leur cachet véritable : trop timide en ein*
f)rnntant leurs idéca^^ fl asC trop lianH en eur prêtant tes siemies.
Nous pourrions étendre beaucoup cet exa^ men en insistant sur des questions secondaires, par exemple sur la distinction con«> troversee de l'essence et de l'existence» eur les détails inutiles qu'on trouve dana la Sammef sur la termiaidogie barbare des scolastiquesi sur les innommbles erreurs relatives aux sciences naturelles, et sur une foule d'autres points peu importants : mais il nous semble préférable de nous f)orner à examiner les points culminants de la philosophie thomiste : terminons doue ce paragraphe jpar une dernière observation relative à rontotogie.
On a vu que, selon saint ThomaSi la auba^ tance matérielle, sans la quantité ou éten^ due, n'a pas de parties actuellement, qu'elle en a setilement radicalement, mais que la substaoce matérielle sods la quantité a dea parties substantielles intégrales, c'est^Klire que la substance d*un corps est partieitement sous chaque partie de la quantité, même avant que ces parties de la quantité soient séparées les unes des autres. (Il est biea entendu que chaque partie quantitarite de la substance possède la totalité de l'eiisence de Cette sufostanceO 1^ premièrepartie de ce système (rindtvisibilité de la substance qui est sans quantité) j)aralt mcompatfbie avec l'opinion de saint 'Thomas sur le principe d'individuation ; car si deux substanoes de même espèce ne peuvent être numérique* ment distinctes que par la quantité, et 8i| séparée de la quantité, elles conservent leur distinction à cause de leur rapport à cette
Suantité ; pourquoi deux parties de matière, eux parties d'un corjps ne conserveraient^ elles pas leur distinction après la drsparitioo delà quantité? Le seul moyen de solution, c'est que la quantité est une eandition de la distinction individuelle, sans en être la caare, tandis qu'elle est la cause de la dis* tinction des parties dSm corps. Mais, d'ud autre côté, quand on objecte aux thomistes contre la seconde partie du systèiue (la di* vision de la substance sous la quantité), qu'un accident, comme la quantité, ne peut
Kl avoir un effet substantiel, Jean de Saint* omas répond qu'ici la quantité n*est ou'une condition, comme on le disait tout à 1 heure, pour la distinction entre les indivi« dus d'une même espèce, tie sorte que Pargttuienttitibn thomiste n'e!ft pas ici trè^-cun* 5équente. Ce n'est lias l'opinion de saint Thomas aur ta substance que nous attaquons hi , cVst la manière dont il a tftché de con* ciller cette opinion avec d'autres idées beau-* coup moins solides.
On toit par ce qui jprécède à tiuel point ae iromt>eot les philosophes qui veulent trouver tout en saïut Thomas, icomme saint Thomas lui-même voulait tout trouver en Ariaiote. On voit si M. Bûchez ITtmté ampki d$pkU.f t. 1, liv. n, 1 191, rnn poornint des modernes thomistes les plus mcMérés, a raison de prétendre que les progrès réalisée par la science moderne au mojfen de IVxti*