‹ Dictionnaire du parallèle entre diverses doctrines philosophiques et religieuses, d'une part et la foi catholique de l'autreChapitre 81 sur 87 · ISI · texte numérisé non relu

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DICTiOMNAIRE DO PARALLELE.

serfation sont dos à saint Thomas, qui, le premier, a inauguré celte méthode. Nous Mvons maintenant que, parmi les idées de saint Thomas, la traie philosophie a beaucoup à rejeter ; voyons ce que, parmi ces idées, il lui reste h prendre.

S XXV.— Côtés solides et durables de la pbUosophîe

ihomiste.

Nous avons indiqué librement tous les défauts qu*i1 nous semble apercevoir dans la philosophie de saint Thomas. Nous allons signaler, avec la même franchise, ce que nous y trouvons de vrai. Nous dirons notre pensée tout entière, dussionsnous voir se réunir contre nous les adversaires passionnés et les défenseurs quand jn^ du Docteur angélique.

Ce qui nous parait le plus remarquable dans les écrits de saint Thomas, c'est la précision merveilleuse avec laquelle il a déterminé les rapports de la philosophie et de la théologie. Nous ne le nieroos pas : se conformant à la méthode universellement adoptée par les scolastiques, il ne sépare pas, dans la pratique, ces deux sciences. La vérité lui apftaralt dans une immense synthèse, et il encléroule, un à un, les anueauxi sans irop examiner s'ils ont tous la môme origine. A cet égard, on peut certainement dire qiu'en faisant de la philosophie et de ia théologie deux sciences traitées séparément, noH^ sommes en progrès sur la méthode du moyen ftge. Mais saint Thomas n*a jamais confondu ces deux vastes branches du savoir, qui s^trelaeent dans ses œuvres. Avant de les môler dans la pratique, il les a soigneusement distinguées dans la théorie, et il s'est acquitté de ce travail avec une supériorité qui enlève notre admiration.

Et si quelqu'un s'imaginait <)ue notre admiration est ici un fait isolé, il nous suffirait, pour le détromper, de lui montrer que sur ce point nous sommes d'accord avec d'éminents esprits, et de citer les paroles don^ M. de Rémusat bit suivre son analyse de saint Thomas sur la question des rapports entre la philosophie et la théologie (Revut dti deux mondes j art. $ur Teniura) : «Quelle sô^e^set quelle mesure 1 quel juste partage eulre la science révélée et la sagesse humaine t.... Tout ce qu'il dit, il est en droit de le dire ; et si tous les écrivains de l'Eglise tenaient ainourd'hui le môme langage, entre eux et les philosophes la discussion ne serait pas longue. »

Nous avons indiqué au paragraphe précédent quelles restrictions nous mettons à nos éloges sur la manière dont saint Thomas a traité la question des rapports de la raison et de la toi. C'est ici le lieu de dire deux mots d'une expression usitée au moyen âge, et dont il se sert, comme ses contemi porains, pour désigner la philosophie : Jlnçilla theologiœ^ servante de la théologie.

N'est-ce pas faire injure h la plus noble des sciences humaines, à la science de Platon et d'Aristote, que de lui donner ce surnom ) Nous répondrons franchement que

cette expression ne nous platt pas, et nous allons tâcher de faire voir qu'elle est inexacte. Hais nous n'en avons pas reproché l'emploi au Docteur angélique, parce au'il n'a pas adopté, à notre avis, l'erreur iqu elle voile, et parce que Timperiéction ne lui en a échappé que par suite ae rimpossibilité où l'on étaiC au xiii* siècle, d'appliquer à des questions semblables cette analyse minutieuse, qui semble réservée à notre temps.

Un homme célèbre a proclamé dans ane circonstance mémorable, et beaucoup dViatrès ont répété, après comme avant lui, que la philoiopkie et la religion sont deux sarar». Cet axiome nous parait reposer sur la mèoie confusion que 1 expression employée par saint Thomas ; et les mômes oonsidératiens

Seuvent servir k démontrer qu'il y a méprise es deux côtés. Gomme If. Guizot Ta &it observer, la philosophie c'esi l'homme, taudis que la religion c est Dieu. Or on ne saurait, sans blasphème, mettre k dessein, sur la môme ligne, le Créateur et la créature. Hais il n^BU est pas ainsi de la philosophie et de la. théologie, qu'on peut sans inconvénient appeler deux icvuri. Car il ne faut pas confondre la religion avec la théologie. La religion c*est la parole de fiiou, ce sont les vérités révélées iiar Diee, et i|no nous devons eroire ; la théologie c'est le travail de Tesprit humain sur ces vérités, comme la philosophie est le travail de Tesprit humain sur les vérités naturelles. Le théologie est donc, partiellement, quelque chose d'humain comme la philosophie « quelque chose qui peut tomber dans les mômes écarts, qui a besoin des mômes secours, et qui se développe avec le tempe. fàt conséquent, il faut appliquer la qualification d'aMctUa k la raison dans ses rapporu avec Dieu ; car nul homme sensé ne peut trouver de rhumiliatjon k urvir Dieu ; et il faut réserver U qualification de $mur$ pour la philosophie et la théologie, comparées Tune avec Vautre

11 est vrai que saint Thomas appelle tontes les sciences aaeiUm saerœ doctrifue (i part., quASt. 1, art. 5) ; mais il y a deux moyens de concilier cettt eipression avec les réflexions que nous venons de dire. D'abord on pourrait dire que par «ocra dedrtM, saint Thomas entend non la thé<dogie, mais la vérité révélée elle-môme ; et en effet ea qu'il appelle sacra dottrina k l'art. 5, il l'appelle locra Scripiura k l'art. 8 de la môme Juestion. De plus, quand môme il s'agirait e la théologie, il ne s'ensuivrait pas que saint Thomas a m/conitu la distinction qae nous avons énoncée ; car la théologie peut l'emporter par son objet et par sa certitude sur les autres sciences, sans cesser d'être la scBur de la philosophie. Tout ce que dit saint Thomas peut en effet s'interpréter en ce sens, que la théologie est la smur àlnéo de la philosophie, ce qui ôte à Texpression d^ancilla ce sens absolu qui n'est applicable qu'aux rapports, entre la raison et la parole môme de Dieu, parole que saint Thomas

THomaoL

n*a jamais eonfoodoe fonDeilemeiil avec la théologie.

Dans ce qui précède, coqs supposons que les théologiens modernes ont eu raison de traduire Mcilla par êervoêUe. Or les docteurs du moyen Age n*ont réellement pas encouru, en employant le mot d^ametUa, .les reproches mérités, selon nous, par les moilernesy qui ont cru parler comme saint Thomas en appelant la philosophie êerwmie de la ihéoloj^ie. Anàlla est en lalin un terme noble ; il signifie siiHNifile, et dans le passage en question, il doit être traduit par onxuiaire.

Là théodicée de saint Thomas, sur laquelle nous avons présenté Quelques critiques, est une des parties de la philosophie qu*il a le mieux traitées ; c'est ici qu'il est le plus original, et qu'il se plaît à développer des a|ierçus métaphysiques sur lesquels on ne revient jamais sans admiration. Nous signalerons, entre autres spéculations remarquables, sa belle thèse des idées divines, ce Ïui comprend la manière dont existent en »ieu les vérités absolues et éternelles, et la manière dont les idées des choses créées se trouvent dans l'intelligence divine. Il est déplorable que, de notre temps, des hommes fort savants d'ailleurs, aient méconnu com- |4étemeni la grandeur et la beauté de cette partie de la (>hilo»ophie thomiste. Heureusement leur injuste dédain est bien effacé |)ar le suffrage des hommes éminents qui, comme M. de Rémusal, ont adhéré aux principales thèses de la théodicée de saint fhomas.

Nous avons déjk fait pressentir plusieurs fois Tapprobation que nous voulons ici exprimer sans réserve au sujet de l'opinion de saint Thomas sur la nature de la substance corporelle. Sans doute, il est loin d'avoir reconnu toutes les conséquences du dynamisme, conséquences que Leibnilz et Boscovich devaient déduire si longtemi»

après le xni* siècle. Nous avons même remarqué,dans sa philosophie, plusieurs assertions opposées k ces conséquences. Mais il est incontestable qu'il a compris le fiiible de l'opinion qui iait de Vétendut l'essence de la msiière. Selon lui, la substance matérielle est douée d'activité ; yiat conséquent, elle est une force immatérielle, très-distincte de la quantité ou étendue, qui n'est que son accident; accident principal, il est vrai, <|ui sert de sujet immédiat k tous les autres accidents. De plus, saint Thomas distingue parfaitement cette substance immatérielle des corps, il la distingue, dis-je, parfaitement de l'âme des animaux ; comme il dis* tingue fort bien de l'âme rationnelle l'âme des animaux. La substance des corps est partiellement sous chaque partie de la quantité; l'âme des bétes est tout entière an chaque partie, et n*a («as de parties Huamitati ves ; mais elle est tirée de la mauère, et y retourne quand vient le moment <le U corruption.

L opinion de saint Thomas sur Tunion de ! une et du corps a paru ft plusieurs écri-

vains porter l'empreinte du sensualisme.

Nous avons reprocné au saint docteur d*a voir rejeté le principe vital, et de n'avoir pas vu le parti qu'on peut tirer du dynamisme pour expliquer l'uoioo de deux substances aussi dissemblables que Tâme et le corps. Hais, sauf ces restrictions, l'opinion de saint "Thomas sur l'union de l'âme et du corps nous semble irréprochable, éffilement éloignée du sensualisme et de ridéalisme. Depuis Descartes, on s*est habitué beaucoup trop k considérer l'âme comme l'essence de Thomme, et le corps comme un accessoire de peu d'importance. M. de Donald lui-même s'est laissé entraîner k soutenir cette thèse platonicienne. Nous la croyons contraire k la réalité. L'âme n'est pas au corps ce qu'un pilote est au vaisseau qu*il dirige, ni même ce qu'est un maître k 1 égard d^in serviteur. 11 y a entre le corps et Tâme union substantielle; et nous ne trouvons nulle solidarité eptre le sensualisme et cette idée de saint Thomas, que le corps est utile pour les opérations de Vâme, k cause de l'wfériorité de celle-ci dans l'ordre des intelligences. Saint Thomas admet ensemble deux vérités qui ont paru incompatibles k be^coup de philosophe». Il admet que , l'homme érant corps et âme, le corps concourt aux opérations de l'homme, aux opérations intellectuelles comme aux autres; il admet en même temps que l'âme est essentiellement active, et que, loin de recevoir de Dieu ou du corps la pensée toute faite, elle est cause, comme Dieu luimême, dans l'ordre intellectuel.

Nous n'avons dirigé aucune critique contre le système de la prémotion physique ; ce n*est pas que nous voulions mettre ce système sur la même ligne que les autres doctrines dont nous avons déjk parlé dans ce paragraphe. La prérootion physique est loin de nous paraître incontestable. Le système de Molina, lisent les thomistes, est très* défectueux ; car non-seulement dee trois actions de Dieu admises par saint Thomas (concours simultané, motion murale, prémotion physique) Molina n'admet que les deux premières ; mais de plus, il entend le concours simultané d'une manière indigne de Dieu. Au lieu de dire, comme saint Thomas {De Geni,, 70), que l'effet doit êUe attribué tout entier k Dieu, et tout entier aussi k la créature, k différents égards; il attribue Teffet partiellement k Dieu et partiellement k la créature ; de sorte que le rôle de Dieu est celui d'un second cheval (c'est une comparaison des molinistes), d'un second * cheval qu'on ajoute k une voiture, parce

Îu'un seul ne pourrait la traîner. De plus, lieu est aux ordres des créatures, son concours étant, selon Molina, subordonné k leur libre Choix. —Nous devons avouer que Suarez a combattu la prémotion pbysiqiA sans tomber dans aucun des excès dont les thomistes se font une arme. Mais il n*est pas nécessaire d'entrer dans 'cette discussion» puisquMI n*est pas certain que saint Thomas ait adopté ce système. On a tiré de 9e$ écriu

DlCTIONNAIWr W PARALLELe.

à w Mjet le poor et le ce«ii«. Mûm croyons^ quant k no«s, qii*îl n'a lunato posé directament ki (|iiestiM spéelule qui e 4té plus tard l'objet de ce débat.

Sur la noraie^ ser ia polilimie, sur )a psjrdiologîe ratioiiMlle> bow n^avoQS qn^à Booscrire aai conclesioaa de suit Tbomas^ Mais eu eoncaît qa*kn naos soyoes bieH Pour donner les motifii de notre assentioeat^ il noua faudrait répéter les prewvaa qoa •aiot Thomas apporte à l'appui de aea om^ niooa« preuves que nous aiwns analyeees dana Teiposéde sa doctrine* Du resle^ in» dépoodamaieni de ia morale, de h poiitiqeei de (a psychologie rafekHmeUe, il y a dans la phileaophie ftHBiiate de nonttreui mérites qu'il ferait taop long d'iisdiqoer en déceîl« Far eaempla» sur loafees les qoeaticMia h propos desqoenea now aïons troufé me aaiot Thomas n*alt p» îrréprochabfe « aeit pour des asépriaest aoitpour deaJace* ses, il est jualede fiîfe observer qoe le saiot dodeuc a sootreot évité des erreurs |dus graves, où sent lombes sombre de pUlo« aepbes avant comme' aprèè lui. Be plus« les

Îueslieea ^pie saint Thoaias n'a pas résolues *ooe Bianière pleinement aatisbiaaBie, lui ont souvent fourni l'oeossioe d'asprimer des aperfus oà L'on ne peut rien reprendre» et de trouver aûisi une iiartie de la aoluliou véritable* Ainai» au sujet de l'origine dea idées» il a raison d'eaifar l'inaéité des premiers priaoi(>e8ft et le secours de la aenaa** iion^ ainsi encore^ on a eu tort de prétendre qu'il a mécooau le réle du langage; tout ce qu'on peut dire^ e'est qu'il n'a pas étudié cette.questioa au poioi de vue qui oocupe ai vivement l'attention de nos cootempe* rains.En&o toutes les [lartMa de notre et* {KMition qui q'oot pas été J'otget d'une cri* tique dans le paragraphe préoédent (sauf quelques assertions sans imporlance), ae trouvent implicitement rangées dans la por« lion solide et durable de la philoaophie thomiste*

Terminons ici un travail qui noua a oc* cupé longtemps, et qui cependant, noua le reconnaissons, n'est encore qu'une imparbile ébauche autour de laquelle nos études ultérieures viendront grouper peu à peu des faits mieux observés, des rédeaious médi* tées plus longtemps, pour produire enfin , nous l'espérons, une muvrâ moins indigne du grand homme qui en est l'objet

TOLÉRANCE. — Parmi les inepties que plusieurs écrivains conten^porains ontem*

))ltts intolérante des religions* Nous aUoaa montrer au'efle est, au contraire, l'iosti* tution doctrinale la moins intolérante qui ait .existé, quoiqu'elle ait, jK>ur invoquer dans une certaine mesure rappui du pouvoir temporel, des raisons qui ne se rencontrent dans nul autre culte

La multitude des dieux du paganisme {Mirait k Voltaire une preuve de la tolérance dea religions païennes. Voyona ce qu'en

peii6e un heeme dont la eompAence en e^s matières est irrécusable, M. le baron d'Bdkstein (C#i^a#f Mdbeir, aoA 1815) : c Tout patriarche qu'A pou^vnit Are en matière d'hn* pléié « Volialre n'était pas patriardie ea frit de scfmae. il ee sait rien du naomisme, que Tépoque dé son extrême aécTin, i re moment ou il n'y avait plus de religion. La fiouvelle Académie avait efllstcé Platon , Spi^

rare avait remplacé le Blagvrtte De nos

Jours cm voii pi os au fond du monde païen, en y découvre les guerres de religion les plus* vives^ les plua sanglantes en son ber* ceau même. Nul doute que les guerres de Zeus et de Krotios n'appartleoeeni pas en princifN» è l'ordre des laits bmnalns , qu'il *'y ^9t, en («rtfe , d'un ordre purement eesffrifue ; mafis nul deule aussi qu*un été* mem humain ne se cache aoos rembltaie de cet ordre de rtwtations cosmlquee. Les 4iem Titane aefeooml>ent sooa les dieot Olympiens, dans l'espèce bumaine tem enaal bien ^pie dans le monde physique et éW^ neMBire. Quoique seit encore le sens phyaique renfermé dans la lutte dea paitiaana du dieu IMenysoa et du dieu Apollon, 11 y a là une effueien de sang dont (es tradllions portent l'empreinte.

« Si je voulais Aiîra de Téradition» a( j'en* ireprenaîs de battre tous lea boissons de la «eienca, si je ne craignais' pas d'épou tenter mes lecteurspar lenre épines, les moyen5ne me manqueraient pas pour établir mtUhii le fait des plus vives peraéoutions oes seeiateund'un culte triomphant sur les aeeiateun d'un culte abattu dans ses autels. Les mytbo» iogiest les léuendea naUonales, les faiie bistoriqueaen «Dondest. L^euiet étant, en prin«* cipe, le foyer de lafamiUe,'lefoyerde la eem« mené , le foyer de la cHé^ le foyer de mat, chaque race d'hommes qui uanrpait le terrii* toire d'une rece vaincue comoMUfaiC par flrap* per sur seu dieux ; car, en frappant aur ses dieux, elle réduieaiià néant l'antique souve* raioeié du pmiple dépouillée de aa pela* sance. Cela n'empêcha pas un grand nombra d*acoommodemeot8 là où la force des annea n'était pas sofBsaote pour entraîner nn aa» sujeUissement absolu ; en ces cas mèmea las exceptions servent à confirmer la règle*

« Mais il y a plus : il existait des guerrea de religion véritables, des guerres d'une na* ture beaucoup plus intinw. Les aeclatenra de Zoroastre ont répandu leur religion par fanatisme , comme Mahomet a prc^gé la sienne. L'école de Pythagore i religieuse et politique tout ensemble, fut persécutée pour sa reugion autant que pour sa politique. On l'accusait d'introduire on Etat dams i'S^ tat au aeia des cités de la 6rande*4irèee ; c'est ce qui a fait qu'à une certaine épeqim on aimait à la conmarer aux Jésuites.

« Le pacifique bouddha, n^iiiant Tordra social fondé par les Brahmanes» oaux^ci lui donnèrent un double assaut : l'un sur le terrain de la religion , où Hu lui epposèrant les sectes populaires , Tautre sur leierrain delà politique. Maîa poniqool caa marres de reltglM dans le BKmde antk|ne r C'est

19St

TOLERANCE

au'SI se cachait dans Vm$êinei des hommes, ans la eomcienee de leur iostinct» dans la pénéiraHon des lAtes politiques el des têtes philosophiques d'un très-ifieux monde, autre chose encore que le fait très«6orn/, que le fait grossier et matériel de la sut)slitution d^un dieu à un autre dieu; substitution à laquelle Voltaire, Diderot, le xviu' siècle limitaient fa portée d*une commoiion superstitieuse au sein d'une cité ou d*une commune de Tantiouité, quand l'existence de cette commotion leur sautait aux yeux , les prenait pour ainsi dire à la ^orge, et les forçait à la reconnaître. Il s'agissait de tout un ordre à^idéeSf de tout un ordre de seniimentSj de tout un ordre morale de tout un ordre soeialj et non pas seulement d'un ordre politique , dans les troubles causés par le conflit des cultes chez les peuples de I antiquité. L'hom-< me s'y trouvait en cause dans le for de sa conscience, et non |)as seulement quelque symbole ridicule ou insij^nifiaut. On cite les Egyptiens, qui se déclaraient la guerre pour oueique animal sacré, pour quelque type iiirin soigneusement embaumé après sa mort; mais c'était le fait d*une certaine plèbe qui exerçait passagèrement une tyrannie sur l'opinion, sans que ces violences abou* tissent à quelque chose de plus sérieux quo l'émeute même. Tels ne sont donc pas les vrais conflits religieux des jours antiques du monde, quoique Voltaire et ses acolytes aiment à les renfermer dans la sphère de semblables extravagances. »

Le savant auteur combat ensuitedeui excès qui lui paraissent également funestes : celui (les écrivains qui prétendent qu'il faut laisser faire impunément la presse et la plume, que le bien corrige le mal, etc. , et celui des fiartisans d'une compression excessive. Les uns comme les autres veulent supprimer la 4utte, le combat de Tordre contre le mai. Les premiers oublient que l'individu est justiciable de TËgiise ei de la société ; les seconds oublient que, s'il faut réprimer /'a^ buêy il ne faut pas confisquef la liberté naturelle de la pensée, de la parole, de la cons^ cience, en prévenant et en étouffant la peiir sée; car cette inquisUion s'attaque, non au crime, mais au génie de l'homme ; et elle a pour effets la mollesse, l'engourdissement, iefdnatisme du mal chez quelanes-uns, et l'indifférence chez les autres. L Italie, THspagne et le Portugal en sont une preuve. Le peuple, qu'on a voulu y renfermer hermétiquement , s'est trouvé un jour indifférent à forée de langueur^ de torpeur et de eom* meilf jouet de tous les sophistes et proie de tous les démagogues.

Donc, la force seule ne peut lutter contre le mauvais esprit. Il faut pour cela de l'éner-

Sie dans l'Ame des bons, il faut des lumières ans le gouvernement des affaires humaines et des affaires divines. Si l'Espagne résista, au XVI* siècle, au protestantisme, ce fut motus par Vtnquiêiiien que par l'esprit de la nation/, qui se manifestart si brillamment alors dans la littérature, et sur les champs de bataille. Aussi, le grand danger

DlCTlONN. DU PlRALLàLB.

de notre époque est dans l'affaiblisseaient de l'esprit public, dans la tulgarisation de la pensée, qui est un effet de i imprimerie t si utile sous d'autres rapports.

Citons encore une page où M. le baron d'Eckstein semble contredire sa première pensée, mais oi!i il la complète seulement comme nous le verrons : « La liberté d'es* prit a été telle dans le monde antique, qu'on ne se doutait même pas qu'elle pût rencontrer des barrières, pas même dans les em- Pires les plus despotiques, pas même dans empire de la Chine. Il n'y eut que César- Auguste qui vint désillusionner, a ce sujet, lui, le premier d'entre les hommes connus, une portion du monde. On a dit avec raison que cette grande liberté d'esprit de toute 1 antiquité tenait, dans les régions de l'Orieot, à la grande naïveté de l'esprit mémo. Oa ftensait tout haut, on parlait tout haut, en philosophie et en religion; on fondait par-** tout de nombreuses écoles, dans les rangs des mandarins, des brAhmanes, des boud* dhas, des Chaldéens, des mages, des pontifes de l'Egypte, des pontifes de la Pbénicie, des Nabim de la Palestine, des Juifs de la C.haldée et de TEgypte, et quand des guerres da religion s'enflammaient, on s'attaquait h des actes publics, on ne renversait pas les écoles.

« 11 est vrai qu'il n'enJut pas toujours de même sous l'ère de Tlslam, durant l'autorité exercée par quelques kalifes de Bagdad^ qui se menaient de la portée politique et religieuse de la secte des Ismaéliens, après être parvenus à renverser, par son movee^ le primitif califat des Omiéyades; mais il n'y eut dans toutes ces persécutions, aucun système suivi, ni aucune règle de permanence. Pareille chose se vit dans TEurope du moyen âge, où l'Eglise frappait les sectes qui conspiraient son anéantissement, sans avoir la prétention de s'emparer^ en mai'tresse absolue^ de l'empire des intelligences. Certes, la plus grande latitude, en fait de liberté d'esprit, n'a jamais manqué au^ universilés et aux écoles du moyen ige.

t Comme je l'ai dit, ce ne fut que sous Tautorité de César - Auguste qu'il s'établit un système d'espionnage contre la pensée^ un éternel acte de méfiance contre la Uberié de f esprit dans l'homme. Tibère était ^dus hypocrite encore qu'Auguste, et gardait* comme lui, le masque de la liberté sur lu visage de la politique. A lexception de quelques empereurs grands et bons, le reste ne s'en est plus gêné, le reste a syMtémadsd la pratique de 1 anéantissement de la pensée dans l'homme, jusqu'à ce que la pensée se fit jour de nouveau par le triomphe du christianisme. %

« Quand Bysance continua la tradilioa de l'empire romain; que le César entendit se faire Pontifes maxtmus de iail, non pas, il est vrai, de nom, oe qui se fit déjà sous Constantin, tous les crimes d'opinion devinrent de rechef des crimes d'Etat, des crimes de lèse majesté divine et humaine. La papauté brisa, en Occident, avec ce système, étranger, du reste, aux mœurs des peuples

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germaniques qui venaient s*y asseoir. 11 faut remonter aux temps de la monarchie absolue, dans l'Europe du xvir siècle, pour y retrouver de nouveau quelque tentative de surveillance des esprits» substituée à leur direction et à leur gouvernement, si on en avait le génie et la force morale. Qu*en est-il résulté? Les pouvoirs publics y perdirent partout leurs grandes et salutaires initia* tives; ils furent à la remorque, ils ne furent plus à la tète des siècles. Comme les flammes d*un volcan, Tesprit philosophique s*é« chap()ait souterrainement par toutes les fissures, et il n'v eut que Tesprit religieux qui y périt avec I esprit politique. Le terrorisiue qui s'exerçait sur la conscience, et même sur Tesprit humain, a bien moins réussi encore du temps de ia Convention et du Directoire, où Ton insultait jusqu'au nom de Dieu dans les déclamations anodines de Bernardin de Saint-Pierre. »

Nous croyons que le savant écrivain exagère ia liberté d'esprit de cette société antique, où Socrate élait condamné à mort pour avoir enseigné une opinion qui n'avait rien de dangereux pour TKiai; mais, quoi qu'il en soit, il résulta de ses aveux que la répression de l'hérésie par l'Eglise a été légitime, que la compression de la pensée n'a jamais été le fait de T Eglise, que ï Inquisition n'a quelquefois méconnu le but de son institution (comme il est arrivé en Espagne), que par le fait des gouvernements; enfin que .'intolérance a régné, (|uoiqu*à divers degrés, dans tous les peuples non catholiques, et que, si cette intolérance n'a pas été, dans le monde antique, jusqu'à la compression de Ja pensée, elle a été excessive, et a atteint ses dernières limites, chez tous les pouvoirs qui se sont posés en adversaires de l'Eglise, de sorte que l'erreur a été plus tolérée avant l'ère chrétienne que la vérité depuis.

Au mois de janvier 1856, il s'est engagé, 8ur la question de la liberté de conscience, une polémique très-vive entre le Journal des Débats^ représenté par MM. de Sacy et Alloury, et V Univers^ représenté par M. Dulac. Ce dernier a jeté tant de lumières sur cette question, qu*on doit se réjouir des erreurs avancées fiar le Journal des Débais ; car elles ont été I occasion d'un travail qui a mis ia vérité dans tout son jour. Nous no |K)uvons résister au désir de transcrire ici quelques passages des articles de M. Dulac. Nos lecteurs y admireront avec nous une clarté iiarfaite et une logique irrésistible, au service des vues les plus élevées et les plus ingénieuses.

M. Dulac s'exprimait ainsi le 6 janvier 1856 : « Oui, la liberté de conscience est un droit sacré, imprescriptible de l'homme, un droit qu'aucun pouvoir humain ne peut violer sans crime, et dont la sainte Eglise catholique e&i ici -bas la gardienne et la protectrice; mais cette liberté ne consiste pas dans le prétendu droit de préférer le mai au bien* l'erreur h la vérité. L'esprit abusé par iVrreur, le cœur perverti i)ar le mal, n'est pas libre; il est esclave, et la conscience

n'est réellement afftanchie que lorsqu'cUr a brisé ce double joug, que lorsqu'elle esl en possession de ia vérité et de la venu. La '.berté de conscience consiste donc dans «e droit de croire la vérité, de la professer, ce la propager, de la pratiquer sans obstacle et sans entraves, et elle ne se trouve dans >i plénitude qu'au sein des sociétés consiîtoérï catholiquement, où le pouvoir humaio, U4»cile k la voix de TEglise, écarte lonl ce qui pourrait empêcher l'action et Texpaosion ac ia vérité, que l'Eglise enseigne inbiliitiement. La répression des erreurs qui s*op|«^ sent à la vérité, qui séduisent ei eniFiloe;.t les Ames, qui enlèvent aux hommes la saio:r liberté des enfants de Dieu |K)ur les reojre esclaves de Satan, cette répresstoo« h» a d'être contraire à la vraie liberté de cou* science, en est donc, au contraire, la sauvegarde et la condition. Quoi qu'on dise ft quoi qu'on fasse, entre la vérité et Terreur, entre le bieji et le mal» la |»aix est im)iu^ sible.... Toute parole d'erreur, toute éiUnu mauvaise blesse nécessairement, k quelque degré, la vérité et la vertu, et récipro|uement, toute bonne action, toute |)aroie «le vérité blesse nécessairement, k quelque degré, le vice et Terreur. La liberté de la v^ rite diminue donc dans la mesure où la liberté-de Terreur augmente; tout ce qui e^t donné à Tune est ôté k l'autre, ei la prêietition d'assurer en même temps une égale t.berté k toutes deux n'est f>as seulement iujmorale et contraire aux droits souverains «le la vérité, elle est encore imiK>ssible k rvMliser: c'est le rêve de Tinsense qui veut aYo;r en même temps la nuit et le jour I...

« Le jour pur et éternel, c'est le ciel; la nuit pure et éternelle, c'est Tenfer. lci-la>. la lumière a toujours k lutter contre les ttnèbres, et alors même qu'elle Teœporte, toutes les ombres ne sont pas dissi^^ée^. Après ses triomphes les plus éclatants, TEgliso militante a encore des erreurs et u<$ vicies k combattre. En donnant k ses enjCani^ la loi suprême de justice et de vérité, e.ie leur enseigne que cette loi inflexible et immuable ne saurait être appliquée ici-bas dan« toute sa rigueur, et que Dieu laisse, toujours et partout, sa part k la liberté, ou, |)Our parler plus exactement, au libre arbitre de Thomut . La conformité absolue des lois civiles et i^»litiques k la loi religieuse esl donc un idéal que personne ne rêve. Dans les sociétés le> plus croyantes, les plus profondémeni cath^ tiques, il reste une foule d'erreurs ei de desordres que les lois ne répriment |^>, oe peuvent nas réprimer. D'autre part, la liberté absolue ue Terreur, la liberté de conscience, comme nos philosophes TapiKrlIent» e^l un^ autre chimère; on ne Ta jamais vue» on d** la verra jamais sur la terre. Les société» biamaines flottent entre ces deux termes e itrêmes, se rapprochant plus ou moins û^ Tun ou de l'autre, sans jamais les atleindrv ni Tun ni Taulre, parce que Tordre parfait n'est pas de ce monde, et parce que Tat* senco de tout ordre, de toute loi, de loou règle, n'en est pas non plus.

TOLERANCE

4Sj4)

De quel poids seraient dans la balance dooze nefit mille protestants (ce nombre nous parait exagéré, au moins d*un quart], et quelques milliers de Juifs? L'iocréaulité fait bien d'autres ravages, et la Presse^ It Sièeh^ le Journal de$ Debati^ ont une autre intliience que les Archivée du ehriêiianismé^ Je Revue ehréiienne, ou VUnivert tsra^/tle. Si l^anarcbie intellectuelle et morale n*avait pas préexisté dans les classes élevées de la nation, jamais, ni les protestants, ni les Juifs n'auraient acquis les droits qu'ils ont aujourd'hui, et que nous devons tous respecter. Il est donc bien évident que, quand m^me la juatfce nous permettrait de leur ravir ces droits, nous n y gagnerions rien, et que Tanarchie des croyances n'en serait pas diminuée.»

Après avoir fait remarquer que si, dans une société tifi«, la force peut empêcher les procès d'une secte naissante, elle ne peut refaire Tunité de croyance dans une société divisée, M. Dulac continue ainsi :

« Ainsi VUnivers concède : 1* que Tanarr4iie des croyances est la destruction do tout ordre sociaUS"* qu'en France, aujourd'hui, les croyances sont multiples, et que, cette division allant toujours croissant, l'ordre social est sérieusement menacé; 3^ que la liberté extérieure des diverses croyances est une suite nécessaire de cette anarchie intérieure, qui dissout Tunion des Ames ;fc*quMI ne sert dvi rien de détruire l'effet tant que aabftiste la cause, et que, la cause étant intérieure et spirituelle, elle ne peut être direolemenl et immédiatement atteinte par le pouvoir humain.

« Bn d'autres termes, VUnivere concède ce qu'il a concédé depuis le premier jour de catte discussion, que» dans la société présente, la liberté des protestants, des Juifs, des philosophes, etc., est un droit, et que ce droit doit être respecté; mais par le, il ne concède pas» comme vous le prétendez, l'anarchie ues croyances et la destruction de Tordre social, qui en est la suite, car cette lilierté et cette anarchie sont distinctes, comme l'effet est distinct de la cause. Nous accordons que l'effet durera tant que subsistera la cause ; nous n'accordons point que la cnuse soit è respecter; nous soutenons, au contraire, qu'on doit la combattre énergiquement; mais nous disons que cette cause étant, de sa nature, intellectuelle et morale, t*ciction directe de la force serait impuissante, et qu'il faut avoir recours h des remédies ifun ordre plus élevé. L'Eglise, s'il plaît A Dieu, refera l'unité dans ce royaume de France, oiï Thérésic et Tincrédulitc l'ont détruite, mois elle la refera dans l'Europe incrédule, comme elle la créa autrefois dans le monde païen, par une action aussi lente que patiente, aussi douce qu'irrésistible. Dieu suscitera des rois et des empereurs

ticc et les droits acquis.

« M. de Sacy reprend son argument et le présente sous une autre forme. Nous avons

remarqué que les religions fausses engendrent la corruption des mœurs, et nous avons allégué, en preuve, l'état des mœurs dans les pays idolâtres, dans les pays musulmans, dans les pays schismatiqnes et dans les pays protestants. M. de Sacy s'en tient à ces derniers, il veut bien ne rien dire des autres; mais, pour les protestants, il ne peut souffrir une pareille accusation. Il n y a pas moyen d'intercaler ici une dissertation sur ce point particulier, et je me contente de maintenir mon assertion pourvoir quel parti H. de Sacy prétend en tirer. La liberté du protestantisme^ ditnl, t'est donc la liberté d'un cuite qui conduit à rimmoralité^ qui est immoral par lui-même. Oui, et il en est de même , à différents degrés, de tout culte, de toute religion, de toute doctrine fausse : la vérité seule est pure et toute sainte. Et cependant /'Univers n'en proteste pas moins qu*à ses yeuXf la liberté des protestants est un droit réel. Absolument comme te Journal des Débats proteste que les musulmans de notre colonie africaine, ont un droit réel à la liberté do leur religion, bien qu'à ses youi, cette religion, qui consacre la polygamie, soit l'immoralité même. Pour nous, nous ne disons pas que le mahométisme ou fe protestantisme aient des droits, car nous no pouvons reconnaître aucun droit è l'erreur, mais nous disons que les protestants et les musulmans en ont Assurément on doit faire tout au monde pour convertir les Arabes de l'Algérie; mais en attendant qu'ils soient convertis, on e^t obligé do respecter leur lit)erté religieuse; de même, les Catholiques font tout ce qui dépend d'eux pour convertir les protestants ; mais en attendant que cette conversion «oit opérée, ils sont tenus de respecter leurs droits. Dans une société divisée de croyance, pour immorale que soit l'une ou l'autre des croyances qui y ont quelqu'empire, cei état de choses est inévitable. Toute religion considère ses rivales comme fausses, et par conséquent comme immorales; si cette immoralité est une raison de nier le droit, toute religion niera le droit des autres, et alors ce n'est plus la société, c'est la guerre. Remarquons en outre qu'en France, très-heureusement, le développement des germes d'iinmoralité que le |>rotestantisme porte en luimôme,se trouve arrêté par deui causes puissantes : d'abord par l'influence des mœurs catholiques, que les populations protestantes subisseut a leur insu et nécessairement; ensuite par les lois : le divorce, par exem- ])le, n'est pas permis chez nous, duoique la doctrine pt*otestante l'autorise, et le divorce est certainement une source féconde d'immoralité. Enftn, ce n'est pas la liberté laissée aux protestants qui est immorale, c'est leur doctrine ; or, dans la société présente, cette doctrine ne serait pas étouffée, elle serait ranimée, au contrarre, si, par une injustice criante, et qui serait une véritable persécution, on leur enlevait la liberté et leurs droits acquis, le conclus donc, qu'en reconnaissant ces droits et cette liberté, |e

DICTIONNAIKE DU PÂKALLELE,

ne concède rien qui soit de nature à accroître la corruption des raœurs. »

A M. de Sacy, affirmant que Tunité de croyance n*a jamais existé pour les choses de Tordre surnaturel , et citaut en preuve les albigeois et autres sectes, M. Dulac ré* pond : « Il faut, pour qu'une société soit catholique, que ses lois soient en parfaite harmonie avec les lois de la religion, et que celte union des deux ordres soit librement acceptée par la masse de la nation. Cela posé, je ne conçois pas que Ton puisse dire qu'il n'y a jamais eu de société catholique. Est-ce que l'unité catholique n'a jamais existé en Espagne, en Italie» en France , dans toute l'Europe? Est-ce que les vaudois, les albigeois et les autres sectes ont duré pendant tout le moyen Age? Est-ce que ces sectes, révoltées contre l'ordre social, et devenues, dès le moment de leur apparition, l'objet de la haine universelle, n'attestent

Ks elles-mêmes la grandeur et la force de inité qu'elles voulaient détruire? Est-ce qu'elles étaient plus nombreuses que tes socialistes de nos jours, et dira-t-on que la société aujourd'hui a cessé de reconnaître le droit de propriété, parce qu'une secte s'est formée qui nie ce droit ?

« Je liens donc pour incontestable qu'il y a eu et qu'il peut y avoir des sociétés catholiques, c'est-à-dife, des sociétés où règne l'unité de la religion catholique, et qui coordonnent leurs lois à cette unité. De telles sociétés ont-elles le droit d'exister? sontelles légitimes? M. de Sacy le nie, par cette unique raison que, dans ces sociétés, il y a toujours eu quelques hérétiques, et que souvent des sectes sesont formées dans leur sein. C'est à peu près comme si l'on soutenait que les sociétés où le droit de propriété est reconnu, ne peuvent pas exister logiquement, par cette raison que, dans ces sociétés, il y a toujours eu quelques voleurs, et que, de temps h autre, des révoltes ont éclaté dans leur sein pour dépouiller de leurs droits les véritables propriétaires. »

Nous avons commencé par faire connaître les deux articles qui précèdent, parce qu'ils résument assez complètement, sous une forme didactique, ce qu'il est essentiel de savoir sur la question de la tolérance. Cepefndant, il ne sera pas inutile d'analyser quelques autres articles qui ont paru, les uns avant, les autres après les deux qui précèdent, et au moyen desquels, on pourra suivre dans son ensemble la mémorable discussion de VUniveri avec le Journal des Dé' bâti.

17 décembre 1855. — A propos d'une il^ioeiation du libre amour^ établie à New- York, sous la direction de ministres protestants, M. Dulac montre que la liberté de conscience, comme droit absolu ^ ne peut être que la liberté du bien, et que la liberté de conscience pour l'erreur ne peut être

au'un droit humain. Donc, ceux qui font un roit absolu de la liberté de Terreur, et qui voient un crime dans le concours donné par le pouvoir temporel à l'Eglise, se trompent.

La tolérance que l'Eglise permet aiijoiirdl»iu d'accorder è rhérésie ne prouve |*«s leur thèse, puisque l'Eglise n'a pas toujours a^ de la sorte. Donc, autant on nous calomnie en nous accusant de vouloir supprimer It droit humain des protestants, autant <m a tort de trouver mauvais que nous attaqaiom le droit absolu de Terreur; on dit que noss froissons la société; mais Grégoire XVI a proclamé ce que nous soutenons.

D'ailleurs, si l'homme a absolomml le droit de tout croire, il a par li même œlai de tout faire. Donc tous les pouvoirs aUen« tent è un droit absolu de l'homme» en empêchant les utopistes d'exécuter leurs rêves. Même aux Etats-Unis , la liberté de conscience n'est pas entière, puisqu'il y a une ombre de société dans ce pa^s, ce qui so()pose des lois et une autorité. Cepsodaoi» nulle part on n'a appliqué plus largement le principe de la liberté de conscience; aossù nulle part il n'y a un tel débordement iTimmoralité.

21 décembre. —Le Journal des l>A^<f, tout, en accordant qu'il faut des limites à la liberté de conscience, prétend que rbocnme a assez de sa raison pour se préserver des erreurs dangereuses : on ne voit pas dès lor» pourquoi le Journal des Débats veut des lob restrictives.

Le Journal des Débats admet que la société ne peut refuser è Tbomme, le droit dt régler sa conduite sur les crc^ances qa*elW lui reconnaît le droit de professer; ei cependant, il prétend que la société ne peot pas déclarer coupables, les croyances qoi autorisent les désordres qu'elle proscriu

De ce que l'homme a la raison et le libr? arbitre, le Journal des Débats conclni qii*ii n'est pas coupable quand il rejette ia vent •, et qu'on ne peut le traiter comme tel sans sacrilège.

Nous avons dit .'Quoique l'homme soit doué de raison et de liberté, il peut faire le mal; il a donc besoin d'être protégé cotUre sa faiblesse. Le Journal des Débais refuse à la société le droit de s'opposer à la propagande des mauvaises doctrines.

L'Eglise, objecte M. Alloury, en tolérant en certains cas l'hérésie, reconnaît aussi le droit qu'a Thomme, de pouvoir conformer sa conduite à ses croyances. Quel raisonnement! De ce que l'Eglise reconnaît que, pour des motifs tirés de Tordre humain* i*a doit, en certains cas, accorder à certains hérétiques le droit de conformer leur conduite à leur croyance , s*ensuit-il que , selon TEjjlise, on ne peut jamais refuser cedrtiU è personne?

Mais, dit M. Alloury, si cette liberté peut exister sans danger, quand elle est tolérée par l'Eglise, pourquoi serait-elle plus dangereuse, étant proclamée un droit de ta C4%n* science humaine? — Jamais cette liberté n*est sans danger; c'est un mal qu'on permet quelquefois, pour en éviter on piu« grand.

D'ailleurs, si le droit absolu de tout crt»ire entraîne le droit absolu de tout Caire, Ietir4*:t

TOLERANCE

uroain que nous roconnaissons è ccrlains étérodoies do professer leurs croyances, roit oui prend sa source dans Téiat de la )ciélé, I) a iiulleoient pour conséquence le roit de pratiquer celles de leurs croyances ui soat en opposition avec l'état social; est ainsi que les protestants n*ont pas la berté du divorce. Le droit des protestants 'étant ni absolu, comme le disent les ratioalistesy ni octroyé par TËglise, comme ils ^ous accusent de le dire, peut souffrir des ^strictions.

4 janvier 1836. — « De ce que TEglise adlet en certains pays la tolérance de Théréic, le Journal des Débatê avait conclu que hérésie n*est après tout qu'un petit péché» ux yeux de l'Eglise; car, disait- il» TE^lise 'admettrait nulle part la tolérance de Tincsle et de l'adultère, du vol et de l'assassi- •at. Pour montrer le vice de ce raisonnelent. nous faisions observer (dans le n** du \ décembre) que l'Eglise admet, dans les ays musulmans et dans les pays idolâtres, 1 tolérance de désordres oeaucoup plus raves que l'adultère et le vol; nous ajoutons que la France imile cette conduite de Eglise, puisqu'elle tolère en Afrique la po- /j^amie, et nous constations que le Journal es Débats approuve cette tolérance, bien u'il mette les jtol vgamesdahs la même caté- .orie que les voleurs et les assassins. De es simples remarques, nous tirions cette onséquence : Pour le Journal des Débats ^ omme pour nous, pour la France comme our l'Eglise, la tolérance ne se mesure pas 'après Iç degré de perversité des doctrines, u des actes que les doctrines autorisent, lats uniquement d'après la situation et les écessilés de la société particulière, où il agit d'en déterminer la portée et retendue. 1. de Sacy s*écrie... : L Univers range les .érétiques dans la même catégorie que les Qceudiaires et les meurtrier^I »

,11 est clair qu'on peut tenir Thérésie pour tn plus grand crime que le vol, sans cou- •indre pour cela Thérétique avec le voleur. Lorsque je compare l'hérésie au vol, je suis Il présence de deux alisiractions, et je n'ai tenir compte que de la nature même des ctes. Lorsque je compare un hérétique et in voleur, je suis en présence de deux homues, et j'ai à tenir comnte de tout ce qui, ians l'homme, peut atténuer et aggraver, 'lire disparaître ou rendre sans excuse la •ulpabiiilé. Nous avons des amis que reienmnt dans l'hérésie les mille liens dont a vie humaine est chargée; ils savent, qu'à 'los yeux, culuver au Fils de Dieu une Ame "achetée de son sang est un crime incompailement plus grand que de prendre à un lomme une pièce de monnaie: mais ils ont ipi>aremiucnt une autre logique uue M. de >acy; car ils n'en concluent pas qu entre des voleurs et eux, nous ne faisons aucune diflé- «•ence. On raconte que, l'autre jour, un rédacteur du Journal des Débats se présentant dans les salons d'un musulman qu'il a Thonituurde connaître, celui-ci s'écria ; Vous me l»aiiez de voleur et d'assassin, et vous osez

paraître chez moil L'infortuné rédacteur eut beau protester; on lui remit sous les yeux l'article de M. de Sacy, où il est dit : La polygamie est un cas pendable; le voleur, l'assassin , le polygame ne peuvent s*autoriser de cette tolérance, etc. Nous ne savons pas ce que M. de Sacy a pensé de la colère de ce Turc; maison voit qu'il rnisonne exactement comme lui.»

A notre assertion que les crimes contre J'Ame et surtout contre Dieu, sont plus grands que les crimes qui n'atteignent que le corps, M. de Sacy répond que des peines spirituelles seules doivent être appliquées aux erreurs d*opinion, que Tordre social ne doit pas s'en occuper; car aux yeux de la raison et de l'équité (les seuls principes auxquels il soit assujetti), tuer ou voler son prochain» est un plus grand crime oue le simple fait de ne pas penser comme lui, en matière de religion.

M. de Sacy suppose ainsi : 1** que pendant des siècles l'Europe frappait des innocents de peines sévères pour ne pas penser comme leur voisin» et pour des crimes purement intérieurs.

2** Que l'hérésie n'est qu'une simple dissidence d'opinion et non une révolte.

3** Que l'homme n'a aucun moyen de savoir s'il y a une vraie religion.

b* Que la société n'a aucun intérêt à ce qu*on enseigne telle doctrine plutôt que telle autre.

5* Que nulle hérésie n'a jamais produit des incendies» des vols, des meurtres.

6* Qu'aujourd'hui Thérésie ne peut plus détruire , comme autrefois» une unité (|ui n'existe plus, et que cependant la répression de rhérésie était aussi illégitime autrefois qu aujourd'hui.

7** Qu'on ne doit rien à Dieu» et que le salut des Ames est une chimère.

8* Que TElat seul est maître dans Tordre naturel, et qu'il doit laisser les religions disputer, comme elles l'entendent, sur Tordre surnaturel.

9 Nous lui avons prouvé que sa liberté de conscience, c'était I anarchie ; il se réfugie sous la juridiction de TEtat; nous lui montrerons que cette suprématie de TEtat dails. Tordre spirituel (quoique naturel}* c'est le despotisme; il se rejettera dans les bras de la liberté de conscience; mais jamais il ne consentirai nous dire comment il entend concilier ces deux principes ennemis. »

Toutes les calamités dont Thérésie a été la source n'auraient pas eu lieu, dit M. de Sacy, si la société n'avait pas été constituée calholiquement; car alors Thérésie aurait |)u se développer sans lutte. M. «le Sacy a emprunté cet argument aux socialistes. Eux aussi disent : « De quelles calamités le tien et le mien nesonl-ils pas la source I que de malheureux condamnés pour avoir porté atteinte au droit de propriété 1 Si la société n'était pas fondée sur ce droit, ou pourrait le contester sans la bouleverser. »

M. de Sacy admet que TEtat seul peui mettre de^ limites à la liberté de conscience.

Mais alors qui peut empêcher l'Etat d'user de son droit au profit d une doctrine? « Et comment ponrrons-nous, au nom de la liberté de conscience, condamner les Etats catholiques du moyen âge^ l'Etat anglican de la Grande-Bretagne, l'Etat grec de toutes les * Russies, ou même simplement cet Etat qui s'appelait Louis XIV et qui ne craignait pas de révoquer Tédit de Nantes? Vous prétendez que tous ces Etats violent les principei de la ration générale et de léquité naturelle: mais ils soutiennent que non, et vous les avez proclamés les seuls interprètes tégititnes cle la raison et de l'équité. S'ils ne le sont pas, il 7 a donc quelque part une autorité chargée de cette interprétation, et aux décisions de laquelle l'Etat doit se rendre: c'est précisément ce que prétendent les orthodoxes. Mais Dieu vous garde de les écouter I Force vous est alors de retenir à la définition de M. Alloury, et de dire, qu'en définitive, chaque conscience prononce souverainement et en dernier ressort. Or nous avons vu où cela vous mène.

« Ce n'e^t pas tout, les Catholiques ont, comme vous, une raison, une conscience, une lumière intérieure; leur reconnaîtrezvous aussi le droit de se poser en interprètes souverains de la raison et de l'équité? Si vous le leur accordez, vous sera-t-il pos.sible de condamner leur doctrine? Si vous le leur refusez, que devient la vôtre?

« En vérité , je ne vois qu'un moyen de TOUS tirer d'affaire; c'est cle soutenir qu'il n'y a dans le monde qu'un organe fidèle de la raison générale, et de l^équité naturelle, qu'un seul directeur légitime des consciences, le Journal des Débate. ^

5 janvier 1856. -^ M. Dulac prouve qu'un écrivain antireligieux peut être plus coupable qu*un voleur, quoiqu'il ait comme celuici, ses tentations et ses besoins, tentations d'autant plus fortes, besoins d'autant plus impérieux, que sa nature est plus accessible h la vanité et à toutes les séductions de Terreur. Ce qui n'empêche pas que cet écrivain ne mérite la considération mondaine dont jouissent une foule d'hommes que Dieu jugera sévèrement, et dont le voleur est dépouillé par un préjugé utileà la conservation de la société.

20 janvier 1856. — Lajbrce ne peut rien sur les Ames, dit le Journal dei Débats ; donc il ne faut pas l'employer contre les hérétiques, il suivrait de là, avons-nous répondu, qu'il ne faut pas employer la force contre les voleurs; car la prison ne les convertit pas. L%' Journal des Débats répond qu'il y a une différence entre l'hérétique et le voleur. Donc s'il ne faut pas punir les hérétiques, ce n'est plus parce que la force ne peut rien sur les Ames; c'est parce qu'un hérétique n'est pas coupable; ce qui suppose que rEgIi5e catholique n'est pas la vraie religion. Ainsi quoiqu'il ne le veuille pas, le Journal des Débats fait de la théologie. Du re^te, il ne répond rien è nos arguments tirés du socialisme qu'il veut réprimer, cl du droit que l'Etat devait avoir, au-

trefois comme aujourdliiil, de proterirt tr> erreurs qu'il jugeait dangereuses.

Toutes les persécutions ont augmenté Us dissidences, dit M. de Sacy. Ce qui est vra , c'est que la répression ne suffit pas , mt « l'expérience prouve qu'elle a été très-otie; avant le moyen Age et après, les bér^iet ont été bien plus nombreuses qo<i dao9i^s temps où la société était catholique; et !«• narchie actuelle des croyances Tient précisament de ce que la révolte de Luther n'a ysi été réprimée, les grands ayant favorisé l« mouvement qu'ils devaient combattre.

M. de Sacy dit qu'il valait mieux emplover au moyen Age les remèdes moratii, seuls possibles aujourd'hui. C'est coosme n l'on disait : il vaut mieux laisser la peMe f^ répandre, et la combattre avec des temèdes, que d'en prévenir Tinvasion

En employant la force, dit*ii encore, oo en autorise l'usage contre soi-même. Uoor le juge, qui fait mettre le volenren prison, autorise celui-ci k l'y mettre k son tour; li l'iniquité s'empare de la force, elle n'attendra , pour en user, aucune autorisation. Le devoir de ceux qui en sont dépositaires est donc d'en user eux-mêmes, pour que les méchants ne s'en emparent pas.

M. de Sacv prétend que la violeore dt langage de IVnivers prépare une réactioo. Ainsi, lui et ses amis prétendent que l'Eglise a commis des atrocités pendant des siècles; YUnivers lui prouve qu'il se trompe; oup l'Eglise est pure de toute injustice, et ce»t VVnivers qui prépare la réaction I D'ailleurs la violence ne fait pas vivre une ouvre, elle la tue, et nous vivons. « Ce qui blesse daoi VUnivers ce n'est pas sa parole, mais lestfrites que cette parole rappelle. Vérités crae:les, nous léserons, parce qu'elles con<i4ii>nent toutes les erreurs et tous les préjugée du temps, parce qu'on ne peut pas les eotendre impunément, et que, bon gré, m;»i gré, elles pénètrent dans l'Ame, obligeant ceux-mêmes qui les repoussent en noo^ m-

t'uriant, à les reconnaître et à leurreolr? Lommageau fond de leur conscience. Voi:! ce qui les irrite. De quoi le Journal des IVbatsB'Uii paru surtout blessé dans cette Ji^ cussion ? De ces vérités simples et éléiueotaires, écrites dans le catéchisme : que l'homme peut connaître la vraie religion, ei qu'il est inexcusable de négliger lesmo>fQ> que Dieu lui donne d'avoir cette connais* sance;que l'hérésie est un crime, et que ceux qui propagent les doctrines d'erreor sont de grands coupables. »

Enfin, on dit que nous avons rejeté le m.^^

?ue du libéralisme sous lequel nous doc^ tiens d'abord cachés. Et le journal qui par.c ainsi est connu pour avoir pris tous le^ masques, tellement que les uns le croieM protestant, les autres rationaliste, et quelques-uns catholique. Nous avons pris le masque du libéralisme? < A quelle époqne, s'il vous plaît? Citez le jour; nous prourerons que, ce jour-là, nous vous combattions et qu'alors, comme aujourd'hui^ vous oou^ traitiez de fanatiques, d'ennemis irréconci-

TOLERANCE

liables de id tolérance et de la liberté. » Un écrivain beige, le P. Dechamps, de Tordre des Rédemptoristes, dans un ouvrage intitulé : La parole de Pie /JT, ou la douleur Ja ioié etCespérance de l'Eglise^ s'exprime ainsi : < Si» par liberté abèolue de conscience, on Teut dire celle dont jouit tout homme au fond de son Ame, et par laquelle il use bien ou mal de son libre arbitre » pour penser, désirer, vouloir, aimer ou haïr ce qui lui plaît, à charge d'en rendre compte a Dieu seul : cette liberté a existé toujours.

« Mais si on entend la liberté de la mont-

{estalion et de la profession de tout ce que *homme peut penser et vouloir, la liberté du culte de quelque doctrine c|ue ce puisse êtie, cette liberté-là n*a existé jamais.

« Comment t mais c'est la grande couquète moderne !

« 0 simplicité des sages I si certains évangéliques de nos jours , les mormons, par exemple, s'avisaient d'établir ici leur culte au nom de la Bible, de prêcher et de pratiquer la poljgauiie, croyez-vous qu'on les laissftl faire ?

« Si les fils du prophète le tent/iient au nom du Coran, croyez-vous qu'on les laissât faire?

« Si les croyants fanatiques de la réhabilitation de la chair, prétendaient élever des temples à la déesse autrefois vénérée à Corintne et l'honorer par l'imitation des fêtes honteusement célèbres du paganisme, croyez-vous qu'on les laissAt faire?

« Si les apôtres de la reconstitution du droit et de la propriété sur les bases nouvelles que vous savez, élevaient des chaires pour leur apostolat, afin de la rendre plus populaire» et Je communiquer aux masses la foi vive qui leur serait si facile, croyez-vous qu'on abritât leur parole à l'ombre de la liberté de conscience ?...

<La liberté absolue de conscience est donc une chimère. Toujours et partout le principe contraire a été et sera le maître; il variera dans ses applications, selon l'état des esprits, •t rensemole des opinions, des vertus ou des faiblesses publiques; mais en lui*mème il ne sera jamais ébranlé. >

M. Dulac dit dans VUnivers du 39 mars J856 au Joumol des Débatif qui avait avoué que le gouvernement iic^devait pas permettre aux ministres protestants, de prêcher des lioctrines contraires è l'ordre puA/ic : « Cette réponse nous satisfait pleinement : il en résulte que dans les Ktats où les doctrines protestantes sont contraires à l'ordre public, le gouvernement, protecteur naturel et légal de cet ordre, ne doit pas autoriser les ministres protestants à prêcher ces doctrines. Il en résulte aussi que, lorsque le protestantisme a paru dans le monde, les gouvernenionts qui l'ont autorisé, qui lui ont permis lie s'établir dans leurs EÛts, ont manqué k leur devoir de la manière la plus grave , puisque la prédication protestante devait Mvoir et a eu réellement pour effet d'exciter *ia haine, la discorde et la guerre civile entre les citoyens. Ces conséquences du princi^ie jiosé |»ar le Journal des Débats ne nous dé-

plaisent point et nous les acceptons. Quant au principe même, quelque distinction serait nécessaire, et le Journal des Débats devrait expliquer ce qu*il entend par ces mots ordre public. Croit-il que la prédication du christianisme, sous les empereurs païens, fut contraire à l'ordre public, et que ces empereurs eussent le droit de proscrire le christianisme? Entend-il justifier les persécutions ? De même , pense-t-il qu^aujourd'hui, en Chine et dans les pays idolâtres, les persécuteurs des Chrétiens soient dans leur droit? Est-il d*avis qu'en Turquie les doctrines contraires à la polygamie, soient aussi des doctrines contraires à l'ordre public, etc., etc. ? S'il le croit, il légitime toutes les persécutions, toutes les tyrannies; s'il ne le croit pas, il doit distinguer entre l'ordre public conforme à la vérité et à la justice, et l'ordre public qui viole la justice et la vérité. Or il ne peut faire une pareille distinction, qu'en vertu d'un principe supérieur gui lui montre avec certitude ouest la vérité, où est la justice. Ceprinci(>e, les Catholiques le trouvent dans la doctrine catholique inf ûlliblement interprétée par l'Eglise. Mais le Journal des Débats^ où le prendra-t-il ? 11 nous parlera, comme il Ta déià fait, de la raison, de la conscience : auel est l'interprète infaillible delà raison, ae laronscience? Les gouvernements : alors la difficulté se représente: les empereurs païens, les gouvernements idolâtres, les sultans sont les interprètes de la raison, et toutes les persécutions, toutes les tvrannies se trouvent justifiées. Reste que chacun soit l'interprète légitime de la raison, et alors, de quel droit le Journal des Débats refu^e-t-il cette prérogative aux Turcs, aux mormons, aux ministres protestants qui légitiment la polygamie, aux socialistes, etc. ? »

Dans le même numéro, M. Dulac répond à une autre objection du Journal des Débats^ objection qui consiste à dire que la justice n'est pas une affaire de nombre, et qu'ainsi il y a autant de mal à étouffer une conscience dans un |>ays où règne I unité catholique»

3u'il y en aurait à en étouffer des millions» ans les pays où il y a division de croyances, il est clair qu'en empêchant la ditTusion de Terreur, les gouvernements empêchent d'^touffer les consciences, et que ce devoir, qui est tonjonrs le leur, ne |)eut pas toujours s'exercer de la même manière.

H. le duc de Noailles, dans l'histoire oo Mme do Maintonon, ouvrage écrit avec noblesse, a consacré plus de Uû pages ft la révocation de l'édil de Nantes. Cette discussion, qui nous parait trop étendue, eu égard au cadre qui la renferme, contient un grand nombre de faits et de réflexions, qui sont de nature à dissiper des erreurs trop populaires; nous allons en rapporter quelques extraits. M. de Noailles dit, en parlant des luttes religieuses du xvi* siècle : % Les historiens de ces temps malheureux ont l'habitude de considérer les itrotesiants comme des victimes, sans remarquer qu'ifs se montrèrent tout aussi intolérants, aussi

IIi^

fdfMitiques, et aussi persécuteurs dans les provinces où ils furent les plus forts, que les Catholiques dans celles où ils dominèrent. Tout le Midi fut rempli de leurs spoliations, de leurs dévastations, et souvent de leurs meurtres. Avant le massacre de la Sainl-Barthélemy, Nfmes vit, dans ses murs, deux massacresdes Catholiques parles protestants; l'un, qui s*appela la Michelade, pendant la nuit de saint Michel en 1567, et un autre semblable en 1569. »

« L*édit de Nantes, dit plus loin le mAme auteur (t. Il, p 24], ne fut pas, comme plusieurs se Timaginent, une concession spontanée, œuvre du génie de Henri IV, qui fonda la liberté religieuse dans toute la France, telle qu'elle existe aujourd'hui. Ce fut d'abord Une véritable négociation, suivie avec les réformés, comme de puissance à puissance, qui dura plusieurs années, où l'autorité royale eut à se débattre contre des conditions très-dures, et dans laauelle elle accorda le moins qu'elle put. Ce rut ensuite un simple renouvellement des anciens édits, où l'on n'admit nullement le {)rincipe général de la liberté des cultes, mais où l'on établit seulement, en faveur des protestants, un droit exceptionnel et limité. »

L*auteur décrit ensuite (p. 236) les assemblées générales des prolestants qui étaient de véritables assemblées politiques (avec députés des gentilshommes, des ministres et du tiers-étal), puis les synodes et les assemblées provinciales, dont l'objet était mixte; enfin, les assemblées religieuses telles que consistoires et colloques. « Cette vaste organisation, subsistant par elle-même dans le royaume, dont une religion particulière était l'Âme, qui avait son passé et son histoire, ses places fortes et ses ports, ses alliés à l'étranger, ses juges spéciaux et ses assemblées publiques, offrait quelque chose d'imposant et de redoutable, et constituait le parti protestant en manière de république, au sein de la monarchie. » Suit le tableau des actes de l'assemblée de la Rochelle, qui s'arrogea tous les droits de souveraineté, divisa la France par cercles à l'instar des Pays-Bas, nomma les généraux, ordonna les levées, et imposa des subsides.

M. de Noaillesdit ensuite, que la révocation de l'édit de Nantes fut une grande faute, mais qu'il ne faut pas la confondre avec ses suites qui eurent beaucoup plus que l'acte lui-même le carnctère de persécution, et surtout que celte faute fut celle du siècle tout entier, qui approuva avec enthousiasme la décision de Louis XIV.

« Il faut d'abord savoir qu'au xvii* siècle, la tolérance, ou pour s'exprimer plus juste-

existé dans aucun pays... Il avait bien existé, dans l'antiquité, une certaine tolérance générale chez les païens, parce que, dans la religion païenne, il n'y avait pas de dogmes, il n'^y avait que des cérémonies et des rites. Rien n'empochait d'y admcllre tous les

dieux, puisque la doctrine d'aucun def»< dieux ne contredisait celle des autres. Mj.« déjà, dès cette époque, le pouvoir politique regardant la religion comme la hase oécf»saire de la société, et comme le pluslercie appui du gouvernement et des lois, irai établi une étroite union entre elle et l'Eut, non-seulement en entourant ses ministrii d'honneurs,., mais en réprimant les aiieotais publics de l'impiété, et en consamm même ce principe de Tintoléraoce cn.'e qu'on croit avoir été introduit par le ciUk>licisme... Ceux qui vantent la lolérame païenne oublient ces édits sanglants qoi, pendant trois siècles, ont fait ruisseler le sang des Chrétiens dans tout l'empire. >

Le christianisme, ajoute en soti^tuce M. de Noailles, avait bien une intoléranr^ dogmatique, qui n'est autre chose que la Un du bon sens : car comment deux ôùpots contradictoires pourraient-ils être vrais toos les deux? Mais il ne prêchait fms l'intoierance civile, en ce qu'il ne forçait nervoone è croire, et n'employait que l'arme de la }«rsuasion. Si donc les peines temporelles oootre l'hérésie sont entrées dans le droit poMk européen, la cause en est plus politique que religieuse, et pour la découvrir, ilbotreino'r ter jusqu'au droit romain... Un acte dim* piété ou un sacrilège semblait aussi digoede châtiment qu'un vol ou un assassinat; méaie dommage semblait causée la société, et oo s'attachait à écarter et è réprimer tootceqai pouvait diminuer le respect pour la n*iipon. C'est à ce titre principalement que lesbérfries furent proscrites,

« L'Eglise (p. 290), unie h l'Eut par Ust de liens qui ne pouvaient se rompre, >e trouvait, en quelque sorte, obligée d'approuver cette intolérance civile, fondée sor les traditions et les intérêts de l'Eut luimême, mais elle ne prétendait pas qa'fiie fût commandée par la religion. Les a)axiaK<. h cet égard, étaient... que l'usage du |K)aTo:r temporel ne devait jamais aller jusqu*^ ei* torquer, par la violence, une profrssi-^ de foi ou un désaveu de l'erreur; qQ« l'unique objet des édits devait être de fanir les actes extérieurs d*impiété, et d'ea)i<écher, autant que les circonstances le fitmettaient, la profe.<sion publique des bny ses religions.... Telles étaient les rè;;!^ fondamentales du droit public euro|»éeu quand le protestantisme parut... Noa< pouvons en déduire deux observations : la première, que l'intolérance civile est un bit [<>litique qu'on ne doit pas imputer è l'Egli^^ la deuxième, que ce n'est |>oint Looi»M^ qui l'a inventée. Il est vrai que les idées «je tolérance ont toujours dépendu un peu(^< la place que la religion a occu|»ée dan>)^ esprits. La perfection chrétienne, aus^î bK-J que la civilisation, la commande aux h*»iO' mes; mais il est plus facile d'être tolérauti ceux qui ne croient ()as, et de supportertoutH les religions, quand on est à peuprè^ioduférent à toutes. Pour nous vanter aujourd'hui avec raison do notre tolérance coni. j< d'un progrès moral, il faudrait y joiûdrdi

TOLERANCE

I5if

foi de nos pères. On doit remarquer, en effet, que celle tolérance que Voltaire et Rousseau ont prèchée, et dont on leur a fait tant d*honneur, ainsi qu'aux autres déistes du dernier siècle, n^était autre chose que TindilTérenq^ en matière de religion fondée sur l'incrédu» tité... La tolérance civile, c'est-à-dire celle qui consiste à permettre le libre exercice de toutes les religions, non parce qu'on les regarde toules comme égales aux yeux de la Divinité, mais parce qu*on ne croit pas devoir gêner les partisans des divers cultes dans la manifestation publique de leur croyance, il est évident que cette sorte de tolérance est une question du domaine politique. Jusqu*où doit-elle s'étendre?... Ce sont des questions que la religion abandonne à la sagesse des gouvernements. Fille du ciel, le secours des hommes ne lui est pas nécessaire pour accomplir sa céleste mission... Rendre (p. 398) à la vraie religion sa splendeur, assurer pour Tavenir la tranquillité de l'Etat, raffermir les droits de l'autorité qui avait été obligée de transiger avec la rébellion en armes; voilh les trois çrnnds motifs, les trois grands intérêts qui faisaient envisager la révocation de l'édit de Nantes comme une mesure salutaire.

« Nous professons aujourd'hui une doctrine différente; nous croyons le repos de 2a société mieux assuré, la dignité humaine plus respectée, et même la religion mieux comprise, en laissant à chacun la liberté de pratiquer le culte auquel sa conscience l'attache ; et c*est une supériorité que nous nvons sur un siècle qui, à tant d'égards, nous est supérieur. Mais, ainsi que nous t'avons remarqué plusieurs fois, on vivait partout alors sous rinQuence d'autres idées. •• 1^ religion étant regardée comme le fondement de la société, on considérait Talhéisme, Timpiété, le blasphème, et, par conséquent, rhérésie, comme des attentats contre la société, d*aulant plus qu'on avait toujours vu les opinions anarchiques marcher de front avec les innovations religieuses ; aussi l'intolérance civile était -elle le droit commun »

Après avoir parlé de l'édit de 1724, qui privait formellement les protestants (ïétat civile M. de Noailles ajoute : « On peut dire (p. 025) que la condition des réformés fut réellement plus déplorable pendant le xviii* siècle, que dans le siècle précédent. Cependant, les philosophes régnaient en France à la place des dévols, mais ils donnaient peu d'attention è cette situation fâcheuse des protestants. Ils les regardaient comme une secte répubifcaine et séditieuse, chez qui d'ailleurs, il y avait encore trop de religion pour eux. Malgré l'affaiblissement des idées religieuses, l'intolérance civile était toujours la maxime dominante. L'iljustre auteur de VEspritdei loii la formulait avec l'autorité

de sa parole Voltaire lui-même, dans le

traité qu*il écrivit sur la tolérance, la prêrhait en raillant de telle sorte l'esprit religieux, que les réformés ne purent accepter son secours. »

L'auteur trace ensuite le tableau de .'intolérance des protestants dans les pays où ils dominaient et surtout en Angleterre; il termine ainsi : « Nous demandons (p. 645j si cette législation n*élait pas plus oppressive que celle qui posait en France sur les protestants. Non-seulement elle proscrivait la liberté religieuse , interdisait tout autre culte que le culte anglican , condamnait à mort les prêtres trouvés dans le royaume, permettait en bien des cas d'en bannir les Catholiques, leur interdisait toute fonction politique ou militaire, et la plupart des fonctions civiles, et les nrivait même du droit de propriété et d'héritage; mais elle poussait jusqu'au dernier excès la tyrannie des consciences, en obligeant è pratiquer la religion anglicane par les statuts sur la réception de la Cène , sur l'assistance aux offices de l'Eglise établie, el sur les cas nombreux de récusation. Rien ne manque donc à ce code d'intolérance et de servitude, qu'on n'a point abrogé encore, et dont le protestantisme est bien plus responsable que le catholicisme ne peut l'être des lois portées en France, puisqu'en Angleterre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel résident dans les mêmes mains L'expérience du passé nous enseigne que l'autorité humaine et l'emploi de la force sont en définitive impuissants en matière de croyances; que les croyances vivent sous la persécution.. »

Nous tiornons ici notre analyse et nos extraits; ce quï précède suffit pour permettre d'apprécier la partie de Thibloire de Mme de Maintenon, consacrée à la tolérance et à la révocation de l'édit de Nantes. Le travail de M. le duc de Noailles renferme sans doute, au milieu d*un ensemble de faits avérés, des rétlexions parfaitement justes. Nous ne pouvons cependant nous empêcher de faire remarquer qu^il tombe, au point de vue de la doctrine , dans une confusion malheureusement trop accréditée aujourd'hui. Dire que le pouvoir temporel ne doit point violenter les consciences, punir le fait de rattachement h une religion fausse, obliger par la force k la pratique de la vraie religion, c'est énoncer une vérité incontestable ; mais dire que tout emploi de la force est illégitime et inefficace en matière de croyances , c'est poser une assertion toute différente. L'Eglise a toujours professé la première, et toujours repoussé la seconde. Or M. de Noailles confond sans cesse ces deux choses, quoiqu'il exprime lui-même plusieurs des raisons qui doivent les faire distinguer. Les citations que nous avons empruntées à M. Dulac nous dispensent de nous étendre ici ; elles suffisent pour démontrer que rintolérance civile, lorsqu'e'lle se borne à réprimer la publication, et h em-

Eêcher la propagation des erreurs opposées la doctrine catholique, est bonne en soi et approuvée par TEglise, quoique les circonstances la rendent quelquefois impraticable ou dangereuse , auquel cas on doit s'en abstenir, pour éviter un plus grand mtd.

ilM

Terminons par la reproduction de trois articles qoi nous édifieront sur la tolérance protestante. Le premier nous montrera ie protestantisme tolérant dans Flnde les plus monstrueuses superstitions; les deux autres nous feront voir ce même protestantisme traitant partout où il le peut le catholicisme en ilote.

On lisait dans VUnivers du 11 septembre 1857 le travail suivant, qui terminait une série de 11 articles fort intéressants sur l*lnde anglaise.

Les dieux et les déesses des Hindoas. — Le Ibéftlre. — Biens des pagodes et de la caste sacerdotale.

<c Le Times disait dernièrement : La religion iCest pas seulementy comme on Va dit, le prétexte des révoltes de llnde, cen est la cause. Quand les hommes vous étonnent par leur cruautés auand ils sont pires ou on ne pouvait le prévoir^ quand leur méchanceté se surpasse, qu'ils perdent tout caractère d'humanité et se conduisent comme des démons, on voit dans l'histoire, neuf fois sur dix, que c'est sous Vinfluence de ce qu'ils appellent leur religion.

a La remarque est parfaitement juste, et le Journal des Débats a raison de la reproduire avec éloges; mais il est dilTicile de comprendre comment la feuille parisienne et la feuille de Londres peuvent la trouver compatible avec cet aiiorae du libéralisme: Que toutes les religions sont également vraies, également bonnes, et toutes dignes d*une égale tolérance. C'est eu vertu de cet article de foi des libres penseurs, que les Anglais se sont crus obligés de respecter la religion des Hindous, et se sont si scrupuleusement abstenus de tout ce qui pouvait paraître y porter atteinte; et cependant, s'il y a dans le monde une religion infAme, c'est bien celle-là. Les lettres que nous résumons dans ce travail, entrent à cet égard dans des détails d'une telle nature, qu'il nous est à neine possible de les indiquer. Disons seulement, d'une manière générale, que l'histoire des dieux et des déesses des Hindous est tonte remplie du récit de leurs vols, de leurs mensonges et surtout de leurs impudicités. Sur ce dernier point, la plus abominable dépravation n'égalera jamais cette horrible mythologie.'Or, tous ces faits etgestes des dieux et des déesses sont figurés au naturel sur ces chars des dieux que Ton traîne en pompe dans leurs fêtes, sur les murs des temples, h l'extérieur aussi bien qu'à l'intérieur, et on retrouve ces représentations le long des chemins et dans les carrefours. Là, on voit les dieux et les déesses nonseulement dans nn état de nudité complète, mais dans les attitudes les plus révoltantes, et se livrant à des crimes dont la langue française se refuse à donner l'idée. Enfin

Eour tout dire, l'obscénité, dans son symole le plus repoussant, frappe partout les regards sur les chemins et sur les places publiques. Le gouvernement anglais, qui a rendu des ordonnance pour défendre d'exposer en public les choses obscènes, respecte

scrupuleusement cette eiposîtîon permanente et universelle des obscénités sacrées, et il n'a rien fait pour y mettre un terme. Rn agissant autrement, il aurait craint de se montrer intolérant, et de porter atteinte à la liberté de conscience et de religion I Croit-il donc que Dieu lui ait donné l'empire des Indes uniquement pour en tirer de Ter, et que ce ii*est pas pour lui un devoir rigoureux, d'user de sa puissance pour retirer ces populations dégradées, de l'abîme de corruption où elles sont plongées? Le Times nous dit que les Hinaous se conduisent comme des démons; comment en serait-il autrement? Les démons sont leurs modèles et leurs dieux. L'histoire n'alteste-t-elle pas que la cruauté et la volupté sont sœurs, qu'une religion inf&me est naturellement et comme nécessairement une religion sanguinaire? Les atrocités incroyables commises sur les Anglais par les révoltés de l'Inde, s'expliquent et se comprennent parfaitement, lorsqu'on sait quels dieux ils adorent.

« tl y a quelque chose de pire aue la religion des Hindous, c^est leur tbeAtre, qui n'est du reste qu'une suite, et comme un appendice de leur religion. Les dieux et les déesses sont du moins immobiles et roaets: les comédiens et les danseurs sont des êtres vivants,, et la représentation de tout ce qu'il y a d'impur et de cynique dans rbistoire des dieux, est le sujet ordinaire de leurs comédies et de leurs danses. On comprend tout ce que peuvent y ajouter la parole et l'action, et quelles impressions de tels spectacles doivent laisser dans Time de la multitude qui y assiste. Rien en Europe ne peut donner l'idée de ce que sont ces comédies et ces danses. Dans les plus mauvais lieux de nos villes les plus corcompues, on n'entendit, on ne viijamaisrien de semblable. Les nations que le christianisme a touchées de son souille gardent toujours, même lorsqu'elles se sont perverties, je ne sais quel reste de pudeur, et ce n'est guère que par des termes ^équivoques et à double sens qu'on se plait à y montrerle mal comme dans une sorte de mystère etde lointain. Les Hindous ne connaissent uas de tels ménagements; l'obscénité sort de la bouche de leurs acteurs sans le moindre voile, et c'est à qui Tétaiera avec le plus de cynismeet de brutalité. Encore s'ilsse contentaient de la parole; mais ils y joignent raction, et la foule est là, contemplant ces représentations des actes les plus criminels et les plus honteux. Certes, si les apparences d'iioouèleté extérieure peuvent, au premier aborJ, tromper l'étranger sur la moralité du peuple Indien, il lui sufiit, pour se désabuser, d'assister è ces représentations horribles, de voir avec quelle ivresse il en jouit, d'entendre le rire éclatant et universel par lequel il la manifeste.

« Et qu'on n'imagine pas que ces spectacles immondes sont réservés à la populace, aux castes inférieures : les castes pures et honorables, les brahmçs tous les prcmieri,

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