IG
TOLERANCE
tiennent k repaître leurs yeux et leurs oreilles de ces abominations.
« Ce gui rend la corruption et le scandale plus universels» c'est que ces représentations ne se donnent point, comme en Earope, dans Tenceinle d*un édifice, et seulement dans quelques grandes villes» mais dans les bourgs et villages, sur la place publique, en présence de toute la multitude : il o*est pas nécessaire, pour y assister, de retenir des places et de payer d*avance; chacun est libre d'y venir, tout le monde y est admis et a le droit de voir et d'entendre. Comme tout se passe en plein air et à la belle étoile, hommes, femmes et enfants v accourent en foule. La rétribution est fixée par les chefs du village, et qu^on veuille ou non de la comédie, qu'on y assiste ou qu'on n*y assiste pas, il faut, bon sré, mal gré, donner la rétribution fixée. La durée de cesreprésen* tations n'est pas seulement de quelques heures : elles se prolongent souvent pendant plusieurs nuits entières, et il n'est paa de bourg si misérable, qui n'ait, au moins, une ou deux fois l'année, ce spectacle sur la place publique. Autrefois on défendit, sous les peines les plus sévères et même sous peine de mort, le sacrifice appelé Ao/ry* en lumoul^ parce que dans ce sacrifice abominable, hommes et femmes de toute caste se livraient à la débauche la plus effrénée. Les comédies et les danses indiennes sontelles moins scandaleuses? Ce sacrifice hatty oa datty ne se passait que dans l'intérieur des temples consacrés à la déesse de ce nom, et en présence d'un petit nombre de personnes; la corruption et le scandale étaient renfermés dans le cercle des adorateurs de cette déesse; tandis que les comédies et les danses publiques sont, comme nous venons de le dire, partout et pour tous. Comment le gouvernement anglais nVt-il pas rougi de tolérer ou, pour paricr plus juste, de fatoriser le maintien de pareils divertissements? Mais il n'a pas plus osé toucher aux comédies et aux danses qu'aux dieux et aux déesses. '
« Le gouvernement anglais avait sous la main un moyen facile de détruire, ou du moins d'ébranler les fondements de la re-* ligion païenne, en s*açpropriant, en tout ou en partie, ou du moins en frappant d'un impôt les terres appartenant aux temples paiens et qui sont le principal soutien du |)aganisme? Dans l'Inde, la plupart des temples païens, possèdent des terres exemptes do tout impôt. Tous les revenus de ces terres appartiennent aux brahmes, qui en •lisnoscnt en pro^métaires absolus. Ces propriétés foncières étant en très-grand nombre, partou», et franches de toute contribution, privent le gouvernement d'un revenu très-considérable. On se demande quels services les brahmes rendent h la société, en retour des larges revenus qu'ils tirent de ces terres ? Uenfermés dans leur caste, ils s'engraissent eux et leurs familles den revenus du temple, sans s'inquiéter des kiesoins physiques ou moraux de leurs sem-
blables. Toutefois, ce n'est qu'en vertu de leur qualité de prêtres du temple que ces biens leur ont été cédés ; or, la principale fonction du. prêtre est d'instruire, et s'il ne le fait pas, il est indigne du nom de prêtre et des revenus qu'il ))erçoit en vertu de ceUe qualité. Percevoir les revenus d'une fonction, sans en remplir les devoirs, est un vol manifeste. Hais quelles sont les instructions que les brahmes communiquent au peuple? Ils n'instruisent, ni le peuple dans les temples, ni la jeunesse autre que celle de leur caste dans les écoles publiques; et, de plus, ils se sont fait une loi rigoureuse de n'initier personne, hors de leur caste, aux sciences sacrées et mystérieuses qu'ils prétendent connaître. Le gouvernement anglais n'aurait-il pas pu forcer les brahmes propriétaires de ces terres à établir, ou à contribuer pour établir, dans chaque bourg et dans chaque village, des écoles publiques pour toutes les classes et pour toutes les castes, et dans lesquelles les enfants même des castes inférieures seraient reçus sans la moindre rétribution de la part des parents, tous les frais et toutes les dépenses pour l'établissement des écoles et le traitement des maîtres d'écoles devant être soutenus par les brahmes seulb«
{)ropriétaires de ces terres? Les castes in* érieures, étant plus ignorantes et ayant plus besoin d'instruction que les autres, devraient même y être admises de préférence; car enGn Taveu^Ie a plus besoin de lumière que celui qui voit clair, le malade, plus besoin de médecin que celui qui se porte bien, et l'ignorant, plus besoin d'instruction que le savant; et non-seulement il devrait y avoir des écoles pour les garçons, mais aussi des écoles séparées pour les filles : la femme n'est pas moins que l'homme un être doué d'intelligence; Tinstruction et les lumières de l'enseignement ne lui sont pas moins nécessaires. Le gouvernement anglais aurait pu encore, par un moyen plus simple et plus prompt, et qui eût offert beaucoup plus de garantie avec moins d'embarras, lever sur ces terres un impôt et une contribution convenables,
iiour servir h l'établissement des écoles et I l'entretien des maîtres et des maltresses. Hélas 1 le gouvernement d'Angleterre ne craignit point autrefois d'entamer, et même de s approprier entièrement tous les biens des églises catholiques, qui rendaient de si grands services à la société, à laquelle le clergé communiquait la véritable science et l'instruction véritablement nécessaire, et qu'il soulageait encore si généreusement dans ses besoins temporels. Quelles que soient les préventions du gouvernement anglais contre le sacerdoce catliolique, il n'oserait assurément pousser la haine jusqu'à dire ou penser que le paganisme et ses prêtres rendent plus de services et sont plus utiles à la société, sous le double rapport moral et matériel, que les prêtres catholiques. Pourqooi donc le gouvernement indo-britannique a-t-il montré tant de ns*
pect et de ménagemenl pour les propriétés foncières d*une religion qui est évidemment fausse el absurde, et réprouvée de Dieu et de tout homme sensé ? Pouruuoi soutenir avec tant de soin un édiGce élevé h la honte de Thumanité, et qu*on devrait s'efforcer de détruire? Pourquoi avoir tant de crainte de toucher h Tempire de Satan, et tant d'hésitation è employer au bien générai de la société des revenus qui ne servent qu'à nourrir le plus insiipportaDle orgueil et è opprimer les peuples? Personne n'abuse plus de son autorité que le brahme possesseur et propriétaire de ces terres : le paysan qui les cuitive ne jouit d'aucun droit, d'aucune liberté; portant tout le poids de la chaleur et*du jour, il verra encore à la fin de la journée retrancher quelque chose du denier qui lui revient; s'il veut ouvrir la bouche pour réclamer, son front encore trempé de sueur est couvert d'injures, et ses reins courbés par le travail ne sont pas exempts de coups. Et que fera le brahme de tous ces revenus? En fera-t-il une part aux pauvres? La hyène et le tigre entendent les cris de leurs petits; mais le brahme est sourd aux cris du pauvre, lorsque le pauvre n'est pas de sa caste; tous ces biens et ces revenus sont consommés par lui et les siens, et cela sans te plus petit avantage moral pour la société qui n'est pas de cette caste brahme. Occupé tout le jour à se laver la tète, la bouche, les mains et les autres parties du corps, se souciant peu du temple de ses dieux, étranger è l'agriculture et aux arts utiles, il mène la vie la plus inutile et pour Dieu, de l'honneur duquel il s*inquiète fort peu, étant à lui-même son propre dieu, et pour les hommes qu'il méprise souverainement. Le brahme n'est point fait pour travailler, c'est un principe de leur loi ; il doit vivre trdnquille et en repos de ses revenus, s'il en a, ou vivre d'aumônes s'il n'en a pas. Tout le monde doit lui donner et contribuer 5 son bien-être; mais lui ne doit donner à personne et ua travailler pour le bien-être de qui que ce soit. Pourquoi donc, encore une ibis, le gouvernement anglais a-til eu peur de toucher à des propriétés qui fi'ont été données dans le principe que pour contribuer à l'honneur de la divinité, et au bien-être moral de la société ?
ft En terminant ce résumé des lettres de notre correspondant, nous devons dire qu'elles ont été écrites avant que l'insurreclion eût éclaté, et nous ne savons point si lui-même n'en a pas été victime. 11 nous semble que si l'on veut relire avec quelque attention tout ce long travail, on y trouvera clairement indiquées les véritables causes de la révolte ; nous ne parlons pas, bien en^ tendu, des causes occasionnelles qui en ont déterminé l'explosion, mais des causes premières qui la préparaient depuis longtemps, et dont 1 action persistante devait, dans un temps donné, la rendre inévitable. Les Anglais pourront triompher de celte rébellion, mais si après la victoire, ils s'obstinent à reprendre le système qu'ils ont suivi jusqu*au
DICTIONNAIRE DU PARALLELE. ISW
moment où elle a éclaté, on peut hardiment leur prédire des révoltes nouvelles. Ils n'ont pas rempli la mission que la Providence leur avait donnée, ils n'ont pas civilisé ces peuples ; ils ne les ont pas chrislianUés : ils se sont contentés de les exploiter en les laissant dans leurs ténèbres et dans leur fange. Ils voient maintenant où mène celte politique ; puisse cette rude leçon leur donner l'intelligence de leurs devoirs et la volonté de les accomplir ! »
Ecoutons maintenant M. de Laroche-Héron, parlant des Américains dans le même journal :
€ On sait que de tous les pays protestants les Etats-Unis sont celui où le catholicisme jouit de plus de liberté. Mais si la Générosité du peuple américain a contribué au maintien de cet état de choses, la politique fut le mobile qui en détermina l'établissement. Le besoin de s'assurer le concours des Catholiques du Maryland, le désir d'associer à leur cause le catholique Canada, la nécessité d'obtenir l'appni de la catholique France ; voilà les raisons qui décidèrent les Américains h faire taire leur fanatisme, et à abolir les lois tyranniques qui existaient contre les Catholiques dans les provinces unies. Cependant l'esprit intolérant des anciens sectaires s'est conservé dans une partie de la législation, et c'est ainsi que la plus bizarre anomalie existe aujoura'hui entre les principes de la Constitution fédérale et certains actes du gouvernement. Tandis que la liberté absolue des cultes est proclamée comme le fondement de la république, tandis que l'Etat est complètement séparé de l'Eglise, et ne doit de préférence ni de défaveur à aucune secte ni à aucune religion, l'établissement protestant s'est maintenu dans la marine et dans Tarmée, comme si le président des Etats-Unis avait hérité des droits des rois d'Angleterre comme chefs de l'Eglise anglicane. Il y a des chapelains dans les postes militaires, et sur les vaisseaux de la flotte; ces chapelains sont des ministres protestants, el en dépit de la liberté des cultes, on force les soldats et les matelots catholiques à assister à leurs sermons.
« Jusqu'à ce jour, les Catholiques avaient été seuls à se plaindre de ce déni de juî»tice, et ils n'avaient pu obtenir un changement dans la législation fédérale. Seulement, Ëendant la guerre des Etats-Unis contre te lexique en 18&>5, le fanatisme iïes chapelains de l'armée ayant été jusqu'à faire fouetter des soldats catholiques qui refu* saient d'assister à leur prêche, il en résulta de nombreuses désertions ; et pour calmer le mécontfmlement général, le président * Polk envoya deux Jésuites comme aumôniers au camp du général Taylor. Ce n'était h qu'un expédient, et non une réforme générale du système. Aussi, depuis lors, ies plaintes n'onl-elles pas cessé de s'élever parmi les oflliciers et (es soldats catholiques. Aujourd'hui cependant, leurs droits senii blent un peu plus près d'être écoutés, et
MTAS
TOLERANCE
la justice ponrrait sortir du conflit souleré IVir les réclamations de plusieurs sectes pro* lê^lantes. Les t>aplistes et les presbytériens se sont aperçus que la secte des épiscopaux monopolisait en quelque sorte les emplois fort lucratifs de chapelains dans l'armée et sur la flotte. On ne compte ce-
Iieodant que bien peu d'épiscopaux dans es classes populaires aux Etats-Unis; mais c*est encore ici une tradition des temps coloniaux, et parce que le culte anglican était alors la religion officielle, le culte épis* «^opal, qui est la modification républicaine du culte anglican, a conservé influence et prépondérance dans les régions du gouvernement de Washington. Une polémique fort emère est donc engagée entre les différents organes des sectes protestantes aux Etats- Unis. Les baptistes et les presbytériens veulent avoir leur part du budget, pendant que les épiscopaux défendent de leur mieux le siaiu quo. Les journaux The EvangtlisU The Observer^ The Baptisl examiner et The Churchman se querellent à ce sujet avec une ardeur sans égale, oui ne semble tenir aucun compte des belles paroles de fraternité prononcées à VAltiance évangélique de Berlin. Au milieu de ces débats, intervient la f(?uille catholique de New-York, The FreemansJournai^ pour demander rentière abolition du système :
m Le gouvernement américain^ dit le Freenian*&, na pas le droit d'établir une religion^ ou, ce qui est la même cAose, un service reiigieux sur aucun point que ce soit et pour atêcune classe de citoyens des Etats-Unis. Toute entreprise de ce genre est un retour servile aux temps coloniaux et une copie des gouvernements d'Europe. Vabus a été si loin qu'une loi inconstitutionnelle a été votée sans réflexion par le congrès^ ordonnant à des ciioyens américains ^ officiers ou matelots sur les vaisseaux des Etats-Unis^ d'assister aux exercices religieux du chapelain du bord, Souê la présidence du général Pierce^ il est à notre connaissance que cette loi abomina-bte a coûté à la flotte^ dans le cercle étroit de nos relations^ un de ses plus braves pfficiers^ lequel avait le cœur trop haut placé pour abdiqua la liberté achetée pour lui au prix de leur sang pur ses ancêtres^ dans les guerres de la révolution, — Le système entier de raumônerie gouvernementale est anti'^méricain et doit être aboli de fond en comble, il est emprunté au mauvais service anglais^ comme tant d'autres règlements stu^ pides et routiniers^ qui rendent notre armée et notre flotte plus imparfaites quelles ne devraient l'être.
m II se passe peu d*années où quelque offlrier ne soit contraint de donner sa démission pour échapper aux persécutions des chapelains. Quant aux soldats catholiques qui refusent d*aller au pr6<:he, on les fouette aân de leur faire entrer dans la tète lesdoctrines de Luther et de Calvin. — En 1831, le lieutenant John O'Brien fut traduit devant une cour martiale, à Norfolk» |>our avoir refusé de conduire sa compagnie au tem*
pie protestant. Cétait an Catholique zélé qui plus tard s>st bravement conduit dans la guerre du Mexique, où il s'est élevé au grade de major. Victime lui-même de la tyrannie religieuse en vigueur dans l'armée américaine, le lieutenant 0*Brien a écrit un traité de jurisprudence militaire, où il explique et commente tous les articles du Code militaire de 1806. (Articles of War.) 11 y
f>rouve que Tarticle z, relatif au service reigieux dans les camps, est absolument contraire à la Constitution fédérale qui proclame que « le congrès ne votera aucune « loi concernant l'établissement, ou défen- « dant le libre exercice d'une religion. » Le livre du lieutenant O'Brien a été adopté par le gouvernement de Washin^on pour éclairer les cours martiales. Mais le malencontreux article 2 n'en est pas moins resté jusqu'ici en contradiction avec la Cons* titution américaine.
« La conclusion du Neus-Tork-Freeman s- Journal e^t, qu'on devrait laisser au vote dès régiments et des équipages de décider s'il y aura un chapelain, et à quel culte appartiendra cet aumdnier. Comme les Catholiques forment le tiers environ de l'armée et de la marine américaines, et comme ils sont à peu près les seuls qui se soucient d'une religion, on n'aurait alors probablement que des aumôniers catholiques, lorsqu'on en aurait, et dans un pajrs où la volonté de la majorité forme la loi , nous ne voyons pas ce qu'on pourfait raisonnablement objecter à ce système. Bien entendu que personne ne serait contraint d'assister au service religieux. Mais le protestantisme aura grand'peine à accorder cetlt» justice aux Catholiques. L'intolérance e^t trop enracinée chez ceux qui font un tel étalage de leur prétendue tolérance; et à Washinston comme à Londres, à Berlin comme a Stockholm, à Berne comme à Copenhague, les droits des Catholiques so:i' plus ou moins méconnus. »
Un des rédacteurs du Constitutionnel^ M. Louis Esnault, parcourant l'Irlande, a communiqué au public ses impressions de vovage par l'intermédiaire de ce journal.
Voici quelques extraits d'une de ses lettres:
« Il n'y a vraiment qu'un seul être humain oui jouisse de la vie h Casliel. C'est Sa GrAce t'arihevéque protestant.
« Quand on a traversé les tristes rues de' Cashel, et ses faubourgs plus tristes encore, à l'endroit où la cam|iagne commence, au pied de ce roc fameux dans toute l'Irlande, et couronné, comme l'acropole du Nord, par les ruines superbes des palais et des temples du i)assé, on trouve une villa charmante. L opulence intelligente a réuni et concentré la tout ce qui peut charnier et
I claire; les arbres rares y versent leur omiraffe; toutes les fleurs y donnent leurs parfums; mille plantes ingénieusement disposées brodent de festons et d'arabesques le velours vert des gazons. Des rochers groupés à souhait pour le plaisir des yeux, fer-.
ment rhorizon par un décor d*opérai à demi Toilé soaa un rideau floitant et fleuri de lauriers, d*acacias, de lilas et d*ébénîers. Une voie secrète conduit des jardins aux ro<> chers. « C'est par là que, se dérobant aux yeux de son troupeau, le saint pasteur peut se retirerdansce lieu solennel, où il médite en paix sur l'insuffisance des biens de ce monde, p Je prends ce dernier trait dans le carquois d'un écrivain prolestant.
\ « Cette délicieuse résidence est celle de l'archevêque protestant.
« Je ne lui fais point an crime d'être si bien logé; au contraire. Seulement, il y a des contrastes qui obligent, et des anomalies qui choquent.
« Voyez plutôt.
« Les chiffres officiels des dernières statistiques établissent que sur les 8,000 habitants de Cashel, 7,850 sont Catholiques, et cent cinquante protestants... Mais comme l'Eglise établie, forte de sen droit de religion d'Etat, ne tient compte que des divisions territoriales, et nullement du nombre d'âmes qu'elle régit, on a fait de Cashel le siège d'un archevêché protestant, et tandis que les prêtres de 8,000 Catholiques ne re- {^ivent pas un centime de l'Etat, qui ne paye que sa religion, le pasteur, dis^je, des 100 brebis protestantes touche , pour ne rien faire, une somme ronde de deux cent mille iivres de rente! Ky a-t-il point (à une de ces injustices violentes qui crient et appellent une revanche?
« Ce que je vous signale ici h propos de Cashel, je l'ai rencontré vingt fois, cent fois en Irlande 1 J'ai vu, dans des |>aroisses rurales, le curé catholique de 7 à SOOflmes, réduit à vivre des dons volontaires d'un trotipeau plus panne que lui, tandis qu'à côtt^, <lans un cottage élégant, au milieu d'un beau parc, en face de quelque paysage enchanteur, le clergyman, en habit noir, de l'Eglise établie, mangeait avec sa femme une prébende de 25 à 30,000 fr., pour prendre ^oin de trois ou quatre âmes, en comptant 4^lle de Madame.
c Dans un pays catholique jusqu'à la mort, et il l'a bien prouvé, l'Eglise anglicane Aou^ présente un réseau administratif formidable : k provinces, 32 diocèses, 1,387 bé- DéOces, 2,^50 paroises, lout rétat-major d'une armée sans soldais, et qui se fait sol- ^ der par ceux dont elle nsurpe la place; si on n'a pas les Irlandais, on a l'Irlande, et on tarit jnsqu'au sang sa mamelle féconde, k archevêques, 18 évêques, 326 dignitaires, doyens, chanoines, chanceliers, trésoriers, archidiacres, prébendiers et prévôts, suivis d'une nuée de bénéGciaires inférieurs, se pi(rtagent chaque année le revenu de 070,000 acres de terre confisqués, et près de 23 millions prélevés par la dlme sur le nécessaire strict d'un peuple en haillons, qui meurt de faim! Je prends mes mots dans les enquêtes parlementaires. Si encore cette dtme odieuse était payée aux ministres de sa religion : te peuple alors pourrait espérer la voir revenir è lui dans les mains bénies
de la charité ; elle rehausserait la splendeur de ses temples et l'éclat de sonculte; en un mot, il oe la perdrait point tout à fait. Mais quand ii se dit que le morceau de pain «rraché k la fliim de ses enfants, va tomber dans le trésor déjà rempli de son ennemi le plus cniei, du lion dévorant qui rôde autour de son ftme pour le perdre,
QuareMS Uo fpum devifret.
il ressent dans son cœur une indignation amère : longtemps il la comprime, mais parfois elle éclate, comme aujourd'hui, en ré* voltes partielles, sur divers ooints du territoire. »
THINITÉ. — A ceux qui voient dans li trimourti indienne une ébaucha de la Tri* nité chrétienne. Il suffit de rappeler ces |i8rôles de M. Guignaut (t. 1, p. 593) : c En général, on s'aci^^rde à regarder le sivaisme comme anlérieur au culte de Vichnoo, et eclui-ci au bouddhaïsme ou bouddhisme; l'opinion qui iail, des formes ou sectes dif« férentes, dans lesquelles se développa successivement te vichnouïsme, une lente et pénible série d'essais, tentés jpour supplanter d'abord, ensuite pour réformer le culte antique de Si va, porte surtout un caractère frappant de vraisemblance. Crichna et Bouddha [laraissent marquer les deux dernières de ces réformes, véritables traités d'alliance entreles dieux commeentre leurs adorateurs; mais le culte de Crichna ne fit que s'agrandir de plus en plus, tandis que Bouddha et les siens finirent par être expulsés de rinde. » Ainsi firthma, Vichnou et Siva %9raient trois sectes différentes qui, après avoir lutté l'une contre l'autre, auraient fini par se fusionner. M. Majer admet, eo effet, un brahmaïsme antérieur au sivaïsme. Il eu vrai que plusieurs des indianistes, qui admettent ces opinions sur l'origine historique de la religion de l'Inde, admettent en même temps que ces diverses sectes avaient un centre et un foyer commun dans une religiou primitive de l'Inde, à la fois sacerdotale et populaire. Mais dans les attributs des trois personnes de la trimourti indienne, nous avons utie preuve péremptoire de l'impossibilité d'y retrouver la Trinité chrétienne* Brohma, en effet, est le créateur; Vicbooo le conservateur, et Siva le destructeur os plutôt le transformateur.
M. le baron d'Eckstein s'exprime aiosi, sur le même sujet, dans le CorrespondmU de juillet 1854 : « On a voulu gratiâer le p8g«* nisme d'une intuition de la Trinité chrétienne, que l'on a supposé y exister comme une tradition latente, jusqu'à ce qu'on s'est imaginé d'en trouver la plus haute expression dans le trimBurtti de l'Inde- M. de Penkoën, lui aussi, est venu v reconnaître la formule prifnitive telle qu'elle se rencontrait, soit dans la tradition, soit dans la spéculation païenne.
« D'abord on a commencé par changer le sexe du trinMurlti pour le conformer avecle Saneta Trinitas de l'Eglise latine: on a dit une triméurtéit au lieu d'un trimoûrtU, Sa*
iniMi'ii!.*
suite ce mot ne signifie pas ce qu'on veut lui faire dire. Il no s*agil pas de iroii fersonnes, pas mèn»e de troii dieux; il s*agitde iroii fortneê^ de iroi$manifesl€Uion$ du dieu sujet aux conditions du temps et de respace» dieu dégradéi déchu de Tèlre en soi» devenu le sujet de la Déesse, de la Magicienne, d'une trompeuse Nature; forcé de s*aliier h •lie, de se livrer à ses embrassements, de produire le système des trois mondes eu cet adultère mélange, tout cela au moyen des trois formes de son apparition même. C'est ce système qui est exprimé par les trois yatina'f, les trois coràtê^ les trois liens au moyen desquels 1^ dieu reste enchaîné à la série triple, purement naiurelle^ de tous Ws phénomènes de la nature, comme de tous les phénomènes de Tesprit. Eniré d*iibord, par suite de sa déchéance, dans les ténèbres, dans le chaos, dans rablme, la première forme, où il a entièrement perdu la conscience de son être propre, le dieu en sort pour aborder le royaume de la lumièrei, îlluniinaniainM les ténèbres, devenues mutiieùlortêf h Tinstar du dieu, sous la forme du temps présent, sous la forme de la pas* siott et des mélanges de Texistence, combinaison infinie de Ta lumière et des ténèbres. Aus>i longtemps que cet état du monde sub^ siste, aussi longtemps dure le système de la transmigration des Ames. Quand le sage revient à soi,qu*il reconnaît te néant de ees trois formes de toute existence naturelle, l'être affranchi roule en soi, infécond et éternel ; il n*y a plus de transmigration des ftmes. Ce système, entièrement i nconnu du Veda, entièrement étranger môme aux Bréhmanah du Veda, commence k poindre dans quelques oupanichadah; mais il ne se constitue que |)ar la philosophie du SAnkya, c|ue nous n'avons pas à expliquer ici. On voit ce qu'il an est de cette prétendue tri nité indienne; on eût pu mieux choisir, on eût pu rencontrer des conceptions ternaires t)eaucoup plus voisines du Logos des platoniciens, entre autres la doctrine du Tad ou celle de VAum. {Voir Farticle TnÉOLOOis.)
« Le célèbre voyageur Niebhur, le père de l'historien, a été, je crois, le premier k découvrir une représentation du Trimoûrtti^ aculpté dans le roc d'un des monuments des grottes d*Eléphanta. Erhkine a prouvé qu'il s'était complètement trompé* (Account ofike €000 îmnpie of Elepkanta^ irûn$aeUon$ of (he Uuerarji êoaety of Bombay^ vol. 1*'.) L'idole d'Eléphanta offre une représentation dn dieu Tri-neira^ Try-ambaka^ Trilotehana^ c'est^ihdire du dieu au triple œitf dont ToBil unique est caché au milieu du front, dieu qui réside dans les trois mondes, aux yeux des Saîvas, ses croyants* Nulle part donc il n'existe une vraie adoration du TrimoûrtH dans l'Inde. Elle ne peut pas même v exister, ce dieu enchaîné, esclave de l'illusion des sens, le grand captif de l'ordre de la création , l'autanr du monde par oubli de lui-même, étant né de la spéculation des métauliysiciens, n'ayant jamais eu de valeur populaire ni de valeur sociale. »
Diction !f. nu PabauIlb.
M. Lefebve, professeur i l'Université de Louvain, réfutant dans la Revue catholique Ikss impiétés d'un professeur de l'Cniver^iié de Gand, s'exprime ainsi, sur le même sujet, après avoir attribué à la révélation primitive et à la révélation mosaïque les véritables vestiges de la Trinité qui peuvent se rencontrer chez les peuples païens (février 1856) : « Les rationalistes enseignent d'un commun accord ç^ue la Triuilé élait connue avant Jésus-Christ, et que ce dogme a sa source dans la raison humaine. Mais ils cessent de s'entendre dèsqu*il s'agit d'indiquer le peuple auquel le christianisme aurait emprunté le dogme de la Trinité. Jean Reynaud prétend que ce dogme vient de la Perse. Leyser, <Ireuzer, Guignant, Clavel, affirment que la Trinité fut primitiveuieiit connue dans Tlndo. Selon d'autres savants, on doit chercher l'origine du dogme chrétien dans la religion mystérieuse de l'Egypte. La Grèce réunit en sa faveur le plus grand nnml)re de suffrages. Au jugement de8piiiosa,Kant, Cousin, Jouffroy, Vacherot, Matter, etc., l'auteur du dogme de la Trinité serait Platon. Enfin, pour épuiser tous les systèmes, on a dit que la doctrine chrétienne serait le ré^^ultat de la fusion des théories grecques et orientales : JevoHsdiêf moJ« c'est M. Pierre Leroux qui parle {Encyclopédie nouvelle^ arl. Chriettafiûme), que ctH par l'Egypte et Platon que la doctrine du Verbe e$t détenue le christia^ m>tri«.«. Je vous die que le Verbe de$ Chré* liens e$t le Verbe deê polythéiêtes^ le Verbe de Lao^iteUf U Verbe de$ Égyptiens^ le Verbe des Indiens... Ce dissentiment profond nous montre l'embarras des rationalistes, et prouve combien il leur est difficile de trouver le do^me de la Trinité chez les peuples f)aiens. Mais jetons un coupd'œil rapide sur chacun des systèmes si disparates que nous venons d'indiquer.
c Nous n'avons guère besoin de montrer que le dogme de la Trinité n'est pas d'origine persane; l'opinion de M. Jean Reynaud est généralement abandonnée. On sait que, selon les doctrines de la Perse, il faut admettre un principe éternoi', le temps sans bornes, d'où émanent Ormuzd, l'être pur et bon par excellence, et Abriroan, le mé* obant, le principe ténébreux, l'auteur de tout mal. Ce dualisme exclut le dogme chrétien. Pour prouver que le dogme de la Trinité était connu chez les Perses, on s'est appuyé sur des témoignages faux, imaginés par tes néoplatoniciens du m* siècle uui ont faussé les doctrines antiques pour les mettre d'accord avec leurs opinions sur la Trinité. Ces témoignages ne méritent donc pas d'être discutés.
« Pendant quelques années on ne douta guère que la Trinité n'eût été connue des anciens philosophes de la Chine. Un illustre sinologue, Abel Rémusat, appuyait cette opinion de l'autorité de son nom. Voici comment il traduisait un passage de Lantseu : Avant le chaos qui a précédé la nais^ ionce du ciel et de la terre, un être seul exis*
ÎSA
tait immerne et iilencieux^ itnmuabh et toujoun agissant : c'est la mire de runivers^fignore son nom, mais je le désigne par le mot de raison,,. On peut donner son nom à la raison primordiale: sansnom^ c^est le pnncipe du ciel et de la terre; avec un nom, c'est la mire de Vunivers,.. La raison a produit un, un a produit deux, deux a produit trois,
trois a produit toutes choses Celui que
vous regardez et que vous ne voyez .pas se nomme I ; celui que vous écoutez et que vous n entendez pas, se nomme Hl ; celui que votre Yiiain cherche et qu'elle ne peut saisir, se nomme WI^I. Ce sont trois êtres qu'on ne peut comprendre, et qui confondus n'en font qu'un. Ces paroles firent croire è Texislence <lu dogme de la Trinité chez le3 Chinois. Mais M. Stanislas Julien, professeur au collège de France, a renversé cette opinion en montrant que les dernières paroles de Laotseu doivent Atre traduites de la manière suivante: Vous reaardez (le Tao) et vous ne U voyez pas : on le dit incolore (1). — Vous V écoutez, et vous ne T entendez pas; on ledit aphone [Hl). — Vous voulez te toucher^ et 'VOUS ne Vaiteignez pas : on le dit ineorporeL — Ces trois qualités ne peuvent être scrutées *â Vaide de la parole, c'est pourquoi on les confond en une seule. On s était donc trop liâte de voir la Trinité dans tes doctrines chinoises ; tes progrès de la science ont fait disparaître cette o^nnion.
« C*Dst avec moins de fondement encore ffa'on a cherché Torigine de la Trinité chez les Egyptiens. Rien n'est plus obscur que la religion égyptienne qui a donné lieu à d'interminables ^controverses ; il serait fastidieux d^énumérer toutes les opinions plus ou moins contradictoires émises à ce sujet. Il n*est donc pas surprenant qu'on ait aussi soQtçnu que la théologie égyptienne peut dire ramenée au dogme de la Trinité. « Les Egyptiens (dit le professeur de Gand) , reconnaissmient une divinité suprême ; mais ils concevaient cette divinité comme un composé de quatre êtres incréés infinis, l'esprit, la matière, le temps, l'espace. C'est la célèbre trinité égyptienne que Ppthagore emprunta à l'Egypte, que Platon d&eloppa, et qui devint , sous une nouvelle acception, une des bases du christianisme. Singulière trinité de quatre personnes qui ne sont unies entre elles ni par Tunitéde nature, ni par l'unité de Taction. Il faut posséder la foi robuste 'd*un libre penseur pour voir là l'origine du dogme chrétien.
c Pierre Leroux (que copie le professeur de Gand), pour prouver que la Trinité faisait partie des doctrines égyptiennes » a recours aux livres hermétiques, ouvrage apocryphey composé aux premiers siècles de l'Église, avec des lambeaux de la Bible et de Platon. Il accepte encore sans la moindre discussion les commentaires des Alexandrins sur l'ancienne religion de l'Egypte. On ne saurait invoquer une source historique plus contestable , car il est constant que les Alexandrins ont attribué faussement leur prepre doctrine aux divers peuples de
l'antiquité : c'est ce qu'on appelle le« fc»$ifications de l'école d'Alexandrie... fions ne discuterons pas des arguments qui reposent sur des livres apocryphes el sur de fasi témoi^ages. Les savants qui onl ex|«»é la religion égyptienne d'après les aoonments authentiques n'y ont rencooiré ittcune trace de la Trinité.
«M. Pierre Leroux n'est pas plii« beoreex dans les rapprochements qo*il établit ealreli trimourti indienne, et la trinité cbrétiefibe. On est loin d*ètre d'accord sur rorigine et la signification de la trimourti indienne, qei se composede Brahma,Vichoou etSiTi. Ces trot» dieux émanent deBrahm,1e principe éternel, invisible, nécessaire, l'unité pure. Ce soei trois dieux inférieurs ft Brahm el qui o*o« entre eux ni unité, ni égalité. Ces dieex, k leur tour » donnent naissance k d'eairt» dieox et sont comme les chefs de Irois ar* mées de dieux. On reste confonda devaoi la multitude de fables et de lurpiiodee q«a l'imagination des Hindous a enfantées sar la trimourti. Quel rapport peui-oo éiabtir entre cette doctrine absurde et le do^ve si pur et si sublime de la Trinité cbrétieiiBet
« L'opinion qui voit le dogme de le Trinité dans Platon compte un grand aooilirc de partisans ; mais elle n*est pas plus ooaforme à la vérité. Les champions de cette opinion sont loin d'être d'accord aor Tédterprétation de la doctrine de leur malvt. En lisant ce qui a été écrit sur ce s^jet, oa est frappé du grand nombre de trioilés platoniciennes dont on nous a gratifiés. Ccst la preuve la plus évidente, au'il u*est p» facile de trouver le dogme chretiefi chrz Fiaton, et que ce qui a été dit en cette matière repose sur des interprétations arbitraires*
« On prétend que le Logos de Platon est a seconde hypostase de la Trinité. Mais ja<qu'ici on n'a pas prouvé aue ce Isgos tùi autre chose que la faculté de concevoir et de raisonner , un simple attribut de Shma^ et qui ne constitue point une personœ distincte. L'unique texte sur lequel on s*a|ipQit pour prouver que le Loaos est une b.ifoe»tase est fort obscur, et (Tailleurs il e*! ùtt d'une lettre non authentique de Platon.
« Selon quelques interprètes, le Logos et Platon, l'archétype du monde est en uebors de Dieu» comme les idées éternelles sum ea dehors de notre esprit qui les conleai)4e Cette hypothèse nous parait invraisenUMable ; mais en l'admettant, il serait eatvrt vrai dédire que le Logos platonicien nVi pas le Verbe des Chrétiens; car saixào s doctrine chrétiennct le Verbe re»te aiiacbe au sein du Père ; il sort du Père^ cdohm le rayon du foyer, qui le lance » sêss^ tuatcfois s'en séparer, car, par la substance, ^ est un avec le Père.
€ L'Ame du monde, qui joue un rftle important dans la doctrine platonicienne « est considérée par quelques écrivains comst la troisième personne de la Trinité. Mais* dans les idées de Platon, cette Ame dn n-oo* de est une émanation imparfaite de Dieu , un fragment de la divinité emprisunne*
tj57