‹ Dictionnaire du parallèle entre diverses doctrines philosophiques et religieuses, d'une part et la foi catholique de l'autreChapitre 85 sur 87 · TS · texte numérisé non relu

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renvoyer eux métaph.vsicieris chrétiens» selon lesçinels (poar nous servir du langage sco.>ssUque) Dieu n'appartient pas à la raté* gorie de la substance, car il ne peut faire parti d*un genre.

H. Cousin est plus dans le vrai quand il combat les deux moyens imag^inés par les Alexandrins pour atteindre Dieu. L'extase pour les initiés, la tbéurgie pour la foule, Toilà par quoi ces mystiques raflSnés remplacent la raison et Tamour. c De tout temps et de toutes parts, » dit H. Cousin, « ces deux mysticismes (Pextase et la tbéurgie) se sont donné la main. Dans l*lnde et dans la Chine, les écoles où s'enseigne l'idéalisme le plus quintessencié ne sont pas loin des pagodes de la plus avilissante idolAtrie. Un jour, on lit le Bhagavad-Gita ou Lao-Tseu, on enseigne un dieu indéfinissable, sans attributs essentiels et déterminés, et le lendemain on fait voir au peuple telle ou telle forme, telle ou telle manifestation de ce dieu, qui n'en ayant pas une qui lui appartienne, peut les recevoir toutes, et qui, n'étant que la substance en soi, est nécessairement la substance de tout, de la pierre et d'une goutte d'eau, du chien, du héros et du sage. Ainsi, dans le monde ancien, sous Julien, par eiemple, le même homme était à la fois professeur i l'école d'Athènes et gardien du temple de Minerve et de Cybeie, tour à tour obscurcissant par de subtils commentaires le Timée et la Bépublique, et déployant aux yeux de la multitude, soit le voile sacré, soit la châsse de la bonne déesse, et dans l'une et l'autre fonction, prêtre ou philosophe, en imposant aux autres et à luimême, entreprenant de monter au-dessus de l'esprit humain, et tombant misérablement au-dessous, payant en quelque sorte la rançon d'une métapbydique inintelligible en se prêtant aux plus honteuses superstitions.

« Lorsque la religion chrétienne triompha, elle rangea l'bumaniié sous une discipline qui mit un frein è ce déplorable mysticisme. Mais combien de fois n'a-t-il pas ramené sous le règne de la religion de l'esprit toutes les extravagances des religions de la iia« turel 11 devait surtout reparaître à la renaissance des écoles et du génie du paganisme, au xvr biècîc. »

Ici M. Cousin flélrit Paracelse, Van HeU mont, SwedentK)rg, les magnétiseurs, les tables tournantes. L'avouerons- nous : il nous serait difiicile de nous expliquer, comment M. Cousin, dans un abrégé de pbilosof>hie, a consacré un chapitre entier au mysticisme, s'il n'avait eu en vue que les adversaires dont il fait mention. Cette partie de l'ouvrage (tarait destinée à suggérer au lecteur, d'une manière très-indirecte, la pensée que la révélation tout entière appartient à la catégorie du mysticisme. C'est do moins l'impression que nous avons éprouvée, maigré une lecture très-attentive ; et cette impression ne s'est pas affaiblie quand nous sommes arrivés à cette phrase qui termine le chapitre: « Le seul mo^en qui nous soit donné de nous élever jusquà r£tre des

êtres, sans éprouver d'éblouissemont, ni «le vertige, c'est de nous en rapprocher à l'aide du divin intermédiaire, c'est-à-dire de nous consacrer è l'étude et h Tamour de la vérité, et, comme nous le verrous tout à l'heure, à la contemplation et à la reproduction du beau, surtout à la pratique du bien, p Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit sur le nom à' intermédiaire f attribué an vrai; mais nous ne pouvons nous empêcher de faire observer que la phrase citée semble exclure un autre intermédiaire que les Chrétiens adorent. Nous reconnaissons cependant Qu'elle peut s'expliquer dans un sens orthodoxe, si on la restreint à Tordre naturel; elle n'aurait plus alors que le défaut d'expliquer imparfaitement cet ordre luimême, et surtout de ne pas faire soupçonner qu'il en existe un autre. Mais nous ren« contrerons bientôt des passages où est exprimée plus clairement l'erreur que nous avons reprochée à l'illustre écrivain.

La seconde partie du livre de M. Cousin, pelle qui a pour objet le beau^ en est la plus remarquable, et nous croyons qu'elle en a fait le succès. Les grandes considérations sur le vrai et sur le bien auraient trouvé moins de lecteurs, si elles n'avaient pu se glisser, comme elles l'ont fiiit, è la faveur des belles pages qui sont consacrées aux arts. Les cinq chapitres qui composent cette deuxième partie sont intitulés : Du beau dane teeprit de Fhomme, — Du beau dans In objet$,-^De l'art. — Des différents arts.^Dt Cart français au xvu' siècle. Citons-en quelques passages, d'abord pour mettre nos lec^ teurs à même d'admirer comme nous de nobles pensées noblement exprimées; ensuite, afin de mieux faire saisir les observations que nous aurons à présenter.

M. Cousin parle ainsi du beau dans les pbjets : « Nous avons dit que chez Thomme lit chez l'animal môme la ngure est belle par l'expression; mais quand vous êtes sur les hauteurs des Alpes ou en face de Timmensse Océan, quand vous assistez au lever et au coucher du soleil, à la naissance de la lumière ou à celle de la nuit, ces imposants tableaux ne produisent-ils pas sur vous ua effet moral? Tous ces grands spectacles apparaissent-ils seulement pour apparaître; ne les regardons-nous pas comme des manifestations d'une puissance^ d'une intelligence et d'une sagesse admirables; et (>ourainii parler, la face de la nature n'est-elle pas expressive comme celle de l'homme?..» Audessus de la beauté réelle est uue beauië d'un autre ordre, la beauté idéale. Uidéal ne réside ni dans un individu, ni dans une collection d'individus. La nature ou l'eipérience nous fournit l'occasion de le concevoir, mais il en est essentiellement distinct. Pour qui l'a une fois conçu, toutes les figures naturelles» si belles qu'elles puissent être, ne sont que des simulacres (i*uoe beauté supérieure qu'elles ne réalisent pas. Donnezmoi une belle action, j'en imaginerai une encore plus belle. L'Apollon lui-même admet plus d'une critique. L'idéal recule sans

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à mesure qu'on en approche davantage.

Son dernier terme est dans Tinfini, c*est-kdire en Dieo ; ou poar mieux parler, le vrai et l'absolu idéal n*est autre aue Dieu même...

« Ne faot-il pas être esciaTe des sens et €l«s apparences pour s'arrêter aux mouvenfients, aux formes, aux sons, aux couleurs, dont les combinaisons harmonieuses produi* sent la beauté de ce monde visible, et ne pas ooncevoir derrière cette scène magnifique et M bien réglée, l'ordonnateur, le géomètre, Partiste suprême?

« La beauté physique sert d'enveloppe à la lieauté intellectuelle et è la beauté morale.

« La beauté intellectuelle, cette splendeur du vrai, guel en peut être le principe, sinon le principe de toute vérité?

« La beauté morale comprend, nous le irerrons plus tard, deux éléments distincts, également mais diversement beaux, la justice et la charité, le respect des hommes et rameur des hommes. Celui qui exprime, dans »« conduite, la justice et la charité, accomplit la plus belle de toutes les œuvres; l'homme de bien est, à sa manière, le plus grand de tous les artistes. Mais que dire de celui qui est la substance même de la justice et le fbjer inépuisable de l'amour? Si notre nature morale est belle, quelle ne doit pas être la beauté de son auteuri

« Ainsi, Dieu est le principe des trois ordres de beauté que nous avons distingués, la beauté physique, la beauté intellectuelle, la t)eaaté morale.

« C'est encore en lui que se réunissent les deux grandes formes do beau, répandues dans chacun de ces trois ordres, à savoir, le beau et le sublime. Dieu est le beau par excellence; car, quel objet satisfait mieux k toutes nos facultés, à la raison, èrimagination,au cœur ?II offre k la raison l'idée la plus haute, au delà de laquelle elle n*a plus rien k chercher, k l'imagination la contemplation la plus ravissante, au cœur un objet souverainement aimable. Il est donc parfaitement beau : mais n*esl-il pas sublime aussi par d'autres endroits? S1I étend Thori/on de la pensée, e*est pour la confondre dans l'abtme de sa grandeur. Si TAme s^épanouit au spectacle de sa bonté, n'a-t-elle pas de quoi s'effrayer k l'idée de sa justice, oui ne lui est pas moins présente. Dieu est k la lois doux et terrible. En même temps qu'il est la vie, la lumière, le mouvement, la grflr^ ineffable de la nature visible et finie, il s'appelle aussi l'Eternel, l'invNsible, rinfini, l'immense, l'absolue unité, et TKtre des êtres. Ces attributs redoutables, aussi certains que les premiers, ne produisent-ils pas au plus haut degré, dans l'imagination et dans l'Ame, cette émotion mélancolique excitée par le sublime? Oui, Dieu est pour nous le tvpe et la source des deux grandes formes de la beauté, |)arce qu'il nous est k la fois une énigme impénétrable, et le mot le plus clair encore que nous puissions trouver k toutes les énigmes. Etres bornés que nous sommes, nous no comprenons riçn k ce qui est sans limites, et nous ne {wuvons rien ex^iliquer sans cela même

qui est sans limites. Par Têtre gue nous pos» sédons, nous avons quelque idée de l'être • infini de Dieu; fiar le néant qui est en nous, nous nous perdons dans Têtre de Dieu ; et ainsi toujours forcés de recourir k lui pour expliquer quelque chose, et toujours rejetés en nous-mêmes sous le poids de son infini- 1 tnde, nous éprouvons, tour k tour, ou plutôt en même temps, pour ce Dieu qui nous élève et qui nous accable, un sentiment d'attrait irrésistible et d'étonnement, pour ne pas dire de terreur insurmontable, que lui seul )ieut causer et apaiser, parce que, lui seul, il est l'unité du sublime et du beau. • A la n. 186, M. Cousin nous dit que l'art, noble allié du sentiment religieux , est un pouvoir indépendant et ne relève que de luimême; par conséquent, il ne peut admettre la théorie qui met l'art au service de la religion et de la morale, et lui donne pour but de nous rendre meilleurs et de nous élever k Dieu. L'art ne produit cet effet qu'indirectement. L'artiste est, avant tout, un artiste, il se confie k la vertu de la beauté. Puis, comme craignant d'en avoir trop dit, Tauteur ajoute : Distinguons , ne séparons pas... l'art, l'Etat, la religion sont des puissances qui se prêtent un concours mutuel; elles ne doivent pas se mettre au service l'une de l'autre. « L*art est aussi k lui-même une sorte de religion. Dieu se manifeste k nous

Kr l'idée du vrai, par l'idée du bien, par dée du beau. Ces trois idées sont égales entre elles et filles légitimes du même père. » Cette dernière phrase semble faire de la religion une science humaine, en la restreignant dans les limites de la philosophie, c'est-k-iiire, de Tidée du vrai et de l'idée du bien. Mais le principal reproche que nous adresserons k ce passage, c*est le défaut de netteté. M. Cousin parait nier et affirmer tour k tour Tindépendance absolue de l'art; si Part est indépendant do la religion, il 3- a entre lui et elle, bien plus que disiineiion: si l'art, comme TEtat, comme la philosophie, n*a pas le droit de contredire la religion, il n*e5t |>as indépendant. Mais n'iusistons pas sur une (censée qui n'est pas assez précise f)Our fo«rnir matière k une réfutition. Saluons plutôt d'une admiration sans réserve les deux derniers chapitres que M. Cousin consacre k l'idée du beau, le dernier surtout qui est complété par un appendice où Tauteur énumère les tableaux de récote française qu'il a vus dans les galeries de rAngleterre. Ce dernier chapitre contient d'admirables pages sur la littérature française du grand siècle. II faudrait tout citer. Bornons-nous k quelques lignes sur Bossuet, ce grand esprit, qui, comme M. Cousin le dit ailleurs (p. 88), n*a poi (Tégal pour ta force dans le sens commun : « C'est dans la prose qu'est peut-être notre gloire littéraire la plus certaine... Quelle nation moderne compte des prosateurs qui approchent de ceux de notre nation? La patrie de Shakespeare et de Milton ne possède, après Bacon, aucun prosateur du premier ordre; celle du Dante, de Ptutarque, de l'Arioste, du Tasse, est lière eu

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▼aia de Uochiavel, iloni la diction saine ei niAlA es4, comme la pensée qu'elle exprino^et destituée de grandeur. L'Espagne a f>roduit» il est vrai, un admirable écrivain, mais il est unique» Cervantes... La France peut montrer aisément une liste de pins de vingt pro« sateors de génie, Froissard, Rabelais,* Montaigne» Descaftes, Pascal, Larochefoucauld, Molière, Retz, La Bruvère, Malebranche»

Bossuet, Féneion, Fléchier, Bourdaloue»

Massillon, Mme de Sévigné, Saint-Simon, Montesquieu, Voltaire, Buffon, i.-jJ. Rousseau ; sans parler de tant d*aulres qui seraient au premier rang partout ailleurs, Comines, Amiot, Calvin, aAubigné, Charron, Balzac, Nieolo, Fleury, Bussy, Saint-Evremont, Mme de la Fayette, Mme de Maintenon, Fontenelle, Yauvenargues, Uamillon, Le Sage, Prévost, etc. On peut le dire avec la plus exacte vérité : la prose française est sans rivale dans TEurope moderne; et dans ranliquiié même, su^iérieure h la prose la- Une tkti moins par la quantité et la variété des modèles, elle n*a d'égale que la prose grecque, en ses plus beaux jours, d'Hérodote à Démosthènes. Je ne préfère pas Dé« roosthènes à Pascal, et j'aurais de la peine h mettre Platon lui-même au-dessus ue Bossuet. Platon et«Bossuet, à mes yeux, voilà les deux plus grands maîtres du langage humain,avec des différences manifestes, comme aussi avec plus d'un trait de ressemblance : tous deux parlant d'ordinaire comme te peu^ pie, avec la dernière naïveté, et par moments montant sans efforts h une poésie aussi magniâque que celle d'Homère; ingénieux et polis jusqu'à la plus charmante délicatesse, et par instincts majestueux et sublimes. Platon, sans doute, a des grâces incomparables, la sérénité suprême, et comme le demi*sourire de la sagesse divine. Bossuet a pour lui le pathétique, où il n*a de rival que le grand Corneille. Quand on possède do pareils écrivains, n'est ce pas une religion de leur rendre l'honneur qiii leur est dû, celui d'une étude régulière et approfondie? •

Nous regrettons de ne pouvoir transcrire encore on magnifique parallèle entre Corneille et Raciae; mais ce serait trop nous éloigner de notre sujet. Citons maintenant un passage qui termine et qui dépare malheureusement le beau chapitre consacré à l'art français : « Le christianisme est inépuisable: il a des ressources infinies, des souplesses admirables; il y a mille manières d'y arriver et d'y revenir, parce qu'il a lui-même mille faces qui répondent aux dispositions les plus diverses, a tons les besoins, à toute la mobilité du cœur. Ce qu*il perd d'un côté, il le regagne de l'autre, et comme c'est lui qui a produit notre civilisation, il est appelé à la suivre dans toutes ses vicissitudes. Ou bien toute religion périra dans le monde, ou le christianisme durera; car il n*est pas au pouvoir de la nensée de concevoir une religion plus parfaite. Artistes du xix* siècle, ne désespérez pas de Dieu et de vous-mêm«s. Une philosojibie superficielle vous n jetés

loin du christianisme considéré d*niie bgao étroite; une autre philosophie peot vo«s «« rapprocher en vous le faisant enrisagerd^oa autre œii. Et puis, si le sentiment relîgie«i est affaibli, n'y a-t-il donc pas d*aiitres sntiments qui peuvent encore fiiire battre to cœur de 1 homme et féconder la génie? Plataa Ta dit : La beauté est toujours andaDoeat toujours nouvelle; elle est sopériaore à toutes ses formes, elle est de toos las paji et de tous les temps, elle est de toutes to croyances. Ce passage insinue elaira^Ml que le christianisme est une œuvra basBaiac, le plus parfait sans doute des prodmts de la raison,- mais sujet, comme toatas las cfaoMs terrestres, à la destruction. Car il c*y arlèi d*imp05sible, nous dit-on, à ee goa tmii$ religion périise dam le mande, et si vous demandez la raison de cette affirtnatino, aa vous répond que la pensée ne peut pas aoecevoir une religion pins paraita qoa la christianisme, ce qni signifie implicite '

Joe la pensée peut concevoir fiM^lgva e plus parfait que le christianisiua , Sue ce quelque cho$e n'est pas une raliçk». >n devine sans peine que c^?st la phiiosaphie. Nous trouverons bientèt la mèaa pensée exprimée ailleurs pins dairaoaBL

Nous arrivons à la troisième partie de Tonvrage de H. Cousin, et si nous y tr vous encore à admirer, noos ne poav nous dissimuler que les passages raprélieflsibles deviennent plus nombreux.

A la page 260, H. Cousin rejette arec raî« son le prétendu état naturel de Ro«sseaa« et nie ou'il faille étudier la naturi» hafluîoa dans l'état sauvage; seulement il flotte l'opinion qui fait de l'état sauvage, le gi l'enfance de Phumanité, et celle qoi ne voit dans cet état qu'une dégradation. Il seoiUa cependant que al première opinion sa rapproche beaucoup du système de Roosseao.

L'auteur est plus dans le vrai, en affirmaot (p. 270) que, si Péducation ne crée pas las principes, elle les développe ; mais à la ma 273 nous rencontrons cette assertion inad* missible, que les croyances générales, coauaa les langues et les sociétés, sont rceuvre de génie de Thumanité. L'humanité a donc existé primitivement sans croyance, sans langage, sans état social I Dans quels ératis les besoins de la cause rationaliste ne peuvent-ils pas entraîner un esprit juste! A ta page 279, M. Cousin combattant ceux qui veulent supprimer les passions, ran)ce panai eux l'auteur de Vimilation^ qui vent fiiire de l'homme Vangélique\habiiani d'un cMirt^ appelant la mari comme «na détiwramft.

Sans doute les passions , bien dirigées, peuvent être utiles, mais si tous les bommas ne sont pas appelés à habiter les cloîtres, nous soutenons qu*ils peuvent tous soina la^ conseils de Vlmitaiion sans priver la sociéïé des secours que les passions lui préteirt. L*amour de Dieu et le dévouement sont c)r< ressorts non moins énergiques et nonanvii» utiles que Vhorreur d$ la fou/franca et TAar* reiir de la mort, M. Cousin rrconnali que Divu est le r*rio*

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tipe suprême de la morale, c*esl-&-dire que Ifli morale ne pourrait exister sans Dieu, vér^ité capitale qui a été méconnue, il y a pea câ*année$, par des écrivains catholiques. M. Clousin ajoute ayec raison que Dieu n*a pas inslitaéarbilrairemeot la loi morale. Hais il SI (ort de confondre cette assertion avec cette autre, que la seule volonté de Dieu n'est pas le principe de l'idée du bien. Cette dernière proposition n'est vraie qu'en prenant le mot cievo/on/^dans le sens de liberté: mais, outre la volonté libre à laquelle s'applique très-bien Vargumentation de M. Cousin, il ^r a en Dieu une volonté essentielle, qu*on ne peut distinguer nullement de la justice» et qui peut par conséquent être le princii)e cje la morale. M. Cousin a le tort de ne pas distinguer en Dieu ces deux volontés, et, de plus. Te tort non moins grave d'imaginer une distinction entre la volonté essentielle et la raison. La volonté essentielle i)*estque la nécessité de vouloir, et par conséquent ne suppose rien d'antérieur k elle. On ne peut donc lui appliquer cette affirmation de M. Cousin, qu une volonté quelconque ne peut fonder une obligation. Cette affirmation sans correctif serait même fausse relativement k la volonté libre; car l'homme luimême peut fa ire un commandement obligaloire dans une matière indifférente au poin| de vue de la justice éternelle.

On lit à la page 375 : « Si j'ai des devoirs envers moi-même, ce n'est pas envers moi comme individu, c'est envers la liberté et l'intelligence, qui fout de moi une per^onne morale. 11 faut bien distinguer en nous ce qui nous est propre de ce qui appartient à I humanité. Chacun de nous contient en soi la nature humaine avec tous ses éléments essentiels, et de plus tous ces éléments y sont d'une certaine manière qui n'est pas la même dans deux honimes différents. Les particularités font l'individu, mais non pas fa personne ; eC la personne seule en nous est respectable et sacrée, parce qu'elle seule représente l'humanité. » ^ious n'admettons s cette distinction entre l'individualité et personnalité dans la nature humaine; c'est une opinion nouvelle, dont les considértfûts ne nous semblent pas solides. La première particularité, qui est la base de toutes les autres, et qui uar conséquent fait l'individu, de l'aveu ae M. Cousin, consiste à posséder, d'une manière numériquement différente, les attributs de l'espèce; or c'est là aussi ce qui constitue la personnalité dans l'espèce humaine. Ce qu'il y a de vrai, c'est que les différences, entre ceux qui participent à la nature humaine, sont de plusieurs sortes; mais on se trompi^rait, soit en donoant k quelques-unes de ces différences le nom d'individualité, et aux autres celui de personnalité, soit en appliquant le premier nom è l'enseo^le des différences, et réservant le second nour les éléments communs. Plusieurs des éléments communs i tous les hommes ne suffiraient pas pour foire de l'individu une personne, et l'on peut concevoir uo être humain unique, n'ayant par consé-

i)uent rien de commun avec qui que ce sort, incapable aussi d*une différence purement numérique, et des particularités qui en découlent, et qui cependant serait un individu et une personne. La personnalité est le nom que prend l'individualité dans lés êtres rai* sonnables. Peut-être au fond H. Cousin n'a-t-il pas dit autre chose, et aurons-nous mal discerné sa pensée.

Nous lisons à la page 379 : « Il faut perfectionner ta personne morale, il faut travailler è rendre un jour i Dieu notre Ame meilleure que nous ne Tavons reçue; et elle ne peut le devenir que par un constant et courageux exercice. » On regrette de ne pas entendre parler du secours divin qui est nécessaire pour se perfectionner même dans l'ordre naturel. Plus loin (p. 381) M. Cousin tftche de prouver que l'esclavage est mauvais de droit naturel, et il n'y arrive qu'en prenant dans le même sylloeisme, le mot injustice eaàevix sens très - différents. Nous regrettons de trouver & la page 387 une longue sortie contre l'influence oppressive de la charité, « toujours le prétexte des usurpations. »

En traitant ce la morale sociale, H. Cousin écarte la question d'origine, et dit qu'il faut étudier la société dans son étal achevé. Que la question d'origine soit ici déplacée, je le veux bien ; mais je remarque que M. Cousin l'écarté chaque fois qu'il la rencontre; or toute philosophie complète doit s'en occuper tôt ou tard, et elle no peut le faire sans reconnaître une intervention divine, qui sorte du cours ordinaire des choses, par là même qu'elle en est le principe. Serait-ce là ce que craignent les philosophes rationalistes? On serait tenté de le croire, en voyant avec quel soin ils évitent les questions les plus vitales de la science.

Nous trouvons à la page 407 une grave accusation contre les plus grands des métaphysiciens modernes : « Quand en partant d'un premier attribut, on a déduit les attributs de Dieu les uns des autres, à la manière des géomètres I et des scoiastiques; que possède-t-on, je vous prie, sinon des anstractions... C*est là le vice commun de presque toutes les théodicées, sans excepter les meilleures, ni celle de Leibnitz, ni celle de Clarke, ni même la plus populaire de toutes,

la Profession de foi du vicaire savoyard

Il faut sortir de cette vaine dialectique pour arriver à un Dieu réel et vivant. » Et è la |)age 456 : « Nous n'avons pas déduit les attributs de Dieu les uns des autres, comme on convertit les différents termes d'une équation, ou comme d'une propriété du triangle, on déduit ses autres propriétés, ce qui aboutit è un Dieu tout abstrait, bon peut être pour l'Ecole, mais qui ne suffit pas au genre humain. Nous avons donné à la tbéodicée un plus sûr fondement, la psychologie. » 11 y a dans ces paroles une grande erreur. &ins doute le procédé de M. Cousin, celui qui consiste è remonter d'un effet de telle nature à une cause de la même nature, à conclure chaque attribut divin des attributs finis corresiiondants, ce procédéi disons-

DICTI0^NA1RE OU PARALLELE

nous» est irréprochable ; mais celui qu*atUi-

Sue M. Cousin n*esi pas moins légitime, uand on raisonne sur les propriétés du triangle, on arrive h un résultat (mûrement abstrait, parce que Ton part d'une idée abstraite: mais lorsqu'on a démontré Texistence de Dieu, et Fun ae ses attributs, on possède, non pas une abstraction mais un Dieu réel et vivant, et par conséquent si Ton déduit tous les autres attributs de celui qu'on a établi, on n'arrive pas è une abstraction , puisqu'on paet d'une réalité. Les théodirées de l^ibnitz,deClarke, etc., conservent donc sur ce point toute leur valeur*

A la page &10 nous trouvons une grande erreur sur la liberté divine. 11. Cousin la fait consister dans l'absence d'effort pour accomplir le bien. Une noie de la même page formule cette erreur avec plus de précision. L'auteur montre d'abord fort bien quePhomme peut être libre sans délibérer, en agissant spontanément, et il ajoute : « Transportons cette exacte psychologie dans la théodicée, et nous reconnaîtrons sans hypothèse que la spontanéité est aussi la forme eminenle de la liberté de Dieu... Oui, certes, Dieu est libre, car, entre autres preuves, il serait absurde qu'il y eût moins dahs la cause première que dans un de ses effets, l'humanité; Dieu est libre, mais non de cette liberté relative & notre double nature, et faite pour lutter contre la passion et l'erreur, et engendrer

{>éniblement la vertu et notre science imparàiie; il est libre d'une liberté relative à sa divine nature. Entre le juste et l'injuste, le bien et le mal, entre la raison et son contraire, Dieu ne peut délibérer, ni par conséquent vouloir à notre manière. Conçoit-on en effet qu'il ait pu prendre ce que nous appelons le mauvais parti.? Cette supposition .seule est impie. Il faut donc admettre que, quand il a pris le parti contraire, sa nature toute-puissante, toute juste, toute sage, s'est développée avec cette spontanéité qui contient la liberté tout entière, et exclut à la fois les efforts et les misères de la volonté délibérante, et encore bien plus l'opération mécanique de la nécessité. » Si M. Cousin disait que Dieu, en évitant le mauvais parti, agit avec cette spontanéité qui exclut la délibération comme la coaction, et s'il ajoutait que cette même spontanéité est compatible avec la liberté, il serait dans le vrai. Mais son erreur consiste h prétendre que le même acte spontané peut être en Dieu un acte libre, et être en même temps la fuite du mal. Il confond ainsi, sous le nom de spontanéité, trois choses : l'absence de délibération , l'impossibilité de faire le mal, et, en troisième lieu, la liberté. La première de ces trois choses diffère des deux autres sans être incompatible avec elles : entre ces deux autres, il y a non-seulement diversité, mais opposition. M. Cousin identifie donc des objets différents, puis des objets opposés. D'abord, il ne voit pas que, si Dieu ne peut jamais délibérer, s'il asit. toujours spontanément, cette spontanéité , loin de se confondre avec l'impossibilité de faire le mal, se retrouve dans

des actions que Dieu eût pu ne (>as faire, par exemple, dans l'acte créateur; et ensuite, il ne voit pas que c'est se contredire et nier la liberté divine, que de la faire consister dans la spontanéité des actions que Dieu ne pouvait pas ne pas faire.

A la page ^12, nous avions crn, au pre-^ roier coup d'œil, trouver une profession de foi chrétienne :« Selon la divine doctrine,» dit M. Cousin, en parlant du christianisme, « Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique. » Mais la suite, comme on le verra, a déçu notre espoir , et nous avons remarqué qu'ici même les mots avaient été pesés pour esquiver ce que nous désirions. L'auteur ne dit pas que Dieu a donné son FiUf mais qu'il l'a donné selon le christianisme. Quant à Tépithète de divine, pour se convaincre qu'elle ne tire pas k conséquence, il suflit de se rappeler que M. Cousin l'accorde aussi à la doctrine de Platon. Passons sur la p. 41^, où on lit : t Je veux bien ne parler de la conscience qu Câpres la santé.... La t>onne et la mauvaise santé est, après tout, la plus grande partie du bonheur et du malheur. A cet égard, comparez la tempérance et son contraire. » Passons, dis-je, et arrivons à la page <^27, où nous devons transcrire un long iragment, des plus importante pour notre but : « Le culte public n'est pas plus une institution arbitraire que la société et le gouvernement, le langage et les arts. Toutes ces choses ont leur racine dans la nature humaine. L'adoration, abandonnée k elle-même dégénérerait en rêve et en extase ou se dissiperait dans le torrent des affaires et des nécessités de chaque jour. Plus elle est énergique, plus elle tend è s'exprimer au dehors par des actes oui la réalisent, à prendre une forme sensible • précise et régulière , qui « par un juste retour sur le sentiment qui Va produite, le réveille quand il s'assoupit, le soutient quand il défaille, et le proti'ge aussi contre les extravagances de tout genre auxquelles il pourrait donner naissance dans tant d'imaginations faibles ou effrénées. La philoso[)hie pose donc le fondement naturel du culte public dans le culte intérieur de l'adoration. Arrivée le, elle s'arrête, également attentive a ne point trahir se$ droits et è ne point les excéder, à parcourir dans toute son étendue et jusqu'à sa limite extrême, le domaine de la raison naturelle, comme aussi h ne point usurper un domaine étranger. » Disons tout de suite, avant de citer davantage, que la philosophie est dans son droit quand elle prouve, comme le fait M. Cousin, que môme dans l'état de pure nature il eût fallu un culte public; mais la philosophie ne va pas jusque la limite exiréme de son domaine^ si elle n'examine pas la possibilité d'un autre état que celui de nature pure. Disons de plus que les paroles de M. Cousin ont un autre défaut , c'est celui de faire croire qu'elles s'appliquent à rétat réel de l'humanité. Or c'est ce qui n'est pas. Nous le reconnaissons: sous la loi dénature, du temps des patriarches, p«r

VRAI

exemple» le pouvoir spirilnei était dans les indiiies conditions que le pouvoir temporel, €*est-è-dire que, bien que ce pouvoir fât d'origine divine, Tinstitulion qui en était dépositaire était une institution humaine. Cependant il ne faut pas oublier qu'il y avait déjà des préceptes positifs divins, et que jamais il n'a existé un cuite purement naturel; car Tbumauité, même déchue, est destinée è une fin surnaturelle. Tous les cultes existant en dehors de la vraie religion sont donc des altérations d'un culte qui n'était pas purement naturel. Continuons maintenant à lire : <i Mais la philosophie ne croit pas empiéter sur la théologie ; elle croit rester fiJèloè elle-même et poursuivre encore sa mission la pi u^ï vraie, qui estd*ailucr et de favoriser tout ce qui tend à élever Thomme, lorsqu'elle apulauilit avec elTusioa au réveil du sentiment religieux et chrétien dans toutes les ftmes dVIite, après les ravages uu*a faits, de toutes paris, depuis plus d'un siècle, une iausse et triste philosophie. Quelle n*eût [«as été, je vous le demanUe, la joie d'un Sucrate ou d'un Platon , s'ils eussent trouvé le genre humain entre les bras du christianisme! Combien Platon, si visiblement embarrassé entre ses belles doctrines et la religion de son temps , qui garde envers elle tant de ménagements, alors même qu*il s'en écarte, et qui s'efforce d'en tirer le meilleur parti possible, à l'aide d'interprétations bienveill«mtes, combien n'eût-il |)as été heureux d'avoir affaire h une religion, qui présente à l'homme comme son auteur à la fois et comme son modèle, ce sublime et doux cruciQé, dont il a eu un pressentiment extraordinaire, et qu'il a presque dépeint dans la personne du juste mourant sur une croix (i" liv., De la rép.)\ une religion qui est venue annoncer, ou du moins consacrer et répandre l'idée de l'unité de Dieu, et celle de l'unité de la race humaine, qui proclame l'égalité de toutes les Ames devant la loi divine, qui par là a prépaie et soutient l'égalité civile, qui prescrit la charité encore plus que la justice, qui enseigne à l'homme qu'il ne vit pas seulement de pain, qu'il n'est pas renfermé tout entier dans ses sens et dans son corps, qu'il a une flme, une Ame libre, qui est d'un prix infini et mille fois au-dessus des innombrables mondes semés dans l'es^pace ; que la vie est une épreuve ; que son objet véritable n'est pas le plaisir, la fortune, le rang , toutes choses qui ne sont point à notre portée et nous sont bien souvent plus dangereuses qu'utiles, mais cela seul qui est en notre puissance, dans toutes les conditions, d'un tK)ut de la terre à l'autre, à savoir: l'amélioration de l'Ame )iar elle-môme dans la sainte espérance de iievtfnir de jour en jour moins jndigne des regards du Père des hommes, de ses exemples et de ses promesses! Ah! si le plus grand moraliste qui fut jamais avait pu voir ces enseignements admirables , qui déjà étaient en germe au fond de son esprit , et dont on peut retrouver plus d'un trait dans ses ouvrages , s'il les eût vus consacrés ,

maintenue, sans cesse rappelés au eœur et à l'imagiiialon des hommes par des institutions sublimes et touchantes, quelle n'eût fias été sa tendre et reconnaissante sjm* pathie pour une pareille religion 1 Bt s'il était venu de nos jours , dans un siècle livré aux révolutions, où les Ames les meilleures sont atteiutes de bonne heure par le souffle di^ scepticisme, à <léfaul de la foi d'un Augustin, d'un Anselme, d'un Thomas, d'un Bossuet, il aurait eu, nous n'en doutons pas, les sentiments au moins d'ua Montesquieu, d'un Turgot, d'un Franklin, et bien loin de mettre aux |»rises la retigioa chrétienne et la bonne philosophie, il se serait efforcé de les unir, de les éclairer et de les fortifier l'une par l'autre. Ce grand esprit et ce grand cœur, qui lui ont dicté le PhédoUf le Gorgioi^ la République^ lui eussent appris aussi que de tels livres sont faits Eour quelques sages ; qu'il faut au genre umain une philosophie à la fois semblable et différente, que cette phiiosophie-là est une religion, et que celte reliieioa désirable et nécessaire est l'Evangile. N hésitons pas à le dire, sans la religion, la philosophie, réduite à ce iqu'elle peut tirer laborieusement de la raison naturelle perfectionnée, s'adresse à un bien petit nombre, et court risque do rester sans grande efficacité sur les mœurs et sur la vie; et, sans la philosophie, la religion la plus pure n'est pas à l'abri de bien des superstitions, et par là elle peut voir lui écnapoer Télite des esprits, qui , peu à peu, entraîne .tout le reste, ainsi qu'il est arrivé au xvui* siècle. L'alliance de la vraie religion et de la philosophie est donc à la fois naturelle et nécessaire : naturelle, |>ar le fond des vérités qu'elles reconnaissent ; nécessaire pour le meilleur service de l'humanité. La philosophie et la religion diffèrent sans se contredire : un autre auditoire, d'autres formes, et un autre langage. » Certaines parties de ce morceau peuvent s'interpréter dans un sens orthodoxe, si on les restreint à la portion de l'enseignement révélé qui comprend les vé* rites démontrables. Hais il est clair que M. Cousin ne se borne pas à ce point de vue, et qu'il prétend donner une théorie complète des rapports entre la religion et la philosophie En considérant donc l'ensemble de

ses explications, sa pensée peut se réduire à ceci : La religion et la philosophie enseignent la même chose : seulement la religion a pour but de peindre à l'imagination du peuple les mômes vérités que la philosophie exprime pour les sages en langage scientifique. La philosophie suffit donc aux sages ; tout au plus peuvent-ils employer la religiou pour imprimer mieux dans leur imagination les vérités que la

tfhilosophie présente à leur raison. Quant à a religion, elle a t)esoin de la philosophie même pour parler utilement aux masses : la religion chrétienne, laissée à elle-même , dégénérerait bientôt en superstition , mais la philosophie peut l'/c/atrer, la fortifier, la préserver de la superstition, qui mène à la ruine. Donc si la philosophie est complé-*

temenl indépendante de la religion, la religion n'est nullement indépendante; elle doit prendre pour règle la pnilosophie, si elle ne Teui pas s'égarer.

Voilà la théorie de M. Coosin réduite k sa plus simple expression; et cette analyse» dont on ne contestera pas la fldélité, en est une réfutation suffisante; car elle prouve qu'en dépit des éloges si libéralement ao- €ordés par M. Cousin à la religion chrétienne» il tient cette religion pour fausse. Car la religion chrétienne se dit révélée. Si donc elle n'est pas révélée» elle est fausse; or. M. Cousin indique assez qu'il ne croit pas à la révélation , et à Tautorité divinement instituée pour garder le dépôt des vérités surnaturelles et des vérités religieuses démontrables. Maintenant je me demande comment concilier cette incrédulité avec ces hommages. Comment un philosophe si prudent tombe-t-il dans une contradiction si flagrante? De deux choses Tune : ou le ebristianisme est divin » ou il ne l'est pas. Dans le premier cas» il faut croire tout ce qu'il enseigne ; dans le second il faut le démasquer» et c'est une faiblesse d'en parler sans le flétrir. Faut-il le dire? H. Cousin, nous parlant de sa tendre vénération pour une religion dont il rejette les mystères» nous rappelle Socrate immolant un coq k Ssculape. Et encore si Socrate faisait une lâcheté en flattant Bsculape qu'il dédaignait» il avaitau moins raison de le dédaigner; tandis que H. Cousin » outre l'inconséquence avec laauelle il loue une religion qu'il croit fausse» a le tort plus ^rave de ne pas comprendre que cette religion est la vérité même.

Après avoir dit» à la page 450 : « Ou la philosophie n'est pas» ou elle est la dernière explication de toutes choses» » M. Cousin ajoute» page kik : « Nous voici donc arrivé» de ..degré en degré, à la religion. Nous voici en communion avec les grandes philosophies qui toutes proclament un Dieu» et en même temps avec les religions qui couvrent la terre» avec la religion chrétienne» incomparablement la plus parfaite et la plus sainte. Tant que la philosophie n'est pas parvenue à la religion naturelle» et par le nous entendons, non la religion k laquelle) l'homme peut arriver dans cet état nypothétioue qu'on appelle Tétat de nature, mais la religion que nous révèle la lumière naturelle accordée à fous les hommes» la philosophie demeure au-dessous de tous les cuites» même les plus imparfaits» qui du moins donnent 5 l'homme un père, un témoin, un consolateur»

un jnge. Une vraie théodicée emprunte en quelque sorte à toutes les croyances religieuses leur commun principe» et elle le leur rend entouré de lumière, élevé audessus de toute incertitude» ^lacé à l'abri de toute attaque. La philosophie peut alors se présenter a son tour au genre humain : elle aussi elle a des droits à sa confiance; car elle lui parle de Dieu» au nom de tous ses besoins et de toutes ses facultés, au nom de la raison et ou nom du sentiment. »

Il y aurait beaucoup à dire sur ce fra^ ment. Pour nous borner aux passages qo W cune explication ne pourrait e«incf lier sfr^ l'orthodoxie» remarquons ici encore la méoe erreur que nous avons vue plus baoL^or ndentité de la pbilosofthie et de la rei»-

((ion quant è leur objeL II est certain q^e a philosophie démontre quelques-unes on vérités que la religion enseigne ; mats aicune de ces vérités démontrables ne peu être appelée le principe Ue la relieion, f r il s'ensuivrait qu'il n'y a pas dan's U rrligion une seule vérité qui, ne peut lire déduite logiquement d'une vérité philo* • phiquement démontrée. Dire qu'une vérit* démontrable est le principe de la religxf-, c'est donc éliminer indirectement tAus : * mvstères. Ajoutons que ces vérités dém-:tables elles-mêmes sont placées |)ar U religion au-dessus de iaute incertitude^ sTao: même que la philosophie les lui empntnu. Affirmer le contraire» c'est lomlier <ur« une seconde erreur sur les rapiiort^ de a foi et de la raison.

On comprend qu'il nous est impos>u t d'établir méthodiquement la vraie doctrne sur tous les points où elle est métoomif par M. Cousin; nous ne pouvons qu'un})quer les méprises de l'illustre écrtvs. . pour les discuter h fond il faudrait fstrr un livre h part. Avant de prendre ron^e de lui» signalons encore un fvassage qc. laisse à désirer. On lit h la p. h9k : i u rnonde a un auteur parfait» parfaitemrrt sage et bon. L'homme n'est point un orphelin, il a un Père dans le ciel. Que W« ce Père de son enfant» quand oelui-n !.. reviendra t Rien que de bon. Quoi qn' arrive, tout sera bien. Tout ce qu^il a fsn est bien fait ; tout ce qu'il fera, je Tacc^r'^ d'avance, je le bénis. Oui, telle e^t mon inébranlable foi, et cette foi^est mou appu:, mon asile, ma consolation,\Da douceur dir:^ ce moment formidable. » A coup sôr» fx^.- ^u't7 arrive, tout $era bien. Mais «te se^-K il faut l'avouer, une faible consolation, ^■oiir les malheureux uni subiront alors le rhltiment de leur révolte. La pensée de M, Cou<iin, malgré son expression éloqnentr. rappelle trop l'indifférence pratique deceui qui disent : Je veux vivre è ma guise, ei sans m'inquiéter de savoir s'il y a ici-hiis une loi divine révélée; quant k mon avenir éternel. Dieu fera d3 moi ce qu'il voudra. Terminons en citant un t>eau pas>a^ sur l'existence de Dieu Uy. hih); nous aimons mieux finir par l'éloge: « Etant données des vérités de différent ordre, que nous n'avons pas faites et qui ne se ssuU fisent pas k elles-mêmes, nons somme» remontés de ces vérités à leur auteur, «le même qu'on va de l'effet k la cause, da signe k la chose signifiée, du phénomène a l'être» de la qualité au sujet. Ces deux principes, que tout effet suppose une cau^e et que toute qualité suppose un sujet, sept des orincipes universels et nécessaires. IB ont été mis par nous dans une pleine lumière» et démontrés en la manière que peft*

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