‹ Dictionnaire du pêcheur; traité complet de la pêche en eau douce et en eau salée, histoire, mœurs, habitudes des poissons, crustacés, testacésChapitre 27 sur 112 · BOUVIÈRE · texte numérisé non relu

BOUVIÈRE

Cyprinus amarus, — Bitterling, en Allemagne.

La bouvière est un des plus petits cyprins ; aussi est-elle transparente dans presque toutes ses parties. Ses opercules sont jaunâtres; le dos est d'un jaune mêlé de vert ; les côtés sont jaunes au-dessus de la ligne latérale, qui est noire ou d'un bleu d'acier; la partie inférieure du poisson est d'un blanc éclatant,

La bouvière habite les eaux pures et coulantes de plusieurs contrées de TEurope, et particulièrement de l'Allemagne. On ne la voit communément dans des lacs que lorsqu*une rivière les traverse. Sa chair est amère et apérltive; ses œufs sont très-tendres, très-bfetncs et très-petits. Les Picards ai^llent ce poisson rosi^.

Cyprinus brama. — Scarda, en Italie. — Bleitzen, en AUemagns. — Bream, en Angieterre.

On dirait que la tète de la brème a été tronquée. Sa bouebe est petite ; ses joues sont d'un bleu Tarîé de jaune ; son dos est noirâtre : cinquante points noirs ou environ sont disposés le long de la ligne latér«ile; son dos est arqué et aigu.

Ce poisson habite dans la mer Caspienne ; il vit aussi dans presque toute l'Europe. On te trouyedans les grands lacs et dans les rivières qui s'échappent paisiblement sur un fond composé de marne, de glaise et d'herbages.

11 est l'objet d'une pèche importante. On le prend fréquemment sous la glace, et il est si commun dans plusieurs endroits de l'Europe boréale, qu'en mars 1749 on prit d'un seul coup de filet, dans un grand lac de Suède, voisin de Nordkioeping, cinquante mille brèmes qui pesaient ensemble plus de neuf mille kilograromes.

Lorsque dans le printemps les brèmes cherchent, pour frayer, des rivages nnis ou des fonds de rivière garnis d'herbages, chaque femelle est souvent suivie de XtiAs ou quatre mâles. Elles font un bruit assez grand en nageant en troupes nombreuses, et cependant "elles distinguent le son des cloches, celui du tambour ou tout autre son analogue, qui quelquefois les effiraie, les éloigne, les disperse ou les pousse dans les filets du pécheur.

On remarque trois époques dans le frai des brèmes. Les plus grosses fraient pendant la première, et les plus petites pendant la troisième. Dans ce temps du frai, les mâles, comme ceux de presque toutes les autres espèces de cyprin, ont sur les écailles du dos et des ofttés de petits boutons qui les ont fait désigner par différentes dénominations, que Ton avait observés dès le temps de Salvian, et que Pline même

a remarqués.

Ellessont poursuivies par l'homme, par les poissons voraces, par les oiseaux nageurs. Les buses et d'autres oiseaux de proie veulent aussi, dans certaines circonstances, en foire leur proie; mais il arrive que si la brème est grosse et forte, et que les serres de la buse aient pénétré assez avant dans son dos pour s'engager dans sa charpente osseuse, elle entraîne au fond de l'eau son ennemi, qui y trouve la mort.

Les brèmes croissent assez vite. Leur chair, molle et grasse, est agréable au goût par sa bonté et à roetl

par sa blancheur. Elles perdent difficilement la vie lorsqu'on les tire de Teau pendant le froid , et alors on peut les transporter à dix myriamètres sans les voir périr, pourvu qu'on les enveloppe dans de la ndge et qu'on leur mette dans la bouche du pain trempé dans de Talcool. Les pécheurs prétendent qu'à la fin de mai elles déposent leurs œufs dans les herbiers, puis elles se retirent dans les eaux les plus profondes, où elles vivent d'insecte-s, d'herbe et de limon; suivant eux, elles croissent lentement.

Lançon, Lanceron, quand il est três-jeane. — Poignard, quand il est d'une grosseur moyenne. — Carreau, quand il est plus gros. -— Béquet, Béchet, LupuU, dans quelques départements de la France. — Luccio, Luzzo, en Italie. — Gràskecht, Hecht (quand il n'a qu'un an), en Allemagne. — Stukha, en Hongrie. — Snoek, Geep-visch, en Hollande. — Pike, Pikerelle, en Angleterre.

L'ouverture de sa bouche s'étend jusqu'à ses yeux. Les dents qui garnissent ses mâchoires sont fortes, acérées et inégales ; les unes sont immobiles, fixes et plantées dans les alvéoles ; les autres mobiles, et seulement attachées à la peau. On a compté sur le palais sept cents dents de différentes grandeurs, indépendamment de celles qui entourent le gosier.

Pendant sa première année, sa couleur générale est verte; elle devient, dans la seconde année, grise

et diversifiée par des taches pâles qui, Tannée suivante, présentent une nuance d'un beau Jaune. Ces taclies sont irr^ulières, distribuées presque sans ordre, et quelquefois si nombreuses, qu'elles se touchent et forment des bandes ou des raies. Elles acquièrent souvent Téclat de Tor pendant le temps du frai, et alors le gris de la couleur générale se change en un beau vert. Parvenu à une certaine grosseur, il a presque toujours le dos noirâtre et le ventre blanc avec des points noirs.

C'est dans les rivières, les fleuves, les lacs et les étangs qu'il se plalt à séjourner. On ne le voit dans la mer que lorsqu'il y est entraîné par des accidents passagers.

Le brochet parvient jusqu'à la longueur de deux on trois mètres et Jusqu'au poids de quarante ou cin* quante kilogrammes*

J'en ai pris un de près de douze kilogrammes dans une mare près de la Loire. Il croit très^promptement. Dès sa première année, il est très-souvent long de trois décimètres; dès la seconde, de quatre; dès la troisième, de cinq ou six ; dès la sixième de près de vingt; dès la douzième^ de vingt-cinq ou environ; et cependant cet animal destructeur arrive jusqu'à un âge très-avancé. Rzaczynsky parle d'un brochet de quatre-vingt-dix ans. En 1497, dit-on, on prit à Kaiserslauteren, près de Manheim, un autre brochet qui avait plus de six mètres de longueur, qui pesait

cent quatre-vingts kilogrammes, et dont le squelette a été conservé pendant longtemps à Manheim; îl portait an annean de cuivre doré, attaché par ordre de l'empereur Frédéric - Barberousse, deux cent soixante-sept ans auparavant.

Lorsqu'il s'est élancé sur de gros poissons, sur des serpents, des grenouilles, des oiseaux d'eau, des rats, de jeunes chats ou même de petits chiens tombés ou jetés dans l'eau, et que l'animal qu'il veut dévorer lui oppose un trop grand volame, il le saisit par la tête, le retiéfit avec ses dents nombreuses et recourbées, jusqu'à ce que la partie antérieure de sa proie soit ramollie dans son large gosier, en aspire ensuite le reste et l'engloutit. S'il prend une perche ou quelque autre poisson hérissé de piquants mobiles, il le serre dans sa gueule, le tient dans une position qui lui interdit tout mouvement, et l'écrase ou attend qu'il meure de ses blessures. La chair de ce poisson est blanche, ferme, se divise par feuillets et est de bon goût quand il a vécu dans une eau vive où il a trouvé abondamment de la nourriture. On a vu des brochets avaler d'autres brochetons du tiers de leur grosseur. On a compté dans un brochet femelle jusqu'à cent quarante-huit mille œufs. Le brochet est aussi un des poissons qui entendent le mieux. On en a vu un dans le vivier du Louvre, du temps de Charles IX, qui, quand on criait : Lupule^ lupule, se montrait et venait prendre le pain qu'on lui jetait.

l4a gaule à brochet.

Cette gMle se fait ordlnatrement d'un seul brin d'érable en même de frétie, bf en qnece bois soit un pen lourd. Comme cette gaUle n'est pas tenue à la main, mais qu'on la laisse couchée sur l'eau, on n'exige d'elle qu'une qualité, une grande force, et assez de longueur pour atteindre en avant des roseaux qui bordent les rivières.

lia ligne à brochet.

Très-simple dans sa structure, elle se compose d'une tige unique de soie torse du plus gros numéro, au bout de laquelle est une chaînette en métal , fer ou cuivre, mais plutôt en cuivre. Pour faire cette chaînette on se procure du fU de cuivre gros comme une très-forte épingle, on le fait recuire au feu pour le rendre plus flexible et moins cassant. On plante dans une table un fort clou d'épingle ou un poinçon destiné à faire l'œil du chaînon ; on passe le cuivre derrière, et on le fait revenir jusque passé la moitié du chaînon. On fait la même chose sur un petit morceau de fer rond à Textrémité opposée. Les deux bouts rentrés en dedans, on tord le chaînon, on passe le bout du fil de cuivre par un des yeux, et l'on procède comme pour le premier. La même manière d'agir répétée quatre ou cinq fois produit la chaînette.

qui n*a ordinairement que ce nombre de chaînons. — L'hameçon dont on arme la chaînette a deux bran* ches ; on le nomme communément bricole. Pour le monter, on fedt passer une des pointes dans l'œil du chaînon, et on fait glisser le fil de caivre, en appuyant pour faire ouvrir les branches élastiques de la bricole, jusqu'à ce qu'il arrive dans le nœud, où il joue à Taise. On attache le cordonnet de soie dans l'œil du premier chaînon , et la ligne sera faite lorsqu'elle sera garnie de ses lièges.

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Cyprinus carpio. — Carpa, en Italie. — Rayna, aux environs de Venise. — Pontty, en Hongrie. — Strich, Saamefiy en Allemagne.

Les carpes se plaisent dans les étangs, dans les

lacs, dans les rivières qui coulent doucement. Il y a

niême dans les qualités des eaux des différences qui

^happent le plus souvent aux observateurs les plus

attentifs, et qui sont si sensibles pour ces cyprins,

c[u'ils abondent quelquefois dans une partie d'une

rtvière ou d'un fleuve, et sont très-rares dans une

^^tre partie peu éloignée cependant de la première.

^^ exemple, dans la Seine on pêche des carpes à

"lequier, mais rarement au-dessous, à moins

'^ eifes n'y soient entraînées par les grosses eaux ;

^^ h lac Léman, les carpes sont aussi communes du

^ cfa Valais que rares à l'extrémité opposée.

% en pèche dans plusieurs lacs de l'Allemagne

Q ^^^ij^rionale qui pèsent plus de quinze kilogrammes.

^ e^) ^ pris une du poids de plus de dix-neuf kilo-

ï ^^tne^ à. r>ertz, dans la Nouvelle-Marche de Bran-

%,.fr^ S wi' 'es frontières de la Poméranie.

On en trouve près d'Angerbourg, en Prusse, qui pèsent jusqu'à vingt kilogrammes. Pallas dit que le Volga en nourrit de parvenues à une longueur de plus d'un mètre et demi. En 1711 on en pêcba une à Bischofshause , près de Francfort-sur-l'Oder, qui avait plus de trois mètrts d« long, plus d'un mètre de haut, des écailles très-larges, et pesait trente-cinq kilogrammes. On assure qu'on eu a pria du poids de quarante-cinq kilogrammes dans le lac de Zug en Suisse , et enfin , il en habite dans le Dniester de si grosses, que leurs arêtes peuvent souvent servir à faire des manches de couteau.

Les cyprins dont nous nous occupons peuvent d'autant plus montrer des développements trèsremarquables qu'ils sont favorisés par une des principales causes de tout grand accroiseeroent, le temps. On sait qu^ils deviennent très-vieux ; et nous n'avons pas besoin de rappeler que Buffon a parié de carpes de cent cinquante ans, vivant dans les fossés de Poutchartrain, et que dans les étangs de la Lusace, on a nourri des individus de la même espèce âgés de plus de deux cents ans.

Dès le temps de Bellon on faisait avec les œufs de carpes du caviar, qui était très-recherché à Constantinople et dans les environs de la mer Noire, ainsi

que de l'Archipel , et qui était acheté d'autant plus par les Juifs de ces contrées asiatiques et européen* nés, que leurs lois religieuses leur défendent de se

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nourrir de caviar fait avec des œufs d^esturgeon.

Nous ne parlerons pas de toutes les vertas extraordinaires et ridicules qui l'on a accordées, pour la guérison de -plusieurs maladies, à une érainence ossease du fond du palais des carpes, que Ton a nomvaée pierre de carpe ^ et que Ton a souvent portée avec une confiance aveugle, comme un préservatif infaillible contre des maux redoutables.

M. Darci, contr(yieur de la maison du prince deCondé, a dit avoir vu, en 1783, sur la table du prince de Conti, à Offenbourg, une carpe du Rhin qui avait trois pieds et demi de long entre œil et bat ; die pesait quarante^cinq livres.

La carpe se nourrit d'herbes et d'înséctes qu'elle trouve dans les eaux.

Il semble que Tétang soit destiné pour ta carpe, tant elle y réussit bien.

La nature pourvoit d'autant plus à la reproduction qu'il y a plus de causes de destruction. La carpe femelle contient une quantité prodigieuse d'œufs, qui quoique paraissant innombrable, a été cependant soumise au calcul. M. Petit, en ayant pesé une certaine quantité dans une balance très-exacte, et les ayant nombres, a Jugé ensuite , par voie de comparaison, qu'une carpe de grandeur moyenne donne trois cent quarante-deux mille.œnfs environ. Mais de ce nombre combien peu viennent à bien? La plupart de ces germes ou de ces embrions naissants devien-

nent la proie et la Doarritare des autres poissons.

Les carpes fraient dans le mois de mai et d'aott; elle ne sont pas alors si bonnes à manger, parce qu'elles sont maigres et insipides, comme il arrive à presque tons les autres poissons.

La carpe est dans sa grande bonté dans les mois de février, mars et avril.

Les carpes de la Saône, de la Seine, de la Loire et du Rhin sont très-estimées , surtout ces dernières, parce que l'eau de c6 fleuve est plus pure et plus rapide. La carpe est un bon aliment; elle se digère facilement, et convient à tous les tempéraments, excepté aux personnes sujettes à la goutte; on a des observations que son usage en réveille les accès. La laitance de ce poisson est, comme Ton sait, un mets délicat, et qui fournit une nourriture si substantielle, qu'on a vu, dit-on, des étiques guéris par l'usage de ces laitances.

Tout le monde connaît aussi la bonté exquise des langues de carpe et la délicatesse dji palais de ce poisson.

Quoique l'eau paraisse le seul élément de ce cyprin, la carpe peut cependant vivre longtemps dans l'air; cela est prouvé par la manière dont on engraisse les carpes en Hollande et en Angleterre. On les suspend à la cave, ou dans quelque autre lieu frais, dans un petit filet sur de la mousse humide, en sorte que la tête de la carpe sorte hors du ûlet; de cette manière,

on les garde assez longtemps en vie pour les engraisser, en les nourrissant a^ec de la mie de pain et du lait.

La carpe se pèche de plusieurs manières, à Fhameçon ou au filet, mais très-aisément dans la plupart des étangs , parce qu'on les met, à sec. Dans les étangs qui ne peuvent être mis à sec, elles sont assez difficiles à pécher ; car c'est un des poissons les plus fins et les plus méfiants. Lorsqu'il sent l'approche du filet, il plonge la tête dans la bourbe, et laisse glisser le filet sur sa queue, qui ploie ^ volonté ; il reste ainsi tranquille jusqu'à ce qu'il n'entende plus de mouvement.

On fait aisément perdre le goût de vase à la chair des carpes, en les tenant seulement une semaine dans Feau vive. — Voici les appâts préconisés pour la pêche des carpes. On prend du marc de chènevis environ une livre, deux onces de momie, autant de saindoux, d'huile de héron et de miel , une livre et demie de pain blanc rassis, et quatre grains de musc ; on mêle le tout ensemble, on en fait une espèce de pÂte<gu'on coupe par morceaux, et ces pilules servent pour garnir l'hameçon. ^-^ Voici une autre recette ; prenez de la chair de héron mâle ou femelle, mettezla dans une bouteille, enterrez-la dans du fumier chaud, et laissez-l'y reposer quinze jours ou trois semaines, jusqu'à ce qu'elle se change en huile : tirez alors cette bouteille et tenez-la bouchée, de crainte que sa liqueur ne s'évapore. Quand vous vou-

It4 CHABOT.

drez pêcher, prenez de la mie de polB et do chèoeTis, pilez le tout ensemble, imbibez-le de vptre huile, et faites-en un corps que vou» partagerez ensuite en petites pastilles. — Tout oela est aussi compliqué ' qu'inutile ; — je tous prie de croire que je ne rue suis jamais livré j^ de pareil^ traTauK.

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