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DELAMARRE

et les mieux dirigées. Comme à plusieurs sportsmen, le goût des courses est venu à M. Delamarre par l'intermédiaire des steeple-chases. Les deux chevaux les plus célèbres qui coururent sous son nom dans cette spécialité furent Fling-Buck, le rival de Franc-Picard, et Lady -Arthur, aujourd'hui poulinière.

La spécialité des courses d'obstacles, dont le cadre est de fait assez limité, ne put longtemps satisfaire les goûts de M. Delamarre, une des organisations sportives les plus complètes et les plus intelligentes qui existent en France. Une association composée de plusieurs des amis de M. Delamarre se fonda, en trouvant une chose assez rare pour une nouvelle écurie, un haras ancien, fonctionnant régulièrement et dont la qualité des produits ne pouvait être mise en doute : le haras de Bois-Roussel, appartenant à M. le comte de Roederer qai entra dans l'association.

La société subsista quelques années avec diverses alternatives de succès et de revers côtoyant la fortune, sails cependant pouvoir jamais la toucher. Elle eût même à traverser une phase assez difficultueuse ; on parlait déjà de dissolution, dans le public, quand les succès de Conquête, à Bade, ranimèrent les espérances des sociétaires. A partir de ce moment la chance sembla tourner. Sans parler des victoires exceptionnelles de l'écurie de M. Delamarre, la même année avec Bois-Roussel et Vermout, ni même du fait assez rare, de voir les mêmes couleurs gagner deux fois de suite le prix du Jockey-Club, l'écurie de M. Delamarre figure invariablement chaque saison au nombre des plus importantes; il est rare qu^elle ne justifie pas la confiance qu'elle inspire.

Vermout semble comme le bon génie de Pécurie, car après l'avoir illustrée lai-même par le plus inattendu et le plus grand succès dont les annales des courses fassent mention, il semble aujourd'hui se charger de continuer sa gloire par une remarquable fixité dans sa descendance. Vermout a déjà produit plusieurs poulains de premier ordre, comme Véranda, et quelques-uns de ses enfants de trois î»ns compteront certainement parmi les meilleurs chevaux de cette année. A l'ensemble des aptitudes qui constituent un sportsman dans toute l'acception du mot, M. Delamarre joint un véritable talent d'artiste ; ses

184 DELAfRE. — DEMI-SANG.

goûts Tont porté à l'appliquer aux cheyaux ; il existe de lui plusieurs toiles qu'aucun peintre de la spécialité ne désavouerait. La plus connue est le défilé des concurrents du grand prix de Par.'s en 1864; Vermout et Bois-Roussel y occupent nécessairement la place principale et, à côté d'eux, Fille-de-PAir, Blair-Athol et Baronello de fantastique mémoire. Ce grand épisode, Tun des événements les plus saillants du turf français, ne pouvait trouver une plus exacte reproduction.

DELATRE (M.). L'écurie de M. Delàtre, de fondation récente^ a pris rapidement un grand développement; primitivement composée de chevaux achetés ou réclamés, ses débuts ont été heureux. M. Delâtre a fondé un haras à la Celle-Saint- Gloud, près Paris, sur le même emplacement où se trouvait, autrefois, rétablissement d'élevage de M. A. Schickler et précédemment celui de M. Pescatoré, d'où sont sortis plusieurs excellents chevaux. Si, comme on le dit, M. Delâtre n'est pas décidé à se' défaire de ses chevaux, son écurie ne peut manquer de prendre une position marquante sur le tui^ français.

DEMANDER. Ou e:iprime ainsi l'action qu'exerce un jockey sur son cheva^, au moment où le train régulier de l'animal ne suffit plus pour le maintenir à sa place, dans une course. Le jockey est alors contraint de le sortir de son allure, par une exigence plus ou moins impérieuse, suivant le caractère du cheval ou la vivacité de la course. C'est à ce moment, que la qualité réelle du cheval commence à se révéler. On dit en ce cas : dès que le jockey lui a demandé quelque chose, il a parfaitement répondu, ou bien : il était battu dès que son jockey lui a demandé quelque chose. Quand un cheval tire facilement, on dit : Il a gagné sans que l'on ait ei besoin de lui rien demander.

DEMI-SANG. Un cheval de demi-sang est, à proprement parler, celui qui n'est pas de pur sang, c'est-à-dire qui ne se trouve pas inscrit au Stud-Book (voy. ce mot) français ou anglais.

Cette définition est absolument vraie relativement au point de vue de la course : elle est, au reste, la seule rationnelle et

admissible. Cependant il existe une dérogation à ce principe dans le règlement de la Société des steeple-chases de France. Pour qu'un cheval soit admis à courir dans les courses réservées aux cheyaux de demi-sang il ne suffit pas, pour èlre qualifié (voy. ce mot) qull ne soit pas inscrit au Stud-Book français ou anglais. On exige , en outre , qu'il puisse prouver que l'un des deux auteurs, père ou mère, est de demi-sang.

Cette dérogation a été introduite au règlement des steeplechasespour parer à l'éventualité d'une fraude qui consisterait à ne pas faire inscrire un poulain de pur sang au Stud-Book et le qualifier ainsi pour toutes les courses réservées aux chevaux de demi-sang. L'inconvénient est plutôt éludé qu'évité, car il suffira de faire pour la mère ou le père, ce que Ton aurait fait pour le poulain, c'est-à-dire de ne pas le faire inscrire au Stud- Book. n ne pourra encore être lui-même qualifié demi-sang, mais comme il ne sera pas davantage pur-sang, puisqu'il ne sera pas inscrit, ses produits seront évidemment de droit demisang et de fait pur-sang; c'est un cercle vicieux. On n'évite pas la fraude, car il est aussi facile de faire une substitution pour le père et la mère que pour le produit lui-môme. De plus, les trois quarts au moins des chevaux ou juments de demi sang sont hors d'état de faire preuve d'une origine quelle qu'elle soit. Si, n'étant pas pur-sang, ils ne peuvent également être considérés comme demi-sang, ils n'appartiennent alors à aucune catégorie, ce qui touche au ridicule. Le fait, au reste, s'est présenté sous un aspect assez bizarre. Un cheval du nom de Souvenir, fut admis pendant deux ans à courir toutes les courses réservées aux chevaux de demi-sang, son père, importé d'Angleterre sans certificats d'origine, ayant été qualifié demi-sang, puisqu'il n'était pas pur-sang. Après deux années révolues, TAministration des haras s'aperçut, d'après un document resté ignoré, que le père de Souvenir était réellement un cheval de pur sang. Souvenir fut disqualifié et reconnu de pur sang, après avoir été de bonne foi demi-sang pendant deux années. Malheureusement sa carrière avait été infructueuse, il n'avait pas gagné une seule course, et les choses en restèrent là. Mais que serait- il arrivé s'il avait gagné un ou plusieurs prix? Ses compétiteurs eussent été en droit de

demander la restitution de ces sommes indûment perçues. D'un autre côté, le propriétaire de Souvenir ayant agi, non-seulement de bonne foi, mais encore avec sanction légale, puisque le père de Souvenir appartenait à l'Administration des Haras et y était mentionné sous la dénomination de' demi-sang, se serait évidemment refusé à rendre des sommes qu'il avait légalement gagnées et perçues. Ce conflit aurait, certes, quelque peu embarrassé les juges, mais il eût dans tous les cas démontré jusqu'à Tévidence la défectuosité d'une législation spécieuse qui, voulant faire mieux que bien, créait d'insolubles difficultés sans frapper les abus qu'elle cherche à réprimer.

En dehors de cette stricte signification applicable seulement au point de vue des courses, la question du pur-sang et du demi-sang est l'une de celles qui divise le plus Topinion, surtout en France. Au lieu de comprendre qu'elles sont deux parties du môme tout, par conséquent solidaires, les partisans des deux principes les opposent constamment l'un à l'autre. C'est une discussion qui dure depuis l'importation du cheval de ' pur sang et du Stud-Book en France, c'est-à-dire depuis 1833» Avant cette époque, le mot pur-sang ou demi-sang n'avait pas une signification parfaitement définie et s'employait un peu à tort et à travers dans le langage usuel.

Lorsqu'en 1833 la Société d'encouragement ou le Jockey- Club (voy. ce mot) eut créé le principe du cheval de pur sacg^ comme mode d'amélioration générale, établi les premières bases du Stud-Book français et jeté les fondements de l'organisation des courses, il surgit immédiatement une doctrine contraire patronnée par l'Administration des Haras. Celle-ci devint le centre d'opposition contre le nouveau principe déniant absolument ou en partie la supériorité de cette race inconnuje^ se refusant à admettre son origine exceptionnelle et l'influence qu'elle était appelée à exercer sur le perfectionnement des espèces secondaires. On prétendait que ces nouveaux animaux, grêles, minces et maigres étaient au contraire euxmêmes une sorte de dégénérescence, créée artificiellement dans le but unique de la course.

La discussion s'envenima, sans produire des résultats bien positifs, car elle n'est guère plus avancée aujourd'hui, malgré

le grand développement pris par les courses. Jusqu'au moment de la direction du général Fleury, les partisans du cheval de demi-sang s'étaient bornés à nier, non-seulement l'efûcacitô de rétalon de pur sang, oomme mode d'amélioration, mais encore l'utilité des courses elles-mêmes, déduction assez logique, au reste, de leur doctrine. La course n'ayant à vrai dire d'autre but que de former des chevaux de pur sang, que la doctrine de rAdministration réprouvait, si faux que puisse être le principe, ils s'étaient tenus jusqu'ici dans ]a stricte logique en repoussant également les courses et le cheval de pur sang, qui ne peuvent être séparés l'un de l'autre et forment une seule et même idée.

Mais le principe se démentit lui-môme , lorsque le^ général Fleury institua, patronna, et encouragea par tous les moyens possibles la formation d'une société pour l'encouragement du cheval de demi-sang par la course. Cette société se proposait, d'après son programme^ de faire pour le cheval de demi-sang ce que la Société d'encouragement avait fait pour le cheval de pur sang. Cette formule étrange ne présente, à vrai dire, aucun sens. La Société d'encouragement fonda des courses pour favoriser la production d'une race spéciale dite de pur sang, constituant un type qui résumait au plus haut degré chez l'animal, éprouvé par la course, l'ensemble des qualités transmissibles constituant un reproducteur. Un des premiers actes de la société de demi-sang fut de spécifier, que les chevaux , pour avoir le droit de disputer les prix qu'elle donnait, fussent hongres, c'est-à-dire castrés.

Cette fondation , créée uniquement dans un but de rivalité mesquine, envenima encore ce puéril antagonisme. Les mots pur sang et demi-sang se croisaient dans la discussion sans une signification bien réelle pour ceux qui les employaient. Les courses réservées aux chevaux de demi-sang eurent peu ou pas de succès, l'antagonisme subsista néanmoins peut-être avec plus d'animosité encore. C'est de cette époque que date cette singulière définition émise dans le règlement de la Société des steeple-ohaseS' et celui de la Société pour l'encouragement du cheval de demi-sang : Pimr quun cheval soit qualifié demi-sang^ il faut non seulement quHl ne soit pas de pur sang, mais encore qu'il puisse prouver que Vun de ses auteurs mâle ou

femelle est bien demi-sang. Cette preuve est absolument impossible à faire, puisqu'il n'existe en France aucun registre officiel qui puisse faire foi en pareille matière. Le plus grand nombre des poulinières de demi-sang sont désignées sous cette dénomination, uniquement parce que leur provenanse est inconnue. Alors, si elle est inconnue, elle peut tout aussi bien être issue de la race de pur sang et n'avoir pas été inscrite au Stud-Book, que réellement de demi-sang. Si son ascendance est connue, les moyens de vérification s'arrêtent nécessairement à un certain degré. Dans tous les cas, la preuve réelle, c'estràdire légale, est impossible à faire.

De plus, si Ton admet de semblables distinctions, on sera nécessairement forcé de former entre les chevaux de demi-sang une multitude de catégories se répétant à l'infini, établissant entre eux des distinctions radicales et en même temps indéfinissables. Les chevaux de demi-sang, c'est-à- dire ceux qui ne sont pas de pur-sang, s'éloignent ou se rapprochent du type primitif, dans une proportion évidemment inégale, suivant le plus ou moins de sang de leurs auteurs. De là ces dénominations insaisissables de trois quarts de sang, sept huitièmes de sang, etc., etc. Le rapprochement peut se prolonger à l'infini, car du moment qu'un cheval compte dans son ascendance une mésalliance, c'est-à-dire un auteur qui n'est pas de pur sang, il perd par cela même la qualité de pur sang. Si on le croise, lui et sa descendance, pendant plusieurs générations, avec des reproducteurs de pur sang, il tendra évidemment à se rapprocher de plus en plus du type originel, le pur-sang, mais il ne pourra jamais arrivera récupérer une qualité perdue. La tache peut se délayer, mais ne saurait s'efiacer. De telle sorte que l'on arriverait ainsi à créer une race de demi-sang ayant, par suite de nombreux croisements successifs et non interrompus, avec l'étalon de pur sang, plus de sang que le pur-sang luimême.

Où est l'utilité de favoriser une semblable reproduction? C'est à ce but que tendent forcément tous les encouragements donnés à la production de demi-sang, sous forme de courses. Comme ici, il s'agit, avant tout, de gagner le prix, et que les adversaires des chevaux de pur sang savent parfaitement que, plus

un cheval est rapprocbé du sang, plus il a de chance de gagner, ils s'efforceront d'avoir des produits si près du pur-sang que la différence n'existera, à vrai dire, plus. Qu'aura-t-on gagné, et quelle utilité peut présenter une semblabU doctrine?

Le cadre de ce livre ne nous permet pas de nous étendre plus longuement sur une question de cette nature, envisagée comme principe. Nous nous bornons seulement à faire remarquer que l'interprétation donnée au mot demi-sang par l'Administration des Haras, la Société des steeple -chases, et celle créée en vue de Tamiélioration du cheval de demi-sang est inadmissible ; elle devient d'abord très-difficile à établir, et ouvre les deux battants à la fraude qu'elle prétend réprimer. Il y a donc une seule interprétation adonner au mot demi-sang, il doit constamment être pris dans l'acception qui lui est attribuée en Angleterre : un cheval de demi- sang est celui qui n'est pas pur sang, c'està-dire qui n'est pas inscrit au Stud-Book français ou anglais. L'inscription au Stud-Book ne constitue pas, par elle-même, la qualité de pur irang, elle le constate ; nous voulons dire qu'une erreur pourrait se produire dans une inscription, et que le che< val n'en serait pas moins demi sang une fois l'erreur reconnue ; mais en semblable matière il faut absolument prendre une règle, et Tinsciiption au Stud-Book est celle qui offre la meilleure garantie.

Les Anglais, beaucoup plus rationnels, ici comme en tout ce qui touche à ces questions, établissent deux grandes divisions dans la masse générale des chevaux : thorough-bred (pur sang), half-bred (demi-sang). Tout ce qui n'appartient pas à la première catégorie est forcément rangé dans la seconde. Comme le mot demi-sang est générique et comprend la masse générale des chevaux existants, à l'exception des pur sang, il s'applique nécessairement à une multitude de variétés qui doivent forcément être distinctes les unes des autres , et désignées par une appellation particulière. Ainsi, un cheval normand et un produit de la plaine de Tarbes sont deux animaux très-différents dans leur aspect extérieur comme dans leurs aptitudes ', 'ûs doivent donc être distingués par une appellation particulière , mais ils sont néanmoins tous deux demi-sang, uniqueinent parce qu'ils ne sont pas pur-sang. C'est la seule

distinction qu'il soit possible d'établir si Ton veut conserver un ordre quelconque dans cette classification. (Voy. PuR-SAKa et Stud-Book.)

DÉPART. Le départ est une des phases les plus importantes de la course, celle dont souvent dépend le résultat final. Aussi est-il rare que, dans une course importante, oh se trouve un champ nombreux^ le départ ne donne lieu à quelque tumulte et à des récriminations parfois bruyantes. La difficulté de donner un bon départ tient généralement au désir qu'ont un ou plusieurs jockeys de prendre ce que l'on est .convenu d'appeler un bon départ, ou, pour être plus exact, de partir avant jours concurrents. Le juge peut bien manquer d*à-propos pour saisir les concurrents au moment où ils se trouvent dans une position favorable pour prendre un bon départ, c'est-à-dire s'élancer aussi ensemble que possible. Mais si les jockeys apportaient la bonne volonté et l'obéissance nécessaires pour que celte première formalité de la course s'exécutât avec ensemble, le plus grand nombre des départs présenteraient un résultat satisfaisant.

Un seul jockey peut mettre le désordre dans un champ de vingt chevaux, car si ses camarades s'aperçoivent qu'il a l'intention de prendre un avantage quelconque au départ, ils feront nécessairement tout leur possible pour l'en empêcher. Dès lors, au lieu d'obéir aux ordres du starter, de revenir se ranger en ordre en deçà du poteau, ils restent immobiles, craignant, s'ils quittaient la place qu'ils occupent, que leur exemple ne soit pas suivi, et que le starter, d'impatience, ne donnât le signal, et, comme on dit, ne les laissât au poteau, c'est-à dire ne baissât le drapeau au moment où ils se trouvent en arrière de leurs concurrents. Quand le désordre s'est mis dans un peloton de chevaux et que le désaccord s'est établi entre les jockeys et le starter, il n'y a pas de raison pour que cet état de chose ait une fin ; généralement le départ définitif se trouve toujours moins bon que les premiers essais infructueux, quelque imparfaits qu'ils aient été. Une des courses françaises les plus mémorables, sous ce rapport, est le Derbj de 1858, gagné par Ventre-Saint-Gris : il y eut vingt-lrois faux départs ou essais

infructueux. De semblables faits sont assez rares en France, d'abord parce que les champs sont, d'ordinaire, moins nombreux, les jockeys moins indépendants et plus soumis, et, aussi surtout, parce qu'à une ou deux exceptions près, les starters se montrent plus conciliants, et préfèrent souvent se contenter d'un départ médiocre, dans la crainte d'en obtenir un pire encore s'ils hésitaient plus longtemps.

En Angleterre , au contraire, où les paris ont une importance beaucoup plus considérable , où Ton a , plus que chez nous , l'habitude des courses de 1500, 1^00, lOÔO et 800 mètres, dans lesquelles partent quelquefois quinze et vingt chevaux , l'importance d'un bou départ est surtout décisive dans des luttes de cette nature. Les jockeys et les starters sont plus persistants, chacun dans leur idée. La scène «e prolonge quelquefois beaucoup plus longtemps. Ainsi, au Derby d'Ëpsom de 1863, gagné par Macaroni^ il y a eu trente-sept faux départs, et la course a été retardée d'une heure et quart. Le public français ne prendrait peut-être pas aussi patiemment un aussi long retard dans l'accomplissement du programme de la journée.

Nous ne pensons pas cependant que, somme toute,'les départs soient mieux donnés en Angleterre qu'à Paris ou à Chantilly ; mais, sur certains hippodromes de province, les courses françaises présentent, sous ce rapport, une lacune à peu près absolue. Les choses ne se passent pas, au reste, d'une manière plus équitable dans les courses, où un starter attend aussi longtemps , afin de ne donner le signal qu'au moment où les concurrents se trouvent exactement rangés sur la même ligne. Ce long retard exaspère les chevaux nerveux. De plus, un jockey, dont le maître a deux chevaux dans la course, peut, à son gré, prolonger cette situation en faisant intentionnellement plusieurs faux départs de suite. Il entraine toujours quelques-uns de ses adversaires, qui ont plus ou moins de peine à s'arrêter. De telle sorte que, quand le signal définitif est donné, les concurrents se trouvent, relativemont à leurs chances réciproques, dans des conditions tout aussi inégales que si un départ défectueux avait eu lieu au premier ou au second essai. Ce ne sont pas les mêmes chevaux qui se trouvent avantagés ou désavantagés. Il y a même chance pour que , dans le cas de nombreux

faux départs , le jockey qui a plus de patience que le starter, et s'obstine à ne partir que lorsqu'il trouve moyen de se placer dans la position qui lui convient, ait toujours Pavantage.

De toutes les fonctions dévolues aux autorités du Turf, c'està-dire aux Commissaires, celles de starter sont les plus difficiles à remplir, et demandent le plus de sang-froid, d'à-propos et de pratique. Il faut, en quelque sorte, un tempérament particulier; souvent les hommes que leur expérience des courses, leur caractère dans la vie ordinaire semblent désigner comme les plus propres à s'acquitter de cette mission, échouent, lorsqu'ils se trouvent en face des difficultés qu'ils rencontrent.

Nécessairement le starter — on désigne ainsi la personne chargée de donner le départ — est omnipotent. Sans cette autorité absolue , ses fonctions ne seraient pas possibles ; elles sont déjà asse:; (Tifficiles à remplir, même avec ce pouvoir sans limites. Il peut donc prendre toutes les mesures qu'il juge convenables pour assurer la légalité du départ. 11 lui est loisible de faire ranger les concurrents aussi loin, qu'il lui parait nécessaire, du poteau de départ, et le signal peut être donné avant que les chevaux soient arrivés à la hauteur du poteau. Il dépend donc du starter d'allonger quelque peu la distance indiquée au programoQe; c'est pour parer à cette éventualité, qu'après l'énoncé de la distance à parcourir, on place toujours le mot environ, afin que !es concurrents n'aient pas le droit de réclamer, au cas où le signal leur serait donné quelque peu avant le poteau.

Cette latitude semblerait impliquer que le mot environ permet également au starter, si les circonstances le rendent nécessaire, de faire partir. les chevaux en deçà du poteau de départ. Cette assimilation n'est cependant pas admise , les règlements anglais et français sont précis à cet égard. Lé premier dit : Le départ doit toujours avoir lieu en deçà du poteau. Quant au règlement français, il contient, en d'autres termes, la môme restriction : Art. 32. La personne nommée pour faire partir ks chevaux peut faire ranger les jockeys en ligne, aussi loin derrière le point de départ qu'elle le juge convenable,

U ne saurait donc y avoir aucun doute possible sur Tinterprétalion , le règlement français mentionnant que la personne

chargée de fa're partir les chevaux peut les faire rang- r aussi loin qu^elle le juge convenable en arrière du poteau. II s*en suit nécessairement, qu'il lui est interdit de le^ laisser le dépasser et d fortiori de les laisser partir au delè.

Le règlement français est muet sur un détail d'exécution pratique, qui, bien qu'il semble implicitement admis, a été souvent méconnu. Il serait à désirer que ce point fût réglementairement fixé, car dans certains cas , il éviterait des discussions orageuses, parfois même certaines injustices. Le starter indique aux jockeys que le départ est donné, en abaissant un petit drapeau , quUl tient à la main. Pour plus de sûreté , un homme auquel on donne le nom d'assistant est placé cent mètres environ en avant des chevaux; il est porteur d'un drapeau beaucoup plus grand que celui du starter. Sa mission consiste à répéter le signal, c'est-à-dire èi abaisser son drapeau au moment où le starter laisse tomber le sien, ou à le tenir haut tant que celui du starter reste levé. Le rôle de l'assistant a donc beaucoup d'analogie avec celui d'un télégraphe ; il est purement passif et ne doit en aucun cas prendre une initiative, 46 quelque nature qu'elle soit. Il en résulte que quand les deux drapeaux sont aba'ssés , les jockeys sont en droit de se croire parfaitement sûrs de la légalité du signal, ils peuvent partir en toute confiance. Cette sécurité leur est indispensable, autrement ils demeureraient pendant près de cent mètres dans une continuelle hésitation, ne sachant s'ils peuvent laisser aller leurs chevaux ou s'ils doivent se tenir prêts à arrêter, dans le cas où le starter, revenant sur sa première décision, relèverait son drapeau, signal qui, immédiatement répété par l'assistant, leur intimerait l'ordre de s'arrôter.

Le fait s'est présenté fréquemment; en province surtout un grand nombre de starters , après avoir réellement donné le signal en abaissant leur drapeau , Irouvairt le départ mauvais, relèvent le drapeau, font arrêter les chevaux, qui ont dû parfois se mettre de nouveau en ligne deux et trois fois. Une semblable latitude laissée aux starters est inadmissible, on doit le comprendre. En arrivant au poteau, chaque jockey a reçu des ordres précis sur la manière dont^il doit mener la course. Les uns doivent partir grand train, d'autres au contraire atten-

dre. De plus, des chevaux arrêtés ainsi plusieurs fois dans leur élan, s'impatientent, se démoralisent, refusent quelquefois de partir, et leur chance peut se trouver compromise. Les jockeys doivent une obéissance absolue et passive aux starters, mais ils ont droit d'exiger que le signal leur soit donné au moment, il est vrai, où le starter le juge opportun, mais d'une manière nette, précise et surtout irrévocad>le. Sans cette condition il n'y a pas de course possible.

Le principe qu'une fois le drapeau baissé, le starter n'a plus le droit de le relever, est bien passé en force de chose jugée sur les hippodromes, dont la direction est confiée à des juges compétents et habitués à la pratique du turf. Mais il n'est pas expressément mentionné, du moins nous n'en avons trouvé trace nulle part; c'est une lacune. Si elle était comblée, il n'y aurait plus de discussion possible, quand un cas de cette nature se présenterait. Une fois le drapeau abaissé, les jockeys partiraient en pleine confiance , que le départ soit bon ou mauvais. Quand bien môme, par suite d'un mouvemeni nerveux, le starter relèverait son drapeau , les jockeys n'en continueraient pas moins la course, et ceux qui obéiraient à cette seconde indication, n'auraient aucune réclamation à élever. Ce mouvement nerveux d'un starter, cherchant à reprendre son signal^ quand il n'a pas été obéi comme il le désirait, est naturel ; à moins d'une excessive habitude, il est impossible de s'en défendre. On cite même quelques starters, qui, se défiant d'euxmêmes, et craignant que leur main n'agisse mécaniquement en dehors de leur volonté, jettent leur drapeau à terre au moment qui leur semble opportun, pour s'éviter la tentation de le reprendre. C'est une bonne précaution , et cet usage devrait être généralement adopté.

Le starter est omnipotent en tout ce qui concerne ses fonctions, c'est-à-dire qu'il est seul appelé à décider si le départ est bon ou mauvais. Il suffit qu'il le déclare, pour que la course soit valable. Par conséquent, un comité ne peut statuer sur une réclamation concernant un départ déclaré valable par' le starter. De même si le starter affirme que le départ a eu lieu malgré lui, et que les jockeys sont partis sans ordre,, ^e départ eût-il été excellent, la course doit être recommencée..

Cette omnipoteiice est indispensable pour Tordre et la régularité d'une course; tout homme est nécessairement sujet à se tromper, il peut donc, parfois, se produire des faits lésant Péquité et de nature à soulever des réclamations assez justifiées de la part des parties intéressées. On doit cependant les accepter sans murmurer, comme une conséquence forcée des choses; les inconvénients seraient beaucoup plus grands, si cette règle absolue n'était pas admise. Un starter peut surtout, dans une course où le champ est nombreux, ne pas s'apercevoir qu'un cheval, sorti en retard du pesage ou étant allé prendre trop loin son galop d'essai, n'est pas présent au poteau au moment où il donne le signal. Le propriétaire et les parieurs du cheval sont évidemment lésés^ mais la course n*en demeure pas moins valable. Si la règle contraire était admise, au lieu d'une seule partie lésée, ce seraient tous les autres propriétaires qui seraient en droit de se plaindre, car on les aurait arrêtés au moment où ils obéissaient à un signal légal. Ce fait s'est présenté plusieurs fois, et entre autres, le 23 juillet 1865, dans le prix d'Ânzin, Grande-Dame y appartenant à M. Carter, a été oubliée par le starter, et le départ donné au moment où la jument se trouvait à plus de deux cents mètres en arrière du poteau. La question a toujours été jugée dans le sens que nous venons d'indiquer.

Le starter peut également attendre, autant qu'il le juge convenable, un cheval eu retard qu'il sait devoir arriver. Cette disposition reçoit le plus souvent son application, dans le cas où un cheval , s'étant emporté en prenant son galop d'essai , revient nécesstairement au pas , pour se donner le temps de souffler. 11 serait effectivement par trop rigoureux de ne pas l'attendre. Toutes ces difficultés doivent prouver combien les fonctions de starter sont difficiles à remplir, et quelle nécessité il y a pour les comités à ne les confier qu'à des hommes ayant une grande expérience de ces sortes de choses, et un sang-froid indispensable pour s'acquitter, autant que possible, de cette mission sans froisser tant d'intérêts contraires engagés dans la même course.

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