GAGNANTS DU DERBT (EPSOM
Années. Cbevaux. Noms des propriétaires.
1780 Diomed ^ Sir C. Bumbury.
1701 Y. Éclipse M. (yKelIy.
1782 Assassin Lord Sgremont.
1783 Saltram M. Parker.
1784 Sergeant M. O'Kelly.
1785 Aimwell Lard Claremont.
1786 Noble , M. Panton.
1 787 SiivPeter-Teazle Lord Derby.
1788 Sir-Thomas Prince de Galles.
1789 Skyscraper ihic de Bedford.
1790 Rhardamanthus Lord Grosvenor.
1791 Eager Duc de Bedford.
1792 John Bull Lord Grosvenor.
1793 Waxy Sir F. Poole.
1794 Dœdalus Lord Grosvenor.
1795 Spread-Eagle . Sir F. Standlsh.
1796 Didelot Sir F. Standlsh.
1797 Pn. bai brun par Fidgel .... Duc de Bedford.
1798 Sir-Harry Cookson.
1 799 Archduke. Sir F. Standlsh.
S04 DERBT.
Années. ' Chevaux. ^ Propriétaires.
1800 Champion .' . . . M. Wilson.
1801 Eleanor Sir C. Bumbury.
1802 Tyrant Duc de Grafton
1803 WsDitto Sir H. WiUiamson.
1804 Hannibal Lord Ëgremont
1805 Cardinàl-Beaufort Lord Ëgremont.
1806 Paris Lord Foley.
1807 Élection Lord Égremont.
1808 Pan Sir H. WiUiamson.
1809 Pope Duc de Grafton.
1810 Whalebons Duc de Grafton.
1811 Phantom Sir J Shelly
1812 Octavius H. Ladbrooke.
1813 Smolensko. Sir G. Bumbury.
1814 Blucher Lord StawelL
1815 Whisker. Duc de Grafton.
1816 Prince-Léopold Ducd'Yo.-k.
1817 Azor M. Payne.
1818 Sam M. Tliornbill.
1819 Tiresias Duc de Poitland.
1820 irailor M. Thornhill.
1821 Gustavus M. Hunter.
1822 Moses Duc dTork.
1823 Émilius M. Udny.
1824 Cedric Sir J. Shelly.
1825 Middleton LorJ Jersey.
1826 Lapdog Lord Égremont.
1827 Mameluke Lord Jersey.
1828 Cadland Duc de Rulland
1829 Frederick M, Gratwicke.
1830 Priam , M. Chifney.
1831 Spaniel Lord Lowlher.
1832 Saint-Gilles M. Risdale.
1833 Dangerous M. Salder.
1834 Plenipotentiary M. Batson.
1835 Mundig M. Bowes.
1836 Bay-Middleton Lord Jersey.
1837 Phosphorous Lord Berners.
1838 Amato SivJ. Heathcote.
1839 Blombury M. W. Ridsdale.
1840 Little-Vonder M. Roberston.
1841 Coronation m. Rawlinson.
• 1842 Attila Col. Anson.
1843 Cotherstone M. Bowes.
Années. Cheyaax. Propriétaires-
18 14 Orlando Col. Peel.
1845 Merry-Mooarch M. Gralwiclte.
1846 Pyrrhus-the-First M. Gully.
1847 The Cossack M. Pedley.
1848 Surplice. ... Lord Clilden.
1849 The Flyiog-Dutchman Lord Ëgliaton.
1850 Voltigeur.. Lord Zetland.
1851 Teddington Sir J. Hawley.
1852 Daniel O'Rourke M. Bowes.
1853 West-àustralian M. Bowes.
1854 Andover M. Guliy.
1855 Wild-DayreU M. F. L. Popham.
1856 Ellington L'amiral Harcourt.
1857 Bîink-Bonny M. L'Anson.
1858 Beàdsman Sir J. Hawley.
1859 Musjid Sir J. Hawley.
1860 Thormanby M. Merry.
1861 Ketlledrum Colonel Towneley.
1862 Caraclacus M. Snewing.
1863 Macaroni M. R. C. Naylor.
1864 Blair-Athol M. W.-L'Anson.
1865 Gladiateur Comte de Lagrange.
1866 Lord Lyon M. R. Sutton.
1867 Hermit M.Chaplin.
1868 Blue Gown Sir. J. Hawley.
1869 Pretender M. Johnstone.
1870 Kingcraft Lord Falniouth.
187 1 Favonius. Baron Rotlwchiîd.
DERBT FRANÇAIS. Le Derby français n'existe, à vrai dire y pas, en ce sens, qu'aucune course ne porte légalement ce nom. L'usage s'est, peu à peu, introduit et conservé de désigner aiAsi le prix du Jockey-Club. Cette assimilation est, au reste^ assez justifiée, puisque les conditiocs du prix du Jockey- Club ont été rigoureusement calquées, autant que possible, sur celles du Derby d'Epsom. Une différence radicale existe, cependant, entre ces deux événements, dont la position est la même dans les deux pays ; mais elle tient à l'organisation des courses de chacune des deux nations. Des entrées ou souscriptions forment le total de la valeur du Derby anglais ; elles suffisent, et au delà, pour élever le chiffre de la somme gagnée, beaucoup
plus haute que celle qui revient au vainqueur français. Le Derby français, ou prix du Jockey-Club, est donné par la Société d'encouragement, et se trouve ainsi soumis à la loi, à peu près commune, de toutes les courses françaises, c'est-à-dire que la somme des prix est toujours donnée par TÉtat ou par une Société. Les entrées et les forfaits viennent s'ajouter au chiffre du prix et en augmentent l'importance ; mais ces mises ne suffiraient jamais en France à constituer un budget suffisant pour alimenter les courses.
Sauf cette différence, le rôle du prix du Jockey-Club, en France, est absolument le même que celui du Derby en Angleterre. Il est ouvert seulement aux produits de trois ans. La distance est de deux mille quatre cents mètres. Gomme en Angleterre, le prix du Jockey-Club ou Derby français, est pris comme mesure de la qualité de la production de l'année ; en un mot, l'assimilation est complète, et le public l'a compris» en changeant de lui-même le nom légal de la course , pour lui donner celui qui exprime l'idée qui a présidé à sa création.
La foniiation du prix du Jockey-Club remonte au 24 juin 1855, où une décision du Comité des membres fondateurs de la Société d'encouragement, en date de ce jour, vota la somme de 5000 fr. pour la création du prix du Jockey-Club , devenu aujourd'hui le Derby français, la course la plus importante de France, comme le Derby est le plus grand événement de la saison des courses en Angleterre. En 1840 , cette allocation fut portée à 7000 fr., puis, le succès des courses et les ressources de la Société d'encouragement croissant simultanément, l'importance et la valeur du prix du Jockey-Club, qui en était l'expression, s'élevèrent simultanément. En 1847, la valeur du prix fut portée à lO 000 fr.; en 1854, à 15 000 fr., et enfin, en 1855, à 20000 fr. A ce chiffre, déjà d'une certaine importance, viennent s'ajouter les entrées et les forfaits, c'est-à-dire les sommes que chaque cheval s'engage à payer au moment où il est engagé. Cette somme fixe varie dans des proportions déterminées , suivant que le cheval a déclaré qu'il renonçait à courir, à uue époque plus ou moins éloignée du jour de la luttef Cette renonciation volontaire à un engagement contracté s'appelle déclarer forfait* Dans le cas ofi le cheval per-
siste à prendre part à la course, il paye alors la totalité de la somme énoncée au programme. Ces sommes réunies consti* tuent ce que l'on nomme les entrées (voy. Ektrées et Forfaits).
Les entrées pour le prix du Jockey-Club, ou Derby français, sont de 1000 fr. pour chaque cheval partant, le forfait est de 600 ou de 500 fr., suivant l'époque à laquelle il est déclaré. Les poulains et pouliches de 3 ans y sont seuls admis. Les pouliches portent trois livres de décharge , comme dans toutes les courses françaises. La distance est de 2^0 mètres^ comme dans le Derby anglais. La course a lieu sur l'hippodrome de Chantilly, dans la première quinzaine du mois de mai. (Voy. Chantilly.)
La fondation du prix du Jockey-Club fat la consécration de la position qu'occupe Chantilly dans les annales du Turf français.
Le prix du Jockey-Club fut gagné par la même écurie pendant les trois premières années de son existence. La concurrence était, au reste, à cette époque beaucoup plus limitée qu'elle ne le fut quelques années plus tard. Cette triple victoire non interrompue de Lord H. Seymour, un des principaux instigateurs des courses en France, devint un enseignement. Lord H. Seymour avait fait venir d'Angleterre un entraîneur existant encore aujourd'hui. Th. Carter. 11 avait installé à Paris tout l'attirail encore inconnu d'une écurie d'entraînement. Lord Seymour avait, en outre, fondé un haras complet et fait venir d'Angleterre un étalon, Royal-Oak, qui fut le père à peu près de tous les bons chevaux de cette époque, et l'on retrouve aujourd'hui son nom dans la généalogie du plus grand nombre de nos meilleurs produits.
Les succès de Lord H. Seymojiir ne sont pas extraordinaires à une époque où la concurrence n'existait à vrai dire pas, et où les écuries françaises péchaieot, presque toutes^ par un vice radical d'installation. Cette supériorité, qui devait principalement sa réussite à une organisation irréprochable,, fut d'un salutaire exemple, sa suprématie s'effaça peu à peu devant les conditions égales où ses adversaires se placèrent eux-mêmes. Le premier vainqueur du Derby français fut Frank, par Rainbow et Verona.
En 1837, Lydia, également fille de Rainbow et appartenant, comme Frank , à lord Seymoar.
En 1838, Vendredi, par Gain et Naïade.
La mère de Vendredi, Naïade» fut une des meilleures poulinières que nous a/ons possédées en France ; elle produisit successivement : Nativa, Lantara, Dorade , Slane et Roméo, tous vainqueurs célèbres et excellents reproducteurs.
La victoire de Vendredi devait mettre fin à la série non interrompue des succès de lord Sejmour. L'année suivante le Derby fut gagné par Romulus, fils de Gadland et de Victoria, né au Haras de Meudon et appartenant à M. le Duc d^Orléans , dont récurie commença dès lors à contre-balancer la prépondérance de celle de Lord Seymour. M. le comte de Gambis , qui dirigeait l'écurie du prince, avait fait venir d'Angleterre les frères EdwarJs, dont Tun était Tentraineur et l'autre le jockey de l'écurie.
En 18^0, le prix du Jockey-Glub donna lieu à un fait qui eut alors un grand retentissement» et demeura longtemps un des principaux épisodes du Turf français. Le vainqueur fut Tontine, par Tetotum et Odette, appartenant à M. Eugène Àumont. Elle était montée par Yorck et entraînée par T. Hurst. De graves contestations s'élevèrent à la suite de la course. Lord Seymour, dont le cheval était arrivé second, prétendit qu'une substitution avait eu lieu , et que, sous le nom de Tontine , M. Eugène Aumont avait fait courir une pouliche anglaise appelée Hérodiade. Les conditions de la course mentionnant expressément qu'elle était réservée aux produits nés et élevés en France, si cette substitution pouvait être prouvée, elle entraînait la disqualification de la jument, et le prix revenait de droit au cheval arrivé second. Un procès eut lieu. Les tribunaux n'admirent pas la réclamation ; mais les faits, révélés par Tenquéte , parurent à la Société d'encouragement d'une gravité suffisante pour faire disqualifier la jument. Elle produisit plusieurs poulains qui ne furent pas inscrits au Stud-Boock, et par conséquent ne sont pas qualifiés pur-sang.
En 1841, Lord Seymour gagna encore la course la plus importante de France avec Poetess, fille de Royal-Oak et Ada. Elle était montée par W. Boyce et entraînée par R. Boyce.
Après celte victoire, Poetess disparut du Turf et resta oubliée pendant plusieurs années. Elle était cependant destinée à acquérir, comme poulinière, une célébrité plus grande encore qu a celle qu'elle devait à sa carrière active. Achetée par M. Aumont, elle produisit successivement Hervine et Monarque, c'est-à-dire la meilleure jument elle meilleur cheval qui soient jamais nés en France. Hervine est morte à la fin de l'année dernière seulement. Quant à Monarque, il est père de Gladiateur, de Trocadéro, de Mandarin et d'une foule de chevaux de premier ordre, dont le mérite a valu, à juste titre, à leur père la réputation du meilleur étalon de notre époque.
Après la victoire de Poetess, Lord Seymour se retira du Turf et vendit son Écurie.
£n 1842, le vainqueur du Derby frapçais fut Plower, encore issu de Royal-Oak. Il appartenait à M. Aumont, et fut acheté, quelques jours avant la course, par M. le comte Perregaux pour la somme de 20000 fr., prix énorme pour lépoque.
£n 1843 , un dead-heat eut lieu entre Renonce , à M. de Pontalba, et Prospère, à M. Th. Carter. Renonce gagna l'épreuve définitive , mais ne justifia pas, par la suite, les espérances que cet heureux début avait pu faire concevoir.
Lanterne, fille d'Hercule et Elvire, entraînée par Henri Jennings, inaugura, en 184^, les couleurs de M. le prince Marc de Beauvau. Les vainqueurs du Derby français furent, de 1844 à 1847 : FitZ'Émilius t à M. A. Aumont. Fitz-Émilius fut un des meilleurs chevaux qui soient nés en France. Il est mort dans les écuries de TAdministration des Haras, et ce fut certainement une perte, car il serait, suivant toute probabilité, devenu un excellent reproducteur. En 1846, Meudon, à M. le baron de Rotschild, et Morock à M. Aumont, en 1847.
En 1848, à la suite des événements politiques, le Derby fut couru à Versailles , le gouvernement républicain ayant trouva que le nom de Chantilly avait une consonnance et rappelait des souvenirs trop aristocratiques. Le vainqueur fut Gambetti^ à M. Lupin. L'année 1848 peut être citée comme l'une des meilleures de la production française. Outre le vainqueur du Derby, on compte Pied-de-Chêne, Sérénade, deux, des deraÎQTs et des meilleurs rejetons du vieux Royal-Oak^ et plusieurs autres
produits des haras de Meudon^ qui, en raison des événements^ ne parurent pas, cette année, sur rhippodrome. M, Lupin gagna ensuite le Derby en 1850 k^qq Saint-Germain^ en 1851 Amalfi, en 1855 Jouvence. Cette série presque continue fut interrompue seulement en 1852 par la victoire d'Expérience r appartenant à M. Th. Carter, et le seul des enfants de Physiciany qui fut un cheval de première classe.
En 1852, le vainqueur fut Porthos à M. Aumont. Porthos est le dernier des fils de Royal-Oak^ qui ait figuré parmi le& gagnants d'une course importante. Il était nô auxjumenteriesdu Pin. Réformé pour une imperfection insignifiante, il fut acheté par M. Aumont. En 1853 , pour la première fois depuis neuf ans , le Derby fut gagné par une jument , Jouvence , à M. Lupin. Elle dispute à Hervine le titre des deux meilleures juments de l'élevage français pendant toute la durée de cette période. En 1854, Celebrity^ issu d*Anneita , fille de la fameuse Miss Annette^ gagna d'une manière inespérée. Il appartenait à M. Reiset. Après a?oir donné de grandes espérances à Page de deux ans , Celebrity s'était démenti dans ses premières courses de trois ans. Jusqu'au dernier tournant, Blason^ fils de la célèbre Frétillon et appartenant à M. Aumont, paraissait sûr de la course. Mais, comme presque tous les fils de son père, Blason avait un exécrable caractère : il se déroba et laissa Celebrity gagner facilement.
C'est en 1855 que le plus célèbre, comme le meilleur produit de rélevage français, — car, pour lui trouver un rival, on ne peut le chercher que parmi sa nombreuse et glorieuse lignée, c'est-à-dire attendre l'apparition de son fils Gladiateur^ ^— Monarque gagna le Derby de 1855 au petit galop, prenant la tête à l'avant-dernier tournant et la gardant jusqu'au but, sans qu'aucun de ses adversaires pût arriver seulement à le rejoindre. En 1856 eut lieu le second dead-heat auquel le Derby français ait donné lieu. Lion et Diamant arrivèrent tète à tête» Il existait cependant une énorme différence entre les deux rivaux, car, à la seconde épreuve. Diamant ne put suivre Lion^ pendant plus de la moitié de la distance. 11 se montra toujours, au reste, par la suite, un cheval de seconde classe» tandis que Lion fut un des meilleurs que nous ayons possédés^
et se serait montré à la hauteur des plus célèbres, si le mauvais* état de ses jambes n'eût empêché de le mettre dans une condition suffisante pour qu'il pût courir selon son mérite.
Un fait assez rare, dans les annales des courses, se, produisit dans le Derby de 1857. Le favori, Florin, appartenait à M. Lupin, qui avait également dans la course un cheval nommé Potocki^ portant les secondes couleurs. M. Lupin ne dissimulait pas,, au reste, sa prédilection pour Florin, Il était monté par Kitchener, le premier jockey de Técurie, et, au moment du départ, M. Lupin désigna Florin comme celui des deux avec lequel il comptait gagner. Presque au départ, Florin fit unefaute et s'abattit sous son jockey, qui fut relevé sans connais* sance. Potocki, resté seul pour défendre les couleurs de son maître, gagna facilement. C'était, au reste, un cheval de premier ordre, et il n'est pas bien certain que, même si Florin ne fût pas tombé > M. Lupin n'eût pas. été obligé de gagner avec Potocki, qui était sans contredit le meilleur des deux.
Les deux années suivantes marquèrent l'apparition des cou* leurs de M. le comte de Lagrange , appelées à jouer un rôle si important dans la marche et le développement des courses eu France. M. le comte de Lagrange gagna, en 1858, avec Ventre- Saint- Gris, et en 1859 avec Black-PHnce , frère de SiradelUiy qui, bien que supérieur à son aîné, ne fut pas aussi heureuse dans la môme course. L'année 1860 marqua la première victoire^ dans le prix du Jockey-Club, de l'écurie fondée par M. Latache dç Fay. Malheureusement, M. Latache de Fay, qui avait, dès^ le début de sa carrière de propriétaire , toujours ambitionné ce glorieux succès , était mort l'année précédente , sans voir ses constants efforts recevoir cette consécration. Ce fut sous les mêmes couleurs, mais sous le nom de Mme Latache de Fay, que Beauvais gagna le Derby en 1860.
L'année suivante, pour la troisième fois eu quatre ans, M, le comte de Lagrange gagna le Derby avec Gabrielle d'EstréeSy sœur de Trocadéro, Ces heureux débuts se démentirent par la suite, du moins relativement à cette course, car M. le comte de Lagrange fut, neuf ans de suite, sans pouvoir renouveler ce succès, bien qu'invariablement, chaque année, il fût le propriétaire du premier favori. Consul fit enfin cesser cette mauvaise veine^
L'année 1862 fit sensation dans les annales du Derby français. Il avait jusqu'alors constamment été gagné par des chevaux entraînés à Chantilly ou en Angleterre. Plusieurs chevaux de la circonscription de l'Ouest et du Midi étaient bien venus, parfois, tenter Faventure, mais toujours sans succès. Souvenir, à M. Robin, représentait la circonscription de l'Ouest, et, pour la première fois, un cheval entraîné en province gagna cette course, objet de la convoitise de tous les propriétaires. Souvenir était , au reste , un très-bon cheval , mais il fut heureux dans le Derby; car il battit Stradella, à M. le comte de Lagrange, qui lui était supérieure. La jument était souffrante depuis quelques jours, et ne se trouva point en bon état pour cette 'course solennelle.
En 1863, on voit pour la première fois figurer sur la liste des gagnants le nom de M. Montgomery, propriétaire de La ToucqueSt le seul des enfants de The Baron qui ait jamais gagné le Derby, bien que cet étalon, pendant près de onze ans, eût sailli chaque année les meilleures juments de France. La Toucques, était une jument de grande blasse ; elle aurait dû gagner le grand prix de Paris , l'an de sa fondation , et ne fut battue par The Ranger que par la faute de son jockey.
L'année 1864 inaugura également une casaque qui ne comptait pas encore au nombre des vainqueurs du Derby. Bois-Roussel, à M. Delamarre, gagna après une magnifique course avec Affidavit, qui, contre toute attente, fit presque dead-heat avec le vainqueur. L'année était heureuse pour Técurie, car, quelques jours plus tard, M. Delamarre gagnait le grand prix de Paris avec Vermout, battant Blair-Athol et Fil!e-de-rAir, c'est-à-dire deux des meilleurs chevaux qui aient jamais existé en France et en Angleterre. C'est un fait presque unique, de voir un propriétaire gagner les deux plus grandes courses de l'année, avec deux chevaux différents; Bois-Roussel, il est vrai, tomba broken-down dans le grand prix de Paris, mais la victoire, inespérée de Vermout, compensait et annulait les conséquences de cet accident.
Le Derby de 1865^ fut aussi un début pour des couleurs qui n'avaient pas encore reçu ce baptême des grandes écuries. Gontran, appartenant à M. le baron Nivière et à M. le major
Fridolin gagna très-facilement, battant le Mandarin, Argence et Tourmalet.
Les deux années suivantes, 1866 et 1867, offrirent la particularité assez rare de voir le prix du Jockey-Club gagné par la môme écurie. En 1866 Florentin, cheval assez médiocre du reste, dont on n'avait pas prononcé le nom au betting pendant tout l'hiver, apparut brusquement dans la cote à Pavant dernière séance. En dépit de la confiance qu'il inspirait à son écurie, ilfut difficilement accepté. L'opinion était, comme de coutume, pour récurie de M. le comte de Lagrange, bien qu'on hésitât eîftre Auguste, le favori avoué de Técurie, et Bayonnette que les gens, se prétendant bien informés, lui préféraient de beaucoup. Florentin, ayant eu son travail interrompu à diverses reprises, pendant le cours de Thiver, en raison du mauvais état de ses jambes, s'était, paratt-ii, subitement relevé dans un galop avec Fidélité, une des meilleures juments de l'écurie, à qui était réservée la tâche d'essayer deux vainqueurs du Derby la môme année. Florentin gagna assez facilement : ce fut, au reste, à peu près, sa seule victoire, l'état de ses jambes n'ayant pas per. mis de le remettre en condition.
L'année 1867 peut ôtre citée comme ayant marqué une des plus belles courses qui aient jamais eu lieu dans le prix du Jockey-Club. Trocadéro à M. le comte de Lagrange, était grand favori, il avait pour auxiliaire Montgoubert, cheval également d'une grande qualité, et l'écurie cette fois paraissait à peu pi es imbattable. Comme son prédécesseur Florentin, Patricien se révéla tardivement, mais c'était un cheval tout à fait de premier ordre ; il gagna, mais péniblement, et grâce surtout à un courage hors ligne. A doux cents mètres du but, Trocadéro, Patricien et Montgoubert étaient seuls dais la course, et entamaient une lutte acharnée, jusqu'au poteau d'arrivée, où Patricien gagna assez difficilement. Mais cette lutte des deux chevaux est inscrite aux pages les plus brillantes du turf français. Patrixien ne fut au reste pas heureux à la suite de cette brillante victoire. Il fut battu, quelques jours plus tard dans le grand prix de Paris, par Fervacques, auquel il était supérieur de plus de dix livres. La môme .année, à Bade, un accident Tempôcha de gagner le Saint-Léger continental, et, probable-
ment, le grand prix de Bade : il tomba, en heurtant un piquet^ et les conséquences de cette chute influèrent sur le reste de sa carrière. Après une dernière victoire à Chantilly, il tomba broken-down l'hiver suivant. 11 fait aujourd'hui là monte au haras de Bois-Roussel, chez M. le comte Rœderer.
L'année 1868 vit enfin le succès d'une casaque très-sympathique au public. M. Schickler gagna avec Suzerain, un des meilleurs chevaux qui soient nés en France. 11 n'eut, au reste^ pas besoin de sa haute qualité pour battre un des plus mauvais champs qui aient jamais marqué dans cette grande course. Suzerain, après avoir fait une très-bonne course dans le grand prix de Paris, contre The Earl, n'a plus leparu en public.
Après une interruption de huit ans, M. le comte de Lagrange dont les chevaux étaient cependant, durant toute cette période, partis premiers favoris, gagna en 1869 avec Cîonsul, excellent petit cheval, devenu étalon aujourd'hui, comme le plus grand nombre de ses prédécesseurs.
L'année 1870, l'écurie de M. le major Fridolin eut une chance analogue à celle de M. Delamarre en 1864 : elle gagna le prix du Jockey-Club et le grand prix de Paris, mais avec deux chevaux différents. Bigarreau et Sornette. Bigarreau courut mal dans le grand prix de Paris et fut immédiatement retiré d'entraînement. Il resta au repos pendant toute la durée de la guerre, et vient récemment d'être remis au travail. 11 n'est pas indifférent de remarquer que Bigarreau et Sornette étaient tous deux enfants du même cheval, Light, étalon assez peu apprécié, jusqu'au jour où il donna la preuve d'un mérjte peu ordinaire, en pro-duisant, la même année, deux chevaux de premier ordre