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JEUNE PREMIÈRE. — JOCKEY

La tâche de faire le jeu est aussi difficile au moins pour le jockey qui Pezécute,que pour celui chargé de monter le favori du propriétaire. Il doit posséder un grand tact, afin de ne pas faire un jeu désespéré et inutile, en marchant un train tel que son cheval ne puisse le soutenir pendant toute la durée du par^ cours. Il doit cependant mener la course assez vite pour que son camarade y trouve un avantage. Il lui faut se réserver pour la dernière phase de la lutte^ où il doit encore occuper aux premiers rangs une bonne place, et la céder à son compagnon, quand celui-ci arrive et se détache pour gagner. L'exécution de cette manœuvre demande un tact, une précision que ne possèdent pas tous les jockeys. Quant à ce qu'on est convenu d'appeler un jeu désespéré, c'est-à-dire un cheval qui part à toute volée, marchant aussi vite qu'il peut, ce n'est pas faire le jeu, et, à vrai dire, ce n'est rien faire du tout. Les concurrents, certains de le rejoindre, le laissent aller et ne s'en oc* cupent pas.

JEUNE PREMIÈRE. Pouliche baie, par West-Âustralian et Partlet. Jeune Première, appartenant à M. Lupin, arriva en 1867 deuxième dans la poule des produits (1000 fr.) ; deuxième dans le prix de l'Empereur (2000 fr.) ; et première dans le prix de Diane (20900 fr.), à Chantilly.

En 1868, elle gagna le prix principal à Saint-Brieuc(2650 fr.); le grand prix de la ville de Sedan (3080 fr.) ; le prix Denis Papin, à Blois (5000 fr.); le prix Impérial, à Périgueux (4350 fr.) ; et enfin arriva deuxième dans le prix de Vernet, à Craon (200 fr).

JOCKET. Si l'entraîneur peut être justement considéré comme la base fondamentale de toute écurie d'entraînement, le jockey est, sans contredit, un élément de succès sinon égal, au moins aussi indispensable. LUgnorance, où l'on est généralement en France, des courses et de toutes les questions qui s'y rattachent, ne s'arrête pas aux chevaux et s'étend à tout ce qui les concerne. Le jockey n'a nécessairement pu y échapper, il est considéré généralement comme un être d'exception, presque un produit artificiel. Les récits fantaisistes sur le cheval \ie course, son

hygiène, les soins dont il est l'objet sont également mis en circulation sur les jockeys.

Il existe, au reste, une similitude entre eux, en ce sens que, destinés tous deux à une spécialité exclusive, ils doivent, Pun et Tautre, être doués de certaines qualités naturelles développées par Texercice, c'est-à-dire Tentrainement. Cette obligation n^atteint pas davantage la constitution du jockey que celle du cheval ; elle lui fait acquérir, au contraire, une force et une puissance auxquelles il ne parviendrait jamais sans ce régime salutaire.

Un jockey, au lieu d'être, comme beaucoup de gens se l'imaginent encore, un être débile, rachitique, amaigri par un système énervant , est , proportionnellement à sa taille et à son volume, plus fort qu'un autre homme du même physique.

La première condition indispensable pour assurer l'avenir d'un jockey est le poids, c'est-à-dire qu'il doit être d'une complexion telle que , sans être obligé de se faire maigrir outre mesure, il puisse monter au poids de course moyen, c'està-dire, en France, cinquante à cinquante-deux kilogrammes. Gomme les hommes d'un semblable volume son en fin de compte, des exceptions, on a mis en circulation les bruits les plus étranges sur la manière employée par les Anglais pour arriver à confectionner une race de jockeys. La vérité est que, ce métier étant très-lucratif, les hommes en état de le pratiquer s'y sont adonnés de préférence, formant une sorte de classe à part; ils se marient généralement entre eux. Un jockey épousant la fille d'un de ses camarades plus âgé, il est assez naturel qu'on vertu de la loi immuable de la transmission, leurs enfants leur ressemblent et embrassent la même carrière. Laser trouve tout le secret de la formation de cette race d'hommes, exceptionnelle à certains points de vue, il faut en convenir.

Le métier de jockey exige si bien un caractère spécial et des aptitudes toutes particulières, qu'en dehors môme de la condition obligée d'un physique exceptionnel, ils sont tous Anglais, à d'infiniment rares exceptions près. On n'a cependant rien négligé en France pour attirer dans cette spécialité les jeunes garçons que leur aptitude naturelle pouvait y rendre propres. Quelques-uns ODt répondu à l'appel, en vue d'un gain beau-

coup plus élevé que celui qu'ils pouvaient espérer ailleurs. Sans parler des grandes célébrités dont la fortune est rapidement assurée, tout jockey d'une bonne conduite, et montant convenablement, est certain d'arriver à une aisance très-raisonnable. L'apprentissage des jockeys français n'a pas été de longue durée ; tous, à deux ou trois exceptions près, y ont bientôt renoncé, les uns par incapacité absolue, d'autres dégoûtés des hasards du métier, de la discipline indispensable dans une écurie d'entraînement, le plus grand nombre trouvant trop rude Tobligation de se faire maigrir.

On peut donc dire que tout jockey est presque nécessairement Anglais. Cependant, le développement des courses en France a provoqué l'établissement définitif d'un nombre assez considérable d'entraîneurs et de jockeys anglais, car la môme incapacité parait exister chez nous pour Tun et l'autre de ces auxiliaires indispensables du cheval de course. Ils se sont fixés dans le pays, principalement à Chantilly, vivant et se mariant entre eux, formant enfin une sorte de colonie internationale qui finira par se naturaliser entièrement, les habitudes et la manière de vivre de notre pays faisant de plus en plus partie intégrante de leur existence.

Après la taille, la qualité indispensable d'un jockey est la plus grande vigueur possible, comparativement à son volume, bien entendu. 11 doit être un petit hercule. Un jockey a effectivement besoin d'une excellente poitrine, sans laquelle il ne supporterait pas la rapidité exceptionnelle du train de course. Sans devoir être un athlète, il lui faut une certaine force dans les bras: un cheval de course, même le plus docile, se portanf plus où moins sur la main beaucoup plus qu'aucun autre.

Certaines aptitudes naturelles sont nécessaires au jockey, comme dans toute autre profession, mais ils ne peuvent jamais remplacer l'expérience; une longue pratique seule les développe, et quelles que soient les dispositions d'un jeune jockey, il ne devient complet qu'après plusieurs années d'exercice. Une des plus grandes difficultés du métier consiste dans la juste appréciation du train dont une course est menée ; il suffit de ne pas s'en rendre compte pour être battu dans maintes occasions où Von devrait gagner. Il n'existe pas de jockey sans cette con-

dition première ; elle se développe évidemment par Phabitude, mais certains hommes en ayant Pintuition naturelle en acquièrent promptement la pratique. Cette étude demande une certaine intelligence ; ceux qui la possèdent conservent toujours une grande supériorité.

Tous les jeunes garçons employés dans les écuries de course, ont généralement plus ou moins Tambition de devenir jockeys; mais c^est un métier beaucoup plus difficile et demandant une somme de qualités, naturelles et acquises, beaucoup plus grande qu'on ne le pense généraleinent. Aussi y a-t-il beaucoup d'appelés et relativement peu d'élus. Quelques-uns même doivent y renoncer au moment de loucher le but; monter en public est très-différent de monter à l'exercice, et quelques jeunes garçons s'étant comportés, même en essai, de manière à donner de justes espérances, ne conservent pas dans une course le sangfroid, Pa-propos et la précision indispensables pour défendre fructueusement la chance d'un cheval. Ceux-là, malgré leur talent et leur habileté comme cavaliers, ne deviennent jamais jockeys.

La connaissance du train est donc la première qualité que doit posséder un bon jockey; mais elle lui deviendrait inutile s'il manquait des aptitudes indispensables pour en profiter. Il doit donc avoir assez d'habitude pour essayer, en prenant son canter, le caractère du cheval qu'il monte, la nature de sa bouche, la manière dont il aime à être mené, car le plus souvent un jockey arrive sur le terrain, pour monter un cheval qu'il n'a jamais vu. Ceux qui sont engagés à Tannée dans une écurie dont ils connaissent les chevaux, ont un grand avantage ; ils peuvent avoir des audaces que celui moins familiarisé ave: sa monture ne saurait se permettre.

Le sang-froid, ce que l'on est convenu d'appeler la tête, lui est également indispensable. On dit môme en Angleterre la première qualité d'un jockey est la tête, la seconde les bras, l'une lui sert à mener moralement son cheval, l'autre à le conduire physiquement. Un jockey, pendant toute la durée d'une course, doit être constamment maître de lui pour se rendre compte de tout ce qui se passe à ses côtés, afin, s'il se produit un accident inattendu, d'eu profiter, changer même de tactique

au besoin, si les circonstances l'exigent. U n'est nullement nécessaire pour cela d'un événement en dehors du cours ordinaire de choses» mais de circonstances imprévues qui ne manquent presque jamais de se produire dans un champ nom^ breuz. La perte d'une course parfois certaine, où un succès improbable et inespéré tiennent fréquemment au plus ou moins d'a-propos et de décision avec lesquels un jockey profite des circonstances, ou hésite à prendre une décision. Toutes ces différentes conditions sont peu aisées à remplir, mais c'est précisément en raison des difficultés qu'elles présentent, qu'un bon jockey n'est pas un homme ordinaire, et que ce métier ne peut être exercé, comme le pensent certaines personnes, par le premier garçon d'écurie venu.

Les aptitudes d'un jockey sont diverses comme celles de tous les gens adonnés à une spécialité exclusive et y portant leur caractère et leurs qualités physiques. Quelques-uns, excellents dans une des phases de cette difficile besogne, sont défectueux dans d'autres, et réciproquement. Ainsi, certains jokeys sont réputés pour monter à merveille les courses à courtes distances, parce qu41 entre dans leur manière de saisir un cheval au départ avec plus d'instantanéité qu'un autre, par conséquent, de prendre un avantage d'autant plus important que le parcours est moindre. D'autres, au contraire, sont plus recherchés pour les courses longues, parce que leur excessive connaissance du train les empoche de faire la moindre faute dans une épreuve où le succès dépend, avant tout, d'un sentiment particulier consistant à régler l'allure de son cheval sur le chemin qu'il doit faire. Quelques jockeys, conune le célèbre Fordham, ont une grande réputation pour tirer à l'arrivée, c'est-à-dire dans les cinquante derniers mètres, tout ce qu'un cheval peut donner, et de battre ainsi souvent un adversaire d'un mérite égal, quelquefois môme légèrement supérieur.

Cette manière est la plus en vogue, parce qu'elle ne manque jamais d'impressionner vivement le public et de lui donner une haute idée du jockey qui, au moment où sa chance parait désespérée, sauve la position à force d'énergie. Les coups d'éperons et de cravache, inséparables de cette méthode, sont pour beaucoup dans l'effet infaillible qu'elle produit sur le specta-

teur. On induit souvent à tort que le jockey qui remploie est très-supérieur à son rival, celui-ci a peut-être au môme degré des qualités opposées, et ne fait pas pendant la course les fautes que commet souvent son vainqueur, erreurs qui peuvent être tout aussi compromettantes pour le succès définitif. Si Ton comparait les résultats généraux de fin d'année, on trouverait que l'un et l'autre se sont réciproquement battus à peu près autant de fois à Paide d'une tactique contraire. Leur manière est également bonne, elle est seulement différente.

Le jockey parfait, si la perfection était possible, serait celui» qui réunirait au plus haut degré toutes ces qualités; mais un jockey type n'a jamais existé et n'existera jamais, parce que précisément ces aptitudes sont exclusives les unes des autres ; elles tiennent à la nature et au caractère des hommes , différant essentiellement entre eux. Il faut, cependant, qu'un jockey remplisse toutes ces exigences dans une certaine mesure, car l'emploi de chacune d'elles est absolument indispensable pour le métier qu'il exerce. Tous les jockeys possèdent donc l'ensemble de ces qualités, dans une proportion inégale, il est vrai. L'une ou l'autre se trouve plus ou moins saillante chez tel ou tel jockey et exerce nécessairement une influence sur sa manière de monter.

Ces considérations doivent entrer pour beaucoup dans les or* dres que les jockeys reçoivent de leurs maîtres ayant la course. Evidemment si on leur impose une tactique absolument en dehors de leurs moyens ou de leur manière habituelle de faire, ils ne l'exécuteront pas, ou le feront de manière à compromettre la chance du cheval qu*ils montent. Il est donc plus prudent de leur laisser quelque latitude à ce sujet. Ces différences font que tel jockey, sans être absolument supérieur à un autre, monte mieux un certain cheval, parce que le caractère ou les qualités^ de celui-ci rentrent davantage dans sa manière.

Le rôle important qui incombe aux jockeys dans les courses, a dû nécessairement donner lieu à une réglementation spéciale ; sans cette précaution il eût été impossible d'obtenir la subordination nécessaire au bon ordre, et à la garantie que tous doivent trouver. Il est expressément défendu aux jockeys de couper leurs adversaires, c'est-à-dire de venir se placer immé-

diatement devant eux sans avoir au moins une longueur Tavance, afin de ne les gêner en rien. On leur interdit également de prendre tout avantage illicite : la pénalité, ei^semblable circonstance, consiste en amendes ou mise à pied, c'est-à-dire interdiction de monter pendant un temps plus ou moins long. Cette dernière punition est la plus sérieuse ou pour mieux dire, la plus effective, parce qu'elle frappe le jockey lui-même, en l'empêchant de gagner sa vie pendant tout le temps que dure l'interdiction. L'amende est presque toujours illusoire, parce que d'ordinaire elle est payée par le propriétaire. Dans certains cas d'une gravité exceptionnelle, comme fraude, cheval arrêté intentionnellement, la mise à pied peut être définitive, et Tinterdiction prononcée à jamais contre le délinquant ; dans ce cas, sa carrière est perdue .

C'est au départ, principalement, que ces pénalités ont le plus fréquemment occasion d'être appliquées, presque tous les jockeys ont peine à se défendre de la tentation de prendre un départ avantageux, surtout si l'un d'eux manifeste cette intention. Tous deviennent donc d'autant plus attentifs, et préféreront risquer un faux départ dans la crainte d'être surpris, et de laisser un de leurs adversaires prendre un aussi grand avantage. Cette intempestive émulation cause souvent une confusion qui se prolongerait indéfiniment, si le juge n'avait les moyens disciplinaires d'y remédier. ( Voy. Départ et Starter.)

Le jockey est donc, après l'entraîneur, le personnage le plus important d'une écurie de course. Ces deux individualités se cumulent rarement, tout au moins avec la même supériorité. Le fait n^st cependant pas sans exemple ; en France, Charles Pratt, après avoir été longtemps un de nos premiers jockeys ayant pris la direction de l'écurie de M. le major Fridolin, est devenu entraîneur de premier ordre, et a continué néanmoins à monter en course les chevaux qu'il entraînait, avec la même supériorité. Nul ne pouvait au reste mieux les connaître. C'est môme pendant la période où il remplissait cette double fonction, que la carrière de C. Pratt, comme jockey, s'est élevée à son apogée, puisqu'il a gagné trois fois le prix du Jockey-Club et une fois le Grand Prix de Paris. Dans l'une de ces quatre

brillantes victoires seulement, il montait un cheval qu'il n'avait pas entraîné, Florentin, à M. Delamarre.

Généralement, quand un jockey devient entraîneur, il renonce à monter lui-même, le second de ces deux emplois absorbant suffisamment toute Pattention et les soins de Thomme même le plus actif. La responsabilité et la surveillance d'une écurie importante font d'un entraîneur le deus ex machina de l'établissement. Aussi l'exemple de C. Pratt est -il une très-rare exception. (Voy. aussi Monte d'un Jockey.)

JOGKET-GLUB. C'est en 1833, que s'est fondée à Paris, sous le nom de Jockey-Club, une Société composée à cette époque à peu près de tous les hommes du monde élégant, aimant les chevaux, et s'occupant de toutes les questions relatives à l'élevage et à l'améiloration des races françaises. Aucune doctrine précise, aucun principe défini n'avait été émis à ce sujet depuis la révolution de 1789. La routine, la fantaisie présidaient à l'élevage du cheval, comme au choix de l'étalon et de la poulinière. Le mot race était vide de sens, ceux de pur sang, de demi-sang, eussent, à ce moment, passé pour des formules cabalistiques. Chacun se plaignait de la décadence non interrompue de nos races chevalines, sans être parfaitement certain qu'elles eussent jamais existé. Le rôle de TAdministration des Haras, enfermé dans d'étroites limites, n'exerçait aucune action sur le mouvement de l'élevage, et se bornait à lui fournir des étalons, choisis au hasard, sans discernement, ni idée bien arrêtée de faire une chose plutôt qu'une autre.

La seule fondation pouvant présenter le caractère d'une doctiine quelconque, avait été esquissée sous la Restauration, par M. le duc de Guiche et M. le comte Alexandre de Girardin, dans la fondation du haras de Meudon. M. le duc de Guiche et M. le comte Alexandre de Girardin, avaient un pressentiment, que l'introduction d'une race pure était seule capable de régénérer nos espèces abâtardies, ou de suppléer à l'absence de toute race bien caractérisée. Mais cette première ébauche d'un principe qui devait bientôt résumer la question tout entière, eut peu de retentissement, les idées à cette époque n'étant pas encora

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tournées vers ces études. I^e principe que la Société d*encouragement était appelée à féconder, n'était formulé que vagaement dans un cercle très-étroit d'amateurs de chevaux, et n'exerça aucune influence sur la masse générale des éleveurs ; au contraire, Popposition qu'il rencontra fut très - énergique dès le début et rallia, à peu près, tous ceux qui s'occupaient ou étaient censés s'occuper de ces questions.

Le Jockey-Club, ou Société d'encouragement, se composait au début de quatorze membres fondateurs seulement : S. A. R. le duc d'Orléans, S. A. R. le duc de Nemours, membres honoraires ; MM. Gaccia, le comte de Gambis, Achille Delamarre (oncle de M. Henri Delamarre), le comte Demidoff, Fasquel, Gharles Laffîte, Ernest Leroy, le chevalier deMachado, le prince de la Moscowa, de Normandie, Rieussec, lord Henri Seymour.

Le premier soin de la Société fut de publier un programme, où son but, le mal qu'elle se proposait de réparer, les moyens qu'elle comptait employer étaient clairement indiqués. Le rapport de la Société commençait par constater, ce qui était au reste reconnu par tous, l'état déplorable, de toutes nos espèces chevalines, dont l'élevage, abandonné à lui-même, sans direction ni conseils, errait à l'aventure, et menaçait de faire disparaître jusqu'aux derniers vestiges, des éléments auxquels on pouvait demander l'espérance d'une régénération. S'inspirant de l'exemple de l'Angleterre, où les choses avaient suivi une marche absolument contraire la Société concluait que le remède le plus efficace à un semblable état de choses, résidait dans la création d^une race pure indigène, dont les meilleurs sujets, après avoir été éprouvés par la sélection de la course , seraient livrés à la reproduction. La puissante influence d'une race pure et confirmée, rendrait alors aux espèces secondaires la virtualité qui leur faisait défaut. G'était, en un mot, la doctrine de l'amélioration par l'emploi, à peu près universel, de l'étalon de pur sang comme mode régénérateur. Cette doctrine, judicieusement appliquée en Angleterre, avait produit d'immenses résultats, qu'il était impossible de ne pas reconnaître, les espèces chevalines de ce pays, sans exception, ayant une incontestable supériorité sur toutes celles du monde entier.

La première condition était nécessairement la fondation de courses régulières, qui pouvaient seules favoriser la création et le développement de cette race pure, destinée à être répandue sur toute la surface du territoire. Une semblable doctrine ne pouvait manquer de provoquer une formidable opposition dans un pays où aucune étude sérieuse, aucune expérience, n'avait préparé les esprits à une innovation aussi radicale. Les courses avaient, d'ailleurs, toujours eu le privilège de surexciter l'opinion qui, depuis longtemps, n'avait pas dissimulé une hostilité de parti pris à chaque tentative de cette nature. Il fallait une certaine audace, et une conviction bien arrêtée pour aborder aussi franchement la question. L'Administration des Haras voyant d'ailleurs son autorité, son omnipotence, c'est-à-dire ses appointements, compromis, n'avait pas été la dernière à lever l'étendard contre ces hardis novateurs. Cette opposition fut, néanmoins, fort heureusement contrainte de se formuler avec une certaine mesure,. la nouvelle Société s'étant mise sous le patronage direct de deux des princes de la famille régnante.

La Société donnait les raisons de la préférence qu'elle accordait au cheval de pur sang anglais sur le type primitif arabe, beaucoup plus en faveur dans le public II était d'abord assez difficile de se procurer des reproducteurs arabes purs, pouvant faire preuve d'une origine certaine, les races orientales sans mélange existant seulement sur quelques points de la Syrie, 0^ les Arabes s'en défont difficilement, surtout pour les vendre aux Européens. Ajoutons que les acquéreurs éprouvent, euxmêmes, beaucoup de difficultés à se rendre un compte bien exact des certificats qu'on leur délivre. Le cheval de pur sang anglais est, d'ailleurs, un résultat tout acquis, acclimaté en Angleterre, pouvant par conséquent être très-aisément transplanté en France, sans risquer de subir l'influence climatérique, inévitable pour un animal expatrié dans une contrée très-éloignée de son pays natal. Il était donc beaucoup plus simple de profiter de l'expérience et des études de nos voisins, que de chercher à refaire, étape par étape, la route qu'ils ont parcourue. 1^ logique que fût ce raisonnement, il devint la base du débat qui devait s'engager et n'est pas encore

terminé, entre la Société d'encouragement et les opinions dont rAdministration des Haras s'est faite Texpression.

Les moyens d'action de la Société d'encouragement consistaient donc à créer, développer et encourager l'institution des courses, à eng^er l'Administration des Haras à lui venir en aide par des subsides indispensables pour une semblable création. Celle-ci ne pouvant se refuser à l'adoption d'une doctrine puissamment patronnée, feignit de vouloir suivre le mouvement imprimé, mais avec l'intention de le miner et de le combattre en semblant le seconder. Cet antagonisme s'est au reste perpétué avec des alternatives diverses, et a paralysé en partie les efforts désintéressés de la Société d'encouragement, qui, sans cette malveillance acharnée, aurait généralisé un principe dont le pays eût recueilli les bienfaits sans restriction aucune.

La Société d'encouragement ne tarda cependant pas à réaliser son programme ; elle institua des prix de courses, publia des règlements, un cod^ des courses, et nomma un comité chargé de résoudre les questions douteuses, qui pourraient surgir du nouvel ordre de choses, et prendre toutes les mesures Nécessaires pour sa prospérité et son développement. On choisit enfin trois commissaires, chargés de juger en dernier ressort toutes les difficultés survenant dans les courses de la Société.

Le Gode primitif des- courses fut remis en vigueur, mais appliqué seulement dans les courses de la Société. L'Administration des Haras voyant Timpossibilité d'arrêter l'élan des courses en France, parut en adopter le principe; mais^ prétendant seulement qu'elles étaient mal comprises par le Jockey-Club et devaient être appuyées sur d autres bases, elle produisit un règlement particulier. Il en résulta de longs tiraillements, qui cessèrent enfin quand le Règlement administratiffut abrogé, , et celui du Jockey-Club adopté pour tonte la France.

Peu à peu, le public prenant goût au spectacle des courses, les recettes des réunions de Paris augmentant progressivemmit, la Société éleva le nombre et la valeur des prix. Le prix du Jockey-Club (Voy. Derby Français), fixé primitivement au chiffre de 5000 fr., atteignit, progressivement, celui de 20000.

Lorsque éclatèrent les événements de 1870, le Jockey-Club

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avait tellement développé le goût des courses en France , qu'elles étaient devenues presque une institution nationale comme en Angleterre. Notre production de pur sang s'était élevée au niveau de celle de nos voisins, si ce n'est comme quantité, au moins comme qualité.

Le nombre des membres du Jockey-Club est illimité, mais les candidats sont soumis à un scrutin de ballottage, dont les conditions spnt telles que l'admission se trouve toujours entourée de difficultés, contre lesquelles beaucoup de candidats échouent. Uue boule noire, sur six, détermine le refus. Chaque membre permanent paye une entrée de cinq cents francs et une cotisation annuelle de huit cents francs. Les ambassadeurs, et les ministres étrangers peuvent sur leur demande, faire partie du cercle, sans être soumis à un scrutin de ballottage. Tout membre du Jockey-Club anglais est admis dans la tribune du Club les jours de courses, et obtient son entrée au cercle pendant un mois, sur sa demande adressée au président.

L'importance et le rôle prépondérant du Jockey-Club ou Société d'encouragement, croissant d'année en année, le club est devenu, aujourd'hui, l'expression à peu près absolue de l'institution des courses en France. Les sociétés de province cnt toutes accepté son patronage, et reçoivent des subsides de la Société. C'est chez le secrétaire , M. Grandhomme, que se reçoivent les engagements pour les courses de toutes les réunions. Le Bulletin officiel, organe de la Société, fait foi partout, tant pour les conditions des courses, que pour les engagements et les poids. Le Calendrier officiel, c'est-à-dire le compte rendu de toutes les courses de Tannée en France, et des plus importantes à rétranger, émane également de Jil. Qrandhomme. L'existence, et le développement des courses, c'est-à-dire de l'élevage de pur sang et, par conséquent, de tout l'ensemble de notre production chevaline, se trouvent donc absolument subordonnés à la piospérité du Jockey-Club, et disparaîtraient complètement, si, par suite de circonstances impossibles à prévoir > il venait à cesser de les patronner, aujourd'hui surtout que l'Administration des Haras est entrée dans une voie absolument opée. ' -

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