JOURNAUX. — JUGE
La Société d'encouragement a toujours été en grandissant, et les chiffres sont là pour le prouver :
De 1834 (année oh la Société a donnée pour la première fois des prix), à 1856, le montant des sommes données par elle, s'éleva à 960 650 francs, ce qui, à peu près, fait 43665 francs par an. De 1857 à 1871 compris, la somme s'éleva à 4 216700 francs ou 114 072 francs par an.
JOURNAUX DE SPORT. Le mot sport, sa signification et son application étaient à peu près inconnus en France avant la fondation des coursés, c'est-à-dire, 1833. Comme toutes les idées nouvelles, le sport éprouva quelque difficulté à se faire accepter dans un pays où les goûts qu'il comporte sont généralement peu développés. Un des plus puissants auxiliaires qu^ait eus en France la propagation du sport et de tous les attributs qu'il comporte, est la fondation d'un journal qui se fit Torgane de rensemb^e de cet ordre de choses et prit le nom même de Sport. Il fat fondé par M. Eugène Chapus, qui le céda plus tard à M. de Saint-Âlbin-Lagayère » en conservant la qualité de rédacteur en chef, qu'il a toujours conservée. Le journal le Sport ^ dans les proportions réduites que comportent les habitudes françaises, est un spécimen des principales idées correspondant au mot sport, et des classes auxquelles elles s'adressent.
Le cercle des sportsmen s'étant peu à peu élargi, d'autres organes se fondèrent, à l'imitation du journal le Spôrt^ ils sont au nombre de trois: l*" le Jockey; 2» le Derby; 3*" le Journal des Courses.
JU&E. Le juge est la personne chargée, par le comité d'une Société, d'assister à Parrivée de chaque course, et de constater l'ordre dans lequel les concurrents dépassent le but. Le juge ne désigne, d'ordinaire, que las trois jffeoiiers dans leur ordre d'arrivée ; c'est ce que l'on nomme les chevaux placés. Ainsi, quand on parie qu'un cheval sera placé, il iant qu*ii arrive dans les trois premiet^. et que sa place soit spécifiée par le juge. Si celui-ci ûmeUait, intentionneUemeiit ou non, de désigner le second ou le troisième, les paiis faits sur ces chevaux seraient p«rdcs, pare^qu ils n'auraient pas été placés.
Pour remplir ces fonctions, le juge est placé dans une tribune, construite exactement en face du poteau d'arrivée, oji sont tracées deux lignes, l'une blanche et l'autre noire. Leur point d'intersection désigne le but. Une planche étroite correspondant à la ligne d'arrivée est placée sur la tribune du juge, avec un jour ménagé de telle sorte, que son œil puisse aller directement de ce point de repère au poteau d'arrivée, et puisse apercevoir la tête du vainqueur, dès qu'elle passe entre lui et la ligne qui sart de but.
De semblables dispositions semblent étrangement faciliter la tâche du juge, et la rendre en quelque sorte mécanique. Elle comporte, cependant, certaines difficultés ; l'excessive rapidité avec laquelle se succèdent dans l'axe de l'œil du juge les deux têtes de deux chevaux arrivant très-près l'un de l'autre, peuvent non-seulement laisser un doute, auquel cas c'est un dead-heat (voy. ce mot), mais encore parfois rendre une erreur possible. Dans tous les cas, le juge seul peut apprécier dhine manière positive l'arrivée juste de deux chevaux, dépassant le poteau presque ensemble. L'appréciation de tonte autre personne, si près placée du but qu'elle puisse être, ne saurait jamais être prise en considération. D'ailleurs, les effets d'optique sont sous ce rapport très-différents et assez curieux. Ainsi, les spectateurs placés en deçà du poteau d'arrivée sont toujours pcurtés à croire que le cheval placé contre la corde a gagné, ceux, au contraire, qui se trouvent au delà sont convaincus que l'autre est arrivé premier. Ces doutes se produisent évidenmient dans le cas seulement d'ime course très-disputée.
Pour éviter toutes ces incertitudes, et les discussions qui pourraient en découler, il a fallu nécessairement investir le juge, comme le starter, d'une autorité omnipotente, chacun en ce qui concerne ses fonctions. La décision du juge est donc sans appel d'aucune sorte, le cheval qu'il a déclaré avoir dépassé le but le premier a gagné, quel qu'il soit. Les erreurs, sous ce rapport, sont excessivement rares, quoi qu'on en dise ; on en compte deux ou trois seulement qui puissent être discutées, et encore comme personne ne se trouve placé de manière à apprécier aussi juste que le juge, il est impossible d'émettre à ce sujet une appréciation d'une valeur quelconque. Les fonctions de
juge , sans présenter d'aussi épineuses difficultés que celles de starter, ne sont cependant pas sans demander une grande ha* bitudd, beaucoup de sang-froid, et une certaine décision. Il n^est pas aussi commode qu'on le pense généralement, quand deux chevaux arrivent à une tête Tun de Pautre, dépassant le poteau comme des balles, de distinguer celui qui devance son adversaire d'un aussi court intervalle. Le juge doit moralement s'isoler de toute préocupation étrangère à sa mission : il lui faut entendre, sans s'en laisser impressionner, une foule-enthousiaste et surexcitée lui crier allernativement le nom de celui des concurrents auquel il s'intéresse. Gomme ces manifestations sont hostiles l'une à l'autre, et toujours l'expression d'intérêts engagéS) elles sont tenaces et bruyantes. Un juge, peu habitué à tout ce tumulte, pourrait s'en laisser impressionner, et hésiter du moins à déclarer ce qu'il a cru voir, quand il entehd plusieurs centaines de voix furieuses lui crier le contraire aux oreillers. Gertainsjuges,pour se garantir eux-mêmes contre toute influence étrangère, appliquent Tœil contre la borne qui leur sert de guidon, se bouchent les oreilles, et crient à haute voix le nom du vainqueur, au moment oti il dépasse le poteau. C'est une sorte de Rubicon analogue à celui du starter quand il jette son drapeau à terre pour s'éviter la tentation de le relever, au cas où le départ ne serait pas réussi. Une fois la chose faite, il n'y a plus à y revenir. C'est peut-être la meilleure manière.
Les fonctions du juge sont cependant plus aisées, que celles du starter, le premier n'ayant à se préoccuper que d'un point unique, l'arrivée, moins cooQpliquée toujours, que le départ. Il lui reste, d'ailleurs, une ressource dernière, celle de déclarer dead-heat au cas où subsisterait, dans son esprit, un doute, si léger qu'il fût.
Il existe peut-être dans le Règlement une lacune qui, si elle était comblée, simplifierait beaucoup la tâche de juge. Sa décision étant omnipotente et sans appel, il lui est loisible, quand il en est convaincu, de déclarer qu'un cheval a gagné d'un nez, c'est à-dire de la longueur existant du mors aux naseaux du cheval. Le fait s'est produit, et se produit encore très-fréquemment. C'est là une exagération de justesse par trop minutieuse. Un semblable avantage est excessivement difficile, pour ne pas
dire impossible à constater. f!ût-il parfaitement ayéré, il ne suffirait pas encore pour déterminer le gain d'une course. Le cheval dont le nez, c'est-à-dire, les naseaux ont dépassé les premiers la ligne d'arrivée a-t-il bien réellement gagné, et ne devrait-on pas en un cas semblable prononcer le dead-heat et faire une seconde épreuve? Cette opinion est non-seulement soutenable, mais encore rationnelle. Quand deux chevaux arrivent aussi près l'un de l'autre, il peut parfaitement se faire, et c'est ce qui se produit le plus souvent, qu'ils ne galopent pas ainsi côte à côte en mesure, comme deux valseurs. Leurs foulées de galop auront lieu, au contraire, presque toujours à contre-mesure, et ils se trouveront, alternativement, le nez de quelques centimètres en avant. Si cette situation se prolonge jusqu'au poteau, de fait aucun des deux adversaires n'a réellement gagné, car celui qui se trouve le premier avoir le nez sur le poteau, se trouve dépassé presque immédiatement d'un intervalle égal. L'interversion se produit avec une telle rapidité qu'il est, en vérité, absolument impossible de désigner exactement celui dont le nez a, réellement, dépassé le poteau le premier. Dans tous les cas , ce n'est pas un avantage assez positif pour lui donner la course.
Il faudrait donc admettre, pour qu'une course soit réellement gagnée et que le juge puisse légalement déclarer le nom d'un vainqueur, que l'un des deux adversaires eût au moins, sur son concurrent, l'avantage d'une tête franche parfaitement sdntie, c'est-à-dire en avant. Quand Pun des concurrents n'aurait pu obtenir au moins cet avantage, le juge devrait déclarer deadheat. Cette doctrine est adoptée en Angleterre, et elle est beau* coup plus logique.
. Les fonctions de juge sont gratuites en France, comme celles de starter, ou de toute autre autorité du turf. Le système contraire est suiv^ en Angleterre, où les juges, comme les starters, sont salariés. Ces deux opinions contraires sont très -controversées (Voy. à ce sujet le mot Départ): comme pour les starters, les Sociétés de courses ne sauraient prendre trop de soin dans le choix de celui auquel les fonctions de juge sont confiées. Tout le monde n'est pas apte à les remplir; un juge et un starter incapables, ou incompétents, peuvent donner lieu à des erreurs