LAGRANGE
LagraDge s'est occupé de courses toute sa vie , mais est devenu propriétaire d'une écurie seulement en 1857, où il a acheté, en bloc, tous les chevaux, en entraînement, de M. Alexandre Aumont (Monarque figurait parmi eux). La pensée de transformer la physionomie du turf français par une entreprise en apparence téméraire, devait germer depuis longtemps dans l'esprit de M. le comte de Lagrange , car une semblable tentative ne se fait pas sans de mûres réflexions, et un examen approfondi de la position. Pour se rendre compte du mouvement opéré par M. le comte de Lagrange dans les courses, il faut se reporter à une époque déjà éloignée , et se rappeler quelle était notre situation vis-à-vis des Anglais. Leur supériorité était tellement incontestable et incontestée, qu'il ne serait venu à personne Tambitieuse pensée d'aller les combattre sur leur propre terrain, et de lutter régulièrement avec eux dans de grandes courses comme le Derby, les Oaks, le Saint- Léger, etc. Jusqu^à ce moment, on s'était borné à risquer ses meilleurs chevaux dans des handicaps, oii Je dédain des handicapeurs anglais leur constituait toujours une position avantageuse.
Ce n'était pas avec des moyens ordinaires, que l'on pouvait entreprendre une semblable tâche. Quiconque eût osé, à cette époque, dire ou écrire que, dans quatre ou cinq ans, un cheval français gagnerait le Derby d'Epsom, et une pouliche française les Oaks , aurait provoqué un immense éclat de rire d'un bout à Pautre des trois royaumes unis. M. le comte de Lagrange commença par s'associer avec M. le baron Nivière, et les deux écu- ' ries réunies constituèrent un formidable ensemble, en dehors de toutes les proportions connues jusqu'à ce jour. On commença par se faire un épouvantail de ce redoutable ensemble. L'association fut mal accueillie dans le public, où l'on craignait qu'une concurrence aussi écrasante ne décourageât les éleveurs, en constituant de fait un privilège inattaquable.
La division des deux écuries associées, dont Tune alla s'établir en Angleterre sous la direction de Tom Jennings, et l'autre resta en France, confiée à Henri Jennings, co iimençaà rassurer, quelque peu, les esprits. On s'aperçut qu'au lieu d'apporter le découragement, cette concurrence constante donnait une impulsion nouvelle aux courses et à l'élevage de pur-sang. Les