‹ Dictionnaire du sport françaisChapitre 322 sur 339 · TRIBUNE DU JUGE · texte numérisé non relu

TRIBUNE DU JUGE

d'une manière suffisamment appréciable pour qu'il soit impossible de se tromper. Mais dans les cas, assez fréquents, oh le public reste quelques minutes indécis et doit attendre, comme solution sans appel, le jugement souverain, le juge a besoin de toute son attention et doit s'isoler de toute distraction. Lui seul, placé exactement en face du poteau d'arrivée, peut se rendre compte si un cheval a gagné de ce que l'on est convenu d'appeler une courte téte^ ou s'il doit prononcer le dead-heat, c'est* à-dire, annuler la course. Des intérêts assez graves sont attachés à cette alternative pour que toutes les précautions soient prises, afin d'assurer autant que possible l'exactitude mathématique d'une décision de cette nature. Plusieurs juges expérimentés prennent dans les occasions difficiles un parti extrême, analogue à celui du starter qui jette son drapeau à terre pour ne pas avoir la tentation de le relever. Le juge, les yeux fixés sur la ligne intermédiaire du poteau d'arrivée, attend, sans s'occuper des cris et du tumulte qui se font autour de lui ; dès qu'une tête se montre dans son rayon visuel il crie à haute voix le nom du cheval; de cette manière il n'y a plus à y revenir : la première impression est, au reste, presque toujours la bonne.

En reconnaissant même ce qui, par une fiction légale absolument indispensable, n'est pas admis en principe, c'est-àdire qu'un juge puisse se tromper, il vaut beaucoup mieux, à tous les points de vue, qu'il se trompe seul avec sa propre impression, qu'avec celle de ses voisins. Son erreur, d'abord, aura de moins graves conséquences, si elle n'a pas de témoins; comme il est seul placé pour se rendre un compte exact des choses, nul ne pourrait le contredire, si personne n'était à même de voir dans la même position.

On ne pouvait se dispenser d'investir le juge d'une omnipotence souveraine et sans appel : si son autorité eût pu être contestée, toutes les courses, si elles n'eussent été gagnées d'une demi-longueur au moins, auraient donné lieu à des réclamations sans fin. Il a donc fallu admettre, comme principe fixe et invariable, qu'un juge ne pouvait pas se tromper. Théoriquement, cela était indispensable pour assurer à sa décision mie autorité sans appel.

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