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VINCENNES

On avait du reste pris toutes les précautions possibles pour faciliter aux concurrents, capables de tenter Pépreuve, les moyens de l'accomplir. Les obstacles construits dans une largeur de 80 à 100 mètres, pouvaient être abordés sans crainte des accidents fréquents, résultant de l'encombrement inévitable dans un espace trop restreint. La partie comprise entre les drapeaux était partout moins élevée^ pour éviter aux chevaux la tentation de sortir de la piste; le terrain sur lequel ils retombaient, était hersé et préparé de façon à éviter de dures secousses, souvent funestes aux meilleures jambes.

Les tribunes étaient bâties sur le côté droit en arrivant de Vincennes; elles avaient chacune 100 mètres de longueur et étaient séparées par le pavillon impérial. Le départ était placé à 200 mètres environ de la tribune la plus rapprochée de la ferme.

Le premier obstacle était une haie avec fossé, puis après

avoir franchi une l)aie simple , on rencontrait la grande douve

dont la largeur était de k met. 50 ; elle était indiquée par une

haie dont la hauteur et l'épaisseur devaient faciliter Télan né-

: cessaire pour la passer. Immédiatement après, venait une ban-

: quelte irlandaise, d'une hauteur de 1 met. 25 environ, avec

I 3 mètres de surface, c'est-à-dire un espace plus que suffisant

pour ôtre prise sans danger par un cheval exercé.

I Le nombre total des obstacles, espacés sur les deux pistes, était

de dix-neuf. Une' haie avec fossé, une haie simple , la grande

douve, la banquette irlandaise, une claie, trois barrières, un ta-

I lus, une haie anglaise entre deux fossés, une rivière, une double

I haie vive, une route entre deux murs en terre, un contre-bas,

une lie entre deux rivières de 3 met. 50 eu)(iron, un mur en

pierre.

Deux de ces obstacles, outre la douve et la banquette irlandaise , dont nous venons de parler , attiraient surtout Tattention des coureurs : c'était d'abord une barrière ûxe , dont la hauteur était de 1 met. 6 du côté le plus élevé, elle n'avait rien comme on le voit d'exagéré dans sa dimension, et était du reste parfaitement disposée, l'écorce blanche dont elle était faite tranchait sur la verdure du gazon, de manière à indiquer aux chevaux que ce n'était pas un obstacle dont un coup de poitrail pouvait

avoir raison. Le mur en terre, également fixe, de 1 met. 10 de hauteur^ était encadré dans deux ailes beaucoup plus élevées, qui ne permettaient pas aux chevaux de chercher un passage ailleurs.

Les événements de la guerre, ayant quelque peu modifié la situation de la Société de Yincennes , elle ne se trouvait pas en état de reconstruire les tribunes , à peu près anéanties, de faire faire sur le terrain les remaniements indispensables, Thippodrome ayant presque sans interruption servi à la fois de camp et de champ de manœuvres pendant la guerre. Le bail consenti avec la Ville devenait lui-même trop onéreux pour la Société. Il fut rompu d'un consentement mutuel. La Société des steeplechases de France n'est cependant pas dissoute et doit , assuret-on, se reconstituer dans un délai très-bref. La principale difficulté porte sur le choix d'un terrain. Il est, dit-on, question de concéder à la Société les prairies dites de Bagatelle, situées entre le parc de ce nom et la Semé. On ne saurait trouver une situation plus favorable ; si cette espérance se réalise, l'avenir de la Société est à peu près assuré. La position de Yincennes, la difficulté de transport, le quartier de Paris qu'il fallait traverser pour s'y rendre ayant toujours été pour beaucoup dans l'éloignement qu'un certain public n*a jamais cessé de manifester pour cet hippodrome.

VITESSE. La vitesse, prise dans l'acception stricte et absolue du mot, peut être considérée comme le contraire, ou, tout au moins, l'opposé du train. Le train étant Tallure dans laquelle un cheval peut galoper une distance déterminée, mais toujours d'une certaine Rendue, nécessite, par conséquent, chez ranimai une certaine réserve, et ne lui permet pas de sortir du jeu mécanique de sa construction , pour donner le maximum de sa puissance, sous peine de ne pas arriver à la limite du chemin qui lui reste à parcourir. La vitesse 'au contraire, n'admet pas cette restriction. C'est le summum de rapidité dont un cheval puisse être doué, mais dont il ne peut oser que pendant un espace de temps , et par conséquent une distance très-restreints.

Les causes qui déterminent chez un cheval Ht présence ou

Fabsence de cette qualité, sont moins saisissables encore, qne celles auxquelles on peut attribuer le train. On peut encore dans ce dernier cas trouver la ndson d'un bon ou d'un mauvais train dans une certaine construction définie. Si cette base n'est pas absolument vraie, elle est le plus souvent au moins vraisemblable. La vitesse, au contraire, existe chez des chevaux de l'aspect le plus disparate. Les uns sont petits et démesurément légers, d'autres grands, massifs et lourds. Un homme de cheval expérimenté saisira bien, chez un jeune cheval inconnu, certains signes qu'il lui feront penser, qu'il doit être vite. Cette indication résulte plutôt de l'ensemble général de l'animal, que de l'examen de telle ou telle partie prise isolément. Néanmoins comme tous les hommes qui savent, il en tire une induction et non une certitude. L'essai peut seul à cet égard, comme pour le train, confirmer ou démentir ces prévisions.

Ces deux qualités distinctes, la vitesse et le train, sont donc distinctes, mais non exclusives. Elles peuvent, à un degré différent, se trouver réunies chez le même cheval. Leur ensemble constitue même le véritable cheval de course de grand ordre. La vitesse donne un immense avantage à l'animal qui en est doué, quand elle se trouve jointe à un train suffisant pour suivre une course de bonne classe. Pendant toute la durée du parcours le train ne le met pas àTépreuve, et, à ce dernier moment il tient en réserve la vitesse, qui, si elle est suffisante le rend presque inbattable. Il peut également, suivant la distance, mettre au départ ses concurrents hors train, prendre une certaine avance, s'en aller ensuite à son aise et ne pas être rejoint. Cette facilité a inspiré à quelques hommes spéciaux, d'une incontestable compétence en la matière, cet axiome : La vitesse est le fond. Si étrange qu'il puisse paraître, il est vrai en ce sens qu'un cheval, possédant à la fois un bon train et une excellente vitesse, aura toujours plus de fond que celui d'un train semblable, mais d'une vitesse moindre ; parce que quand celui-ci rapprochera, il lui sera toujours aisé de s'en débarrasser pendant quelques instants, et que l'autre, pour le suivre, sera contraint à des efforts auxquels le premier ne se trouve pas astreint* Gomme le fond n est que la iacilité de

parcourir une longue distance, en éprouvant moins de fatigue que ses adversaires, le cheval le plus vite se trouvera toujours ici avoir le plus de fond. Cette définition peut être abstraite ; elle est vraie, cependant, mais pour être bien comprise, elle ne peut s'adresser qu'aux hommes, pratiquement spéciaux, qui ont seuls été à môme de s'en convaincre.

Ce double avantage, résultant de la réunion du train et de la vitesse chez le même animal dans une proportion quelconque, ne peut exister qu'à une condition. Il faut que le caractère et l'ensemble de l'organisation de l'animal permettent de tenir cette vitesse à l'état latent; en réserve, comme de l'argent que Ton économise, et de ne s'en servir qu'au moment et dans la me* sure où il convient de le faire. En un mot, ces qualités doivent être assez distinctes pour pouvoir être séparées au gré du jockey, qui doit à sa volonté se servir de Tune ou de l'autre, suivant les circonstances et le besoin de la cause. Cette condition ne se rencontre pas toujours il est vrai, mais elle n'est pas impossible; elle existe même fréquemment chez beaucoup de chevaux de premier ordre. Monarque et sa remarquable descendance en offrent de frappants exemples . Il était lui-même excessivement vite, et sa supériorité ne se démentait sur aucune distance, précisément en raison de cette excessive vitesse. Son admirable organisation, d'une malléabilité sans limites, son courage à toute épreuve, permettaient d'employer ses transcendantes qualités comme et quand on voulait. Son illustre fils, Gladiateur, était prodigieusement vite, doué d*une supériorité intrinsèque plus grande encore que celle de son père, dont il était la reproduction exacte dans des proportions exagérées : il fut inbattable, et passe à très-juste titre pour une sorte de phénomène. Tous les enfants de Monarque, avec de très-rares exceptions, possèdent cette double qualité, à des degrés différents, bien entendu. Trocadéro, le Mandarin, Hospodar, Consul, etc., étaient de véritables chevaux de course dans la réelle acception de cette définition : atteindre , lutter et dépasser. Il suffirait de ces trois mots pour démontrer que la vitesse est la première de ces trois conditions. Elle est effectivement indispensable pour atteindre, davantage encore pour dépasser; quant à la lutte, c'est une affaire de moral, ou si l'on aime mieux de con-

rage; le sang de Monarque possède cette précieuse qualité à un degré, que d'autres peuvent atteindre, mais jamais dépasser. On ne saurait donc prétendre qu'un cheval vite est dépourvu de fond, parce qu'il est doué de vitesse, et, réciproquement, attribuer le fond à un animal possédant un bon train sans vitesse. Les deux aptitudes sont intimement liées l'une à l'autre: leur ensemble seul constitue le cheval supérieur.

Bien que tout ce que nous venons de dire soit rigoureusement vrai, ce n'est pas dans ce sens que Ton entend généralement les mots de train et de vitesse. Une fausse interprétation, admise même dans une certaine partie du monde spécial, s'obstine non -seulement à les séparer, mais à les opposer constamment l'une à l'autre. Cette distinction, toute de convention d'ailleurs, a eu pour conséquence de faire sous-entendre, dans l'application du mot vitesse, la faculté de parcourir une trèscourte distance avec une excessive rapidité, et par contre Fincapacité d'accomplir un parcours plus étendu à une allure plus modérée. Comprise dans cette acception la signification du mot vitesse est absolument fausse, ou tout au moins inexacte. N'importe quel cheval, fût-ce Gladiateur ou Eclipse, ne saurait soutenir son extrême vitesse au delà d'un très-court espace de temps. Cette faculté, dans son exercice naturel, peut être limitée à quatre cents mètres environ, développée par Fentrainement il est possible d'étendre quelque peu sa durée, mais pas d'une manière sensible cependant, sans être contraint d'apporter certains ménagements dans l'emploi que l'on en fait, c'est-à-dire d'en modérer l'extension. Ainsi les courses de huit cents mètres, considérées à juste titre comme une distance presque illusoire ne peuvent être franchies dans toute la vitesse d'un cheval, sans qu'il fléchisse quelque peu dans les cent derniers mètres, s'il n'a pas été relativement ménagé au début. Conclura-t-on de ce que Gladiateur, par exemple, n'aurait pu tenir lextrême Ijmite de sa vitesse au delà de huit cents mètres quïl n'avait pas de fond? Ce serait absolument dire qu'un homme ayant hérité d'une énorme fortune, et s'étant amusé à la jeter dans la rivière, en quelques heures, n'aurait jamais été riche.

Néanmoins, l'opinion qui établit une distinction radicale

entre la vitesse et le fonds, peut avoir, à un certain point de vue, une raison d'être justiûée. La supériorité intrinsèque et absolue du cheval vite est subordonnée à une condition. Il faut que Ton puisse disposer à son gré de cette qualité au moment oh Ton en a besoin. Si elle se borne à une sorte de convulsion nerveuse, grâce à laquelle un cheval, en quelque sorte aiïblé, se précipite en avant avec une rapidité vertigineuse, c'est un défaut, dont on peut profiter sous certaines conditions ; mais cette particularité ne saurait jamais être considérée conmie un mérite. Elle existe cependant et résulte d'une certaine aptitude naturelle chez certains chevaux, grâce à laquelle ils ont une extrême facilité à se mettre rapidement sur leurs jambes, ou si Ton aime mieux,à prendre, dès les premières foulées, la dernière extension de leursmoyens,aulieudene pouvoir sous peine d'être suffoqués, arriver à ce maximum que graduellement et par une sorte de progression continue. Si, à cette faculté, ils joignent une certaine dose de vitesse, même ordinaire, il devient aisé de se rendre compte de Timmense avantage qu'ils trouvent dans un déboulé de huit cents mètres, oti ils prennent une avance telle au départ que leurs adversaires n'ont pas le temps de les rejoindre avant l'arrivée. Telle est l'aptitude particulière à certains chevaux, à laquelle on donne en général la qualification de vitesse, et dont on se sert pour tirer la conséquence fausse, qu'un cheval vite est nécessairement dépourvu de fond. De semblables animaux n'ont évidemment aucune qualité réelle ^ on les utilise, avec raison, parce qu'ils existent. Leur emploi présente cependant de grands inconvénients au point de vue général : c'est le plus puissant argument dont se servent les adversaires des courses pour prétendre que les chevaux de pur sang, vites sur de très-courtes distances, ne sauraient conserver leur supériorité sur des parcours plus étendus. Cette polémique n'aurait évidemment aucune importance, si la solution d'aussi graves questions était toujours confiée à des hommes spéciaux, ayant fait une étude particulière et approfondie de ces matières. Il n'en est malheureusement pas ainsi, et comme à un examen superficiel ces arguments peuvent paraître spécieux, ils contribuent à entretenir des erreurs regrettables, et une polémique dangereuse en ce sens, qu'elle laisse subsister

dans les masses une ignorance que l'expérience est impuissante à dissiper.

Cette faculté de certains chevaux à parcourir avec une ezcessiye rapidité des distances limitées a été l'origine de la fondation des courses de vitesse, c'est-à-dire ne s'étendant pas au delà d'une distance où cette sorte de spécialité devient insuffisante. On peut leur fixer comme extrême limite 1000 à 1200 mètres au maximum. Passé ce terme» ce que l'on est. convenu d'appeler la vitesse ne suffît plus, exclusivement du moins. Il faut une qualité réelle plus positive. Des chevaux ayant une supériorité souvent inattaquable sur un parcours de 1500, 1600 et 1800 mètres, ne la conservent pas toujours sur une plus grande étendue, mais on ne peut dire cependant que leur unique qualité soit la vitesse ; ceux-là, par suite d'une circonstance quelconque, sont réellement dépourvus de fond, mais restent cependant de bons chevaux. La distance de 2400 mètres pour les poulains de trois ans, et celle de 3200 pour ceux de quatre, peuvent être considérées comme le critérium réel de leur mérite intrinsèque , parce qu'alors la vitesse , comprise dans le sens que Ton lui donne généralement, devient insignifiante.

On a quelque peu abusé, en Angleterre, des courses de vitesse, surtout depuis quelques années. La spéculation s'y est portée avec fureur, et elles ont pris une grande extension. Elles n'ont cependant pas eu sur la race anglaise elle-même la malheureuse influence qu'on leur a attribuée. Beaucoup de chevaux ont évidemment perdu, momentanément ou pour toujours peut-être, comme individus, les aptitudes qu'ils eussent possédées en dehors de celle que l'on développait exclusivement chez eux. Mais cette impuissance relative et momentanée, uniquement due à un entraînement particulier, ne saurait porter atteinte à la qualité réelle qu'ils possèdent par la transmission certaine d'une longue suite de générations. La production de pur sang est assez considérable en Angleterre pour se trouver à l'abri des conséquences de cette exagération d'une chose bonne et utile en elle-même. Il ne saurait en être de même en France : aussi a-t-on agi sagement en ne permettant pas à cette nature dé courses de sortir d'une juste limite.

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