ROY
eut l'aploml) de donner le Misanthrope et de l'intiluler : le Misanthrope de Villers-Cotterets. Il avait un instinct merveilleux pour savoir de quelle ville était l'auteur d'une pièce, et quand il ne le savait pas, il en faisait un, à tout hasard, citoyen de la ville où nous nous trouvions. C'est ainsi qu'après avoir annoncé avec raisou les Plaideurs, par M. Racine, natif de la Ferté-Milon,il annonçait ailleurs les Plaideurs, par M. Racine, nalif de Château-Thierry. Un jour, dans un mauvais village de la Brie, il eut bien le front d'annoncer le Médecin malgré lui, comédie par un jeune auteur de celte commune. Du reste, ce vieux charlatanisme s'est renouvelé de nos jours. Les directeurs mettent à toutes les pièces le nom d'un auteur en vogue, et on m'a assuré avoir vu sur l'affiche d'une petite ville de département : le Tartufe, comédie en cinq actes, de M. Scribe.
(M"e Flore, Mémoires.)
Routine.
Le prince de Ligne, dont. Marie-Antoinette aimait la politesse exquise et l'agréahle entretien, entre un jour, à Fontainebleau, chezlareine. Tout respirait en lui l'enjouement. <• D'où vient donc une aussi bonne humeur? — Oh ! vraiment.
Votre Majesté daignera la partager, j'eu suis sûr. — A quel sujet? — Je viens de rencontrer dans les cours du château , partant pour Paris, un fourgon attelé de quatre chevaux avec deux postillons, un piqueur, et pour escorte quatre gardes du corps. On lisait sur le fourgon : Cassette de la Reine. — Eh bien? — Eh bien! la reine, hier soir, à son jeu, m'a fait l'honneur de me dire qu'elle n'avait pas six louis dans sa cassette ; et c'est pour traîner six louis à Paris que tout, cet équipage, bêtes et gens, sont sur pied! — Que voulez-vous ? dit Marie-Antoinette ; c'est ainsi réglé depuis Marie Leckzinska, et vous savez quelles tempêtes soulèvent ici les moindres réductions. »
( Carrière, Introduct. aux Mémoires du comte de T'auhlanc. )
Royalisme excessif.
Juin i685.
Ou nous mande que les Minimes de
votre Provence ont dédié une thèse au roi, où ils le conipaient à Dieu , mais d'une manière qu'on voit clairement que Dieu n'est que la copie. On l'a montrée à M. de Meaux, qui l'a portée au roi, disant que Sa Majesté ne le doit pas souffiir. Le roi a été de cet avis ; on a envoyé la thèse en Sorbonne pour juger. Trop est trop.
(.M™» de Sévigné Lettres. )
Madame Desparbès étant une nuit avec Louis XV, le roi lui dit : « Tu as accordé tes faveurs à tous mes sujets. — Ah! sire.
— Tu as eu le duc de Choiseul. — Il est si pui^sant ! — Le maréchal de Richelieu.
— Il a tant d'esprit ! — Manville. — Il a une si belle jambe! — A la bonne heure; mais le duc d'AuQiont, qui n'a rien de tout cela. — Ah ! sire, il est si attaché à Votre Majesté ! »
(Chamfort.)
Royauté intellectuelle.
Lorsqu'on annonça la nouvelle de la mort de Voltaire, Collé s'éciia : « Nous rentrons en république. )>
( Voltairiana. )
Quand le père Lacordaire mourut à Sorèze, la manifestalion de la douleur publique dépassa toute attente. C'est eu cette occasion qu'une paysanne de l'Albigeois proféra cette naïve et belle parole :
j4hion un rey, Vahenperdut. u. Nousavious un roi, nous l'avons perdu. »
(Foisset, Vie du R. P. Lacordaire. )
Royauté du parterre.
A Weimar, c'était surtout au théâtre que Guethe commandait eu maître et qu'il prétendait faire seul autorité. Assis au milieu du parterre , dans un fauteuil de forme particulière , il faisait la police de la salle et donnait le signal des bravos.
Un soir qu'on représentait VAlarcos , de Frédéric Schlegel, plusieurs personnes ayant applaudi, une autre partie du public se prit à rire. Aussitôt le vieux Gœ-