‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 102 sur 180 · ROY · texte numérisé non relu

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tlio se lève, et d'une voix terrible, soutenue par im geste impérieux :

« Qu'on ne rie plus!» dit-il.

Et on se tut.

(Ivau de Wœstyn, Figaro. ) Rupture ( Moyen de).

Toutes les fois qu'Etienne Béquet éprouvait le besoin de rompre une chaîne qui commençait à lui peser, il se présentait l'air sombre et concentré devant son objet, en lui disant :

« Je sais tout, madame. »

La femme restait abasourdie, terrassée, muette, et il s'en allait en dédaignant de recueillir les aveux.

Rupture loyale .

Quand Montesquieu rompit avec le P. de Tournemine, il se bâta de le déclarer hautement, eu disant à tout le monde : <■ N'écoutez ni le P. de Tournemine ni moi, parlant l'un de l'autre ; car nous avons cessé d'être amis. »

( Kousseau, Confessions.)

Rupture motivée.

Le prince de Ligne voyait assidûment deux juives fort belles, qu'il quitta brusquement un jour, en leur adressant le billet suivant : « Vous savez, mesdames, que j'ai toujours été l'un de vos admirateurs les plus empressés. Vous n'avez ni cufanls ni chiens, ce qui m'a donné tout de suite une grande idée de votre mérite; mais mes jambes refusent à grimper vos escaliers. Adieu, vous êtes décidément les dernières que j'aie adorées au troisième. »

(F. Barrière, Introduct. aux Mémoir.

du prince de Ligne. )

Ruses fl'amour.

On a une pièce imprimée qui s'appelle la Gloria dd Nicjuea (I). Elle est de la façon du comte de Villa Mediana, mais d'un style qu'ils appellent parlas culto, c'est-à-dire phélnis. On dit que le comte la fit jouer à ses dépens à Aran-

(i) Sujet lire ilii roman ti' ./maclis.

juez. La reine et les principales dames de la cour la représentèrent. Le conile en était amoureux, ou du moins par vanité il voulait qu'on le crût, et, par une J galanterie bien espagnole, il fit mettre le feu à la machine où était la reine, afin de pouvoir l'embrasser impunément. En la sauvant, comme il la tenait entre ses bras, il lui déclara sa passion et l'invention qu'il avait trouvée pour cela (1).

(Tallemant des Réaux.)

Je m'amuse à voir danser les ours, et cela me rappelle une histoire fort originale, au sujet d'une demoiselle de qualité de la maison de la Force, qui a longtemps été à la cour, où elle était fille d'honneur de M'"* de Guise. Le fils d'un conseiller qui était fort riche, et qui s'appelait M. de Briou, lui inspira une vive passion, et l'épousa malgréla volonté de son père ; celui-ci voulait faire rompre le mariage, et il défendit à son fils de voir la dame et d'avoir aucun ra|)port avec elle. Elle chargea un trompette de lui dire que, lorsqu'il entendrait une certaine fanfare et lorsqu'il verrait des ours dans sa cour, de ne pas manquer de descendre; elle se fit couvrir d'une peau d'ours, et M. de Briou, sous prétexte de voir danser cet animal, d'admirer sa douceur et de le caresser, trouva moyen de se procurer un entretien avec sa femme. Je n'ai rien lu de pareil dans aucun roman.

( Madame, duchesse d'Orléans, Correspondance. )

Comme les partis des ennemis viennent de temps en temps faire des courses assez près d'ici, on a ordonné aux mousquetaires d'aller la nuit en patrouille dans toutes les rues de Paris, pour veiller à notre sûreté, et sur ce prétexte ils vont aussi, chemin faisant, en bonne fortune. Il yen eut un à qui il arriva une aventure assez plaisante, il avait trouvé le secret de se glisser sans bruit dans la maison de sa maîtresse, et s'était même introduit dans sa chambre. La chandelle était éteinte; on parlait aussi bas que l'on le pouvait.

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La mère s'aperçut ([ue sa fille n'était pas seule. Elle cria : « Qui est là? « Et comme le galant ne jugea pas à propos de répondre, et qu'elle n'était pas d'humeur de laisser passer la chose sous silence , elle s'assura de la porte, et appela pour avoir de la lumière, comj)tant que le mousquetaire ne pouvait sortir que par là, et qu'à coup sur on le trouverait dans la maison ; mais elle avait oublié que le proverbe dit : Il tant passer par là ou par la fenêtre. Le galant prit le dernier parti, sachant bien que, s'il était découvert, on lui ferait prendre ce chemin-là ; ainsi il aima mieux risquer ce saut, tout périlleux qu'il était , que de se livrer aux fureurs d'une mère intraitable, et à la merci d'une troupe de valets. L'intérêt de sa belle eut peut-être autant de part que le sien à cette généreuse résolution.

Quoi qu'il en soit, il ne balança pas à l'exécuter; et quoique la hauteur de l'appartement rendît le précipice très-piofond, il franchit le pas avec un courage héroïque, et s'élança dans la rue, pendant que la trop fâcheuse mère s'amusait à des recherches inutiles, et qu'à la tète de tout son domestique, et une bougie à la main, elle fouillait tous les coins et recoins de sa maison, dans la même intention queDiogène,et sans pouvoir découvrir aucun vestige de genre humain, quoiqu'elle eût entendu parler et même marcher dans la chambre de sa fille. Son étonnement était terrible; et, à moins d'avoir recours à l'enchantement, la chose paraissait incompréhensible. La belle de son côté, revenue de ses premières alarmes par l'inutilité de cette recherche , en avait de terribles pour la vie de sou amant; et se doutant bien de la route qu'il avait prise, elle ne douta point qu'il n'eût péri dans cette expédition. Mais elle se trompait : l'amour lui avait prêté ses ailes, et il était arrivé heureusement dans la rue par la voie de l'air, sans qu'il lui fût arrivé d'autre accident que de s'être un peu froissé le corps, et d'avoir crotté son surtout. Mais un pauvre malheureux, que quelque nécessité naturelle avait obligé de se ranger contre le mur de cette maison, fut la dupe de l'aventure : le mousquetaire lui tomba sur le corps, et peu s'en fallut qu'il ne le tuât. 11 en fut pourtant quitte pour quelques contusions, et pour une frayeur terrible. 11 crut que le ciel tombait, et fit des cris

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si effroyables que tout le quartier en fut alarmé. Le rusé mousquetaire prit la balle au bond, et frappant de toute sa force à la porte de sa belle, il demanda à parler à la mère, et dès qu'elle parut : « Madame, lui dit-il tout essoufflé, je vous demande pardon de venir dans une heure aussi indue que celle-ci ; mais, outre que j'ai jugé, en voyant de la lumière au travers de vos vitres, que vous n'étiez pas encore couchée; outre cela, dis-je, je me suis cru obligé de vous avertir qu'un homme vient de sauter par vos fenêtres. Il est tombé à mes pieds dans le temps que Je passais; et comme nous sommes obligés de veiller pour la sûreté publique, et que la considération que j'ai pour vous me fait intéresser plus [larticulièrement en la vôtre, j'ai cru que mon devoir m'obligeait à passer par-dessus les règles de l'austère bienséance pour vous donner un avis aussi important. L'homme est encore à votre porte, tout étourdi de sa chute, et il vous sera aisé de savoir de lui quel était son dessein : cependant il est bien aisé de juger qu'il li'eu avait pas de bons, w

Pendant ce discours, la belle ne pouvait se lasser de regarder son amant , dont la vue lui avait l'ait reprendre ses esprits. Cependant la mère courut dans la rue, où l'innocent accusé, qui avait toutes les côtes fracassées, criait miséricoide. 11 crut qu'on venait à son secours, et il commençait à implorer celui de la dame, lorsqu'une troupe de valets se jettent impitoyablement sur lui, et à grands coups de pied dans le derrière, le firent entrer dans la cour. Le mousquetaire opina à le livrer à sa mauvaise destinée. « 11 vous en coûtera de l'argent, dit-il à la dame, et , bonne comme vous êtes, vous serez fâchée de l'avoir fait pendre. Il n'a rien volé; ainsi je ci'ois qu'il suffira de joindre quelques coups de bâton aux contusions qu'il a déjà et de lui donner la clef des champs. » Ce sentiment fut suivi, et la sentence exécutée sur-le-champ par une troupe de valets, qui avaient le bras bon et le cœur fort peu tendre; après quoi le patient fut mis à la porte. Le mousquetaire prit congé de la dame, et chacun prit le parti de s'aller coucher. Je ne vous dirai point ce que devint ce malheureux, car je n'eu sais pas davantage : il sulfit que je vous donne cette histoire pour trèsvéritable, puisque je la tiens d'original.

RUS Ruses de g:uerre.

Les Sybarites furent les premiers qui dressèreut les clievaux pour la danse, et avec tant de succès, que Pline assure que toute leur cavalerie avait des chevaux ainsi dressés.

LesCrotoniates, qui leur faisaientla guerre, s'en étant aperçus, firent secrètement apprendre à leurs trompettes les airs des ballets qu'on faisait danser à ces chevaux, 'et les ayant fait sonner quand la cavalerie des Sybarites parut, leurs chevaux, au lieu de suivre pour le combat les évolutions de la bataille, se mirent tous à danser, ce qui leur fit perdre la victoire. (Mercier, Tableau de Paris.)

Au temps de la guerre des deux partis, les uns nommés Bourguignons et les autres Armagnacs, advint à Troyes en Champagne une assez gracieuse aventure, qui très-bien vaut le réciter. Ceux de Troyes, pour lors que oncques par avant ils eussent été Bourguignons s'étaient tournés Armagnacs, et entre eux avaientconservé un compagnon àdemi fol, non pas qu'il eût perdu l'entière connaissance de laison, mais à la vérité il tenait plus du coté de dame folie qu'il ne tenait de raison, combien qu'aucune fois il exécutât et de la main et de la bouche plusieurs besognes que plus sage que lui n'eut su achever. Pour venir donc au propos commencé, le galant dessus dit étant en garnison avec les Bourguignons à Sainte- Meneho, mit une journée en terme à ses compagnons, et leur commença à dire que, s'ils le voulaient croire, qu'il leur bailleiait bonne doctrine pour attraper un hoc des loudiers {fainéants) de Troyes, lesquels à la vérité ils haïssaient mortellement, et ils ne l'aimaient guère , mais le menaçaient toujours de pendre s'ils le pouvaient tenir.

Voici qu'il dit : « Je m'en iiai devers Troyes et m'approcherai des fauxbourgs, et ferai semblant d'épier la ville et de tàter de ma lance les fossés, et si près de la ville me tirerai que je serai pris. Je suis sur que, sitôt que le bon bailli me tiendra, qu'il me condamnera à pendre, et nul de la ville ne s'y opposera pour moi, car ils me haïssent très-tous. Ainsi serai -je bien matin au gibet, et vous serez embusqués au boc(iuet (pii est uu plus

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près du dit gibet. Et tantôt que vous orrez venir moi et ma compagnie, vous sauterez sur l'assemblée, et en prendrez et tiendrez à votre volonté, et me délivrerez de leurs mains. " Tous les com|)agnonsde la garnison s'y accordèrent très volontiers , et lui commencèrent à dire que, puisqu'il voulait bien entreprendre cette avenluie, ils aideraient à la fournir au mieux qu'ils sauraient. Et, pour abréger, le gentil folâtre s'approcha de Troyes, comme il avait devant dit, et aussi comme il désirait, et fut pris, dont le bruit se répandit tôt parmi la ville; et n'y eut celui qui ne le condamnât à pendre : mèmemcnt le bailli, sitôt qu'il le vit, dit et jura par ses bons Dieux qu'il sera pendu par la gorge. « Hélas ! monseigneur, disait-il, je vous requiers merci, je ne vous ai rien méfait. — Vous mentez, ribaud, dit le bailli, vous avez guidé les Bourguignons en cette marche , et avez accusé les bouigcois et les bons marchands de cette ville : vous en aurez votre paiement, car vous en serez au gibet pendu. — Ha ! pour Dieu , monseigneur, dit notre bon compagnon, puisqu'il faut que je meure, au moins qu'il vous plaise que ce soit bien matin, et qu'en la ville oii j'ai eu tant de connaissances et d'accointances, je ne reçoive liop publique punition. — Bien, dit le bailli, on y pensera. " Le lendemain, dès le point du jour, le bourreau avec sa charrette fut devant la prison , où il n'eut guère été (|ue voici venir le bailli à cheval et ses sergents, et grand nombre de gens pour l'accompagner, et fut notre homme mis, troussé et lié sur la charrette, et, tenant sa musette dont il jouait coutuniièremenl, on le mène devers la Justice, oii il fut pins accompagné que beaucoup d'autres n'eussent été, tant était haï en la ville. Or devez-vous savoir que les compagnons de la garnison de Sainte- Meneho n'oublièrent point eux embusquerau bois, auprèsde la Justice (/70/e«ce), dès la minuit, tant poin- sauver l'homme, quoiqu'il ne fut pas des plus sages, comme pour gagner prisonniers et autre chose, s'ils pouvaient. Eux, là donc arrivés, disposèrent de leurs besognes comme de guerre, et ordonnèrent un guet sur un arbre qui leur devait dire quand ceux de Troyes seraient à la Justice. Or sont descendus ceux de la justice devant le gibet, et, le plus abrègement que faire se peut, le bailli demanda qu'on dépêchât notre pau-

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