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M. A. J., écrivain ctdéputé, estl'iin des personnages les plus décorés de France.
Dans un dîner de gens de lettres, il parut un soir imprudemment bardé de toutes ses croix. Un haro formidable s'élève à son entrée.
« Cela n'est pas décent , » crie cpielqu'uw, un envieux sans doute.
M. Jubinal sourit, referme la iiorte, passe à l'office , et rentre une niimile après, avec une feuille de vigne délicatement posée sur ses décorations.
Berryer causait avec un familier de l'Elysée, jadis légitimiste.
« Je ne comprends pas, disait le grand orateur, que vous soyez si assidu auprès du prince. — Laissez donc, mon clier, nous faisons le lit du comte de Cliambord. — Vraiment I ... ce ne sont toujours pas les paillasses qui lui manqueront ! »
Saillie enfantine.
Je ne puis me rappeler sans rire qu'un soii', cbez mou père , étant condamné pour quelque espièglerie à m'aller coucher sans souper, et passant par la cuisine avec mon triste morceau de pain, je vis et flairai le rôti tournant à la broche. On était autour du feu; il fallut en passant saluer tout le monde. Quand la ronde fut faite, lorgnant du coin de l'œil ce rôti, qui avait si bonne mine et qui sentait si bon, je ne pus m'abstenir de lui faire aussi une révérence, et de lui dire d'un ton piteux : Adieu, rôti! Cène saillie de naïveté parut si plaisante, qu'on me fit rester à souper.
(J.-J. Rousseau, Confessions.)
Saillie heureuse.
Les mousquetaires, les gardes du corps, les gendarmes , les chevau-légers, entraient anciennement à la Comédie sans payer, et le parterre en était toujours rempli. Molière, qui dirigeait alors le spectacle, pressé par les comédiens , obtint du roi un ordre pour qu'aucune personne de sa maison n'entrât à la Comédie sans payer. Ces messieurs, indignés, forcèrent la porte de la Comédie, tuèrent les portiers, et cherchaient la troupe entière pour lui faire éprouver le même traite-
ment. Béjart,qui était habillé en vieillard pour la pièce cpi'on allait jouer, se présenta sur le théâtre : « Eh ! messieurs, leur dit-il , épargnez un vieillard de soixante-quinze ans , qui n'a plus que quelques jours à vivre. « Cette plaisanterie fit rire les mutins, et, ce que n'auraient peut-être pas fait les meilleures raisons, calma leur fureur. Molière tint ferme, et l'ordre du roi fut toujours observé depuis.
( Grimarest, Fie de Molière. )i fSaliit inespéré.
Un homme au pays Suisse s'étaut égaré dans une montagne couverte de grands bois, y fut surpris de la nuit, et parce qu'il ne savait plus où aller, ne voyant pas où il mettait le pied, il s'arrêta où il se trouva pour y passer le reste de la nuit ; et parce qu'il craignait les loups et les ours , il s'éleva sur un gros arbre, qui de fortune s'étant trouvé creux, il tomba dedans comme dans une fosse ou un sépulcre ouvert.
Le lendemain il ne savait comment faire pour se retirer de ce tombeau, où il s'était enseveli tout vivant. Il fait tous ses efforts des pieds et des mains, qui se trouvèrent inutiles; il crie, il se tourmente, et tout cela en vain, car il était éloigné de lieux habités de plus d'une grande heure de chemin. Trois jours se passent en cette agonie. Ce fut à lui de se recommander chaudement à Dieu, en ce pressant besoin, ne pensant plus qu'à bien mourir, ayant perdu toute espérance de vie, lorsque voilà un ours qui, grimpant sur cet arbre creux , croyant y trouver des abeilles et se repaître de leur miel, dont il est fort friand, met une de ses pattes au tronc d'en haut, par où l'homme est tombé. Cet homme, croyant que ce fût un autre qui le vînt secourir, empoigne cette patte, et la tint si serrée, que l'ours, qui eut peur étant une fois accroché, s'enfuit, après avoir fait ce que la Providence, qui ne dort jamais sur Israël, avait voulu faire par son moyen. (Belleforest, Cosmographie.)
Sanction.
Charlemagne scellait lui-même les
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ordres qu'il donnait avec le pommeau de son épée, où son sceau était gravé, et disait ordinairement : « Voilà mes ordres ; » et il ajoutait en montrant son épée : « Et voilà ce qui les fera respecter de mes ennemis. »
[Jnecdotes françaises. )
Sang:-froid dans le péril.
Un courtisan de Philippe II, roi d'Esl)agne, vint, d'un ton consterné, apprendre à ce prince que plus de 60 vaisseaux de la grande flotte qu'il avait levée contre l'Angleterre avaient été jetés par la tempête tant sur les rivages de ce pays, que sur les côtes de France, d'Ecosse, d'Irlande, de Hollande, et de Danemarck.
Le monarque répondit froidement : « J'avais envoyé combattre les Anglais, et non pas les vents : que la volonté de Dieu soit faite. » Le lendemain il donna ordre aux prélats de son royaume de remercier Dieu d'avoir conservé quelques débris de sa flotte, et il écrivit au Pape : « Saint- Père, tant que je resterai maître de la source, je regarderai comme sans conséquence la perte d'un ruisseau. »
(Dict. des hommes illustres.)
A la journée de Dumbar, en Ecosse, on vint annoncer à Cromwell qu'Iréton, son gendre, et l'un des officiers généraux de l'armée, était blessé, et que l'aile droite, à la tête de laquelle il combattait, s'était mise dans le plus grand désordre : « Nous n'aurions point de gloire à vaincre l'ennemi, s'il ne nous résistait point, » répondit il sans s'émouvoir. En même temps il vole au secours des siens, qu'il trouve totalement dispersés, et rétablit tout par sa présence.
Sang'froid in extremis.
La mère de François V (Louise de Savoie), trois jours avant que mourir, vit la nuit sa chambre toute en clarté qui était transpercée par la vitre. Elle se courrouça à ses femmes de chambre qui la veillaient pourquoi elles faisaient un feu si ardent et éclairant. Elles lui répondirent qu'il n'y avait qu'un peu de feu , elque c'était la lune qui ainsi éclairait et
donnait une telle lueur. « Comment! ditelle, nous en sommes au bas ; elle n'a garde d'éclairer à celte heure. » Et soudain, faisant ouvrir son rideau, elle vit une comète qui éclairait ainsi droit sur son lit. a Ah ! dit-elle, voilà un signe qui ne paraît pas pour personne de basse qualité. Dieu le fait paraître pour nous autres grands et grandes. Refermez la fenêtre ; c'est une comète qui m'annonce la mort : il se faut donc préparer. » Et le lendemain au matin, ayant envoyé quérir son confesseur, fit tout le devoir de bonne chrétienne, encore que les médecins l'assurassent qu'elle n'en était pas là. « Si je n'avais vu, dit-elle, le signe de ma mort, je le croirais, car je ne me sens point si bas; » et leur conta à tous l'apparition de sa comète. Et puis, au bout de trois jours, quittant les songes du monde, trépassa.
(Brantôme, Fie des dames illustres.)
Thomas Morus , condamné au dernier supplice, mit sa tête sur un billot, et s'étant aperçu que sa barbe était étendue de telle manière qu'on la lui aurait coupée en l'exécutant, pria le bourreau de l'accommoder sur le billot; et le bourreau s'enquérant de lui pourquoi il était en peine de sa barbe quand il allait lui couper la tête : « 11 n'importe pas beaucoup pour moi, repartit Morus; mais il importe pour toi que l'on puisse dire que tu entends fort bien ton métier, parce que l'arrêt porte que tu dois couper ma tête et non pas ma barbe. »
i^Ckevrseana.)
Une particularité qui peint le calme d'Etienne Pasquier à l'heure suprême, c'est qu'il se ferma les yeux de deux de sps doigts, qu'on y trouva comme collés. Par là, selon l'expression de Montaigne, il sembla se dénouer lui-même de la vie(l).
(L. Feugère, Fie d'Ét. Pasquier. )
(i) Cette circonstance, peut-être purement fortuite, a frappé les écrivains du XVI« siècle, dont la i)lupart l'ont rapportée, et Abel deSainti- Marthe l'a célébrée en vers latius.
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Le connétable de Lesdigiiièros , le propre jour qu'il mourut, travaillait de fort bon sens à des rantonnements de gens de guerre. Après il fil venir son curé : « Monsieur le curé, lui dit-il , faites-moi faire tout ce qu'il faut. » Quand tout fut fait : « Est-ce là tout, reprit-il, monsieur le curé? — Oui, monsieur. — Adieu, monsiein- le curé, en vous remerciant. « Le médecin lui dit : « Monsieur, j'en ai vu de plus malades échapper. — Cela peut être, répondit-il, mais ils n'avaient pas quatre-vingt-cinq ans comme moi. »
11 vint des moines à qui il avait donné quatre mille écus, qui eussent bien voulu en avoir encore autant; il?
lui promettaient leparadisen récompense.
« Voyez-vous, leur dit-il, mes pères, si je ne suis sauvé pour quatre mille écus, je ne le serai pas pour huit. Adieu. » Il mourut comme cela le plus tranquillement du monde.
Tallemant des Réaux.)
Le jour même où M'"'' de Pompadour attendai* sa dernière heure, le curé de la Madeleine, dont elle était la paroissienne à Paris, vint la voir pour l'exhorter à bien mourir. Comme il prenait congé d'elle : <i Un moment, monsieur le curé, » lui dit la marquise, «■ nous nous en irons ensemble. »
( Galerie de /'ancienne cour. )
Le père Boubours fut altaqué d'une maladie violente , et qui l'emporta en peu de jours. Se trouvant à toute extrémité, il dit aux assistants : « Je m'en vais ou je m'en vas; l'un et l'autre se disent (1). » < Almanacli littéraire, 1780.)
L'abbé de Yoisenou a conservé son hu-
meur gaie jusqu
au dernier instant. Peu
de temps avant sa mort, il se fit apporter son cercueil de plomb, qu'il avait déjà fait préparer : « Voilà donc, dit-il, ma dernière redingote.' » et se tournant vers un de ses laquais dont il avait eu (|uel- (lucfois sujet de se plaindre : « J'espère,
ajoula-t-il, qu'il ne te prendra pas envie de me volei celle-là. »
{Étrennes ti.-lpollon, 1780.)
Le savant Haller tâtait son pouls au moment de son agonie. Il disait avpc
tranquillité : « L'artère bat L'artère
bat encore L'artère ne bat plus, »
et il mourut....
(M'"'" Necker, Nouv. extr. )
M. de Mornay, gouverneur de Saint- Cloud, retiré au Palais-Royal à l'âge de quatre-vingt-neuf ans, eut, un jour de mardi gras, une crise qui lui fit croire qu'il ne passerait pas la journée. M. F..., son neveu, l'étant allé voir ce jour-là, entra dans sa chambre sans se faire annoncer, et ne fut pas peu surpris de trouver M. de Mornay seul, ces draps et sa couverture rabattus jusqu'au pied du lit, considérant avec un grand sang-froid son corps décharné. « Que faites-vous donc là, mon oncle? — Je m'examinais, et, au moment où vous m'avez surpris, je disais à la Mort : « Tu vas faire là un pauvre mardi-gras. «
(Suard, Mélanges de littérature.)
M. de Morand, avocat au parlement d'Aix , auteur de plusieurs pièces de théâtre, vit approcher l'heure de sa mort avec une gaîté et une présence d'esprit extraordinaires. En dictant son testament, il se rappela celui de Crispin dans le Légataire universel, et le parodia en donnant aux item les inflexions de voix différentes et comiques qui faisaient rire tous les assistants.
{Ânn. lit ter.)
Au moment de mourir, Locke demanda quelque liqueur, et but à la sauté de ceux qui se trouvaient près de lui, en leur disant : «i Je vous souhaite à tous du i)onlieur. » 11 les exhorta à regarder ce monde seulement comme un état de préparation à un meilleur. Il ajouta qu'il remerciait Dieu de lui avoir fait passer des jours tranquilles, mais que cette vie
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ne lui paraissait qu'une pure vanité. Pendant qu'on achevait de l'haljiller, il pria la personne qui le gouvernait, et qui lisait tout bas dans un psautier, délire haut : elle le fit, et il parut très-attentif jusqu'il ce que les approches de la mort Ten empêchèrent. 11 pria alors cette même personne de ne plus lire, et peu de minutes après il expira.
(Panckoucke.)
Le poëte Barthe mourut dans les plus horribles douleurs avec un grand courage. On le mit dans un bain pour calmer ses souffrances, et là il dicta son testament avec une fermeté et une présence d'esprit incroyables. Un ami, qui ignorait son état, venant lui apporter un billet pour Vlpltigénie en Tauric/e, de Piccini : « Mon cher, lui dit-il, on va me porter à l'église; je ne puis donc aller à l'Opéra. » 11 plaisanta sur le fauteuil académique, qu'il avait convoité vainement. « 11 serait pins doux que ma baignoire, » dit-il.
Le joyeux chansonnier Désaugiers, atteint de la maladie à laquelle il a succombé (la pierre), disait à son camarade Brazier, avec la bonne humeur qui lui était habituelle : « Comment se fait-il qu'on me jette la pierre à moi qui n'ai jamais fait de mal à personne ? »
11 chansonna son mal pendant l'opération de la lithotritie. Le lendemain il écrivait à un ami : « Je suis à la fin de ma carrière. ^>
Des symptômes graves s'étant ma nifestés, il fallut recourir à l'opération de la taille. Désaugiers s'y résigna avec courage et, prêt à se livrer aux chirurgiens, des mains de qui il ne devait pas sortir vivant, il fit pour lui-même cette épitaphe facétieuse :
Ci-gît, hélas ! sous cette pierre.
Un bon vivant mort de la pierre; Passant, que tu sois Paul ou Pierre, Ne va pas lui jeter la pierre.
( E. Colombey, Originaux de la dernière heure.)
Lorsque les médecins eurent déclaré à Louis-Philippe, sur sa demande, que les palliatifs de la science étaient désor-
mais impuissants devant la marche rapide de la maladie, le roi fit un léger signe de tête qui voulait dire : « C'est bien ! j(; vais ra'arranger pour mourir. «
Comme s'il eût calculé, avec sa pensée toujours ferme et prompte, le temps que l'organisme épuisé devait fonctionner encore, il voulut employer le restant de ses forces à régler des affaires importantes, réservant pour sa famille éplorée les derniers battements du cœur, le suprême rayonnement de l'àme!
Assis dans un laige fauteuil, le corps enveloppé d'une robe de chambre en tissu léger des Indes, dont il s'était vêtu de préférence, parce (pi'elle fatiguait moins son corps brisé, Louis-Philippe dictait à Marie -Amélie un codicille à son testament.
Le général Dumas, aide de camp de Louis-Philippe, entra sans se faire annoncer et sans bruit dans la chambre à coucher de l'auguste mourant; la reine, assise devant une taijle, tournait le dos au général ; mais le roi voyant faire à ce dernier un brusque mouvement de retraite, lui dit :
« Bestez donc, mon cher Dumas, j'ai bien besoin de vous ; nous avons à travailler ensemble. Les médecins, ajoutal-il en somiant, viennent designer mou bail à l'éternité ! »
Puis, se tournant vers la reine, froide et blanche comme mie morte :
« Hàte-toi, Amélie! ces dispositions dernières sont d'une grande importance. »
Le codicille qu'il dictait à la reine renfermait des legs au profit de MM. d'Houdetot, Dumas, de Rumigny, de Chabannes, et des souvenirs pour MM. de Montmorency, Dupin aîné, et Scribe, avocat.
Au moment de signer, le roi sortit sa main droite qu'il tenait enveloppée dans sa robe de chambre.
<c Oh ! oh ! fit-il en remuant ses doigts roidis, mes mains sont déjà froides. — Et maintenant , à nous deux , mon cher Dumas. Nous avons à ajouter une dernière page à mes mémoires. Prenez tous les papiers, là, dans l'armoire à gauche.
Le général prit un trousseau de clefs; mais sa main tremblait si fort, et ses yeux, dans lesquels rouhaient deux grosses larmes, y voyaientsi mal que l'aide de camp resta debout devant l'armoire, cherchant inutilement la clef qui devait l'ouvrir.
« Dé'jidément, murmura le vieux loi,
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moi seul u'ai point perdu la tête , et c'est heureux! Voyons, venezici, maladroit »... \ajouta-t-il, moitié riant, moitié grondant. I Puis, mettant sans hésitation la main sur la clef introuvable, il la prit entre le pouce et l'index, l'agita avec un mouvement de satisfaction , en disant à M. Dumas : » La voici. » ,
Le général s'assit à la place qu'occupait la reine. Louis-Philippe lui dicta, sans hésiter, sans courir après l'idée qu'il voulait rendre, la conclusion de ses Mémoires, trouvant toujours le mot propre, et revenant même, pour la rectifier, sur une expression qui lui avait échappé dans la rapidité de l'improvisation : cette expression', qu'il trouvait un peu crue , lui semblait exagérer sa pensée. Il signa d'une main encore ferme la page que son secrétaire venait d'écrire.
Ce dernier soin accompli , le roi , le politique, avait cessé d'être; le père de famille, seul, allait se trouver en face de la mort.
« Et maintenant, fit-il à haute voix, comme le dit la bonne Amélie,... je vais où Dieu m'appelle. »
11 se coucha alors, et il expira trois quarts d'heure après.
(H. de Viliemessant , Chronique de Paris.)
Saiig^-froid intrépide.
Les amis du chancelier de l'Hôpital craignaient qu'il ne fût enveloppé dans le massacre de la Saint-Barthélémy, et l'avertirent de prendre garde à lui : « Rien, rien, répondit-il; ce sera ce qu'il plaira à Dieu , quand mon heure sera venue. » Le lendemain , on vint lui dire qu'on voyait une troupe de cavaliers armés qui s'avançaient vers sa maison, et on lui demanda s'il ne voulait pas qu'on leur fermât les portes et qu'on tirât sur eux, en cas qu'ils voulussent les forcer : « Non, non , repartit-il ; mais si la petite u'est hastante (suffisante) pour les faire entrer, que l'on ouvre la grande. » C'était en effet des furieux qui , sans ordre de la cour, venaient pour le tuer; mais, a\aut que d'exécuter leur dessein , ils furent alleints par d'autres cavaliers, envoyés du roi même, pour protéger le vieillaid, auquel on pardonnait : ■< J'ignorais, répondit-il froidement et sans changer de vi-
sage, que j eusse jamais mérité la m ni le pardon. »
(Panckouclie.)
Au siège de Royan , Louis XIII fit iremhler plus d'une fois pour sa vie. L'n jour qu'il sortait de la tranchée , un boulet lui passa deux pieds au-dessus de la tête : « Mon Dieu , sire, cria Bassompierre , ce boulet a failli vous tuer! — Non pas moi, répondit le roi, mais M. d'Épernon; »
et voyant des gens de sa suite qui s'écartaient pour éviter le coup : « Comment, leur dit-il, vous avez peur que cette pièce tire? Ne savez-vous pas qu'il faut auparavant qu'on la charge de nouveau .' » Le premier aumônier du roi lui dit, de la part des officiers, qu'ils seraient enfui obligés d'emprunter ces paroles des capitaines de David : « Vous ne viendrez plus à la guerre avec nous, de peur que la lumière d'Israël nes'éteigne avec vous. » {Anecdotes françaises.)
Les grenadiers du régiment des gardesfrançaises, et ceux des gardes-suisses se sont entre autres extrêmement distingués (devant Namur). On raconte plusieurs actions particulières , que je vous redirai quelque jour, et que vous entendrez avec plaisir. Mais en voici une que je ne puis différer de vous dire, et que j'ai ouï conter au roi même. Un soldat du régiment des Fusiliers , qui travaillait à la tranchée , y avait porté un gabion ; un coup de canon vint qui emporta son gabion : aussitôt il en alla poser à la même place un autre, qui fut sur-le-champ emporté par un autre coup de canon. Le soldat', sans rien dire, en prit un troisième et l'alla poser; un troisième coup de canon emporta le troisième gabion.
Alors le soldat rebuté se tint en repos; mais son officier lui commanda de ne point laisser cet endroit sans gabion. Le soldat dit : « .Virai, mais j'y serai tué. » Ily alla, et, en posant son quatrième gabion , eut le bras fracassé d'un coup de canon. Il revint soutenant son bras pendant avec l'autre bras, et se contenta de dire à sou officier : u Je l'avais bien dit. » Il fallut lui couper le l)ras , qui ne tenait presque à rien. Il souffrit cela sans desserrer les dents, et, après l'opération, dit froide-
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ment : « Je suis donc hors d'état de travailler ; c'est maintenant au roi à me nourrir. »
( J. Racine, Lettre à Boilcau. )
Rivaroles, fort bon lieutenant général, mourut en 1704. C'était un Piémontais qui s'était attaché au service de France et qui y était fort estimé. Un coup de canon lui avait emporté une jambe il y avait fort longtemps; un autre lui emporta sa jambe déboisa Neerwinden et le culbuta.
On le releva sans mal ; il se mit à rire. « Voilà de grands sots, dit-il, et un coup de canon perdu ! Ils ne savaient pas que j'en ai deux autres dans ma valise. »
( Saint-Simon, Mémoires. )
A la bataille de Rocoux, comme le sieur Vidal, sergent au régiment de Flandres, donnait le bras au prince de Monaco pour le conduire au dépôt, il reçut un coup de feu qui le lui fracassa. Ce brave homme, sans s'émouvoir, ne fit que changer de bras : « Prenez celui-ci, mon prince, ditil, l'autre ne vaut plus rien. «
[Mémoires anecdotiques. )
Pendant un siège, un porteur d'eau criait dans la ville : « A six sous la voie d'eau ! » Une bombe vient et emporte un de ses seaux : « A douze sous le seau d'eau ! « s'écrie le porteur sans s'étonner.
( Chamfort. )
Au siège de Gironne , en 1711, le général, M. le duc de Noailles, était allé visiter une batterie ; un boulet de canon l'approcha de fort près : « Entendez-vous cette musique? » dit-il à Rigolo, qui commandait l'artillerie, et qui était un peu sourd. — « Je ne prends jamais garde aux boulets qui viennent, répondit celui-ci; je ne fais d'attention qu'à ceux qui vont. »
Au fort d'un combat qui se donnait en Hollande, le général Van-Grotten demande une prise de tabacàun de ses lieutenants. Au moment où celui-ci présente sa tabatière, il est emporté par un boulet de canon. Le général se retourne froi-
dement de l'autre côté, et dit à un autre officier : « Ce sera donc vous qui m'en donnerez? »
( Encyclopédiana. )
Un jour que son aide de campBaraguay d'Hilliers, à cheval à côté deCustiucs, lui lisait une dépèche au milieu du feu, une balle déchire la dépêche. L'aide de camp regarde son général et s'arrête : « Continuez, dit Custines, la balle n'aura enlevé qu'un mot. »
( Lamartine, Hist. des Girondins. )
Au moment où on vint prévenir le duc de Broglie qu'il allait être traduit devant le tribunal révolutionnaire, le poète Vigée était chez lui et lui lisait des vers. M. de Broglie tira sa montre et lui dit : « L'heure approche, je ne sais si j'aurai le temps de vous entendre jusqu'à la fin ; mais n'importe, continuez toujours, en attendant qu'on vienne me chercher. »
(Nougaret, Beaux traits de lu révolution. )
Le président du trii)unal révolutionnaire, en interpellant Martainville, affectait de joindre au nom de l'accusé la particule nobiliaire; « Citoyen, s'écria celui-ci, tu es en place pour me ;acco//raV, et non pour me rallonger. » Cette boutade fit dire à quelqu'un dansl'auditoire : « Qu'on l'élargisse ! » Martainville fut remis en liberté.
A la bataille de Saint-Fulgent, un de nos suisses, nommé Rynks, tira un flageolet de sa poche et se mit à jouer, pour se moquer des Bleus, l'air: Ça ira! Tout eu chargeant , un boulet' emporta la tète de son cheval ; Rynks se releva en continuant l'air (1).
(Marquise de la Rochejaquelein, Mémoires. )
Sans-gêne artistique.
Quelque temps après avoir fait le portrait de Louis XV, le peintre La Tour
(i) Vr. Iiilréjjiililé.
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est mandé à Versailles pour faire celui de M"'" de Pompadour. Il repond brusquement : « Dites à Madame que je ne vais pas peindre en ville. » Un de ses amis lui représente que cette réponse est grossière à l'égard d'une ftmrae, et d'une femme d'un rang aussi distingué. « Eh bien ! j'irai , mais à condition que la séance ne sera interrompue par personne. »
Il se rend à Versailles, fait ses conventions , et demande la lilierté de se mettre à son aise. Tout lui est accordé. Apres avoir ôté les i)0uclcs de ses escarpins, ses jarretières, son col, sa perruque qu'il accroche à une girandole, il tire de sa poche un petit bonnet de taffetas noir, le met sur sa tête, et commence le portrait. Il n'y avait pas un quart d'heure qu'il était en train, lorsque Louis XV entre. « Vous aviez promis , madame, que la porte serait fermée, » dit le peintie en ôlant son bonnet. Le roi se met à rire du reproche, ainsi que de l'accoutrement du moderne Apelle, et l'engage à continuel-. « Il n'est pas possible, sire, je reviendrai quand Madame sera seule ; je n'aime pas à être interrompu. » La Tour prend ses jarretières , son col , ses boucles , sa perruque , va se rhabiller dans un autre appartement, et sort.
{Àlmanach littéraire, 1792.)
Sans-géne impérial.
Un jour Napoléon dîna avec son chapeau sur la tète eu compagnie de trois rois et de plusieurs princes étrangers , qui tous étaient découverts. Une autre fois , revenant en voiture de la chasse avec les rois de Saxe , de Wurtemberg et de Bavière, il entra à la Malmaison faire une visite à Joséphine et laissa les monarques à la porte pendant une heure. Le roi de Bavière, qui raconta l'aventure à celui qui me l'a répétée, fut plus diverti qu'offensé de cet incident et dit : « Puisqu'on nous traite comme des laquais , il faut nous divertir comme tels ; » il fit demander du pain , du fiomage, du fruit et du vin, et se régala dans la voiture avec un appétit excellent et une bonne humeur admirable. De tels inconvénients n'étaient point rares du tout à la cour impé-
riale.
(Lord Holland, Mémoires, )
Sans-g'êne miiiistrviel.
Lors de l'invasion des Trois cents dans la chambre des députés, sous la Restauration , un membre de la droite disait à M. de Corbière : «t Où diable avez-vous été les prendre? Pas un orateur ! pas une tète ! — Eh ! tant mieux, ce ne sont pas des tètes, mais bien des houles qu'il nous faut. !>
Ce ministre ne se gênait guère plus avec le roi qu'avec la Chambre. Lorsqu'il vint travailler aux Tuileries pour la première fois, il déposa, pour être plus à son aise, son mouchoir, sa tabatière et ses lunettes sur le bureau de Louis XVIII , qui lui dit effrayé : « Il me semble, monsieur de Corbière, que vous videz vos poches. — Votre Majesté aimerait-elle mieux que je les remplisse ? «
(L. Larchey, Monde illustré.)
Satire {Encouragement à la ).
Un abbé fut mis à la Bastille pour avoir paru longtemps dans le monde sous des habits de femme. Quelques aventures d'éclat le trahirent, et la cour, informée de sa conduite , le fit enfermer. Il s'occupait dans sa prison à faire des vers malins , et le plus souvent contre les personnes les plus respectables. Un de ses amis l'étant allé voir, lui demanda à quoi il passait le temps.' « A composer des chansons, lui répondit le prisonnier; cela m'amuse. Voulez-vous que je vous en diseune que je fis hier? » En même temps il lui chante quelques couplets, que son ami trouva si hardis qu'il lui dit : « Estu fou, mon cher abbé, de composer de l>areilles chansons? Crois-moi, change d'amusement ; car tu pourrais bien t'en repentir. — Fi donc .interrompit l'abbé, tu n'y ])enses pas. Qu'ai-je h. craindre? Nesuis-je pas payé d'avance? «
(Panckoucke.)
Hntire (Prutlence dans la).
Un Gascon lisait une satire vive et pî- (piante; mais personne n'y était nommé : " L'auteur, dit quelqu'un, se moque-t-il du public de lui donner à deviner ce que lui seul peut entendre? Ce sont autant de coups d'épée dans un fourreau. »
(De Montfort, T'asconiana.)
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