‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 115 sur 180 · SON · texte numérisé non relu

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la veille de la mort de sou père ; il devait paitir le lendemain, pour aller couchera Paris et chasser le jour d'après. Il rêve que M. de Castelmoron est tomhé en apoplexie, et se réveille effrayé. 11 monte dans sa chaise avec grande impatience d'arriver, descend chez son père, et demande avec empressement de ses nouvelles ; il ne fut pas même entièrement rassuré, quoique le voyant et se portant hien alors. 11 va souper dehors et revient à minuit ; il apprend que son père est rentré avec de la colique; son premier mouvement est de dire : « Mon père est mort. » Il vouLitl'empècherde se coucher. Pour lui, il ne voulut jamais se mcttie dans son lit. Effeclivement, ce fut deu\ ou trois heures après que, la colique le réveillant, il -"oulut se lever, et mourut. Ce rêve a donné occasion de se souvenir de plusieurs a\itres. M""' de Simiane, petite fille de M""** de Grignan, étant près d'accoucher, rêve qu'elle est à coté d'une église et à côté d'un homme qui creusait la terre et qui faisait deu\ trous , dont l'un fort petit. Elle lui demande en dormant pour qui ce petit trou; cet homme lui répond que c'est pour son enfant. Le lendemain, étant allée entendre la messe dans cette même église, elle voit aujirès d'elle un liomme qu'elle reconnaît pour être le même qu'elle a vu en songe; elle paraît effrayée. Les gens, qui ignoraient le songe, lui dirent que cet homme est connu de la paroisse , que c'est le fossoyeur : elle tomhe évanouie ; on la rapporte chez elle, elle accouche, elle meurt avec son enfant.

M. de Meuse me disait hier que plusieurs jours avant que M""^ de Marmonle) tombât malade , elle lui avait dit, comme chose à quoi elle ne faisait nulle attention, qu'elle avait songé qu'elle voyait son père (qui était mort depuis longtemps); qu'il y avait un tombeau entre elle et lui, et sur le tombeau une montre dont le cadran était en dessous ; que son père avait pris cette montre, lui avait montré l'heure qu'il était et l'avait remise à sa place. M. de Meuse m'ajouta que c'était à peu près à cette même heure qu'elle était morte plusieurs jours après.

( Duc de Luynes, Mémoires sur la cour de Louis XF.)

-Peiresc, savant antiquaire, rêvaunenui

qu'il était à ?sîmes, où un oifèvre lui présentait une médaille d'or de Jules César, dont on lui demandait quatre écus. S'élant éveillé, il s'en alla à Nîmes, et comme il se promenait par la ville, il rencontra un orfèvre, à qui il demanda s'il n'avait point quelf|ues curiosités; l'orfèvre lui répondit qu'il avait une médaille d'or de Jules César. Interrogé du prix, il demanda quatre écus, que M. Peiresc lui donna, voyant ainsi, avec plaisir, son songe accompli.

( Gassendi.)

^opIii«ites.

Philoxène le sophiste entra chez Arislippe, et frappé de l'abondance et de l'appareil de sa table, il fronça le sourcil, et dit à Aristippe que cette profusion, ce luxe, ne convenaient pas à un philOîAphe, à un sage. Aristippe lui répondit, sans s'émouvoir : « Mon cher Philoxène, veuillez être des nôtres, faites-moi cette grâce. — Vous êtes trop obligeant ; il n'y a pas moyen de vous refuser. » — Lorsqu'èV ristippe le vit placé, mangeant d». bonne grâce, il lui dit : « Mon cher Philoxène, je vais, pour répondre à votre censure sur la somptuosité de ma table, vous conter ce qui ra'arriva avec Andron le stoïcien. J'achetais devant lui une perdrix cinquante drachmes(quarante-cinq livres); comme vous, il me gourmanda d'une telle dépense. Je l'écoutai tranquillement, et lui dis : « Si une perdrix ne coûtait qu'une obole , vous l'achèteriez sans doute.' — J'en conviens. — Eh bien, je n'estime pas plus cinquante drachmes que vous une obole. Je vois que ce n'est ])as le faste et la bonne chère qui vous effarouchent, mais la dépense. » Le sophiste sentit l'application, mais n'en mangea pas moins.

( Foyagci d'Jnti'uor.)

Un jeune homme était convenu avec lo rhéteur Protagoras de faire sous lui un cours de rhétorique moyennant une assez forte somme, qui ne lui serait délivrée ([u'autant que le jeune étudiant gagnerait la première cause qu'il plaiderait. Le cours d'étude hni, le candidat déclara net à son instituteur qu'il ne le jtayeiait pas. {\lui-ci le cita devant le tribunal, et lui lit ce dilemme : « De quelque manièie qut

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ce soil, vous nie pajeitz. Si je jjagiie ma cause, vous me payerez parce que vous y serez condamné; si vous la gagnez, vous me payerez encore, parce que ce sera la conséquence nécessaire des conditions que nous avons faites. « Le jeune avocat répondait : « De quelque manière que ce soit, je ne vous payerai pas. Si je gagne ma cause, parce que j'y serai autorisé ; et ii je la perds, parce que, d'après nos conditions, je ne vons devrai rien. •» Ces dilemmes embarrassèrent tellement l'Aréopage, que la cause qui y donnait lieu rcs'a indécise.

{Improvisât, franc.)

Sorcier».

J'ai entendu raconter qu'en Angleterre on regardait mon oncle, le feu prince Rupert, comme un grand sorcier, et un gros cliien noir qui l'accompagnait, comme le diable. Quand il vint à l'armée et qu'il marcha à l'ennemi, des régiments entiers s'enfuyaient devant lui à cause de cela. (Madame , duchesse d'Orléans , Corrcspundance.)

De tous ces contes aucun ne m'a plus frappé que ce qui arriva chez la comtesse de boissons, nièce du cardinal Mazarin. Son mari était malade en campagne. Elle était un soir incertaine si elle partirait ou non pour l'aller trouver, lorsqu'un vieux gentilhomme de sa maison lui offrit tout bas de lui faire dire par un esprit si M. le comte mourrait de celte maladie. M"'* de Bouillon était présente avec M. de Vendôme, et le duc, à présent maréchal, de Villeroy.

Le gentilhomme fit entrer dans le cabinet une petite fille de cinq ans, et lui mit à la main un verre plein d'une eau fort claire; il fit ensuite ses conjurations. La petite fille dit que l'eau devenait trouble, et le gentilhomme dit tout bas à la compagnie qu'il allait commander à l'esprit de faire paraître dans le verre un cheval blanc en cas que M. le comte dût mourir, et un tigre en cas qu'il dût en échapper. Il demanda aussilôt à la petite fille si elle ne voyait rien dans le verre ; « Ah! s'écriat-elle, le beau petit cheval blanc ! » 11 fit cinq fois de suite la même épreuve, et toujours 'a petite fille annonça la mort lar des marques toutes différentes, que

M. de Vendôme et M""' de Bouillon avaient nommées lout bas au gentilhomme, sans (|ue la petite fille pût les entendre. Ce fait est constant, et les trois personnes présentes le content à qui veut Tenteudre. (L'abbé de Choisy, Dldmoircs. )

M. le duc d'Orléans était curieux de toutes sortes d'arts et de sciences, et, avec infiniment d'esprit, avait eu toute sa vie la faiblesse, si commune à la cour des enfants d'Henri II , que Catherine de Médicis, avait entre autres maux, apportée d'Italie. 11 avait, tant qu'il avait pu, cherché à voir le diable, sans y avoir pu parvenir, à ce qu'il m'a souvent dit, et à voir des choses extraordinaires, et savoir l'avenir. La Sery avait une petite fille chez elle de huit ou neuf ans, qui y était née et n'en était jamais sortie, et qui avait l'ignorance et la simplicité de cet âge et de cette éducation. Entre autres frijinns (le curiosités cachées, dont M. le duc d'Orléans avait beaucoup vu en sa vie, on lui en produisit un, chez sa maîtresse, . qui prétendit faire voir dans un verre rempli d'eau tout ce qu'on voudrait savoir. Il demanda quelqu'un de jeune et d'innocent pour y regarder, et cette petite ' fille s'y trouva propre. Ils s'amusèrent „ donc à vouloir savoir ce qui se passait alors même dans des lieux éloignés, et la petite fille voyait, et rendait ce qu'elle voyait à mesure. Cet homme prononçait tout bas quelque chose sur ce verre rempli d'eau, et aussitôt on y regardait avec succès.

Les duperies que M. le duc d'Orléans avait souvent essuyées l'engagèrent à une épieuve qui pût le rassurer. Il ordonna tout bas à un de ses gens, à l'oreille, d'aller sur-le-champ à quatre pas de là, chez M"'^ de Nancré, de bien examiner qui y était, ce qui s'y faisait, la position et l'ameublement delà chambre, et la situation de tout ce qui s'y passait, et, sans perdre un moment ni parler à personne, de le lui venir dire à l'oreille. En un tournemain la commission fut exécutée, sans que persoinie s'aperçût de ce que c'était, et la petite fille toujours dans la chambre. Dès que M. le duc d'Orléans fut instruit, il dit à la petite fille de regarder dans le verre qui était chez M""' de Nancré et ce qu'il s'y passait. Aussilôt elle leur raconta mot pour mol tout ce qu'y avait vu

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celui que M. le duc d'Orléans y avait envoyé : la description des visages, des figures, des vêtements, des gens qui y étaient, ^ leur situation dans la chambre, les gens qui jouaient à deux tables différentes, ceux qui regardaient ou causaient assis ou debout, la disposition des meubles, en nn mot tout. Dans l'instant, M. le duc d'Or- . léans y envoya Nancré, qui rapporta avoir ' tout trouvé comme la petite lille l'avait L dit, et comme le valet qui y avait été d'abord l'avait rapporté à l'oreille de M. le duc d'Orléans.

il ne me parlait guère de ces choses-là, pnrce que je pienais la liberté de lui en i faiie honte. Je pris celle de le pouiller à I ceiécit... « Ce n'est pas tout, me dit-il, l et je ne vous ai conté cela que pour vef- nir au reste ; » et tout de suite me conta que, encouragé par l'exactitude de ce que ' la petite fille avait vu dans la chambre de M"'" de Nancré, il avait voulu voir quelque chose de plus important, et ce qui se passerait à la mort du roi, mais sans en rechercher le temps, qui ne se pouvait voir dans ce verre. 11 demanda donc tout de suite à la petite fille, qui n'avait jamais ouï parler de Versailles, ni vu personne que lui de la cour. Elle regarda, et leur expliqualonguementtoutce qu'elle voyait.

Elle fit avec justesse la description de la ciiambre du roi à Versailles, et de l'ameublement qui s'y trouva en effet à sa mort. Elle le dépeignit parfaitement dans son lit, et ce qui était debout auprès du lit ou dans la chambre, un petit enfant, avec l'ordre, tenu par M""* de Ventadour, sur laquelle elle s'écria, parce qu'elle l'avait vue chez M"^ de Sery. Elle leur fit connaître M'"*^ de Maintenon, la figure singulière de Fagon, Madame, M"'*" la duchesse d'Orléans, M""^ la duchesse, M""= la princesse de Conti ; elle s'écria sur M. le duc d'Orléans ; en un mot, elle leur fit connaître ce qu'elle voyait là de princes et de domestiques, seigneurs ou valets.

Quand elle eut tout dit, M. le duc d'Orléans, surpris qu'elle ne leur eût point fait connaître Monseigneur, MS'' le duc de Bourgogne, M™* la duchesse deBourgogne, ni le duc de Berry , lui demanda si elle ne voyait point des figures de telle et telle façon. Elle répondit constamment que non, et répéta celles qu'elle voyait. C'est ce que M. le duc d'Orléans ne pouvait comprendre et dont il s'étonna fort avec moi, et en rechercha vainement la raison. L'é- '

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