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vénement l'expliqua. On était lors en 170G. Tous quatre étaient alors pleins do vie et de santé, et tous quatre étaient morts avant le roi. Ce fut la même chose de M. le Prince, M. le duc et M. le prince de Conti, qu'elle ne vit point, et vit les enfants des deux derniers, M. du Maine, les siens, et M. le comte de Toulouse. Mais jusqu'à l'événement cela demeura dans l'obscurité.
Cette curiosité achevée, M. le duc d'Orléans voulut savoir ce qu'il deviendrait. Alors ce ne fut plus dans le verre. L'homme qui était là lui offrit de le lui montrer comme peint sur la muraille de la chambre, pourvu qu'il n'eût point de peur de s'y voir ; et au bout d'un quart d'heure de quelques simagrées devant eux tous, la figure de M. le duc d'Orléans, vêtu comn^e il l'était alors et dans sa grandeur naturelle, parut tout à coup sur la mui aille comme en peinture, avec une couronne fermée sur la tête. Elle n'était ni de France, ni d'Espagne, ni d'Angleterre, ni impériale. M. le Duc d'Orléans, qui la considéra de tous ses yeux, ne put jamais la deviner : il n'en avait jamais vu de semblable. Elle n'avait que quatre cercles, et rien au sommet. Cette couronne lui couvrait la tète.
Il était assiuément alors bien éloigné d'être régent du royaume et de l'imaginer. C'était peut-être ce que cette couronne singulière lui annonçait. Tout cela s'était passé à Paris chez sa maîtresse, en présence de leur plus étroit intrinsèque, la veille du jour qu'il me le raconta, et je l'ai trouvé si extraordinaire que je lui ai donné place ici, non pour l'approuver, mais pour le rendre.
( Saint-Simon, Mémoires. )
J'avais acheté un planisphère céleste pour étudier les constellations. J'avais attaché ce phanisphère sur un châssis ; et, les nuits où le ciel était serein, j'allais dans le jardin poser mon châssis sur quatre piquets de ma hauteur, le planisphère tourné en dessous; et pour l'éclairer sans que le vent soufflât ma chandelle, je la mis dans un seau à terre, entre les quatre piquets; puis, regardant alternativement le planisphère avec mes yeux et les astres avec ma lunette, je m'exerçais à connaître les étoiles et à discerner les constellations. Le jardin de M. Koiret était en
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terrasse; on voyait du chemin tout ce qui s'y faisait. Un soir, des paysans passant asseztard nie virent dans un grotcsciue équipage occupé à mon opération. La lueur qui dorinait sur mon planisphère, et dont ils ne voyaient pas la cause, parce que la lumière était cachée à leurs yeux par les jjords du seau ; ces quatre piquets, ce grand papier barbouillé de figures, ce cadi c, et le jeu de ma lunette, qu'ils voyaient aller et venir, donnaient à cet objet un air de grimoire qui les effraya. Ma parure n'était pas propre à les rassurer : un chapeau claband par-dessus mon bonnet, et un pet-en-l'air ouaté de maman (U"'" de AVarens), qu'elle m'avait obligé de mettre, offraient à leurs yeux l'image d'un vrai sorcier; et comme il était près de minuit, ils ne doutèrent point que ce ne fût le commencement du salibat. Peu curieux d'en voir davantage, ils se sauvèrent trèsalarmésjéveillèrent leurs voisins pour leur conter leur vision ; et l'histoire courut si Ijien, que dès le lendemain chacun sut dans le voisinage que le sabbat se tenait chez M. Noiret. Je ne sais ce qu'eût produit enfin cette rumeur, si l'un des paysans, témoins de mes conjurations, n'en eût le mùme jour porté sa plainte à deux jésuites (jui venaient nous voir, et qui, sans savoir de quoi il s'agissait, les désabusèrent par provision. Ils nous contèrent l'histoire; je leur en disk cause, et nous rîmes beaucoup. Cependant il fut résolu, crainte de récidive, que j'observerais désormais sans lumière, et que j'irais consulter le jilanisphère dans la maison.
(Rousseau, 6'o/;/'cw/o/«.)
On disputait nu soir dans ini café sur l'existence des sorciers. Les avis étaient partagés : chacun soutenait le sien avec chaleur; mais un jeune homme mit plus d'ardeur que les autres à défendre son opinion, et se moqua vivement et des prétendus sorciers et de ceux qui avaient la bonté d'y croire. Insensiblement le monde s'écoula, et cet antagoniste de la magie resta seul avec un autre individu, qui, pendant le cours de la dispute, s'était tenu constamment dans un coin, et avait paru écouter attentivement sans dire mot. Celui-ci s'approcha du jeune homme et lui dit d'un air sérieux : « Monsieur, vous ne croyez donc pas aux sorciers? — Non, certainement, je n'y croirai jamais, — Et
si l'on vous prouvait leur existence.' — Cela n'est pas possible, et je défie tousceux qui voudront l'entreprendre. — J'accepte le défi. Vous sentez-vous le courage de me suivre où je vais vous mener ? Vous n'avez rien à craindre, et vous serez convaincu. — Je le veux bien, monsieur, mais vous n'y gagnerez rien. — C'est ce que nous verrons »...
Us sortirent ensemble. L'inconnu conduisit le jeune homme à la rue Jean-Saint- Denis ; là, il le fit entrer dans une maison obscure, et le fit monter à un quatrième étage. 11 ouvrit une porte, et invita son compagnon à entier. Celui-ci hésitait, et . l'inconnu lui dit : « Soyez sans crainte, et si vous doutez de ma promesse, prenez ce pistolet et fouillez-moi. » Le jeune homme se décida. Bientôt, à la lueur d'une chandelle que l'autre alluma, il vit qu'il était dans une petite chambre noire, où il n'y avait qu'un mauvais lit, quelques chaises, et une table, dont la surface présentait nue large ouverture ronde, et sur laquelle étaient posés un couteau hors de sa gaine et un verre d'eau. L'inconnu ferma la porte, qui avait deux serrures et des verroux. Il prit le couteau, en ficha la pointe contre la porte, et appuya sa tête sur le manche qu'il tenait avec sa main. Après quelques moments de silence, il dit à l'autre de regarder dans le trou qui était au centre de la table, et de n'en pas bouger sans sa permission, — a Que voyez-vous? — Un brouillard épais, qui liaraît se dissiper.,.' Ciel! je vois la place de"*, à "'. Je la reconnais ; elle est remplie de monde qui a l'air de se réjouir. — Regardez plus attentivement encore. — J'aperçois M. de*", mon ami intime, qui s'y promène, et qui se mêle en ce moment dans un groupe nombreux. — C'est bon, dit l'inconnu, en quittant sa position et ens'avançantverslejeunehom.ne; croyezvous maintenant aux sorciers? — Non, je n'y crois pas, et n'y croirai jamais, malgré ce que je viens de voir : c'est une illusion, qui ne peut m'inspirer aucune confiance. — Il vous faut donc d'autres preuves?
Prenez ce couteau et enfoncez-le dans ce verre d'eau. » Le jeune homme obéit ; cela ne produisit rien. « Donnez un coup violent, lui dit l'inconnu ». Aussitôt dit, aussitôt fait. Le couteau perça le fond du verre, qui parut à lincrédule une peau tendre qu'il avait percée, et fut relire par lui rempli de sang. I' fut saisi d'horreur.
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« Vous m'y avez forcé, lui dit l'inconnu, e» ouvrant la porte et eu le congédiant. Dans quelque temps vous aurez de mes t nouvelles; d'ici-là vous feriez des recherches inutiles. Souvenez-vous seulement que c'est aujourd'hui le. . . du mois, et qu'il est onze heures et demie du soir ".Aces mots, sans vouloir l'entendre, ni même lui permettre de regarder dans la table, il le força de sortir.
Le jeune homme, étonné, n'eut rien de plus pressé que d'aller sur-le-champ à la police faire sa déclaration. On se rendit en diligence avec lui à la rue Jean-Saint- Denis, on monta à la chambre, dont la porte était fermée et fut enfoncée; on n'y trouva personne : il n'y avait que la table, le verre d'eau, le couteau sanglant et les autres meuliles. La table élait percée aux quatre coins, outre !e grand trou du centre, à travers lequel on ne vit rien. Le verre d'eau entrait dans l'un des quatre trous des angles, l'eau en était claire. Le résultat des informations fut que cet inconnu avait loué cette chambre depuis un mois, qu'il s'y enfermait toujours avec soin, qu'il ne voyait personne, et que le jour même il avait payé son logement en annonçant qu'il partirait dans la nuit, mais qu'il en avait emporté la clef, comme il le faisait ordinairement.
Toutes les perquisitions furent infructueuses. On assure que quelque temps après on apprit que le même jour, et à la même minute indiquée par l'inconnu, M. de*", étant sur la place de*", à B'", un jour de réjouissance, et se trouvant au milieu d'une foule, avait été frappé d'un coup de couteau, sans qu'on pût découvrir d'où il était parti. On ajoute même que les dimensions de la blessure indiquaient une lame pareille à celle du couteau trouvé dans la cham1)ie de l'inconnu.
(Omiiiana.)
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J'eus dans ce temps-là occasion de connaître un très-mauvais sujet nommé Saint- Maurice. C'était un homme de quarante à cinquante ans, qui, après avoir fait bien des métiers, avait un emploi à la Compagnie des Indes. Ce n'était pour lui qu'un manteau qui couvrait un insigne fourije ; car il n'avait pour subsister nul besoin de ses appointements. H avait de l'esprit, de la littérature, et faisait assez joliment des vers, par amusemoiit et sans
prétention d'auteur. Le hasard me le fit connaître. Un officier de la Compagnie de'; Indes,' chez qui j'allai recevoir ma pension; qu'il s'était cliaigé de me lemeltre, voulut me donner à dîner et me mena chez un traiteur, vis-à-vii le Palais-Royal. Saint-Maurice y entrait en même temps, avec Crébillon le père et Piron. Ce sont les premiers gens de lettres avec qui je me sois trouvé. L'officier et Saint-Maurice, qui se connaissaient, voulurent que nous dînassions tous les cinq ensemble. Le repas fut gai : les saillies de Piron et le ton grivois de Crébillon me plurent beaucoup; Saint-Maurice n'y gâta rien. Ma vivacité et les traits qui m'échappaient attirèrent leur attention. Nous nous quittâmes assez contents les uns des autres, et Saint-Maurice m'invita à déjeuner chez lui le lendemain. J'y allai.
11 logeait au troisième étage sur le Palais-Royal, en face de la Compagnie des Indes. Son logement était composé de trois pièces, dont la principale était meublée, tapisserie, lit et chaises, d'une serge violette. Vous eussiez cru entrer dans la retraite d'une dévote. Cette modeste tapisserie était »m peu égayée par une suite d'estampes sous verres, encadrées dans des boi dures brunes, qui renfermaient les sujets les plus lascifs. Tout son domestique consistait en une servante jeune et jolie, vêtue en paysanne très-propre.
Je trouvai, en arrivant, la nappe mis», et je vis dans la suite qu'on ne l'otalt guère que pour la changer. J'allais de temps en temps chez lui, et j'y trouvais communément compagnie joyeuse et à table. Son emploi n'exigeant que quelques heures de la matinée, il donnait souvent de ces déjeuners-dîners, qui se prolongeaient tellement que tous les repas s'y confondaient. Quoique les mets ne fussent pas recherchés, cette espèce de table ouverte à des convives de grand a))pétit et fort alertes n'était pas d'une faible dépense, et les appointements d'un médiocre emploi ne pouvaient pas y suffire. Je ne tardai pas à savoir le mot de l'énigrae.
Saint-Maurice paraissait prendre beaucoup de goût pour moi, et mon ardeur pour le plaisir était ce qui m'attirait le plus son estime. Il comptait bien s'en servir pour ses vues, el se trompa. Il m'engagea un jour à une promenade aux Champs-Elysées, et là il me dit (pTil se 2-2.
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trouvait à la tête d'une société de personnes assez considérables par leur état et leur fortune, auxquelles il avait persuadé qu'il était en commerce avec les génies élémentaires, dont il pouvait leur procurer les faveurs; que dans certains jours il rassemblait ses adeptes dans une salle où, les volets fermés, deux bougies ne donnaient de lumière que ce qu'il eu fallait pour se reeoniiailre; en prenant place autour de la salle. Alors Saint- Maurice, en qualité de ministre du génie Alael, après une espèce d'invocation en style oriental et cabalistique, faisait le tour de l'assemblée, recevant de cbacun un billet cacbeté, qui contenait la demande de ce qu'on désirait du génie.
H s'appiocliait ensuite d'une manière d'autel, sur lequel était un récbaud plein de braise allumée, où le ministre paraissait jeter tous ces billets, qui étaient consumés. Mais comme il était excellent escamoteur, il substituait aux billets recueillis ceux qu'il avait apportés tout jiréparés. il annonçait alors qu'à la première assemblée il apporterait à cbacun la réponse à sa demande , et l'on se séparait. Rentré cbez lui, il ouvrait les vrais billets et composait les réponses. Les initiés, y trouvant toujours queUpie chose de relatif à la demande qu'ils avaient faite dans un billet brûlé et cacbeté, ne doutaient pas que leur prière n'eût moulé jusqu'au trône d'Alael.
Le grand prêtre Saint-Maurice se bornait à donner séparément à chacun la lecture de la réponse à son billet, sans la lui laisser, de peur des conséquences. Ce qu'il y avait de plus singulier, c'est que le génie, qui était assez puissant pour satisfaire à tous les vœux, demandait souvent de l'or. Ce qui est plus singulier encore, l'or était aussitôt remis à sou ministre, pour l'employer suivant les ordres d'Alael, sans qu'il fût permis de s'informer de la destination.
Lorsque Saint-Maurice eut fini, je lui éclatai de rire au nez. Il en parut fort scandalisé, et me dit, du plus grand série\ix, que la confidence qu'il venait de me faire était une preuve de son estime pour moi, et que, pour m'en convaincre, il pouvait me rendre témoin d'une assemblée; que j'y verrais déjeunes et jolies femmes, et qu'il avait assez de pouvoir sur elles pour m'en faire jouir. Ces derniéi(S paroles attirèrent mon attention.
Quel ap|)ât pour un appétit de vingt ans! Je fus pi es de le prendre au mot. 11 le sentit, et me pressa. Si "e ne me rendis pas, je fus du moins for» ébranlé. J'entrai en éclaircissements. Je "ui dis que, vu les preuves tpi'il m'offrait, je ne doutais pas de ce qu'il me disait ; mais que je ne le concevais pas mieux. Il me répondit cpie j'étais jeune, et ne connaissais ni les hommes ni Paris; que dans cette ville, où la lumière de la philosophie paraît se répandre de toutes parts, il n'y a point de genre de folie qui n'y conserve son foyer, qui éclate plus ou moins loin, suivant la mode et les circonstances.
J'ai reconnu dans la suite la vérité de ce que Saint-Maurice me disait, et j'ai eu des preuves convaincantes de ce qui le regardait lui-même. Un homme très-riche, dont je tairai le nom par égard pour sa famille et les personnes considérables ses alliées, était une des dupes de Saint-Maurice, et lui a fourni plus de cinq cent mille francs. Cet homme était d'ailleurs très-sage, et dans toutes les affaires le conseil de sa famille et de beaucoup d'autres.
Malgré l'appât séduisant que me préîcntale ministre d'Alael, l'honneur l'emporta : je refusai nettement, et lui disijue je ne voulais avoir aucune part à une fourberie; que d'en être simplement témoin serait en être complice, et que cela ne pouvait finir pour lui que d'une façon déshonorante. Mes expressions le choquèrent, et, piqué de s'être ouvert sans succès, il voulait le prendre haut; mais, jugeant que je ne le prendrais pas bas, il se radoucit, et nous finîmes assez froidement notre promenade. Je cessai, dès ce moment, de le voir. Deux ou trois ans après, j'appris qu'il avait été enlevé et mis à Bicètre. 11 n'y fut pas longtemps. Des personnes puiss;uites, du nombre de ses disciples, désabusées ou non, mais craignant de voir leur nom mêle dans une affaire d'éclat, agirent en sa faveur, et lui firent rendre la liberté Pour couvrir apparemment la tache de Bicétre, il piit un carrosse et un bel appartement dans lui hôtel garni; et après s'être montré quelque temps ainsi à Paris, il se retira à Rouen, où il tenait un état brillant , et recevait chez lui ce qu'il y avait de plus distingué.
( Duclos, yicmolres.)