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à sa mort? — Oui, dit saint Augustin, il s'est tu. »
(Diancliard, École des mœurs.)
M. de Cliàteaubrun avait deux tragédies faites, qu'il avait travaillées sur l'antique ; mais les ayant laissées dans un tiroir qui ne fermait point, son valet en a fait des papillotes à des côtelettes qu'il lui servait, et nous en a délivrés innocemment.
Ce bonhomme a pris cet événement avec un flegme philosophique et qui serait, lui seul, capable de prouver qu'il n'est pas poète, si ses ouvrages laissaient quelque chose à désirer à cet égard.
( Collé, Journal. )
Stra tag^èmes.
Le cardinal de Bar, Napolitain, avait un hôpital à Verceil, dont il tirait fort peu de profit, parce qu'il avait beaucoup de malades à entretenir. 11 envoya un jour l'intendant de sa maison pour en recevoir les rentes. Cet officier, voyant un nombre prodigieux de malades qui consumaient tout le revenu de son maître, s'avisa de ce tour. 11 se déguisa en médecin, et fit assembler tous les malades, visita leurs plaies, et leur déclara qu'on ne pouvait les guérir qu'avec un onguent de graisse humaine. « Il faut donc, leur dit-il, que des aujourd'hui vous tiriez au sort entre vous à qui sera cuit dans l'eau bouillante pour le salut de tous les autres. » A ces mots, tous les malades, effrayés, vidèrent incessamment l'hôpital.
(Pogge.)
On assure que François P"", voulant faire rendre goige à son ministre Duprat, qui joignait à la qualité de chancelier celles d'abbé, d'archevêque, de cardinal et de légat, lui annonça la mort subite du pape. « Siie, dit Duprat, rien n'importe plus à l'Élat que de voir placer sur le trône pontifical un sujet qui soit entièrement dévoué à Votre Majesté. — Et si c'était loi? dit le roi. Mais tu sais que pour satisfaire l'appétit des caidinaux il faut de grosses sommes d'argent, et pour le présent, je n'en ai guère, n
Duprat fit appoiterchez le monarque deux tonnes d'or : « C'est assez, dit François, j'y ajouterai ce que je pourrai du mien. » Des lettres particulières ayant appris que le pape jouissait de toute sa sauté, Duprat redemanda ses tonnes à son maître, qui lui dit : « Je ferai des reproches à mon ambassadeur; mais prends patience, si le pape n'est pas mort, il mourra. «
( Panckoucke. )
Contraint de sortir de Rome très-mal équipé et sans le sou, on prétend que Rabelais, pour arriver à Paris commodément et bien nourri, s'avisa d'un stratagème qui aurait pu coûter cher à tout autre que lui. Arrivé dans une hôtellerie à Lyon, il y demanda une chambre écartée et un petit gaiçon qui sût lire et écrire. 11 fit ensuite plusieurs petits paquets de la cendre qu'il trouva dans la cheminée, et lorsque l'enfant lui eut apporlé de l'encre et du papier, il lui fit écrire divers billets portant, l'un : « Poison pour le roi; » l'autre : « Poison pour la reine; poison pour monseigneur le duc d'Orléans; » etc. Il appliqua ensuite ces billets sur chaque paquet, et dit à l'enfant : « Mon ami, gardez-vous bien de rien dire à personne de ce que je vous ai fait écrire, car il irait de ma vie et de la vôtre. » Pendant qu'il dînait, l'enfant ne manqua pas de lendre compte à sa mère de ce qui venait de se passer en haut, et la bonne femme n'eut rien de plus pressé que de dénoncer à la maréciiaussée le nouvel hôte qui lui était arrivé. Le prévôt court à l'hôtel avec ses archers, interroge Rabelais, qui ne répond pas juste à ses demandes, se saisit du voyageur et de sa valise, et le conduit sous bonne escorte à Paris. Arrivé en cette ville, Rabelais se nomme; il demande à pailer au roi, qui le reconnaît, et à qui il fait part de la ruse qu'il avait employée pour aller depuis Lyon jusqu'à Paris, bien nourri et bien monté, aux frais de Sa Majesté, qui, dit-on, loin de se fâcher, rit beaucoup et s'amusa à sa cour de ce stratagème (1).
{Histoire de Rabelais.)
[i] Celte anecdote fnil partie de la U^enJe )liit6t [j'ie de riiisloire de Rabelais, et nous avons
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Vieilleville clail à Toul en 1552. Son caraclèic ne lui permettant pas d'être oisif, il l'orme le projet de surprendre l'onl-à-MoiiSbon. Un espion, cpii joignait ])eancoiip d'iiilelligenre, de finesse, d'activité, à »ni air de bonne foi et de simplicité capables d'en imposer aux i)lu5 soupçonneux, est l'instrument dont il se détermine à se servir. Cet homme, qui était parvenu à gagner la confiance d'AIplionse d'ÂrboIongua, Espagnol, et deFabrire Colonne, Romain, commandant pour Ciiarles-Quinl dans la place , les avertit un jour que S'ieilleville doit partir le lendemain, à la pointe du jour, pour Condé sur la Moselle, et qu'il n'amènera avec lui, pour son escorte, qu'environ cent vingt chevaux. Aussitôt Fabrice prend les armes, sort de la ville à la tète de trois cents clievaux d'élite, et s'avance sur lecliemin qup devait tenir Vieilleville.
L'officier français paraît en effet avec les forces qu'on lui supposait. Se voyant chargé par Falyice, il recule, au petit pas, jiis([u'à im bois où il a placé ses eniljuscades. Elles tombent toutes à la fois sur Fabrice, lui tuent presque tous ses gens, et le font lui-même prisonnier. A l'instant , Vieilleville substitue les enseignes des ennemis aux siennes, et prend la route de Pont-à-Moussou. Pour mieux tromper les Impériaux , il se fait précéder par son confident Saligny, qui porte sa cornette, ses banderolles, ses armes, et fait retentir tous les lieux de ces mots: « Victoire! Vieilleville est prisonnier; Fabrice ramène avec quarante Français ! »
La ruse réussit. Aux premières apparences de succès, d'ArboIongua son de la ville; et, trompé par la vue de ses drapeaux, se livre à Vieilleville, qui le force de prendre sa propre cornette, et de concovnir à la surprise de sa place, en criant : Victoire ! De cttie manière, les Fiançais entrent sans résistance dans Pont-à- Mousson. Don Alphonse, malgré tous les soins que piennent les vainqueurs pour le consoler, donna les marques du plus violent désespoir, et fut trouvé moi t le lendemain dans son lit.
/Pauckouckc.)
il |)f inc besoin <lc <lii« qu'elle est icjdé t n.ul par la i>liJ))ail de ses biograplies.
Angelo Constantin!, qui avait succédé à Joseph-Dominique Diancolelli dans le rôle de Mezzetin, ayant dédié une pièce au dm de Saint- Aiguan, qui payait laigoraent les dédicaces, et étant v( nu pour l'offrir à ce seigneur, fut arrêté par le suisse, i qui refusa de le laisser passer. Mez/.etin dut lui offrir le tiers de la récompense qu'il espérait; il passa. Il fut arrêté de nouveau dans l'escalier par le premier laquais, aucpicl il promit un autre tiers. A cette condition il parvint jusqu'à l'antichambre. Le valet de rhamljie refusa de l'introduire ; il lui offrit le troisième tiers, et on lui permit de parler au maître.
Jlezzelin courut à lui, présenta sa pièce, pour laquelle il le pria de lui faire donner cent coups de bâton. Le duc voulut savoir ce que signifiait celte demande singulière, Mezzetin lui exposa ce qu"il avait été o!)ligé de promettre. Le duc appela ■ ses gens, fit une sévère réprimande, et envoya cent louis à la femme de Mezzetin, qui ne s'était engagée à aucun partage.
( /list. anccd. du th. ital. )
Leibniz s'était embarqué dans un petit navire pour se rendre de Venise dans le Ferrarois, lorsqu'il s'éleva une furieuse tempête. Le pilote, qui ne croyait pa^ être entend i par un Allemand, et qui le regardait comme la cause de la tempête, p:Arce qu'il le jugeait hérétique, proiiosa de le je!er dans la mer, eu conservant ses bardes et son argent. Leibniz, sans marquer aucun troulde, tire un chapelet, qu'.ipparemment il avait pris par pi'cauton, et le tourne d'un air assez dévot. Cet artifice lui réussit. Un marinier dit an pilote que puisque :et hommelà ii'étciit p.is hérétique, il uétait pas juste de le jeter dans la mer.
(Joiii/i, de Vcrd.)
Ruyter revenait d'Irlande avec un chargement de beurre sur son vaisseau, quand il se vit donner la chasse ])nr des pirates français. Ne pouvant leuréchapper, ou raconte qu'il imagina de graisser de bturre les flancs, le pont et les agrès de son navire, de telle sorte ([ue lors((iic les pirates voulurent monter à l'abor-
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(lagc ils ne purent jamais venir à hnut (l'v prendre pied,
(Drandt, rie de Fin 1er.)
Le sort avait désigné le peintre Gérard pour faire partie du jury destiné à condamner Marie-Antoinette. Gérard sentit l'énoime responsabilité de son nouveau rôle. Que faire? Refuser, c'est la mort; accepter, c'est l'ignominie. 11 faut opter. L'artiste n'a qu'un parti à prendre, il le prend. La veille du jugement fatal, Gérard a la jambe fractinée. Étendu dans son lit, en proie aux plus vives douleurs, il est dans l'impossibilité d'obéir à la loi et de se rendre au tribunal. On le remplace, il échappe à son effroyable fonction; mais le voilà condamné à passer six mortelles semaines étendu sur une chaise longue, où ses familiers viennent le visiter, sans que, par bonheur pour lui, aucun indice, aucune circonstance malheureuse décèle sa ruse et le dénonce. Son chirurgien était son ami.
(M. Charles Drifaut, Passe-temps d'un reclus. )
Dans ses revues, >'apoléon demandait aux officiers et souvent même aux soldats dans quelles batailles, à quelles affaires ilavaient combattu; s'ils avaient reçu des blessures graves, il leur donnait la croix. C'est ici, ce me semble, le lieu de raconter un singulier charlatanisme auquel l'empereur eut recours, et qui contribua puissamment à enflammer l'enthousiasme des troupes. Il lui est arrivé de dire à un de ses aides de camp : « Sachez, du colonel de tel régiment, s'il a dans son corps un homme d'élite qui ait fait les campagnes dltalie ou la campagne d'i']gypte ; vous vous informerez de son nom, de son pays, de la position de sa famille, de ce qu'il a fuit; vous saurez quel est son numéro dans le rang, à quelle compagnie ri appartient, etvoiîsm'en rendiez compte. »
Le jour de la revue arrivé, d'un seul pcup d'œil Bonaparte voyait où était l'homme qu'ils'était fait désigner ; il s'apirochait de lui comme s'il l'eût reconnu, ■ appelait par son nom, lui disait : « Ah !
ah! te voilà! Tu es un brave, je t'ai vu à Aboukir. Que fait ton vieux père.' Ah I tu n'as pas la croix! tiens, jeté la donne. » Et alors les soldats enchantés se disaient entre eux : « L'empereur' nous connaît tous; il connaît notre famille, il sait ce que nous avons fait. " Quel véhicule donné à des soldats auxquels il parvint à persuader qu'ils pourraient tous devenir un jour maréchaux de l'empire!
(P.ourrienne, Mémoires. )
Ponrallécher Alexandre Dumas, M. Dartois était convenu que, à la trentième rc- [)résentation de Keaii, il lui payerait une prime de 2,000 fr. si toutes les recettes totalisées atteignaient le chiffre rond de GO, 000 fr.
« S'il y a un sou de moins, avait dit Dartois, pas de prime; mais s'il y a soixante mille francs, les deux mille francs vous seront remis à la fin du spectacle du 29 septembre. »
La veille on avait fait 2,357 fr., et la somme totale des vingt-neuf premières représentations atteignait 57,999 fr. ; Dumas se présentait donc chez Dartois fort tranquille à neuf heures; il voyait déjà ses 2,000 fr. dans sa poche.
Jlais le hasaid avait voulu qu'on n'eût reçu ce soir-là que 1,991 fr.; or, l,99i ajoutés à 57,999 fr. n'ont jamais donné qu'un total de 59,993 fr.
La prime était distancée d'une longue ir de 7 fr.
« Vous savez nos conventions, fit Daitois : un sou de moins, la piime était perdue; ainsi donc, mon cher Dumas, bien des regrets ! — Bah ! répli(iu i Dumas, c'est deux mille francs de perdus, voilà tout, Ce qui me contrarie, continuat-il en se grattant le front, c'e^tque j'y comptais sur ces deux mille francs, et qu'y comptant je viens de vider ma poche dans celle d'un ami, et... — Qu'à cela ne tienne, interrompit Dartois, ouvrant sa caisse, voulez-vous de l'argent.' — Je profite de votre offre, et j'accepte. — Combien vous faut-il.' — Vingt francs seulement. »
Dartois tira alors de sa caisse quatre grosses pièces de cinq francs et les remit à l'auteiu- de Keau.
Cinq minutes après, on prenait trois orcheslies au bureau des Variétés, et le