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lulile,
■élat.
■[iliqua le , ( Mémoire sur la vie de M. de la Mothc. ) Utilité du raisonnement.
A mon premier voyage de Boston à Piiiladelphie, notre équipage s'occupa a l)ècher des morues et en prit une grande ciiiantité. Jusque là j'avais persisté à ne rien manger qui eût vie, et je regardais la prise de chaque morue comme une espèce de meurtre que rien n'autorisait, puisque aucun de ces pauvres poissons ne nous avait fait ni n'avait pu nous faire rien qui justifiât ce massacre. Mon raisonnement me semblait très-sensé. Mais j'avais été autrefois un grand amateur de poisson, et quand la morue sortit de la poêle, elle sentait très-bon. Je balançai quelque temps entre mes principes et mon goût.
Enfin je me rappelai que lorsqu on avait vidé cette morue j'avais vu tirer de son estomac d'antres poissons plus petits. <i Puisque vous vous mangez bien les uus
les autres, pensai-je, je ne vois pas pourquoi nous ne vous mangerions pas. » J'eu fis donc mon dîner, et de grand cœur.
Depuis lors je vécus comme toutle monde ,ne retournant que de ttmps à autre, et par occasion, au régime végétal. Tant il est commode d'être une créature raisonnable , puisque cela met en état de trou ver ou de fabricpicr des rflùowi pour justifier tout ce qu'on a envie de faire ! (Fiauklin, Mémoires.)
Utilité du silence.
Molière avait beaucoup cultivé les connaissances philosophiques ; elles faisaient souvent le sujet de ses entretiens avec Chapelle. Ils en parlaient un jour dans lui bateau qui les ramenait d'Auteuilà Paii>, et n'avaient pour auditeur qu'un Minime, qui paraissait leur prêter une oreille tiesattentive. Quoique disciple de Gassendi, Molière s'accommodait assez des principes de Descartes. Il voulut ce jour-là forcer Chapelle d'avouer que le système physique de ce dernier était mille fois mieux imaginé que celui d'Épicure rajeuni par leur maître. Le Minime, pris à témoin de cette vérité , parut en convenir par i ii signe approbatif : Chapelle, toujours fulele à Gassendi, fait une exposition ingénieiue de son système. Autre signe approbatif de la part du Minime. On s'échauffe, on (h pute ; on objecte, on répond, et sur chique chose que l'un ou l'autre dit, le ^llnime, sans proférer un mot, applaudit de la mine et du geste. Enfin on arme devant les Bonshommes; le Minime ;e fait mettre à terre, et prend congé de nos philosophes, en louant la profondeur ( e leur science. Une besace dont il chargea son bras en sortant leur apprit que l'arbitre de leur dispute n'était qu un frère quêteur.
(Me
ecdot.)
Vacances.
Boivm aimaU tant les séances de l'A- i' ends ^'.^1 ^PF.itement ; mais cadem.e a cause des occasions de disnu- et nro^SoSLi . ^''^ ?'""* diminués, tes qu'elles lui fournissaient, qu'il disj- ' '°'"°"^'"^"' J« touche dans la rue.,.
tes qu elles lui fournissaient, qu'il disputait surtout contre l'usage abusif des , vacances. Il demandait à Dieu de mourir ^ÎPiT ^'. ^^*^"^eS et il mourut en avril ml vacances de Pâques. (22
( E[)ltémérides. )
Vag'aboiids.
Un président de police correctionnellf demandait à un vagabond quel était son
« Je n'en ai pas, répondit celui-ci. — Mais, alors, de quoi vivez-vous ? — Hélas ' mons-eur le président, je vis de privations. » '
Devant un tribunal anglais, un vagabond comparaît. ,c Vous n'avez pas de moyens d'e.xistence? lui dit le juge — t^^eTu^' ■'^ n'ai pas de moyens d'e.xis-
Et l'accusé tire deux harengs saurs de sa poche. « Qu'est-ce que c'est que ca p demande le magistrat. — Ça, se sont des moyens d'existence, ou le diable m'emporte ! »
Un vagabond comparaissait devant la police correctionnelle.
!„•" r!".'" ''"■^^ ^'^ ramassé dans la rue, iê.n' ' »l''^V'^'^"*- - ^''^^' vrai, mon- \!Z n r^'*"^^»' J '"••'•s si je pratique le* vagabondage, c'est moins par goût que
(A. Villemot.)
Un Crésusse mourait d'ennui : tous ,es 'emedes n y pouvaient rien. A la fin û, me.lec.n philosophe lui d.f:., Je êVo quimmoy.» de vous guérir. Jl';;^^^^^^^^ test d endosser pour un jour la chem-sed unhommecomplétementheureux .
La-dessus notre Crésus se mit en cam- Fgne. Vingt fois il crut tenir so„a^.
faire, mais toujours le bonheur apparent û.la.t quelque peine secrète, hiflh à
L homme complètement heureux, c'était un vagabond, sans sou ni maille
« Je SUIS guéri ! s'écrie le riche ; vite 'a chemise et demande-moi ce que tu voudras. -Ma chemise . P je n'en aijasu
diam r!J;"'r," ''^ ^ ^"''' "" ^'^'^'' mendiant qui, d,t-on, avait du génie, de la force dans es idées et dans l'expression Il demandait publiquement l'aumône en ai.osirophant ceux qui passaient, et faisant de vives sorties sur les différents ^■lats, dont il révélait les ruses e e fr ponneries. Ce nouveau Diogène n'ava t "1 tonneau m lanterne. On appela son audace effronterie, et ses reprS'cl es de nsolences. 11 s'avisa un jour d'entre, chez un fern^ier général avec son habillement décliné et crasseux, et de s'as
seoir à table, disantqu'il venait lui fai?; a leçon et reprendre une portion de ce
VAL
qui lui avait été enlevé. On ne goCrta point ses incartades; etcommejl avait le malheur de n'être pas ne il J a deux mille ans, il fut arrêté et mis en prison. Ce mendiant aurait dû savoir que ce qu on regardait à Athènes comme une hardiesse héroïque est regardé à Pans comme un^ folie punissable, et qu'en France plus qu'ailleurs toute vérité n'est pas bonne a
(Mercier, Tableau de Paris.)
%'ainqueurs humains.
Henri IV eut le malheur d'exercer presque toujours ses talents militaires ^isVsgueires civiles. Aussi paraissai-
il affligé après la victoire. « Je ne pu s meréFouir disait-il, de voir mes sujet étendus morls sur la place; je perds lois
même que je gagne. «
' ( Panckoucke.
f tes-vous là, Pierre ? — Oui, monsieur. -Que faites-vous? -Rien, monsieur.
- Et vous, Jean, êtes-vous la? —«/"'' monsieur. - Que faites-vous? - Monsieur, i'aide Pierre. — Quand vous aurez fini, vous viendrez me donner mes
bottes. »
Le cardinal de Richelieu disait, en parlant du cardinal de La Valette mon cardinal ^'alet , en faisant sonner le/. 1 avait raison: le cardinal La Valette était
bien son vald".
{^Longueritana.)
L'Alviane, qui commandait l'armée vé- ^ nitienne contre Louis XU en pe'sonne a , la journée d'Aignadel, fut pris e conduit au^amp des Français. Louis cherclia a rendre sa captivité moins douloureuse J ^ar toutes sortis de bons traitements. Mai. ie général, plus aigri par l'humiliation de sa défaite que touché de l'human.te de son vainqueur, ne répondit aux pre enances les plus consolantes q^^ Par une fierté brusque et dédaigneuse. Lou se contenta de le renvoyer aux q^^'l'f'^ ° l'on gardait les prisonniers : " U ^aul mieux le laisser, iit-il. Je m'emporterai et j'en serais fâché. Je l'ai vaincu, il faut me vaincre moi-même. «
( Dictionnaire des hommes illustres. )
Valets.
Le Poussin ayant essuyé quelque désagrément en France, se retira a Rome, ou f Xt dans la médiocrité Un jour qui reconduisait lui-même, la lampe a la nain, l'évèque de Massimi, depuis cardinal ce prélat ne put s'empêcher de lui dre'-c Je vous plains beaucoup mon cher Poussin, de n'avoir pas seulement unvalet.--Etmoi,répondit-il,jevons Tains beaucoup plus, monseigneur, d en avoir un si grand nombre. "
(Moréri, Dictionnaire.)
Uu homme de qualité étant allé voir Fontenelle, le trouva de mauvaise lui-
""^^.rOu'avez-vous donc? lui dit-il. — Ce que j'ai ? lépondit le philosophe ; j-ai. . un domestique qui me sert aussi mal que si j'en avais vingt ! »
(Fontenelltana.)
M. de T... a pour cuisinier un artiste, qu'il paye fort cher. , , . ^ , .,
^ ,! Comment se fait-il , Uu demandait ce gentilhomme, que je trouve 'eguhe.^ment deux plats manques sur cinq la s nue vous avez à me servir - /»"inir le comte, répondit le taux Yatel serai franc avec vous. Quand un pla Lt réussi, on dit à son maître d holcl «C'est très-bien, Joseph, je suis content de 4us; » et on mange tout. Je suis donc obligé de donner de temps en temps uncoupdefeude trop:, sans cela, on rouna\t de faim à la cuisine. Le jour 01. le dîner de monsieur est mauvais, il y a cala pour les domestiques. « o i ( Figaro. )
Un domestique disait de son patron:
„ Cet homme-là est si froid , si sent , J.l n'ouvre jamais la bouche; SI je ne S pas avan\ lui ses lettre^ je ne saurais jamais un mot de ses affdu es. >.
Le val^t d'un ambassadeur, allant chercher la provision de gants de son mai le ' ? manquait pas de dire à la marchande .
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VAL
« Son Exrpllonco gante le huit, ma dame; ne l'oubliez i)as : le huit. »
Impatientée nn jour de ces redites h nian-liande dit au valet :
" Bien ! bien ! je le sais, à quoi bon insister: — Ah ! dam I voyez-vous, c'est que SI vous me donniez des ganis de 7 1/2 CG serait très-grave. — Vraiment! Jjî
pourquoi ? — Parce que je ne poui
pas les raeftie.
( Mosaïque. )
Valet officieux.
Bon lard s'était si bien accoutumé à prendre des lavements, qu'il n'allait point on vous savez sans cela, ou du moins hwn rarement. Il avait nn certain laquais qu 1 voulait chasser : « Ah ! monsieur, lui dit ce garçon, si vous saviez combien je vous ai épargné d'argent, vous ne me chasseriez pas I car souvent j'ai fait mes affaires dans votre bassin , afin que vous crussiez que vous aviez fait quelque chose, et ainsi je vous ai sauvé bien des clysté-
(Tallemant dcsRéaux.) Vsilet d'un ministre.
Barjac , valet de chambre de Fleurv avait cte jadis le confident de ses chàgnns et de ses plaisirs. Le public le savait et les personnages e n place nerougissaient pas d'aller voir Barjac et de le liaiter comme un seigneur. Il tenait un grand état de maison, et le cardinal, qui l'e se gênait pas avec certains courtisans disait quelquefois quand sa table était trop pleine : „ Monsieur, allez donc dîner chez Barjac. ., Ce valet s'accoutuma si bien a etie caressé et recherché que sans devenir insolent et sans sortir de son elat, il prit le ton d'un homme considérable et se mêlait des affaires de l'I^tat, de finances et de places, comme un ministre et dans le même ton, parlant des opérations du cardinal à la première personne, et ne manquant jamais de dire • « INous avons donné au duc d'Antin une telle commission. Le maréchal de Villars nous est venu voir ce matin... Hier à dîner, nous avions beaucoup de monde, >. et ainsi des autres manières, qu'il imitait du cardiii:il.
... 11 fallait lui faireune espèce de cour, "mis la fan e d'une manière fine et adroite 1
ne hassesse auprès de lui aurait été
epoussee Alors il devenait laq.ais pour
seiicr ' '^"' ''^^^'''^''' «•" sa pré-
alh"u il!!"'.' "" '/'=""'"■ ''"'^ ^^ '^ <^0'"h itait ;."'!!'''''■ ""'-"'■^^'^ ''"'•' «»"- 'ol uni. r'i ''"°''"*' «f passant, pour ol en r, les limites de cette délicatesse in. Ifa lai avoir chez Barjac, le cour.i-
déîatîon ^'''''^"^"''^'^'•^''J'^^^^'-icl ônua R .?' ""/"" ^"^ complaisance qui el.oqua Barjac Le seigneur alla pins loin • lepnadelui donnera dînir, et ^ plaça familièrement à sa droite, la prem.ere fois même qu'il allait le voir • et !« •epandant en éloges sur la vertu et les lunmres de M. de Barjac, il h, a tribu t les prospérités de la France.
Barjac, fatigué de ces démonstrations ^eleve, détache sa serviette de sa bôi-' onniere, la place sous le bras, prend de ch^;' 5 r "''•"''"' ^^'^'f'e dos de la cha.se du duc et pair et se met en devoir de le servir à table. Celui-ci, de son cô?é se levé, et dit à M. de Barjac qu'il ne lé
permettra jamais, et Barjic iLi répond que, ..puisqu'un pair de France o2S
ce qu'il était pour plaire à Barjac, Bai ane devait pas l'oublier, ,. ajouta'nt 1; ,!,r, '"•?"';." "'^^'^"''■■ait pas la grâce S Kfusait d'être servi par Barjac.
( Biic de Richelieu, Mémoires.)
Valet {Tyrannie de).
rerrot d'Ablancou. t avait un valet qui avait ete nourri avec lui et qui se mit en tête de le marier; mais d'Ablancourt nianquait toujours aux entrevues. Une fois il lui dit: « Mais ne faites donc plus comme cela ; je n'ai que des reproches de ^ous. ,, Un jour qu'il jouait, ce même laquais le^ vint tirer par derrière, et lui dit : Mordieu ! vous perdez là tout notre argent, et tantôt vous me viendrez battie [\). )j
(Tallcmant des Beaux. )
Valétuilinaîre.
L'abbé Porquet, précepteur du chevalier de Boufflers, n'avait que le souffle, et disait de lui-même : .. Eu vérité, je
(') C.v v:ilii s'iii.iKlnit Pnsson.
VAN
crois que ma mère m"a niché ; elle m'a mis au monde empaillé. ><
(LafiUe, 3Iémoiies de Fleury.)
Vanité.
Étant jeune, je lisais le Saint Alforan, au milieu de ma famille. Mes frères s'endormirent, et je dis à mon père : » Hcgardez-les , ils dorment, et je prie. Mon père m'embrassa tendrement, et me dit : « O mon cher Sadi, ne vaudrait-il pas mieux que tu dormisses aussi que d'être si ^ain de ce que tu fais (1) ? »
(Sadi.)
VAN
M. de Sully, plus de vingt-cinq ans après que tout le monde avait cessé de ])orter des chaînes et des enseignes de diamants, en mettait tous les jouis pour se parer, et sp promenait en cet équipage sous les porches de la place Royale ; qui t'st près de son hôtel. Tous les passants s'amusaient à le regarder. A Sully, où il s'était retiré sur la fin de ses jours, il avait quinze ou vingt vieux paons, et sept ou huit reitres de gentilshommes qui, an sou de la cloche, se mettaient en haie |.oiir lui fai-e honneur, quand il allait à la pi omenade , et puis le suivaient ; je [unse que les paons suivaient aussi.
(Tallcmant des Réaux.)
Le maréchal de Biron était insolent et n'estimait guère de gens. Il disait que « tous ces Jean.... de princes n'étaient bons (lu'à noyer, « et que « le roi sans lui n'aurait qu'une couronne d'épines ». (Ici.)
Un de ces seigneurs désœuvrés dont la principale occupation est de surprendre quelques regards ou quelques paroles du prince disait çn présence d'un vieux et fin courtisan : « J'étais hier au coucher du roi, qui me dit cette nouvelle. >- 11 s'appropriait par ce moyen à lui seul ce que le roi avait dit pour tous ceux qui l'écoutaient. Le vieux courtisan , dans la vue de lui faire sentir cette vanité ridi-
(i) C'est l'histoire du ptiarisien <!e l'Evangile : (r Mon père, je vous rends gr.ice de ce nue je ne suis pas comme ce pulilicoin, etc. u
cule, lui dit : « Et moi, j'étais hier au sermon du père Bourdaloue, qui me dit de fort belles choses. «
Destouches avait calqué le caractère de son comte de Tufière sur celui de l'acteur Quinault Dufresne, qui le jouait d'après nature. On a reproché à Destouches d avoir manqué le dénoûment de la pièce, qui aurait dû se terminer par la punition du Glorieux. Mais Dufresne déclara que s'il en était ainsi il ne jouerait pas le rôle, parce qu'il nétait pas fait pour être maltraité. Son valet rapportait souvent au foyer les propos de son maître, ce qui divertissait beaucoup les autres comédiens. Un jour, entre autres, qu'il ne voulait pas jouer, il dit à son laquais : « Champagne, allez dire à ces gei.s que je ne jouerai pas. » Il disait modestement, en parlant de lui : « Le vulgaire me croit heureux ; c'est une erreur. Je préférerais à mon état celui d'un gentilhomme qui mangerait tranquillement ses douze mille livres de rente dans son vieux château. » Lorsqu'il était question de paver le fiacre ou le porteur de chaise qui l'avait conduit à la Comédie, il se contentait de faire un signe, ou de dire d un air dédaigneux: « Qu'on paye ce malheureux !» ; 7 •
(Lcmazurier, Galerie du thealrc français.)
M™^ la princesse de Coudé avait été fortement occupée de l'amour d'elle-même et des créatures. Je lui ai ouï dire , nn jour qu'elle raillait avec la reine sur ses aventures passées, parlant du cardinal Pamphile, devenu pape, qu'elle avait regret de ce que le cardinal Bentivoglio , son ancien ami, qui vivait encore lors de cette élection , n'avait pas été élu a sa place, afin, dit-elle, « de se pouvoir vanter d'avoir eu des amants de toutes les conditions : des papes, des rois, des cardinaux ; des princes, des ducs, des maréchaux de France, et même des gentilshommes. »
{ Mn'e de Motteville, Mémoires. )
Une dame se persuada qu'elle ressein blait parfaitement à M'"* de Sessac, qui a
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.111 air de grandeur et un port que l'on lie trouve dans aucune dame. Cette idée (laltait tellement cette visionnaire, qu'elle s'efforçait de l'inspirer à tous ceux qui l'approchaient. Le chevalier de Luynes, l'ayant aperçue de loin aux Tuileries, dit à deux de ses amis qui se promenaient avec lui : « Je vais donner à une dame un coup de pied au cul dont elle me saura lion gré, j'en suis sûr. » Il partit sur-lechamp. A peine eut-il régalé la dame de cette faveur extraordinaire, qu'elle se tourna fort émue : «Ah! madame, lui (!it-il , je vous demande mille pardons; vous ressemblez si parfaitement à M"'* de Sessac, ma sœur, que je vous ai prise pour elle. » La dame, ravie de croire qu'elle eût donné lieu à une pareille bévvic, lit paraître les grâces sur son visage , et remercia le chevalier.
( liibliollictjite de cour. )
Le docteur Parr et lord Erskine étaient les deux hommes les plus vains de leur époque.
Un jour, le docteur, plein d'enthousiasme à la suite d'une conversation qu'il venait d'avoir avec l'éloquent avocat, s'écria avec emphase :
« Mylord, je veux écrire votre épitaplie ! — Docteur Parr, répondit lord Erskine, j'ai envie alors de me suicider ! » {International.)
Vanité «l'assassin.
Ou rompit un nommé La Haye, grand voleur dans la Bretagne, qui n'avait que trente ans, et qui avait assassiné ou vu assassiner plus de trente personnes. Il avait tout avoué dès la prison ; il s'attendait à être rompu, et avait la liberté de causer dans la prison du For-l'Évêque, où il avait été d'abord. On lui a entendu dire que son chagrin était que deux jours après sa mort on ne parlerait plus de lui, tandis qu'on parlerait toujours de Cartouche, qui n'était qu'un miséiable voleur de maison.
(Darbier, Journal.)
Vanité de calant.
M. de Cuise, fils du Balafré, dit une fois à M. de Giummont qu'il avait eu les
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dernières faveurs d'une dame qu'il lui nomma. M. de Grammont, quoique grand causeur, n'en dit rien. Quelques jours après, M. de Guise l'ayant rencontré, lui dit : « Monsieur, il me semble que vous ne m'aimez plus tant ; je ne vous avais dit que j'avais eu tout ce que je voulais d'une telle qu'afin que vous l'allassiez dire, et vous n'en avez pas dit un mot. » (Tallemant des Réaux.)
Vanité extravagante.
Le médecin Ménécratc , se faisant appeler Jupiter, portait une robe de pourpre, une couronne d'or sur la tète, le sceptre àlamain, des cnémides aux pieds, et allait partout avec son cortège de prétendues divinités. 11 écrivit un jour à Philippe une lettre conçue en ces termes :
Ménécrate-Jupiter à Philippe salut.
<' Tu es roi de la Macédoine, et moi je le suis de la médecine. Tu peux faire périr les gens qui sont en santé , quand tu le veux; moi, sauver les malades et garantir de maladie jusque dans l'extrême vieillesse ceux qui se portent bien, s'ils suivent mes ordres. Si tu as donc des gens à ta solde pour garder ta personne et la vie, j'ai pour garder la mienne tous ceux (pie j'aurai arrachés à la mort ; car c'est moi, Jupiter, qui leur donne la vie. »
Philippe répondit à ce fou par ces trois mots :
<c Philippe à Ménécrale santé. »
Ménécratc écrivait presque dans les mêmes termes à Archidamus, roi de Lacédémone, et à d'autres dans l'occasion, n'omettant jamais son titre de Jupiter.
Philippe l'invita un jour à souper, lui et les dieux qui lui appartenaient. Il les fit placer sur le lit du milieu, dont les ornements, très-élevés, étaient de la plus grande magnificence, et avaient l'appareil de la pompe la plus sacrée. On leur piéscnta par ses ordres une table oii l'on avait placé un autel ; les jiréniices de tous les fruits se trouvaient dessus, et lorsqu'on servait de toutes sortes d'aliments aux autres convives , les esclaves ne présentaient que l'odeur des parfums et des libations à Ménécrate et à sa suite. Enfm, le nouveau Jupiter, devenu la risée de la compagnie avec ses serviteurs-dieux, quitta précipitamment la place.
(Athénée. )
' VAP
Vapeurs.
j Le comte de Biissi s'étant allé prome- I lier aux Petites-Maisons, pour y voir les ! fous, demanda à l'un d'eux, qui lui paraissait plus tranquille que les autres, |)Ourquoi il était là. « Monsieur, lui diîil, on m'enferme ici pour une maladie qui s'appelle folie parmi nous , et que parmi vous on appelle vapeurs. »
(Journal de Paris.)
Vénalité.
Cliarles-Quint s'étant allé faire battre fort imprudemment sur les cotes d'Afri(|ue, envoya à son retour une su- |)eilje chaîne d'or à l'Arétin, afin de contenir la malignité de sa plume sur la sottise de cette expédition. L'Arétin la reçut, et la regardant tristement, s'écria :
"l « Voilà une bien petite chaîne pour une
j. si grande folie! «
( Fontenelle , D'talug. des morts. )
Un chanoine d'Angers avait invité plusieurs personnes à dîner un jour maigre. Son valet lui dit qu'il venait du marché, et qu'il n'y avait plus d'autie poisson qu'un saumon, qu'il n'avait osé prendre, parce qu'un conseiller l'avait retenu. Le chanoine, lui donnant sa bourse pleine , lui dit : « Tiens, retourne ; achète-moi le saumon et le conseiller. »
(Panckoucke.)
VEN
M'"* Geoffrin avait fait à M. de Rulhière des offies assez considérables pour l'engager à jeter au feu son manuscrit sur la Russie. Il lui piouva très-éloquemment que ce serait de sa part l'action du monde la plus indigne et la plus lâche. A tout ce grand étalage d'honneur, de vertu , de sensibilité, qu'elle avait paru écouter.avec l)eaucoup de patience, elle ne lui répondit que ces deux mots : «^ En voulez-vous davantage? »
(Grimm, Correspondance.)
« Tous les liommes sont marchandise, disait le ministre anglais sir Robert Walpole. La seule dirficullé de l'achat gil dans le taux autpiel chacun s'évalue. » On di-
sait un jour devant lui que toutes les voix du parlement britannique étaient vénales : « Qui lésait, dit-il, mieux que moi, qui en ai le tarif? »
( Improvis. franc. )
Lorsqu'on répandit dans le public que M. Goësman (1) avait reçu de l'argent pour prix de ses audiences, le duc de Noailles dit au feu roi : « Sire, vous ne vous plaindrez plus aujourd'hui des mauvaises dispositions du peuple , car voilà votre parlement qui commence à prendre. ))
(Métra, Correspondance secrète. )
Ven«^eances d'artistes.
On voit à Rome, dans l'église délia Concczione, élevée aux frais du cardinal Barberini, un tableau du Guide représentant saint Michel qui terrasse le démon. On prétend que l'artiste, travaillant pour un Barberini , donna au diable la figure d'Innocent X, qui avait fort maltraité cette famille. Ce qu'il y a de certain, c'est que dans ce tableau Satan rappelle d'une manière frappante les portraits du pape Innocent X.
( Annuaire des artistes. )
Tintoret, irrité des injures d'une vieille servante, se vengea d'elle en plaçant son portrait au milieu des bourreaux, dans son Martyre de saint Etienne.
(Id.)
Le général Bessières était un des généraux que Gros avait connus à l'état-major de Bonaparte. Un jour, il le rencontre à Paris, mais le maréchal fait semblant de ne pas le reconnaître. Ce dédain fut cruellement puni par l'auteur des Pestiférés de Jaffa : Bessières y fut peint un mouchoir sur la bouche, et la peur de l'aide de camp servit de repoussoir au courage du général en chef.
(Cil. Blanc, Hist. des peintres.)
i) Le conseiller fameux i>; iieaumarcbais.
VEN
YEN
Girodet exposa on 17 99 le |)ortiait de M'"'' Simon Caiideille, actrice du Tliéâtre Français et aiileur de quelques pièces de théâtre Quoique le peintre eût rais tousses soins à la perfection et même à reniement de cet ouvrage, l'actrice ne trouva pas son portrait ressemblant, et en fit chez elle des critiques assez peu mesurées, que des indiscrets rapportèrent à Girodet. Celui-ci ne souffrait patiemment les observations de personne, aussi les plaisanteries de M"": Simon Candeille lui parurent-elles une injure insupportable. Mais il entra dans une véritable fureur lorsqu'il reçut une lettre de cette dame, qui lui demandait son portrait et le prix qu'il croyait devoir y mettre, Girodet brisa le cadre, coupa la toile en plusieurs morceaux, mit le tout dans une caisse, qu'il envoya pour toute réponse à M^ie Simon Candeille.
Jaisque-là l'artiste était dans son droit, et on aurait pu lui passer cette boutade , quoiqu'un peu vive ; mais il résolut de se venger et de rendre sa vengeance publique. Dans l'espace de quelques jours et de quelques nuits il composa et peignit un petit tableau où il représenta celle dont il avait déchiré le portrait nue, étendue stnun lit, et, nouvelle Danaé, recevant une pluie d'or qui tombait de tous les côtés. Outre plusieurs détails plus que satiriques, on voyait sur le devant de la scène un énorme coq d'Inde, dans le profil duquel l'artiste avait trouvé le moyen de confondre les traits de l'homme dont le nom se trouvait lié à celui de sa Danaé. Enfin les yeux d'un autre personnage étaient bouchés chacun par une pièce d'or. Celte caricature fut exposée en plein salon au Louvre, où elle ne resta pourtant que quelques jours.
( Délécluze, David, son école et son temps. )
i'eii^eaiices «le femmes.
Une dame, qui fit demander audience à Jean III, roi de Portugal, quoiqu'il fût tard, l'obtint, et lui dit d'abord : « Sire, auriez vous pardonné à mon mari s'il m'avait surprise et tuée en adultère ? » Après que le roi lui eut répondu qu'en ce cas il aurait pardonné à son mari, elle ajouta : « Tout va donc bien, Sire, parce qu ayant su que mou mari était avec une autre dans une de mes maisons de campagne, j'y suis allée avec deux de mes
esclaves, à qui j'ai promis la liberté s'ils m'assistaient dans mon entreprise; et, après avoir rompu la porte, je les ai surpris et les ai tous deux tués avec ce poignard. Je vous demande. Sire, le même pardon que vous n'eussiez pas refusé à mon mari , si j'eusse été convaincue du même crime. >- Le roi, étonné de la manière dont elle venait de l'aborder et de sou étrange résolution, la renvova libre et fit enterrer les deux coupaliles.
( Anecdotes portugaises. )
Le chevalier de Grammont, jaloux et inquiet des assiduités du duc d'York près de milady Ghesterfield, qu'il aimait, avait décidé le mari à emmener sa femme à la campagne. Quelque temps après, il reçut de celle-ci une lettre où elle se déclarait prèle à lui prouver son innocence et à profiter de l'absence de son mari pour se raccommoder avec lui.
11 avait une parente auprès de M"'^ de Ghesterfield. Cette parente qui l'avait bien voulu suivre dans un exil , était entrée quelque peu dans leur confidence. Ce fut par elle qu'il reçut cette lettre, avec toutes les instructions nécessaires sur son départ et sur son arrivée. Il prit la poste et partit de nuit , animé d'espérances si tendres et si flatteuses, qu'en moins de rien, en comparaison du temps et des chemins, il eut fait cinquante mortelles lieues. A la dernière poste, il renvoya discrètement son postillon. Il n'était pas encore jour et de peur des rochers et des précipices dont elle avait fait mention , il marchait avec assez de prudence pour un homme amoureux.
Il évita donc heureusement tous les mauvais pas, et, suivant ses instructions, il mit pied à terre à certaine petite cabane, qui joignait les murs du parc. Le lieu n'était pas magnifique, mais il avait besoin.de repos. C'est pourquoi, s'étant renfermé dans cette retraite obscure, il v dormit d'un profond sommeil jusqu'à la moitié du jour. Comme il sentait une grande faim à son réveil, il mangea fort et ferme ; et comme c'était l'homme de la cour le plus propre , et que la femme d'Angleterre la plus propre l'attendait, il passa le reste de la journée à se décrasser et à se faire tontes les préparations que le temps et le lieu permettaient.
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sans daigner ni mettre la tète un moment dehors, ni faire la moindre question à ses holes. Enfinles ordres qu'il attendait avec impatience arrivèrent à l'entrée de la nuit, par une espèce de grison, qui lui servant de guide , après avoir erré pendant une demi-heure dans les boues d'un parc de vaste étendue , le fit entrer dans ini jardin, où donnait la porte d'une salle basse. 11 fut posté vis-à-vis de cette porte, par laquelle on devait bientôt l'Introduire dans des lieux plus agréables. Son guide lui donna le bonsoir. La nuit se ferma, mais la porte ne s'ouvrit point.
On était à la fin de l'hiver; cependant il semblait qu'on ne fut qu'au commencemont du froid. Il était crotté jusqu'aux genoux, et sentait que, pour peu qu'il prît encore l'air dans ce jardin, la gelée mettrait toute cette crotte à sec. Ce commencement d'une nuit âpre et fort obscure eût été rude pour un autre; mais ce n'était rien pour un homme qui se flattait d'en passer si délicieusement la fin. Il ne laissa pas de s'étonner de tant de précautions dans l'absence du mari. Son imagination, que mille tendres idées réchauffaient, le soutint quelque temps contre les cruautés de l'impatience et contre les rigueurs du froid ; mais il la sentit petit à petit refroidir: et deux heures, qui lui parurent deux siècles, s'étant passées sans qu'on lui donnât le moindre signe de vie, ni de la porte, ni des fenêtres, il se mit à faire quelques raisonnements en lui-même sur l'état présent de ses affaires, et sur le parti qu'il y avait à prendre dans cette conjoncture ... Il se mit à se promener à grands pas, résolu d'attendre le plus longtemps qu'il serait possible, sans en mourir, la fin d'une aventure qui commençait si tristement. Tout cela fut inutile, et quelque mouvement qu'il se donnât, enveloppé d'uu gros manteau, l'engourdissement commençait à le saisir de tous côtés, et le froid dominait en dépit de tout ce que les empressements de l'amour ont de plus vif. Le jour n'était pas loin ; et dans l'état où la nuit l'avait mis, jugeant que ce serait désormais inutilement que cette porte ensorcelée s'ouvrirait, il regagna du mieux qu'il put l'endroit d'où il était parti pour cette meiveilleuse expédition.
Il fallut tous les fagots de la petite maison pour le dégeler. Loin de s'en \i' ndre à la charmante Cheslerfield, il
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avait mille différentes inr|uiétudes pour elle. <i Mais, disait-il , pourquoi m'avoir oublié dans ce maudit jardin? Quoi! ne pas trouver un pelit moment pour me faire au moins quelque signe, puisqu'cn ne pouvait ni me parler, ni me recevoir.' « Il ne savait à laquelle de ces conjectures s'en tenir; mais comme il se flatta que tout irait mieux la nuit suivante, après avoir fait vœu de ne plus remettre le pied dans ce malencontreux jardin, il ordonna ([u'on l'avertît d'abord qu'on demanderait à lui parler, se coucha dans le plus méchant lit du monde, et ne laissa pas de s'endormir, comme il l'eût fait dans le meilleur.
11 avait compté de n'être réveillé que par quelque lettre ou quelque message de M""^ de Cheslerfield; mais il n'avait pas dormi deux heures , qu'il le fut par un grand bruit de cors et de chiens. La chaumière qui lui servait de retraite touchait, comme nous l'avons dit, les murailles du parc. Il appela son hôte pour savoir un peu que diable c'était que cette chasse, qui semblait être au milieu de sa chambre , tant le bruit augmentait en approchant. On lui dit que c'était Monseigneur qui courait le lièvre dans son parc. — Quel monseigneur? dit-il tout étonné. — Monseigneur le comte de Cheslerfield, « répondit le paysan. 11 fut si frappé de cette nouvelle, que, dans sa première surprise, il mit la tète sous les couvertures, croyant déjà le voir entrer avec Ions ses chiens. Mais dès qu'il fut un peu revenu de son élonnement, il se mit à maudire les caprices de la fortune, ne doutant pas que le retour inopiné d'un jaloux importun n'eût causé toutes les tribulations de la nuit précédente.
11 n'y eut plus moyen de se rendormir après une telle alarme. Il se leva , pour repasser dans son esprit tous les stratagèmes qu'on a coutume d'employer pour tromper ou pour éloigner un vilain mari. Il achevait de shiibiller et commençait à questionner son hôte, lorsque le même grison, qui l'avait conduit au jardin , lui rendit une lettre, et disparut sans attendre la réponse. Cette lettre était de sa parente ; et voici ce qu'elle contenait :
« Je suis au désespoir d'avoir innocemment contribué à vous attirer dans un lieu où l'on ne vous a fait venir que pour se nuquer de vous. Je m'étais opposée au projet de ce voyage , quoique je fusse persuadée -'6
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que sa tendresse seule y eût part ; mais elle vieil l de m'en désabuser. Elle Irioniiilie dans le tour qu'elle vous a joué. Non-seulement son mari n'a bougé d'ici ; mais il y reste par eomplaisance. Il la traite le mieux du monde ; et c'est dans leur raccommodement qu'elle a su que vous lui aviez conseillé de la mener à la campagne. Elle en a conçu tant de dépit et d'aversion pour vous, que de la manière dont elle m'en vient de parler, ses ressentiments ne sont pas encore satisfaits. Consolezvous de la haine d'une créature dont le cœur ne méritait pas votre tendresse.
Partez : un plus long séjour ici ne ferait que vous attirer quelque nouvelle disgrâce. »
L'étonnement, la honte, le dépit et la fureur, s'emparèrent de son cœur après celte lecture. Les menaces ensuite, les invectives et les désirs de vengeance, excitèrent tour à tour son aigreur et ses ressentiments; mais, après y avoir bien pensé, tout cela se réduisit à prendre doucement son petit cheval de poste, pour remporter à Londres un bon rhume par-dessus les désirs et les tendres empressements qu'il en avait apportés. Il s'éloigna de ces perfides lieux avec un peu j)lus de vitesse qu'il n'y était arrivé, quoiqu'il n'eut pas à beaucoup près la tète remplie d'aussi agréables pensées.
Cependant, quand il se crut hors de portée de rencontrer milord Chesterfield et sa chasse, il voulut un peu se retourner, pour avoir au moins le plaisir de voir la prison où cette méchante bète était renfermée ; mais il fut bien surpris de voir une très-belle maison, située sur le bord d'une rivière, au milieu d'une campagne la plus agréable et la plus riante qu'on put voir. Au diable le précipice ou le rocher qu'il y viti Ils n'étaient que dans la lettre de la perfide. Nouveau sujet de ressentiment et de confusion pour un homme qui s'était cru savant dans les ruses aussi bien que dans les faiblesses du beau sexe, et se voyait la dupe d'une coquette qui se raccommodait avec un époux pour se venger d'un amant.
(Hamilton, Mémoires du cliefolier de GraïKinonl.)
M'"" Gautier fut d'abord comédienne, et ensuite carmélite. Elle avait été reçue au Thcàlie-Fi aurais en 1716; elle s'en
retira dix ans après. Elle était grande, bien faite, avait beaucoup de fraîcheur. Elle faisait assez bien des vers, et peignai' supérieurement en miniature. Sa force était prodigieuse pour une femme , et peu d'hommes auraient lutté contre elle. Le maréchal de Saxe , à qui elle avait fait un défi, et qui, à la vérité, l'emporta sur elleà la lutte au poignet, disait que de tous ceux qui avaient voulu s'essayer contre lui il n'y en avait guère qui lui eussent résisté aussi longtemps qu'elle. Elle roulait une assiette d'argent comme une bobine.
M"^ Gautier avait eu plusieurs amants, et entre autres le grand maréchal de Wii temberg , avec qui elle fit un voyage a la cour du duc. Ce prince avait une maîtresse qu'il aimait beaucoup. Soit que M"* Gautier lui fût supérieure parla figure, et qu'elle s'imaginât que la beauté dût régler les rangs entre celles qui tirent de leurs charmes leur principale existence, soit caprice ou jalousie, elle fit tant d'impertinences à la favorite, que le prince ordonna à M"'' Gautier de sortir de sa cour.
Revenue à Paris, le dépit d'avoir été renvoyée lui inspira le dessein de s'en venger par une insulte d'éclat. Elle se rendit incognito à Wirtemberg , et s'y tint cachée quelques jours, pour méditer sur sa vengeance. Ayant appris que la maîtresse du duc était à la promenade en calèche, elle en prit une qu'elle mena elle-même avec des chevaux très-vifs; et passant avec rapidité derrière celle de son ennemie, elle enleva la roue, renversa la calèche, se rendit du même train à son auberge, où sa chaise l'attendait avec des chevaux de poste, et repartit à l'instant, pour éviter les suites de celte affaire.
{Galerie de l'ancienne cour.)
Vensi^eaiicc d'un nianiuÎ!».
Le duc de La Feuillade, outré de se voir traduit sur la scène dans la Critique Ae i Ecoleiles Femmes, « s'avisa d'une vengeance indigne dun honnêle homme. Un jour qu" il vit passer Molière par un appartemeut où il était, il l'aborda avec les démonstralions d'un homme qui voulait lui faire . caresse. Molière s'élant incliné, il lui pri I la tète, et, en lui disant : Tarte à la crêm- Molière, tarte à la crème, il lui frotta
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visage contre ses boutons , et lui mit le i visage en sang. Le roi , qui vit Molière le même jour, apprit la chose avec indignation , et le marqua au duc, qui apprit à ses dépens combien Molière était dans les l)onnes grâces de sa majesté.
; . {Fie de Molière, écrheea 1724).
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Veiiffeance çeiiereuse.
Sous la Restauration , Dieppe fut mis à la mode par Madame, duchesse de Berry, qui de 1825 à 1830 y fit quatre saisons consécutives. La princesse y donnait des fêles brillantes, et c'est à'ia suite d'un voyage à Dieppe que le théâtre du Gymnase obtint de s'appeler le théâtre de Madame .
On sait que la duchesse n'était pas belle ; mais elle avait en revanche infiniment de grâce et de bonté. Un jour, un pécheur dans la détresse vient apporter une pétition au pavillon Caroline, et trouve dans le salou une dame assise et lisant. Il expose ses malheurs.
« Connaissez- vous la duchesse? lui demanda la dame en linterrompant.
— Non, dit-il, mais on m'a dit qu'elle était fièrement laide. »
Sans relever cette impertinence, la dame prend la pétition, et lui dit de revenir le lendemain.
A l'heure dite, le pêcheur est introduit dans le salon de la duchesse. Quel n'est pas son étonnement en reconnaissant la dame qui la veille avait reçu sa pétition ! Tout confus , il allait se retirer quand Son Altesse Royale le retint et lui dit : « Votre demande est accordée , et votis voyez que si la duchesse de Berry n'est pas belle, du moins elle est bonne.
{La Vie à la campagne.)
Un certain Ovinius Camil us, sénateur d'une ancienne famille, mais fort efféminé, ayant tenté d'exciter une révolte et de s'emparer du trône , Alexandre Sévère, dès qu'on le lui eut annoncé et prouvé, le manda au palais et le félicita d'avoir voulu se saisir du gouvernement , dont les plus dignes acceptaient malgré eux la charge. Puis il se rendit au sénat , et il y nomma son collègue à l'empire cet Ovinius, trem-
-blant et consterné à l'idée de ce qu'il avait osé entreprendre. Il le reçut dans le pa-
"'ais, l'admit à sa table, et le revêtit des
ornements impériaux, qui étaient plus beaux que ceux qu'il portait lui-même.
Une expédition contre les barbares ayant été résolue , Alexandre l'exhorta à marcher contre eux, ou an moins à partir avechii. L'empereur, qui faisait le chemin à pied, invita son nouveau collègue à en faire autant ; mais, le voyant fatigué au bout de cinq milles , il lui fit donner un cheval. Ovinius parut excédé à la seconde halte, et ou le mit dans un chariot. Celte façon d'aller, soit qu'il eût peur, soit qu'elle choquât toutes ses habitudes, ne lui convint pas davantage : il déclara même préférer la mort à l'empire; et Alexandre le renvoya , en le recommandant à quelques-uns de ses soldats les plus dévoués , qui le ramenèrent sain et sauf dans ses terres, où il vécut longtemps. (Larapride.)
Veiiîçeance impossible.
Le père Bouhours se plaignait à Boileau des vives critiques dirigées contie fa traduction du Nouveau Testament : « Je sais, disait-il, d'où part la critique ,et je saurai aussi m'en venger. — Garc'îZ-vonsen bien , mon père, lui dit Boileau. C'e.-t alors qu'on dirait que vous n'êtes pas entré dans le sens de votre original , qui ne respire partout que le paidon des offenses. « {Dictionnaire des hommes ill.)
Vengeance raffliiée.
Un Italien garda une rancune l'espace de dix ans, faisant semblant cependant d'être réconcilié; et un jour qu'il se promenait avec celui auquel il la portait, se trouvant dans un lieu à l'écart, le prit par derrière et le renversa ; puis, lui ayant présenté la dague à la gorge, lui vint à diie que s'il ne reniait son Dieu , il le tuerait. Celui-ci, après avoir fait grande difficulté de telle chose, toutefois à la fin s'y accorda, plutôt que de mourir, tellement qu'il renonça Dieu et les saints. Mais le malheureux' avant ce qu'il demandait , lui mit dans la gorge la dague, qu'il lui tenait dessus, et puis se vanta de s'être vengé de la plus belle vengeance que jamais homme avait eue, d'autant qu'il lui avait fait perdre l'âme aussi bien que le corps. (Henri Esiienne, apologie pour Hérodote,)
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Deux soldats anglais , devenus ennemis iriéconcilialiles, s'étaient battus plusieurs fois. L'ua s'était trouvé le plus faible et ne sorlit jamais du combat sans blessure. Leur querelle était connue de tout le régiment. Les supérieurs leur avaient défendu les voies de fait , sous peine de mort. Leur régiment fut envoyé en Amérique.
Le soldat vainqueur, pendantla traversée, ne cessait d'insulter son camarade ; plusieurs soldats en avaient été les témoins. Un soir ils se trouvèrent seuls à veiller sur le lillac. Le plus faible tira son ennemi à l'écart, et lorsqu'il crut ne pouvoir être entendu de l'homme qui était au gouvernail : » Tu m'ûutragessans cesse, lui dit-il, tu es le plus fort; mais je serai vengé. Personnenenous voit, je vais me précipiter dans la mer : notre haine est connue, on t'accusera de ma mort , et tu me suivras de près aux enfers, » En achevant ces mots, il exécuta sa résohition. Ce qu'il avait prévu arriva. Les soupçons tombèrent sur son ennemi. 11 allait être puni du dernier supplice. Le matelot qui veillait au gouvernail dans le moment de l'étrange aventure, avait entendu une ])artie de la conversation, et justifia ce malheureux, qui sans lui aurait été pendu. ( Anecdotes militaires. )
Ventriloques.
François I*"" avait un valet de chambre nommé Louis Brabant , qui , né de parents pauvres et de bas lieu , prétendit pouitant à la main d'une héritière belle et riche. Les parents répondirent par un refus formel et brutal à celte demande ambitieuse. Mais le père ne tarda pas à mourir, etBrai)ant mit aussitôt en œuvre, dans l'intérêt de ce brillant mariage, deux facultés qu'il avait reçues de la nature : un organe des plus souples et une grande dextérité mimique.
Il se rendit chez la veuve, et , avant de paraître devant elle, fit entendre tnie voix qui semblait venir d'en haut et qui affectait touteslesaccentuationsdu défunt . » Donnez ma fille à Louis Brabant, disait cette voix, sur le ton du commandement; il est très-riche et il a un excellent caractère. Jesoulfre maintenant en purgatoire une douloureuse mais Juste punition, paiee que je me suis opposé à un mariage aussi bien assorti. Faites ce que je vous recommande, et je monterai au
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ciel. » Quelques instants après, comme si la volonté divine se fut manifestée dans ce sens, la veuve vil entrer le gendre choisiparson mari. Brabant avait attendu
dans l'antichambre le moment de
se pré-
senter devant la mère de celle qu'il désirait épouser. L'ordre d'en haiit était constant et formel : il fallut s'y rendre, et le mariage fut arrêté.
C'était un grand pas de fait, mais ce n'était pas tout. Comment justifier ce qu'avait dit la voix au sujet de la prétendue opulence du valet de chambre .^ L'escarcelle était vide ; comment la remplirl? Brabant n'était pas homme à reculer devant une difficulté de cette espèce. Il avisa un vieux banquier dont l'immense fortune ne s'élait arrondie qu'à force de fraudes et d'extorsions de toutes sortes. Faisant allusion à la foule de gens ruinés par cet usurier, le peuple, dans son langage pittoresque, disait que si l'on pressait les trésors entassés dans ses caves, il s'en échapperait des ruisseaux de larmes. Il révoltait la conscience publique et parfois se faisait horreur à lui-même. Brabant se promit de tirer parti de ces remords. Sous un prétexte quelconque, il alla trouver le banquier et, fort adroitemeut, amena la conversation sur le chapitre des spectres. Le terrain préparé, la figure du vieil avare bouleversée, un effrayant concert de malédictions se fit entendre tout à coup : c'étaient tous les malheureux que l'harpagon avait fait mourir de désespoir et qui venaient lui demander compte de ses rapines. Sa terreur fut si grande qu'il remit, sans désemparer, dix mille couronnes à l'adroit Brabant , pour faire cesser cet affreux vacarme. Le mariage eut lieu le lendemain , toutes difficultés étant levées. Le banquier ne tarda pas à apprendre qu'il avait été pris pour dupe : il ru mourut de rage.
(Colomhey, Esprit des voleurs.)
Un nommé Collet , qui demeuraitau faubourg Montmartre, fut surnommé l'Esprit de Montmartre, à cause qu'avec une petite voix qu'il faisait il semblait que ce fût un es|)rit qui parlât de bien loin, en l'air.
Une fois, le cardinal de Richelieu, qui se voulait railler de celui quia étéévéque de Lavaur, que les jansénistes ont si bien é\eillé, fit que cet homme se fourra dans la foule de ceux qui accompagnaient le
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caiJinal aux Tuileries, du nombre desquels était notre évêque. Il se mit au milieu de la grande allée à appeler : ■< Abra de Racoius! Ahia de Raconis ! » c'est son nom. Tout le monde avait le mot. Raconis, s'eutendant nommer, tourne la tête, mais ne dit lien pour cette fois. La voix continue; il commença à s'épouvanter. Enfin tout d'uucoup il s'écrie: » Monseigneur, je vous demande pardon si je perds le respect que je dois à Votre Éminence ; il y a déjà quelque temps que je me contrains. J'entends une voix dans l'air qui m'ap- Hielle. y> Le cardinal et tous les autres dirent qu'il n'entendait rien. On prête silence , et la voix lui dit : « Je suis l'âme de ton père, qui souffre il y a longtemps en purgatoire , et qui ai eu permission de Dieu de te venir avertir de changer de vie. N'as-tu pas honte de faire la cour aux grands , au lieu d'être dans les églises.' » Raconis, plus pâle que la mort, et ' croyant déjà avoir le diable à ses trousses, proteste qu'il n'est à la cour qu'à cause que Son Éminence lui avait fait espérer qu'il pourrait lui rendre ici quelque service , mais , etc. Après qu'on s'en fût bien diverti , on le mena à son logis , où il pensa mourir de frayeur, et on fut plus de quatre jours avant que de le pouvoir désabuser. ,
(Tallemant des Reaux. )