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Le premier sultan qui se soit enivré de via est A murât IV^, qui, rencontrant un jour, sur son |)assage, un Turc, nommé Béery Musta|)lia, en fut apostrophé d'une manière fort libre. Le Grand Seigneur, surpris, en demanda la cause. On lui dit que cet homme était ivre. « Sais-tu, lui dit Amurat, que je suis le sullan ? — Et moiquejesuis Béery Mustapha? Situ veux me vendre Constantinople, je l'achète.
Tu seras alors Mustapha et je serai sultan. — Avec quoi , misérable , achèlerais-tu Constantinople .•" — Avec quoi ? Qu'impoite! Si tu raisonnes, je t'achèterai toimême, car tu n'es que le fils d'une esclave. »
Amurat, ne revenant point de son étonnement, fait transporter l'ivrogne en son palais, attend qu'il soit revenu dans sou bon sens , l'interroge : « 0 mon maître , s'écrie Mustapha, si vous connaissiez l'état où j'étais il y a peu d'heures, vous le trouveriez préférable à la monarchie de l'univers. » Amurat voulut éprouver l'effet du vin que lui vantait son sujet ; il en but, et goûta cette joie que Mustapha lui avait tant exaltée. Il garda cet homme auprès de lui, en fit son familier le plus intime , et ne passa point un jour sans s'enivrer avec lui.
{Pour et evnlre.)
A Coulanges la Vineuse, petite ville à trois lieues d'Auxerre, l'eau était autrefois si rare et le vin si abondant, que l'on a vu ses habitants em[)loyer des tonnes de vin au lieu d'eau pour éteindre le feu qui consumait leurs maisons.
(Fontenelle, Eloge du couplet.)
"Vin de fond.
M. le président B... donnait à dîner chaque semaine; grande table, grands vins, cuisine d'ai chevèque et esprit d'académicien du 4F fauteuil. Un vieux domestique fidèle était chargé de la cave, et aussi de présenter les vins aux convives. Il s'acquittait de ce dernier devoir d'un air discret et à la fois digne, et il avait des intonations de chatte amoureuse cliaque fois qu'il prononçait le nom . le litre de noblesse d'un de ces grands vins la gloire de la France. Il annonçait sur-
DlCl. D'ANECUOIES. — T. II.
tout avec ferveur un certain vin de fond ; quand il disait : «■ Vin de fond, » on sentait qu'il en avait plein la bouche, et le gourmet le moins fervent se laissait emplir son Verre. Pourtant, ce vin de fond, si brillamment présenté, procurait à ceux qui le dégustaient un plaisir médiocre.
D'ordinaire, on faisait la grimace en buvant du vin de fond.
« Mais qu'est-ce donc que ce vin de fond.' dit un jour madame la présidente B... à son sommelier; y en a-t-il beaucoup en cave ? — Madame, fit le domestique d'un air fin , il y en aura toujours. — Ah! répliqua madame deB..., ne comprenant pas. — C'est bien simple, continua le sommelier, je le fais moimême avec tout ce qui reste dans les fonds de bouteflle. C'est bien assez bon pour des gens qui boivent sans s'y connaître et qui ne sauraient distinguer le clos-vougeot du bordeaux-laffite. »
A dater de ce jour-là, le vin de fond disparut de la table du président B... (J. Richard, Époque.)
Violoniste.
Se trouvant à Paris en 1793, le violoniste Poppo fut appelé au Comité de salut public comme suspect, et on lui fit subir l'interrogatoire suivant :
« Votre nom .' — Poppo. — Votre profession ? — Je joue du violon. — Que faisiez-vous du temps du tyran? — Je jouais du violon. — Que faites-vous maintenant? — Je joue du violon. — Que ferez-vous pour la nation? — Je jouerai du violon. »
Et, chose extraordinaire, Poppo fut acquitté.
'M""^ de Bassanville , les Salons d'autrefois. )
Virtuoses royaux.
L'empereur Caligula, entendant la voix d'un comédien qu'on fouetlait, trouva sa voix si sonore, qu'il fit prolonger le supplice pour avoir le plaisir de l'entendre plus longtemps.
( Variét. hist.)
Charles IV d'Espagne avait pour premier violon le célèbre Alexandre Boucher; il aimait beaucoup à jouer avec lui, mais il avait la manie de coinuienccr le pre-
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Qiier, sans s'inquiéter en aucune faconde la mesure. S'il arrivait à M. Boucher de lui faire quelque observation à ce sujet, Sa Majesté lui répondait avec un grand sang-froid : (c Monsieur, il me semble que je ne suis pas fait pour vous attendre. » ( Coustaut Mémoires. )
'Visions.
La nuit des noces de Bazine avec le roi Ghildéric, cette reine pria son nouvel époux de passer la première nuit dans une continence complète, de se lever, d'aller à la porte de son palais, et de lui dire ce qu'il y aurait vu. Ghildéric, regardant cet avis comme très-respectable, parce qu'il lui paraissait très-mystérieux, s'y conforma, sortit, et ne fut pas sitôt dehors, qu'il vit d'énormes animaux dans la cour ; c'étaient des léopards, des licornes et des lions. Étonné du spectacle, il vint aussitôt en rendre compte à son épouse. Elle lui dit de retourner une seconde et même une troisième fois. II retourna, et vit la seconde fois des loups et des ours, et la troisième des chiens, et d'autres petits animaux , qui s'entre-déchiraient.
Jlélait bien naturel que Childéricdemandàt à la reine l'explication de ces visions prodigieuses. « Vous serez instruit, lui ditelle; mais pour cela il faut passer le reste de la nuit sagement , et au point du jour vous saurez ce que vous voulez apprendre. » Ghildéric promit ce que sa femme exigeait, et tint parole ; la reine la lui tint aussi : ce fut en ces termes qu'elle lui développa l'énigme.
<t Les prodiges que tous avez vus sont une image de l'avenir; ils représentent les mœurs et le caractère de toute noire postérité. Les lions et les licornes désignent le fils qui naitra de nous. Les loups et les ours sont ses enfants, princes vigoureux et avides de proie ; et les chiens, animaux aveuglément livrés à leurs passions, désignent les derniers rois de votre race. Ces petits animaux que vous avez vus avec les chiens, c'est le peuple, indocile au joug de ses maîtres, soulevé contre ses rois, livré aux passions des grands, et malheureuse victime des uns et des autres. »
On ne pouvait mieux caractériser les rois de la race mérovingienne ; et si la
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vision n'est qu'un songe, il est bieu in venté.
( D'après le moine Aimoin. )
La nuit devant la misérable course en lice (1), la reine mère songea comme elle voyait le feu roi, mon père, blessé à l'œil comme il fut; et étant éveillée, elle le supplia plusieurs fois de ne vouloir point courir ce jour-là , vouloir se contenter de voir la plaine du tournoi, sans en vouloir être. Mais l'inévitable destin ne permit tant de bien à ce royaume qu'il pût recevoir cet utile conseil.
Elle n'a aussi jamais perdu aucun de ses enfants qu'elle n'ait vu une fort grande flamme, à laquelle soudain elle s'écriait : « Dieu, garde mes enfants ! » Et incontinent après, elle entendait la triste nouvelle qui par ce feu lui était augurée.
En sa maladie de Metz, rêvant et étant assistée, autour de son lit, du roi Gharles mon frère, et de ma sœur et mon frère de Lorraine, de plusieurs de messieurs du conseil et de force dames et princesses, qui, la tenant hors d'espérance, ne l'abandonnaient point, s'écrie, continuant ses rêveries, comme si elle eût vu donner la bataille de Jarnac : « Voyez-vous comme ils fuient ! Mon fils a la victoire. Hé, mon Dieu ! relevez mon fils, il est par terre! Voyez, voyez, dans cette haie, le prince de ('onde mort ! »
Tous ceux qui étaient là croyaient qu'elle rêvait et que, sachant que mon frère d'Anjou était en terme de donner la bataille, elle n'eût que cela en tète; mais la nuit après, M. de Losses lui en apportant la nouvelle comme chose trèsdésirée, en quoi il pensait beaucoup mériter : « Vous êtes fâcheux , lui dit-elle, de m'avoir éveillée pour cela; je le savais bien : ne l'avais-je pas vu devant hier ? » Lors on reconnut que ce n'était point rêverie de la fièvre, mais un avertissement que Dieu donne aux personnes illustres et rares.
( Marguerite de Valois, Mémoires.)
Vision réelle
En 1814 introchiil dans une <l( s
chambres qui précédaient celle du roi, je
(j) U tournoi où Henri 11 fui blessé à moi t par Montgommciy.
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ne trouvai personne; je m"assis dans un coin et j'attendis. Tout à coup une porte s'ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du roi et disparaît. Fouclié venait jurer foi et hommage à son seigneur; le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tombei la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi-martyr; l'évèque apostat fut caution du serment.
(Chateaubriand, Mcmoircs cV ont retombe. )
Visiou naïve.
Le duc de Maza-rin, que sa dévotion avait rendu visionnaire , vint un jour trouver le roi, pour l'informer que l'ange Gabriel lui était apparu, et l'avait chargé de dire à Sa Majesté de renvoyer M^e de la Vallière. « Il m'a aussi apparu, répondit le prince, et m'a assuré que vous étiez un fou. w
{Meiuoir. anecd.)
%^isioiiiiaire {Peur de).
Croisilles avait une plaisante vision :
il croyait qu'il mourrait si on le chatouillait. Or, un jour, M. Chapelain, qui gesticule comme un possédé, en lui contant quelque chose avec chaleur, gesticulait de toute sa force. Croisilles crut qu'il le voulait chatouiller : « Mais , monsieur, lui dit-il en se retirant, que voulez-vous faire.' » Chapelain, qui ne savait rien de sa vision, répondit : « Ce que je veux faire! je vous veux faire comprend) e.... » Et il recommençait de plus belle. L'autre repartait - « Mais, monsieur, vous n'y songez pas ! — Je n'y songe pas I j'y songe fort bien; mais c'est vous qui n'y songez pas, rar... « El là-dessus il gesticulait tout de nouveau. « Mais je vois bien votre dessein; arrêtez-vous enfui. » M'ne de Rambouillet, après en avoir bien ri, appela M. Chapelain, et lui dit l'affaire. (Tallemant des Uéaux.)
Visiteurs importuns.
M. de Saint-Ange , le traducteur des Mélamorphoses d'Ovide , a dans son maintien cet air langoureux et niais qu'on
a remarqué quelquefois dans la tournure de ses vers. Ayant été, comme les autres gens de lettres, présenter ses hommages à M. de Voltaire, il voulut finir sa visite par un coup de génie, et lui dit en tournant doucement son chapc;ui entre ses doigts : « Aujourd'hui, monsieur, je ne suis venu voir qu'Homère; je viendrai voir un autre jour Euripide et Sophocle, et puis Tacite, et puis Lucien , etc. — Monsieur, je suis bien vieux : si vous pouviez faire toutes ces visites en une fois ! » (Grimm, Correspondance.)
Le général C.lerk, Écossais, vint à Paris, où il s'arrêta fort longtemps. C'est un homme d'esprit , mais grand parleur, et même fatigant parle tic qu'il a d'ajouter à cha([ue phrase qu'il prononce un hem ? de sorte qu'il a l'air de vous interroger continuellement quoiqu'il n'attende jamais votre réponse. Malgré cela, nous nous en accommodions fort bien, et il n'y a que M^e Geoffrin, à qui il faut une grande variété de personnes et de choses, et qui n'aime pas à s'arrêter longtemps sur le même objet, qui ne puisse penser encore aujourd'hui au général Clerk, sans ressentir un frémissement universel par tout le corps.
Le baron d'Holbach lui avait mené cet étranger, et après les premiers compliments, et une visite d'une demi-heuie, il s'était levé pour s'en aller. M. Clerk, au lieu de suivre celui qui l'avait présenté, comme c'est l'usage dans une première visite, reste. M'^e Geoffrin lui demande » s'il va beaucoup aux spectacles. — Rarement. — Aux promenades. — Trèspeu. — A la cour, chez les princes. — On ne saurait moins. — A quoi passezvous donc votre temps.' — Mais quand je me trouve bien dans une maison, je cause et je reste. »
A ces mots M'"* Geoffrin pâlit. Il était six heures du soir; elle pense qu'à dix heures du soir M. Clerk se trouvera peutêtre encore bien dans sa maison ; celte idée lui donne le frisson de la fièvre. Le hasard amène M. d'Alembert ; M™' Geof.
frin lui persuade , au bout de quelque temps, qu'il ne se porte pas bien, et qu'il faut qu'il se fasse ramener par le général Clerk. Celui-ci, charmé de rendre service , dit à M. d'Alembert qu'il est le
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maître de disposer de son carrosse, cl ([u'il n'en a besoin, lui, que le soir pour le ramener.
Ces mots furent un coup de foudre pour M""^ Geoffrin, qui ne put jamais se débarrasser de notre Écossais, quelque changement qu'il survînt successivement dans son ap|)artement par l'arrivée et le départ des visites. Elle ne pense pas encore aujourd'hui de saiig-froid à cette journée ; et elle ne se coucha pas sans prendre ses mesures contre le danger d'une seconde visite. Je n'ai jamais |)u kii persuader que le général Clerk fut un homme de bonne compagnie. Dans le fait, je ne lui ai connu de tort fondé qu'avec ses chevaux, qu'il faisait venir à quatre heures et demie dans les maisons où il avait dîné, et qui se morfondaient ordinairement à son carrosse au milieu de l'hiver jnM|u'à minuit , sans avoir bougé de nlace.
(Grimni. Ccrr, spoiidattce. )
Un voisin et familier ami en allait visiter un autre. Le visité ayant quelque empêchement, commanda à sa servante (le dire qu'il n'y était pas, ce qu'il dit si haut que l'autre l'entendit. Le lendemain, celui qui avait fait ce commandement, allant frapper à la porte de son voisin, il mit la tète à la fenêtre, et lui dit : « Allez, retirez-vous, je ne suis pas à la maison. » L'autre lui disant qu'il se moquait de lui, et qu'il ouvrît, le voisin repartit ; « Vous voulez cpie je croie votre servante, quand elle me dit que vous n'êtes pas à la maison, encore que vous y soyez, et que je vous entends faire ce commandement ; et vous ne voulez pas le croire, quand je vous dis le même de moi-même. Estimez-vous qu'un autre le puisse savoir mieux que moi? »
( Le Bouffon de la cour. )
Vocation irrésistible.
Un homme, épris des charmes de l'élut de prêtrise, disait : » Quand je devrais être damné , il faut que je me fasse iwètre. »
(Chamfort.)
Vœux.
Un aijbé de bénédictins disait fian-
chement à un de ses parents qui le blâmait d'avoir embrassé l'état monastique ; « Mou vœu de pauvreté me rapporte cent mille livres de rente ; mon vœu d'obéissance me rend plus puissant qu'un prince
Le capitaine d'un vaisseau anglais, se voyant en danger de faire naufrage, voua à la vierge Marie un cierge aussi grand que le màt du navire , s'il en échappai*. Quelqu'un lui représentaqu'il n'y avait pas assez de cire en Angleterre pour accomplir ie vœu : « Promettons toujours, dit-il, si nous échappons du danger, il faudra bien que la bonne dame se contente d'un petit cierge. «
(Pogge.)
Un moine, voyageant, entra chez un pauvre curé de village , et lui demanda l'hospitalité. Le curé le reçut de son mieux, mais le fit servir en vaisselle de ferre, cuiller d'étaiu , fourchette de fer, etc. Le moine, qui aimait ses aises, ne s'accommodait pas de cette simplicité; il ouvre sa valise, en tire tous ses ustensiles en argenterie et les pose sur la table. Le curé , à la vue de ce fait , lui dit : « Révérend père, nous ferions un bon religieux à nous deux. — Pourquoi.» dit celui-ci? — C'est que vous avez fait vœu de pauvreté, et moi je l'observe. »
( Bibliothèque inédite. )
Vœu cl'uu prince.
Le gouverneur du aauphin (fils de Louis XV), à l'occasion d'une fête qui s'était donnée à Versailles pour la naissance d'un prince, disait « qu'il ne comprenait pas comment Assuérus avait pu tenir à la fatigue des festins qu'il donna pendant cent quatre-vingts jours aux grands de son royaume. Et moi, reprit le dauphin , je ne sais comment il a pu subvenir à la dépense , et je présume que ce festin de six mois à la cour aura été expié par un jeûne solennel dans ses provinces... Il faudrait, disait-il dans une autre occasion, pour qu'un prince goûtât une joie bien puie au milieu d'un festin, qu'il y pût convier toute la nation , ou que du moins il pût se dire eu se mettant à table :