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« Aucun de mes sujets n'ira aujourd'hui se coucher sans souper (1). »
{Mémoires anecdot, )
Voîx (lu peuple.
Un jour, àla Halle, après quelques mots échangés , une femme se hasarda à dire à Napoléon qu'il fallait faire la paix. « La bonne, continuez de vendre \os herbes, reprit l'empereur, et laissez-moi faire ce qui me regarde ; chacun son métier. « Et tous les assistants de rire et d'applaudir à son opinion.
Un autre jour, au faubourg Saint -Antoine, entouré d'une immense multitude , parmi laquelle il se montrait très-bonhomme , un des assistants osa l'interpeller. « Est-il vrai , comme on dit , que les affaires vont si mal.!* — Mais, répondit l'empereur, je ne peux pas dire qu'elles aillent trop bien. — Mais, comment cela linira-t-il donc ? — Ma foi , Dieu le sait. — Mais comment ? Est-ce que les ennemis pourraient entrer en France.' — Cela pourrait bien être, — et même venir ici , si l'on ne m'aide pas. — Je n'ai pasun million de bras ; je ne puis pas faire tout à moi seul. — Mais nous vous soutiendrons, direntun grand nombrede voix. — Allons, je saurais bien battre encore l'ennemi , et conserver toute notre gloire. — Mais que faut-il que nous fassions.' — Vous enrôler et vousbattre. — Nousle ferions bien, dit un autre, mais nous voudrions y mettre quelques conditions ! — Eh bien ! lesquelles.' dites. — Nous voudrions ne pas passer la frontière. — Vous ne la passerez pas. — Nous voudrions, dit un troisième, être de la garde. — Eh bien ! va pour la garde. » Et les acclamations de retentir. Des registres furent ouverts sur-le-champ, et plus de deux mille individus s'enrôlèrent dans la journée. En les (juittant Napoléon regagnait lentement les Tuileries, pressé par cette multitude en désordre qui faisait retentir l'air de ses cris; lorsqu'il vint à déboucher sur le Carrousel , le tout fut pris pour une insurrection, si bien que l'on s'empressa de fermer les grilles. ( Mémorial de Sainte-Hélène. )
Vol de maunscrifs.
On sait que la plupart des écrits de
( r) C'est le pendant de \a pniile au pot d'Henri IV,
Diderot, copiés souvent par des mains furtives, se vendaient manuscrits sous le manteau. La police, comme de raison, s'en prenait à lui. « On mêles a dérobés, » répondait-il ; et cette excuse était souvent très-réelle. Un jour qu'il était obligé d'y recourir encore , à la suite d'une longue conférence avec le garde des sceaux, ce magistrat lui dit : « Hé bien , monsieur, je vous défends d'être volé. »
(Barrière, Tableaux de genre et histoire.
Vol odieux.
En sortant de l'église Saint-Marlindes-Champs à Londres , je vis une dame qui, en entrant, donnait une demi-guiiiée à un pauvre aveugle qui demandait à la porte. Un homme assez bien paré suivait de près cette dame. Il tire un schelling de sa poche et demande , en le donnant à l'aveugle, de lui en rendre un demi. L'aveugle lui donna ce qu'il venait de recevoir, croyant que ce qu'il avait reçu était justement un demi-schelling.
Ce larcin , pour lequel on devrait faire un mot tout neuf et plus fort que vol et sacrilège, me pénétra si profondément le cœur, par l'horreur que je conçus d'une action si lâche , que je ne pus m'empèchfr de saisir celui qui le commettait. 11 avait l'épée au côté, et était fort bien nippé au reste : •( Quoi ! vous , scélérat , lui dis-je, uneépée! » En même temps je l'arracheot la casse sur le pavé. Je voulais le forcer de rendre la demi-guinée , l'aveugle criait de toute sa force : « 0 généreux inconnu ! » Le monde , qui s'assemblait en fouie , se rangeait plutôt du côté de ce malheureux que du mien , faute de savoir assez bien l'anglais. Je pris le parti le plus sage. Je demandai à être conduit devant un juge à paix, dont les fonctions sont les mêmes que celles d'un commissaire de quartier à Paris. Le juge, après lui avoir exposé le fait , demanda à ce malheureux si c'était la nécessité qui l'avait porté à commettre cette lâcheté. Ce scélérat répondit que ce n'était qu'imposture; en môme temps il tira une bourse pleine de guinées. — » Qu'on le fouille, répliquai-je : on trouvera du côté droit, dans la poche de sa culotte, la demi-guinée. » La pièce s'y trouva en effet. Le juge alors me demanda qui j'étais, où je demeurais.
Je satisfis à ces demandes. Il envoya
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clierrher mon hôte, qui lui avant assuré que j'étais tel que je lui avais dit, me remercia an nom de l'aveugle. Il me dit qu'il irait lui-même reporter à ce pauvre la demi-guinée qui lui avait été volée, et ordonna qu'on conduisît le misérable voleur à Newgate , qui est à Londres ce quepeut être à Paris le Châtelet ou la Conriergirie.
Le lendemain , le commissaire lit publier dans tous les écrits publics que quiconque avait donné une demi-guinée à l'aveugle de l'église Saint-Martin-des- Champs , eût à s'annoncer pour déposer vérité en justice, pour raisons qui regardaient la police. Trois jours après la dame s'annonça. C'était la femme d'un riche bijoutier nommé Chenwitz.
C'est ainsi que se passa cette affaire, où l'on informa à toute rigueur contre le malheureux qui l'avait fait naître.
(Comte deRantzau, Mémoires.)
"Voleurs.
Un roi dit : « Je vole mes sujets. » Le ministre dit : « Je vole le roi. » Le tailleur : Je vole le ministre. » Le soldat : «Je les vole l'un et l'autre. » Le confesseur : « Je les absout tous quatre; » et le diable dit : « .Te les emporte tous cinq. >, ( Charles Perrault , mémoires . )
M. Le Férou ayant été attaqué par des voleurs dès les cinq heures du soir, dit : « Messieurs, vous ouvrez de bonne heure aujourd'hui. »
(Ménage.)
Sous Louis XIII, un maître des requêtes, nommé Bigot, avait un commis dont il laissait le gosier toujours à sec. Le pauvre diable s'avisa d'enlever les fers de devant à la mule de son maître , se les mit aux pieds, et alla dans la cave voler du vin. La femme de charge, bonne huguenote, qui avait entendu lire l'histoire de l'idole de Baal, avait semé delà rendre pour découvrir si l'on allait tirer son vin : elle pensa tomber de son haut quand elle vit ces fers de cheval ou de mule mai qués dans la cave.
( Tallemant des Réaux.)
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Le marquis de Létorière était entré, plutôt pour mugueter que pour prier, dans l'église des Quinze-Vingts. Se sentant pressé, il se retourne vivement, comme prêta donner une leçon :
« Monsieur, lui dit un de ceux qui se trouvaient le plus près de lui, voudriezvous bien vous tourner de l'autre côté.'
— Pourquoi donc, monsieur?
— Puisque vous me forcez de l'avouer, monsieur, c'est que je suis peintre , et mon camarade , qui est dans la tribune à gauche, chargé par une jolie dame de faire votre portrait, me fait signe sur l'attitude dans laquelle il voudrait vous saisir. »
Le marquis remarque en effet un homme auquel il semble servir de point de mire et qui paraît tenir un crayon. — Il prend l'attitude la plus propre à développer ses grâces...
« Monsieur, je vous suis bien obligé, hii dit le quidam quelques minutes après : vous pouvezquittercetteposition gênante; c'est fait.
-- Oh ! oh ! on ne peut être plus leste. «
S'il n'avait pas perdu beaucoup de temps, il avait perdu sa bourse , sa montre, sa boîte et tout ce qu'il portait de bijoux.
( Colombey , Esprit des voleurs. )
Une dame du premier rang, étant à l'Opéra , jeta par hasard les yeux sur les bracelets d'une autre femme de qualité placée dans une loge voisine de la sienne, et parut les fixer quelques instants avec attention. Ces bracelets étaient entourés de magnifiques brillants. Un filou, bon observateur, sut mettre à profit cette circonstance. Il se présenta dans la loge de la dame qui possédait les diamants qu'il convoitait , et lui dit que la princesse qui était placée à quelque distance d'elle, désirait d'admirer de plus près la beauté d'un de ses bracelets. La dame ne fit aucune difficulté de lui en confier un, et il disparut aussitôt pour ne plus reparaître. La dame, étonnée de ne pas voir revenir son bracelet, envoya prier la princesse de le lui rendre, si elle l'avait assez examiné. Il lui fut répondu qu'on ignorait ce qu'elle voulait dire. Elle ne douta point qu'elle n'eût été volée, et tâcha de se consoler en se disant qu'il lui restait au moins un bracelet.
Quelques jours après, un hommohahillé
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en exempt (le police vint lui dire que le magistrat qui veille au bon ordre de la capitale avait recouvré le bracelet perdu ; mais qu'il ne pouvait le lui rendre qu'après l'avoir confronté avec l'autre. Il ne vint point à l'esprit de la dame que le prétendu exempt n'était peut-être que son voleur déguisé ; elle lui remit sans défiance ce qu'il était venu chercber, et perdit ainsi pour toujours ses deux bracelets (1).
'Galerie de l'ancienne cour.)
Un moine se rendit il y a quelques jours ( 13 août n 1 7 ) à Luzarclie ; il rencontra en chemin un inconnu avec lequel il entra en conversation : il paraissait être de bonne compagnie, et racontait avec esprit toutes sortes d'aventures. Ayant appris du moine qu'il était chargé des recettes de son couvent, qui possédait des terres auprès de Luzarche, cet homme lui dit qu'il était de cet endroit, et qu'il revenait d'un voyage ; puis il dit au moine : « Le chemin que vous avez pris est trop long, j'en connais un beaucoup plus court à travers la forêt. »
Quand ils furent arrivés dans ce bois, l'homme descend , saisit le cheval du moine par la bride et lui demande son argent. Le moine répondit qu'il avait cru se trouver avec un honnête homme, et qu'on ne demande pas ainsi la bourse aux gens. L'inconnu répondit qu'il ne s'agissait pas de discourir, et qu'il fallait laisser la bourse ou la vie. « Je ne puis , répliqua le moine, porter de l'argent sur moi ; mais si vous me voulez laisser descendre , pour que j'aille trouvermon valet , je vous remettrai mille francs. »
Le voleur laisse le moine mettre pied à terre ; celui-ci va trouver le valet , prend mille francs qui étaient dans une bourse , mais en même temps il se munit d'un pistolet, et le cache dans sa large manche. Il revient auprès du voleur, et lui jette la bourse en disant : « Voilà l'argent. « Le voleur se baisse pour la prendre ; mais dans ce moment le moine le renverse roide mort d'un coup de pistolet, remonte à cheval, va trouver la justice et raconte son aventure : on envoie le guet
(i) Cette anecdote, fort ancienne, comme on voit, a été reprise il y a quelque temps par un journal, et répétée par la plupart des autres comme un fait tout récemment arrivé.
avec lui ; ils trouvent le cadavre encore sur le sac d'argent par terre ; on le fouille, et on trouve dans la poche du voleur six sifflets de diverses grandeurs; on prit le plus grand, et on siffla. Voilà qu'il accourt sur-le-champ dix autres voleurs armés ; ils se sont vigoureusement défendus; deux ont été tués et tous les autres arrêtés.
(Madame, duchesse d'Orléans, Correspondance.)
Le marquis de Saint-Gilles était, au commencement de ce siècle , ambassadeur d'Espagne à La Haye, et il avait connu particulièrement dans sajeunesse le comte de Moncade , grand d'Espagne , et l'un des plus riches seigneurs de ce pays. Qtielques mois api es son arrivée à La Haye, il reçut une lettre du comte , qui , invoquant son amitié , le priait de lui rendre le plus grand des services. « Vous savez, lui disait-il , mon cher marquis , le chagrin que j'avais de ne pouvoir perpétuer le nom de Moncade : il a plu au ciel, peu de temps après que je vous eus quitté, d'exaucer mes vaux et de m'accorder un fds ; il a manifesté de bonne beure des inclinations dignes d'un homme de sa naissance , mais le malheur a fait qu'il est devenu amoureux à Tolède de la plus fameuse actrice des comédiens de cette ville. Ayant aj^pris que la passion le trans- ])Ortait au point de vouloir épouser cette fille, et qu'il lui en avait fait la promesse par écrit, j'ai sollicité le roi pour la faire enfermer. Mon fils, instruit de mes démarches, en a prévenu l'effet, et s'est enfui avec l'objet de sa passion. J'ignore depuis plus de six mois où il a porté ses pas , mais j'ai quelque lieu de croire qu'il est à La Haye. »
Le comte conjurait ensuite le marquis, au nom de l'amitié, de faire les perquisitions les plus exactes pour le découvrir, et l'engager à revenir auprès de lui. h H est juste, disait le comte, de faire un sort à la fille , si elle consent à rendre le billet de mariage qu'elle s'est fait donner ; et je vous laisse le maître de stipuler ses intérêts , ainsi que de fixer la somme nécessaire à mon fils pour se rendre dans un état convenable à Madrid. » Le comte joignaità cette lettre un signalement exact de son fils et de sa maîtresse.
Le marquis n'eut pas plutôt reçu cette lettre qu'il envoya dans toutes les auberges
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d'Amsterdaui , de P.ollcidam et de La Haye; mais ce fut en vaiu : il ne put rien découvrir. Il commençait à désespérer de ses recherches , lorsque l'idée lui vint d'y employer un jeune page français fort éveillé. Le page parcouiut pliisieursjours tous les lieux publics sans succès; enfin, un soir, à la comédie, il aperçut dans une loge un jeune homme et une femme qu'il considéra attentivement ; et ayant remarqué que, frappés de son attention, le jeune homme et la femme se retiraient au fond de la loge, le page ne douta pas du succès de ses recherclies. Au moment où la pièce finit , il se trouva sur le passage qui conduisait des loges à la porte , et il remarqua que le jeune homme, en passant devant lui et considérant sans doute l'hahil qu'il portait, avait cherché à se cacher, en mettant son mouchoir sur sa bouche. Il le suivit sans affectation jusqu'à l'auberge appelée le VicowtR de Tureiine , où il le vit entrer avec la femme; et, sur d'avoir trouvé ce qu'il cheichait, il courut bien vite l'apprendre à l'ambassadeur.
Le marquis de Saint-Gilles se rendit aussitôt, couvert d'un manteau et suivi de son page et de deux domestiques au Vicomte de Tureiitie, Arrivé à cette auberge, il demanda au maître de la maison où était la chambre d'un jeune homme et d'une femme qui logeaient dej)uis quelque temps chez lui. Le maître d'auberg.' lit d'aboid quelques difficultés de l'en instruire, s'il ne les demandait pas par leur nom. Le page lui dit défaire attention qu'il parlait à l'ambassadeur d'Espagne, qui avait des raisons pour parler à ces personnes. L'aubergiste dit qu'elles ne voulaient point être connues, e I qu'elles avaient défendu qu'on laissât entrer chez elles ceux qui, en les demandant ne les nommeraient pas ; mais, par considération pour l'ambassadeur, il indiqua la chambre, et le conduisit tout au haut de la maison dans une des plus vilaines chambres. Il frappa à la porte, qu'on tarda quelque temps à ouvrir ; enfin , après avoir frappé assez fort de nouveau, la porte s'ouvrit à moitié; et, à l'aspect de l'ambassadeur et de sa suite, celui qui avait eiilr'ouvert la porte voulut la refermer, disant qu'on se trompait. L'ambassadeur poussa fortement la porte, entra, et fit signe à ses gens d'attendre en dehors; et, resté seul dans la chambre, il
vit un jeune homme, d'une très-jolie figure , dont les traits étaient parfaitenieni semblables à ceux sjjécifiésdans le signalement. Avec lui était une jeune femme, belle , très-bien faite , et également ressemblante , par la couleur de ses cheveux, la taille et le tour du visage, à celle qui lui avait été décrite par son ami le comte de Moncade.
Le jeune homme parla le premier, et se plaignit de la violence qu'on avait employée pour entrer chez un étiauger qui est dans un pays libre, et qui y viviiit sous la protection des lois. L'ambassadeui' lui répondit en s'avançant vers lui pour l'embrasser : « Il n'est pas question ici de feindre, mon cher comte; je vous connais, et je ne viens point ici pour vous faire de la peine, ni à cette jeune dame, qui me paraîtfort inléiessantc. « Le jeune homme répondit qu'on se trompait; qu'il n'était pas comte, mais fils d'un négociant de Cadix; que cette jeune dame était son épouse, et qu'ils voyageaient pour leur plaisir.
L'ambassadeur jetant les yeux sur la chambre , fort mal meublée , dans laquelle était un seul lit, et sur le bagage trèsmesquin qui était jeté çà et là. « Est-ce ici , mon cher enfant, permettez-moi ce titre qu'autorise ma tendre amitié pour monsieur votre père, est-ce ici que doit demeurer le fils du comte de Moncade? i> Le jeune homme se défendait toujours de rien entendre à ce langage. Enfin, vaincu par les instances de l'ambassadeur, il avoua en pleurant qu'il était le fils de Moncade, mais qu'il ne retournerait jamais auprès de son père s'il fallait abandonner nue jeune fem me qu'il adorait. La femme, fondant en larmes, se jeta aux genoux de l'ambassadeur en lui disant qu'elle nevou lait point être cause de la perte du comte de Moncade; et sa générosité, ou plutôt son amour, triomphant de son propre intérêt, elle consentait, pour son bonheur disaitelle à se séparer de lui. L'ambassadeur admire un si noble désintéressement. Le jetme homme s'en désespère, fait des reproches à sa maîtresse, et ne veut point, dit-il, l'abandonner. L "ambassadeur lui dit que l'intention du comte de Moncade n'est point de la rendre malheureuse; et il annonce qu'il est chaigé de lui donner une sommecouvenablepourqu'elle puisse retourner eu Espagne, ou vivre dans tel endroit qu'elle voudra. La noblesse de
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ses sentiments et la vérité de sa tendresse lui inspirent , dit-il , le plus grand intérêt, et l'engagent à porter aussi liaut qu'il soit possible , pour le moment, la somme qu'il est autorisé à lui donner; et, en conséquence, il lui promet dix mille florins (envirOQ trente mille francs), qui lui seront comptes au moment où elle aura remis l'engagement de mariage qui lui a été fait; et que le comte de Moncade aura pris un appartement chez l'ambassadeur, et promis de retourner en Espagne. La jeune femme a l'air de ne pas faire attcnlionàla somme, ne songe qu'à son amant, à la douleur de le quitter ; qu'au sacrifice cruel auquel la raisoi et son propre amour l'obligent de souscrire. Tirant ensuite d'un petit portefeuille la promesse de mariage signée du comte : «■ Je connais trop son cœur, dit-elle, pour en avoir besoin. » Elle la baise avec une espèce de transport plusieurs fois , et la remet à l'ambassadeur, qui reste surpris de tant de grandeur d'âme. Il promet à la jeune femme de s'intéresser à jamais à son sort, et assure le comte que son père lui pardonne. Craignant que l'amour ne reprenne pendant la nuit tout son empire, et ne triomphe de la généreuse résolution de la dame, il presse le jeune comte de le suivre à son hôtel. Les pleuis, les cris de douleur que cette cruelle séparation occasionne sont difficiles à exprimer, et touchent sensiblement le cœur de l'ambassadeur, qui promet sa protection à la jeune dame. Le petit bagage du comte ne fut pas embarrassant à porter; et il se trouva installé, le soir, dans le plus bel appartement de l'ambassadeur.
Le lendemainde cette heureuse journée, le jeune comte voit arriver, à son lever, tailleurs, marchands d'étoffes, de dentelles, etc.; et il n'a qu'à choisir. Deux valets de chambre et trois laquais sont dans son antichambre. L'ambassadeur montre au jeune comte la lettre qu'il vient d'écrire à son père, dans laquelle il le félicite d'avoir un fils dont les sentiments et les qualités répondent à la noblesse dison sang, et il lui annonce son prompt letour. La jeune dame n'est point oubliée ; il avoue devoir en partie à sa générosité la soumission de son amant, et ne doute point que le comte n'approuve le don qu'il lui a fait de dix mille florins. Cette somme fut remise le même jour à cette noble et intéressante personne, qui netarda pasàpartir.
Les préparatifs pour le voyage du comte étaient faits : une garde-robe magnifique, une excellente voiture furent embarquées à Rotterdam sur un vaisseau faisant voile pour la France , et sur lequel fut arrêté le passage du comte , qui de ce pays devait se rendre en Espagne. On remit au jeune comte une assez grosse somme d'argent à son départ , et des lettres de change considérables sur Paris; et les adieux de l'ambassadear furent des plus touchants.
L'ambassadeur attendait avec impatience la réponse du comte de Moncade , et, se mettant à sa place, jouissait du plaisir de son ami. Au bout de quatre mois il reçut cette réponse si vivement attendue , et l'on essayerait vainement de peindre la surprise de l'ambassadeur en lisant ces paroles :
« Leciel ne m'a jamais, mon cher marquis , accordé la satisfaction d'être pèie ; et, comblé de biens et d'honneurs, le chagrin de n'avoir pas d'héritiers, et de voir finir en moi une race illustre, a répandu la plus grande amertume sur ma vie. Je vois avec une peine extrême que vous avez été trompé par un jeune aventurier, qui a abusé de la connaissance qu'il a eu de notre ancienne amitié. Mais Votre Excellence n'en doit pas être la dupe.
C'est bien véritablement le comte de Moncade que vous avez voulu obliger : il doit acquitter ce que votre généreuse amitié s'est empressée d'avancer pour lui procurer un bonheur qu'il aurait senti bien vivement. J'espère donc, Mon ii ur le marquis, que Votre Excellence ne fera nulle difficulté d'accepter la remis > de trois mille louis de France, dont elle m'a envoyé la note. »
( M'"" du Hausset , Mémoires.)
L'audace avec laquelle Poulailler exploitait Paris détermina le lieutenant de police à mettre sa tète à prix : il assembla ses agents, et promit cent pistoles et de plus une ^ilace de deux mille livres de revenu à qui s'emparerait de Poulailler et le lui amènerait.
Or, un matin, M. Hérault venait de déjeuner, lorsqu'un laquais annonce M. hi comte de Villeneuve.
« Faites entrer, » dit le lieutenant de police.
Un personnage se présente qui, d'un •27
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air mystérieux, lui demande un entretien
rlirulier.
» De quoi s'agit-il, monsieur le comte ? dit M. Hérault. — Oh! de peu de chose, monsieur, de mille pistoles que je vais prendre moi-même dans votre coffre-fort, en remplacement des mille livres et du revenu de la place que vous savez... Poulailler est devant vos yeux, et il vous tuera avec ce poignard empoisonué, si vous poussez le moindre cri... Songc/.-y : une sim{)le piqûre, c'est la mort. »
Après cette courte allocution, Poulailler tire de sa poche des cordelettes d'une solidité à toute épreuve, et, après avoir lié vigoureusement le lieutenant de police et l'avoir ainsi mis hors d'état de bouger, il fouille à pleines mains dans le coffre-fort, puis, saluant jusqu'à terre, sort à pas mesurés en priant M. Héiault de ne pas le reconduire.
Le poignard empoisonné avait produit son effet sur celui-ci, à tel point qu'au lieu d'appeler ses gens il s'usait les dents à ronger les cordes dont il était lié.
Sa mésaventure fit pleuvoir sur lui des nuées d'épigrammes et de cliausons.
Poulailler était devenu la terreur de Paris : à la chute du jour, on se hâtait de rentrer chez soi.
L'audacieux voleur eut la tentation de s'introduire dans l'hôtel de Brienne. Mais il fallait tromper la surveillance d'un concierge toujours en éveil. Or, un soir que la voiture de la princesse de Lorraine stationnait près de l'Opéra, Poulailler imagina de se faire attacher sous sa caisse, tandis que deux hommes de sa bande amusaient au cabaret le cocher et le valet de pied. De cette façou, il pénétra sans encombre dans l'hôtel.
Lorsque toute la valetaille fut couchée, li quitta cette position, qui était des plus pénibles, et alla se cacher dans un grenier, où il passa trois jours et quatre iniits : ses vivres consistaient en tablettes (!e chocolat dont il avait fait ample provision. 11 attendait que M'""^ de Brienne lui fournît l'occasion de travailler en loute liberté. La princesse étant allée au bal chez M""^ de Marsan, et presque tous ses gens ayant gagné le cabaret du coin, Poulailler pénétra dans les appartements, força le secrétaire et enleva deux mille louis et un portefeuille qu'il supposait contenir des valeurs considérables. Mais, i\oux jours après, il le renvoyait, bien
qu'il renfermât des contrats de rente sur rHûtel-de-Ville. Il y joignit un billet signé de son nom et par lequel il priait M"^* de Brienne d'agréer ses excuses, ajoutant que, s'il eut pensé ne mettre la main que sur une somme d'aussi peu d'importance, il n'aurait pas bouleversé ses papiers et que, si ses deux mille louis lui faisaient faute, il était prêt à les lui retourner avec deux mille de sa poche.
Cette boutade eut un grand succès à Versailles. On ne parla, durant toute une semaine, que de la galante épître du « chevalier » de Poulailler.
Dans une expédition qu'il fit en Belgique (il voyageait comme simple bourgeois, en voiture publique), la conversation tombant sur ses propres exploits, un voyageur se montra très-animé contre lui et contre le lieutenant de police qu'il accusait de négligence. Il déclara même que, lorsqu'il irait à Paris, sa première visite serait pour M. Hérault, qu'il houspillerait à ce propos de la bonne façon. Poulailler ne se sépara pas de son chaleureux ennemi, sans le faiie jaser davantage : d'ailleurs le bonhomme ne demandait pas mieux. H confia à son aimable compagnon de route (car Poulailler était plein de prévenances pour lui), qu'il était chanoine-doyen du chapitre noble de Bruxelles et qu'il ferait dans un mois un voyage à Paris.
A quelque temps de là, M. Hérault recevait la lettre suivante : " Monsieur,
<c J'ai le déshonneur d'appartenir à la bande de Poulailler. Si je vous écris, c'est pour faire amende honorable et obtenir ma grâce: je vous la demande en échange de la révélation que voici : Poulailler a dévalisé et tué un chanoine de Bruxelles, nommé M. de Potter, et rentrera ces joursci dans Paris, par la barrière Saint-Martin, revêtu des habits et muni des papiers de sa victime. »
Le lieutenant de police, qui avait une revanche à prendre, se hâta de mettre ses alguazils aux aguets. Le jour même arriva, par le coche de Lille, lui individu qui répondait exactement au signalement donné ; on l'empoigna, malgré sa résistance et ses cris, et on le transporta à l'hôtel de la police. Grâce à sa bonne étoile, deux Bruxellois, qui se trouvaient dans le cabinet de M. Hérault, le reconnurent et déclarèrent qu'il était .M. de
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Polter lui-même. Au moment on l'on allait le relâcher, un billet tomba comme du ciel entre ses mains. Il était de la même écriture que la lettre adressée au lieutenant de police et ne contenait que ces mots :
« Ceci, mon cher chanoine, est pour vous apprendre à vouloir du mal aux gens qui ne vous en ont paiS fait. — Rappelez-vous certains discours tenus par vous, il y a quelques semaines, entre Cambrai et Bruxelles.
« Un de vos compagnons de route, » Poulailler. »
Le vif dépit de M. de Potter avait pour pendant la profonde humiliation de M. Hérault.
(Colombey, Esprit des loleurs.)
Voleur et conquérant.
Un jour Charles XII se promenant à cheval près de Leipsig, un paysan saxon vint se jeter à ses pieds pour lui demander justice d'un grenadier qui venait de lui enlever ce qui était destiné pour le dîner de sa famille. Le roi fit venir le soldat : » Est-il vrai, dit-il d'un visage sévère, que vous ayez volé cet homme? — Sire, dit le»oldat , je ne lui ai pas fait tant de mal que Votre Majesté en a fait à sou maître ; vous lui avez ôté un royaume, et je n'ai pris à ce martant qu'un dindon. )> Le roi donna dix ducats de sa main au paysan, et pardonna au soldat en faveur de la hardiesse du bon mot, en lui disant : « Souviens-toi, mon ami, que si j'ai ôté un royaume au roi Auguste, je n'en ai rien pris pour moi. »
(Voltaire, Hist. de Charles XII.)
Voleurs de qualité.
Un gentilhomme ayant été arrêté le soir dans la rue des Mathurins par deux voleurs qui lui enlevèrent son chapeau, sa perruque , son épée , sa montre et sa bourse, où il y avait douze louis d'or, saisi de frayeur et n'osant plus avancer, de peur d'être assassiné, il frappa à la porte de M. de Vertamont, qui occupait un hôtel dans la même rue, et demanda à lui parler. Le portier le fit présenter à son maître, lequel le fit entrer dans son cabinet, lui fit donner une de ses perruques, le fit mettre auprès du feu et le pria gracieusement de se rassurer en at-
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tendant le souper, après lequel il le ferait conduire chez lui dans son carrosse.
Comme on allait se mettre à table, le gentilhomme reconnut d'abord ses deux voleurs, quoiqu'ils eussent changé d'habit, qui étaient du nombre des amis de M. de Vertamont. Le gentilhomme feignit de se trouver mal; M. de Vertamont le fit entrer dans son cabinet, où étant, le gentilhomme lui déclara qu'il venait de reconnaître ses deux voleurs quoiqu'ils eussent changé d'habit, parmi les personnes qui étaient à table. Sur quoi le conseiller lui dit : <c Pensez bien, monsieur, à ce que vous dites, d'autant plus que ces deux messieurs sont de ma maison. » Ce que le gentilhomme ayant assuré comme très-certain, M. de Vertamont fit venir un serrurier pendant que la compagnie achevait le souper, et fit ouvrir la porte de leurs chambres en sa présence, où l'on trouva tout ce qu'ils avaient volé à ce gentilhomme. Sur quoi un commissaire étant venu avec des archers, les deux voleurs, qui ne s'étaient doutés de rien, furent arrêtés et conduits au Châtelet, au grand étonnement de M. de Vertamont et de la compagnie.
'Buvat, Journal de ta Régence.)
Voleurs dupés.
François \" , s'étant égaré à la chasse, dans la forêt de Rambouillet, entra pour se reposer dans une maison isolée. Il y trouva quatre hommes qui faisaient mine de dormir et qui furent bientôt debout.
L'un d'eux dit au roi :
« Tu as un bon feutre », je m'en empare.
Un autre :
« Voilà une belle casaque : elle m'ira comme un gant. »
Le troisième :
« La superbe cotte blanche ! Le bel air que j'aurai ! »
Le quatrième ;
« Moi, je me contenterai du cor de chasse. »
Le sournois était loin d'y perdre, car il s'allouait en même temps une magnifique chaîne d'or.
Il s'en saisissait, lorsque François P' s'écria ;
« Permettez que je vous montre quelle vertu a ce cor. «
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Il en sonne, et à l'instant aoconrent les officiers, qui le cherchaient.
« Voici, leur dit-il, des gens qui ont songé que tout ce que j';ivais était à eux. J'ai songé à mon tour qu'il fallait les envoyer au prévôt de Monlfort-rAmainy pour les empêcher de rêver. »
Le soir du même jour, ils dormaient tous les quatre d'un sommeil exempt de rêves, — la corde au cou.
( Colombcy, Esprit des voleurs. )
Un frère-quêteur du couvent des capucins do Meudon, revenant à son monastère avec sa besace bien garnie, et ayant pris un sentier écarté dans le bois pour abréger son chemin, est rencontre par un voleur qui, le pistolet sous la gorge, lui demande la bourse ou la vie. Le pauvre frère représente inutilement que son état annonçant nu dénûment absolu doit le mettre à l'abri de semblables demandes; il est forcé de céder, de mettre bas sa besace remplie de provisions, de vider ses poches et de donner 3G francs qu'il avait recueillis d'aumônes. T.e voleur s'en allait content de sa capture, lorsque le moine le rappelle. « Monsieur, lui dit-il, vous avez été assez bon pour me laisser la vie ; mais en rentrant à mon couvent je risque d'être bien maltraité, car peut-être ne voudra-l-on pas ajouter foi à ce qui m'est arrivé, à moins que vous ne me fournissiez une excuse en tirant un coup de pistolet dans ma robe pour prouver que j'ai résisté jusqu'au bout, et qu'il ne m'est resté d'autre ressource que d'abandonner le fruit de ma quête. — Volontiers, dit le voleur; étendez votre manteau.... » Le vol ur tire, le capucin regarde. » Mais il n'y paraît presque pas. — C'est que mon pistolet n'était chargé qu'à poudie; je voulais vous faire plus de peur que de mal.
— Cette faible trace ne suffira pas pour m'excuser...; n'en aurie/-vous pas un autre mieux chaigé? — Non vraiment.
— Ah, coquin! s'écrie le moine, nous voilà donc à armes égales! » Et le vigoureux capucin saute sur le brigand, le terrasse, le roue de coups, lepreud sa besace, ses 36 francs et revient en triomphe à son couvent.
(Bachaumont, Mémulres secrets.)
Voleur effronté.
Un larron, ayant envie de dérober la vache de son voisin, se leva avant le jour, et étant entré dans l'étable de la vache, l'emmène, faisant semblant de courir après elle. Auquel bruit le voisin s'étaut éveillé, et ayant mis la tête à la fenêtre : « Voisin, dit ce lairon, venez m'aider à prendre ma vache qui est entrée dans votre cour, pour avoir mal fermé votre huis. »
Après que le voisin lui eut aidé à ce faire, il lui persuada d'aller au marché avec lui (car demeurant à la maison il se fût ajierçu du larcin ). En chemin, comme le jour venait, ce pauvre homme, reconnaissant sa vache, lui dit . u Mon voisin, voilà une vache qui ressemble fort à la mienne. — Il est vrai, dit-il ; et voilà pourquoi je la mène vendre, parce que tous les soirs votre femme et la mienne s'en débattent, ne sachant laquelle choisir. »
Sur ces propos, ils arrivent au marché; alors le larron, de peur d'être découvert, fait semblant d'avoir affaire parmi la ville, et prie son dit voisin de vendre cependant cette vache le plus qu'il pourrait, lui promettant le vin. Le voisin donc la vend, et puis lui apporte l'argent. Sur cela, s'en vont droit à la taverne, selon la promesse qui avait été faite.
Mais après s'y être bien repus, le larron trouve moyen de s'évader, laissant l'autre pour les gages.
De là s'en vint à Paris, et là se trouvant une fois entre autres en une place du marché où il y avait force ânes attachés selon la coutume à quelques fers tenant aux murailles, voyant que toutes les places étaient remplies, ayant choisi le plus beau, montedessus, et, se promenant par le marché, le vendit très-bien à un inconnu ; lequel acheteur, ne trouvant place vide que celle dont il avait été ôté, le rattache au même lieu, qui fut cause que celui qui était le vrai maître de l'àne, et auquel on l'avait dérobé, le voulant puis après détacher pour l'eininener, grosse querelle survint entre lui et l'acheteur : tellement qu'il en fallut venir aux mains.
Or, le larron qui l'avait vendu étant parmi la foule et voyant ce passe-temps, inémrmentqup l'acheteur était parterre, chargé de coups de poing, ne se put
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