VUE
Lié intimement avec M. de ChoLsenl- Gouffier, ambassadeur de France à Constantinople , l'ablié Delille accepta l'offre qu il lui avait faite de lui montrer la Provence. Arrivé à Toulon, le diplomate, qui voulait emmener le poète beaucoup l'Ius loin, l'invita à déjeuner sur le vaisseau qui devait le conduire à son ambassade; Delille accepta, et au milieu d>i repas on mit à la voile. On était déjà à dix heues de Toulpn, lorsque le poëte, regardant à sa montre, dit a son ami : « Je dîne en ville; je vous eu prie, faites-moi conduire à terre. — Impossible, mon cher ami, — Comment, impossible! — Mon Dieu oui, nous sommes en route pour Constautinople. .. L'abbé Delille prit son parti de très-bonne grâce (1).
(Alissan Cliazet, Ji/emoircs.)
Vue (Plaisir de la).
On demandait à Aristote pourquoi l'on se plaît dans la compagnie de la beauté : « Question d'aveugle, » répondit-il.
(Diogène de Laërte.)
(i) Sous ce titre : Le Bourgeois de Paris. Wemiechel a écrit un joli conte en vers, où il raconte une aventure analogue arrivée à un ami de Jiougainville, qui se trouva parti pour un voyage autour du monde en croyant Mniplement aller a V cisailles.
Des écoliers Padouans fondent, vers les deux heures du malin, chez un vieux professeur d'humanités. Ils se font ouvrir la porte de sa chambre, et lui députent deux d'entr'eux pour lui représenter toute l'Université prête à se couper la gorge s'il n'a la bonté d'entendre les deux partis, et de donner sa décision sur une question importante qui les divise. Le professeur se lève , endosse la robe dociorale et vient siéger sur un banc de pierre qui était à côté de sa porte. Là l'oiateur de l'un et l'autre parti prononce une longue harangue toute eu lieux communs sur le bien de la paix, de l'union, de l'harmonie dans les compagnies savantes, et sur les mots qui apportent dans toutes les sociétés la dissension et la discorde. 11 est amplement péroré sur la conliance de l'Université dans les lumières et le zèle d'un professeur tel que lui, qui sacrifie les jours et les nuits à l'honneur et à la gloire des lettres. On l'accable d'éloges. — « Messieurs, il n'y a rien que je ne fasse certainement... pour... Mais de quoi s'agit-il? — Très-sage maître, il s'agit de savoir si cazzo (l'un des mots les plus sales de la langue italiennes) doit s'écrire par un Z simplement ou par deux. — Écrivez le avec trois mille et que le diable vous berce , canaille maudite ! » dit le professeur en remontant se coucher.
(Mirabeau, Lettre.)
Zèle extravagant.
Monsieur Bouille du Coudray étant à la Comédie-Italienne, où se représentait la Guerre des Pliïlistins , dont un acteur faisait le personnage d'un roi ayant une couronne sur la tète, ce magistrat , par un travers d'esprit , sortit de sa loge, alla urendre cette couronne, et fut la pré-
senter à M. le duc d'Orléans, qui y assistait , en lui disant en outre : « Voilà, monseigneur, ce qui vous appartient. »
Le prince en fut si étonné qu'il sortit dans le moment de la Comédie , et étant retourné au Palais-Royal, quoiqu'il jugeât bien que par un excès de vin de Champagne ce magistrat avait passé les bornes de la sagesse, il lui envoya dire de se retirer au Coudray.
l Buvat, Journal de la Régence.)
aEèle trop artlcnt.
Le chevalier de Guise se confessa une fois d'aimer une femme et de la posséder. Le confesseur, qui était un jt,,uite, dit qu'il ne lui en donnerait point l'absolution , s'il ne promettait de la quitter. « Je n'en ferai rien, » dit-il. Il s'obstina tant, que le jésuite dit qu'il fallait donc aller devant le saint sacrement demander à Dieu qu'il lui ôtât cette obstination; et comme ce bon père conjurait le bon Dieu avec le plus grand zèle du monde, de déraciner cet amour du cœur du jeune prince, le chevalier naïvement le tira par la robe : <r Mon père, mou père, lui dit-il, n'y allez pas si chaudement; j'ai peur que" Dieu ne vous accorde ce que vous lui demandez. »
( Tallemant des Beaux.)
Lorsque M. de Talleyrand était ministre des relations extérieures, un écrivain à la solde de l'État se montrant un jour extrêmement vif dans la rédaction de notes politiques que l'on devait publier contre une puissance étrangère : "Pas de zèle, monsieur, pas de zèle ! » lui dit le malin diplomate.
Zéro.
Le cardinal Farnèze était un prélat re-