‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 15 sur 180 · I.<etfres {Utilité des · texte numérisé non relu

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On disait devant M. Villemain. pair de France et ministre de l'instruction publique : 'c Les lettres mènent à tout. — Oui , dit-il , à condition de les quitter. i>

liépreux.

Un voyageur , se trouvant dans la solitude, entendit tout à coup une voix fraîche et vibrante. Il fut curieux de connaître celui qui chantait si bien. Il s'approcha , et vit un lépreux dont le corps tombait en lambeaux. Saisi d'étonnement, le voyageur lui demanda comment, en une si triste position , il avait le courage de chanter : « Je chante, lui dit le lépieux, parce que je vois la méchante muraille de mon corps, qui me sépare de mon Dieu, s'en aller par morceaux, »

(Le R. P. Cachupin, Vie du P. Dupont. )

Eieltros de cachet.

Dans mon enfance on m'a raconté la triste aventure d'une jeune bouquetière, remarquable par sa beauté; elle s'appelait Jeanneton.

Un jour M. le chevalier de Coigny la rencontre, éblouissante de fraîcheur et brillante de gaieté ; il l'interroge sur la cause de cette vive satisfaction, n Je suis bien heureuse, dit-ille ; mon mari est un grondeur, un brutal; il m'obsédait : j'ai été chez M. le comte de Saint-Florentin; madame S"*, qui jouit de ses bonnes grâces, m'a fort bien accueillie, et pour dix louis je viens d'obtenir une lettre de cacl)et qui me délivre de mou jaloux. »

Deux ans après, M. de Coigny rencontre la même Jeanneton , mais triste, maigre, pâle, jaune, les yeux battus, « Eh! ma pauvie Jeanneton, lui dit-il, qu'ètes-vous donc devenue .^ On ne vous rencontre nulle part, et, ma foi ! j'ai eu peine à vous reconnaître. Qu'avez-vous fait de cette fraîcheur et de cette joie qui me charmaient la dernière fois que je vous ai vue.' — Hélas! monsieur, répondit-elle, j'étais bien sotte de me réjouir. Mon vilain mari, ayant eu la même idée que moi, était allé de son côté chez le ministre, et le même jour, par la même entremise, avait acheté un ordre pour m'enfermer, de sorte qu'il en a coûté vingt

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loms a notre pauvre ménage pour nous faire réciproquement jeter en prison. » (Ségur, Mémoires.)

Un intendant de grande maison était devenu amoureux d'une pâtissière de la rue de l'Université. Le pâtissier était un bon homme, qui regardait de plus près à son four qu'à la conduite de sa femme. Si ce n'était pas sa jalousie , c'était son assiduité qui gênait les deux amants. Que firent-ils pour se délivrer de cette contrainte.' L'intendant présenta à son maître un placet où le pâtissier était traduit comme un homme de mauvaises mœurs , un ivrogne qui ne sortait pas de la taverne, un brutal qui battait sa femme, la plus honnête et la plus malheureuse des femmes. Sur ce placet il obtint une lettre de cachet, qui l'ut mise entre les mains d'un exempt, pour l'exécuter sans délai. Il arriva par hasard que cet exempt était l'ami du pâtissier. Ils allaient de temps en temps chez le marchand de vin ; le pâtissier fournissait les pâtés, l'exempt payait la bouteille. Celui-ci, muni delà lettre de cachet, passe devant la porte du pâtissier et lui fait le signe convenu. Les voilà tous les deux occupés à manger et à arroser les petits pâtés ; et l'exempt demandant à son camarade comment allait son commerce? — Fort bien. — S'il n'avait aucune mauvaise affaire ? — Aucune. — Comment il vivait avec ses parents, ses voisins et sa femme .^ — En amitié et en paix. — « D'où peut donc venir, ajouta l'exempt, l'ordre de t'arrêter? Tiens, lis.. . »

Le pâtissier lut et pâlit. L'exempt lui dit : « Rassure-toi ; avisons seulement ensemble à ce que nous avons de mieux à faire pour ma sûreté et pour la tienne. Qui est-ce qui fréquente chez toi ? — Personne. — Ta femme est coquette et jolie? — Je la laisse faire à sa tète. — Personne ne la couche-t-ilen joue? — Ma foi, non, si ce n'est un certain intendant qui \ient quelquefois lui serrer les mains, et lui débiter des sornettes; mais c'est dans ma boutique, devant moi, eu présence de mes garçons, et je crois qu'il ne se passe rien entreeux qui nesoiten tout bien et en tout honneur. — Tu es un bonhomme! — Cela se peut, maiule mieux de tout point est de croire sa femme honnête, et c'est ce que je fais. — Et cet intendant, à qui est-il? — .A M. de Saint-Florentin. —

Et de quels bureaux crois-tu que vienne la lettre de cachet? — Des bureaux de M. de Saint-Florentin , peut-être. —

— Tu l'as dit. — Oh! manger ma pâtisserie, caresser ma femme et me faire enfermer, cela est trop noir, et je ne saurais le croire ! — Tu es un bon homme ! Depuis quelques jours, comment trouves-tu ta femme ? — Plutôt triste que gaie. — Et l'intendant, y a-t-il longtemps que tu ne l'as vu? — Hier, je crois; oui, c'était hier. — N'as-tu rien remarqué ? — Je suis fort peu remarquant, mais il m'a semblé qu'en se séparant ils se faisaient quelques signes de tête, comme quand l'un dit oui et que l'autre dit non. — Quelle était la tète qui disait oui ? — Celle de l'intendant. — Ils sont innocents ou ils sont complices. Ecoute, mon ami, ne rentre pas chez toi ; sauve-toi en quelque lieu de sûreté, au Temple, dans l'Abbaye (1), où lu voudras, et cependant laisse-moi faire... »

Le troisième jour, sur les deux heures du matin, on vient avertir l'exempt qu'on avait vu un homme, le nez enveloppé dans un manteau, ouvrir doucement la porte de la rue et se glisser dans la maison du pâtissier. Aussitôt l'exempt, accompagué d'un commissaire, d'un serrurier, d'un fiacre et de quelques archers, se transporte sur les lieux. La porte est crochetée, l'exempt et le commissaire montent à petit bruit. On fiapi)eà la chambre de la pâtissière : point de réponse ; à la troisième fois on demande du dedans :

« Qui est-ce? — Ouvrez. — Qui est-ce?

— Ouvrez, c'est de la part du roi ! — Bon, disait l'intendant à la pâtissière avec laquelle il était couché, il n'y a point de danger : c'est l'exempt qui vient pour exécuter son ordre. Ouvrez , je me nommerai , et il se retirera ; tout sera fini. »

La pâtissière en chemise ouvre et se remet dans son lit. L'exempt : « Où est votre mari ? » — La pâtissière : « Il n'y est pas. )> — L'exempt, écartant le rideau : «- Qui est-ce qui est donc là? » — Vinlendant : « C'est moi ; je suis l'intendant de M. de Saint Florentin. — Vous mentez, vous êtes le pâtissier, car le pâtissier est celui qui couche avec la pâtissière. Levez-vous, habillez-vous, et suivez-moi. »

Il fallut obéir; on le conduisit ici. Le ministre, instruit de la scélératesse de

(i) C'étaient des lieux d« franchise.

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