‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 33 sur 180 · M KM · texte numérisé non relu

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La cour pouvait entier d'un moment à l'autre, et l'on savait qu'aux yeux de Frédéric-Auguste , ce roi ponctuel par excellence, ce serait un crime impardonnable denepas commencer l'opéra dès qu'il paraîtrait.

La frayeur avait ga^né le public. Caroline, la femme de Weber, regardait le pupitre vide et tremblait. Weber vit le danger, mais il sourit, et, sans s'émouvoir autrement, il envoya chercher le cahier de musique.

La cour entra.

Le |)upitre était toujours vide.

Welier jeta à sa femme, tonte pâle, un regard pour la rassurer, prit son bâtou , donna le signal, conduisit tout le premier acte de l'opéra avec sa vigueur ordinaire, sans broncher et de mémoire, s'amusant même à faire semblant de tourner les feuillets du cahier aux endroits voulus.

L'opéra de Mozart était devenu en quelque sorte une partie de lui-même. Le fait s'élM-uita, et tous les membres de la famille royale s'empressèrent de faire des compliments à Weber de ce tour de force de mnémonique musicale.

(fie de JFeher, par son fils.)

M. Lombard, dans ses Mémoires, raconte qu'au temps où Napoléon était Bonaparte et premier consul, depuis un an qu'il avait quitté son emploi, il vivait de sollicitations et de promesses inutiles.

Ennuyé de ce train de vie , il se détermina à partir pour la campagne; mais, après avoir donné cette résolution à la philosophie, il accorda à l'habitude, à l'espoir, une dernière visite aux Tuileries. Par hasard, il fut aperçu de Bonaparte, qui lui dit : « Voyez de ma part le ministre de l'intérieur, et rapportez-moi ce qu'il vous aura dit. » Mais toutes ses dispositions étaient prises; il avait au reste une telle indigestion d'eau bénite de cour, qu'il partit sans voir le ministre indiqué. Revenu au bout de six mois, et cherchant à se remettre à flot , M. Lombard retourne dans le salon du consul; il se case dans l'embrasure d'une f( nètre. Bonaparte, occupé au milieu d'un groupe, le quitte brusquement, et arrivant droit à lui, lui demande : « Que vous a dit le ministre de l'intérieur.^ »

(Constant, Mcinoircs.)

L'abbé Arnaud avait Icnn autrefois sur ses genoux une |)etite liile, devenue depuis madame Dubarry. Un jour, elle lui dit qu'elle voulait lui faire du bien; elle ajouta : « Donnez-moi un mémoire.

— Un mémoire! lui dit-il; il est tout fait ! le voici : je suis l'abbé Arnaud. « (Chamfort.)

lléinoire {Aide-).

Pétrarque écrivait ses mcniento sur une veste en cuir qu'il portait d'habitude; les bords et les manches étaient tout chamarrés de notes .

A l'occasion de M. Pascal, M. Nicole m'a dit que (juelquefois il revenait de la promenade avec les ongles chargés de caractères qu'il traçait dessus avec une épingle : ces caractères lui remettaient dans l'esprit diverses pensées qui auraient pu lui échapper, en sorte que ce grand homme revenait chez lui comme une abeille chargée de miel.

{^Manuscrit cité par Sainte-Beuve, Port-Royal. )

Charles de Bautru , dit le prieur de Matras, chanoine de l'église d'Angers, mettait des épingles sur sa manche pour se souvenir de s'enivrer. Du autre Angevin qui ne se fiait point à sa mémoire, et qui écrivait tout ce qu'il avait à faire, mit sur ses tablettes : " Mémoire à moi pour me marier en passant à Tours. »

{Ménagiana.)

Un riche marchand, grand usurier, prêtait de l'argent à intérêt sur gages à tout venant, et quoiqu'il ne sût ni lire ni écrire, il avait une telle mémoire des noms de ses débiteurs et des sommes qu'il prêtait, qu'il n'y manquait jamais, et pour autre chose il n'eût pu retenir une ligne par cœur.

Allant un jour à confesse, son confesseur lui demanda de quelle profession il était ; il dit qu'il était marchand. Après ([u'il eut demandé plusieurs choses, il s'enquit de lui s'il priait bien Dieu ; il dit que non, parce qu'il ne savait ni lire ni écrire. 11 lui demanda s'il ne disait pas son service ; il dit qu'il avait une si méchante

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