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dans une rue de Londres, par un homme d'une quarantaine d'années , d'assez mauvaise mine, qui le pria de lui donner une pièce de 6 pence (62 centimes). « Non,, lui répondit-il, je ne donne rien à des hommes de votre âge; et d'ailleurs je trouve assez étonnant que vous vous permettiez de taxer les personnes. — Monsieur, reprit le mendiant , c'est peu de chose que 6 pence, et vous me rendriez un grand service. — Encore une fois, non ; je ne vous donnerai rien , et si vous persislez à m'importuner , je vais vous faire arrêter. — Eh hien, monsieur, je me retire ; mais celte bagatelle m'aurait sauvé de faire ce à quoi je vais me trouver contraint. •• Là-dessus, le mendiant poussa un profond soupir, secoua la tête et s'éloigna à pas lents. « Pauvre diable 1 pensa le voyageur, le besoin le pousse au désespoir, et peut-être qu'en lui refusant ce qu'il me demande, j'aurai à me reprocher un grand malheur. » II, le rappela donc. « Tenez, mon ami, lui dit-il, voilà les 6 pence; mais, je vous prie, quel est le sens de vos'dernières paroles ? » L'individu remercia, mit l'argent dans sa poche et répondit : « Ma foi, mon maître, il y avait deux heures que je mendiais là sans avoir reçu une obole ; si votre charité n'était venue à mon secours, j'aurais été obligé d'aller travailler, et je vous avoue que cette idée là ne me souriait pas du tout. »
Un mendiant à qui Jules Saudeau avait donné deux sous , lui disait d'un ton superbe: « Que voulez-vous que j'en fasse de vos deux sous.' — Gaidez-les, mon ami , répondit Saudeau : vous les donnerez au premier pauvre qui vous demandera la charité. »
( Peùte Revue. )
llIciison«;:e iiitri-piile.
Quand le connétable de Bourbon fut blessé à mort dans l'assaut de Rome, quelques-uns de ses soldats, qui ne le connaissaient pas, passant près de l'endroit où il était étendu par terre , sur le point d'expirer, se demandaient les uns aux autres, s'il était vrai qu'il eût été tué. Lui-même, pour ne pas les décourager, leur dit : <i Bourbon est en avant; marchez. »
i^lini^irovlsattuir français. )
Meiiteries {Assaut de).
Un jour, M. de Guise, M. d'Angoulème et M. de Bassompierre jouaient à qui dirait, la plus grande menterie. M. de Guise dit : « J'avais une levrette qui, courant après un lièvre, se jeta dans des ronces; une ronce coupa le corps de la levrette par le milieu, et la partie de devant alla happer le lièvre. » M. d'Angoulème dit qu'il avait un chien couchant qui arrêtait les hérons, puis qu'on les tirassait, et que des masses il avait fait bâtir Grosbois. <c Pour moi, dit M. de Bassompierre , je me donne au diable si ces messieurs ne disent vrai. »
(Tallemant des Réaux. )
liépris.
Duclos, pour exprimer le mépris, avait une formule favorite. 11 disait toujours : " C'est l'avant-dernier des hommes. — Pourquoi l'avant-dernier.' lui demandaiton. — Pour ne décourager personne, »
répondait-il.
M. de Saint-Germain disait un jour à Louis XV : « Pour estimer les hommes, il ne faut être ni confesseur, ni ministre, ni lieutenant de police. — Ni roi, » ajouta le monarque.
Mépris de la critique.
Le père Malebranclie en général dédaignait assez ses adversaires : >< Ils ne m'entendent pas, répétait-il sans cesse, ou ne veulent pas m'eutendre. » Le grand Arnauld l'avait attaqué sur son système de l'origine de nos idées. Un jour qu'il s'entretenait avec Despréaux de cette dispute, et prétendait que M. Arnauld ne l'avait jamais entendu : « Eh ! qui donc, mon père, reprit Despréaux, voulez-vous qui vous entende? »
( Panckoucke. )
Mépris de l'opinion.
Le censeur qui devait approuver les Mémoires de Beaumarchais lui représentait le tort qu'ils allaient faire à sa répulation : « Que vous importe, répondit-il, si je veux être déshonoré {!).' »
(Beaumarchais.)
(.) V. Profits honleu,.
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mépris des richesses.
Thémistocle, après une victoire, regardait sur le bord de la mer les cadavres apportés par le» vagues : il en vit plusieurs qui avaient des colliers et des bracelets d'or, et dit à celui qui le suivait : « Ramasse ces dépouilles pour toi, car tu n'es pas Thémistocle. »
(Plutarque, Fie de Thcimstocîe.)
Thémistocle préféra pour marier sa fille un citoyen pau\Te, mais instruit, à un autre qui était riche, mais ignorant.
« Je préfère^, ajoutait-il , un homme qui ait besoin de richesses , à des richesses qui aient besoin d'un homme. »
Cratès, qui pourtant aurait pu en faire un meilleur usage, jeta tout son argent dans la mer ; « J'aime mieux, dit-il, te faire périr que de périr par toi. »
( Diogène de Laërte. )
Archélaiis , roi de Macédoine, ayant offert de grandes richesses à Socralc, s'il voulait venir à sa cour, ce philosophe lui répondit : « La mesure de farine se vend peu de chose à Athènes, et l'eau n'y coûte rien. »
{École des niait rs. )
Mépris tlu luxe.
Vainqueur des Lombards , Charles (Charlemagne) avait établi ses quartiers dans la ville d'Aquilée. Un dimanche, après la messe, il dit à ses fidèles ; «. Ne nous laissons pas engourdir dans l'oisiveté, et, sans rentrer au logis, partons pour la chasse. » Cela dit, il monte à cheval et court vers la plaine. Chacun s'empresse de le suivre. Le ciel était voilé par un épais brouillard ; une pluie fine et froide tombait. Charles avait, le matin , jeté sur ses épaules une peau de brebis, déjà soumise à bien d'autres épreuves.
Quant au.x. gens de sa cour, ils étaient parés de riches vêtements, que des marchands vénitiens leur avaient apportés et vendus à grands fiaisdans la ville de Pavie. Les uns étalaient somptueusement sur leur poitrine des étoffes de soie, que re-»
haussaient, en manière de broderies, des plumes au.v mille couleurs, enlevées à la queue des paons et à la gorge des oiseaux de Phénicie. Les autres avaient des babils teints dans la pourpre de Tyr et bordés avec des franges d'écorce de cèdre. D'autres enfin portaient des étoffes piquées et des fourrures en peau de loir. On courut tout le jour à travers les plaines et les bois, et tout le jour la pluie tomba, pénétrant ces riches parures ; elles furent, en outre, fort maltraitées par les ronces, les épines, les branches des arbres, et souillées par le sang des bêtes fauves : si bien que nos chasseurs, rentrant dans la ville au retour de la nuit, n'étaient plus couverts que des honteux débris de leurs brillants costumes. Heureux d'avoir ainsi puni leur frivole ostentation, Charles voulut encore se divertir à leurs dépens. Il ordonna que le lendemain chacun |)arùt au palais avec son habit de la veille. Aucun n'aurait osé manquer à ce rendezvous. Ils se présentèrent, confus de leur triste équipage. Charles, les voyant tous réunis autour de lui, dit en riant au serviteur de sa chambre : «Va frotter notre habit de chasse, et hàte-toi de nous le rapporter. » Ce fut une besogne bien vite faite, et Charles put, en montrant sa peau de brebis iutacte et toujours propre au service , plaisanter à son aise le luxe en guenilles de ses comtes et de ses marquis. ( Le moine de St-Gall. )
Méprises.
Dans le temps que les fragments de Pétrone faisaient grand bruit dans la littérature , Meibomius, grand savant de Lubeck, lit dans une lettre imprimée d'un autre savant de Bologne : « Nous avons ici un Pétrone entier, je l'ai vu de mes veux et avec admiration ». Aussitôt il part pour l'Italie , court à Bologne, va trouver le bibliothécaire Capponi, lui demande s'il est vrai qu'on ait à Bologne le Pétrone entier. Capponi lui répond que c'est unechosedès longtemps publique. Cl Puis-je voir ce Pétrone .' ayez la bouté de mêle montrer. — Rien n'est plusaisé, >» dit Capponi ; il le mène à l'église où repose le corps de saint Pétrone. Meibomius prend la poste et s'enf'iit.
(Voltaire. )
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Scudéi-y el sa sœur, étant arrivés à Lyon dans une liùlellerie, tinrent conseil s'ils (levaient faire mourir un des héros de leur histoire; et quoiqu'il n'y eiit qu'un frère et une sœur à opiner, les avis furent partagés. Le frère, qui a l'humeur un peu plus guerrière, concluait d'abord à la mort ; et la sœur, comme d'une comj)lexion plus tendre, prenait le parti de la pitié, et voulait bien lui sauver la vie. Ils s'échauffèrent un peu sur ce différend, et Sapho étant revenue à l'autre avis, la difficulté ne fut plus qu'à choisir le genre de mort. L'un criait qu'il fallait le faire mourir très-cruellement; l'autre lui demandait par grâce de ne le faire mourir que parle poison.
Ils parlaient si sérieusement et si haut qu'un gentilhomme d'Auvergne, logé dans la chambre voisine, crut qu'on délibérait sur la vie du roi ; et ne sachant pas le nom du personnage, prit innocemment le héros du temps passé pour celui du nôtre, et fit un attentat d'un divertissement imaginaire. Il s'en va faire sa plainte à l'hôte, qui fit appeler les officiers de la justice ))our informer sur la conjuration de ces deux inconnus. Ces messieurs, qui croient tpi'ils ont seuls le pouvoir de faire mourir, se saisirent de leurs personnes, et jugeant à leur mine et à la tranquillité de leur esprit qu'ils n'étaient point si entrepi enants qu'on les figurait, leur firent la grâce de les interroger sur-le-champ, s'ils n'avaient point eu dans l'esprit quelque grand dessein depuis leur arrivée : M. de Scndéry répondit que oui ; s'ils n'avaient })oint menacé la vie du prince de la mort cruelle on de poison : il l'avoua ; s'ils n'avaient pas concerté ensemble le temps et le lieu : il en tomha d'accord; s'ils n'allaient point à Paris pour exécuter et ]>our mettre fin à leur dessein : il ne le nia point. Là-dessus on leur demande leurs noms, et ayant ouï que c'étaient M. et M'iiî de Scudéry, ils connurent bien qu'ils l)arlaient ))lntôt de Cyrus et d'Ibrahim que de Louis, et qu'ils n'avaient antre dessein que de faire mourir en idée des princes morts depuis longtemps.
( Fléchicr, Les grands jours d'Auvergue.)
Un paysan, ne voulant pas aller voir le seigneur de son village sans lui porter queltpie présent, fit recherche des plus beaux fruits qui se purent trouver dans tout le
Heu de la paroisse pour les lui offrir. Or il faut remar([uer que ce seigneur était nouvellement arrivé de la cour, pour prendre possession du village, el par conséquent inconnu de ses sujets. Ce paysan prit l'occasion un dimanche matin de lui porter une panneréc de poires, et le prier par le même moyen de tenir un de ses enfants sur les fonts de baptême. Le paysan étant entré dans la cour ne feignit point de monter pour aller à la chambre : comme il fut au milieu de l'escalier, il renconira deux singes habillés de petites jaquettes de velours vert, avec chacun une toque sur la tète, ca|)araçonnée de diverses plumes, qui se jetèrent incontinent sur le panier de poires, et en prileut une bonne partie. Le pauvre paysan, qui n'avait jamais vu de tels visages, crut que c'étaient les enfants du seigneur ; aussitôt il ôta son chapeau et leur dit avec beaucotq) de respect : <i Messeigneurs, je .suis marri qu'elles ne" soient plus belles. » Cependant les singes, ennemis du langage, firent plusieurs grimaces, et eufilèrent la venelle. Le paysan ayant vu que ces jeunes seigneurs lui avaient fait si mauvaise mine, et ne lui avaient rieu^ dit, jugea que ce présent était trop peu' de chose pour un grand seigneur, néanmoins il se délibéra de poursuivre son dessein , il entra donc dans la chambre où monsieur achevait de s'habiller et fit nue profonde révérence , disant :
<t Monseigneur, j'ai voulu prendre l'effionterie de vous apporter ce panier de |)oires. Lors le seigueur le prit et lui dit : "Mon bon ami,jete remercie, mais tu devais l'apporter tout plein. » Incontinent le paysanrépartit:« Monseigneur, aussi avaisje fait , messieurs vos fils en ont pris une partie. » Lors le seigueur lui dit : « Je n'ai point d'enfants, mon grand ami. »
Aussitôt le seigneur s'éclata de rire, et jugea qu'il avait pris ses singes pour ses en'fauts (1).
( Facétieux rcveille-matin. )
Péchantré, mauvais ])oëte toulousain, avait fait le plan d'une tragédie intitulée, la Mort de Néron. Il travaillait dans un hôtel garni à Paris. Il oublia un jour dans sa chambre un papier où il avait tracé la
(i) Oii trouve .1 peu pris la même liistoirc
Omis le l-'raiaiuii du Sorul.
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(llsposilioi. de ses scènes. On y lisait ces mots, au-dessous de quelques chiflVes :
« Ici le roi sera tué. » L'aubergiste, déjà frai){)é de la physionomie effarée du poète, crut devoir porter cet écrit au commissaire du quartier. Péchantré le soir à son auberge, fut bien étonné de se voir entouré de gens armés qui venaient pour le saisir ; mais ayant aperçu son papier entre les mains du commissaire, il s'écria plein de joie : « Ah ! le voilà ; c'est la scène cil j'ai dessein de placer la mort de Néron. » On ne fut pas longtemps à reconnaître l'innocence du poëte.
(Galerie de l'ancienne cour.)
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Au milieu du tumulte qui se fit entendre à la première représentation de Tom-Jones, de Poinsiuel, la garde arrêta deux hommes, dont l'un disait à l'autre de temps en temps : « Couperai-je, couperai-je.? » Ceux qui étaient voisins, et qui entendirent cette question répétée, croyant qu'il s'agissait de couper la bourse à quelqu'un, les dénoncèrent à la sentinelle, qui les conduisit au corps-de-garde, d'où ils allaient bientôt être conduits en piison comme des voleurs. « Eh ! s'écria l'un d'eux, nous sommes tailleurs, et c'est moi qui ai l'honneur d'habiller M. Poinsinet, l'auteur de la pièce nouvelle. Comme je dois lui fournir mi habit, pour paraître devant le public qui ne manquera pas de le demander à la seconde représentation, et que je connais ])eu le mérite des onvrages de théâtre , j'ai amené avec moi mon premier garçon, qui a beaucoup d'esprit, car c'est lui qui fait tous mes mémoires ; et je lui demandais, de temps en temps, s'il me conseillait d'aller couper l'habit eu question, qui devait m'ètre payé sur le produit des représentations. »
( Improvisateur français.)
Au mois de septembre 1820, la grande diligence de la plac- des Victoires descendit à l'auberge du Lion d'Or, dans la petite ville de...., à quelques postes de Paris. Quatre jeunes voyageurs dema\ident à souper ensemble dans une chaml)re particulière; on les sert, et bientôt on les entend avec effroi parler de libéralisme, de constitution, de l'héroïque Espagne, de
l'Assemblée nationale, matières qui donnaient lieu à des discussions assez vives. L'aubergiste, troublé, se plaça quelques minules à la porte, afin de fixer son jugt'meut. L'un des quatre hommes qui suupaient osait blasphémer le mii\istère, un autre parlait mal de la noblesse, le troisième lançait des épigrammes contre le haut clergé de France, le quatrième approuvait tout en riant. « C'est fini , s'écria l'aubergiste en retournant auprès (le sa femme, nous avons ici des factieux : si l'on sait qu'ils ont soupe chez moi, on va dire qu'ils sont venus tenir ici leur cfimité secret, et que je suis un conspirateur. »
Il entre et demande aux quatre voyageurs à voir leurs passe-ports; mni^ 'juclle fut son épouvante, lorsqu'il lut les noms de MM. Danton, Brissot, Hébert et Bazire ! La vue de quatre fantômes ne lui eût pas inspiré plus de terreur. 11 s'imagine que les quatre révolutionnaires dont il vient de lire les noms n'étaient pas morts comme on l'avait cru, et qu'il les voyait devant ses yeux ; leur grande jeunesse ne le détrompa point, il sortit tout décomposé. « Hélas ! s'écria-t-il en voyant sa femme, je ne m'étais pas trompé, c'est pis que quatre factieux! — Qu'y a-t-il donc? — Quatre jacobins! on les croyait guillotinés, les voilà qui soupent ici; la France est perdue!... » Alors il nomme ces messieurs; sa femme éclate de rire. « H y a longtemps qu'ils ne soupent plus, dit-elle. — - Bah! bah! on le croit ! Vous ne savez pas comme les hommes puissants s'échappent : il est certain que je viens de voir Danton, Brissot, Hébert et Bazire. — Mais ce sont des jeunes gens. — C'est qu'ils se portent bien Qu'on aille chercher le commissaire et les gendarmes. «
On eut beau faire des représentations, il fallut obéir. Le commissaire ne se fit pas attendre; l'aubergiste l'introduisit eu frissonnant dans la salle où les quatre voyageurs riaient et buvaient de bon^ appétit? Le commissaire, qui se piquait d'être un homme prudent, visita à son tour les passe-ports, qu'on lui remit gaîment :
» Calmez vos frayeurs, dit-il à l'hôte, tout est en règle; ce monsieur Danton est un paisible propriétaire du départeracut de l'Aube ; M. Brissot est un libraire, qui a le tort, il est vrai, de propager avec zèle les idées libérales, mais qui ne cous-
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pire pas ; M. Hébert est un lionnête avoué, qui aime mieux les procès que les séditions; et, autant que j'en peux juger, M. Bazire, qui rit de tout, est le pacifique parent d'un député à qui on ne peut reprocher d'être libéral. » L'aubergiste ne répliqua pas ; mais ces quatre noms, que le hasard sans doute avait réunis, le frappaient tellement, qu'il ne devint calme que deux heures après le départ de la voiture.
{Choix d'anecdotes.)
Un jour, un jardinier, voyant Crébillon se promener à grands pas, avec des gestes et des cris effroyables, le prit pour un fou, ou pour un criminel poursuivi parles remords, et se mit eu mesure de le faire arrêter. Crébillon était tout simplement en train de composer sa tragédie de Rliadamiste (1), et de se la déclamer h lui-même suivant son usage (2).
Une marchande de modes avait fait peindre, avec assez de soin, dans son enseigne, un abbé choisissant des bonnets, et courtisant ses filles de boutique; on lisait sous cette enseigne : Al'ahhé coquet. Hérault, lieutenant de police, voit cette peinture, la trouve indécente, et, de re-
(i) C'est ceUe tragédie dont l'abbé de Chaulieu disait plaisamment qu'elle eût été ass, z daire sans son «;>oi,/,o„ ,,„; était chargée de lecla.ror. (D'Alembert, Éloge, des acadér,ûcîj\
(2) t.es méprises de ce genre ne sont pas rares .m moins dans les anecdotes. Meyerbeer dit-on' lut pris par un concierge soupçJnneux pour le chef d'un atelier de fausse monnaie , ou pour I auteur d un ténébreux complot, pendant la 'préparation de son opéra de Robert le Diable dont il venait tous les soirs essayer et combiner les effets infernaux dans une chambre louée à cet ellet. Quelque temps avant la mort de Méry, on a conte qu iltaillit être arrêté comme assassin sur la dénonciation d'un employé du télégraphe pour avoir, pendant les répétitions de son opéiâ
t\!r'Z a'"' r ""''■• ""^"^^ ^ ^''" ^ol'«boraleur une dépêche ainsi conçue : „ J'ai trouvé un nouveau moyen de tuer Faure. »
11 y a quelque temps, les journaux ont rapporte 1 arrestation de l'acteur allemand Eichmann -upçonne d'intentions régicides par son S"; <|u. 1 avait entendu, .i travers la porte, parler de frapper le tyran, en récitant un de ses rdl."
lellnJÀ: '"■"" ^." ■' "' •''"'1'"^ Probable que ce sont des inventions de nouvell stes brodant des variations sur un ancien thème
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tour chez lui, ordonne à un exempt d'aller enlever ral)bé Coquet, et de le mener chez lui. L'exempt, accoutumé à ces sortes de commission.s, va chez un abbé de ce nom, le force à se lever, et le conduit à l'iiôtel du lieutenant - général de police.
« Monseigneur, lui dit-il, l'abbé Coquet est ici. — Eh bien, répond le magistrat, qii'on le mette au grenier. » On obéit. L'abbé Coquet, tourmenté par la faim, faisait de grands cris le lendemain, a Monseigneur, lui dirent les exempts, nous ne savons plus que faire de cet abbé Coquet, que vous avez fait mettre dans le grenier : il nous embarrasse extrênienient.
— Eh! biijlez-le, et laissez-moi tranquille. « Une explication devenant nécessaire, la méprise cessa, et l'abbé se contenta d'une invitation à dîner et de quelques excuses.
(Saint-Edme, Biographie de la police, "l
Frcdei ic, étant jeune, aimait beaucoup les singes. Il avait une troupe de ces animaux, à chacun desquels il avait donné un nom : l'un était le chancelier ; l'autre, le chambellan; celui-ci, le conseiller; celui-là, le contrôleur des finances. Il' appelait un jour son conseiller ; par hasard il s'en trouva véritablement un de son père, qui attendait dans son antichambre l'insl tant d'entrer. Celui-ci, s'entendant appeler, entra; Frédéric lui dit : » Ce n'est pas vous que j'appelais, c'est mon singe; mais entrez toujours, c'est la même chose. »
(Fredeiiciana.)
M. le jiige-iiiage Simon n'avait assurément pas deux pieds de haut. Ses jambes, droites, menues et même assez longues, l'auraient agrandi si elles eussent ete verticales ; mais elles posaient de biais, comme celles d'un compas très-ouvert!
Son corps était non-seulement court, mais minceet en tous sens d'une petitesse inconcevable. H devait païaîtie une sauterelle quand il était nu. Sa tête, de grandeur naturelle, avec un visage bien formé, l'air noble, d'assez beaux yeux, semblait une tête postiche qu'on aurait plantée sur un moignon. Il eût pu s'exempter de faire de la dépense en parure , car sa grande
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perruque seule l'habillait parfaitement de pied en cap.
Il avait deux voix toutes différentes , qui s'entremêlaient sans cesse dans sa conversation, avec un contraste d'abord très-plaisant, mais bientôt très-désagréable. L'une était grave et sonore; c'était, si j'ose ainsi parler, la voix de sa tète. L'autre, claire, aiguè et perçante, était la voix de son corps. Quand il s'écoutait beaucoup, qu'il parlait très-posément, qu'il ménageait son haleine , il pouvait parler toujours de sa grosse voix; mais pour peu qu'il s'animât et qu'un accent plus vif vînt se présenter, cet accent devenait comme le sifflement d'une clef, et il avait toute la peine du monde à reprendre sa basse.
Avec la figure que je viens de peindre, et qui n'est point chaigée, M. Simon était galant, grand conteur de fleurettes, et poussait jusqu'à la coquetterie le soin de son ajustement. Comme il cherchait à jirendre ses avantages, il donnait voloutier ses audiences du matin dans son lit ; car quand on voyait sur l'oreiller une belle tète , personne n'allait s'imaginer que c'était là tout. Cela donnait lieu quelquefois à des scènes dont je suis sur que tout Annecy se souvient encore.
Un matin, qu'il attendait dans ce lit, ou plutôt sur ce lit, les plaideurs, en belle coiffe de nuit bien fine et bien l)lancbe, ornée de deux grosses bouffettes" de ruban couleur de rose, un paysan arrive, heurte à la porte. La servante était sortie. M. le juge-mage entendant redoubler, crie : « Entrez! » et cela, comme dit un peu trop fort, partit de sa voix aiguë. L'homme entre; il cherche d'où vient cette voix de femme; et, voyant dans ce lit une cornette, une fontange , il veut ressortir en faisant à Madame de grandes excuses. M. Simon se fâche, et n'en crie que plus clair. Le paysan, confirmé dans son idée, et se croyant insulté, lui chante pouille, lui dit qu'apparemment elle n'est qu'une coureuse, et que M. le juge-mage ne donne guère bon exemple chez lui. Le juge-mage furieux , et n'ayant pour tout arme que son pot de chambre, allait le jeter à la tète de ce pauvre homme , quand sa gouvernante arriva.
(Rousseau, Confessions. )
Gilbert, avant d'aller se fixera laris, avait commencé à l'hôtel de ville de Nancy un cours public de littérature. Ce cours attira très-peu d'auditeurs. Un jour cependant l'affluence fut extrême; la salle se remplit de monde longtemps avant l'heure indiquée, et le professeï»prit place dans sa chaise en pensant qu'eufin son mérite était apprécié. Tout-à-coup une personne s'approcha de Gilbert, et lui demanda s'il allait bientôt montrer les figures de cire. Ce vulgaire spectacle, qui occupait une salle voisine, avait seul attiré la foule à l'hôtel de ville. Le poëte, indigné, termina son cours le jour même. (De Puy maigre, Poètes et romanciers de la Lorraine. )
Voltaire avait des mépiises par vivacité fréquentes et plaisaiites. Il prit un accordeur de clavecin de sa nièce pour son cordonnier, et, après quantité de méprises, lorsque cela s'éclaircit : « .\h , mon Dieu, monsieur! un homme à talents. Je vous mettais à mes pieds, c'est moi qui suis aux vôtres. »
(Le prince de Ligne.)
Un médecin de Poitiers appelé pour un malade est interrogé par la femme sur l'état de son mari : « H est très-mal, dit le docteur. — Qu'a-t-il donc' — - Le pourpre. — Le pourpre ! A quoi le voyezvous.' — A ses mains; regardez comme elles sont teintes! — Mais il les a tonjours comme cela ! — Comment , toujours comme cela ! — Oui, monsieur, c'est la teinture... — Comment, la teinture?
est-ce que votre mari est teinturier? — Pour vous servir. — Eh! que ne me le disiez-vous d'aboi d ! »
Pendant que le général Moreau était aux États-Unis, il lui arriva une assez plaisante méprise. Il assistait à un concert où l'on chantait un chœur dont le refrain était : To morrow, to mo/row ( demain, demain!). Connaissant très-imparfaitement la langue anglaise, il crut qu'on exécutait une cantate en son honneur, et se figura entendre : To Moreau (A Moreau). Chaque fois que revenait le refrain, il se levait, et saluait à Ja ronde de son geste le plus gracieux , au
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giaiiil tljaliisi^pment du p.:l>l;e , qui n'y liomait lien comineadie.
Askes-Khan, auil)a.ss;,dour persan venu eu France sous ÎSapoléou l'"', se sentant iiittlade depuis plusieurs jours ordonna tpi'on fit venir M. Bourdois, l'un des plus habiles médecins d: Paiis, dont ii ion naissait le nom, ayant toujours soin de s'informer de toutes nos célébrités dans tous les genre». Ou s'empresse d'exécuter les ordres de l'ambassadeur; mais, par une singulière méprise,. ce n'est pas M. le docteur Bourdois qu'on prie de se rendre auprès d'Asker-Khan , mais le président de la cour des comptes, M. Marbois, qui s'étonne beaucoup de l'honneur que lui fait l'ambassadeur persan, ne voyant pas d'abord quels rapports il pouvait y avoir entre eux. Cependant il se rendit avec empressement auprès d'Asker-Khan, qui put sans peine prendre le costume sévère de M. le président de la cour des comptes pour un costume de médecin.
A peine M. Marbois est-il entré que l'ambassadeur lui présente la main, lui lire la langue en le regardant. M. Marbois est un peu surpris de cet accueil; mais pensant que c'était sans doute la manière orientale de saluer les magistrats, il s'incline profondément, serrant humblement la main qu'on lui présentait. 11 était dans cette position respectueuse, lorsque quatre des serviteurs de l'ambassadeur lui apportent et lui mettent sous le nez, à titre de renseignements, un vase d'or à signes non équivoques. M. Marbois en reconnut l'usage avec une surprise et une indignation inexprimables.
11 regarde avec colère, demande vivement ce (jue signifie tout cela, et s'entendant appeler M. le docteur : » Comment, s'écria-t-il, M. ie docteur! — Mais oui, M. le docteur Bourdois. « M. Marbois est confondu. C'est la parité de désinences de son nom et de celui du docteur qui l'a exposé à celte désagréable visite.
(Constant, Mémoires.)
Un jour, passant à Lyon, une dame m'écrivit, elle me priait de do»ner une place à sa fille dans ma voiture et de la mener à Paris. La proposition me parut .Mugulicre; mais enlin, vérification faits
de la signature, l'inconnue se trouva être une dame fort respectable ; je lépondis poliment. La mère se présenta avec sa fille, divinité de seize ans. La niere n'eut pas plus tôt jeté les yeux sur moi qu'elle devint rouge écarlate; sa confiance l'abaidonna ; « Pardonnez, monsieur, me ditelle en balbutiant; je n'en suis pas moins remplie de considération... Mais vous comprendrez les convenances... Je me suis trompée... Je suis si surprise... » J'insistai en regardant ma future compagne, qui semblait rire du débat ; je me confondais en protestations que je prendrais tous les soins imaginables de de cette belle jeune personne; lamèie s'anéantissait en excuses et en révérences. Les deux dames se retirèrent. J'étais fier de leur avoir fait tant de peur. Pendant quelques heures je me crus rajeuni par l'Aurore. La dame s'était figuré que l'auteur du Génie du christianisme était un vénérable abbé de Chateaubriand , vieux bonhomme grand et sec, prenant incessamment du tabac dans une énorme tabatière de fer-blanc , et lequel pour rait très-bien se charger de conduire une innocente pensionnaire au Sacré-Cœur.
(Ciiateaiibriand , Mémoi<-es d'Outretumbc. )
Eléprise d'amour-propre.
Piron se reposait sur un banc tenant à un des piliers de la poite de la Conférence; une vieille femme survient, qui se jette à ses genoux, les mains jointes. Le poêle surpris et ne sachant pas ce qu'elle veut : « Relevez-vous, lui dit-il, bonne femme , relevez-vous. Vous me traitez en faiseur de poèmes épiques ou de tragédies ; vous vous trompez, je n'ai pas encore cet honneur-là. Je n'ai fait parler jusqu'à présent que des marioniieltes. >i La vieille restait toujours à genoux sans l'écouler. Piron croit s'apercevoir qu'elle remue les lèvres. 11 s'approche, prèle l'oreille, et entend en effet t|u'elle marmotte un ave, adressé à ime image de la Vierge ]>lacée directement au-dessus du banc. « Voilà bien les poètes ! dit Piron en s'en allant, ils croient que toute la terre les contemple ou qu'elle est à leurs pieds, quand ou ne songe seule niûiit pas qu'ils existent. »
(Galerie de r ancienne cour.)
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SIéprisc ironique.
Lorsque Nector Roqueplaii était diicrtciir des f^ai-iétéf, il avait pour secrétaire Boulé, auteur de quelques vaudevilles et qui, naturellement, lâchait de lui faire adopter ses enfants. C'était difficile. Roqueplan ne trouvait jamais le temps d'entendre la lecture du vaudeville que Boulé voulait toujours lui lire. Un jour enfin que cehii-ci lui mettait pour la centième fois le manuscrit sous la gorge, Roqueplan lui dit :
— Eli bien, lisez-moi cela, mais, selon moi, la lecture d'un acte doit durer ce que dure un cigare. J'allume celui-ci, commencez en même temps, et si vous ne dépassez pas la mesure, la pièce est acceptée.
Roqueplan fume et Boulé lit de son mieux, car il bégayait. A mesure que le cigare avançait. Boulé, inquiet, précipitait son débit et conséquemmeiit bégayait de ])lusen plus. Enfin, il prononça le dernier mot au moment où Roqueplan lâchait la dernière bouffée de son cigare.
— Eh bien, demande Boulé triomphant, que dites-vous de cela.^
— Oui, dit Roqueplan, il y a là une idée : ce père, cette mère, cet amoureux, cette ingénue qui bégayent tous, c'est une idée, ça me va.
— Mais du tout, s'écrie Boulé, c'est moi qui bégaye, ce ne sont pas les personnages !
— Oh ! alors, ce n'est ])lus drôle du tout, ça ne me va plus.
(G. Lafargue, Figaro).
Bléprîse politique
Un écrivain distingué, M. Latouche , l'un des rédacteurs du journal V Indépendant, rend compte nn jour d'une exposition de peintures au salon du Louvre ; sa vue s'arrête sur le portrait d'un jeune enfant tenant à la main un bouquet de Heurs bleues : son imagination de poète l'emporte , il en fait une description animée.
Le lendemain , la foule se porte pour contempler ce portrait : on s'interroge , on se demande quels traits il représente, ce que signifient les fleurs bleues. Un spectateur explique qu'en allemand ces fleurs veulent dire : Ne m'oubliez pas! Ce mot suffit pour personnifier ce portrait : « C'est le roi de Rome, « s'écrie-
t-on détour côtés. Le monde s'agite; la police fait évacuer le salon ; le lendemain le journal l'Indépendant est supprimé.
Vérification faite, ce portrait était celui du fils d'un conseiller d'ambassade de la cour de Bavière. Voilà donc un journal anéanti par l'effet d'une allusion cpii n'était pas dans la pensée de l'écrivain , et dont le public était le seul coupai)le.
Disons que quelques jours après , sur les vives instances de M. le comte de Boisgelin, Louis XVIII, frappé de l'injustice de la suppression de la feuille qu'il lisait avec une certaine prédilection, fit donner au propiiétaire une nouvelle autorisation et baptisa lui-même le nouveau journal du titre le Constitutionnel, titre qu'il porte encore aujourd'hui.
(Baudoin, Anecdot. histoiiq. du temps de la Restauration.)
Méprise réparée.
Un malin je vois arriver cliez moi , avec précipitation , un homme troublé, agité à la fois par la crainte, par la douleur, par la colère. Ses cheveux étaient hérissés , ses yeux rouges et remplis de larmes, sa voix tiemljlante , ses habits en désordre. C'était un Fiançais.
Dès que je lui eus demandé la cause Je son trouble et de son chagrin : « Monsieur le comte, me dit-il, j'implore la protection de Votre Excellence (1) contre un acte affreux d'injustice et de violence ; on vient, par ordre d'un seigneur puissant , de m'outrager sans sujet et de me faire donner cent coups de fouet. — Un tel traitement, lui dis-je, serait inexcusable quand même une faute grave l'aurait attiré; s'il n'a pas de motif, comme vous le prétendez, il est inexplicable et tout à fait invraisemblable. Mais qui peut avoir donné un tel ordre? — C'est, me répondit le plaignant. Son Excellence M. le comte de Bruce, gouverneur de la ville. — Vous êtes fou, repris-je; il est impossible qu'un homme aussi estimable, aussi éclairé, aussi généralement estimé que l'est M. le comte de Bruce , se soit permis , à l'égard d'un Français , une telle violence, à moins que vous ne l'avez personnellement attaqué et insulté. — ' Hélas ! monsieur, répliqua le plai-
(i) L'auteur tic ce rc'cit riait ambassadeur df ■rance à Saint-Pétersbourg.
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