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Le comte de Giignan, chevalier de l'ordre en 1G80, s'étJiit ruiné à commander en Provence, dont il était senl lieutenant général. 11 maria donc son fils à la fille d'un fermier général fort riche. Madame de Gri- £;nan , en présentant sa bru au monde, en faisait ses excuses ; et , avec ses minauderies , en radoucissant ses petits yeux , disait qu'il fallait bien, de temps en temps, du fumier sur les meilleures terres. Elle se savait un gré infini de ce bon mot , qu'avec raison chacun trouva impertinent, quand on a fait un mariage, et le dire entre bas et haut devant sa ])elle-fille. Saint-Amant, son père, qui se prêtait à tout pour leurs dettes, l'apprit enfin, et s'en trouva si offensé qu'il ferma le robinet.
(Saint-Simon, Mcinoires. )
Le marécha' de Broglie avait épousé la fille d'un négociant ; il eut deux filles. On lui proposait, en présence de madame de Broglie , de faire entrer l'une dans un chapitre (1). « Je me suis fermé, ditil, en épousant madame, l'entrée de tous les chapitres... — Et de l'hôpital, »
ajouta-t-elle. ( Chamfort.)
Ministres.
On avisait dans une société aux moyens de déplacer un mauvais ministre , déshonoré par vingt turpitudes. Un de ses ennemis connus dit tout à coup : « Ne pourrait-on pas lui faire faire quelque opération raisonnable , quelque chose d'honnête, pour le faire chasser.-' » ( Chamfort. )
Ferdinand , grand-père de Cliailes- Qiiint, avait coutume de dire que les ministres des rois ressemblaient aux lunettes , dont il était fâcheux de se servir, mais auxquelles il fallait avoir recours quand on ne pouvait voir les objets de ses propres yeux.
( Raynal.)
M. de Vergennes, ministre des affaires étrangères, promettait au duc de Mau-
(i) Pour y être clianoinesse , les filles dn- Vaieitf être issues de p.irenls nobles d.ins Ks deux lignes.
chester, ambassadeur du roi d'Anglotoiie à la cour de France, quelque chose <ioiit le duc paraissait douter. Pour le rassurer, il lui dit : « Monsieur le duc, vous pouvez m'en croire; je ne vous parle pas ici en ministre, mais en gentilhomme. »
( Iwprot'is. franc. )
Ministre et cuisinier.
M"" Didiarry rencontra un jour un de ses cuisiniers qui lui parut ressembler au duc de Ghoiseul. « Étes-vous à mou service? lui dit-elle. — Oui, madame. — Allons, vous avez la figure trop sinistre ; dites à mon intendant que je ne veux plus vous voir, et qu'il vous renvoie à l'instant. » Cela fut exécuté. Le même soir la comtesse dit au roi , qui savait celte ^ aventure : « J'ai renvoyé mon Ghoiseul, quand renverrez-vous le vôtre ? »
(Fastes de Louis XV.)
Ministre philosophe.
Un ministre, le 14 février 18-31, disait en sortant de la Ghambre : « Je vais voir les masques. » Il y en avait en effet de fort joyeux dans son quartier, au boulevard de Gand, pendant qu'on dévastait l'archevêché dans la Gilé.
( Le président Dupin , Mémoires. )
Ministre-pocte.
Le cardinal de Richelieu n'aimait que les vers. Un jour qu'il était en fermé avec Desmarets , que Bautru avait introduit chez lui, il lui demanda : « A quoi pensez-vous que je prenne le plus de plaisir.' — A faire le bonheur de la France , lui répondit Desmarets. — Point du tout, répliqua-t-il ; c'est à faire des vers. » Il nefaisaitque des tirades pour des pièces de théâtre; mais quand il travaillait il ue donnait audience à personne. D'ailleurs, il ne voulait pas qu'on le reprît. Une fois L'Étoile, moins complaisant que les autres, lui dit, le plus doucement qu'il put , qu'il y avait quelque chose à refaire à un vers. Ce vers n'avait seulement que trois syllabes déplus qu'il ne lui fallait. "Là, là, monsicurde L'Étoile, lui dit-il, comme s'il eût été question d'un édit, nous le ferons bien passer. »
( Tallemaut des Réaux.)