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rent-ils presque tous en mémo temps ; ils se contentent de s'y promener ei de regarder. — Ces messieurs , repris-je, y trouvent même leur compte, car l'iierlie ne croît pas si aisément dans les allées. » M. Colbert fit le tour du jardin, donna ses ordres, et ne parla plus d'eu fermer l'entrée à qui que ce soit.
(Cliailes Perrault, Mémoires.)
«Jérémiades.
Louis XIV avait, parmi ses gentilshommes, un gascon nommé Foutenac, dont les saillies l'amusaient quelquefois. Ce prince l'envoya un jour complimenter de sa part la duchesse de*'*, inconsolable de la mort de son mari, tué à la guerre. La duchesse chargea le gentiliiomme de remercier Sa Majesté ; elle accompagna son remercîmeut de tant de sanglots, que Fontenac en l'ut ému. Arrivé auprès du roi : .( Eh bien ! lui dit le prince, n'as-tu pas trouvé la veuve dans une grande afCiction ? — Ah îsire, affliction n'est pas le mot : c'étaient des lamentations, des jérémiades.... que dis-je, des jérémiades.' Jérémie n'était qu'un bouffon en comparaison de la dnchesse. »
(nil/l. des Rom.)
«len, joueurs.
Le bouffonVolanerius, quand une goutte méritée eut engourdi ses doigts, payait quelqu'un, à tant par jour, pour ramasser et jeter les dès à sa place.
(Horace, Satires.)
Un joueur, perdant chez la Blondeau, qui tenait académie à la place Royale, tout d'un coup descend en bas, et revient avec une échelle, l'appuie contre la tapisserie, et avec des ciseaux se met à rouper le nez à une reine Kstlier qui y était, en disant : « Mordieu ! il y a detix heures que ce chien de nez me porte malheur. » Un autre donna un écu à son laquais pour aller jurer cinq ou six fois pour lui.
(Tallemant des Réaux.)
Roirou était joueur, et par conséquent exposé à manquer souvent d'argent. Il faisait usage d'im moyen assez singidier
pour s'empêcher de dissi])er trop tôt ce qu'il avait. Lorsque les comédiens lui apportaient une somme pour le remercier de quelqu'une de ses pièces, il jetait cet argent sur un tas de fagots , qu'il tenait enfermé. Quand il avait besoin d'argent , il était obligé de secouer les fagots; la peine que cet exercice lui donnait , lui taisait laisser quelque chose en réserve. {Improvisateur français.)
Un homme de la cour jouant au piquet avec le cardinal Mazarin , le réduisit , pour éviter d'être capot, à ne savoir lequ il il garderait de deux as qu'il avait encore à la main. Ce cardinal attendait que quelque courtisan officieux lui donnât un avis salutaire. Il témoignait qu'il allait lâcher, tantôt l'un, tantôt l'autre des deux as. Il semblait qu'il allait jeter celui dont il devait se défaire. Mais le joueur lui marcha sur le pied, comme pour l'avertir de n'en lien faire. Ce ministie exécnt.i l'avis, et fut capot. Après le jeu il se plaignit en disant : « Qui est celui qui m'a fait faire une soltise? — C'est moi, monseigneur, lui répondit le joueur, je ne crois pas èlre obligé de vous donner de bons avis. »
(ni/'lio/lu'tjue de cour.)
Un officier, au siège d'Ouih narde , jouait avec son colonel. Celui-ci perdait dans une nuit toute sa fortune, qui pouvait se monter à un million ; il ne lui restait plus que le fonds de huit cents livres de rente. Dépité contre sa mauvaise étoile, il veut la braver jusqu'au bout Le capitaine lui proposa de jouer à pair ou non tout ce qu'il venait de lui gagner contre les huit cents livres. Le colonel accepte. L'officier tire de sa poche des pièces de monnaie : « Pair ou non.^ » dit-il. Le perdant hé.site quchpies moments sur l'important monosyllable d'où dé|iend sa ruine complète ou le rétablissement de sa forlune ; enfin il dit : « Non ! — Vous ave/ gagné , reprit le ca|)itaine en remettant dans sa poche, sans les montrer, les pièces de monnaie, qui étaient en nombre pair.
(Panckoucke.)
l'ne femme se confessait du trop grand
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altacliomont qu'elle avait pour le jeu; son confesseur lui représenta qu'elle devait considérer la perte du temps.
« Hélas ! oui , mon père , dit-elle ; on perd tant de temps à mêler les cartes ! »
On proposait à un joueur que la fortune venait de favoriser, de servir de second dans un duel : « Je gagnai hier, répondit-il, huit cents louis, et je me battrais fort mal ; mais allez trouver celui à qui je les ai gagnés, il se battra comme un diable, car il n'a pas le sou. « (Dict. d'anecd.)
21 fiH'r'icr 1777. C'est à un nouveau jeu anglais, nommé le cresp, qu'ont été faites au Palais Royal les grosses pertes dont on a parlé. Les gros joueurs ne ne pouvant traîner avec eux , ou même avoir réalisé dans le moment les sommes énormes qu'ils couient risque de peidre, ont imaginé des boîtes avec des jetons ou fiches à leur nom , portant de l'autre côté 10, 16, 20, 100 louis. Ce sont des espèces de lettres de change, qu'on prend pour bonnes et qui se payent le lendemain sur-le-champ. M, de la Vaupallière ayant prié sa femme de lui en faire arranger une de cette espèce, elle y a joint son portrait et ceux de ses enfants , avec ces mots : « Souvenez-vous de nousl ». Mot peu efficace, car il n'en a pas moins perdu beaucoup.
(Bachaumont, Mémoires secrets.)
Un marchand venait de perdre son argent, et, malgré ses supplications, personne ne voulait lui en prêter, quoiqu'il se vantât d'avoir encore 1,200 livres chez lui. On lui répond qu'il peut les aller chercher. Il hésite longtemps ; à la fin il se décide. H court, et peu de temps après revient tout joyeux avec le sac qui était la dernière ressource de sa famille. « Avant de nous remettre au jeu, il faut , dit-il , que je vous raconte en deux mots comment j'ai fait à mes risques et dépens cette difficile conquête. Ma femme avait pris une précaution avant que de se coucher : elle avait barré de son lit l'endroit où je mets mon argent. Je séchais en |)iés( nce de mon colTie, et j'étais au désespoir. Enfin , je m'y prends
si bien que je tire d'abord le lit, le sac ensuite , et le tout sans réveiller ma femme . Çà, commençons. « Il joue et perd,
(Dussaulx, Réflexions sur la fureur du jeu.)
Un Italien qui était venu à Paris avait imaginé une rubrique fort simple, dont cependant on ne s'aperçut que quand il eut fait bien des dupes. Cet Italien avait une tabr *ière d'or unie sur ses bords ; lorsqu'il se présentait quelques coups décisifs, il prenait une prise de tabac , et posait sa boîte assez négligemment sur la table. Le moindre reflet de la tabatière lui suffisait pour connaître les cartes qu'il distribuait; et il jouait, par ce moyen, à coup sur,
{D'ict. d'anecd.)
L'aiibé de Boisniorand était joueur : il a prêché souvent. Le soir d'un malin qu'il avait fait un sermon très-pathétique, il jierdait son argent au jeu, il regardait le ciel en donnant ses derniers écus , et
disait : « Eh! oui, mou Dieu!.... Oui!
oui !.... je t'enverrai des âmes! »
C'est lui dont on conte aussi l'extravagance suivante.
On dit qu'ayant fait, un soir, une perte très-considérable au jeu, il mit son crucifix sur sa fenêtre, par une forte gelée, et l'y laissa passer la nuit, pour le punir, disait-il, du malheur qu'il lui avait fait éprouver. C'est une impiété bien puérile et bien sotte, si le caractère du joueur n'était pas plus à remarquer en cela que toute autre chose. 11 a passé pour le plus beau et le plus grand jureur de son temps ; cependant je sais un mot de lui , qui fait voir qu'il reconraissait un supérieur dans ce grand art de jurer : c'était un nommé Passavant , mauvais sujet et gros joueur, cela est presque synonyme.
Uu jour que l'abbé de Boismorand avait perdu beaucoup d'argent de suite, et qu'il s'était épuisé en jurements nouveaux , n'en pouvant plus inventer, il regardait le ciel avec fureur, en disant : « Mon Dieu ! mon Dieu 1 je ne te dis rien, mais je te recommande à Passavant. » : (Collé, Journal.)
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M. Diissanlx dit, dans son li\re sur le jeu, avoir connu nne joueuse bien cxtiaoï- ■ linaire : c'était inie femme élitiue, qui ne piiilait jioint ou ifue rarement, qui n stait toujours en la même place, et ne se levdit pas, même lorsqu'on avait servi. A celle vue, il demanda ce que c'était.
■I (,e spectre féminin, me dit un homme (lun extérieur décent et d'une humeui- (iiii\iée, est l'une des plus siigulières \i. limes qui aient jamais existé dans les ta-tes du jeu. Depuis trente ans , elle peid sa rente viagère à mesure qu'elle la tdiielie, et ne sid)sisle qu'avec un peu de pain trempé dans du lait , car elle est fort honnête, et tout le monde convient qu'elle a beaucoup d'esprit. Elle rougit d'être ici , mais elle est sans crédit ; la pauvre fille ne jouera que dans trois mois, c'est-à-dire à la première échéance. »
{Correspondance secrète.)
L'archevêque de Cantorhéry rencontre nn jour, dans une forêt qu'il traversait souvent, un homme assis par terre, placé devant un échiquier, et qui paraissait fort occupé. " Que fais-tu là, mon ami? — Monseigneur, je joue aux échecs. — Comment! tu joncs aux échecs seul?
— ÎSon , monseigneur, je joue avec le hon Dieu! — Il t'en doit coûter fort peu quand tu perds. — Mais , monseigneur, pardoiuiez-moi, nous jouons gros jeu , et je paye exactement. Attendez un moment, vous me porterez ])eut-être bonheur, je suis aujourd'hui d'un guignon affreux.... Aie ! me voilà échec et mat ! » Et l'archevêque de rire de tout son cœur.
Le joueur tire , du plus grand sangfroid, trente guinées de sa poche, et h s
donne au prélat « Monseigneur, quind
je perds , le bon Dieu envoie toujours quelqu'un pour recevoir ce qui lui revient. Les |)anvres sont ses trésorieis ; ne balancez pas à piendre cet argent, et à le leur distribuer : c'est le prix de cette partie. »
L'archevêque eut beau résister, il fut obligé d'emporter les trente guinées. Un mois après, le prélat repasse par la même forêt, et voit encore son joueur dans la même attitude que la première fois. Celui-ci, dès qu'il l'aperçoit, l'engage à s'approcher : « Monseigneur, j'ai cruellement perdu depuis que nous nous sommes vus; mais je tiens une bonne revan-
che Ma foi, voilà le bon Dieu éclicc
et mat. — Eh bien, dit l'archevêque, tpii le payera? — Apparemment que ce sera vous, monseigneur; je jouais trois cents guinées, et le l)on Dieu m'envoie toujours, quand je gagne , quelqu'un qui paye aussi exactement que je fais quand je perds. J'ai même dans ce bois qnel- (pies amis qui vous l'attesteront, si vous refusez de m'en croire sur parole. » Il fallut bien que le prélat payât , et il lo fit sans attendre qu'il y fût provoqué par les amis de la forêt.
{Citron, scandai.)
Un grand seigneur, joueur de profesioti , faisait à Paris un peu trop de dépense. 11 devait de tous cotés, et sou inleudaiit et son maître d'hôtel ne sai valent plus comment y fournir. Ils surent un soir par ses valets qu'il venait de gagner uie grosse somme. Ils coururent ensemble à son appartement. Us !e trouvèrent ouvrant son coffie-forl pour y mettie sou argent en sûreté. « Monseigneur, lui dit l'intendant , voilà qui nous vient bien à propos ; car nous ne savions plus de quel coté nous tourner. — ,Ie vais vous l'apprendre, répondit le seigneui-.
Tournez-vous du côté de la porte. 11 n'y a lien à faire ici pour vous autres. — Ma foi, monseigneur, dit lemaitre-d'hôlel, je ne savais plus comment aller demain au marché. — Ma foi, monsieur le maître , dit le seigneur, c'est un chemin tpie vous savez par creur, et que vous faites avec trop de plaisir, pour l'oublier. Tenez, mes enfants, leur dit-il, finissons. » Il met la main dans sa poche , et il leur donne une pistole. « Voilà pour boire à ma santé. Pour l'argent du jeu, n'en parlons pas. C'est chose sacrée. Si j'en ôtais seulement dix pistoles, j'en perdrais deux mille demain. Voudriez-vous me poiler malheur? »
(De Montfort.)-
La duchesse de la Ferlé déposait à la campagne un air de hauteur qu'elle maintenait à la cour et aux environs : on y vivait avec elle dans la plus grande familiarité. Elle la portait si loin, qu'elle assemblait non-seulement ses domestiques, mais tous les gens cpii fournissaient sa maison, comme bouchers, bou-
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langois, etc., les nioltait aulour (rmie grande tahlc*, et jouait avec eux une espèce de lansquenet. Elle nie disait à l'oreille : n Je les triche; mais c'est qu'ils nie volent. »
(M™* de Staal , 3remo!res.)
ie connaissais à Paris, il y a quelques années, un étranger de distinction , à la fois trcs-riclie et très-mal portant , dont les journées , sauf un très-petit nombre d'iieures de repos, étaient régulièrement partagées entre d'intéressantes reclierclies scientifiques et le jeu. Je regrettais vivement que le savant expérimentateur donnât à la moitié de sa vie une destination si peu en harmonie avec une capacité intellectuelle que tout le monde se plaisait à reconnaître. Malheureusement, quelques intermittences de gain et de perte, momentanément balancées , lui avaient persuadé que les avantages des ban(|ues contre lesquelles il jouait n'étaient ni assez assurés, ni assez considérables pour qu'on ne fut pas en droit d'attendre une honne veine.
Les formules analytiques des probabilités oiïrant un moyeu radical, le seul peut-être , de dissiper cette illusion , je proposai, le nombre des coups et les mises m'étant donnés, de déteiniiner à l'avance, de mon cabinet, à combien se monterait, non pas assurément la perte d'un jour, non pas même la perte d'une semaine, mais la perte de chaque trimestre.
Les calculs se trouvèrent si régulièrement d'accord avec la diminution correspondante des bank-notes dans le portefeuille de l'étranger, que le doute n'était plus permis. Le savant gentleman renonça donc an jeu..., pour toujours?
Non , pendant une quinzaine. Api es ce temps , il déclara que mes calculs l'avaient complètement convaincu; qu'il ne serait plus le tributaire inintelligent des tripots de Paris; qu'il continuerait le même ginre de vie , mais non avec les folios espérances qui le berçaient jadis. » Je n'ignore plus, disait-il, que je perdrai tous les ans 50,000 francs de ma fortune , que je puis consacrer au jeu ; j'y suis parfaitement résigné. Ainsi, personne désormais n'aura le droit de me considérer comme la dupe d'une ridicule illusion. Je continuerai à jouer, parce
que mes .SO,OGO francs de superflu, employés de tonte autre manière, n'exciteraient ))as dans mon corps débile , miné j)ar la douleur, les vives sensations qu'il éprouve en présence des combinaisons variées, tantôt heureuses et tantôt fatales, qui se déroulent tous les soirs sur un tapis vert! «
(Arago.)
Edouard Oiirliac , jouant au piqiiet avec un chevalier d'industrie , l'avertit ipi'il marquait cinquante-cinq lorsqu'il n'avait que quarante-cinq. « Excusezmoi , dit le f^rec , je me trom|iais. — Pardonnez-moi, lui repartit Ourliac , ce n'est pas vous que vous trompiez. »
Jcii et jeu «le mots.
Le chevalier de"*, qui annonçait beaucoup plus d'esprit que de conduite, ayant perdu au jeu une somme assez considérable , proposa de jouer le double. Le soit lui fut contraire, il perdit. Alors feignant d'être au désespoir, il jeta les cartes en disant : « Parbleu 1 voilà un coiq» impayable, » Aussitôt il se leva , s'en fut , et ne paya pas.
(Panckoucke.)
•leiix fie mots.
Galba, dont on sait que la taille était contrefaite, plaidait en présence d'Auguste, et répétait à chaque instant a Si je dis mal , ledrcssez-moi. » Auguste , impatienté : « Je puis bien vous avertir, lui dit-il , mais vous redi'csser, cela n'est pas possible.»
(Suétone.)
Saint Jérôme, dans un mouvement de dépit, jeta, dit-on, les satires de Perso an l'eu , en proférant ce mauvais calembour : •■ Brnlons-les. pour les rendre plus claires. »
(Ànn. l'itt., 1"*C.)
Constance , troisième femme du roi Robert, laquelle était d'un caractère acariâtre, le voyant toujours occupé de composer des hymnes, lui demanda, comme par plaisanterie, de faire aussi
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quelque chose en mémoire d'elle, et il écrivit alors l'Iiymiie : O constantia martyriim/ — d patience des martyrs! que la reine crut en effet composée pour elle.
{^Chronique de S. Berlin.)
Coylier, médecin de Louis XI, avait reçu de ce prince jusqu'à 30,0(10 livres par mois, an rapport de Piiilippe de Comuiines. Mais, dégoûté parla suite de cet Esculape , le roi donna ordre à son prévôt de s'en défaire sourdement. Le médecin, averti par ce prévôt , qui était son ami , songea à éluder le mallieur qui le menaçait , et connaissant la faiblesse que le roi avait pour la vie, il dit au prévôt que ce qui l'affligeait le plus, c'était qu'il avait remarqué, par une science particulière qu'il avait depuis longtemps , que le roi ne lui survivrait que de quatre jours, et que c'était un stcret qu'il voulait Inen lui confier comme à un ami fidèle. Le prévôt donna ou fit sémillant de donner dans le panneau. Il avertit le roi, qui fut si épouvanté, qu'il ordonna qu'on laissât Cojtier en repos, à la condition qu'il ne se présenterait plus devant lui.
Le médecin obéit de bon cnpur, se retira avec des biens considérables, fit bâtir «Mie maison dans la rue Saint-Andrédes-Arcs, et fit mettre au-dessus un abricotier, avec cette devise : Â Vabri Cojtier.
(Velly, Hist. de France.)
Cliarles-Qnint, assiégeant Mézières, fit sommer la garnison de se rendre. Mais Hayard , qui commandait, répondit au parlementaire : « Dites à votre maître que le hayard de France ne craint pas le roussin d'Allemagne (1). »
(Corrozet.)
Les Gantois s'étaient révoltés en 1539.
L'empereur Cliarles-Quint délibérait sur le traitement qu'il devait faire aux rebelles, et il consulta le duc d'Albe, qui répondit que la ville devait être ruinée. L'empereur, pour tonte réponse, lui or-
(i) Hayard joue sur son nom (un 6a/ard clnh un c/mal tai) et sur la couleur rousse de la barbe de Charles-Quint.
donna d? monter au haut d'une tour, pour qu'il pût voir de là la grandeur de Gand, et lorsqu'il en fut descendu, lui demanda combien il croyait qu'il faudrait de peaux d'Espagne pour faire un gant de cette grandeur.
— Le même Cliarics-Quint disait qu'il ferait tenir Paris dans sou Gand.
Le mot Cornélius s'employait pour synonyme de cornard , comme on le voit dans Sganarelle de Molière (se. G). L'évè(iue de Belley, Camus, disait à un mari tiompé qui se plaignait bantenieut « Taisez-vous donc , il vaut mieux être Cornélius Tacilns que Puhlius Cornélius. »
(Quitard, Dictionn. des procrrl/es.)
M. de Sully, surintendant, avant un jour bronché dans la cour du Louvre, en voulant saluer Henri IV , jui était sur un balcon, le roi dit à ceux qui étaient auprès de lui qu'ils ne s'en étonnassent pas , et que si le plus fort de ses Suisses avait autant de pots de fin dans la têle, il serait tombé tout de son long.
(Tallemant des Réaux.)
Dans le temps que le maréchal d'Ancre avait pris tonte autorité près de la reine Marie de Médicis, comme rette princesse disait nn jour : « Apportezmoi mon voile , » le comte du Lude marmotta en riant : « Un navire qui e>t à l'ancre n'a pas autrement besoin de voiles. »
(Id.)
On s'entretenait un jour de la ressemblance qu'on dit que chaque homme a avec quelque animal; et en examinant tous ceux qui composaient l'assemblée, on disait : « Celui-ci ressemble à tel animal, celui-là à tel autre, » et parce que M. U.... était accusé de rapporter aux ministres ce qui se disait dans la compagnie , quelqu'un dit : « Pour M. I)...., il ressemble à im barbet, car il rapporte , « et tout le monde en convint.
(Ménagiana.)
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Cardin Lorin, apothicaire de Rouen, était un homme fort jovial et de fort ijoa espiit , qu'on envoyait en toutes les bonnes compagnies pour divertir le monde par ses contes facétieux. Il y avait un conseiller de la ville à qui cet apothicaire fournissait des drogues, et dont il ne pouvait tirer d'argent , quoique par plusieurs fois il lui eût apporté ses comptes; mais il ne le trouvait jamais en état de vouloir compter. Un jour, comme ce conseiller tiaitait quantité de ses amis, après que l'on eut desservi, il dit à un de ses laquais : « Qu'on aille quérir mou apothicaire. Cardia Lorin, pour réjouir la compagnie. C'est, dit-il, messieurs, le plus facétieux homme de France, et qui a les plus jolis contes pour rire que vous ayez jamais entendus. « L'apothicaire, qui était proche voisin, vient aussitôt , à qui ce conseiller dit : « Or sus , seigneur Cardin, un petit conte. » L'apothicaire, qui se doutait à peu près de ce qu'on lui voulait , avait apporté ses comptes, qui prenant ce mot à son avantage, dit ; « Je le veux bien, monsieur; »
tire ses papiers et ses jetons , et dit : « Tant pour une médecine, tant pour un clystère, etc. » Le conseiller, voyant qu'il lui demandait de l'argent devant tant de monde, eut honte de lui en refuser, et le paya.
(D'Ouville, Contes.)
Balduinus rapporte que Calvin ne faisait d'autre métier aucolléged'Orléans que de calomnier ses camarades : aussi l'avaient-ils nommé accusat'ivtis. Ils disaient de lui : » Jean sait décliner jusqu'à l'accusatif. «
(Audin, Histoire de CaUin.)
Mézeray avouait, avec plus de franchise que de délicatesse et de pudeur, que la goutte dont il était tourmenté lui venait de la fillette et de la feuillette. {Nouv. Dict. Iiist.)
Quand la Champmeslé quitta Racine, qu'elle avait eu non-seulement pour maître, mais pour amant, on dit que cette passion avait été flciacinée dans sou cœur par le tonnerre, c'est-à-dire par le comte
de Clermont-Tonnerre, qu'elle donna pour successeur au poète.
Le duc de Vendôme étant mort , Louis XJV confia le gouvernement de Provence, qu'avait eu ce prince, au maréchal de Villars,qui fut encore fait duc et pair. On conte qu'étant allé prendre possession de son gouvernement, les députés de la province lui présentèrent une bourse remplie de louis d'or : « Voici , monseigneur, une bourse, lui dirent-ils, pareille à celle que nous présentâmes à M. le duc de Vendôme lorsque , comme vous, il vint être notre gouverneur; mais ce piince refusa de la prendre.... — Ah!
répondit le maréchal de Villars en prenant la bourse, M. de Vendôme était un homme inimitable. «
(Baion dePollnitz, Lettres.)
Vers la fin du règne de Louis XIV, comme le grand dauphin se plaignait di s revers publics et de la détresse de l'Étal : « Ne craignez rien, mon fils, lui dit le roi, nous maintiendrons notre comonne. — Sire, maintenons la »(Maintenon l'a), repartit le dauphin.
L'abbé Pellegrin avait fait un opéra intitulé Lotli, dont voici le premier vers : V amour a vaincu Loth. Comme ce |)oëte était très-pauvre et manquait du culottes, quelqu'un lui dit : « Vous devriez bien en emprunter une à l'amour (1). »
(Panckoucke.)
Voltaire disait de l'avocat général,Omer- Joly de Fleury : « Quand on le lit, ce n'est pas Homère; quand on le voit, il n'est pas joli , et quand il parle, il n'est pas fleuri. »
(Beugnot, Mémoires.)
L'abbé de Choisy et l'abbé Fleuri écrivirent chacun une Histoire de l'Eglise, le premier élégamment , le second favamment , ce qui fit dire que l'Histoire ec- j;
(i) Si ce n'est point là une pure facétie, il con- ■> vient au moins de faire oljserver que l'ablie Pel- ^ legrin n'a jamais donDé d'opéra intitulé Loth.
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clésiastiqiie de l'abbé ilc Cboisy étnit fleurie, et que celle de l'alibé Fleuri élail choisie. Au reste, Choisy sut rendre justi:o à son rival; il disait: J'ai écrit l'Histoire ecclésiastique , il ne me reste plus qu'à l'apprendre. »
(Bonncgarde, Dict. hist. et crit.)
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Voltaire a répété jusqu'à la satiété cette plaisanterie sur le père Adam , jésuite qu'il avait retiré cbez lui : « Je vous présente le père Adam, qui n'est pas le premier homme du monde. «
Benserade, un siècle avant Voltaire, avait fait ce jeu de mots sur un prédicateur nommé Adam , qui avait prêché au Louvre, et dont les sermons n'avaient pas eu un grand succès. Voltaire avait trop lu, pour ne pas connaître ce trait.
Benserade lui-même dut peut-être ce bon mot à l'un de ses contemporains.
Voici des vers qui furent adressés de son temps à maître Adam Billaud, meimisier de N'evers :
Ornement du siècle où nous sommes, .le ne dis rien de vous, sinon Que pour les vers et pmir le nom Vous êtes \e premier des Immines.
(T'oltairiana.)
Voltaire, en quittant la Hollande, où il avait été reçu avec distinction, s'écria ; « Adieu canaux, canards, canailles. ■> — H disait que Louis Racine était {c petit fils (ïaugrand père.
Il écrivait à d'Alembert que la tragédie d'Olympie était malgré son titre (J l'impie/) l'ouvrage le plus pie qu'il eût encore fait. (/"'•)
On parle d'un bon mot du roi à l'égard de M. le comte de Lauraguais.
Ce seigneur, de retour d'Angleterre, est allé, suivant l'usage, faire sa cour à Versailles. Le roi d'abord ne faisait pas grande attention à lui : il s'est si avancé que S. M. l'a remarqué et lui a demandé d'où il venait. » De l'Angleterre, sire. — Et qu'avez-vous été f.iire là.' — Apprendre à penser. — Des eli<vaux, )> a repris le roi. Celte allusion reçoit d'autant plus de force dans la circonstance, M. de Lauragiiais se pi-
quant d'être grand connaisseur en chevaux.
(Bachaumont, Mémoires secrets.)
M. de Chaulnes avait fait peindre sa femme en Hébé; il ne savait comment se faire peindre pour faire pendant. Mademoiselle Quinault, à qui il contait son embarras, lui dit : » Faites-vous peindre en lichétc. » (Chamfort.)
L'abbé de Voisenon était nn homme sans caractère; c'est pour cela qu'étant sur le point d'être revêtu d'une mission diplomatique, Duclos, secrétaire de l'Aca- Jtmie française, lui dit avec finesse : « Je vous félicite, mon cher confrère', vous allez donc enfin avoir un caractère. »
Le père Porée , (|ui professait avec tant d'éclat la rhétorique au collège de Louis-le-Grand , rencontra nn jour un magistrat qu'il avait loué dans une de ses harangues. Le célèbie jésuite s'inclina pour le saluer ; celui-ci ne lui rendit point le salut. » Mon frère , dit le père Porée au religieux qui l'accompagnait, voilà un magistiat bien droit. »
(Panckoncke.)
Un entrepreneur de spectacles ayant prié M. de Villars d'ôter l'entrée {;ralis aux pages , lui dit : « Monseigneur, observez que plusieurs pages font un volume. »
(Chamfort.)
Le diuer splendide que le duc de Penthièvrc donna aux membres de l'Académie le lendemain de la réception du chevalier de Florian,son protégé, valut à ce prince le litre de restaurateur de l'académie française. (Corresp. secr.)
Un homme qui avait un frère hypocrite, disait : << En véiité, mon frère devient dévot à rue d'œil. »
Comme le chevalier Taylor racontiiit les honneurs qu'il avait reçus des différentes cours de l'Europe, et les ordres dont il avait été décoré par nn très-grand
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nomlire de soiiveiains , im membre du parlement anglais, qui se tronvait près de lui , ohserva qu'il n'avait pas nommé le roi de Prusse, et il ajouta : « Je présume qu'il ne vous a jamais donné aucun ordre. ■ — Pardonnez-moi, monsieur, reprit le chevalier, il m'a donné l'ordre de quitter ses Étals. »
Fox avait emprunté à différents juifs des sommes considérahles, et il comptait sur la succession d'un de ses oncles pour acquitter ses dettes. Cet oncle se maria, et eut un fds. Lorsque Fox en fut instruit, il dit : « C'est le Messie que cet enfant : il vient au monde pour la ruine des Juifs, y-
(Encyclnpédiana.)
Un père transporté de colère courait après son fils le hàtou à la main. Le fds, le voyant au haut d'un escalier, dit à son père : « Monsieur, ne descende/, pas ; songez que passé le quatrième degré l'on n'est plus parent. »
[Bïbliotlièque de société.)
Le prince de Ligne aimait le marquis de Montailleur, mais il ne pouvait souffrir le comte de Montailleur, son frère cadet.
Aussi feignait-il toujours de ne pas comprendre lorsque son valet de chambre annonçait M. de Montailleur.
« Si c'est le marquis de Montailleur, qu'il entre; mais s'il s'agit du compte de mon tailleur, qu'il revienne. »
Lorsque le prince royal de Prusse (depuis roi sous le nom de Frédéric-Guillaume il) vint à Saint-Pétersbourg, on le mena à l'Académie des sciences ; le prince eut un évanouissement , et on fut obligé de l'emporter. Le soir, l'impératrice questionne le prince de Ligne sur ce qui s'était passé à l'Académie; il 'lui répondit : « Rien que de très-naturel, madame, le prince royal s'est trouvé sans connaissance an milieu de l'Académie. »
(Comte Ouvaroff, Inlrodtict. aux Mémoires du prince de Ligne.)
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Lorsque le duc Albert de Sa\e-Teschen, après avoir perdu la bataille de Jemmapes et fait une maladie grave, revint à Vienne, il demanda au prince de Ligne comment il le trouvait. « Ma foi, monseigneur, répHqua celui-ci, je vous trouve l'air passablement défait. »
(Bi/d. de société.)
Le Mariage de Figaro fut joué malgré Louis XVI. Les censeurs avaient refusé leur autorisation ; mais Beaumarchais finit par obtenir de M. de Vaudreuil que son ouvrage serait représenté à Gennevilliers : il eut un succès immense. C'était un des jours les plus chauds de l'année; il y avait un monde énorme; on n'avait pas réfléchi que les spectateurs étoufferaient. A la iin du second acte, l'auteur arriva; on criait de tous côtés : « be l'air, de l'air, de l'air! » Beaumarchais fit observer aux spectateurs que les fenêtres ne pouvaient pas s'ouvrir : « Il n'y a qu'un moyen d'avoir plus frais , dit-il en agitant sa canne, je vais casser les vitres. — Ce sera, lui cria un malin, la seconde fois de la soirée. »
(Alissan de Chazet, Mémoires.)
Le Barbier de Séville eut treize représentations dans sa nouveauté; Beaumarchais supprima mi acte d'une représentation à l'autre ; malgré ce changement il fut reçu avec assez de froideur. Un railleur du parterre, voyant le crescendo de l'humeur du public, s'écria d'une voix distincte : «. Eh ! messieurs, de l'indulgence pour l'auteur! Il se met en quatre pour vous plaire : que voulez-vous de plus (l).»"» {Beaumarc/iaisiana.}
La duchesse de Biron assistait à une représentation d'fpliigé/iie,» la Comédie- Française. La soiiéefut tumultueuse. 0 i touchait à l'an 1790, et l'on sévissait déjà contre l'aristocratie des loges.
(i) Ce mot avail vU'- npiiliqiié déjà deux annc'fs aniKiravanl au Sabiiiiit <\i- Cliabanon (V. les Cvrimiiés l/ieiilrales de M. V. Fournel, an cliapitic (les Caielés du parterre). On a dit encore du /tar ■ hier de Séville que lieaumarcliais aurait du mettre ses quatre acles en pièces, en Taisant allusion à la fois à l'insuccès de la première représentation et au décousu de l'intrigue, au défaut de suite e. <lc cohérence que ses adversaires signalaient entre les différents actes.
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Unr pomme c^t lancée ilii parlrrvfî à la tète de la duchesse, qui l'oxpédie, le lendemain , à Lafayelte , avec ces mots :
'c Perraettez-moî de vous offrir le premier fruit de la révolution qui soit arrive jusqu'à moi. »
(L. Larcbey, Monde Illustre.)
La fameuse comtesse de La Motte ayant reçu sur le dos un signe de flétrissure fut ramenée eu prison. Le geôlier la fit évader quelques jours après, et lui dit mystérieusement en lui ouvrant la porte : I' Madame, prenez-bien garde de vous faire remaraiier. » (Cricriana.)
M. Le Tonnelier de Bretenil venait d'être nommé ambassadeur de France à Vienne : « Au moins, dit Hivarol, ((u'ilait soin de raccommoder les cercles de l'Empire. »
Au commencement de la révolution, Rivarol, très-suspect de s'être anobli luimême, se trouvait un jour en société avec M. de Créqui et quelques autres grandi seigneurs; il affectait de répéter ; « Nous avons perdu nos droits, perdu notre fortune, etc. ■» M. de Créqui disait à voix
basse : <i Nous, nous. ' » Rivarol reprit :
« Eh bien ! qu'est-ce que vous trouvez donc d'extraordinaire en ce mot? — C'est, répliqua M. de Créqui, c'est ce pluriel que je trouve singulier. »
Avant le .31 mai, T*" demandait à B'" s'il n'y avait aucun moyen de rapprochement entre la Montagne et les Girondins? '< Aucun, répondit celui-ci ; ces gens-là ont des tètes trop difliciles. — Difliciles ! répliqua T'", eh bien! on tranchera la difficulté. «
{Aner'ies révolutionnaires.)
Un malheureux, que la voiture d'un fournisseur venait d'éclabousser des pieds à la tète, s'écriait : « Comment ces gens vont-ils si vite? — IlsToleut, » dit un passant qui les connaissait bien.
{Esprit des ana.)
Bonaparte , premier consul
rîifderer sénateur, et lui dit en riant : « Je vous place parmi nos Pères conscrits. — Oui, vous m'envoyez ad patres, » répondit Ra^derer.
(Mignet, Notices historiques. "^
Napoléon, suivant l'aljbé Lyonnet, avait sommé Fesch de prendre définitivement possession du siège archiépiscopal de Paris. » Sire, répondit le cardinal, j'attendrai l'institution canonique du Saint-Père. — Mais le chapitre vous a donné des pouvoirs. — C'est vrai; mais je n'oserais pas en user en cette circonstance. — Vous condamnez donc les évêques nommés d'Orléans, de Saint-Flour, d'Asti, de Liège? Je saurai bien, d'ailleurs, vous y forcer. — Sire, potlus mori. — Ah ! ah!
potlus morl, plutôt Maury Eh bien!
soit, vous l'aurez, Maury. ;>
(D'Haussonville, l'Eglise et le premier Empire.)
Sous la Restauration, plusieurs personnages étaient accusés de feindre une dévotion peu sincère pour s'attirer les bonnes grâces de la cour. Un jour, assistant à la messe dans la chapelle du château, Dupuytren laissa tomber bruyamment son livre :
« Voilà M. Dupuytren qui perd ses Heures, fit la ducliesse d'Angonlême. — Maisqiii ne perd pas son temps, » répondit le duc d'Havre.
Madame de FI"" est fourbe; M. de Talleyrand souffre habituellement des jambes, dont l'une n'est pas rigoureusement droite. « Eh bien, mon prince, lui disait un jour la dame, comment vont les jambes? — Comme vous vojez, » répondit le boiteux. (Le À'aln Jaune.)
Tout le Paris des arts voulut admirer les travaux de la coupole du Panthéon, peinte par Gros. Ce fut une ovation prolongée. Carie Vernet seulement, pour se venger peut-être, mais sans fiel, de ce que Gros avait dit : « Un de mes chevaux en mangerait six des siens, >• hasarda un jeu de mots plus spirituel qu'il n'était juste. Après quelques minutes d'examen, il s'é-
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lia : <i C'est plus gros que nature. (Ch. Blanc, Hist. des peintres.)
Un avocat d'un grand (aient, mais trèsgrêlé et très-laid, plaidait dans un procès en séparation. Emporté par l'ardeur de la plai loirie, il maltraitait assez rudement l'époux de sa cliente. Il oubliait même les règles de la convenance, et plusieurs fois déjà le président avait été sur le point de le rappeler à l'ordre. Enfin il lauça cette phrase, un peu vive : .< 11 est permis à tout liomme d'être laid, mais encore est-il des bornes qu'il faut respecter. Eh bien, messieurs, ces bornes, M. X. les a outrageusement dépassées...
,1c ne crois pas qu'il y ait au monde un homme plus laid (pie M. X. — Avocat, dit le président, vous vous oubliez! » Toute rassemblée se mit a rire, et l'avocat le premier. «
(P. Larousse, Grand D'ictionii.)
Dans un bal chez la comtesse d'Osmoiid, le duc de Laval et moi, assis l'un à coté de l'autre, nous causions avec vivacilé sur les affaires publiques, lorsqu'une jolie femme arrive bruyamment, fend la foule et vient jusqu'à nous, cherchant une ))lace que nos galants français d'aujourd'hui ne songeaient pas le moins du monde à lui offrir, plus occupés de leurs aises que des siennes. M. de Laval, homme d'une autre nature, allait réparer leur tort en donnant son fauteviil, lorsque je l'arrêtai par le bras en lui disant à l'oreille : « Ah ! monsieur le duc, qu'allezvous faire .^ Il ne faut jamais qu'un Montmorency lève le siège. » El je mis surle-champ le mien à la disposition de la nouvelle venue.
(Charles Brifaut, Récits d'un l'ieur parrain.)
« Qni'l est donc le sujet de ce roman d'0/<;iAoqui faittantdebruit.^ "demandait une provinciale à M. de Jouy, quelque temps après la publication de l'ouvrage de M""' de Duras. — « Eh ! mon Dieu, le sujet est fort simp'e, répondit l'ermite de la Chaussée d'Antin. C'est une noire qui, de regret de n'être pas blanche, veut se faire sœur grise. «
L'acteur Rosamheau passait partout sans s'arrêter nulle part : c'était le Juif errant du théâtre. Jl avait un caractère si facétieux, qu'il était impossible de compter sur lui. Voici ce qui l'avait fait pailir du tliéâlie de Caen, 11 s'y était fait engager pour les premiers rôles. Ordinairement celui qui joue cet emploi possède sa garderobe, c'est-à-dire tous les costumes nécessaires. Il demande, pour son début, le rôle du général dans la Veuve du Malabar, et il est fort bien reçu du public. Le lendemain, le directeur lui dit qu'il jouera Oreste dans j^ndromaque. 11 vient sur le théâtre au moment où la pièce allait commencer, voit Rosambeau qui se promenait sur la scène en habit dégénérai, et l'envoie s'iiabiller: Rosambeau répond qu'il l'est, et (|n'il a le droit de se présente)- sous ce costume. Il entre en scène; on le siflle : « Messieurs, dit-il, si mon costume de général ne convient pas , c'est la faute du directeur. Permettez-moi de vous lire mon engagement. » 11 le tire de sa poche, et lit avec un grand sérieux : « M. Rosambeau joneia en chef et sans partage, dans la tragédie, la comédie et l'opéra, les rois, les grands amoureux, et tous les premieis rôles « en général ». A cette boutade les éclats de rire succédèrent aux sifllets. Rosambeau se vanta d'avoir plu « en général ». [Curiosités théiitr.}
Dans une séance de la chambre, le |ncsident, M. Dupin, après avoir obtenu qu'un député, nommé Abraham, renonçât à la parole, ne put empêcher le discours d'un autre député non moins ennuyeux, nommé Lacroix : « Je n'ai obtenu le sacrilice à'Aliraham, s'écria-t-il, que pour subir le supplice de la croix. »
(A. de Poutmarliu, Semaines littér.)
Aux concerts populaires, Pasdeloup faisait exécuter les œuvres de Berlioz avec un soin tout particulier, et ces compositions, accueillies froidement ailleurs, étaient là l'objet d'ovations enthousiastes.
Pendant quelques mois, une contrefaçon des Concerts populaires s'était établie dans le tliéâlie du Prince-Impérial. On*y jouait aussi quelques pages de Beilioz, ■ mais sans trop de succès.
Berlioz revenait tristement, un diman-
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che, (le l'un de ces concerts; sur le boulevard, il rencontre un ami :
« Eh bien , lui dit celui-ci, vous venez du concert de là-bas?... — Oui, de làbas, du côté de la Roquette... — Et com- 'ment avez-vous été exécuté? — Comme un criminel! w répond Berlioz.
(Figaro.)
JFeûne (Observation du).
M. l'évéque de L... étant à déjeuner, il lui vint en vi>;ite l'abbé de... ; l'évéque le prie de déjeuner, l'abbé refuse. Le prélat insiste : « Monseigneur, dit l'abbé, j'ai déjeuné deux fois; et d'ailleurs, c'est aujourd'hui jeune. » (Chamfort.)
«leune pontife (Un).
Ne pouvant me fif;urer Dieu, je le cherchai dans ses œuvres, et je voulus, à la manièi e des patriarches , lui ériger un aute! (1). Des pioductions de la nature devaient me seivir à représenter le monde, et une flamme allumée pouvait figurer l'àme de l'homme s'élevant vers son créateur. Je choisis donc les objets les plus précieux dans la collection des raretés natmelles que j'avais sous la main. La difliculté était de les disposer de manière à en former un petit édifice. Mon père avait un beau pupitre de musique en laque rouge, orné de fleurs d'or, en forme de pyramide, à quatre faces, avec des rebords, pour exécuter des qitartetti. On s'en servait peu depuis quelque temps. Je m'en emparai. J'y disposai par gradation, les uns au-dessus des autres, mes échantillons d'histoiie naturelle, de manière à leur donner un ordre claii et significatif. C'était au lever du soleil que je voulais offrir mon premier acte d'adoration. Je n'étais pas encore décidé sur la manière dont je produirais la flamme symbolique, qui de\ail en même temps exhaler un parlum odorant. Je réussis enfin à accomplir ces deux conditions de mon sacrifice. J'avais à ma disposition de petits grains d'encens. Us pouvaient, sinon jeler une flamme, au moins luire en brûlant, et répandre une odeur agréable. Le soleil était déjà levé depuis longtemps; mais les maisons voisines en interceptaient en-
(i) GfTllie .T la (l.Tle Je cette aventure était Ui.iienrant : il avait environ sept ans.
core les rayons. Il s'éleva enfin assez pour que je pusse, à l'aide d'un miroir aident, allumer mes grains d'encens, artistement disposés sur une belle tasse de porcelaine. Tout réussit selon mes vœux. Ma piété fut satisfaite. Mon autel devint le principal ornement de 1^ chambre où il était placé. Les autres n'y voyaient qu'une collection de curiosités naturelles, distribuée avec ordre et élégance. Moi seul j'en connaissais la destination. Je voulus renouveler ma pieuse cérémonie. Malheureusement, quand le soleil se montra, je n'avais pas sous la main de tasse de porcelaine. Je plaçai mes grains d'encens au haut du pupitre. Je les allumai. Mais j'étais tellement absorbé dans mon recueillement, que je ne m'aperçus du dégât causé par mon sacrifice que lorsqu'il n'était plus temps d'y porter remède. Les grains d'encens avaient, en brûlant, couvert de taches noires la belle laque rouge et les fleurs d'or qui la décoraient, comme si le malin esprit, chassé par mes prières, ei'it laissé sur le pupitre les traces ineffaçables de ses pieds. Le jeune pontife se trouvait alors dans le pins grand embarras. Il parvint à cacher le dommage au moyen de son édifice de curiosités naturelles; mais il n'eut plus le courage de renouveler son sacrifice, et il crut trouver dans cet accident un avis du danger qu'il y avait à vouloir s'approcher de Dieu.
(Gœthe, Mémoires.)
iVennesse croissante.
On demandait à la fille de Sophie Ariioult, M"'«^ de Murville, quel âge avait sa mère : « Je n'en sais plus rien, réponditelle, chaque année ma mère se croit rajeunie d'un an : si cela continue, je serai bientôt son aînée. »
(Métra, Correspondance secrète.)
dlug^es.
Henri Etienne parle d'un juge de son tenipî (pli n'avait qu'une forinnic en matière de procès criminel. Si le prisonnier était vieux : « Pendez, pendez, disait-il, il en a bien fait d'autres. » S'ilétait jeune : « Pendez, pendez, il en feiait bien d'autres. » (Tlicinisiana.)
Wallenslein avait décrété que totit soldat surpris à voler serait pendu. Un jour il
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rencontra liiî-mêrae dans la campagne un soldat qu'il fit arrêter, sans enquête, comme un transgresseur de la loi, et le condamna au gibet, avec son mot ordinaire, sa sentence foudroyante et sans rél)lique : « Qu'on pende la bête! » Le soldat proteste et démontre son innocence, mais la sentence est irrévocable : " Eh bien, qu'on le pende innocent, dit Wallenstein ; le coupable n'en tremblera que plus sûrement. »
Se voyant perdu sans ressource, le soldat prend la résolution dcsospérée de ne pas mourir sans vengeance, et, au milieu des préparatifs du supplice, il s'élance avec fureur sur son juge ; mais il est accablé par le nombre et saisi avant d'avoir pu exécuter son dessein. Toutefois cet acte de désespoir désarma Wallenstein, qui commanda qu'on le laissât aller.
(Scliillei-, Histoire de ta guerre de Trente ans.)
Un juge disait naïvement à nn de ses amis : « Nous avons, ce matin, condamné trois hommes à mort. Il y en avait deux qui le méritaient bien. «
(Chamfort.)
Le cardinal Mazarin disait du président Lecoigneux : « Il est si bon juge, qu'il enrage de ne pouvoir condamnei- les deux parties. «
Un juge remettait une cause à la huitaine. L'avocat sollicitait pour qu'elle fut entendue de suite : « De quoi s'agit-il donc? dit le magistrat. — Monsieur, de six pièces de vin. — Oh! la cour, en effet, peut aisément vider cela. >>
{En cyclopédian a , ) Jug^e et condamné.
Lasource, après sa condamnatioti, cita à ses juges ce mot d'un ancien. « Je meurs dans un moment où le peuple a perdu sa raison ; vous , vous mourrez le jour où il l'aura recouvrée. »
( Riouffe, Mémoires.)
Jugées intègres.
Dans une affaire où Aristide était juge, nn des plaideurs, pour se le rendre favorable, rapportait tout le mal que sa partie
adverse avait fait à celui-ci : « Mon ami, dit Aristide en l'interrompant, c'est ton affaire que je vais juger et non la mienne. »
{Themisiana.)
Un très-grand seigneur ayant envoyé à Thomas Morus deux grands flacons d'argent d'un prix considérable, pour se le rendre favorable dans un procès important, ce magistrat les fit remplir du meilleur vin de sa cave : « Vous assurerez votre maître, dit-il à celui qui les avait apportés, que tout le vin de ma cave est à son service. i^'^-)
Louis XV avait écrit de sa main au président d'Ormesson, en faveur d'un courtisan engagé dans un procès au parlement. Une prompte audience fut tout ce que valut cette recommandation. La cause plaidée et jugée fut perdue pour le courtisan. Quelque temps après, M. d'Ormesson est conduit à la coin- par le devoir de sa place : « Vous avez donc, lui dit le roi, fait perdre la cause à mon protégé? — Oui, sire; elle n'était soutenable d'aucun côté. — Je m'en étais douté. Si vous n'avez pas répondu à ma sollicitation, vous avez répondu à mon attente. »
{Journal de Paris, 1789.)
Un homme qui plaidait ayant entendu dire que son juge était plus amoureux du piésent que du futur se hasarde de lui offrir quelque somme. Alors le juge • << Allez , mon ami, lui dit-il, parlez à mon clerc; il vous dira quel homme je suis, et si je prends jamais rien. Qu'il ne vous arrive jamais de tenter ainsi la religion d'un juge. » Le bon homme va au clerc , qui lui dit que son maître ne prenait jamais de présents par ses mains, mais par les siennes, et qu'il lui ferait faire bonne justice, ce qui advint.
{Le Bouffon de la cour.)
M. Portail était un conseiller au parlement de Paris, fort homme de bien, mais fort visionnaire. Il avait retranché son grenier et y avait fait son cabinet, et ne parlait aux gens que par la fenêtre de ce grenier. Un jour qu'il avait rapporté une affaire pour la communauté des
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pâtissiers; et qu'il la leur avnit fait £;agner, parce qu'ils avaient bonne cause , les pâtissiers lui voulurent donner nu plat de leur métier : ils firent un pâté où ils mirent toute leur science. Ils heuitent, les voilà dans la cour; et lui, la tète à la Incarne, leur demande ce qu'ils veulent, et que leur affaire est jugée. Ils disent qu'ils viennent l'en reaiercier : « Monte/, » leur dit-il. Les voilà en haut. Ils lui présentent leur pâté ; il regarde ce pâté et puis dit entre ses dents : « M. Porlail a rapporté un procès pour la communauté des pâtissiers, ils l'ont gagné; et ils font présent d'un grand pâté à M. Portail. » Cela dit, il met ce pâté sur sa fenêtre , et le laisse tomber dans la rue.
(Tallemant des Réaux.)
Tous les juges composant le tribunal qui condamna Moreau n'étaient pas des Tliuriot et des Hémart. L'histoire a recueilli comme un contraste honorable au milieu des turpitudes de celte époque, la réponse de M. Clavier, que Hémart pressait de donner sa voix pour la condamnation de Moreau : « Eh ! monsieur, si nous le condamnons, qui nous absoudra, nous.' « (Bourrienne, Mémoires. )
Quelques jours avant le procès du maréchal Sey, j'étais dans le salon du duc de Trévise (dans son hôtel au faubourg St-Honoré). Là était son portrait, en grand uniforme de maréchal d'empire, avec toutes ses décorations, et, en regard, le portrait de son père, vénérable vieillard, en cheveux longs, vêtu d'une redingote grise, en costume de cultivateur. « Vous voyez, me dit-il avec émotion, voilà le portrait de mon père et le mien. Je quitterai tout, je revêtirai le costume et je reprendrai les occupations et les travatix de ce brave homme, plutôt que de condamner le maréchal Ney!... Je sais labourer. »
(Dupin, Mémoires.)
ilng^ement dernier.
Un |irédicateur disait en chaire que le jugement derniei- aurait lieu dans la vallée de Josaphat. L'un de ses auditeurs voulut lui dén)ontrL'r qu'il n'y aurait pas
assrz (le pince pour tout le monde : « Si fait, répondit-il ; ceux qui ne pourroi.l entrer resteront dehors. »
(Duchesse d'Orléans, Correspond .)
Justement de Salomon.
Dans une église, deux femmes de qualité étaient en discussion pour savoir laquelle céderait le pas à l'autre. L'empereur Charles-Quint , l'ayant appris, se fit expliquer les raisons de l'une et de l'autre, et les fit venir :
<c Puisque vous ne pouvez vous mettre d'accord, j'ordonne, dit-il, que la plus folle et la plus laide de vous deux passera la première. »
La chronique dit qu'elles prirent le parti le plus sage : elles entrèrent ensemble.
•fu^^ement litiérnire.
Un jour M. le grand-prieur, qui avait l'honneur de faire de méchants veis, dit à du Périer : « Voilà un sonr et ; si je dis à Malherbe que c'est moi qui l'ai fait, il dira qu'il ne vaut rien : je vous prie, diteslui qu'il est de votre façon. » Du Périer montre ce sonnet à Malherbe, en présence du grand-prieur. « Ce sonnet, lui dit Malherbe, est tout comme si c'était M. le grand-prieur qui l'eut fait. »
(Tallemant des Réaux.)
Un Français voyageant vers le C0« degré rencontra un prolesseur, qui, suant dans ses fourrures, s'évertuait à traduire un chef-d'œuvre, selon lui, de notre langue. L'habitant de Paris demanda le nom de l'auteur pour lequel il voyait faire tant d'efforts. — « Je ne les plains point ; c'est pour le plus grand de vos écrivains. Vous devinez pour qui ! — Montesquieu peut-être.' — Vous n'y êtes pas. — Voltaire?— Oh ! non. — Racine? — Ah ! fi ! vous vous éloignez toujours davantage.
?]h bien, je vois qu'il faut vous le diie; c'est M. Mercier. C'est sans difficulté le premier génie qu'ait votre littérature; il n'a qu'un seul défaut, celui des Français : il sacrifie trop souvent aux grâces. » (De Vaucelles, cité dans le Mercieriaiia.)
«lugremenf sain.
Louis XIV avait si une haute idée du jugement de M^^ de Maintcnon, qu'il lui
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