MOB
— Arioste occupait une maison trèsjietite. Ses amis lui demandant pouii]uoi, après avoir décrit dans son Eoland tant de palais somptueux , il avait bâti une maison aussi mesquine, ilrépondit «qu'il était plus facile d'asseiu!)ler des mots que des pierres ■».
— D'AlIainval mourut à l'hôlel-Dieu.
Il est à remaïquer que ce pauvre d'Allainval, qui n'avait ni feu ni lieu, a donné aux Italiens une fort jolie pièce, intitulée r Embarras des richesses.
— Le jour de la première représentation de l'Amant jaloux, l'auteur (d'Hèle) écrivit à Grétry :
« Il ne m'est pas permis d'aller chez vous ; venez donc chez moi tout de suite et apportez environ dix louis, sans quoi je vais au For-l'Évèque, au lieu d'aller ce soir aux Italiens. «
Je l'ai vu longtemps presque nu, dit Grétry... Étant un jour chez un de ses amis, il se revêtit d'uneculotte dont il avait besoin et sortit. L'ami rentre, et en s'habillant ne trouve pas tout ce qu'il lui fallait. M. d'Hèle seul étaitentré, mais on n'osait le soupçonner; cependant, le soir, au Caveau, l'ami, posant la main sur lacuisse de d'Hèle, lui dit : « Ne sont-ce pas là mes culottes .' — Oui, répondit d'Hèle, je n'en avais pas. »
— L'abbéRaynal, jeune et pauvre, accepta une messe à dire tous les jours pour vingt sous. ^S'étant enrichi en déclamant contre la traite des nègres et en prenant un intérêt sur un vaisseau négrier, il céda sa messe à l'abbé de la Porte, en retenant huit sous dessus. Celui-ci, devenu nioin gueux par le moyen de ses compilations, la sous-Ioua à l'abbé Dinouard , en retenant quatre sous de son côté, si bien que cette pauvre messe, grevée de deux pensions, ne valait que huit sous à celui-ci.
— Wondel, le Shakespeare de la Hollande, après avoir \écu longtemps du mince produit d'une boutique de bas, mourut de besoin à l'âge de quatre-vingtdix ans. Ses obsèques offrirent un spectacle singulier : son corps était porté par quatorze poètes aussi pauvres que lui.
( Colnet, ailleurs motis de faim.)
mille dans un petit village auprès de Paris. Un beaujour d'été nous allâmes plusieurs ensemble lui rendre visite. 11 nous reçut avec joie, nous parla de ses desseins, et nous montra ses ouvrages ; mais ce qui nous toucha, c'est que , ne craignant pas de nous laisser voir sa pauvreté, il voulut nous donner la collation. Nous nous rangeâmes dessous un arbre ; on étendit une nappe sur l'herbe , sa femme apporta du lait et lui des cerises , de l'eau fraîche et du pain bis. Quoique ce régal nous semblât très-bon, nous ne pûmes dire adieu à cet excellent homme sans pleurer de le voir si maltraité de la fortune , surtout dans sa vieillesse et accablé d'infirmités. (Vigueul-Marville. )
Brébeuf avait traduit en vers héroïques la Pitarsale de Lucain. Le goût dont le public s'engoua pour le burlesque fitdésiicr par un libraire une parodie du même Lucain, et Brébeuf, par misère, fut contraint d'accepter celte nouvelle lâche.
Slisog^ j nés.
Un Athénien disait : « 0 Jupiter! pourquoi invectiver contre une femme? ne sulTit-il pas dédire quec'estune femme? » (Athénée.)
M. du Ryer traduisait les auteurs à la liàle, pour tirer proraptementdu libraire Soniniaville une médiocre récompense, qui l'aidait à subsister avec sa pauvre fa-
Quclqu'un disait à Sophocle : « Euripide hait bien les femmes. — Oui , répondit-il , dans ses tragédies ; mais en pailiculier, c'est autre chose. »
(Hiéronyme, Mémoires Itistoriqiies dans Jlliénée. )
Mobilité.
Des chagrins de Voltaire le plu^ \ if un moment fut celui delà mort de la mar- (piise du Châtelet ; mais, à ne rien dissimuler , je reconnus dans cette occasion , comme j'ai fait souvent, la mobilité d(! son âme. Lorsque j'allai lui témoigner la part que je prenais à son affliction : » Venez, me dit-il en me voyant, venez partager ma douleur. J'ai perdu mou illustie amie; je suis au désespoir, je suis inconsolable. » Moi, à qui il avait dit souvent qu'elle était comme une furie attachée à ses pas , et qui savais qu'ils avaient été plus d'une fois dans leurs querelles aux couteaux tirés l'un contre l'autre, je le
MOD
MOD
laissai pleurer, et je parus m'affligcr avec lui. Seulemenl pour lui faire apeicevoir, dans la cause même de cette mort, quelque motif de consolation , je lui demandai de quoi elle était morte, « De quoi! ne le sa\ez-\ous pas? Ah , mon ami ! il me l'a tuce! le brutal. Il lui a fait un enfant. » C'était de Saint-Lambert, de son rival, qu'il me parlait. Et le voilà, me faisant l'éloge de cette femme incomparable, et redoublant de pleurs et de sanglots. Dans ce moment arrive l'intendant Ghauvelin, qui lui fait je ne sais quel conte assez plaisant, et Voltaire de rire aux éclats avec, lui. Je ris aussi en m'en allant, de voir dans ce grand homme la facilité d'un enfant à passer d'une extrême à l'autre dans les passions qui l'agitaient. Une seule était ii\e en lui et comme inhérente à son âme; c'était l'ambition et l'amour de la gloire, et de tout ce qui flatte et nourrit cette passion rien ne lui était indifférent (I). ( Marmontel, Mémoires. )
Mutiératioii.
Le peuple, dans une rumeur, s'était oublié au point de jeter des pierres aux statues de l'empereur Constantin. Un courtisan, dans la vue de se faire un mérite de son zèle, dit à ce prince qu'il n'y avait point de su()plice assez rigoureux poin- punirdes forcenés qui avaient insulté àcoups de pieries la face du prince. Constantin portant la main à son visage, dit : « Je ne nie sens pas blessé. »
{Dict. des Hommes illustres. )
M. Colbert, à qui l'on parla du sonnet injurieux de Ilénault contre lui, demanda si le roi y était offensé.» On lui dit que non: « Je ne le suis donc pas, » répondit le ministre.
(Voltaire, Siècle de Louis XI J.)
Le carrosse de Turenne se trouvait arrèlé dans les rues de Paris : un jeune étourdi qui ne le connaissait pas, et dont
(i)On sait que M""» du Chàteltt .ivait d'abord subblituéle portrait de Voltaire à celui de sont mari dans le chaton d'une bague qu'elle portail toujours , et qu'en ouvrant cette bague après sa mnvt on y trouva le portrait île Saint •Lambert, qui avait pris la place de Yoltaiic.
la voiture était derrière la sienne , dtscend tout bouillant de colère , et vient la canne haute pour faire avancer le coclier du maréchal de Turenne. H jme, il tempête. Le maréchal regardait trancpiillement cette scène, lorsqu'un marchand sort de sa boutique, et se met à crier : » Comment ! on maltraite ainsi les gens de M. de Turenne. ■» A ce nom, le jeune homme se croit perdu, et vient à la portière du carrosse de M. de Turenne lui demander pardon, 11 le croyait fort encolère ; mais le maréchal s'étant mis à sourire : « Effectivement, monsieur, lui ditil, vous entendez fort bien à châtier mes gens. Quand ils feront des sottises, ce qui leur arrive souvent, je vous les enverrai. » ( 3Iémoires anecdot, )
Un jourd'été qu'il faisait fort chaud, le vicomte de Turenne, en petite vesle blanche et en bonnet, se rendit à la fenêtre de son antichambre. Un de ses gens survient, et, trompé par l'habillement, le in'end pour l'aide de cuisine. Il s'approche doucement , et d'une main qui n'était pas légère, lui applique un grand coup sur les fesses. L'homme frappé se retourne à l'instant. Le valet reconnaît en frémissant le visage de son maître ; il se jette à genoux,et s'écrie: «Ah! monseigneur, j'.ii cru que c'était Georges. — Quand c'eiU été Georges, lui réj)ond Turenne, il ne fallait pas frapper si fort. »
Unjoin" qu'il était venu au spectacle, et qu'il s'était placé sur le devant d'une première loge , deux jeunes gens du pi éleiidti bon ton y entrèrent un moment après lui; et s'imaginant que la figure du vicomte ne pouvait que déparer le spectacle, ils lui proposèrent de leur céder le premier banc. Turenne, ne jugeant pas à propos de pousser la complaisance aussi loin, resta tranquillement à sa place. L'un d'eux, pour se venger de ce refus, eut l'insolence de jeter sur le théâtre le chapeau et les gants que Turenne avait posés sur le Ijoid de la loge. Cette impertinence excita dans le parterre des clameurs d'indignation, auxquelles ces jeunes étourdis ne comprirent rien d'abord ; mais un homme dequalitéqni était sur le théâtre, ayant ramassé le chapeau et les gants , les remit à Turenne de l'air le plus res- |)ecliieux. Confus alors de leur sottise, nos étourdis voulurent se sauver; mais le vi-
MOD
MOD
comte les retint, et leur dit avec beaucoup de douceur : « Restez , restez ; eu nous arrangeant, il y aura assez de place pour nous tous. »
Une autre fois, se promenant seul sur les boulevards de Paris, sans aucune marque de distinction , il passa près d'une compagnie d'artisans qui s'amusaient à jouer à la boule. Une contestation s'étant élevée entre eux au sujet d'un cjup douteux, ils prièrent M. de Turenne de le décider. Le vicomte, que ces sortes de méprises divertissaient , n'eut garde de se faire connaître : il prit sa canne , mesura les distances , et prononça en faveur de l'un d'eux. Celui qu'il avait condamné se fâcha , et lui dit même quelques injures. Turenne, sans faire paraître la moindre émotion, et craignant de s'être trompé , se mettait bonnement en devoir de mtsarer une seconde fois, lorsqu'il fut abordé par quelques ofiiciers qui le cherchaient. Le titre de monseigneur qu'ils lui donnèrent ouvrit les yeux aux joueurs; l'artisan qui l'avait injurié se jeta à ses genoux pour lui demander pardon. Turenne se contenta delui dire : « Mou ami, vous avez eu tort de croire que je voulusse vous tromper. « (/c/.)
ISodes.
Uu amiral anglais ayant chargé Lucas de Heere, pour lors à Londres, de représenter dans une galerie diverses nations, avec leurs habillements, cet artiste peignit les Anglais tout nus, et mit auprès d'eux différentes étoffes , avec les ciseaux d'un 'tailleur , afin de marquer, disait-il, qu'il lui était impossible d'habiller une nation qui chnngeait tous les jours de moJci.
{Anecdotes des Beaux-Arts. )
Le duchesse de Shrewsbury (femme de l'ambassadeur d'AngU terre) était une grande créature, grosse, hommasse, sur le retour et plus, qui avait été belle et qui prétendait l'être encore ; toute décolletée, coiffée derrière l'oreille, pleine de rouge et de mouches, et de petites façons. Dès en arrivant elle ne douta de rien , parla haut et beaucoup en mauvais français , et mangea dans la main à tout le monde.
Toutes ses manières étaient d'une folle; mais sou jeu, sa tal)le, sa magnificence, jusqu'à sa familiarité générale, la mirent
à la mode. Elle trouvabientôt lescoiffures des femmes ridicules, et elles l'étaient en effet. C'était uu bâtiment de fils d'archal, de rubans, de cheveux et de toutes sortes d'affiquets de plus de deux pieds de haut qui mettait le visage des femmes au milieu de leur corps , ei les vieilles étaient de même, mais en gazes noires. Pour peu qu'elles remuassent, le bâtiment tremblait, et l'incommodité en était extrême. Le roi, si maître jusque des plus petites choses , ne les pouvait souffrir. Elles duraient depuis plus de dix ans sans qu'il eût pu les changer, quoi qu'il eût dit et fait pour en venir à bout. Ce que ce monarque n'avait pu, le goût et l'exemple d'une vieille folle étrangère l'exécuta avec la rapidité la plus surprenante. De l'extrémité du haut, les dames sejelèrent dans l'extrémité du plat, et ces coiffures plus simples, plus commodes et qui siéent bien mieux , durent jusqu'à aujourd'hui. Les gens raisonnables attendent avec impatience quelque autre folle étrangère qui défassenos dames de ces immenses rondaches de papiers, insupportables en tout à elles-mêmes et aux autres.
(Saint-Simon, Mémuires. )
On parlait de M^^ de Blot, qui donne les modes et les exagère toutes :
(i Les femmes, d'ordinaire, s'habillent comme la veille, dit la princesse, mais Mni« de Blot s'habille toujours comme le lendemain. »
(Barotnie d'Oberkirch, 3Icinoires.)
On a vu depuis quelque temps (1774) des coiffures à Vlpliigénie; c'est tout uniment une couronne de fleurs noires surmontée du croissant de Diane, avec une espèce de voile qui couvre la moitié du derrière de la tête. Cela est simple et passablement joli. On en a aussi à la circonstance. On y voit à gauche un grand cyprès formé de soucis noirs, au pied duquel est uu crêpe de même couleur, et tellement arrangé qu'il représente ses longues et nombreuses racines. A droite une grosse gerbe de blé couchée sur une corne d'abondance, d'oii sortent à foison des figues, du raisin, des melons, et toutes sortes de bons fruits parfaitement imités en plumes blanches. Rien n'annonce plus ingénieusement, sans doute, qu'en pleurant le feu roi (Louis XV} on attend beaucoup du
MOD
MOD
no iveaii. Mais le pro Jige de l'iniaginative est la coiffure à l'inoculation : elle est chargée d'un serpent, d'une massue, d'un soleil levant et d'un olivier couvert de fruits.
L'esprit perce aisément à travers ces voiles, et devine que le serpent représente la médecine; cpie la massue indique l'art dont elle s'est servie pour terrasser le monstre vaiiolique; que le soleil levant est l'emblème du jeime roi, vers lequel se tournent les espérances, et qu'on trouve dans l'olivier le symbole de la paix et de la douceur que répand dans les àmesl'heureu.v succès de l'opération à laquelle nos princes se sont soumis. Il est assez curieux de voir les têtes de toutes nos femmes, et même des plus huppées , couvertes do cette mythologie.
( Correspondance secrète.)
La reine a imaginé (1775) pour ses courses de traîneau une parure de tète , (|ui, se combinant très-bien avec les ijiiesaco (aigrettes qui doivent leur nom aux 3Ie moires de Beaumarchais) porte les coiffures des femmes à une hauteur prodigieuse ; plusieurs de ces coiffures représentent des montagnes élevées, des prairiesémaillées, desruisseaux argentins, des forêts, enfin un jardin à l'anglaise; un panache immense soutient tout l'édifice par derrière. Ces panaches , que la reine renouvelait tous lesjours, ont frappé le roi avant-hier, et pour témoigner d'une manière galante qu'ils lui déplaisaient , Sa Majesté a présenté à son épouse une magnifique aigrette de diamants, en lui disant : « Je vous prie de vous borner à cet ornement , dont même vos charmes n'ont pas besoin ; ce présent doit vous être d'autant plus agréable qu'il n'augmente point mes dépenses, luiistpi'il n'est composé que des diamants que j'avais étant dauphin. » (Id. )
L'avantage qu'avait M"" Mars de donner le ton à toutes les élégantes de Paris, occasionna une singidière anecdote. La brillante Célimène était en représentation à Lyon, où dès le lendemain de sou début elle ne fut pas médiocrement surprise de voir arriver le matin, à son iiôtel, l'un des premiers fabricants de la ville.
<i Mademoiselle, lui dit-il, voici l'objet de ma visite et |)ardonuez-la moi. Vous pouvez faire ma fortune. — Moi , monsieur! j'en serais fort aise ; mais par quel moyen , je vous prie? — C'est d'accepter cette pièce d'étoffe. »
Et à l'instant il la déploya sur une table. C'était un velours épingle couleur jaune. Mlle Mars se crut en présence d'un fou.
■■<■ Mon Dieu ! dit-elle d'une voix quel que peu émue , que voulez-vous que je fasse de cette pièce de velours.' — Une robe, mademoiselle. Lorsqu'onvous l'aura vue, tout le monde en voudra une pareille; c'est ainsi que se fera ma Tortune. — Mais, monsieur, jamais personne n'a porté une robe jaune. — C'est pour cela; il s'agit de la mettre à la mode. Ne me refusez pas, jevous ledemande en grâce !...« M"" Mars promet tout, encliantée de se débarrasser d'ini tel visiteur.
Revenue à Paris, et causant avecsa couturière, elle lui dit : « Il faut que je vous, montre une pièce de velours épingle que j'ai rappoitéede Lyon; vous me direz à quoi elle pourrait servir.' — Ce velours est d'une ])ien belle qualité ; il est superfin. Mais qu'en faire.' — 11 m'a été donné pour une robe. — Une robe jaune ! jamais il n'en est sorti de mon atelier. — Eh bien ! si nous en faisions l'essai .' — Madame peut tout se permettre! »
Peu de jours après, la Gageure imprévue devait suivre Nicomède par Talma.
Mlle Mars, rendue de bonne heure dans si loge , s'habille avec la robe de velours épingle de couleur jaune. La toilette achevée , elle se regarde en tous sens dans la glace et s'écrie :
« Il est impossible que je im présente sur la scène avec cette robe. Caroline , faites venir le régisseur, et que l'on remplace la Gageure imprévue par une pièce où je ne jouerai pas.
Le régisseur accourt, se débat en vain, et se retire consterné; il en explique la cause il tous les acteursrassemblés au foyer. Talma s'offre, d'aller examiner cette toilette (|ui met le théâtre en révolutio4i. Talma possédait au plus haut degré la science du costume. Il savait quelles sont les couleurs qui vont à l'âge , à la figure; quel est leur effet à la lumière de la rampe. En voyant entrer Talma dans sa loge, M""' Mars lui dit . » Vois comme je suis ridicule a\ee ma robe jaune ? N'ai-je pas
MOD