‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 42 sur 180 · MON · texte numérisé non relu

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couverts de table; jamais il no déroba aucune autre cl.ose.

Le même auteur rapporte ceci : u J'ai ( ounu, dit-il, un célèljre anaîouiiste, tort désintéressé d'ailleurs, propriétaire d'une riche collection d'anatomie palhologicpie, (ii.i ne rêvait que la possession d'une tèle cil nt les mâchoires étaient ankylosées , et ([u'il voulait à tout prix soustraire d'une collection étrangère. Il donna à cet effet ses instructions à un élève qui devait se lendve dans la ville où se trouvait la tète tant désirée; mais ses instructions ne furent pas exécutées. Cet élève, c'était moi. "

A Paris , un homme connu à la fois pour ses immenses richesses et sa sordide avarice avait imaginé, pour se procurer du bouillon à peu de frais, de soutirer du pot-au-feu de ses voisins, au moyen d'une seringue qu'il plongeait dans leur marmile, et qu'il cachait ensuite dans une poche profonde.

( Cosmos. )

SSoiisIre.

On sait que le fils de M. de Buffon avait épousé une jeune personne très-jolie, qui ])lus tard s'est rendue célèi)ro par sa liaison avec le duc d'Orléans, celui qui a péii sur l'échafaud. Dès les premiers temps diî ce mariage, madame, de Bu ffon avait l)ris son mari en grande aversion, tandis (|ue celui-ci, au contraire, était foi éjuis de sa femme, et l'on raconte qu'il njour comme on se trouvait à table en famlie chez M. de Buffon, sa belle-fiUe lui dit : « Monsieur, vous qui avez si bien observé notre nature et celle des animaux, comment expliquez-vous que les gens qui nous aiment le plus sont ceux que nous aimons le moins ? — Je n'en suis pas encore au chapitre des monstres, madame, » répondit froidement M. de Buffon.

( Larciior, Dictionnaire d'anecdotes sur les femmes. )

lloiitre.

Un cajioral des gardes du corps de Frédéric, rempli de vanité, mais brave, faute de montre, |)ortait nue chaîne à laquelle était adaptée une baile de mousquet. Le roi, plaisantant, lui dit : « A propos, caporal , il faut que tu sois bien économe pour avoir pu ai helrr une montre; il est six heures à la mienne, dis-moi un peu

quelle heure il est à la tienne. » Le caporal, qui devinait l'intention duroi,tiresa balle de son gousset, et dit : « Sire, ma montre ne marque ni cinq heures ni six heures, mais elle m'avertit à chaque instant qu'il faut que je me batte pour Votre Majesté. — Bien, mon ami, lui dit le roi, prends cette montre, afin que tu puisses voir aussi l'heure où tu mourras pour moi. » Et il luidonna sa montre, enrichie de brillants,

( Fredcricïana. )

llorg^ue déplacée.

Vers les sept heures, car nous mangions et buvions fort lentement , la porte de la prison (l'Hôtel des Haricots) s'mivritpourdonner passage à un nouvel hôte.

C'était Eugène Sue, qui, lui aussi, venait courber la tète sous le niveau égalitaire de la justice des conseils de discipline.

A la vue d'Eugène Sue, de Balzac se lève, jette sa serviette sur la table, et, tout joyeux, s'élance au cou de l'écrivain.

<i Cher Eugène, lui dit-il, c'est mon heureuse étoile qui m'a amené aujourd'hui ici, puisqu'elle nous rassemble. Je vous offre de partager mon dîner avec mon éditeur, que vous connaissez déjà depuis longtemps; nous boirons à notre rencontre imprévue! »

.A. cette invitation , qui était , je dois le dire, pleine d'une charmante et nonéquivoque cordialité, l'auteur futur des Mystères du Peuple dépose sur la table , en face de la nôtre, un riche portefeuille de maroquin rouge, et répond avec urie politesse qui n'excluait pas certaine morgue de mauvais goût, en pareil lieu et en pareille circonstance: « Merci !... Honoré, mou valet de chambre, accompiigué de mes domestiques, va m'apporter mou service. »

Ces mots dits, il s'installa avec dignité à sa table. — De Balzac, pourpre d'indiguation et de douleur, reprit silencieusement sa place... Plus de gaieté, plus de folies, plus de verve, plus d'esprit ! L'accueil d'Eugène Sue avait versé sur tout cela des flots de glace.

( Werdet, Portrait intime de Balzac. )

Mort.

Passerai avait perdu m\ œil dans sa jeunesse, cl, quelques mois avant d'expi-

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r.'i-, il avait clé frappé d'une paralysie cjinplète de la vue et de tous les niemb:e,s. Il moiiiut au milieu des plus grandes douleurs. Aussi Rapiu s'écria-t-il en apprenant la nouvelle : « Nous qui avons vu l'asserat à peine vivant de la moitié de son corps, nous ne pouvons dire qu'il est à présent mort; disons plutôt qu'il a cessé de mourir. »

Une femme de quatre-vingt-dix ans disait à Fontenelle, qui en avait quatrevingt-quinze : " La mort nous a sûrement oubliés. — Chut! » lui répondit Fontenelle, en mettant le doigt sur sa bouche. ( Portef. français. )

Mort ( Mépris de la ).

Quand ses amis eurent bu de la ciguë , Phocion voyant qu'il n'y en avait plus pour lui, et que le bourreau n'en voulait plus pilt.' sans argent, il en emprunta de ceux qui étaient là, «■ puisqu'à .\thènes, dit-il, il faut mourir à ses dépens. •» ' Saint-Evremoniana. )

Au combat contre les Rochellois, le feu se |)rit au vaisseau de M. de Guise, fils du lîalafré. M. de la Rochefoucault lui vint dire : «Ah ! monsieur, tout est perdu. — Tourne , tourne, dit-il au pilote, autant vaut rôti que bouilli. »

fTallemant des Réaiix. )

Quand Desme, suivi des assassins, entra dans la chambre de Coliguy, celui-ci lui dit posément : « Jeune homme, tu viens contre un blessé et un vieillard. .. Du reste, tu n'abrégeras rien. » Faisant entendre que, malade, frappé de la nature, il était mort déjà, hors de la main des hommes, Besme, avec un juron horrible, en reniant Dieu, lui poussa dans le ventre cette bûche pointue, ce gros é|)ieu qu'il avait dans la main. On dit que Coliguy, assommé de la sorte par cette lourde bête, n'ayant pas même un coup d'épée, sentit son cœur de gentilhomme, et tombant, lui lança ce mot : « Si c'était un homme du moins !... C'est un goujat. »

( Michelet, Guerres de reHj^lon. )

llort [Peur de là).

Ces mots vieillesse et mort sont durs.

Louis XI les abhorrait, celui de mort surtout ; et afin de ne le point entendre, il voulut que quand on le verrait à l'extrémité on lui dît seulement: « Parlez peu, » j)our l'avertir de sa situation. Mais ses gens oublièrent l'ordre , et lorsqu'il en vint là, lui dirent crùmeat le mot , qu'il trouva bien amer.

(P.-L. Courier, Liiret.)

De Thou, jetant les yeux sur le cadavre palpitant de Cinq-Mars, son ami, et voyant le bourreau préparé à lui faire subir le même sort, se tourne vers l'assemblée, et dit : « Je suis homme, je crains la mort, et le corps de mon ami étendu à mes pieds me trouble ; je demande, par aumône, de quoi me bander les yeux. Quelqu'un voudrait-il me donner un mouchoir? »

(Jnn. litt. 177G.)

M"'^ de Sablé a l'honneur d'ùtie une des |)lus grandes visionnaires du monde sur le chapitre de la mort. Avant que de loger dans une maison, elle fait en(iuètc s'il n'y est mort personne, et on dit qu'elle ne voulut pas en louer une parce ([u'uu maçon s'était tué en la bâtissant. Elle se fait celer fort souvent sans nécessité , et quelquefois ses éclipses durent si longtemjis que l'abbé de La Victoire, las d'aller tant de fois inutilement à sa porte, s'avisa de dire un jour eu parlant d'elle : « Feu M"'® la marquise de Sablé, » et ajouta qu'il fallait faire tendre sa porte de deuil. Cela fut rapporté à la marquise, car il l'avait dit en plus d'un lieu : ce discours lui donna de l'horreur. Elle eut peur d'être morte, et en fut longtemps brouillée avec lui. En 1CC3, le jour que. la comtesse de Maure mourut, la marquise de Sablé, sa voisine et sa bonne amie, mais non pas au point de l'assister à la mort, car il n'y a personne au monde à qui elle pût rendre ce devoir, envoya Chalais pour en savoir des nouvelles :

« Mais, lui dit-elle, gardez-vous bien de me dire qu'elle est passée. » Chalais y va, comme elle expirait. Au retour: « Eh bien ! Chalais , elle est aussi mal qu'on peut être.' Ne mange-t-elle plus? » (la marquise est fort friande) — Non. — Ne parle-t-elle plus? — Encore moins. — N'entend-elle plus? — Point du tout. — Elle est donc morte? — Madame, répon-

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dit Clialais, au moins c'est voii^ qui l'avez dit, ce n'est pas moi. »

A cause que le sommeil est l'image de la mort , elle ne voulait pas dormir profondément; elle se faisait veiller par un médecin et des fdks tour à tour. Ces gens faisaient de temps en temps quelque petit bruit, et tenaient une bougie allumée en lieu où elle pût la voir eu ouvrant les yeux.

( Tallemant des Réaux. ,

Comme la marquise de Sablé et la comtesse de Maure logeaient ensemble à la place Royale, elles étaient quelquefois trois mois sans se voir, et elles se visitaient ])ar écrit. Le moindre rbume rompait tout commerce. La comtesse avait la migraine et quelque fluxion , il y avait quinze jours, et la marquise croyait être enrbumée ; l'abbé de La Victoire se mit en tète de faire une malice à la marquise : <i II est fâcheux, lui dit-il, que vous ne puissiez sortir de votre chambre , car votre amie aurait grand besoin de vous; son mari et elle se brouillent fort, vous les remettriez bien ensemble ; sans vous, ils courent fortune d'en venir à une séparation, — Jésus ! que dites-vous ? s'écriat-elle; mais comment faire.' Le moyen de passer mon antichambre, ce grand escalier, cette halle de salle.' — 11 y faut penser, » reprit-il. Et après avoir fait semblantdeièverqnelque temps: « N'ai-jepas vu là-haut, ajouta-t-il, un pavillon sur le lit de votre cuisinière? Mettez-vous dessous, on le soutiendra avec un bâton, vous ne prendrez point l'air. « Elle le crut : on apporta le pavillon , la voilà dessous.

Trois de ses gens portaient le bas du pavillon. La comtesse est bien surprise de voir entrer cette machine dans sa chambre. « M'amour, lui dit la marquise, vous voyez quelle marque d'amitié je vous donne. —Hé! qui vous amène.' — Il faut bien secourir ses amis au besoin! » Elles lurent une heureavant de s'éclaircir. Voilà la marquise enragée contre l'abbé; elle ne le voulait plus voir; enfin, il lui fit dire que si elle ne lui pardonnait il ferait venirtous les enfantsrougeset blancs chanter un de profundis, dans sa cour.

Elle eut peur d'en mourir, et aima mieux l'aire la paix.

Le prince lie Kaunilz, n'étant plus jeune, ne voulait |)as absolument être vieux ; l'idée de sa fin lui était si insupportable qu'il avait fait défense expresse qu'on |)rononçât en sa présence le mot mort. 11 ne souffrait même pas qu'on pariât devant lui de petite ué rôle, ytarcc qu'il avait vu l'impératrice atteinte de cette maladie, et qu'il lui en était resté une impression désagréable. Avait-on à lui annoncer une nouvelle funèbre, il fallait recourir à une circonlocution.

Lorsque le baron Binder, son ami et son confident, mourut, Xaverius Raidt , le lecteur du prince, l'informa de l'événement en ces termes : « On ne trouve plus nulle part le baron Binder ! »

(Louis Blanc. )

Slort {yoisi/iage de la).

Le poète Patrix était revenu d'une grande maladie à quatre-vingts ans. Ses amis s'en réjouissaient avec lui et le conjuraient de se lever : «Hélas ! répondit-il, est-ce la peine de se rhabiller .' »

( M™* de Sévigné, Lettres. )

Madame de Ville-Savin étant morte à quatre-vingt-treize ans, madame Corniiel, (pii n'avait que six ans moins qu'elle, dit : K Hélas! il n'y avait plus qu'elle entre la mort et moi (1). «

[Ménagiana. )

Napoléon ayant dit un jour, sans trop y réfléchir, à M. de Belloy, archevêque de Paris, déjà âgé déplus de quatre-vingtseize ans, qu'il vivrait un siècle , le bon archevêque s'écria en souriant : « Pourquoi Votre Majesté veut-elle que je n'aie plus que quatre ans à vivre.' »

(Constant, Mémoires.)

Mort d'un rival.

Un des amis de Piron vint lui annoncer la fausse nouvelle de la mort de Voltaire. 11 fut témoin du saisissement qu'elle lui causa. Il vit Piron se lever précipitamment de son fauteuil , s'agiter, s'écrier à

(i)Ce qui rappelle le mot .ittiibué à un au )ersonn,igi,' eu pareille occurrence , « Hélas ! i ■oil.T déromert '

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phisirurs reprises : « Ah 1 le |)au\rc lioinuie ! quelle perte! c'était le plus bel esprit de la France. « Puis il ajouta avec sa gaieté ordinaire : « Au moins, monsieur, vous me répondez de votre nouvelle? ..

( Mémoires-anecdot'iqtics.

llort d'un roi.

Personne n'ignore avec quelle grandeur d'âme Louis XIV vit approcher la mort.

Il donna tranquillement ses ordres sur beaucoup de choses, et même sur sa pompe funèbre. Il dit à madame de Maintenon dans ces derniers moments : « J'avais cru qu'il était plus difficile de mourir, » et à ses domestiques : « Pourquoi pleurezvous.' M'avez-vous cru immortel ? »

{Id.)

Mort héroïque.

Un Grec mourut debout, tout percé de flèches, à la bataille de Maratlion , et il se tint droit après sa mort, soutenu des flèches qui le perçaient de toutes parts. ( L'abbé Bordelon, Ditrrsités curieuses.)

Slort prématurée.

M. d'Elbœuf mourut âgé de soixante et nu ans, et il disait : « Faut-il que je meure si jeune ! »

(Tallemant des Réaux.)

Un officier eut la tète cassée d'un coup de mousquet. On en parlait devant une femme, et comme ou voulait exciter sa compassion, on hji dit qu'il n'avait que vingt ans : « Ah ! monsieur, s'écria-t-elle, le bel âge pour être tué ! »

i^Aiiciju'uilana, )

llort subite.

Le régent, Philippe d'Orléans, venait de donner audience. En entrant dans son cabinet, il aperçut madame la duchesse dePhalaris, sa maîtresse; il lui dit : « Entrez, je suis bien aise de vous voir, vous m'égayerez avec vos contes; j'ai grand mal à la télé. » A peine furent-ils seuls, qu'il se trouva mal, et resta sans mouvement et sans connaissance. Cette dame, effrayée, appela du secours : on ne put lui

en administrer aucun efficacement; il ex. pira entre ses bras : ce qui fit dire à un gazetier étranger, que « le duc d'Orléans était mort assisté de son confesseur ordinaire ».

( Galerie de rancicnnc cour. )

Morts vivaiits.

Claudine, la veuve de Guillaume Colletet, buvait comme un templier , et enfin elle creva pour avoir trop bu; et comme elle ne fut malade que quelques heures , cela causa un plaisant effet , car, pour escroquer Furetière, trois ou quatre jours devant sa mort, elle alla lui demander de ([uoi faire enterrer sa mère, qui se portait jjien, et quand la mère vint lui demander de quoi faire enterrer sa fille : >< Vous vous moquez, lui dit-il, c'est vous qui êtes morte, et non pas elle. »

( Tallemant des liéniix. )

Dans le faubourg Saint-Germain, rue Saint-Dominique , vivait avec sa gouvernante un homme d'un certain âge. Il avait la passion de l'avarice , et son unique plaisir était d'accumuler louis sur louis. Un jour qu'il était allé à la campagne pour quelque temps, ayant laissé sa ménagère chez lui, se présentent des quidams en robe, rabat, etc. Ils frappent : la gouvernante ouvre; ils lui déclarent que son maître est mort, et qu'ils viennent mettre les .scellés. La pauvre femme, tonte interdite, se livre à sa douleur. Cependant, après avoir annoté les gros meubles , ils demandent les clefs des armoires. Ayant trouvé dans le secrétaire un magot en or de 18,000 livres; ils requièrent la bonne dame de se charger de cette somme, suivant l'usage; elle témoigna une répugnance ((ue leur intention était de faire naître :

on lui dit qu'on va lui donner une décharge et dresser procès-verbal comme quoi M. le commissaire restera chargé de cet objet, ainsi que des bijoux, argenterie, etc., qu'il n'est pas prudent de laisser sous les scellés...

Leur coup fait, ils expédient promptement le reste de cette comédie, et prennent congé de la gouvernante, en la déclarant gardienne , en lui donnant quelque argent comptant, et eu l'exhortant à se consoler.

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A quelques jours de l;i, 1<> m.iitic rc- \ient et frappe à sa porte, La gouvernante ouvre et reterme brusquement, eu faisant un signe de croix ; elle croit voir un revenant. Le vieillard ne sait ce que cela veut dire : il frappe de nouveau , et les voisins accourent au bruit. Ils ne sont pas moins effrayés que la gouvernante; cependant les plus hardis entrent en pourparler : le prétendu revenant ne conçoit rien à l'histoire qu'ils lui font. La porte s'ouvre enfin une seconde fois : il demande à sa ménagère l'explication de ce mystère. Elle raconte tout ce qui s'est passé, et lui fait voir les scellés. Le premier soin du bon homme est de courir à son secrétaire. Elle lui déclare c|u'il n'y trouvera plus d'argent, que la justice prétendue s'est emparée de tout. Le vieil avare juge à l'instant qu'il est volé, et se livre à tout le désespoir qu'on peut imaginer.

( 3Iérno ires-aiiecdotcs.)

M. de Saint-André , mort lieutenant généial, employé à Strasi)ourg, s'étant embarqué dans une voilure publique pour revenir à Paris , y lia connaissance et nmitié avec un jeune homme, qui faisait même route que lui. Ce M. de Saint- André était un grand homme d'une belle figure, qui avait l'air fort-austère, ne liait jamais , extérieur qui ajoutait infiniment de piquantaux idées gaies, aux extravagances dont il était sans cesse occupé.

Compagnon devoyage d'un jeune homme à peu près de son âge, ils causèrent muluellcment de leurs familles et de ce qui pouvait les intéresser. M. de Saint-André apprit de son nouvel ami qu'il était actuellement en chemin pour épouser en arrivant à Paris une riche héritière, fille unique d'un ami intime de son père. Il lut parfaitement mis au fait et de la famille de son nouvel ami et de celle de sa ])rétendue. Ce jeune liomme n'étant occupé (pie de son objet, en parlait incessamment, et n'omettait aucun détail.

Ce genre de conversation conduisit les deux amis jusqu'à Paris. Etant arrivés, ils furent cherclier un logement commun, A ]ieine s'y élai)lissaienl-ils qu'il prit à l'ami de M. de Saint-André une colique (\c. miserere, qui, toujours augmentant, malgré tous les secours qu'on s'empressait

à !ui donner, le mit au tombeau en moins de deux heures de temps.

M. de Saint-André, attendri du sort de ce malheureux jeune bonnne, n'ayant pu le sauver, crut qu'il fallait s'acquitter des devoirs qu'exigeait de lui la circonstance. En conséquence , sachant que !e défunt était attendu le malin même chez son futur beau-père, il se munit de tous les papiers qu'il trouva dans ses pocliis, de son portefeuille, et s'achemina pour se lendre chez le beau-père, afin de lui remettre ses papiers et de l'instruire de ce qui était arrivé.

Les domestiques, avertis de l'altenle d'un gendre et voyant un jeune homme inconnu se présenter, ne doutèrent point ([ue ce ne fût celui qu'on attendait, et comurent l'annoncer comme tel au maître de la maison, qui, de son coté, accourut au-devant de M. de Saint-André, le serra dans ses bras, et sans lui donner le temps de lui parler, l'entraîna dans sa chambre, cl le présenta comme gendre, à sa femme, et à sa fille comme mari.

M. de Saint- André ne résista point à l'idée d'être tout cela et d'en tirer parti pour son amusement, il joua parfaitement son personnage. Il remit au beau-père et à la belle-mère les lettres dont le défunt était chargé pour eux , et étant instruit à fond, il répondit parfaitement à toutes les questions qu'on lui fil, 11 réussit principalement auprès de la jeune demoiselle, qui, du coin de l'œil, détaillait avec complaisance la belle figure que la nature lui avait donnée. On vint avertir que le dîner était servi. M. de Saint- André fut placé auprès de sa prétendue.

Le dîner fini , et le café pris , la conversation devint plus sérieuse. On parla d'arrangement, et l'on entra dans tous les détails qui legardent un nouveau ménage qui s'établit. Au plus fort de la conversation, M. de Saint-André se leva, et prenant son chapeau fil mine de s'en aller. << Oii allez-vous donc ? lui dit le beau-iiere, — J'ai, répondit-il, une affairequi m'oblige de vous quitter. — Comment.^ quelle affaire pouvez-vous avoir dans une ville où vous venez pour la première fois, et où vous ne connaissez personne? — Tout cela est vrai ; mais il n'en est pas moins vrai qu'il faut absolument que je m'en aille. — Ah ! je vois ce que c'est : vous voulez aller chercher de l'argent chez un banquier. Premièrement, vous croyez jjien

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