MÛR
Avant que le duc de Hoquelaure ne fut fait duc, un jour qu'il pleuvait très-fort, il dit à son cocher de le conduire au Louvre, où personne ne pouv;iit entier en voiture, si ce n'est les ambassa leuis, les princes et les ducs. Lorsqu'il vint à la porte, on demanda : « Qu'rsl-re? » 11 ré|)ondit : « C'e^t un duc. — Qnel duc? « demanda la sentinelle. — « Celui d'E- [jcrnon, » répondit-il. — « Lequel.' » — « Le dernier mort », dit-il. Alors on le laissa passer.
(Madame, duchesse d'Orléans, Corrcspjudance.)
[t) Celle anecdote fait songer à une foule d'autres plus sérieuses. Les histoires de gens bien portants qui se sont crus morts ou se sont fait passer pour tels ne sont pas rares el ont inspiré plusieurs comédies à notre vieux théâtre. On sait que le fils du grand Condé, entre autres bizarreries, avait fini par se croire défunt, d'ovi il concluait qu'il ne devait plus manger. On ne parvint à le décider à prendre de la nourriture qu'en faisant ipparaitre devant lui des gens couverts de linceuls, qui se mirent à table et dévorèrent chu h Cl'. U A.SLCUUltS. — i. 11-
Cn provincial, à la messe du roi, ])iessait de questions son voisin : « Quelle est cette lintme? — C'est la reine. — Celleci ? — .Madame. — Celle-là, là ? — La comtesse d'Artois. — Cette autre .>* «L'haiiitant de Versailles, impatienté, lui répondit : « C'est la feue reine. »
(Chamfor..)
Un amateur de spectacles allait, dit-on, au Théâtre-Français tous les soirs sans rien payer. C'était le temps où l'on jouait (piclquefois à ce théâtre des pièces de Waflard, mort depuis quelque temps.
L'homme, devant le contrôle, disait négligemment : « Feu Waflard, » et du pas le plus assuré il allait prendre place à une stalle d'orchestre. Ou prétend que ce manège a duré plusieurs années.
Vers 1835, desrapins, restés inconnus, avaient couvert les murs de Paris, de la France et même de l'étranger de cette légende cabalistique : Crédeville voleur. Cinq amis, non des peintres, mais bien des hommes de sciences, de lettres, d'État, du barreau et du monde, renouvelèrent la charge, et prirent un autre nom pour plastron. Leur victime fut M. Duponchel, le directeur de l'Opéra. Partout où surgissait un mur,
cun comme quatre. Les journaux ont raconte que M. le procureur général Dupin s'était mis la même fantaisie en tète pendant sa dernién; maladie, el qu'après avoir demandé el bu d'\ii trait un ^rand verre d'eau, il s'écria ; » VoiU un morl bien allérc ! »
ilO
MOR
MOT
ou vit apiiaiaîtse , comme au festin de Dalthasar, cette iusciiptioa tiimiilaire : feu Duponchel! Il y avait des feu DuponcheL écrits avec des lettres énormes , jaunes, ))lanches, rouges, jusqu'au sommet des édilices les plus élevés. Crcdevillc iwlcur avait baissé pavillon devant feu Duponchel.
La mystification fut poussée très-loin.
Un beau jour, voilà le tableau que présente la cour de l'Opéra, rue Gran^e- Uatelière. Des employés des pompes funèbres tendent la grande porte et dressent un catafalque. La besogne terminée , ils entrent dans la cour et se trouvent face à face avec un monsieur, moitié homme, moitié lorgnon , qui sortait précipitamment.
« Monsieur, lui dit l'un d'eux, voudriez-vous nous dire où nous pourrons trouver le corps.' — Quel corps? — Le corps de M. Duponchel, parbleu ! — Le corjjs de M. Duponchel! s'écrie le monsieur, stupéfait. — Oui, du défunt. — Je suis défunt.-' — Vous, non; mais M. Duponchel. — Mais Duponchel, c'est moi. — Vous.' — Moi! — M. Duponchel, directeur de l'Opéra ! — Lui-même. — Alors, si vous êtes M. Duponchel, mon devoir est de vous enterrer. — M'enterrer ! un instant, mon cher... »
L'affaire s'échauffait ; les croque-morts prenaient la mouche. M. Duponchel riait comme un fou de ce qu il croyait un quiproquo, quand il se vit aborder par plusieurs invités qui arrivaient tout de noir habillés et porteurs de figures de circonstance. A son aspect, c'est un cri unanime, cri d'étonnement et de stupeur.
« Quoi ! c'est vous, mon cher Duponchel, vous n'êtes donc pas mort? s'écrie Vatel, le futur directeur du Théâtre- Italien. — Tu ijuoque, à Valel ! — Si vous n'êtes pas mort, que signifie cette lettre de faire part que j'ai reçue hier? »
Les assistants, en chœur :
« Voici nos lettres! voici nos lettres ! »
Pendant cette explication, la cour s'était peu à peu remplie de gens (jui venaient pieusement rendre les derniers devoirs au directeur de l'Opéra. On finit pourtant par comprendre qu'il devait y avoir là-dessous une plaisanterie un peu cdrsée, et que le mieux était d'en rire. M. Duponchel n'avait pas attendu jusquelà pour s'en amuser. Il oassa en revue
tout le peisonuel de ses obsèques, qui ne s'attendait guère à le trouver si souriant et si gai; il donna cent, deux cents, cinq cents poignées de main ; et cette journée, qui semblait devoir se passer au Peie-Lachaise, se termina par un excellent dîner, où M. Duponchel prouva qu'il n'avait nulle envie de se faire enterrer, pas même sous la table. Il n'y eut qu'un mécontent, un seul, M. Maillot, le bonnetier de l'Opéra, mortel célèbre qui a donné son nom aux iiiexpressibles que portent les danseuses. M. Maillot se retira de fort mauvaise humeur, se plaignant d'avoir été dérangé pour rien. A partir de ce jour-là M. Duponchel perdit l'estime de M. Maillot ; il eut tort, sans doute, de ne pas donner satisfaction à cet homme vénérable , ce qui fut cause que le rancunier Maillot jura qu'il ne mettrait de sa vie les pieds qu'à un seul enterrement, le sien, et le brave homme a tenu parole plus tôt qu'il ne le supposait.
« J'ai perdu ma journée, disait-il avec aigi eur à M. Duponchel, en parodiant , sans le savoir, le mot de Titus. — Mais j'ai gagné la mienne, » répondait M. Duponchel.
Restaient les croqup-morts , qui partageaient la mauvaise humeur de M. Maillot ; ils avaient bien plus réellement encore perdu leur journée. Jaloux de conserver l'incognito, les auteurs de la mystification avaient eu la précaution de solder le compte d'avance, mais ils n'avaient pas pensé à la buona mono des croque-morts, comme disent les Italiens.
Un croque-mort qui se croit fiustré irait jusqu'aux enfers réclamer son pourboire Ceux-ci n'avaient qu'ur étage à monter, et ils se trouvaient en présence de M. Duponchel.
« Ah oà ! dit-il , à la vue de ces enterreurs quand même , finirez-vous par me lâcher? — Hélas', monsieur, il le faut bien , répondit l'orateur de la troupe ; mais nous voudrions faire observer à monsieur que nous avons été refaits. — Et que voulez-vous que j'y fasse? — Ayez ég.ird , monsieur, à notre fâcheuse position de pères de famille ! — Un mort de plus ou de moins, ce n'est point une affaire. — Ce n'est pas pour le mort, monsieur, mais le pourboire? — Le pourboire !... que le diable vous emporte! — Oh! monsieur, sovez humain, ce sont
MOT
nos petits bénéfices ; nous ne vivons (|iie de... — La mort des autres... Je ne suis pas mort, je ne dois rien, — Vous nous reviendrez tôt ou tard, monsieur, j>ersonne ne nous échappe. Soyez Ijon pour nous de votre vivant, nous vous le rendrons plus tard. — H faut donc payer d'avance.» Allons, soit, j'y consens pour la rareté du fait... Voyons, quel est le tarif? Vous comprenez que je n'ai guère l'habitude... On ne va pas tous les jours à son enterrement. — Cela varie, monsieur ; cela dépend de la générosité des vivants et de la qualité du mort. — Combien êtes- vous.» — Quatre, mais je compte pour deux, je suis brigadier. — Eh bien, monsieur le double croque-mort, voici 30 francs, allez vous griser à ma santé ; et surtout ne revenez pas... de si tôt. »
(Ch. de Boigne, Petits Mémoires de VOpéra.
Mots délicats.
Lorsque Marie-Antoinette, alors archiduchesse d'Autriche, arriva à Strasbourg, on se crut obligé de la haranguer en allemand; elle interrompit l'orateur avec une présence d'esprit et un charme incroyables :
« Ne parlez point allemand, messieurs; à dater de ce jour, je n'entends plus d'autre langue que le français. »
(Baronne d'Oberkirch, Mémoires.)
Le duc d'Angoulème, qui n'avait que neuf ans à celte époque, était occupé à lire dans son appartement , lorsqu'on lui annonça le bailli de Suffren ( qui venait d'arriver à Paris après sa campagne de l'Inde) : « Monsieur, lui dit-il , je lisais la Vie des hommes illustres; je quitte mon livre avec plaisir pour en voir un. »
( We jjer, Mémoires. )
IMOT
Quand Roger, auteur de la charmante comédie de PJvocat, fut nommé de l'Académie française et présenté à Louis XVI H, ce priuce lui dit avec autant d'esprit que de délicatesse : « Votre cause, monsieur, a été plaidée par un bon avocat. »
(Choix d'anecdotes.)
Lorsque îe mUkun cardinal de la riochefoucaiilcl, récemment nommé grand aumônier de France et par conséquent chargé de la feuille des bénéfices, vint pour la première fois travailler avec le roi. « Asseyez-vous, monsieur le cardinal , dit le souverain ; mettez en tête de cette liste que je vous donne l'abbaye de... >. (elle valait cinquante mille écus de rente), et Sa Majesté ajouta en souriant : « Je veux vous riniirn.dre à faire de bons choix. » (Ch. Brifaut, Passe-temps d'un reclus.)
Mots estropiés(Z3«).
Il y a certaines personnes qui voulant user des mots qu'ils n'entendent point, les estropient de façon que de bien habiles gens auraient bien de la peine à trouver d'eux -mêmes des choses aussi ridicules que ceux-ci rencontrent par naïveté ; l'oH citera ici {quelques exemples que j'ai remarqués, qui m'ont à moi-même été naïvement dits par personnes qui croyaient extrêmement bien parler.
Un certain capitaine gascon , nous faisant voir un logis qu'il avait fait bâtir en une certaine ville de ce royaume, sur un héritage qu'il avait acquis, comme nous remarquions quelques défauts en la constiuction de son habitation , pour s'excuser de ce qu'il n'était pas si régulier que nous le désirions, nous dit: «Ah! messiriirs, je n'y ai pas observé toutes les règles que vous observez, vous autres, en vos fornications ( pour dire en vos fortifications); aussi ne me suis-je servi d'aucun ingénieur, j'ai été le seul arclàd'iacre de ma maison. « 11 voulait dire arckitccte.
— Une bonne femme me dit que le prédicateur de son village avait fait la plus belle prédication du monde, et que chacun en était revenu extrêmement satisfait. Je lui voulus faire redire quelque chose de cette belle prédication ; mais il lui fut iûipossible de se souvenir de rien. Je lui demandai si elle ne se souviendrait point sur quel sujet il avait prêché : « Sur les cimbales des Apôtres, w pour dire sur le symbole des Apôtres.
— Un homme ayant envoyé son valet chez un de ses amis pour le prier de lui prêter son cheval pour aller à deux ou trois lieues de là, ce valet revint sans le cheval, disant à son maître : « Monsieur, vous n'aurez point de cheval, car il m a
MOT
MOT
dit qu'il en a al'faire ; ]e n'eusse jamais cru que cet liomme-là vous eût refusé. — Oue veux-lu, mon ami, lui dit son maiire; s'il \a aux champs lui-même, comment \eux-tu qu'il me pi ète son cheval ? — Ah ! monsieur, lui dit ce valet : je gagerais ((u'il ue part point de chez lui, et ([ue ce n'est qu'une préface qu'il prend pour
s en excuser, » pour
dire prctexte.
■ Une femme disait que sa servante avait acquis ini calerne dans VlnimUité de sa cave, voulant dire un catarrhe dans l'humidité de sa cave. Et comme elle voulait passer la semaine sainte à la campagne, ime de ses voisines lui dit qu'elle ne devait pas Y aller ces jours de dévotion, où il y avait bien plus d'occasions de visiter les églises en la ville qu'aux cham|)s, où elle ne verrait personne capable d'exciler sa dévotion. « Ah! ma mie, lui dit-elle, il m'ennuie trop celte semaine-là dans la ville, où il n'y a aucun moyen de se réjouir; tout le monde y est triste et inclaiicronique, c'est la semaine la plus /«/'/•/(/«e de l'année », voulant dire lugubre ou triste.
— Un valet disait : « Ne sortez pas aujourd'hui du logis, le temps est fort aroinati(jiie , » voulant dire qu'il faisait froid, et que cela pouvait exciter le rhume.
Un autre, pour dire terreurs paniques,' disait terreurs puniques.
Un autre, caressant sa maîtresse, ayant ouï quelques-uns qui l'appelaient mon ange tntélaire , pensant lui faire un grand compliment, disait mon An^e tu te lèves.
— Il y en a d'autres qui, au lieu d'estropier les mots, prennent assez plaisamment les uns pour les autres. Comme un homme de condition me pria nu jour de faire une énigme sur son nom, voulant dire une anagramme. Un autre me dit un jour : « Vous qui êtes si bon arhoriste, dites-nous quel temps il fera demain , » parce qu'il avait dessein d'aller aux champs: ne faisant aucune distinction entre arboriste et astrologue. Un autre, ayant oui parler du cours du soleil et des solstices d'hiver et d'été, les appelait les saucisses d'hiver et d'été.
— En une certaine compagnie , comme on discourait des comédies, quelqu'un vint louer la comédie d'£«/o/Je, composée pir M. Desmarets. Quelqu'un de la conil)agiiie eut envie de la voir; la maîtresse du logis ne l'ayant pas, elle dit qu'il y avait dans la ville une dame de ses amies
qui l'avait, et qu'elle allait envoyer la lui demander. Elle appelle sa servante, à qui elle dit : " Allez- vous-eu chez madame une telle, diîcs-lui que je lui baise les mains, et toute la compagnie aussi ; que je la prie de nous envoyer V Europe, coiuédve, pour nous divertir, n Celte servante fit son message, et au lieu à' Europe, comédie, elle lui dit : « Madame vous salue, et tonte la compagnie aussi , et vous prie de lui envoyer des robes de comédie, parce qu'ils ont envie de se divertii-. » Comme c'était durant les jours gras, cette dame crut qu'ils voulaient représenter quelque comédie et voulaient, quelques robes pour se déguiser? « Vous a-t-elle point dit, lui dit-elle, de quelle façon elles les veulent? — Non, madame, elle demande seulement des robes de comédie. » Cette dame fut chercher dans son grenier de vieux haillons de robes, qu'elle avait quittées il y avait longtemps , et les lui bailla, lui disant que si elle en voulait d'autre façon, qu'elle en envoyât quérir : « J'en ai de toutes sortes. « Quand cette servante apporta ces vieilles robes, elle dit : « Voilà toutes les robes de comédie qu'elle a ; si vous en voulez d'autre façon, envoyez-en quérir. » Je vous laisse à (leiiser s'il y eut sujet de rire de rim|)eitinence de la servante. ( Facétieux Réveille-matin.)
M. de Beaufort confondait souvent les mots ; il disait de l'eau-de-vie ratifiée pour dire rectifiée; il disait que le cardinal de Richelieu avait Ats hémisphères pour dire émissaires. On pardonne aux étrangers ces sortes de méprises. Un Suisse, |)our (lire qu'il avait de petits agréments sur son habit, disait qu'il avait de petits sacrements.
( fJiblioth èque de cour. )
■lots héroïques.
Après avoir terminé la guerre contre Mithridate, Pompée parcourut la Sicile, la Saidaigne et l'Afrique, où il recueillit des provisions de grains considérables; mais, dans le moment qu'il allait s'embaicpier pour faire passer ces provisions à Home, il s'éleva un vent si impétueux, que ses pilotes voulurent reculer le départ. Pompée, se jetant le premier dans son vaisseau, commanda qu'on le\àl l'au-.
IMOT
MOT
CIO : « Il est nécessaire, leur dit-il, que je parte, mais non pas que je vive. »
Louis XII, étant dans le Milanais, se voyait obligé de camper. On lui représenta que les ennemis s'élaient emparés du seul camp qu'il pouvait prendre.
« Sire, où camperez-vous? lui demanda un grand seigneur de sa cour. — Sur leur ventre, -> répondit-il.
{Bibliotlièque de cour.)
Mois heureux.
Louis XI, qui n'eut guèie que de mauvaises qualités, récompensa néanmoins nol)lement la valeur de Raoul de Lannoi. Ce capitaine étant monté à l'assaut à travers le fer et la flamme au siège du Quesnoi, Louis XI, ([ui avait été témoin de son ardeur, lui passa au cou une chaîne d'or, en lui disant : « Par la Pàque-Dieu, mon ami [c'était son jurement ordinaire), vous êtes trop furieux dans un combat, il faut vous enchaîner; car je ne veux pas vous perdre, désirant me servir de vous plus d'une fois. »
(Blanchard, Ecole des mœurs.)
Le roi Henri le Grand fut complimenté par des députés du parlement de Paris, sur une victoire qu'il avait remportée; le maréchal de Biron, qui y avait eu beaucoup de part, se trouva à leur audience : « Messieurs, leur dit le roi, en leur montrant ce maréchal, voilà un homme que je présente également à mes amis et à mes ennemis. »
(De Callières, Des bons mots et des bous contes.)
Hantru disait qu'au cabaret l'on ' dait la folie par bouteilles.
(Panckoncke.)
Uu seigneur, dans un mouvement de colère, disait en présence de saint Vincent de Paule : « Je veux que le diable m'emporte. — Monsieur, lui dit le saint, je vous retiens pour le bon Dieu. »
-Louis XIV disait du duc d'Oib
ans, qui
fut depiis le régent : « Savez-vous ce que c'est que mon neveu? C'est un fanfaron de vices. »
(Saint-Simon, Mémoires.)
Une jolie femme de cliambre avait un gros diamant au doigt. Bergerac le considérait avec curiosité; la maîtresse, qui était présente, soutenait que le diamant était Gn. « Ah! reprit Bergerac, faisonslui l'honneur de croire qu'il est du Temple ; car si le diamant est bon. la fille ne vaut rien. »
Quelques jours après la prise de la Bastille, Lemierre rencontra un de ses amis, qui lui dit : « Eh bien ! quand auronsnous doue de vous une nouvelle tragédie ? — Y pensez-vous.' répondit le poète. A présent la tragédie court les rues. »
Louis XIV se plaisait à entendre Diiguay-Trouin raconter ses exploits, ce qu'il faisait toujours avec autant de vivacité que de modestie. Un jour que cet oflicier faisait au monarque le récit d'un combat où se trouvait uu vaisseau nommé lu Gloire: « J'ordonnai, dit-il, à la Gloire de me suivre. — Elle vous fut fidèlf», » reprit Louis XIV.
{Mémoires anecd.)
La Requête des' Dictionnaires , p-èce remplie de traits satiriques contre l'Académie française, empêcha Ménage d'ère reçu de cette Académie. Sur quoi le pi ofesseur Montmaur disait assez plaisamment. Il que c'était à cause de celte pièce qu'il fallait le condamner à eu être, comme on condamne uu homme qui a déshonoré une fille, à l'épouser. »
{Galerie de V ancienne cour.)
Lorsqu'on chanta le Te Deum à Noire- Dame pour la victoire de la Marsaillo, il y avait dans cette église un grand nombre de drapeaux, que le maréchal de Luxembourg avait enlevés aux ennemis. Le prince de Couti se rendit à cette cérémonie, accompagné du maréchal, qu'il tenait par la main : « Messieurs, » dit-il en écartant la foule qui embanassait la
iI4
MOT
porte, « laissez passer le tapissier de Notre-Dame. i>
(Id.)
Le roi Louis XIV, en 1685, avait exigé que le doge de Gènes et cpialre principaux sénateurs vinssent implorer sa clémence dans son palais de Versailles. Ce doge était un homme de beaucoup d'esprit ; et comme le roi le reçut avec autant de bonté que de faste, et qu'au contraire les ministres Lonvois, Groissi et Seignelay ne lui lirent sentir que beaucoup de fierté, il disait : « Le Roi ôte à nos cœurs la liberté, par la manière dont il nous reçoit; mais ses ministres nous la rendent. » Tout le monde sait que le marquis de Seignelay lui ayant demandé ce qu'il trouvait de plus singulier à Versailles, le doge répondit : « C'est de m'y voir. »
(Mémoires anecd.)
On agitait devant la reine de Pologne, épouse du roi Stanislas (Catherine Opalinska), qui de Bossuet ou de Fénelon avait rendu de plus grands services à la ligion : ' ' cesse, mais
puis granas services a la ri L'un la prouve, dit cette prii is l'autre la fait aimer. »
Quand P. Corneille mourut, il y eut une contestation de générosité dans l'Académie entre Racine et M. l'abbé de Lavau à qui ferait le service du poète, parce qu'il paraissait incertain sous le direclorat duquel il était mort. La chose ayant été remise au jugement de la compagnie, M. l'abbé de Lavau l'emporta, et M. de Renseiade dit à M. Racine : « Si quelqu'un pouvait prétendre à enterrer M. Corneille, c'était vous : vous ne l'avez pas pourtant fait. »
(D'Olivet, Hist. de l'Jcad. franc. )
A la bataille de Rocoux ou de Lawfeld, le jeune M. de Tbyange eut son cheval tué sous lui, et lui-même fut jeté fort loin; cependant, il n'en fut point blessé. Le maréchal de Saxe lui dit : « Petit Thyange, tu as eu une belle peur .3 — Oui, monsieur le maréchal, dit celui-ci; j'ai craint que vous ue fussiez blessé. »
(Chamfort.)
MOT
Une dame dit à Rivarol, qui avait été malade pendant un mois entier : « Votre santé a prouvé que vous étiez très-aimable ; et votre maladie que vous étiez très-aimé. n I
{Esprit de Riva roi.) ]
Ma mère recevait quelques gens de lettres, entre autres Saint-Foix, auteur des Essais sur Paris, de la jolie comédie de VOracle et de celle des Grâces, et de quelques autres petites pièces de théâtre. Sa tournure et ses manières contrastaient étrangement avec la grâce de ces agréables productions : il avait un ton brusque et grossier, un visage affreux et la physionomie la plus rude et la plus sinistré. Une comédienne tres-spirituelle, mademoiselle Bryant, disait de lui et de M. Bertin le poète, qui avait un visage long et pâle , les joues pendantes , les veux éteints et le regard sombre, que le premier (Saint-Foix) ressemblait au crirne et le second au remords. 11 n'y avait rien de plus frappant que ce mot pour ceux qui avaient vu ces deux figures.,' (M"'" de Genlis, Mémoires.)
A l'avènement du prince de Polignac, Salvandy donna sa démission. Dans une audience qu'il obtint de Charles X : «. ,1e ne reculerai pas d'une semelle, lui dit le roi. — Plaise à Dieu, rèpoudit-il, que Votre Majesté ne soit pas obligée de reculer d'une frontière ! »
Le duc d'Orléans, quelques jours avant les ordonnances de juillet, donna une fête superbe, dans les salons du Palais-Royal au roi de Naples, et ce fut alors que M. de Salvandy adressa à Louis-Philippe ce mot connu : « Monseigneur, c'est une vraie fête napolitaine : nous dansons sur un volcan I »
Un jour que le roi Louis XVIII était en belle humeur, et qu'il avait encore l'eau à la bouche d'une soupe aux haricots :
.( Marquis, dit-il à M. de Pasloret aimez-vous les haricots.^ — Sire, je ne fais jamais attention à ce que je mange. — Voiisavez tort, monsieur, il faut fairo
MOT
MOT
nttention atout ce qu'on niangf et atout ( f ((u'on dit, »
(Véron, Nouv. mémo'ir. d'un bourgeois de Paris.)
L'empereur de Russie, Alexandre, ne se considérait que comme un instrument de la Providence, et ne s'attribuait rien.
Madame de Staël le complimentant sur le bonheur que ses sujets, privés d'une constitution, avaient d'être gouvernés par lui, il lui fit cette réponse si connue : « Je ne suis qu'un accident heureux. ■»
Un jeune homme, dans les rues de Paris lui témoignait son admiration de l'affabilité avec laquelle il accueillait les moindres citoyens ; il lui répliqua : « Estce que les souverains ne sont pas faits jiour cela ? » Il ne voulut point habiter le château des Tuileries, se souvenant que Bonaparte s'était plu dans les palais de Vienne, de Berlin et de Moscou.
Regardant la statue de Napoléon sur la colonne de la place Vendôme, il dit : « Si j'étais élevé si haut, je craindrais que la tête ne me tournât. »
Comme il parcourait le palais des Tuileries, on lui montra le salon de la Paix : « En quoi, dit-il en riant, ce salon servait- il à Bonaparte.' »
Il avait quelquefois des manières élégamment affectueuses. Visitantune maison de fous, il demanda à une femme si le nombre des folies par amour était considérable : tt Jusqu'à présent il ne l'est pas, répondit-elle, mais il est à craindre qu'il n'augmente à dater du moment de l'entrée de Votre Majesté dans Paris. »
Un grand dignitaire de Napoléon disait au czar : « 11 y a longtemps, sire, que votre arrivée était attendue et désirée ici. — Je serais venu plus tôt, répondit-il; n'accusez de mon retard que la valeur française (1). » Il est certain qu'en passant le Rhin il avait regretté de ne pouvoir se retirer en paix au milieu de sa famille.
A l'hôtel des Invalides, il trouva les soldats mutilés qui l'avaient vaincu à Austerlitz : ils étaient silencieux et sombres; on n'entendait que le bruit de leurs jambes de bois dans leurs cours désertes et leur église dénudée. Alexandre s'attendrit à ce bruit des braves : il ordonna
qu'on leur ramenât douze canons russes.
On lui proposait de changer le nom du pont d'Austerlitz : » Non, dit-il; il suffit que j'aie passé dessus avec mon armée. »
(Chateaubriand, Mémoires d'Oufretombe.)
SBots piquants.
On parlait devant le duc d'Orléans (Philippe Egalité) des nouvelles modes et de la manière vraiment indécente dont les femmes se décolletaient. — « Ah ! bah ! dit M. le duc d'Orléans, je trouve cela fort joli; il n'y a que le nu qui habille. — Mon frère, demanda la princesse, avezvous entendu dire que la vieille duchesse de M*" soit assez folle pour chercher des amants dans la bourgeoisie? Elle n'en trouvera point, et en sera pour sa courte honte. — Vous vous tiompez, madame, une duchesse a toujours trente ans pour un bourgeois. »
(Baronne d'Oberkirch, Mémoires.)
Quelqu'un se plaignant que le cardinal Mazarin donnait de mauvaise grâce, Ra • butin dit qu'on avait tort de se plaindre, et qu'on était plus obligé à ce ministre qu'aux autres, parce qu'en donnant de si mauvaise grâce, il déchargeait les gens de la reconnaissance.
On disait : « Mais quelle diable d'envie a donc pris à M™*" du Chàtelet de coucher avec son mari ? — Vous verrez, répondit-on, que c'est une envie de femme grosse. 1)
(Collé, Journal.)
(i] Voir Comjj/ii
detic.
M... disait, à propos de sottises ministérielles et ridicules : « Sans le gouvernement, on ne rirait plus en France. » (Chamfort.'*
Lorsqu'après la mf)rt de Louis XV , Louis XVI rappela M. d'Ormessou à son conseil , il lui lit écrire : « Ce choix , dont le roi vous honore, est un hommage que Sa Majesté rt nd à la vertu. » Quelqu'un qui était piésent à la lecture dit : <i On ne peut pas prendre cela pour une circulaire. »
{Gazette de f.eyde , 1787.^
MOT
MOT
Un certain Marchand, avocat, liommcd'esprit , disait : « On court les risques du dégoût en voyant coinmrnl l'administration , la justice et la cuisine se préparent (1). »
(Chamfort.^
On parlait un jour de l'anticiuité du monde dans un repas où se trouvait M. de Voltaire : il écouta paisiblement tous les convives, et lermina la dispute par ce mot : « Pour moi, dit-il, je crois que le monde ressemble à une vieille coquette qui déguise son âge. »
{Remède contre l'ennui.^
Duclos ne cessait de poursuivre l'abbé d'Olivet de ses sarcasmes, de son mépris, et l'abbé ne répondait jamais : « C'est un si grand coquin, disait l'auteur des Considérations, que, malgré les duretés dont je l'accable, il ne me hait pas plus qu'un antre. »
Duclos disait à M""" de Rochcfort et à M"'« de Mirepoix que les courtisanes devenaient bégueules et ne voulaient plus entendre le moindre conte un peu trop vif : « Elles étaient, disait-il , plus timorées que les femmes honnêtes.* » Et là-dessus il enfile une histoire fort gaie; puis une autre encore plus forte. Enfin, à une troisième qui commençait encoie plus vivement, M"'« de Rochefort l'arrête et lui dit ; « Prenez donc garde, Duclos, vous nous croyez aussi par trop honnêtes femmes. »
'Chamfort, Caractères et anecdot.)
Mademoiselle Quinault disait do la duchesse de Chaulnes, qui dégradait son esprit par le mauvais usage qu'elle en faisait : « Il faudrait lui arracher l'esprit, comme on arrache aux indignes la croix de Saint-Louis. »
Fontenelle n'était point impie, mais indifférent sur la religion , comme sur
(i) Ce mot a été attribué à Mirabeau, sous la forme snivanle : « Les lois sont comme les sauces : il ne faut jamais les regarder faire. »
tout ce qui so passait dans le monde ; quelquefois satirique, et pour ainsi dire involontairement. Un ecclésiastique, causant avec lui sur la religion, lui disait : « Dieu a fait l'homme à son image! — Oh ! l'homme le lui a bien rendu . « répondit Fontenelle (1).
(Paris, f'crsailles, et les Provinces au XVlll" siècle.)
A un dîner du président de Mesmes , un avocat , fils d'huissier, convint avec ses amis de ne pas laisser placer mot à Montmaurle parasite : « Guerre! guerre ! » cria l'avocat en le voyant entrer. — Vous dégénérez bien , répondit Moufmaur, rar votre père ne sait que crier : « Paixlà ! paix-là ! »
[Ncuvelle Biographie générale.)
L'abbé de la Rivière avait l'ambition de s'élever au cardinalat , et pour y parvenir, il ne faisait aucune difficulté de trahir même son maître et son bienfaiteur (Gaston, duc d'Orléans), auprès de ceux qui pouvaient être utiles à ses desseins. Aussi monsieur le duc, après avoir éloigné cet indigne favori, disait-il souvent : « L'abbé de la Rivière doit savoir ce que je vaux , car il m'a vendu plusieurs fois (2).»
{j4nn. litt., 1759.)
Duclos disait ces jouis passés : « Messieurs, parlons de l'éléphant (3); c'est la seule bête im peu considérable dont ou puisse parler, en ce temps-ci, sans danger. 1.
CGrimm, Correspondance, 17 71.)
Rivarol rencontre un jour Florian. Celui-ci avait un manuscrit qui sortait de la poche de son habit ; « Oh I oh ! lui
(i) Voltaire a «ht la m("me chose en vers ■
Depuis, l'homme, amoureux de son sot esclavage. Fil, dans ses pn-jugés , Dieu même à son image.
(2) Les pamphlets du temps abondent en révélations plus ou moins authentiques sur ce qu'ils appellent, en un jeu de mots satirique, les débordements de la Hhjîère.
(3) Un jeune éléphant de cinq ans, qui excitait ^'wement alors la curiosité des Parisiens,
MOT
INIOT
dil Rivaiol, si l'on ne voiis.ronnais^aitpas, .comme on vous volerait (1) ! »
Rivarol disait de Condorcet : « Il écrit avec de l'opium sur des feuilles de plomb. »
— c( Mirabeau, disait-il, était l'homme du monde qui ressemblait le plus à sa réputation : il était affreux. »
Et encore : «■ Mirabeau , capable de tout pour de l'argent, même d'uue bonne action. »
{Esprit de Rivarol.)
On demandait à Roy, qui avait été bàtonué, s'il ne donnerait pas bientôt un nouvel ouvrage : « Oui, répondit-il, je travaille au ballet de V Année galante. — Un balai, monsieur Roy, s'écria une voix derrière lui; pienez garde au manche (2) !. » (V. Fouruel, Du rôle des coups de bâton.)
Un jour Mademoiselle Clairon, maîtresse du margrave de Rareuth et d'Anspach, parla de se tuer. Le bon margrave s'en émut.
« Allons donc , lui dit milady Craven, rivale de mademoiselle Clairon, oubliezvous que ses poignards rentrent tous dans le manche? »
(Baronne d'Oberkirch, jyémoires.)
Deux femmes, connues par leurs galanteries , se querellaient au jeu. Quelqu'un leur demanda ce qu'elles jouaient. «Nous jouons pour l'honneur, dirent-elles. — Vous faites, leur répondit-il, bien du bruit pour rien (3). » ^
'École des mœurs. ^
(i) dette anecdote a été souvent renouvelée depuis , et peut-être même celle-ci n'est-elle nussi qu'un rajeunissement. On a mis le mot de Rivarol en épigramme :
On vient deme voler... — Que jeplains ton malheur!
— Touj mes vers manuscrits. — Queje plains le
[voleur!
(7.) Ce mot nous fait songer à un autre , attribué à M. de Morny, et que nons trouvons particulièrement dans la biographie de ce personnage par M .H. Castille. A la veille du 2 décembre i8bi , quelqu'un lui disait . « On assure que le président veut donner un coup de balai dans l'assemlilée. Que ferez-vous? — Je tâcherai d'être du côté du manche. »
(3) On se rappelle la réponse de l'exempt à M"* Clairon, que nous avons rapportée à l'article Epiframmes, t. 1, p. 4oo-
Le goi'it dominant du chevalier de BouKleis était celui d'èlie toujours ambulant. C'éliiit apparemment pour avoir le plaisir de rpandre partout le plaisir et la gaîté. Quelqu'un l'ayant un jour rencontré sur les grands chemins , lui dit : « Monsieur le chevalier, je suis charmé de vous rencontrer chez vous (1). » [Improvisât, franc.)
Qnekpi'uii se vantait devant M. de Boufflers d'être l'auteur d'Aline, reine de Golconde : « Monsieur, fit le chevalier, j'en suis fort aise ; mais vous ne savez pas sans doule quel est l'auteur des œuvres de J.-J. Rousseau. Eh bien, c'est moi (2). >.
(M'"* de Bassanville, Salons.)
Salvandy disait de Chateaubriand , amoureux de la solitude dans sa dernière vieillesse, et qu'on nomn ait alors Cbaleaubriand Stylite , mais qui jusqu'à sa mort éprouva le besoin d'occiqier les cent bouches de la renommée :
« Il ne lui faut qu'une cellule... sur un théâtre I »
Une condamnation bien connue fit du bruit autour du nom de Fontan. La révolution de Juillet l'alla chercber à Poissy, je crois : il reparut avec une certaine popularité, la popularité passagère de la persécution. Harel, qui était alors directeur de l'Odéon, eut aussitôt l'idée d'exploiter cette popularité en lui demandant une pièce. Fontan la lui fit ; cette pièce , qui s'appelait Jeanne la Folle , tomlja ou n'eut qu'un succès médiocre. « Décidément, me dit Harel en m'abordant après la représentation, décidément, je m'étais trompé, et Fontan avait plus de prison que de talent! »
(Alexandre Dumas, 3lémoires.)
Malitourne passait, à tort ou a raison, (i) A sa mort on lui fit cette épitaphe ; Ci-g!t un chevalier qui sans cesse courut. Qui sur les grands chemins naquit, vécut, mourut Pour prouver ce qu'a dit le sage.
Que notre vie est un voyage.
(2) Voir Plagiats.
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pour être la nymphe Kgérie du célèbre Bourgeois de Paris. Au moment où il ressentit les premières atteintes du mal auquel il devait succomber : « Malitourne est malade, disait-on. — Ce doit être un coup bleu cruel pour le docteur Véron.
— Je crois bien : il en perd l'esprit (1). » (Ch. Yriarte, Monde illustré.)
Mots saiig-laiits.
Lorsque le cardinal Dubois fut déclaré premier ministre , on en fit beaucoup de railleries à la cour. Le comte de Noce se permit la plus sanglante : « Votre Altesse Royale , dit-il au régent , en peut faire tout ce qu'elle voudra , mais elle n'en fera jamais un honnête homme. »
Il fut exilé le lendemain. En vain la comtesse du Tort reprocha au régent sa faiblesse, la lettre de caeiiet tint, et ce ne l'ut qu'à la mort du cardinal que le duc d'Orléans écrivit au comte de levenir, ])ar ce billet non moins singulier que tout le reste : « Morte la bête , mort le \('nin. Je t'attends ce soir à souper au Palais-Royal. »
{Ment, anecd. des règnes de Louis XI V et Louis XF.)
CamilleDesmoulins, allant à l'échafaud, dit aux spectateurs nombreux qui le suivaient : 'i Citoyens, vous en verrez bien d'autres; Robespierre a mis la Convention en coupe réglée. »
Junot était venu apporter les drapeaux de l'armée d'Italie au Diiectoire... En sortant il offrit son bras à M'"" Bonapaite, qui, étant femme de son général, avait droit au premier pas, surtout dans cette solennelle journée; il donna l'autre à M"'* Tallien, et descendit entre elles l'escalier du Luxembotng. La foule était immense. On se pressait, on se heurtait pour mieux voir. « Tiens , c'est sa femme!... C'est son aide de camp!
Comme il est jeune I Et elle donc, comme elle est jolie !... — Vive le général Bo-
(i) On sait que M.ililournc est mort f'im. Ce mot, comme tant d'autres. n"est pas neuf. A la nir>t't (te Dorât, on dit aussi que )a comtesse dé liiiiuliarnais, dont il passait pour le teinturier litléiaiie, en avait vcrùn t'vsviit.
naparte ! s'écriait le peuple... Vive la citoyenne Bonaparte ! elle est bonne pour le pauvre monde! — Oui, oui, disait une grosse femme de la halle, c'est bien Notre- Dame des Victoires, celle-là !... — Oui, dit une autre, tu as raison ; mais regarde à l'autre bras de l'officier; c'est Notre- Dame de Septembre (1) ! »
Le mot était affreux, et il était injuste. (Duchesse d'Abrantès, Mémoires.)
Motif d'attachement.
Un jour Ruvigny, comme le capitaine des gardes du maréchal de la Meilleraye, nommé Piaillière, se plaignait à lui de rinuneur de son mailre : « Eh ! lui dit-il , que ne quittez-vous un homme fougueux et ingrat? — Mordieu , dit Piaillière, je n'y demeure que pour tâcher de mettre sa femme à mal, car pour sa belle-sœur, elle est dépêchée. »
(Tallemant des Réaux.'
Mouche ilii coche.
....Je ne sais plus quel voyagem- anglais aux États-Unis, raconte qu'il rencontra le rédacteur en chef du Times de Broughton, petite ville de je ne sais plus quel Etat :■< Eh bien, dit le rédacteur du Times de Broughton, comment va la reine Victoria.» » Je l'assurai que, d'après les dernières nouvelles reçues. Sa Majesté allait fort bien. « Mon dernier article a dû la fâcher un peu; mais que voulez- vous? Nous antres, Américains, nous sommes habitués à dire la vérité à tout le monde. Mon prochain article lui fera plaisir ; je suis réconcilié avec elle. Et votre Palmerston, le Times de Broughton lui a fait passer, je pense, bien des mauvais quarts d'heure? » 11 me fut impossi!)le, (lit le voyageur anglais, de persuader à ce brave homme que le Times de Broughton ne faisait ni tant de peine ni tant de plaiîir à la reine Victoria.
(Saint-Marc Girardin, La Fontaine et les fabulistes. )
Mourants.
Il n'y a rien de plus injuste que le chagrin des vieillards contre les jeunes
(i) M. Arsène lloussaye l'a appelée : Notre- Pame de Thermidor.
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gens. Vouloir empêcher la jeunesse de lire et de lolàtrer, c'est justement se fàclier contre le printemps de ce qu'il ne porte que des fleurs, et lui demander les fruits de l'automne. Le bon Anaxagoras n'était pas de celte humeur lorsqu'il mourut; les magistrats de la ville de Lampsaque lui demandèrent s'il ne voulait rien ordonner : il les pria qu'il fût permis tous les ans aux enfants de jouer pendant tout le mois auquel il mourrait. Diogène Laerce dit que cette coutume s'pbservait encore de son temps.
(^Carpeuteriana.)
Au moment où Socrate allait boire la ciguë, Apollodore lui offrit un riche manteau, afin qu'il s'en couvrît pour mourir : « Quoi I dit Socrate, mon manteau m'a suffi pour vivre; il ne me suffirait pas pour mourir (1)? »
(Dioffpne de Laërle.
Saladin mourut à Damas, admiré des chrétiens même. 11 avait tait porter, dans sa maladie, au lieu du drapeau qu'on élevait devant sa poite, le drap qui devait l'ensevelir, et celui qui tenait cet étendaid de la mort criait à haute voix : « Voilà tout ce que Saladin, vainqueur de l'Orient, remporte de ses conquêtes. »
Quand Vauquelin des Yveteaux se sentit sur le point de rendre le dernier soupir, il se fit jouer une sarabande , afin que son âme passât plus doucement , allegranienle.
(Saint-Évreniond.)
Elisabeth, reine d'Angleterre , étant au lit de la mort, fit venir tons ses musiciens dans sa chambre, afin, disait-elle, de pouvoir mourir aussi gaiment qu'elle avait vécu. Elle rendit les derniers soupirs, au son d'une douce musique.
(i) DonJuandit à Sganaielie ilevanllc tombeau du Commanclfur ; u Ce que je trouve admir;il-lc, c'est qu'un homme qui s'est passé durant sa vie d'une assez simple demeure, en veuille avoir une
magnifiqu
pour q
uand il n'e
faire. .. [Le Festin de Pierre, acte III, seine 6.)
Mme Favart, durant sa dernière maladie, fit elle-même son épitaphe, qu'elle mit en musique dans l'intervalle des plus cruelles douleurs.
(Favart, Mémoires.
Saint Vincent de Paul vécut jusqu'à l'âge de quatre-vingt-cinq ans. Il était fort assoupi le jour de sa mort. Un de ses amis lui ayant demandé la cause de ce sommeil continuel, il répondit en souriant : ■< C'est le frère qui vient, en attendant la sœur. »
Le maréchal de la Ferté ctnit à l'agonie. Sa femme, sa belle-fille (Angélique de la Mothe-Houdancourt, duchesse de la Ferté), sa belle-sœur ( la comtesse d'Olonne), toutes trois fort connues pour leurs galanteries, étaient autour de lui et criaient : « Monsieur le maréchal, nous connaissez -vous bien.' Serrez -nous la main, dites-nous qui nous sommes. » Le bonhomme, fatigué de leurs criailleries, rappela ses esprits et leur dit : « Vous êtes des... » On faisait ce conte à M'"eCornuel, qui dit : « On peut juger que le maréchal avait encore toute sa raison. » (L'abbé de Choisy, Mélanges.)
M. le maréchal de la Ferté étant près de mourir, son confesseur, qui était auprès de lui, après l'avoir exhorté pendant quelques moments, demanda un crucifix.
Aussitôt le valet de chambre et un laquais coururent pour en apporter un qui était stu- la table ; mais s'en étant saisis tons les deux eu même temps, il y eut contestation entre eux, le laquais ne voulant pas céder au valet de chambre. M. le maréchal delà Ferté, qui voyait cette disptUe de son lit, se mit à crier à son valet de cliambre :
« Eh ! morbleu , casse-lui-en la tète. » ( Ménagiana,)
Au moment de mourir, Addison voulut encore ètie utile et fit approcher lord Warwick, sou beau-fils, dont la légcielé l'avait inquiété plus d'une fois. Il était si faible que d'abord il ne put parler. Le jeune homme, après avoir attendu un ins-
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tant, lui dit : « Cher monsieur,vons m'avez fait deniaïuièr ; je crois, j'espère que vous avez quelques commandemeuts à me donner; je les tiendrai pour sacrés. » Le mourant, avec un effort, lui serra la main et répondit doucement : « Voyez dans quelle paix un chrétien peut mourir. » Un instant après il expira.
(Taine, Histoire de la littérature anglaise.)
Vaiigelas mourut à soixante-cinq ans, d'un abrès qui, depuis plusieurs années, s'était formé dans son estomac. Vers le commencement de .650, après quelques semaines d'une douleur plus violente que jamais, il se .sentit soulagé tout à coup, et, se croyant guéri, il voulut aller prendre l'air dans le jardin du vaste et splendide hôtel de Soissons, on il avait un -ppartement. Le lendemain matin, son mal le reprit avec plus de force. Vaugelas avait deux valets; l'un était sorti, il envoya l'autre chercher du secours. Sur ces entrefaites, le premier revint; il entra dans la chaml)re de son maître, et le trouva qui rendait son abcès par la bouche.
« Qu'y a-t-il donc' demanda ce garçon, effrayé. — Vous voyez, mon ami, répondit Vaugelas sans s'émouvoir, avec le flegme d'un grammairien qui démontre une règle , vous voyez ce peu de chose qu'est l'homme! »
Ce fut sa dernière parole, et peu de temps après il était mort.
(V. Fournel , Histoire anccdotique des quarante fauteuils.)
Lorsque Gassendi se sentit proche de son dernier moment, il prit la main d'un de ses amis et la portant sur son cœur, il lui dit ces mots, qui furent ses dernières paroles : « Voilà ce que c'est que la vie de l'homme. »
L'humeur enjouée de Salvator Rosa ne le quitta pas même dans la maladie qui termina ses jours. Il disait que son nom de Snh'otor était comme un gage assuré de salut, et que Dieu ne permettrait jamais au démon do persécuter un homme qui s'appelait Sauveur.
Ses derliières naroles furent une i>lai-
santerie. On l'exhoi lait, aulit de la mort, à épouser une de ses maîtresses , de laquelle il avait eu plusieurs enfants, mais dont la conduite lui était suspecte avec raison. Voyant que les motifs les plus forts ne pouvaient l'ébranler, un de ses amis s'avisa de lui dire : « Seigneur Salvatoi-, vous n'avez point d'autre parti à prendre que d'épouser cette femme, si vous voulez être admis dans le séjour des élus. — Eh bien, répondit Salvator, s'il faut avoir des cornes pour entrer au paradis je consens à me marier (1). «
(Panckoucke.)
Scarron fut un jour surpris d'un hoquet si violent que ceux qui étaient auprès de lui craignirent qu'il n'expirât; cependant ce symptôme diminua. Le fort du mal étant passé : « Si jamais, dit-il, j'en reviens, je ferai une satire contre le hoquet.» Ses amis s'attendaient à toute autre résolution que celle-là ; mais il fut dispensé de tenir parole : il ne revint point de cette maladie, et le public a perdu la satire qu'il se proposait de composer.
Peu d'instants avant que de mourir, comme ses parents et ses domestiques , touchés de son état, fondaient en larmes : « Mes enfants, leur dit-il, vous ne nlenrercz jamais tant que je vous ai fait i ire. u ( Scarroniaita.)
Le cardinal Wolsey, après avoir tout sacrifié au service du roi d'Angleterre, s'en vit disgracié pour toujours. Il mourut en répétant : « Si j'avais servi Dieu dans ma jeunesse avec le même zèle que j'ai servi le roi, il n'aurait pas abandonné ma vieillesse. »
(Cavendish, Vie de JVolsey.)
Colbert, tombé dans une espèce de disgrâce et malade du chagrin d'avoir déplu an roi, dit amèrement sur son lit de mort : « Si j'avais fait pour Dieu ce que j'ai fait pour cet homme-là, je serais sauvé deux fois, et je ne sais pas ce que je vais devenir. » En apprenant sa maladie, Louis XIV lui envoya un gentilhomme et
(i) .I.-B. Bniissenu a mis fn .
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lui écrivit de se bien soigner. Colbert reçut ce gentilhomme dans sa chambre, mais en feignant de dormir pour se dispenser de lui parler. M""' Colbert lui dit : « Ne voulez-vmis pas répondre au roi?
— ir est bien temps de cela ; c'est au roi des rois que je songe à répondre. « Comme elle lui répétait une autre fois la même chose, il lui dit : « Madame, quand j'étais dans ce cabinet à travailler pour les affaires du roi, ni vous ni les autres n'osiez y entrer; et maintenant qu'il faut que je travaille aux affaires de mon salut, vous ne me laissez point en repos. » Le curé de Saint-Eustache vint lui dire ((u'il avertirait ses paroissiens de prier Dieu pour sa santé. « Non pas cela, dit M. Colbert, qu'ils prient Dieu de me faire miséricorde. »
(Panckouckc).
Nous avons plusieurs exemples de personnes qui ont marqué la force de leur esprit en faisant des vers la mort sur les lèvres. L'empereur Adrien, tout près de mourir, fit la jolie épigramme latine : (in'imula vagula, etc. M. de Sanmaise étant encore jeune, frappé d'une maladie mortelle, et lorsqu'il n'attendait plus qu'à expirer, fit son épitaphe en ver^. Patris, poète célèbre de Caen, âgé de plus de quatre-vingtsans, se voyant mourir, fit ces beaux vers, si dignes de nos réflexions : Je songeais celte nuit, etc. Desbarreaux, dont la vie avait été toute épicurienne, se tournant vers Dieu à la mort, composa un beau sonnet qui marquait son repentir. Marguerite d'Autriche, prête à périr dans une tempête sur la mer, fit son épitaphe en vers, illustre témoigiage et de la fermeté de son àme dans cette extrémité et de la bizarrerie de sa fortune. Un des officiers généraux de notre armée navale, à ce qu'on dit, fait des vers galants, appuyé contre les mâts de son vaisseau, pendant qu'il fait donner sur l'ennemi, et que l'emiemi donne sur lui. Louise Anasiasie de Serment, fille savante, attaquant elle-même la mort, la pressa par de fort beaux vers de la délivrer de ses cruelles infirmités : favorablement écoutée, elle mourut en rimant (1). (Vigneul-Marville.)
(i) Joignez-y les vers de Gilbert mourant.
Lamothe le Vayer naquit, vécut et mourut avec l'amour des voyages eu tête. Il lui restait à peine quelques moments à vivre, quand Dernier, son ami, qui revenait du Levant, approcha de sou lit. Dès qu'il l'eut reconnu ; « Quelles nouvelles du grand Mogol »? lui demanda-t-il. Ce furent ses dernières paroles.
Le comte de Bussy-Rabutin amena au commandeur son oncle, qui était à l'extrémité, un angustin de la place des Victoires, pour l'exhorter à la mort. Lorsque ce bon père fut sorti, le comte rentra pour demander au malade comment il se trouvait de son confesseur : « Fort bien, lépondit le commandeur; il dit que j'ai i'attrilion. »
Voltaire demanda à l'abbé de Saint- Pierre , quei([ues jours avant sa mort , commeiii il envisageait ce nassage :
« Comme uu voyage à la campagne, répondit-il. »
(Panckoucke.)
M. de Tnidaine, intendant des finances, étant au lit de la mort, son fils lui dit. pour le consoler, que le public prenait à sa situation le plus vif intérêt, et qu il pouvait être assuré de l'estime des {,'eris de i)ien, et du suffrage de tous les bon-i patriotes, dont il emporterait les regrets ; « Eh bien ! je te lègue tout cela, » lui répond le moribond en souriant. Mot plein de sens et de philosophie, de quelque manière qu'on l'entende.
( Galerie de V ancienne cour. )
Une grande dame avait une femme de chambre, jeune et jolie, qui se mourait de la poitrine, et qu'elle aimait beaucoup. La pauvre petite malade ne voulut absolument pas recevoir les sacrements, et sa maîtresse montra la plus grande léjiugnance à l'y forcer. Une autre de ses iemmes se chargea de la négociation, et
d'André Chénicr snr le point d'être conduit à l'échafaud, de Frédéric Soalié sur son lit funèbre, etc., etc.
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promit d'y réussir. Elle entre en effet dans la chambie de sa camarade, et lui dit: :< Eh bien, mademoiselle, qu'est-ce donc? Comment donc? Pourquoi donc?
Fi donc! Eh bien donc! Allons do ic ! » La malade n'eut pas de réponse à de si bonnes raisons, et prit le parti de se l'aire administrer.
( Grimm, Correspondance.)
Milord Cliesterfield, célèbre par les agréments et les linesses de son esprit , conserva jusqu'au dernier moment son ton de gaieté et de plaisanterie. Quelques jours avant sa mort, il sortit en carrosse pour se promener. Quelqu'un lui dit au letour : « Milord, avez-vous été prendre l'air? — Non, répondit-il, j'ai été faire une répétition de mon enterrement. i> {Curiosit. anecdot.)
On demandait à M. de Fonteuelle mourant : « Comment cela va-t-il? — Cela ne va pas, dit-il; cela s'en va. »
(Chamfort.)
M"" d'IIoiidelot (née de Fognes) mourut d'une maladie de poitrine, jeune encore. C'était elle qui répondait, lorsqu'on lui demandait . « A quoi rêvez-vous? — Je me regrette. «
{Nouvelle biographie générale.^
« Ah! mon ami, « disait Chamfort à Siej'ès eu expirant, « je m'en vais enfin de ce monde, où il faut que le cœur se brise ou se bronze. »
(P. -.T. Stahl.)
On dit à la ducViosse de Chaulnes(l), mourante et séparée de son mari : « Les sacrements sont là. — Un petit moment.
— M. le duc de Chaulnes voudrait vous revoir. — Est-il là? — Oui. — Qu'il attende : il entrera avec les sacrements. « (Chamfort.)
( 1 ) C'est une erreur de Cbanifort. Jl™» de Chaulnes el.iii devenue alors M"" de Giac. Son premier Miari éUiitinort en 1769, et elle était remariée avee (iiac depuis neuf aiis (|uand elle mourut à son
Moisraiils [Jnistrs).
Le 30 octobre 1845, vers quatre heures du soir, Charlet était dans son lit. Il manquait d'air; il fait signe d'ouvrir la fenêtre et se fait conduire à sa table de travail. Assis dans son fauteuil, il veut saisir un crayon... mais c'est en vain... H prend la main de sa femme, celle de son fils : " Adieu, mes amis, leur dit-il, je meuis, car je ne puis plus travailler. » Quelques instants après il avait rendu le dernier soupir.
P>erlioz, étendu sur son lit de mort, dit à l'un de ses amis, avec un sourire résigné :
" Enfin, mon ami ! on va maintenant jouer ma musique! »
Mourant ( Critique),
Le Verrier s'avisa d'aller lire à Boileau une nouvelle tragédie de Ciébillon, lorsque le satirique était dans sou lit n'attendant plus que l'heure de la mort. Ce grand homme eut la patience d'en écouter deux scènes, après quoi il lui dit : « Quoi, monsieur, cherchez-vous à me hâter l'heure fatale? Voilà im auteur devant qui les Boyers et les Pradon sont de vrais soleils. Hélas! j'^i moins de regret à quitter la \ie, puisque notre siècle enchérit chaque jour sur les sottises. »
(^Bolœana.)
Mourants (£i
donc à celuijnecdole, si elle est vraie,
^ crwains
Ou dit qu'une heure avant de mourir, Malherbe se ré\eilla comme en sursaut d'un grand assoupissement, pour reprendre son hôtesse, qui lui servait de garde , d'un mot qui n'était pas bien français à son gré; et comme sou confesseur lui en voulut faire réprimande, il lui dit qu'il n'avait pu s'en empêcher, et qu'il avait voulu jusqu'à la mort maintenir la pureté de la langue française.
(Tallemant des Réaux.)
Le confesseur de Malherbe lui représentait le bonheur de l'autre vie avec des expressions basses et peu correctes; le poète l'interrompit en disant : « Ne m'en parlez plus, votie mauvais style m'i-n dégoi'iterait. >'
{M(dti,rl>iaiia.)
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