‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 46 sur 180 · MOY · texte numérisé non relu

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camarades et gagner ma gageure. — J'ai des occupations; je ne le puis pas. — Je respecte vos occupations; vous ferez la pièce à votre aise, quand vous voudrez. » 11 s'empare de ma boîte en causant, il prend une piise de tabac; il laisse couicr dans la taliatière cpielques ducats d'or, il la referme, il la jetie sur ma table avec un de ces lazzis qui semblent vouloir cacher ce qu'on est bien aise de faire ajcrcevoir ; j'ouvre ma boîte : je ne veu\ pas me prêter à la plaisanterie. « De grâce, de grâce, dit-il, ne vous fâchez pas; c'est un à-compte pour le papier, v Je veux rendre l'argent : des postures, des révérences ; il se lève, il recule, il gagne la porte, et il s'en va. Qu'aurais-je dû faire dans pareille circonstance? Je pris, il me semble, le meilleur parti; j'écrivis à Darbes qu'il pouvait compter sur la pièce qu'il m'avait demandée.

(Goldoni, 3/émoires.)

llojeii de plaire.

On demandait un jour à Fontenelle par quel moyen il s'était fait tant d'amis, et pas un ennemi. « Par ces deux axiomes, dit-il : tout est possible, et tout le monde a raison. »

{Galerie de l'ancienne cour.)

J'arrivai un beau matin en compagnie du docteur Lanus, ancien chiruigien de Mesdames et nouvel ami de Talma, dans le sanctuaire de la tragédie, qui était \m cabinet de toilette. Nous trouvâmes Talma en pantalon blanc, en gilet de même couleur, sans veste, ni liabit, les bras deniiluis, achevant sa barbe devant un miroir, et parlant avec action à une femme d'une taille superbe, d'un âge un peu avancé, mais dont les allures et la mine aiuionçaient une de ses sœurs en Melpomène. Je conjecturai, et je ne me trompais pas, que nous avions là sous les yeux M"" Haucourt. Je l'avais assez vue au théâtre pour la reconnaître sous le costume de ville. Entre elle et Talma s'était élevée une si vive discussion, que la présence des nouveaux venus ne la (it point suspendre. Destinés au rôle de spectateurs dans cette pièce improvisée nous rc'Slànies debout dans le fond du cabinet it nous attendîmes avec curiosité le dé- I oùmeul :

Il Non, non, criait Talma, je ne jouerai pas demain ; je ne le peux pas, je ne le veux pas. Qu'est-ce que c'est donc? Toujours moi ! toujours des corvées! J'ai assez porté le collier de misère pendant six semaines pour avoir le droit de me reposer, et je me reposerai. — Oui, reposez-vous, répondait doucement son interlocutrice; qui vous dit le contraire? Passé demain vous serez libre. — Eh ! je prétends l'être demain. Demain je vais dire des vers chez la princesse Borghèse, qui m'a demandé ; est-ce que je peux reluser la sœur de l'empereur? — Allez cliez elle, mais après le spectacle. — Que j'y aille, que j'y aille fatigué, hors de combat, pour débiter d'une voix enrouée des vers dont je ne me souviendrai plus! Je racrai tous mes effets, et on se dira à l'oreille : « Quoi, c'est là Talma ! » Impossible, ma chère, impossible 1 — Mais si vous refusez, le spectacle manquera. — Eh bien, qu'il manque. — Mais c'est six mille francs que la Comédie perdra. — Eh 1)ien, qu'elle les perde. — Mais... — Mais, mais, je ne jouerai pas. — Vous êtes trop bon camarade pour nous faire ce tour. Je vous connais : vous avez de l'âme, des entrailles, vous ne nous abandonnerez pas dans notie détresse; vous êtes notre planche de salut. — Ta, ta, ta, je ne suis point une planche, je suis un marbre; ne comptez pas sur moi, je ne jouerai pas. — Oh! que si. — Ohl que non. — Mon rher Talma! — Rien. — Mon petit Talma! — A d'autres! — C'est donc décidé? — Très-décidé. — En ce cas, je vous embrasse », dit l'actrice matoise en se le\ant, car elle était assise; puis allant passer ses bras autour du col nu de son rétif camarade : « Je vais donc annoncer à la Comédie que vous consentez à la tirer de peine en jouant demain '\tanltits. Ah! Talma, vous êtes bien aimable! »

Cette déclaiation inattendue surprit tellement le récalcitrant qu'il resta bouche béante, regarda l'actrice qui souriait, se mit lui-même à pouffer de rire avec sa franchise d'enfant, et s'avoua vaincu par la grâce , après avoir résisté au raisonnement.

(Chai les Brifaut, Ht-cit d'un ricux par min.)

lliisicieii<i.

Les sons dominaient tellement la na.

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tnrfi pliysiqne de Bectlioven, que, lorsqu'il dirigeait l'orchestre, au decrescendo, il se baissait et se ramassait peu à peu sur lui-même jusqu'à s'accroupir, pour se relever graduellement au crescendo et finir au forte par un bond, parfois accompagné de quelque cri féroce.

Un jour donc, dans un de ses concerts, il jouait un nouveau concerto pour piano et orchestre. Au premier tutti, il s'imagine diriger l'orchestre, se \è\t et pour marquer un rinforzando, il croise, selon son habitude, ses bras sur sa poitrine, puis les écarte avec violence. Les bougies du piano sont lancées au loin, et les bobèches volent en éclats. Le public rit.

Beethoven en colère recommence tout le morceau; par précaution, on avait placé deux gamins qui tenaient les bougies à ses côtés. En effet, au tutti, il ne peut se tenir, se remet à diriger, et, au malencontreux rinforzando, envoie ses bras de côté avec une énergie sauvage.

L'un des garçons avait su se garer, mais l'autre reçut un soufflet retentissant qui le fit rouler à dix pas avec la bougie. Explosion de rires formidables, qui durèrent cinq minutes, et agacèrent tellement le malheureux Beethoven qu'à la reprise du piano il brisa de fureur cinq à six cordes dès les premiers accords.

Le reste du concert ne fut plus qu'une débandade.

Depuis ce soir-là, Beethoven ne voulut plus jouer en public.

(Spohr, Souvenirs.)

Pendant une jom-née très-froide de l'hiver de 1813, Rossini se trouvait camjié dans une mauvaise chambre d'auberge à Venise, et composait au lit, pour ne pas faire de feu. Son duettn terminé (il fai-

sait alors la nartition de // Fislio

per

azzardo), la feuille de papier lui échappe des mains, et descend en louvoyant sur le plancher; Rossini la cherche en vain des yeux, la feuille était allée tomber sous le lit. Il étend le bras et se penche pour tâcher de la saisir; enfin, prenant froid, il se renveloppe dans sa couverture et se dit : « Je vais récrire ce duetto, rien de plus facile; je m'en souviendrai bien. » Mais aucune idée ne lui revient; il est plus d'un quart d'heure à s'impatienter; il ne peut se rappeler une note. Enfin, il

s'écrie en rinnt : « Je suis bien dupe ; je vais refaire le morceau. Que les compositeurs riches aient du feu dans leurs chambres, moi je ne me donne pas la peine de ramasier les duetti qui tombent; d'ailleurs, c'est de mauvais aucnie. »

Comme il achevait le second duelt^, arrive un de ses amis à qui il dit : « l'ouïriez-vous m'a voir un papier qui est ?ous mon lit? L'ami l'atteint avec sa canne et le donne à Rossini : « Maintenant, fait Rossini, je vais vous chanter les doux duetti, dites-moi celui qui vous plaît le plus. » L'ami du jeune compositeur donna la préférence au premier ; le second était trop rapide et trop vif pour la situation. Rossini en fit, sans perdre de temps, un terzetto pour le même opéra.

(Stendhal, Vie de Rossini.)

Un matin que Halévy orchestrait sa partition des Mousquetaires de la Reine, il entend chanter, dans la cour de sa m;iison, l'un des motifs de sa nouvelle paitition.

Surpris d'abord, il s'assure que cet air est bien le sien, et, passant tout à coup de l'étonnement au désespoir : « Je suis perdu ! s'écrie-t-il. Je n'ai plus d'idées... J'aurai cru de moi ce chant , qui n'est qu'un souvenir, une réminiscence de quelque autre ouvrage... Je ne compose plus... je copie!... » Puis il se ravise, s'informe du chanteur dont la voix aigre vient de lui causer une telle émotion... C'est un peintre en bâtiment, lui répond-on, qui lave et reblanchit la maison. Il appelle le peintre et l'interroire en tremblant sur l'origine de l'air dont il accom[)agnait ses travaux : « Ma foi ! lui dit l'artiste en plein vent, j'ai retenu ça d'un opéra que l'on répétait à l'Opéra- Comique, pendant que nous restaurions la salle. » ^

Cet opéra était celui qu'écrivait le maître. Je ne voudrais pas jurer que dans sa joie il n'ait pas embrassé l'artiste! (De Saint-Georges, Figaro.)

Admis en qualité d'élève au Conservatoire, alors dirigé par Chérubini , B( rlioz eut, comme il le dit lui-même, « bien des couleuvres à avaler. » Chérubini avait rendu, paraît-il, une ordonnance par laquelle , pour rendre impos-

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fible la rencontre des élèves des deux sexes hors de la surveillance des professeurs il exigeait que les hommes entrassent par la porte du faubourg Poissonnière et les femmes par celle de la rue Bergère, ces différentes entrées étant placées aux deux extrémités opposées du bâtiment.

En me rendant à la bibliothèque , dit Berlioz, ignorant le décret moral qui venait d'être promulgué, j'entrai, suivant ma coutume, par la porte de la rue Bergère, la porte féminine, et j'allais arriver à la bibliothèque, quand un domestique, m'arrètant au milieu de la cour, voulut me faire sortir pour revenir ensuite au même point en rentrant par la porte masculine. Je trouvai si ridicule cette prétention que j'envoyai paître l'argus en livrée, et je poursuivis mon chemin. Le drôle voulait faire sa cour au nouveau maître en se montrant aussi rigide que lui. JI ne se tint donc pas pour battu, et courut rapporter le fait au directeur.

J'étais depuis un quart d'heure absorbé par la lecture A'Alceste, ne songeant plus à cet incident, quand Chérubini, suivi di' mon dénonciateur, entra dans la salle de lecture , la figure plus cadavéreuse , les cheveux plus hérissés, les yeux plus méchants et d'un pas plus saccadé que de coutume. Ils firent le tour de la table où étaient accoudés plusieurs lecteurs ; après les avoir tous examinés successivement, le domestique s'arrêtant devant moi , s'écria : « Le voilà ( » Chérubini était dans une telle colère qu'il demeura un instant sans pouvoir articuler une parole.

« Ah, ah, ah, ah! c'est vous, dit-il enfin avec son accent italien, que sa fureur rendait plus comique, c'est vous qui entrez pai- la porte que, que, que zé ne veux pas qu'on passe I — Monsieur, je ne connaissais pas votre défense; une autre fois je m'y conformeiai. — Une autre fois î Quéquéqué venez-vous faire ici? — Vous le voyez, monsieur, j'y viens étudier les partitions de Gluck. — Et qu'est-ce que, qu'est-ce quéquéqué vous regardent les partitions de Gluck? et qui vous a permis de venir à à à la bibliothèque? — Monsieur (je commençais à perdre mon sang-froid) ! les partitions de Gluck sont ce que je connais de j)lus beau en musique dramati([ue et je n'ai besoin de la permission de per-

sonne pour venir les étudier ici. Depuis dix heures jusqu'à trois la bibliothèque du Conservatoire est ouverte au public , j'ai le droit d'en profiter. — Lélélélé droit ? — Oui , monsieur. — Zé vous défends d'y revenir, moi ! — J'y viendrai néanmoins. — Co-comme-commentcommeut vous appelez-vous? » crie-t-il tremblant de fureur.

Et moi, pâlissant à mon tour : « Mon- j

sieur, mon nom vous sera peut-être i

connu quelque jour, mais pour aujourd'hui... vous ne le saurez pas! — Arrête, a-a-arrête le , Hottin(le domestique s'appelait ainsi) quéquéqué zé lé fasse jeter en prison !) » Ils se mettent alors tous les deux, le maître et le valet, à la grande stupéfaction des assistants, à me pouisuivre autour de la table , renversant ta- j

bourets et pupitres , sans pouvoir m'atteindre, et je finis par m'enfuir à la course en jetant, avec un éclat de rire, ces mots à mou persécuteur . « Vous n'aurez ni moi ni mon nom, et je reviendrai bientôt ici étudier encore les partitions de Gluck. ..

(Berlioz , Mémoires.)

Musique {Powolr de la).

Dans les temps héroïques, les musiciens étaient ordinairement des gens circonspects , et même une espèce de philosophes. Agamemnon eu laissa un à sa femme Clytemnestre pour la garder, et l'aider de ses avis. Cet homme l'entretenait surtout des vertus des femmes, lui inspirait l'amour du bien. Comme il avait d'ailleurs le talent de la divertir, il la détournait du mal sans même qu'elle s'aperçût de la ruse. C'est ainsi qu'Égistlie n'a pu la corrompre qu'après qu'il eut tué ce gardien dans une île déserte.

(Athénée.)

Clinias , philosophe pythagoricien, recomniaudable tant par la régularité de sa vie que par la pureté de ses mœurs , prenait sa lyi'e et en jouait aussitôt qu'il se sentait un mouvement de colère. 11 répondait à ceux qui lui demandaient pourquoi : « Je me calme (1). »

(i) Ce trait rappelle celui Je David calmant, par les accords de sa harpe, les fureurs du mi

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Musique militaire.

En opérant sa descente à Copenhague, Charles XII , impatient de ne pas aborder assez près , ni assez tôt , se jette de sa clialoupe dans la mer, l'épée à la main, ayant de I eau par de là la ceinture : ses ministres, l'ambassadeur de France , les officiers, les soldats suivent aussitôt son exemple, et marchent au rivage malgré une grêle de mousquetades que tiraient les Danois. Le roi , qui n'avait jamais entendu de sa vie de mousqueterie chargée à balle, demanda au major Stuard , ([ui se trouva auprès de lui, ce que c'était (|ue ce petit sifflement qu'il entendait à ses oreilles ? « C'est le bruit que font les halles de fusil qu'on vous tire , lui dit le major. — Bon , dit le roi , ce sera là dorénavant ma musicpie. »

(Voltaire , Hist. de Cliarlcs XII.)

llystificateurs mystifiés.

Jladame de Noizy avait un fils, âgé de quinze à seize ans, auquel elle était bien aise de procurer quelques-uns des plaisirs de sou âge, mais qu'elle désirait être surveillé dans les commencements par un ami prudent qui pût lui en éviter les écueils. Le jeune homme avait grande envie d'aller au bal de l'Opéra , et sa mère crut ne pouvoir mieux faire que de réclamei l'amitié de Marville (lieutenant général de police) pour l'y accompagner. Celui-ci ne fit nulle difficulté d'y consentir, et le prince de Conti, qui se fit informer exactement de la manière dont il serait masqué, ne manqua pas cette occasion de lui jouer un lour cruel. 11 fit lassembler une douzaine de filles publiques, auxquelles il distribua des billets de bal, sous la condition , très-agréable pour elles , d'y tourmenter autant qu'il leur serait possible , le lieutenant de police , dont il leur indiqua le déguisement.

Ces filles, fort contentes, se disposèrent à remplir leur commission avec le plus grand zèle. Elle s'associèrent encore plusieurs de leurs compagnes, et vinrent entourer le magistrat, qu'elles pomsuivirent inhumainement, en le faisant reconnaître de tout le monde , et lui disant toutes les horreurs dont elles étaient capables. Marville chercha inutilement à les dérouter, en faisant semblant de se prêter à la plaisanterie, et paraissant jouer

le rôle de lieutenant de police assez maladroitement pour faire croire qu'elles se trom[iaient.

Il lui fut aisé de savoir que ce perfide tour lui avait été joué par le prince de Conti , et il désiiait avec impatience l'occasion de s 'en venger, sans manquer cependant au respect dû à l'Altesse.

Un jour il apprend que le prince se dispose à aller dîner, le lendemain, dans une maison de campagne à huit lieues de Paris, et qu'il avait demandé ses voitures pour dix heures du matin, comptant bien faire ce petit voyage en moins de quatre heures. Aussitôt le lieutenant général de police dépêche des courriers dans tous les bourgs et villages sur la route, pour avertir que S. A. S. Monseigneur le prince de Conti devait y passer le lendemain et donner ordre de le haranguer et de lui rendre tous les honneurs dus à son rang, ce qui fut exécuté très-ponctuellement.

Arrivé au premier bourg, ;ue le prince s'attend à traverser rapidement, sa voiture est arrêtée p .r les consuls et officiers municipaux en grand costume, et il est forcé d'écouter patiemment la plus plate harangue, à laquelle on imagine bien qu'il répondit brièvement. Il comptait en être quitte , mais, même cérémonie au second, au troisième village, et ainsi d'endroit en endroit, jusqu'à son arrivée , qui ne fut qu'à plus de sept heures du soir.

{Mystères de la police.)

Quelque temps après la représentation de l'opéra de Biaise et Babet, où se trouve la gracieuse chansonnette : Lise chantait dans la prairie , des étourdis allèrent la nuit sous les fenêtres de Monvel, auteur de cet opéra, et l'appelèrent. Il vint à la croisée , et nos plaisants le prièrent de vouloir leur dire quelle était la chanson que chantait Lisette. « Attendez un instant, leur dit Monvel , je vais vous l'apprendre. » Il revint en effet avec un pot à l'eau (d'autres disent un pot de chambre), qu'il leur vida sur la tête en leur disant : « C'était II : pleut , il pleut bergère. »

(Du Mersan, Notice.)

Romieu entre un jour cliez un hor-

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