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loger du Palais-Royal , nommé Leroy , dans l'intention de le mystifier :
« Morvsieur, lui dit-il , avee un accent exotique très-prononcé, qu'est-ce que ces petites machines accrochées à votre devanture? — Monsieur, ce sont des montres, répond l'horloger, en en détachant une pour la mettre entre les mains de Romien. — Ah ! des montres! Et à quoi cela sert-il, s'il vous plaît? — A indiquer l'heure, monsieur. — A indiquer l'heure! Et de quelle façon? » L'horloger s'épuise en explications et en démonstrations, et il en arrive enfin à lui dire comment il faut remonter la montre :
<i Vous la monterez ainsi toutes les vingtquatre heures , lui dit-il. — Est-ce le matin ou le soir? — Le matin, monsieur, — Ah! le malin! Et pourquoi pas le soir? — Parce que le soir, vous êtes ivre, monsieur Romieu , » fit l'horloger eu souriant.
Le maréchal de Castellane, dontl'oiiginalité était proverbiale, avait la manie de questionner ses officiers sur leur origine :
« Quel est votre père? Quelle est votre mère ? Quelle est votie sœur? »
Un jour, quelques-uns des subalternes voulurent s'amuser à ses dépens, et convinrent de faire tous la même réponse :
>i Mon père est cordonnier, ma mère est blanchisseuse , et ma sœur est trèslégère. »
Un dimanche , à la revue de la place BcUecour, le maréchal, ayant déjà obtenu trois fois cette réponse, s'adresse à un jeime officier :
a Que fait votre père ? — 11 est cordonnier. — Et votre mère? — Elle est blanchisseuse. — Assez, je vous connais, fit le maréchal ; votre sa'ur est très-légère, et vous, vous allez garder les arrêts pendant quinze jours. »
lly!«<ifira<ion8.
Buonamico Buffalmacco, ne pouvant souffrir <[ue son maître Andréa Tafi l'appelât à la veillée durant les longues niiiîs d'hiver, imagina l'expédient suivant pour n'être plus forcé de changer la douce chaleur de sou lit contre le froid glacial
de l'alelier. A l'aide d'aiguilles courtes e' fines , il attacha trente petites bougies sur le dos de trente gros escarbots qu'il avait trouvés dans une cave. Dès que l'heure de la veillée fut arrivée, il alluma ses candélabres vivants et les poussa un à un à travers une fente de la porte dans la chambre d'Andréa. Celui-ci allait justement appeler Buffalmacco , mais en voyant ces petites lumières qui circulaient lentement, il trembla de tous ses membres, recommanda son âme à Dieu, récita ses oraisons et ses psaumes, et finit par se cacher sous ses couvertures , attendant en grelottant de peur la venue du jour, sans songer à troubler le sommeil de son malicieux apprenti ; le matin , il lui demanda s'il n'a\ait point été tourmenté par plus de mille démons. Buonamico lui répondit qu'il avait dormi tranquillement, et qu'il était étonné de n'avoir pas été appelé à la veillée. « Ah ! s'écria Tafi, je n'ai pas eu le temps de songer à peindre, et je suis décidé à chercher une autre maison. »
La nuit suivante , Buonamico ne mit en campagne que trois escarbots , mais ils suffirent pour renouveler les terreurs de l'infortuné Tafi , qui, dès la pointe du jour, sortit de sa maison en jurant de n'y plus jamais rentrer. On eut toules les peines du monde à le faire changer d'avis. Buonamico, après lui avoir amené le curé de la paroisse qui le consola de son mieux, finit par lui dire : « .T'ai toujours entendu assurer que les démons sont les plus grands ennemis de Dieu ; par conséquent , ils doivent porter uue égale haine à nous autres peintres, car, non contents de les représenter aussi hideux que possible, nous leur arrachons encore les âmes de maints péch(urs, que nous convertissons par nos tableaux religieux, Et comme la nuit, vous savez, appartient aux démons , si vous n'abandonnez pas complètement l'habitude de veiller, je crains bien qu'ils ne vous jouent des tours plus terribles que ceux dont vous avez déjà été victime. » Par ces paroles et d'autres semblables propos, que le curé ne pouvait (pi'appronver , Bul'faltjiacco arrangea les choses de telle sorte que Tafi cessa d'être aussi matinal. Une seule fois, quelques mois après, il tenta de recommencer ses veillées , mais une nouvelle visite des escarbots le rappela à l'ordre. Cette aventure fut cause que de longtemps
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aucun peintre, k Florence, uosa ti vuiller pendant la nuit.
(Vasari, Histoire des peintres.)
Trois jeunes hommes n'ayant ui denier ni maille, se résolurent ae contrefaire les comédiens pour attraper de quoi passer jiays. Pour cet eft'et s'en allèrent à la \ille de Brou en Beauce, où étant arrivés, ils demandèrent permission au procureur du roi de repiésenter quelques poèmes nouveaux, ce qui leur lut accordé. Aussitôt ils s'informèrent d'un lieu pour faire dresser un théâtre. Quelques habitants, les voyant en [leiue de trouver une place commode , leur adressèrent une grange iort spacieuse , et où il pouvait tenir beaucoup de monde. Ces drôles ayant ju^é ce lieu leur être avantageux, y firent élever incontinent un beau théâtre, et empruntèrent quelques tapisseries pour faire leurs décorations ; ce qu'étant fait, ils affichèrent des placards partons les coins des rues, où étaient écrits ces mots : « Les comédiens du roi représentent aujourd'nui la Fuite des enfants sans argent, pièce qui n'a jamais été vue ni rej)résentée. » En effet, on reconnut au bout du compte que cette comédie était forluouvelle. L'heure de la représentation étant venue, ils envoyèrent un tambour par la ville avec un zani (bouffon). Le monde, curieux de voir ce poème nouveau, accourut de tous côtés. Cependant un des trois enfants sans argent était à la porte, qui faisait payer trois sols par j)ersonne ; les deux autres faisaient les emjiéchés derrière le théâtre, pour faire jouer deux misérables racleurs de boyaux qu'ils avaient loués ce jour-là. Le lieu étant plein , et voyant qu'ils avaient ce qu'ils demandaient , ils commencèrent d'enfiler la venelle, et de prendre le chemin de Va-t'en ; le dernier ferma la porte de la grange à clef , de sorte que personne ne pouvait sortir. Les deux violons cependant continuaient de jouer, attendant que l'on commençât ; la compagnie, ennuyée d'attendre si longtemps, s'écria tout d'une voix : « Holà hc ! messieurs, commencez ; autrement nous reprendrons notre argent. » Mais c'était aboyer contre la lune, d'autant que ces compagnons avaient décliné pedes Or, comme ils fuient à demi-lieue de la ville ou environ , ils rencontrèrent un hourgeois qui
s'en retournait à Brou, lequel ils prièrent de leur faire la faveur de prendre la clef d'une grange qu'ils avaient fermée par mégarde, et l'ouvrir aussitôt qu'il serait arrivé, d'autant qu'il y avait quantité de veaux qui n'avaient mangé de tout le jour. Ce bourgeois, prenant cela jiour argent comptant, ne manqua pas d'aller ouvrir la grange, où, ayant trouvé quantité d'habitants, s'éclata de rire se souvenant de ce que lui avaient dit ces trois bons enfants : les habitants, le voyant rire de la sorte, crurent qu'il leur avait fait jouer ce tour de souplesse par les comédiens; c'est pour quoi ils se jetèrent sur sa friperie, et le battirent tant qu'il n'eut pas une autre fois envie de prendre une pareille commission. A quelque temps delà il se présenta une troupe de comédiens effectifs, les bourgeois s'imaginèrent qu'ils étaient venus |)Our se moquer d'eux une seconde l'ois, c'est pourquoi ils furent étrillés d'importance , et renvoyés aussi vite qu'ils étaient partis.
(Facétieux Réveille-, aatin.)
Il y a deux ou trois ans que M'"" de Rambouillet, ayant fait donner au poète Neufgermain deux cents livres, [>ar le moyen de M. Ménage qui est bien avec M. Servien, surintendant des finances, elle s'avisa de faire une petite malice à Ménage. : >< Vous êtes obligé , dit-elle au poète barbu, d'aller remercier M. Ménage; mais je vous donne un avis : c'est l'homme du monde, après vous, qui aime le mieux à faire des armes ; il ne l'avoue pas à cause qu'il est d'église, si ce n'est à des gens discrets , et il a toujours des fleurets cachés derrière ses livres; priez-le de faire assaut contre vous. » Neufgermain prend cela au pied de la lettre, va chez Ménage, et lui fait le compliment. Ménage se met à rire. « Ne riez point, monsieur, ajoute le poète, vous pouvez vous fier à moi. « Et en disant cela, il regardait sur les tablettes s'il n'y avait point de fleurets. Ménage, pour s'en débarrasser, fut contraint de lui dire qu'il avait été saigné la veille, et qu'il fallait remettre la partie à une autre fois.
(Tallcmant des Réaux.)
Un homme n'ayant point d'argent fil afficher par les rue» que quiconque vou-
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(Irait venir voir un cheval qui aurait la (|iuMic oi'i il devait avoir la tète, ne payerait qu'un sou ; v.e fut à la foire Saint-Germain, où il gagna quantité d'argent, sans faire voir autre chose qu'un cheval attaché au i àtelier par la queue, et ceux qui avaient été pris ne se souciaient pas de leur sou |)our y en attraper d'autres, de sorte qu'ils lui firent gagner heaucoup d'argent. (D'Ouville, Contes.)
Le cardinal de Richelieu avait une troupe de musiciens, au nombre desquels était un abbé, qui jouait supérieurement de la basse de viole, alors extrêmement en vogue. Cet abbé, très-borné d'ailleurs, et cependant assez méchant, avait le front très-étroit. Sur quoi l'abbé de Boisrobert, qui avait eu à s'en plaindre, et qui ne cherchait que les occasions de divertir le cardinal, feignit nn jour de se réconcilier avec le musicien; et pour lui prouver qu'il était sans rancune, l'avertit que s'il voulait profiter [de l'estime que Son Éminence avait pour lui, il fallait qu'il se hâlàt de lui demander l'abbaye de Cid/ie-étroit, dont le titulaire venait lui avait-on dit, de mourir. Et au cas qu'il vous l'accorde, ajouta Boisrobert, vous irez sur-le-champ chez le secrétaire de S. E., pour qu'il vous dise dans quelle province est cette abbaye.
Après beaucoup de remercîments et de protestations de se ressouvenir du bon avis qu'il lui donnait, l'abbé vole chez le ministre , et lui demande l'abbaye de Crdne-étroit. Le cardinal, qui dans le moment se douta que cet homme n'avait pu lui être envoyé que par Boisrobert, faisant effort pour conserver son sérieux, lui dit : « Oui-dà, monsieur l'abbé, je vous accorde avec plaisir l'abbaye de Crdne-étroit, et je ne doute point que vous ne la conserviez le reste de vos jours. «
Alors l'abbé, comblé d'aise, ne perd point de temps, et va du même pas chez le secrétaire du ministre, homme trèsgrave et n'aimant point à rire, qui, sur la demande de l'abbé , imaginant qu'il était envoyé pour se moquer de lui, après l'avoir toisé de la tête aux pieds, lui dit, de l'air et du ton le plus méprisant : n Que diable venez-vous me lanterner, avec votre abbaye de Crdne-étroit?.,, Apprenez, monsieur le visionnaire, que cette
abbaye ne subsiste (|ue sur votre front, et laissez-moi en paix. «
Le pauvre abbé, sentant alors qu'il était joué, se hâta de se retirer chez lui, pour se soustraire, surtout dans les premiers moments, à la risée des courtisans du cardinal.
(De La Place, Pièces intéressantes.)
Un des meilleurs contes de Boisrobert, c'tst celui des trois Racan. Deux amis de M. le marquis de Racan surent qu'il avait rendez-vous pour vair M"^ de Gournay. Elle était de Gascogne, fort vive, et un peu emportée de pon naturel ; au reste, bel esprit, et, comme telle, elle avait témoigné, en arrivant à Paris, grande impatience de voir M. de Racan, qu'elle ne connaissait pas encore de vue.
Un de ces messieurs prévint d'une heure ou deux celle du rendez-vous, et fit dire que c'était Racan qui demandait à voir Mlle de Gournay. Dieu sait comment il fut reçu. Il parla fort à M""* de Gournay des ouvrages qu'elle avait fait imprimer, et qu'il avait étudiés exprès. Enfin, après un quart d'heure de conversation, il sortit, et laissa Mi'^ de Gournay fort satisfaite d'avoir vu M. de Racan.
A peine était-il à trois pas de chez elle, qu'on vint lui annoncer un autre M. de Racan. Elle crut d'abord que c'était le premier qui avait oublié quelque chose à lui dire, et qui remontait. Elle se préparait à lui faire un compliment làdessus, lorsque l'autre entra et fit le sien. M"' de Gournay ne put s'empêcher de lui demander plusieurs fois s'il était véritablement M. de Racan, et lui raconta ce qui venait de se passer. Le prétendu Racan fit fort le fâché de la pièce qu'on lui avait jouée, et jura qu'il s'en vengerait. Bref, Mlle de Gournay fut encore plus contente de celui-ci (|u'clle ne l'avait été de l'autre, parce qu'il la loua davantage. Enfin il passa chez elle pour le véritable Racan, et l'autre pour un Racan de contrebande.
Il ne faisait que de sortir lorsque M. de Racan, en original, demanda à parler à Mlle de Gournay. Sitôt qu'elle le sut, elle perdit patience : » Quoi! encore des Racan? dit-elle. )> Néanmoins on le fit entrer. M"e de Gournay le prit sur un Idi fort haut, et lui demanda s'il venait pour l'insulter. M. de Racan, qui d'ailleurs u'é-
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luit pas trop feiié parleur, cl (pii s'attendait à une autre réception, eu fut si étonné, qu'il ne put répondre qu'en balbutiant. M"e de Gournay, qui était violente, se persuada tout de bon que c'était un liomme envoyé pour la jouer, et défaisant sa paiitoutle, elle le chaigea à giaiids coups de mule, et l'obligea de se sauver. J'ai vu jouer cette scène par Boisrobert, en présence du marquis de Racan, et ((uand on lui demandait si c'était vrai : 't Oui-dà, disait-il, il en est quelque chose. »
[]\Ieiiagtana.)
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Deux pèlerins allant en un certain pèlerinage, étant tard, ils virent un château de fort belle apparence, qui leur fit croii e <ju'il y avait dedans des personnes de condition, qui leur pourraient faire la faveur de les loger cette nuit. Ils furent donc demander la passade, et logement pour la nuit, que le seigneur du logis leur accorda. On les fit souper, et après souper on les mène coucher dans une grande chambre, dont le plancher était fort exhaussé, comme ordinairement il est aux grandes maisons comme celle-là.
Les laquais, pour se donner du plaisir de ces pauvres pèlerins, avaient fait quatre petits trous au-dessus du plancher de la chambre où devaient coucher ces pèlerins, justement vis-à-vis des quatre piliers de la petite couchette où ils devaient être, et dans la chambre d'au-dessus ils avaient mis quatre poulies, par le moyen desquelles, et de quatre cordes peu à peu ils élevèrent leur lit jusqu'au plancher, sitôt qu'ils les sentirent endormis. Comme ce vint vers la minuit, il prit envie à un de ces pèlerins de faire de l'eau, et baissant son bras pour prendre le pot, et ne le trouvant pas, il descend encore plus bas, tant que la tète emporta le cul, tombant du haut du plancher en bas, et en tombant il fit un tel bruit et un tel cri, que l'autre étant réveillé en sursaut, et l'oïant plaindre, il se jette du haut en bas du lit; mais il éprouva qu'il y avait bien plus haut qu'il ne pensait, et se pensa rompre bras et jambes; l'un criait d'un côté, l'autre de l'autre.
Enfin, étant un peu remis, ils voulurent retourner en leur lit; mais ayant plusieurs fois fait le tour de la chambre sans ''avoir pu trouve;-, comme ils n'a-
vaient garde puisqu'il était r< tenu au plancher, ils furent contraints de se coucher à terre tout nus, où ils passèrent le reste de la nuit.
Cependant les laquais, petit à jietil, laissèrent par les poulies retombir le lit jusque à terre, et comme ils se ri veillèrent au point du jour, ils furent tout étonnés qu'ils virent leur lit assez procbi' d'eux, et se rappelant qu'ils ne l'avaient pu trouver, ils crurent être enchantés.
Nos deux pèlerins partirent de grand matin sans dire adieu à personne et sans se vanter de ce qui leur était arrivé.
(D'Ouville, Contes.)
Au retour de monsieur le chevalier de Chaumont, de son ambassade de Siam, quelques personnes voulurent le divertii', à Caen, aux dépens de l'abbéde Saint-Mari in, autrement l'abbé Malotru. Il y en eut trois qui se firent faire des habits de maïul;;rins; ils furent trouver l'abbé ainsi I nbillés, avec un truchement, pov lui dire que le roi leur maître ayant entendu parler de SCS belles et très-rares qualités, il avait l'ait demander au roi la permission de l'emmener avec eux, s'il y voulait bien venir, pour convertir à la foi chrétionuc tout le royaume de Siam; que Sa Majesté Siamoise avait conçu une si haute idée de sa personne sur son portrait, qu'elle voulait en faire son premier mandarin. L'abbé fit son compliment à un honneur si extraordinaire, et donna ordi e à ses affaires pour partir incessamment ; mais quand on s'en fut bien diverti, on supposa un ordre d'en haut pour l'en cm- [)èclier.
L'abbé Malotiu disant un jour la messe aux Cordeliers de Caen, au premier Dominus vobisctim, il s'aperçut que M. de Lasson riait avec un de ses amis. L'abbé, qui se douta avec raison que c'était de lui, ne dit mot, et acheva sa messe; après quoi il envoya chercher un sergent pour faire assigner Lasson à réparation d'honneur, pour avoir ri de*^Iui pendant qu'il disait la messe.
M, de Lasson dessinait parfaitement bien ; il en fit le portrait tel qu'il était lorsqu'il disait la messe. L'affaire fut portée au bailliage, où tout Caen se trouva pour entendre les plaidoyers de ces deux célèbres personnages, l'un parsa folie, et l'autre par son esprit. Après que l'abbé
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eut fait son plaidoyer, qu'il avait coniluencé dès la création du monde, Lasson, déployant son portrait ; « Messieurs, ditil, il est vrai que je ne me suis pu empêcher de rire en voyant la figure de l'abbé de Saint-Martin, et je l'apporte ici, persuadé que je suis, i[ue, tout Gâtons que vous êtes, vous ne pouvez vous dispenser d'en faire de même ; et je demande que cette figure soit mise au greffe, et paraphée ne vanetur, comme la meilleure pièce de mon sac. »
Les juges, qui ne purent s'abstenir d'éclalei- de rire, en voyant une si burlesque ligure, se levèrent de leur siège, et renvoyèrent les parties hors de cour et de procès, dépens compensés.
Si le portrait de l'abbé était si risible, c'est parce que l'original était fort laid, et qu'il avait toujours neuf calottes sur la tète pour se garantir du froid, avec une perruque par-dtsssus, qui était tonjuurs mal peignée; de manière que sa figure n'était jamais dans une situalion naturelle. 11 avait neuf paires de bas l'une sur l'autre, comme neuf caloltes; son lit était de brique, sous lequel il y avait un fourneau, où il faisait faire du feu, pour se donner tant et si peu de degrés de chaleur qu'il en souhaitait : ce lit n'avait qu'une fort petite ouverture par où il se touciiaif, comme ceux de bois des Espagnols
(Fureticriana.)
Voiture avait fait un sonnet dont il était assez content ; il le doinia à M"'" de Rambouillet, qui le fit imprimer avec toutes les précautions de chiffre et d'autre chose, et puis le fit coudre adroitement dans un recufil de vers, imprimé il y avait assez longtemps. Voiture trouve ce livre, que l'on avait laissé exprès ouvert à cet ondroit-là : il lut plusieurs fois ce sonnet; il dit le sien tout bas, pour voir s'il n'y avait point quelque différence ; enfin cela le brouilla tellement qu'il crut avoir lu ce sonnet autrefois, et qu'au lieu de le produire, il n'avait fait que s'en ressouvinir; on le désabusa enfin, quand on eut assez li.
(Tallemant des Réaux.)
^ui, Sganarullc chante ce couplet à sa bouteille :
BouUille jolie!
Qu'ils sont doux, Vos petits gloiix-gloux
Le président Rose se trouvant avec Molière, dans une com|)agnie nombreuse, l'accusa, d'un ton fort sérieux, d'avoir été plagiaire, en s'appropriaut cette chanson, et de ne pas en faire honneur à son auteur. Molière soutint qu'elle était de lui. Rose soutint au contraire qu'elle était traduite d'une épigramme latine , imitée ellemême de l'anthologie grecque. Molière défie son contradicteur de produire l'épigramme ; Rose la lui récite sur-lcclianip , telle qu'il l'avait faite :
Quihn dtilces , Am/ihora amaiia , Qiiàm dulces
Dum fundis merum in calices, Utinam esset scinper pleiia!
,-tli! ah! cara meu lagena!
f^aciia cur Jaces !
La latinité avait assez le goût antique pour tn imposer aux connaisseurs en ce genre. Molière paraissait confondu, lorsque son ami, après avoir joui de son embarras, s'avoua enfin pour l'auteur des glouxgloux latins.
{Jim. lut., 1780.)
M. Dangeois, homme de qualité, aimait Santeuil à cause de ses plaisanteries. Il le mena un jour avec lui à sa maison de campagne, et voulant lui jouer un tour, il dit au laquais qui le conduisait à la chambre où il devait coucher, de prendre adroitement son haut-de-chausse et sa soutanelle et de les lui apporter. Le laquais ayant réussi à s'en emparer, il les apporta à son maître, qui les fit rétrécir; ensuite ou les rapporta dans la chambre où dormait Santeuil (1). Dès qu'il fut jour, M. Dangeois vint heurter à sa porte, et Santeuil s'éveillant en sursaut • « Qui est là } dit-il. — C'est moi , répondit M. Dangeois en entrant : avez-vous bien dormi.!' — Pas trop, repartit Santeuil.? — Vous êtes donc malade.' continua M. Dangeois. — Point du te it, ajouta 1b
. (i) Voir dans Tallemant des Réaux une histo-
Ou sait qui dans le Médecin malgré rlclic analogue, qui se passa à l'hôtel Ramboui.lut.
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pocto. — AssiiirmiMit, vous lotcs , car vous avez un fort mauvais visage. — Je ne sens pourtant point de mal, » dit Santeuil. Il se leva en disant cela, et prit son haut-de-chausse qu'il ne put jamais mettre, et ensuite sa soutanelle, qu'il déchira en voulant la vèlir. Cela surprit Santeuil, qui, à force d'entendre dire qu'il était malade, le crut véritablement, et se remit a\i lit.
M. Daiigeois envoya chercher un médecin, qu'il avait prévenu d'avance. Ce dernier tàta le pouls à notre poëte, demanda à voir sa langue et son urine, et dit qu'il était plus mal qu'on ne croyait. Santeuil assurait cependant qu'il ne sentait point de mal : « Tant pis, repartit le médecin, c'est signe que le mal vous accable et vous ôte le sentiment. 11 faut prendre ce soir un lavement; demain matin on vous saignera, « ce qui fut fait.
Le médecin étant revenu voir Santeuil le jour de la saignée, lui demanda comment cela allait. » Assrz bien, il faudra me purger demain .^ — Oui, monsieur, ajouta le médecin, » et on lui donna le jour suivant un grand verre de vin de Canarie, qu'il but jusqu'à la dernière goutte. Ayant pris cette agréable médecine : « Mais, dit-il, elle ne me semble pas comme les autres; elle est meilleure, et j'en prendrais bien davantage si l'on m'en donnait. — C'est assez pour aujourd'hui ; on verra demain s'il vous en faudra encore. »
Une heure après, le médecin vint voir l'effet de la médecine, et ayant demandé au prétendu malade en quel état il était : « J'ai besoin, dit-il, d'une médecine, et vile une médecine, monsieur le docteur.
— Que sentez-vous.' — Beaucoup de chaleur, dit Santeuil. — Il faut vous rafiaîchir, )> et en même temps il lui fit boire une bouteille de vin blanc en guise de limonade. Pendant qu'il buvait, il disait qu'ilts'accommoderait foi t des médecins et des médeciuesdu pays, et qu'on ne traitait pasailleurs les malades avec d'aussi belles méthodes : «Noususonsici, ditle médecin, des remèdes propres aux maladies des malades. — Parbleu ! dit alors Santeuil en se levant brusquement de son lit, je crois qu'on se moque de moi, je meportebien. » Il se met aussitôt à chanter, danser, et faire mille ])ostures (pii égayèrent son hôte, le médi'cin et tous teu.x ([ui étaient avec eux. l^Saiiloliana^
Deux jours uvant la revue d'un deS camps de Compiègne, M. de Lauzun demanda au comte de Tessé s'il avait bien songé à tout ce qu'il lui fallait pour salut r le roi à la tête des dragons, dont il était colonel-général. Et là-dessus ils parlèrent du cheval, de lliabit et de l'équipage : « C'est fort bien, lui dit Lauzun ; mais le chapeau! je ne vous en entends point parler. — Mais non, répondit Tessé, je compte avoir un bonnet. — Un bonnet , repartit Lauzun, y pensez-vous! \m bonnet! Le colonel-général, un bonnet!
Monsieur le comte, vous n'y pensez pas ! — Comment donc, lui dit Tessé, et d'où peut venir votre étonnement.' »
Lauzun se fit prier longtemps avant que de parler. Enfin, vaincu par ses instances, il lui dit qu'inie distinction de cette charge était de ne paraître devant le roi qu'avec un chapeau gris. Tessé, surpris, avoue son ignorance, et dans l'effroi de la sottis' où il serait tombé sans cet avis, se répand enremercîments, et court dépêcher un de ses gens à Paris pour lui en rapporter un chapeau de cette couleur.
Le jour de la revue, Tessé se trouve au lever du roi, qui, fort étonné de lui voir un chapeau gris, lui demande où il a pris cette coiffure. L'autre, se pavanant, lui répond qu'il l'a fait venir de Paris. « Et pourquoi faire.? dit le roi. — Sire, reprend Tessé, c'est que Votre Majesté nous fait l'honneur de nous voir aujourd'hui. — Eh bien, ajouta le roi, encore plus surpris, qu'a cela de commun avec ini chapeau gris.' — Sire, dit Tessé, qui commençait à être embarrassé, c'est que le privilège du colonel-général est d'avoir ce jour-là un chapeau gris. — Un chapeau gris! reprit le roi, où diable avez-vons pris cela.' — C'est M. de Lauzun, Sire, l)0ur qui vous avez créé cette charge, qui me l'a dit. » Et aussitôt le duc de Lauzun d'étoulferde rire et de s'éclipser. « Lauzun s'est moqué de vous, répondit le roi un peu vivement. Croyez-moi, envoyez tout à l'heure ce chapeau au général des Prémontrés. « Quoique la plaisanterie de Lauzun fût un peu forte, Tessé n'osa s'en fâcher, et la chose en demeura là.
{Mémoires anecdot.) (1)
(i) Cette anecdote, comme plusieurs autres du même recueil, est tirée à peu près textuellemrnt dt:^ Mémoires de Snint-.Simon, .Tvec leseonccliiirs que puroissait Jl 111:1 n il cr au goût du tempo le mauniis style de VauUur.
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M. Galland, Iracliicteur des Mille et une Nuits , drbutail pai- ces mots dans presque tous ses contes : Ma clière sœur, si vous ne dormez pas, faites-nous un de ces beaux contes que vous savez. Cette uniformité déplut, et l'auieur en essuya plusieurs railleries, entre autres celle-ci : Quelques jeunes gens qui venaient de souper en ville, passant par la rue Daupliine où M. Galland demeurait, l'appelèrentde toute leur force. Éveillé par leurs cris, il se jette hors de son lit, et court tout nu à sa fenêtre. Il faisait le plus grand froid. Après différentes questions, les jeunes gens finissent par lui dire : « Monsieur Galland, si vous ne dormez pas, faites-nous quolfju'un de ces beaux contes que vous savez. »
(Gtilcrie de rancienne cour.)
On veut qu'il y ail, dans un couvent de Paris, une fille à marier, à laquelle on donnera 30,000 livres de renies à Paris et ■i 0,000 en province. Donation seia faite de ses biens à l'époux futur par contrat de mariage. On ne demande point que le mari soit riche, beau, bien fait, ni decondition, j)as même d'esprit; on le veut honnête homme et qu'il ait du bon sens. La lille est bien faite, a de l'esprit et de la raison, sait beaucoup, et a été fort bien élevée; mais, comme il faut absolument qu'il y ait un mais, cette fille est obligée d'avoir continuellement un masque d'argent sur le visage, attendu que sa tête, du moins sa face, est précisément celle d'une tête de mort; que de temps en temps, il lui prend des i éléments semblables à ceux de la mort, et que ces accès finissent par les derniers soupirs d'un mourant (1).
(Collé, Journal.)
Un plaisant de la cour s'est amusé beaucoup, à la dernière procession des Cordons bldis, aux dépens d'un provincial qu'il fiiut supposer bien crédule. 11 aperçut cet homme dans la foule et le reconnut, à son admiration stupide, pour une victime du ridicule. Il s'en approcha. (Monsieur ne connaît pas Versailles, à ce qu'il paraît.'' »
(i) Cette histoire de la fille à la tête de mon <|ii(' Cdlli' somble ici prendre au sérieux, rlai uni' inyslifii;iti(iii qui fut jioussiju Ues-loiu et cju abubU beaucoup de nuindc.
— Le Provincial : a Non, monsieur. ■ — Le Plaisant : Et par conséquent, la cour.^
— Le Provincial : Pas davantage. Ayez la bonté, monsieur, de me dire quel est ce vieux seigneur qui marche encore si tiroit.' (c'était le vieux Kichelieu.) — /,f Plaisant : C'est le vicomte de Turenne.
— Le Provincial : Je le croyais mort. — Le Plaisant : On le croit en province. — f.e Provincial : Et ce vieux cardinal ? — /.(■ Plaisant : Mazarin , qu'on a dit m'irt aussi, pour des raisonsque je vous raconterai. — L.e Provincial : Et cette dame si cassée.' (c'était la vieille Bassompierre. )
— Le Plaisant: Celle-là, c'est la feue Reine. >.
(Métra , Corrc.ywudance secrète.)
Benoît XIV était naturellement gai ; il prenait quelquefois son médecin même pour l'objet de ses plaisanteries. Lusini , c'était le nom du docteur, y donnait assez souvent lieu par une passion poussée à l'excès pour la géographie. Le saint-père aimait beaucoup le cardinal Gaëtano, aflligé d'une maladie fort incommode. Le pape avait trouvé une expression qui lui sauvait, lorsque Gaëtano venait lui faire sa cour, le désagrément de lui demander comment allaient ses hémorroïdes : « En quel état est votre mappemonde ? » lui demandait-il, « Docteur, dit un jour Benoît XIV à Lusini , vous croyez connaître toutes les cartes singulières possibles; ch bien, vous n'avez sûrement rien vu de comparable à la mappemonde que possède le cardinal Gaëtano. — Est-il possible.' s'écria le médecin géographe. En vérité, je ne savais pas que SonÉminence ei'it un trésor semblable. — Oh ! répliqua le saintpère, le cardinal n'a que cette mappemonde, mais ce n'en est pas moins une fort belle chose à voir, et je vous en réponds. Volez dans ce moment chez lui, et demandez-lui de ma part le plaisir de la bien examiner. » Le docteur court à l'instant chez l'Émincnce, et s'annonce au nom du pape, en expliquant le motif de sa visite. Le cardinal était au lit, et souffrait beaucoup. (c Que Sa Sainteté est bonne! s'écria-t-il, et comment pourrai-je jamais reconnaître tant d'attention ? » Alors Gaëtano s'arrange derrière ses rideaux, les soulève ensuite, et étale aux yeux de l'amateur la mappeuioiide la plus fournie, la plus arrondiela p!us singulière qui exislàt dans Rome.
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A cotte Mie, Lusini demeure pétrifié.
« Eh bien, docteur, lui dit le cardinal , faites donc librement votre examen, et allez rendre compte au pape de l'état déplorable où je me trouve. » Lusini, outré du tour qu'on lui a joué, n'en veut pas entendre davantage , retourne furieux au palais du pontife, et l'accable de reproches. Le pape en rit jusqu'aux larmes. {Almanacit littéraire.)
Des railleurs imaginèrent de faire croire à Crébillon fils qu'il avait perdu cet esprit facile, léger, délicat, bonnement caustique, qui le rendait si aimable dans les sociétés. Crébillon fils, dans un souper, voyant tous ses amis hausser les épaules à chaque mot qu'il disait, s'imagina n'avoir proféré que des sottises, lorsqu'il avait été plus brillant que jamais. Il tomba dans un fauteuil, et s'écria douloureusement : «Il est donc vrai, mes amis, quel je n'ai plus d'esprit ! Hélas ! il y a quelque temps que je m'en suis apenu. Mais pourquoi m'avez-vous laissé parler? » ... Cette charmante bonh( mie révélait une âme sans orgueil. Il n en l'ut que plus cher à ses amis, qui l'embrassèrent, en lui certifiant qu'il était toujours aussi spirituel que bon.
(Mercier, Tableau de Paris.)
Le Docteur Hill, piqué contre la Scciété royale de Londres, qui l'avait refusé pour un de ses membres, imagina, pour s'en venger, une plaisanterie d'un genre neuf : ce fut d'adresser au secrétaire de cette académie, sous le nom supposé d'un médecin de province, le récit d'une cure récente dont il s'annonçait pour être l'auteur. « Un matelot, écrivait-il, s'était cassé la jambe. M'étant trouvé, par hasard, sur le lieu, j'ai rapproché les deux parties de la jambe cassée, et après les avoir fortement assujetties avec une ficelle, j'ai arrosé le tout d'eau de goudron. Le matelot, en très-peu de temps, continue le malin docteur, a senti l'efficacité du remède, et n'a point tardé à se servir de sa jambe comme auparavant. »
Or celte cure se trouvait publiée dans le temps que le fameux Barkeley, évèque de Cloyne, venait de faire paraître son livre sur les vertus de l'eau de goudrou, ouvrage oui faisait beaucoup de bruit, et
qui excitaitla division parmi les médecin?. La relation du docteur fut lue et écoulée très- sérieusement dans l'assemblée publique de la Société royale, et l'on y disputa de la meilleure foi du monde sur la cure mer\eilleuse. Lesuns n'y virent qu'un témoignage éclatant en faveur de l'eau de goudron; les autres soutinrent, ou (jne la jambe n'était pas réellement cassée , ou que la guérison n'avait pu être si rapide. Ou allait imprimer pour et contre, lorsque la Société royale reçut une seconde lettre du médecin de province qui écrivait au secrétaire : « Dans ma dernière j'ai omis de vous diie que la jambe cassée du matelot était une jambe de bois. » La plaisanterie ne tarda pas à se répandre, et divertit beaucoup les oisifs de Londres aux dépens de la Société royale (1).
Jourit. de Paris, 1785.)
Poinsinet Icjcuue, quoique garçon d'esprit, avait une confiaiue siaveugle en Palissot, que celui-ci lui faisait accroire l<s absurdités les plus ridicules, et le rendait perpétuellement le jouet de toutes les sociétés qu'ils fréquentaient.
Un jour Palissot lui fit voir une lettre supposée d'uu souverain d'Allemagne , portant commission de chercher en France un jeune homme, versé dans la littérature, qui voulût bien se charger de l'éducalion du prince héréditaire. Poinsinet pria son ami de lui ménager cette place ; Palissot lui promit d'écrire en sa faveur. Quelque temps après il feignit d'avoir reçu la réponse désirée. « 11 défend de toi, lui dit-il, d'être le gouverneur du jeune priuce; il y a cependant un obstacle. — Un obstacle ! Quel est-il.' — C'est que le prince est luthérien, et qu'il faut être de sa religion. — Qu'à cela ne tienne, répond Poinsinet ; je me fais Turc, Juif, Bramin, s'il le faut. » Sur cette assurance, on prend jour pour lui faire faire abjination, et il signe devant témoins une profession de foi, telle qu'il avait plu de l'imaginer.
Cela passait la plaisanterie; on fit sentir à Poinsinet les consi'fH'.ences d'ure pareille action ; on lui dit même qu'il y
(i) Pans Paris, FersailUs et les provinces an Xf'IW siècle, l'anecdote est transporlie en France , la communication est faite à l'Acadcniii; lie chirurgie par le baron d'Holbach, c|ui a étcmystifié le premier par une lettre d'un de sc§ amis,
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avait des ordres pour l'arrêter comme renégat. C'était un nouveau pcrsiQagede ses Ijonsamis : par leur conseil il se travestit etr femme, ainsi que Pourceaugtiac , els'euferme dans une cave, on il ne se croit pas encore eu si'irelé. Ou lui persuade qu'un certain philosophe cabalistique possède le secret de rendre invisible; il veut en taire l'épreuve : l'adepte prétendu lui trotte le visage d'une pommade jaune, et le conduit chez Landel , fameux traiteur, chez lequel on s'était assemblé poui' souper. Il entre comme on était à table , ou ne fait pas semblant de l'apercevoir. On parle de lui comme s'il était absent,
c'est-à-dire
qu on ne ménage ni ses mœurs
ni sou esprit. On ne se contente point de mettre son amour-propre à la torture : tantôt on lui jette un verre de vin par le nez, tantôt une assiette dans les jambes. A toutes ces gentillesses il disait en luimême : « Bon, l)on, je suis invisible. » Encouragé par cette expérience, il prend la résolution de voler sou père en sa présence même. 11 s'introduit dans son cabinet en marchant sur la pointe du pied, parce qu'on lui avait dit que, s'il posait le talon à teire, le charme cesserait. Le père, qui était alors occupé, ne s'aperçut pas t(ue sou fils était entré; mais en tournant la tète, il le vit comme il prenait de l'argent dans son secrétaire. Le bonhomme n'était point au fait de la myslificaiion ; aussi donua-t-il une trentaine de coups de fouet à son drôle, qui les soul'frit patiemment, ens'écriant seulement par intervalles : «Je sens bien que j'ai tort, sûrement j'ai posé le talon (1). »
Une autre fois ou lui dit qu'un certain homme l'avaitinsulté, qu'il fallait eu tirer vengeance, ou (pi'il seiait honteusement chassé de la société. Ou l'enivra pour lui dounerdu courage, et quand il fut déterminé à se battre, on lui opposa une (iguie de |)aille qu'il perça d'un grand coup d'épée. 11 crut avoir tué son homme ; nouvelles alarmes : il se tint encore caché jusqu'à ce qu'on vînt lui annoncer sa grâce.
.le ne parle point d'une carpe du Pont- Rojal qui lui annonç:i ses hautes destinées, ni d'une infinité d'autres niaiseries auxquelles il ajoutait foi ; ce qu'on ne croi-
(il Voir (tans les Contemporains de Molière, \>av iM. V. l'ournel, t. 1 (Didot), le Jaloux ini'isibU; de liiccDurl, d'où cette m^stiCHation paraît imiléc.
rait jamais, si le fait n'était attesté parle nombre de témoins et par lui-même.
(Favart, Mémoires.)
Dugazon, le roi des valets delà comédie, ce mime admirable dont la mobilité de physionomie était telle, qu'il avait trouvé quarante manières de remuer le nez, peut passer pour un des plus intrépides mystificateurs qu'il y ait jamais eu. Tantôt c'était un maître d'écriture à qui ilfaisait croire qu'on venait de le décorer de l'ordre de Saint-Michel , et qu'il emmenait en gilet serin, en habit cerise, pour remercier le roi à l'aide d'une harangue en latin de cuisine qu'il avait eu soin de forger lui-même. Tantôtc'était sonénorme camarade Desessarls, le but ordinaiie de ses plaisanteries, qu'il conduisait engrand deuil chez le ministre pour lui demander, au nom de la Comédie-Française, de reconnaître les longs services de cet excellent comédien , en lui accordant la survivance de l'éléphant qui venait de mourir à la ménagerie du roi. Desessarts, furieux, le provo((ua en duel; sur le terrain, Dugazon tira de sa poche un morceau de blanc d'Espagne, et traça un rond sur le ventre de son adversaire, en disant :
« Mon ami, ta rotondité me fait la partie trop belle, laisse-moi égaliser les chances. Tout ce qui sera hors du rond ne comptera pas. »
On connaît encore cette invitation à dînerdumèmeau même, dans un restainant dont l'allée avait été choisie assez étroite pour ne pouvoir livrer passage à ce dernier. Dugazon était à la fenêtre décoiffant une bouteille, et lui criant qu'on n'attendait plus que lui pour manger les huîtres, tandis que Desessarts, violemment surexcité par celte vue, Vefforçait en vain de franchir le défilé. Il fallut transporter la table dans une maison voisine.
(V. Foiu-ncl, C urioshcs théâtrales.)
La société connue à Paris sous le nom de celle des intendants des Menus-Plaisirs du roi était aussi aimable que M. de Marmontel la représente dans ses Mémoires. Deux personnages surtout y jouaient les principaux rôles, quoiqtie dans un genre bien différent. M. deCury, par la finesse, la cultin-cetla légèreté de
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son e>pi'it, en faisait le plus graïul agiémeiil ; un Lyonnais, M. Miclioii, qui ne manquait pas non plus d'un certain genre d'esprit, mais qui , dans un âge déjà avancé, partagent toujouis avec une gravité ridicule les folies d'un cercle de jeunes gens occupés uniquement de leurs plaisirs, était le plastron continuel des plaisanteries de ces messieurs. La boniiomie de son caractère ne rem,iècliait pas de prendre quelquefois de l'humeur quand on le tourmentait trop vivement , et sentant alors le ridicule du rôle qu'il jouait dans cette société, il voulait s'en éloigner. Mais quelques caresses qu'on ne manquait pas de lui faire , la persuasion d'en être aimé, la gaieté qui y régnait, l'y ramenaient bien vite.
Un soir ces messieurs le mènent dans un petit spectacle de marionnettes. Une partie d'entre eux se place avec lui sur le devant d'une loge, l'autre vis-à-vis. M. Micbon éternue ; M. de Cury, qui se trouvait en face, se lève, et avec une profonde révérence, crie : « A vos souhaits, monsieur Michon de Lyon. » Celui-ci prend très-bien la plaisanteiie, se lève et rend le salut en remerciant ; tous les spectateurs se tournée, et rient de cette figure qui, par son costume surtout, était grotesque. Le spectacle commence; le maitre gronde et menace Polichinelle, qui, soit qu'on lui eût donné le mot ou non, répond : «Je m'en moqu^ comme de la perruc[ ue à M. Michon de Lyon.» Celui-ci, ne doutant plus que ce ne fût un mauvais tour arrangé d'avance pour le rendre l'objet de la ri sée du public et des histrions, sort en fureur de la salle. MM. de Cury, de la Ferté, Bertin l'accompagnent, parviennent à le calmer un pcn, et, pour assurer la paix, l'emmènent avec eux souper chez mademoiselle Uns , maîtresse de M. Bertin. Cette actrice , qui ne le connaissait point, demande quelle est cette figure hétéroclite? M. de Cury répond tout bas : « C'est un homme très -aimable, d'unegaieté originale, maisnaturellementtimide. H l'est encore plus en ce moment, parce qu'il vient de lui prendre une attaque de certaines coliques auxquelles il est sujet, et dont le seul remède est de lui frotter le ventre avec des serviettes bien chaudes. Ne le lui proposez pas, car il n'oserait pas accepter; mais ordonnez (|n'on en chauffe, et dès qu'elles seront apportées, vous le forcerez bi jn à se lais-
ser faire. » Ma lemoiselle Ilns.de la meilleure foi du monde , donne des ordres en conséquence. On apporte des serviettes brûlantes , et c'était au milieu de l'été . Elle va à M. Micbon, lui dit qu'elle n'ignore pas combien il souffre, l'engage à déboutonner sa veste pour se laisser frotter, se nïet elle-même aie déboulonner.
Le bonhomme, d'abord fort étonné d'une proposition aussi singulière, s'aperçoit en - (in qu'il est encore le jouet de la société, se fâche sérieusement, et finit par se sauver de fort mauvaise humeur, bien résolu de ne plus fréquenter des étourdis dont les plaisanteries continuelles commençaient à le mortifier. Mais on a vu que ses bouderies n'étaient pas de longue durée.
Il se raccommoda encore avec la société, et il était dans la maison de campagne de M. de Cury, à Chenevières, quand il parut un ouvrage de l'abbé Pernetti, intitulé : Les Lroniiais dignes de iném.)'i c, dont il s'engoua d'autant plus , que sa famille et sa personne même y avaient une notice aussi honorable que juste. M. de Cury ne manqua pas cette occasion de lui jouer un nouveau tour. Dans un exemplaire du Mercure du mois, à la place de deux pages peu intéressantes, il en fit intercaler deux autres imprimées avec des caractères pareils, qui portaient sur cet ouvrage la critique la plus anière , terminée par ces mots : « Que nous importe, en ef- |pt, i[\\ Aniiibal Miclion , ou Animal Bi- <,7to« vive dans le célibat .' Si la nature lui a refusé les avantages nécessaires pour perpétuer son espèce, il ferait mieux de solliciter une placedans le sérail de Constantinople, que de végétera Paris, où l'auteur assure qu'il a établi son domicile. » On place le journal marqué à cet endroit sur la cheminée du salon. M. Michon, trèsavide de nouveautés littéraires, ne manque pas de l'oi'.vrir avec empressement, se met en fmeur en lisant cet article, se fait amener des chevaux de poste, et part pour Paris, dans le ferme dessein d'aller demander une réparation authentique à Marmontel , contre lequel il était d'autant plus piqué que, le connaissant particulièrement, il ne doutait pas qu'il n'eût eu l'intention formelle de l'insulter grièvement. Il arrive chez l'auteur du Mercure, se plaint avec tonte la colère dont il est encore pénétré, et est fort étonné d'ene tendre nier positivement un fait sur lequl-
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il n'a pu se méprendre. Marmonlcl lui l'ait voir vingt exemplaires du Blcrcitve où cela n'était point, et parvient, avcci)eaucoup de peine, à le convaincre que ce qui l'a si fort irrité n'a été qu'une facétie de leur ami commun, M. de Cury, et que le puldic l'ignore absolument.
Dans le temps des discussions entre le gouvernement et les parlements, au sujet de quelques objets d'administration, il parut presque successivement des édits absolument contradictoires. M. de Cury arrête un de ces crieurs publics qui les vendaient dans la rue, et lui demande s'il sait lire? « Non , monsieur. — Mon ami, je m'en suis douté ; carie titre de cette feuille est Dédit du Roi. — Monsieur, je vous suis bien obligé, « répondit le colporteur; et il se mit à crier bien plus fort : Dédit du Roi. A cette annonce extraordinaire, les acheteurs vinrent en foule.
Mais le malheureux crieurfut bientôt arrêté par les émissaires delà police, et ne fut relâché que sur la preuve qu'il avait donnée de sa bonne foi dans la mauvaise |)laisanterie, dont l'auteur inconnu s'était promptcment évadé.
[Paris, Versailles et les provinces au Xriir siècle.)
En 1785, de Fortia Piles, qui a laissé trente ou quarante volumes qu'on ne lit plus guère, était officier dans un régiment en garnison à Nancy ; il s'ennuyait fort : l'idée lui vint d'écrire, à un grand nombre de personnes de tout état, des lettres (ju'il signa du nom supposé de Caillot Duiid. 11 mystifiait SCS correspondants delà façon lamoinséquivoque: le ton, l'allure, la niaiserie de la plupart de ces épîtres ne pei mettaient guère de s'y tromper. Un s'y trompa cependant ; de tout coté, on lui répondit de la façon la plus sérieuse , et ce sont ces lettres et ces réponses qui ^ntété ri cueillies, en 1795, sous le titre de Correspondance de Caillot Dui'ul {})... Caillot se pose comme secrétaire d'un prince lai tare immensément riche, (pii a quitté les glaces du Noid pour venirse former sur les bords de la Seine. Le |>rin(e écrit à mademoiselle Sainval,