‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 48 sur 180 · IV.ii.U-s · texte numérisé non relu

IV.ii.U-s

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actrice de l'Opéra : « La hanle réputation dont vous jouissez à si juste titre n'est pas bornée à la France; vous le croiifz sans peine si vous, vous rendez justice, .le serai bientôt à Paris. Je ne vous demande ))oint de préférence exclusive, mais simplement de me recevoir avec bonté ; mes tendres sentiments vous arracheront un aveu qui fera le bonheur de ma vie! m Cette lettre tiouve l'actrice malade, elle charge sa sœur de répondre : « Elle a été seignée quatre fois ; elle désire braucouj) connaître le prince dont les procédés m Ao««a//w pourraient bien faire naître dans sou cœur des sentiments qu'elle n'a pas encore éprouvés. « Caillot Duval réplique sur-le-champ à la belle ; il désire être informé exactement de l'état de sa santé. Le prince est arrivé à Manheim; il promet à l'actrice une petite maison, meubles, voiture, deux chevaux, cocher, deux laquais, cinquante louis par mois, et force menus cadeaux. Par retour de courrier, arrive une lettre de la sœur ; quatreou cinq fautes d'orthographe par ligne : « Ce ne sont point des motifs d'intérêt qui peuvent influer sur la sirène de l'Opéra, mais plu- /a«H'idée douce et flatteuse d'être aimée d'une personne que la naissance elles brillantes quallilés élèvent au-dessus des autres hommes; elle tient surtout à savoir \q nonàn prince; le portraits que l'on a f;iit de lui ne sorait manquer de plaire, mais si l'on ne s'explique pas davantage, le romans deviendrait frais et sans intcrés. » Caillot prend le mot de roman en fort mauvaise part ; il se fâche, il déclare qu'il ne peut montrer cette lettre au |)rince : il en serait mortellement offensé. La sœur réplique sans perdre une minute : « Comment avez-vous pu croire que nous regardions comme un badinage (les offres aussi sérieuses que celles que vous nous avez faites. Oïdjlicz les frases qui on pu vous paraît! e l'ouclies ; l'interprétation ([ue vous leur avez doné est bien loin de notre pensée; nous mériterions la ruptuie dont vous nous avez menacé, si nous ai'ons pu adopté des idées a lisnrde et j ose aire bien conpal/le aprèa de telles avance de la par d'un prince aussi aimalile et... aussi aimé... Le mot est lâché, je ferme ma lettre, car je le faccrais. >■ Ou devine à qui I point cette impayable coriespoiulance devait amuser le faux Caillot Duval : aussi, ne perd-il [loint de tenijis pour renier à cesdalius

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qu'il s'agit du prince Kahardinski, frère (lu priiicp Héraclius ; il leur demande si elles ne sont pas parentes d'un monsieur Sainval, dont le talent sur le cistre est bien connu. « Son Altesse aie désir d'appiendre un instrument, et l'on peut bien la décider pour celui-là, qui en vaut bien un autre. » Cinq ou six lettres du même genre sont encore échangées. Plus les l)elles se prennent au piège qu'il leur tend, plus CaillotDuval se plaît à les promener de surprise ensurprise.il leur dit un jour que son prince est veuf, et que la femme qu'il a perdue lui avait donné cinq enfants mâles à la fois; tous étaient bien portants, tons étaient pleins de vie. Après s'être bien joué de la crédulité de ces reines de coulisses, il finit par annoncer la mort du prince , victime d'un assassinat compliqué de circonstances aussi mystérieuses qu'atroces.

Alors l'infatigable Caillot s'adresse à M. Mazoyer, adjudant aux gardes-franeaises: « J'ai deux petits-neveux qui brûlent de signaler leur ardeur martiale ; je crois ne pouvoir mieux les placer que dans votre régiment. Us sont de la mèmetaille, si ce n'est que l'aîné a cinq pieds cinq pouces cinq lignes et que le cadet a trois pouces trois lignes de plus ; ils sont du même âge, mais l'un a dix-huit ans et l'autre vingt-sept; l'un passe joliment un entrechat, l'autre plastronne proprement; ça fera d'aimables soldats, sachant lire , écrire et les quatre règles. » L'adjudantnjajor envoie immédiatement deux engagements en blanc pour les gardes-fransaises, et un troisième pour servir de modèle. Il Faites-les viser parle commissaire des guerres et envoyez-les-moi par la poste. Messieurs vos neveux, s'ils sont tels que vous 'es dépeignez, parviendront sans doute au grade de sergent-major et autres que l'on ne refuse jamais au mérite. »

« Monteur, écrit-il à M. de C..., naturaliste bien connu alors, je suis amateur passionné de l'oisellerie, .l'ai mis en cage un loi'iot et une chouette ; il est venu deux œufs ; la chouette les a couvés. De ces deux œufs sont sortis un moineau à gros bec et une pie. Le père, la mère, les enfants se portent bien. Veuillez m'expliquer un événement aussi inattendu. — Monsieur, répondit le naturaliste , le phénomène dont vous me parlez est très-extraordinaire; mais depuis que je me suis adonné il a connaissance des oiseaux, j'ai été té-

moin de tant de choses surprenantes, (|ueje suis moins étonné qu'un autre du tout ce qui peut arriver en ce genre. Obligez-moi de suivre exactement celte observation et de m'en écrire un détail : remarquez surtout si les nouveau-nés ont des plimies de couleurs tranchantes à l'aile gauche , et si la pie fait plus de bruit à l'approchedu père qu'à celle de la mère. «

« Ah ! monsieur , écrivait encore Caillot Duval à un lieutenant général de police, j'ai perdu le soutien de ma vieillesse, le fruit du plus tendre amour : ma fille ! elle a dégénéré de la vertu de sa famille, elle s'est laissé prendre aux grossières amorces d'un sous-lieutenant de hussards; elle s'est réfugiée dans votre ville Je veux la tuer; non, je sens que j'ai des entrailles de père ! Qu'elle revienne à moi , je lui pardonne. Je compte sur vous, vous êtes la fleur des lieutenants généraux de police de notre hémisphère , vous porterez dans mon àme un baume consolateur. Voici le signalement de ma fille : Plutôt brune que blonde, les sourcils presque noirs, le mentonpointu, le bras dodu, la bouche ordinaire, le nez et l'œil comme tout le monde. — Malgré le style , j'ose dire comique, de votre lettre, répond le magistrat, j'ai fait toutes les recherches qu'il m'a été po-sible pour tâcher de découvrir si mademoiselle votre fille s'était réfugiée dans notre ville; je crois pouvoir vous assurer que non ! Je regrette bien de ne pas avoir des nouvelles plus satisfaisantes à vous donner. »

Il écrit à un bourrelier : «■ Votre réputation brillante dans tout ce qui ressort de la sellerie, bourrelerie , en un mot, dans tout ce qui concerne le cuir, m'encouiage à vous faire l'offre de mou petit Caillot, mon unique fils aine, pour êtie ré|)oux légitime de votre fille ( en supposant que vous en ayez une). » Et le bouirelier répond sans perdre un instant :

« J'ai une fille fort bien élevée pour son état, assez jolie, et qui vient d'avoir sei/.c ans ; je ne comptais pas la marier encore , mais votre démarche me donne la plus haute idée de vos sentiments, et ceserait le |)liis grand bonheur pour ma fille d'entrer dans une famille aussi respectable que la vôtie.»

Il écrit à mademoiselle L..., actrice de la Comédie-Fiançaise, qu'au moment de faire un mariage très-avantageux, il vo t celle union sur le point de se rompre.

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<i Vous aurez peine à croire jiisfuroii vn la noirceur de mes eiini mis : ils ontéciif à la mère de ma future que je menais dans la capitale une vie déréglée; que j'avais eu des liaisons avec vous, mademoiselle. Vous savez bien qu'il n'est rien de plus faux ; je ne vous ai vue que du parterre. Mais tout ce que j'allègue pour ma justification est iniilile; on ne croira rien sans une lettre de votre part. Vous êtes trop juste pour vouloir me perdre; j'ose espérer que vous ne me ferez pas attendre une réponse qui doit décideide mon sort. » La comédienne regardant la chose comme une plaisanterie , Caillot Duval ne veut pas en avoir le démenti : il expose sa situation au secrétaire de Gi iraod de la Re\nière; celui-ci en parle à Daziucourt , qui s'intéresse à cette affaire; il écrit à mademoiselleL..., elle lui répond de suite: « Votre lettre , mon cher camarade, ni"a foit étonnée. Jene connaisenrienM. Caillot Duval; je n'en avais jamais entendu parler. Une lettre de lui, qui me parvint il y a trois semaines, me parut un trop mauvais badinage pour mériter une réponse. Je vous priede rassurer les parents de M. Duval, et de leur dire que je n'ai jamais eu de relations avec lui, et que je prends de bon cœur l'engagement de n'en avoirjamais. » Cette réponse, circonstance assez piquante, est de la main du brillant comte (le Lauzun, qui servait de secrétaire à l'actrice.

Tout ceci n'empêchait pas Caillot Duval de proposer à un libraire l'achat d'un volume du plus grand prix, l'Entrée du roi Priam à Liitice , volume imprimé en 1400, et oiné de magnifiques gravures ; le libraire demanda avec empressement à voir l'ouvrage ( imprimé avant la découverte de rimpiimerie),mais dans l'intervalle Caillot l'avait vendu à la Bibliothèque royale pour 3,000 livres comptant et une pension de 300 livres dont moitié réversible sur la télé de sa grand'mère.

i^Eiicrclopédiaiia.)

Il s'est vérifié par toutes les gazettes et Mei cures qu'à Strasbourg il est mort cette année une fille d'environ soixante ans, à qui la Faculté de médecine faisait une pension depuis vingt ans, et qui avait d'antres charités, parce qu'elle avait le ventre e.xlraordinairement gros. Elle n'avait ja-

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mais voulu se le laisser làler que par-dessus , par pudeur et |>ar la douleur de l'alloucheinent. A sa mort, il y a eu grand empressement pour l'ouvrir pour la découverte de choses extraordinaires. On lui a trouvé le ventre à l'ordinaire, et à coté de son lit, un petit matelas rempli de chiffons, qui pesait vingt livres et qu'elle mettait tous les jours. Cela a fait beaucoup de honte à la Faculté. On remarque que cette fille avait augmenté son enflure à mesure que les charités augmentaient.

(Barbier, Journal.)

Un jour, Grimod de la Reynière s'enferma chez lui et déclara à son père qu'il n'en sortirait que moyennant la remise d'une somme de 100,000 fr., nécessaire pour payer ses créanciers, qu'autrement dallait faire sauter le château avec 100 livres de poudre.

La Reynière, qui savait son fils capable d'exécuter un pareil projet, négocia et finit par donner les 100,000 francs contre la remise des 100 livres de poudre ; c'était de la poudre à poudrer.

Privât d'Anglemont, cefouilleur intrépide des petits recoinsde la vie parisienne, lit subir une mystification fort innocente à l'apôtre Jean Jouinet.

Privât avait la plus grande envie d'être complètement initié aux doctrines de l'ajiôtre. Malheureusement celui-ci vivait fort retiré et ne s'ouvrait pas volontiers an premier venu. La tenue pittoresque de Trivat ne lui garantissait même pas ce petit accueil qu'on fait dès l'abord atout honmie bien vêtu.

Mais il n'était pas homme à s'embarrasser pour si peu, et la calotte rougequi était son unique couvre-chef lui parut même un excellent moyen d'introduction.

11 se contente de boutonner sa redingote jusqu'au menton, assujeltit bien cette calotte précieuse sur son chef, et se présente chez l'apôtre comme envoyé du pacha d'Egypte , alors en grande odeur de civilisation. Son maîtie a, dit-il, entendu parler de l'apôtre et désire avoir quelques notions sur ses priiicip(S,

La méfiance de l'apôtre n'était pas préparée contre cette feinte imprévue. 11 ne laisse donc j)artir le faux Égyptien qu'après l'avoir complètement édifié.

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Le îcndoniain , l'apôtre était sorti tout KMiii pour acheter son modesle repas.

Tout à coup il se heurte chez le inarcliiind de pommes de terre frites contre si*n Égyptien de la veille. La calotte rouge était encore sur sa tète , mais le cornet de papier qu'il serrait à la main etdans lequel il paraissait puiser avec grand ap|)élit , donnait à ses prétentions diplomatiques un éclatant démenti.

Nous ne savons ce qui s'ensuivit, mais il est difficile de croire que Privât ait pu, cette fois encore, s'arroger aux yeux de l'apôtre désabusé une missio'n particulière à propos de tubercules.

[Bévue anecJolifjiie.)

tout à coup Mnsson poussait un cri : « Nounou ! Tolo a la colique! Toto veut... » (Yernier, Avenir national.)

Il y a quelques années encore, vivait un des contemporains de Musson, qui aimait à

I aconter les prouesses de son ami.

Ou ne sait plus s'amuser, s'écriait-il; démon temps du moins on avait les jeux il noceiAts et la mYstificaliou. Vous avez c rt.iim meut entendu parler de Musson , le célèbre Musson. Je l'ai vu maintes fois sur le boulevard contrefaire le fou, l'idiot qui se croit un enfant de cinq ou six ans.

II s'approchait d'un promeneur qu'à sa tournure il pouvait prendre pour un provincial, et, lui saisissant brusquement la main, il lui disait en zézayant:

<i Toto a perdu sa nounou; toi zentil; loiconi uire Toto à la maison de petitemaman. »

Le provincial regardait d'un air effaré ce niouiaid quadragénaire. Un compère s'ap];rochait (le compère c'était moi ordiiiaiien eut) et disait au provincial :

(( V, ui avez affaire à un idiot que sa famille laisse vaguer parce qu'il est parfaiumcni inoffeusif; reconduisez-le chez lui : c'est une corvée fort ennuyeuse, mais on peut bien la remplir par humanité. »

Par humanité , le provincial finissait toujours par consentir à servir de bonne à Musson, qui ne manquait jamaisde s'arrêter devant un marchand de joujoux :

« Toto veut un pantin ; nounou, faut azeter un pantin à To'o. » Le pantin acheté, Musson s'approchait de la boutique d'un confiseur ; « iSounou,Tolo vent dunanan ; donne du nanan a Toto. » On offrait une livre de caramels ou de pa|)illottes à Musson, qui murmurait en pleurant : » Toto veut boire ! » On entrait dans un café ,

Un jour le ministre delà police est informé qu'un assassin , expédié du Nouveau-Monde, va débarquer en Francepour attentera la vie de l'empereur. Cet homme répond au nom de Gabriel Timothée; c'est un Cafre vendu au cabinet anglais, à l'ex-roi de Suède , au comte de Lille (Louis XVIII) et à l'empereur de Russie. Ce misérable doit donner la mort à Napoléon en le piquant avecune aiguille empoisonnée, et enfin cet exécraljle nègre, pour déjouer la surveillance de la police, sait à son gré se rendre blanc de noir qu'il est, etpuis revenir nègre, puis blanc, etc.

Sur-le-champ, et en conformité de cette admirable découverte , tous les préfets, sous-préfets, maires et autres officiers municipaux sont avertis, par le ministre, des précautions à prendre pour s'et.iparer du nègie blanc. Et au lieu de saisi, le nègre blanc, qui était de la famille de l'hippo-^ griffe, on s'empara d'une foule d'honnêtes gens, atteints et convaincus du port illégal de tête basanée et du crime de promenade.

{Mystères de la police.)

Carie Vernct, revenant de Marseille, se trouva dans le coche avec un gros monsieur d'apparence rustique , et dont la physionomie semblait prêter à \Acharge. Gomme les voyageurs étaient descendus pour monter une côte à pied , le peintre sauta un fossé sur le bord de la route, puis , se retournant vers le gros monsieur :

« Sauteriez vous comme cela, vous? »

lui demanda-t-il en riant.

L'autre ne répondit rien.

« Je vous eu défie bien, contiinia Vernet. — Alors je vais essayer, dit le monsieur; mais parions quelque chose ; un déjeuner, par exemple. — Volontiers ! »

Le gros homme prit son élan au milieu des éclats de rire des spectateurs; il s'élança lourdement , gauchement , mais il frai'chit le fossé.

(c Bravo ! » cria-t-on.

Carie Vernet paya le déjeune.

Vers le soir, nouvelle côte, nouveau

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fossé, mais plus large que le premier ; nouveau saut du peintre, nouveau 'défi! L'autre se fit prier.

« Vous me devez une revanche !

Une revanche soit ! Alors nous parions le diner? — Parbleu! »

Le pauvre homme parut faire un effort gigantesque. Il s'y reprit à deux fois, mais il sauta encore.

A cette époque , on mettait cinq jours pour aller de Paris à Marseille; ce fut pendant cinq jours la même chose.

A la fin, le gros monsieur franchissait des fossés de six mètres de large.

Le peintre était exténué, dépité, fu-

« Monsieur, lui dit son adversaire en prenant congé de lui, je vous remercie de m'avoir si bien nourri durant ce petit voyage, et j'espère que vous voudrez bien assister à mes débuts. — Comment, à vos débuis?— Oui, monsieur. Je suis engagé comme premier paillasse chez Nicolet, et je joue ces jours-ci. —Paillasse? mais, alors, vous m'avez trompé? — Un peu... au commencement. Dame, bour gcois,j'ai voulu faire comme chez mon maître, déplus fort en plus fort!... »

{La Petite Presse.)

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Jit je veux, mn cliai manie, T'piiii)orler dans ta mante, ' Comme un chëvai, qui dort

Le Neslor des classiques fit un bond sur son fauteuil, et, se levant tout à coup, il prit le chemin delaporteet quitta le salon en s'écriant : Cest trop fort ! Le lenraain, à l'Académie française, on ne j)arlait que du cheval quidort, emporté dans une mante de femme entre les bras d'un amant.

(J. de Saint-Félix

Etendard.)

Le salon d'Emile Deschamps était le rendez-vous de la meilleure compagnie et des opinions les plus opposées. A l'une des charmantes soirées à laquellesetrouvaient des artistes et des poètes en bon nombre, des membres de l'Institut, des étrangers et de fort belles dames, un jeune homme dont le nom éveillait déjà beaucoup de curiosité, avait été prié de dire des vers. Il achevait déparier, lorsque M. Parseval-Giandmaison, l'intrépide paladin de la muse classique, se pencha vers son voisin et lui dit : » N oilà un romantique bien échevelé ! — Il n'a que dix-huit ans. — Il dit des .«tances bien décolletées! — C'est ini amoureux qui parle à sa maîtresse. — Vous l'appelez? — Alfred de Musset. — Il Il a aucune réputation. — Il eu aura. Sa ba lade est ravissante. « Assez dormir, ma belle...» —Je n'ai pas entendu la fin. — La voiiu. Ecoutez bien. »

Ce voisin malicieux connaissait les arguments du vieux poète Parseval; changeant le mot enfant pour celui de clieval. Il du ainsi la strophe passionnée de la ballade :

Un habitue d'un des grands restaurants du boulevard prenait ses repas toujours cliczle même traiteur, et à la même table. Si on lui eut mis son couvert à une autre, il eût eu une indigestion. Le ict; urateur lui faisait toujours garder sa ph.ce de prédilection.

Un jour, cependant, que toutes les autres tables étaient occupées, on disposa de celle-là. Quand il arrive et qu'il voit sa place prise, il est désolé. En attendant qu'elle soit vacante, il s'approche du comptoir et se met à causer avec la maîtresse de la maison. Mais l'étranger était un gaillard de bon appétit, qui n'aimait pas à se gêner, et qui paraissait se ccmplairc dans l'exercice delà table. Nctie habitué enrageait, mais il serait mort de faim plutôt que de se mettre autre paît. Enfiu, voyant que sou usurpateur ne se disposait pas à lever le siège, car il venait de demander une seconde bouteille de vin :

« Connaissez-vous la personne qui dîna là, à ma place? demanda-t-il à la dam; du comptoir. — Non, monsieur, c'est la première fois qu'elle vient ici. — Je le crois, car si vous la connaissiez, vous ne la I ecevriez pas. — Vous me faites trembler!.., quel hommeest-cedonc? — C'est le bourreau de Versailles ! »

A ce nom, la dame pâlit et fixe sur l'étranger un regard de curiosité et d'elfioi. « Le bourreau de Versailles ! » nuiimure-t-elle tout bas.

Elle appelle son mari et lui répMe ce qu'elle vient d'apprendre. Le restau al cur est aussi effrayé que sa femme, et va i vdire l'affreuse nouvelle à quelques-uns des habitués, qui, tons, lui conseillent de congédier riiorrible consommateur. Le maître du lieu s'arme de courage, et, s'ap- •

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|>rochaut de l'élrauger, il entame avec lui une conversation par celte phrase stéréotypée à l'usage des restaurateurs :

« Eh bien ! monsieur, ètes-vous content de votre dîner? — Très-content : je trouve seulement qu'on me fait attendre bien longtemps ce que j'ai demandé. — Mon Dieu ! monsieur, c'est qu'on ne peut pas vous le donner. — S'il n'y en a pas , il fallait me le dire. Je vais demander autre chose. — Oh ! ce n'est pas cela, monsieur ; maison ne vous servira plus rien , et je suis forcé de vous prier de vous en aller le plus tôt possible et de ne plus revenir chez moi. — Ah î mon Dieu ! et qui peut m'attirer celte proscription.' — Vous devez bien le savoir. — Je vous jure que je n'y compiends rien. — Qu"il vous suffise d'apprendre que vous êtes connu ici. — Je suis connu!... c'est possible!... eh bien ! après.' — Et vous sentez bien que je perdrais toutes mes pratiques si je vous recevais davantage. — Ah çà , voyons , pour qui me prenez-vous.' car vous commencez à m'impatienter. — Parisien , monsieur, pour ce que vous êtes, pour le bourreau de Versailles. — Ahl... et qui vous a dit que je fusse le bourreau de Versailles? — C'est monsieur, dit le traiteur en montrant du doigt fhahitué, qui commençait à trembler des suites de sa plaisanterie. — Monsieur ! s'écrie l'étranger en élevant la voix : je n'ai rien à dire ; il doit le savoir mieux que personne, car je l'ai marqué il y a deux ans. »

Puis il demande sa carte, paye, et sort tranquillement. Le mystilicateur était resté pétrifié.

IBjstîfication funeste.

Un jeune conseiller au parlement de Normandie, appelé M. deMartainville (et nouvellement marié) , avait réuni dans son château une vingtaine de personnes (pii devaient y passer les vacances, et dans le nouibre il y avait plusieurs officiers des garnisons voisines. Tout ce monde s'amusait à faire sans cesse une foule d'es])iégleries , dont beaucoup étaient de fort mauvais goût.

Les Martainville attendaient chez eux laveuvedel'intendantd'Alençon, M""' Hérault deSéchelles, qui s'en allait aux eaux do Baréges en voyageant à très-petites journées, et qu'ils avaient suppliée devenir se rejoser pendant quelques jouis à

Martainville. Il est bon de vous dire qu'elleétait en convalescence d'une fluxion de poitrine, qu'elle avait soixante mille li\ies de rentes et que les Martainville étaient ses principaux héritiers. C'était, du reste, une vieille femme de robe, inGiiiment douillette, exigeante, et susceptible à l'excès. C'était une de ces véritables intendantes, qui sont adulées par la société dune petite ville, et qui ne prennent jamais la peine de relever leurs cartes au reversi ; d'où vient que le cardinal de Fleury disait toujours au jeune -roi, qui jouait sans y penser : « Madame l'intendante , c'est à vous à relever les caries »..

On avait fait déménager je ne sais ([uel présidente, afin d'ajuster le plus bel appartement pour cette illustre valétudinaire. On avait placé dans la chambre qu'on lui destinait tous les petits meui)les les plus commodes, ainsi que toutes les chinoiseries les plus charmantes, et les plus jolies porcelaines de Saxe de la maison. On avait soin de lui maintenir continuellement bien cuite à point et bien chaude au bain-marie une belle poularde au gros sel , avec des pigeons bouillis à l'orge mondée, et des cailles aux laitues, sans compter les œufs frais dans de l'eau froide, et du vin d'Alicante dans de l'eau chaude ; enfin la cuisine et la livrée des Martainville étaieiitrestées sous les armes pendant plus de huit jours, et Madame l'intendante n'arrivait pas!.. On commençait à s'en inquiéter dans la famille, et le reste de la compagnie s'en impatieiilait. Il est à savoir aussi que le maître du château n'avait jamais vu celle tante de sa femme, et que celle-ci n'avait pas revu sa vieille parente depuis l'âge de cinq à six ans , ce qui fit naître l'envie d'organiser une attrape.

Il se trouvait dans la troupe facétieuse un petit M. de Clermont d'Amboise , qui était un vilain petit chafouin jaune. On imagina de le déguiser en vieille dame; un autre jeune officier devait s'habiller en femme de chambre , et sur toute chose on avait eu grand soin de dissimuler les préparatifs de ces déguisements, qui ne devaient être connus que de trois à quatre personnes, mais qui furent divulgués par une femme dechambre àun godelureau de la société. On organisa une contre-ruse, et l'on s'arrangea pour mystifier les mystificateurs; ainsi, tandis qu'on était aux aguets pour les accueillir en les houspil-

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l;nil et les bousculant de la plus belle manière, aniva la véritable intendante, sur laquelle on se précipita comme une avalaricbe, à laquelle on arracha sa robe à falbalas , son collet monté, sa cornette, sa perruque, enfin qu'on maltraita si rruellcnient, que la chose en fait horrcuià j)enser ! La malheureuse en était si mortellement saisie qu'elle ne pouvait crier, ni proférer une seule parole; mais dans ce ((u'ejle entendit, il y eut des révélations jieriides... — Vilaine autruche! — Ennuyeuse intendante. — Yieille tante à succession ! — Ah ! tu veux aller aux eaux pour faire languir tes héiiticrs! — En voilà des eaux minérales! En voilà des douches!.. — Et c'étaient des taloches et des seaux d'eau de puits qui lui tombaient sur le corps au milieu d'un vacarme affreux.

Après un quart d'heure de pareils sévices (elle était tombée sous les coups, et restait gisante sur le pavé du vestibule), on s'aperçut qu'elle ne donnait plus signe de vie; on approcha des lumières, et on ne reconnut point le petit de Cleimont. — Chacun s'enfuit du château à la réserve de ses parents, qui s'arrachaient les cheveux, etqu'ellene pouvait envisager sans éprouverun sentiment de terreur et d'horreur piofonde ! Elle en mourut le troisième jour, et comme elle n'avait jamais fait aucune disposition lestamenlaire, il se trouva que son héritage était naturellement ouvert au profit des Martainville, ce qui les compromit dans l'opinion pu blique et par devant leurs confrères du parlement, au point qu'on informa judiciairement sur cette abominable méprise, et que M. de Martainville sévit obligé do se défaire de sa charge. Comme il était rempli d'honneur et que sa femme élnit la délicatesse même , ils ne voulurent toucher absolument rien de la succession de M""' deSéchelles, qu'ils abandonnèrent à leurs collatéraux. Ils vendireni <|uelque temps après leur beau manoir He 3fartainville, et même ils en quittèrent le nom pour celui deleur baronnie deFranciieville, que leur famille porte encore aujourd'hui.

(Souvenirs de la martiise deCréquy.)

llystificatioiis de savants.

de sept ans, il lui en était venu une d'or a la place d'une de ses grosses dents. Hortius, professeur en médecine dans l'université de H elmstœdt, écii vit en 1 595 l'histoire de cette dent, et prétendit qu'elle était en partie naturelle , en partie merveilleuse , et qu'elle avait été envoyée de Dieu à cet enfant, pour consoler les chrétiens affligés par les Turcs. Figurez-vous quelle consolation, et quel rapport de cette dent aux chiétiens, ni aux Turcs En la même année, afin que cette dent d'or ne manquât pas d'historiens, Rollandiis en écrit encore l'histoire. Deux ans aprè; , Ii'golsteterus , autre savant, écrit coi tr le sentiment de Rollandns, cpii fait ans sitôt une belle et docte réplique. Un aiit e grand homme , nommé Libavius , ramase tout ce qui avait été dit de la dent, et y ajoute son sentiment particulier. Il ne manquait antre chose .'i tant de beaux ouvrages, sinon qu'il fût vrai que la dent était d'or. Quand un orfèvre l'eut examinée, il se trouva que c'était une feuille d'or appliquée à la dent avecbeaucoun d'adresse; mais on commença par faire des livres et puis on consulta l'orfèvre.

Toi len •lie.)

«Messieurs, messieurs, dit un jour Fontenelle à plusieurs académiciens qui (Huaient avec lui dans sa maison de camp.agnoprès de Paris, messieurs, venez expliquer un phénomène singulier qui s»

passe actuellement dans le jardin. Celte

grosse boule de

verre que v us voyez

Eu l.')!)3, le bruit courut que les dents ant tombées à

exposée au soleil est brûlante pardrssons, tandis qu'elle e.st froideà sa surface. « On approcha du globe, on vérifia le fait , et l'on se mit l'esprit à la torture pour l'expliquer. On raisonna tant qu'à la fin on déraisonna. Alors Fontenelle leur dit d'un grand sang-froid : « Messieurs, je suis l'auteur du phénomène. C'est donc à moi qu'il appartient d'en expliquer la cause. » On écoute avec la plus grande attentio»'. « Quand je suis entré dans le jardin, dit il, j'ai trouvé la boule chaude par-de.'sus et froide par- lessous. Je l'ai retcurnéc ; vous êtes venus, et vous l'avez trouvée froide par -dessus et chaude par-dessous(l). »

(Encjclope'a.)

r tfl"*i'l' • • • I "^ On peut voir quelques traits analo^iirs au lantae Ollesie, âge mot Bévue: d'aulcurs et de smaiils. Du reste, ce»

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11 y a quelques années, Brinon, exzouave, uiillement légendaire, et ancien prosecteur du professeur Giat..., ayant beaucoup étudié, en Afrique, le rat au poiut de vue comestible et comme animal d'agrément, confectionna une nouvelle trilni de ces rongeurs en leur soudant, |)ar le procédé de la greffe animale, quelques centimètres de la queue au bout du museau. Il baptisa du nom de rats à trompe du Sahara ces hybrides de la nature et de l'art. Un très-savant membre de la Société d'acclimatation, qui vit encore, en acheta une paire trois cents

exemples sont innombniljles et, s'il ne f;illalt se borner, nous aurions pu en remplir cinquante pages.

francs, avecla louable intentiou depropager en France cette intéressante espèce.

Le client du zouave choyait ses lats à trompe et les montrait avec un orgueil bien légitime à ses collègues humiliés.

Mais, hélas! dès la première génération, il s'aperçut que ses pensionnaires avaient été victimes, et lui aussi, d'une opération... commerciale. Les petits n'avaient pas besoin de cornac ; ils étaient dépourvus de trompe (1).

(D'' Jouliu, Causeries médicales.)

(i) Celte anecJote se trouve racontée un peu partout, avec quelques variantes. Suivant beaucoup de récits, le savant mystifié ne serait autre que Bory de Saint-Vinceut.

1)ICT. D A.NECD0TC3.

Naissance et mérite.

Bussyd'Amboise se trouvait dans l'antichambre de Henri 111 avec Aml)roise Paré. Un huissier vint de la part du roi appeler maître Ambroise. Bussy crut entendre son nom et entra cliez le roi, où on lui apprit sa méprise. Comme les courtisans plaisantaient sur cette confusion de noms entre deux personnages si éloignés l'un de l'autre par la naissance (le père d'Ambroise Paré était un trcàpauvre coffretier) : « Si je n'étais pas d'Amboise, dit Bussy, je voudrais être Ambroise. »

(A. Maiigin, Les swants illustres.)

Rollin était fils d'un coutelier, et son père, qui le destinait à sa profession , l'avait fait recevoir maître coutelier.

Élevé aux premières places de l'Université, et accueilli chez les grands , il s'estima toujours assez pour ne pas rougir de sou extraction. Un jour qu'il se trouvait à dîner, dans une grande maison, avec le père du Poulouzal, de l'Oratuire, on pria celui-ci de découper une pièce de gibier. Le recteur de l'université, voyant que le couteau servait mal l'oratorien, lui dit : « Mou père, prenez le mien ; je m'y connais, il vaut mieux : je suis lils de Diaitre. »

{Improvisateur français.)

IVaïvetés.

Le roi défunt demandait au grand prieur ce qu'il pensait d'un beau cheval, qu'on lui voulait vendre. « Monsieur le grand prieur, dit-il en montrant l'animal, comment trouvez -vous ce cheval? — Voilà un beau cheval, sire, et qui fera bon service. — On me le veut vendre pour turc; et je vous prie, vous qui vous y connaissez, de m'en dire votre opinion — Quoi; pour turc' Par la double bière (

des Pays-Bas! sire, il est chrétien, comme vous et moi, afin que vous ne soyez plus \ abusé. »

(BéroaldedeVerville, Mojen de parvenir.) .

Maître Claude Desdamé , médecin du j sieur Gaulard, le trouva une après-dîner \ qu'il dormait dans une chaise auprès du feu : de quoi il le reprit, lui disant qu'il n'y avait chose pire pour sa santé, alléguant l'hémistiche de l'École de Salerne : Somiium fuoemeridianum. « Ha! dit-il, je m'endormais seulement pour fuir l'oisiveté, car il faut toujours que je fasse quelque chose. »

(Tabourot.)

Zacharie Durant, libraire de Genève , quand il fut frappé de la pesie, et que le chirurgien lui eut dit que ce l'était. «Ah! mon ami, dit-il au chirurgien, si je viens à mourir de cette maladie, je perdrai plus de mille florins à cette foire de Francfort. ..

(Béroaldede Verville, Blojen de parvenir.)

Une femme se mourait, et le prêtre lui disait qu'elle allait en paradis, où elle verrait les saints, avec lesquels elle serait.

« Ha ! ha ! dit-elle, il n'est que d'être parmi le monde qu'on connaît. »

(Id.)

Un pauvre Limousin ayant vu vendre à Lyon un fort petit chien quatre écus, s'en retourna tout court en son pays pour amener de gros mâtins qu'il y avait laissés, faisant sou calcul comjjien devait valoir nn chien de tel calibre et de tel poids, si un si petit se vendait si chèrement. (Heuri Étieuae, .4pologi« pour Hérodote.)

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A la représentation de la Marianne de Tristan, M"'^ de Chevreusp disait au vieux archevêque, Bertrand de Cliaux : « Mais, monsieur, il me semble que nous ne sommes point toucliés de la Passion de J.-C. comme de cette comédie. — Je crois bien, madame, répondit-il ; c'est l'histoire, ceci, c'est l'histoire. Je l'ai lu dans Josèphe (1). »

(Talli niant des Réaux.)

Mademoiselle de Montpensier, fille de Gaston d'Orléans, passant dans la rue Saint-Honoré, est arrêtée un instant par l'embarras des voitures. Un aveugle s'approche et s'écrie :

« Ma bonne princesse, ayez pitié de ce pauvre homme qui a perdu les joies de ce monde ! — Hélas ! dit la princesse, est-ce que ce pauvre homme est eunuque ? — Non madame , il est aveugle. — Ah ! je n'y faisais pas attention. »

Feu la duchesse de Nemours avait, par charité, élevé une petite fille pauvre, et celle-ci, étant âgée de neuf ans environ, dit à la duchesse : « Madame, on ne peut avoir plus de reconnaissance de vos cha- ,rités que moi. Je ne puis mieux les reconnaître qu'en disant à tout le monde que je suis votre lille ; mais ne vous fâchez pas, je ne dis point que je suis votre fille légitime; je dis seulement que je suis \otie bâtarde. «

(Madame, ducliesse d'Orléans, Correspondance. )

Au sortir d'une cérémonie où un coidelier avak prêché, le cardinal de Richelieu, surpris de n'avoir point imposé au prédicateur, lui demanda comment il avait pu parler avec tant d'assurance.

« Ah ! monseigneur, répondit le cordelier, c'est que j'ai appris mon sermon devant un carré de choux, au milieu duquel il y en avait un de rouge, et cela m'a accoutumé à parler devant vous. »

{Enc) clopcdiana.)

(i) J.-I?. Rousseau a mis un trait ana épigrammc :

Flo, liol dit-il, ttidieu, celle l'syclié

Est de l'iiisloiie, et l'autre est de la JJible.

Nesmond, évèque de Bayeux, dit à, un curé qui s'excusait d'être allé à une noce, par l'exemple de Notre- Seigneur qui alla à celle de Cana : « Voyez-vous, monsieur le curé, ce n'est pas là ce qu'il a fait de mieux. »

(Dangeau, Journal.)

Un prédicateur trop zélé, qui prononçai, le panégyrique de saint François-Xavi'erle loua d'avoir, dans une île déserte, converti dix mille hommes par un seul sermon .

{Dibliollièque de société.)

Un bibliothécaire moine trouvant un livre hébreu , et ne sachant sous qu-l titre le mettre dans son catalogue, mit : « Plus , un livre dont le commencement est à la fin. »

{Ménagiana:)

Mademoiselle Véron avait deux servantes qui, pour la piller plus à leur aise, se disaient l'une à l'autre , quand leur maîtresse s'habillait : « Je ne lui donnerais (jue vingt ans. » Elle devint amoureuse d'un des coglioni de m'da franchi du cardinal Mazarin; c'était un garçon de trente ans. Voilà du bruit au logis. On dit qu'elle voulait l'épouser; ma mère y fut el lui dit : « Ma cousine, vous moquez-vous de vouloir vous remarier, à l'âge que vous avez? — Ma cousine, lui répondit-elle, voulez-vous que je laisse mourir un homme à la fleur de son âge? C'est fait de lui si je ne l'épouse; il mourra d'amour. — Vous rêvez, lui répliqua manière; vous croyez être la belle Hélène. — Je serai ce qu'il vous plaira; mais mon portrait et moi, c'est la même chose, regardez-le bien. » C'était un portrait où elle s'était fait flatter tant qu'elle avait voulu. On fit venir sou extrait baptistaire de Londres, car son père et sa mère, fuyant la persécution, y avaient demeuré quelque temps; on le lui montra; elle avait soixante et un ans. « Voire, dit-elle , peut-on ajouter foi à des gens qui ont fait mourir leur roi sur un échafaud? » Elle l'épousa.

(Tallemant des Réaux. )

Madame de Montespan , après avoir été déclarée maîtresse du roi, fut un matin

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faire des emplettes au Palais; et ne voulant pas qu'on mît dans son carrosse ce qu'elle avait acheté , elle chargea la marchande de le lui faire apporter chez elle ; it de peur de quiproquo, elle lui demanda si elle la connaissait bien, « Oui vraiment, madame, lui répondit la petite marchande ; j'ai bien l'honneur de vous connaître : n'est-ce pas vous qui avez acheté la charge de mademoiselle de la Vallière? »

(M"" Dunoyer, Z.eH/-e5 galantes.)

Un gendre de Montfermeil dit d'une maison qu'il a sur un coteau, au bord de la mer : ^ Chose étrange! plus on monte à ma maison, plus ou a belle vue ! »

(Tallemant des Réaux. )

Mme Je Sévigné avait eu un jour l'honneur de danser avec le jeune roi Louis XIV. Transportée d'un tel honneur, elle dit à son cousin Bussy, en revenant à sa place : « 11 faut avouer que le roi a de grandes qualités ; je crois qu'il obscurcira la gloire de tous ses prédécesseurs. „ (P. Mesuards, NoticesurMmede Sévigiic.)

Louis XVI était venu , quelques jours après son mariage, assister avec Marie- Antoinette à un concert donné par l'Opéra, et s'ennuyant sans doute de la musique, il sortit au milieu d'un morceau. Un des violons se pencha vers son voisin de pupitre, et d'un air navré :

« Oh ! mon ami, lui dit-il douloureusement à l'oreille, quel règne se prépare ! » (Franc. Sarcey, Opinion naiioimle.)

llfautque je vous dise un mot de M"'" de Coulanges, qui me lit rire et me parut plaisant. M. Barillon est ravi de retrouver toutes ses vieilles amies : il est souvent chez M"" de la Fayette et chez M'»e de Coulanges. Il disait' à cette deinière, l'autre jour : « Ha, madame, que votre maison me plaît ! j'y viendrai bien les soirs, quand je serai las de ma famille. — Monsieur, lui dit-elle, je vous attends demain. « Cela partit plus vile qu'un trait ; et nous en rîmes tous plus ou moins.

(M""^ de Sévigné, Lettres.,)

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M'ne du Gué, mère de Mm^s de Bagnolles et de Coulanges, disait toutes ses prières en latin, M'ne de Coulanges lui fit un jour cette observation : « Ma mère, vous feriez mieux de prier en français. — Oh! non, ma fille, quand on entend ce que l'on dit, cela amuse trop. » (Panckoucke.)

Monsieur le coadjuteur (de Reims) s'en est allé à Reims, et M""= de Coulanges lui disait : « Quelle folie d'aller à Reims et qu'allez-vous faire là.' Vous vous y ennuierez comme un chien ; demeurez ici , nous nous [)romènerons. » Ce discours à un archevêque nous fit rire, et elle aussi; nousnele trouvâmes nullement canonique.

( M"ie de Sévigné , Lettres. )

Monsieur le duc de Tresmes, père de' M. le ducdeOesvres, premier gentilhomme de la chamljre du roi , et gouverneur de Paiis, mourut âgé de quatre-vingt-treize ans. Un valet de chambre ayant appris sa mort à M. le maréchal d'Estrées, qui avait cent trois ans : « J'en suis bien fâché, dit-il, mais je n'en suis point du tout surpris. C'était un corps cacochyme et tout usé. J'ai toujours dit que cet homme là ne vivrait pas. »

(Boursault, Lettres noiwelles.)

Dans une réunion chez Boileau, où se trouvait Valincourt, La Fontaine, après avoir écouté attentivement une longue dissertation du docteur sur saint Augustin : « Croyez-vous, demanda-t-il gravement, que saint Augustin eût plus d'esprit que Rabelais ? » A quoi le docteur, le regardant de la tête aux pieds, répondit sans se déconcerter : « Prenez garde, monsieur de La Fontaine, vous avez mis un de vos bas à l'envers, » ce qui était vrai.

[fie lie La Fontaine.)

On engagea La Fontaine à faire un voyage à Château-Thierry pour se réconcilier avec sa femme. Boileau et Racine l'exhortèrent avec tant d'instances qu'il se décida. Arrivé chez sa femme, il trouva une domestique qui ne le connaissait pas, et qui lui dit que madame

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était au salut. La Fontaine se rendit alors chez un de ses amis, qui lui donna à souper et à coucher, et le garda pendant deux jours, après lesquels il retourna à Paris. Quand ses amis le revirent, et lui demandèrent s'il était réconcilié avec elle, il leur répondit : « Je ne l'ai pas Irouvée, elle était au salut. »

[Vie de la Fontaine.)

Un homme fort riche disait en parlant des pauvres : « On a beau ne leur rien donner, ces drôles-là demandent toujours, »

.. .. (Chamfort.)

Un homme disait à table : « J'ai beau manger, je n'ai plus faim. »

(Id.)

On faisait remarquer à madame X...

que ses enfants avaient l'air triste et mallieureux :

<i C'est bien vrai, répondit-elle, je les fouette toute la journée pour leur faire perdre cet air-là, et je ne puis y parvenir. ))

Un intendant de Languedoc, dont la femme était morte dans Béziers, voulait que la province la fit enterrer a ses dépens. Un député qu'on lui envoya lui dit que cela tirerait à conséquence : « Si c'était vous, monsieur, on le ferait volontiers. M

(Tallemant des Héaux.)

Un maire d'Amiens , haranguant M. d'AuQiale, de la Ligue, qui y faisait son entrée, lui dit entre autres belles choses : « J'ons veu vo' mère; elle n'est mie si grande que vous; mais on dit volontiers que petite vache fait grand viau. u

(Id.)

Chacun sait qu'en Espagne les chaleur»

sont bien plus grand 'S qu'en France, et que fort rarement il y gèle ; encore ne sout-ce que de petites gelée* blanches, où il n'y paraît plus sitôt qua le soleil

luit.', Un certain Espagnol venant en France, au fort de l'hiver, qu'il gelait à pierre fendre, et passant au travers d'un village où quantité de chiens aboyaient après lui, voulut prendre une pierre pour se défendre d'eux ; mais à cause de la gelée, la pierre tenait si fort ([u'il ne la put arracher de terre; ce que voyant il s'écria soudain en sa langue : « Ah ! quelle malheureuse terre que celleci, où on lâche les chiens, et où l'on attache les pierres (1)! »

(D'Ouville, Contes.)

M. de Guise voulait une fois entrer dans une chambre; il heurte à la porte, se nomme, ouvre et se présenle. « Mais, lui dit-on, n'y avait-il pas encore quelqu'un avec vous? — Non, répond-il, nous ne sommes qu'un. »

(Tallemant des Réaux.)

Un major de place avait indique l'exercice pour telle heure. Il arrive, il ne voit qu'un trompette : « Parlez donc, messieurs les b ! d'où vient donc est-ce

que TOUS n'êtes qu'un? »

(Chamfort.)

Le duc d'Eslrécs et le duc de Charost se prirent de paroles; c'était le jour de INotre-Dame; le duc d'Estrées poussait un peu loin les reproches et les menaces, et ne ménageait point les termes. Le duc de Charost pétillait, et lui dit : « Monsieur, si je n'avais point communié aujourd'hui, je vous dirais cela, et cela, et cela encore, >. et finit : <; Car enfin, sans la belle Gabrielle, notre ami, vous seriez assez obscur; vous avez eu sept tantes qu'on appelait les sept péchés mortels : ce sont vos plus belles preuves. » Le duc d'Estrées montait aux nues ; mais rien n'était si plaisant que de dire tout cela, croyant ne rien dire. Songez que voilà son style le jour de communion; qu'aurait-ce été uu autre jour?

(M™* de Sévigné, Z:e//re5.)

(i) On trouve, dans les Parâtes remarquables, maximes et lions mots des Orientaux, tratl. par Galland, un mot tout semblable, attribué à un poile qui était allé voir un chef de voleurs.

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Tliouîn, le pépiniériste du Jardin des Plantes, avait chargé un domestique fort simple de porter à Buffon deux belles ligues de primeur. En route, le domestique se laissa tenter et mangea un de ces fruits. Buffon, sachant qu'on devait lui en envoyer deux, demanda l'autre au valet, qui avoua sa faute : « Comment donc as-tu fait? « s'écria Buffon. Le domestique prit la figu'». qui restait, et, l'avalant : « J'ai fait comne cela, » dit-il.

Un prédicateur avait fait un excellent sermon, et quelques-uns de ses auditeurs ne pouvaient se lasser d'en admirer la beauté, tant du côté des pensées que de l'expression. Après s'être épuisés à le louer, le bedeau, qui les écoutait, leur dit : « Messieurs, c'est moi qui l'ai sonné. «

(H/e/inniana.)

On parlait à l'un des confrères du père Berruyer, des censures sans nombre qui avaient circulé de son Histoire du peuple (le Dieu. '<■ Comment, dit-il, peut-on lui faire un crime d'avoir cherché à égayer l'Évangile? »

(EiiCYclap. litt.)

La duchesse du Maine disait un jour à madame de Staal : « Tiens, mon enfant, je ne vois que moi qui aie toujours raison. »

Lorsque ie roi de Prusse Frédéric- Guillaume m fut, en 1821, sur le point d'épouser morganatiqucinent la jeune comtesse de Harrach, il demanda au père si elle était habile dans les arts d'agrément :

a Elle a déjà eu pas mal de maîtres, répondit naïvement le brave homme, mais elle n'a guère [trofité ; maintenant qu'elle vas'ennuyersouveut, il faut espérer qu'elle s'appliquera mieux. »

Ce mariage morganatique eut lieu dans le plus grand secret; la nouvelle eu éclata comme une bombe à la cour. Lorsque la jeune reine de la main gauche sortit pointa première fois eu carrosse du palais royal, le lieutenant commandant du poste d'honneur n'ayant pas reçu avis s'il de-

vait faire battre aux champs ou non, était dans le plus cruel embarras :

« Écoutez, mon lieutenant, lui dit le tambour-major, je m'en vais toujours faire faire quelques petits roulements de la main gaiiclte. »

(Yarnhagen, Mémoires.)

Le célèbre anatoraiste Duverney venait quelquefois à Sceaux voir la duchesse du Maine. Le bonhomme cherchait à rendre service , dans cette cour, à M"'« de Staal, alors M"e de Launay.

La passion de cet artiste pour l'anatomie lui persuadant que cette science fondait le vrai mérite, pour exagérer celui de sa protégée, il dit un jour, en grande compagnie, que « cette demoiselle était la fille de France qui connaissait le mieux le corps humain ».

(Diction//, d'anecd.)

M. Bressard, le père, écrivait à sa femme : « Ma chère amie, notre cha[jelle avance, et nous pouvons nous flatter d'y être enterrés l'un et l'autre, si Dieu nous prête vie. »

(Chamfort.)

Un religieux prêchant la Madeleine à Beauvais, s'arrêta fort sur le malheur des filles qui l'imitent dans sa vie sans vouloir lui ressembler dans sa pénitence. Il les exhorta toutes à faire dire des messes, les unes à la Vierge, pour les conserver dans un état pur, et les autres à la Madeleine, pour les retirer de leurs inclinations. Au sortir de la chaire, une fille l'arrêta pour le prier de lui en dire une ; ic Desquelles, lui dit-il, voulez-vous? — Belle demande, lui répondit-elle; de la Vierge. — Mais, prenez garde, reprit-il. — lié bien, ajouta la bonne fille, mêlezy un peu de la Madeleine. »

[Ménagiaiia.)

Un gentilhonuno campagnard vint trouver un peintre de portraits, et lui dit qu'il voulait se faire représenter, armé de toutes pièces, et portant sous sa cuirasse un magnifique justaucorps de buffle.

Tout se serait fort bien passé, si le prix

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