‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 49 sur 180 · NA · texte numérisé non relu

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n'avait effrayé le campagnard, qui s'imagina que la cherté du portrait n'avait d'autre cause que le riche habit dont il voulait se décorer : « Eh bien ! dit-il au peintre, je me passerai du justaucorps de buffle; il suffira de mettre une chemise sous mon armure. »

[Anecdotes des Beaiir-Arts.

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Un jour il était mort im cocher à M. le comte deCharolais; un homme de l'écurie vint dire à de Maranzac : « Mousieur, vous savez bien que Picard est mort hier, et à la paroisse on demande 60 livres pour l'enterrer. — Diable! c'est bien cher, interrompit de Maranzac. — Monsieur, répondit l'autre, ils ont dit qu'ils ne l'enterreraient pas à moins; que c'était à prendre ou à laisser. — C'est bien cher, reprit de Maranzac, cependant, mon ami, voyez si vous ne pouvez pas avoir meilleur marché, sinon, faites comme pour vous. »

— C'est ce même M. de Maranzac qui,

au milieu de la plaine de Saint-Denis,

menaçait son postillon, s'il ne le menait

pas plus vite, de le jeter par les fenêtres.

(Collé, Journal.)

Un grand seigneur de la cour, qui aimait beaucoup les chevaux, fut extrêmement surpris de ce que sou écuyer lui vint dire un matin que le cheval qu'il avait monté la veille était mort. « Quoi, dit-il, le cheval que j'avais hier à la chasse.' — Oui, monsieur. — Ce cheval bai que j'ai eu de M. de Barradas? qui n'avait que six ans, qui mangeait si bien.' — Oui, monsieur, celui-là même, répondit l'éc^^er. — Hé! bon Dieu!

s'écria le maître, qu'est-ce que c'est que de nous ! »

Le cardinal de La Roche-Aymon, malade, se confessa à un prêtre sur lequel on lui demanda sa façon de penser. « J'en suis fort content, dit-il, il parle de l'enfer comme un ange. »

{Choix d'a-i^cdote-j.)

Gribouille a eu un ancêtre au parlement irlandais; il se nommait Boyle-Roihe, et avait la rage de parler. Quelques-

unes de ses apostrophes sont restées célé])res en Angleterre et méritaient d'être naturalisées françaises.

C'est lui qui s'écriait :

« Je donnerais, la moitié — que dis-je? toute la Constitution — pour en conserver le reste. »

Plus tard, à une époque troublée, où la vie des honnêtes gens n'était pas sûre, il écrit de la province à un de ses amis de Dublin : « Vous pourrez juger de notre état quand vous saurez que j'écris ceci, une épée dans la main et un pistolet dans l'autre. »

C'est Boyle-Roche qui, en plein parlement, se plaignit « d'un certain écrivain anonyme nommé Junius. » C'est lui encore qui dénonça « cet apostat politique qui se tournait le dos à lui-même. « — (Tour de force qui n'a jamais été égalé dans les cirques.) — Lui qui, s'adressant au président du parlement, s'écria : « Vous êtes en train de tramer une tempête, mais je l'écraserai dans son germe (1). >>

Mais celle-ci est la plus belle et je la voudrais imprimer en lettres d'or :

« Je ne vois pas, messieurs, s'écria-t-il en pleine séance, pourquoi on invoque la postérité dans ce débat; pourquoi supporterions-nous pour elle ces inconvénients? Qu'est-ce que la postérité a jamais fait pour nous? »

A la bataille de Fontenoy, un régiment suisse de la maison du roi reçut l'ordre de ne point faire de prisonniers, et de traiter sa is quartier tous les soldats ennemis. Un oflicier tomba dans les mains d'un caporal de Suisses et lui demanda la vie. a Mon liélenant, lui répondit relui-ci avec un grand sang-froid, démante à moi tout ze qui vous véra blaissir; mais pour la fie, ohé pis pas... »

(Jolyana.)

Bembow, amiral anglais, s'avança par son seul mérite. Il avait commencé parserviren qualité de matelot, sans se douter de ce que la fortune devait un jour faire pour lui. Dans sa seconde campagne, il n'occupait encore qu'un poste sur un vaisseau de

(i) Ce qui rappelle la fameuse phrase d'un autre orateur politique : ii Le char de l'état navigue sur un volcan, a

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guerre ; il servait un canon'dans une action avec un de ses compagnons à qui un boulet emporta la jambe : « Je ne puis plus rester debout, lui cria celui-ci. Porte-moi, je te prie, au cbirurgien. « Brmbow le charge aussitôt sur ses épaules et l'emporte. Il n'était pas encore auprès du chirurgien qu'un second boulet enleva la tète du blessé. Bembow, qui ne s'en aperçoit pas, appelle à tue-tête le chirurgien, qui sort, et qui, voyant sa charge, lui dit : « Que diable veux-tn que je fasse d'un homme dont la tèle est emportée? — La tète, répondit Bembow, il m'avait dit que c'était sa jambe. >>

{L'ÀhciUe <fe Montmartre.)

Un homme ayant été volé plusieurs fois dans les rues de Paris , n'osait plus sortir; on lui conseilla de porter des pistolets : « Les voleurs, répondit-il, me les prendraient. »

( Bibliothèque de société.)

Pendant le siégo de Minorque, le chevalier de Lorenzi allait tous les soirs à la tranchée, muni d'un télescope et d'un attirail d'a"tres instruments asMonomiques.

pour faire ses observations. Un jour il s'en revient à son quartier, avant laissé tons ses instruments à la tranchée, « On vous les volera, chevalier, lui dit M. de Saint- Lambert. — Oh! non, lui répond le chevalier, j'ai mis ma montre à côté. »

(Grimm, Correspondance.)

La nièce du financier Bouret, fort jolie femme et très à la mode, assistant à l'exécution de Damiens en place de Grève, et voyant la peine qu'on avait à écarteler le malheureux, s'éeriaavec sensibilité: « Ah ! les pauvres chevaux, que je les plains! » (Encychp.)

Un régiment passait à Beanne et devait traverser une forêt pleine de voleurs. Le maire proposa, dit-on, à l'officier, de faire escorter son régiment par quatre cavaliers de maréchaussée.

{Matin. Se non.)

On faisait compliment à M""' Honis de

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la façon dont elle venait de jouer Zaïre': « Il faudiait, dit-elle, être !)elle et jeune. — Ah ! madame, reprit le complimenteur naïvement, vous êt( s bien la preuve du contraire. «

(Chamfort.)

A la première, représentation à'Jlcesfe de Gluck, UEi pauvre diable était assis tranquillement au parterre, ayant pomvoisin de droite un piccinisfe qui roulait des yeux furibonds , et pour voisin dé gauche un glnckiste qui se pâmait d'aise h chaque phrase musicale, et applaudissait à tout rompre. Lui se tenait coi et écoutait tranquillement. Fatigué de le voir si calme, un de ses voisins le saisit par le bras, et lui demande avec imnatience: «Enfin, êtes-vous piccinisie ou glnckiste? — Je suis ébéniste, » répondit ie brave homme (1).

Devant un comité révolutionnaire se présenta un jour un pauvre diable qui dit : « Citoyens, j'ai perdu ma carte, j'en viens quérir une autie. — 11 faut auparavant, dit le président, savoir si tu es modéré, royaliste, aristocrate, fédéialis'e. — Moi! non. citoyen, je suis rémouleur. » [A ne rie s révolutionnaires^

Un conscrit, étant arrivé au camp, fut armé de pied en cap, et fut dans la même journée envoyé en patrouille sur le territoire ennemi. Au détour d'un petit bois, un parti allemand, qui était en embuscade, tire tout à coup sur les nôtres. Lo pauvre apprenti soldat, tout surpris de ce procédé, sort de son rang, et s'avançant fort polimen t le chapeau à la main, leur dit : n C'est bêle; arrêtez donc, messieurs, et prenez garde à ce que vous faites : ne voyez-vous pas qu'il y a du monde de ce côté. «

{Joh ana.)

Parmi les gardes françaises de la com-

(i) On .1 mis celte .inicdole .t toules s.iucos. Ainsi l'on raconte encore que, n« temps des querelles ilii j.insénisme, \u\ confesseiir .nynnt demandé à son pénitent s'il él.ait janséniste ou moliniste : « Je suis ébénMe, » répondit-il. (Voyez .Tussi r:inecdole suivante.)

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pagnie du comte d'Auteroche , un chenapan osa, pour ajouter à sa solde, se déguiser en prêtre, et le matin, se rendre dans plusieurs éf^lises de Paris pour y dire la messe. Arrêté pour cet audacieux sacrilège et mis au cacliot, le drôle vit venir à lui son capitaine, dont le sourcil froncé n'augurait rien de bon. En effet, avant tout soucieux de discipline : « Malheureux ! s'écria le comte d'Auteroche... avoir quitté ton uniforme. — Mais non, capitaine... — Comment, non? — .l'ai toujours conservé mon uniforme... sous ma soutane. — Ah ! c'estdit'férent... c'est bien différent. »

Et aussitôt radouci, frappé d'un argument de cette force, le capitaine s'en alla de très-bonne foi solliciter la liberté du . soldat.

(II. d'Audigier.)

Un des amis de M'"*i Geoffiin étant venu la voir pendant la longue léthargie qui précéda sa mort, un domcsti'pie vint lui dire : «. Madime est bien sensible à votre souvenir; elle votis fait dire qu'elle a perdu l'usage de la parole (I). »

(Paris, yersaiUes, les provinces au XVIIP siècle.)

Lorsque la milice fut sur pied à Douai, un jeune étudiant chargea son fusil de trois cartouches. En ajustant la ))ierre de la platine, le feu prit à l'amorce et l'arme se déchargea. La force du coup jenversa le nouveau guerrier ; on le crut mort, on tout au moius dangereusement blessé. On vint à son secours ; mais lorsqu'on voulut .amasser le fatal fusil qui lui était échappé des mains , il s'y opposa en disant : <c Prenez garde, il n'a encore tiré qu'un coup, et j'ai mis trois cartouches dans le canon. »

[Espr. (les jouruaii.r.)

La reine Marie Lec/.iuska , femme de Louis XV, l'épouse la plus vertueuse et la moins attachée à ses sens, comme a dit Jean-Jacques, se retirant un soir dans son

(i) Ceci resseml>lK à l'iiisloirc de ce fi qui court tous les.-tlmannctis, à qui Ion dcm en lui faisant faumiine : « Y a que vous êtes muet mon enfance, inonsit

longtemps qui répond : « Depuis

intérieur avec la duchesse de Yillars (t lemaréchaldeLamothe, lui dit: « Voyons, monsieur le maréchal, comment vous parviendrez à me conter, sans me scandaliser trop fort, nue aventure que M""; de Villars voidaitbien que je susse, et pourtant qu'elle n'a pas voulu m'apprendre.

Elle a excité ma curiosité : tâchez de la satisfaire. — Qii'est-cedonc ?— On dit q\ie le prince de Soubise a donné cent mille livres à M""' de l'Hospital. Comment une femme se donue-t-elle pour cent mille livres? — Mais, répondit le maréchal, le princedeSoubiseluienadonnédavantage:

d'abord une maison toute meublée. Votre Majesté conviendra que cela devient différent. — Différent, sans doute, reprit la reine; mais, fiU-ce un million... — Eb bien ! reprit le maréchal , mettez-en deux . . . — Oh! dit la reine, vous m'en direz tant!... •>,

( Encyclopèdiana. )

On louait un fils à sou père : « Il n'est l>as tel que vous pensez, reprit le père, c'est un lourdaud. .. Peu de jours après, le père mourut, et comme on disait à co fils qu'il avait perdu un excellent homme de père : « Cela vous plaît à dire, répartit-il, mais ce n'était qu'un lourdaud. i> 11 s'imaginait être une civilité de parler de son père' comme il avait parlé de lui,

{Le Bouffon de la cour.)

M"'' de Tr"*, étant au couvent à l'âge de (piatoize ans, demanda ce que signifiait l'épithète hermaphrodite, qu'elle avait remarquée dans ses lectures. Soit par simplicité, soit pour éluder une réponse précise, la bonne religieuse à* laquelle elle s'adressait, lui dit que ce mot servait à désigner une personne qui n'était ni laide ni jolie. Peu de temps après, sa mère vint la voir, accompagnée d'un jeune homme qui était son parent, et qu'on lui destinait pour époux. Le galant militaire s'extasia sur la charmante figure de sa cousine et la loua excessivement, (c Oh! mon cousin, lui réponditelle d'un air modeste, je ne mérite pas tousceséloges:jesuishermaphrodite(t). »

(Paris, P'ersailles et les provinces au Xnil" siècle.^

(r) Rappelons, à propos (Je ces deux anecdotes,

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M. de Cypierre, fils de l'intendant d'Orléans, devait épouser M"'' de L*", âfjée de douze à treize ans. Quand on eut fait ))art à la jeune personne de la dérision de ses parents, elle alla bien vite raconter cette nouvelle à ses petites compagnes, et confondant tout ce cpii lui avait été dit, elle assurait qu'elle épouserait M. d'Orléans, intendant de Cythère. Immédiatement après la cérémonie, elle ne trouva point étonnant qu'on la fît rentrer au couvent, ainsi que les parents en étaient convenus, jus({u'à ce qu'elle fût nubile; mais en faisant ses adieux à son mari qui l'avait accompagnée : « Monsieur, lui dit-elle, vous n'oublierez pas de me faire sortir pour mes couches. »

(Paris, Fersatlles les prmnnces au XV IIP siècle.)

Un officier, devenu borgne à la guerre, portait un œil de verre, qu'il avait soin d'ôter lorsqu'il se couchait. Se trouxant dans une auberge, il appelle la servante et lui donne cet œil pour qu'elle le pose sur une table. Cependant la servante ne bougeait point. L'officier, perdant patience, lui dit : « Eh bien, qu'attends-

tu-làr

J'attends.

monsieur, que vous

me donniez l'autre (1).

(Dictio/m. d'anecdotes.)

Les bourgeois d'une petite ville fortifiée de Suisse se plaignaient de l'insuffisance des revenus de l'octroi.

Pas d'argent , pas de pavage , pas de réverbères , et dame ! ou murmurait.

Comme de raison , les bourgeois allèrent trouver le landman : à lui d'aviser.

Lui, demanda à réfléchir.

11 réfléchit en effet, chercha, trouva , et au bout de trois jouis convocjua son conseil.

« Messieurs , dit-il , on se plaint de riusulfisance des revenus de l'octroi; je le comprends, mais je sais, pour les doii- J)l('r, un moyen infaillible : notre ville n"a que deux portes, faisous-eu ouvrir lieux autres. »

Révalaid était un vrai type du lîo,

•|uo nous nvons i\,-y.x vu le Ir.iil ,1e M,.ric--1.. :i .|..i l\.n r.iit ir<>ire (|uc le mol s„„ac/,e :.

"C.) Voir J-ouiche, (.Vrmbres).

comique, .\près avoir brillé à l'Ambigu dans les rôles de tyrans et de brigands, il exploita plus tard une troupe de comédiens de province. C'était l'homme aux ressources ; ou ne le prenait jamais sans vert. Un soir, qu'il avait donné un mélodrame où ron faisait le bombardement d'une ville, la bourre d'un soleil alla frapper nue personne placée à l'orchestre. Le lendemain , Révalard , craignant que le léger accident de la veille ne nuisît à la recette du jour, fit mettre sur l'affiche , eu gros caractères : « Les personnes qui, ce soir, nous honoreront de leur présence , sont prévenues que le bombardement n'aura plus lieu qu'à l'arme blanche. »

Une autre fois, après avoir donné dans une petite ville plusieurs représentations qui n'avaient attiré personne, il afficha la veille de son départ : « La troupe de M. Révalard, touchée de l'accueil empressé que les habitants ne cessent de lui faire, a l'honneur de les prévenir qu'au lieu de partir samedi , ainsi qu'il l'avait annoncé, lui et ses camarades quitteront la ville demain matin à six heures. »

(Brazier, Chronique des petits théâtres.)

M"'^ de B. disait un jour naïvement étant à table : « RIon Dieu , je suis bien heureuse de ne point aimer les épinards, car j'en mangerais, et je ne puis pas les souffrir (1).,.

(Paris, Versailles et les provinces au XVIII" siècle.)

Quand ou fit quitter à l'acteur Vanhove les lambrequins et la culotte de soie cramoisie du costume d'Agamemnon, eu clierchant à lui démontrer les avantages d'un vêtement historique : « Le beau progrès , dil-il ; ils ne font pas seulement une poche jiour mettre la clef de sa loge! » C'était à ce point de vue intime qu'il envisageait la question.

lai l'abbé Gicgoire occupé

(i) On voU <|iie ce mot de M. Priulliomme, ni a Hiil forluiie sous 1.1 plume «l'Henry Moner, n'est |ins du tout neuf. I.'nin-rage d'où nous rous celle cilatiun est de iSii.

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examiner des papiers qu'il brûlait : « Je viens, me dit-il, de brûler un paquet de lettres de Mirabeau , qui m'ont fait sourire plus d'une fois en les relisant ; une surtout dans laquelle , après avoir discuté quelques grandes questions politiques de ce temps, il m'invite à l'aller voir sur-le-cbamp pour l'entendre jouer de la flûle et du tamjjourin, dont il venait de prendre des leçons. »

(Lady Morgan, Voyage en France.)

A l'époque du rétablissement du culte, un savetier disait à son confrère : "i Ce n'est ni pour toi ni pour moi qu'on remet Dieu en fonctions, c'est pour le peuple. »

(Encyclop.)

M'"^ la comtesse de Rumfort jouait parfois la comédie dans sou château de Saint-Leu. Un joui-, elle donna le Déserteur, deScdaine , et \a.Suitc d'un bal masqué. La troupe était des mieux composées, et la comtesse, en bonne châtelaine, voulut faire participer les habitants du village à cette fête charmante. Après la représentation, une députation de la bande villageoise réclama l'honneur d'être présentée à la noble hôtesse et à son illustre société. Le fait était singulier; mais, comme des compliments sont toujours agréables à recevoir, n'importe de qui ils viennent. M"'* de Rumfort donna ordre de faire entrer :

« Que nous voulez-vous , mes bons amis? — Eh ben ! mam' la comtesse, nous v'non= chercher not' pourboire, répond le chef de la bande. — Comment !

votre pourboire?... Je ne vous comprends pas... En quoi l'avez-vons gagné?

— Ehl mais, en faisant not' devoir : en restant jusqu'à la fin de la comédie pour vous être agréables, » répondit le naïf paysan.

La tribune fut détruite , et depuis ce jour le populaire ne fut plus convié aux plaisirs aristocratiques du château.

(M""" de Bassan ville, les Salons d'autrefois.)

à demander aux gens quel parti ils avaient suivi eu 1793 , qu'un jour une dame présentant à M. de Blacas un jeune homme de vingt ans qui sollicitait un emploi, le ministie , en s'adressant à cette dame , lui dit : « Qu'a fait monsieur pendant la révolution? »

{Le Na'm jaune.)

On demandait à un provincial qui revenait de Paris : — « Avez-vons vu Talma? — Oui, fit-il d'un ton dédaigneux. — Et comment l'avez-vous trouvé? — Très-ordinaire. — Dans quel rôle l'avezvous donc vu ? Est-ce dans Manlius ? - Non, je l'ai vu en fiacre. »

A l'époque de la seconde restauration de Louis XVIll (1815), les émigrés en place chez le roi étaient tellement accoutumés

M. Ballanche était à Lyon, dans sou imprimerie , à discuter, à part soi, quelque immense problème. On lui Jit qu'une exilée de l'empereur habitait seule une chambre à l'auberge. H y fut; il y fut sans trouble et sans crainte, et cependant il n'a%ait jamais parlé qu'à sa mère, à sa sœur, à quelques femmes du voisinage. 11 frappe , il entre , et M""= Récamier le reçoit comme un ancien ami qu'on retrouve après de longues années. 11 lui plut , elle le trouva aimable , autant (pi'il la trouva charmante, et tout de suite il se mit à raconter à son amie , attentive et curieuse , un tas de grands rêves qui s'agitaient en tumulte au fond de son cerveau. Pour la première fois , il retrouvait la parole qu'il avait perdue, et il en profitait, tout rempli de ses juopres extases, lorsqu'il vit que M"'" Hécamier pâlissait et se trouvait mal. « Qu'avez-vous? lui dit-il déjà tremblant. — Ce n'est rien, répondit-elle en souriant, seulement vous avez ciré vos souliers avec un cirage infect, et cette odeur m'est insupportable. » Alors, sans mot dire, il se lève, il descend dans l'antichambre, et M""" Récamier, quile croyait bien loin, le vit rentrer : il avait quitté ses souliers et les avait laissés à la porte.

(J. Janin , Les Et cœtera du tempsprésent.)

Un auteur qui se trouvait au café de la Poite-Saint-Marlin, citait à quelqu'un le titre de ses pièces, ktonné de ce que

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celui-ci n'en connaissait aucune, il lui dit d'un air impatienté ; « Vous n'allez doue jamais aux premières représentations? v (Le Nain jaune.)

Un médecin fut appelé pour donner des soins à un jeune enfant volontaire et gâté, atteint d'une maladie grave.

11 01 donna une potion sur laquelle il fondait un légitime espoir. — « Pourcpioi n'avez-vous pas fait prendre à l'enfant le médicament prescrit? — 11 n'en a |ias voulu , répondit la mère désolée. — Votre faiblesse aura \m triste résultat. — <]omment! c'est aussi grave! Il le prendra, monsieur, je vous en réponds ;ye/'o^scmmerai plutôt, ■»

Une jeune fdle disait à un de ses parents qui venait voir sa mère : « Ne faites pas de bruit, monsieur ; maman vient d'ac roucher. — Mais, ma bonne amie, je croyais que votre père était absent depuis deux ans? — Oh! cela ne fait rien, répondit la jeune fille; il nous écrit tous les mois. «

On jouait la comédie en société dans une petite ville de Suisse. Une demoiselle devait remplir un rôle principal.

Un peu avant qu'on levât la toile , la mère de la jeune personne s'avance , et , s'adressant à l'assemblée : « Mesdames, dit-elle, je voudrais bien que vous eussiez la complaisance de permettre que ma fdle dît son rôle la première, parce que nous soupons eu ville. »

[Encjclopediana.)

Un professeur de physique demandait à un candidat au baccalauréat : « — Quelles sont les propriétés de la chaleur? — La chaleur dilate les corps , ks allonge , les agrandit , et le froid les condense , les contracte, les rapetisse. — Un exemple?

— Dans la saison des chaleurs, les jours s'allongent, et lorsqu'il fait froid, ils diminuent. — Passons à la chimie. Comment reconnaîtriez -vous la présence de l'acide prussique dans une substance? — 11 suffit d'en respirer ; si on tombe mort

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du coup, l'on est certain d'avoir affaire à l'acide prussique. »

[Mosnïqiie.)

Beyle (Stendhal), si subtil quand il se moquait des autres, se laissait aller pourtant à une petite naïveté qui nous fit un peu rire à ses dépens. A vingt-deux ans , il avait fait la brillante campagne d'Italie avec Napoléon F""; il devait à M. Daru, son oncle, d'avoir été attaché à l'état-major de l'armée, et ce fut ainsi, jeune et vainqueur, qu'il passa quelques mois à Rome, avec les plus grands succès de tous genres. Plus tard,... bien plus tard,... trente ans plus tard , il était retourné à Piome , orné de cheveux blancs et d'un ventre formidable, et il nous disait en revenant : « Les mœurs ontbiea changé. Les jeunes femmes sont dédaigneuses et prudes. Leurs mères et grand'mcres étaient plus aimables. »

Hélas! mon pauvre vieil ami, il n'y avait que vous de changé I

(M""' Ancelot, Un salon de Paris.)

Berryer,ponr ne pas paraître faire tout le bien qu'il faisait , aimait à dissimuler l'aumône sous une apparence de salaire.

Ces travailleurs de sa charité n'étaient pas tous bien actifs, et lui-même, avec une bonhomie indulgente, racontait, en riant de tout son cœur, qu'il avait trouvé dans son parc un de ces ouvriers profondément endormi : « Et que fais-tu là , fainéant ? » lui dit M. Berryer. — Ce que je fais là ! répondit l'ouvrier sans se troubler ; mais je gagne les trente sous de M. Berryer ! «

(Fr. de Champagny, Discours de réception à l'académie.)

Baonr-Lormian avait traduit la Jcrtisalem délivrée. Ses confrères de l'Académie ne purent s'empêcher de sourire lorsqu'il leur dit naïvement :

« Maintenant que j'ai fini ma traduction et que je n'ai plus rien à faire , je vais apprendre l'italien. »

(M'"* Ancelot, Un salon de Paris.)

La princesse G..., Valaquc de naissance mais mariée à Paris , où elle est gém

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ralemem aimée, admirée sous le nom de la m .rquise de L... S..„ a gardé de son pays natal la grâce charmante et des Vdi'c qui ont une réputation dans le ÏQ-ionde entier. Elle est aussi bonne et siuiple qu'elle est gracieuse, et quand on lui parle de ses jeux, elle répond en riant : « On les remarque parce qu'ils sont à Paris, mais ce sont ceux de tout le monde dans mon pays. « Elle a tant répété cela qu'elle afiui'par le persuader à une amie d'une intelligence tres-contestable et dont la vie était empoisonnée parla petitesse de ses yeux!...

Sou rêve deviut d"épouser un Yalaque, et dans une coterie très-gaie on ne s'abordait plus sans se demander si l'on ne connaissait pas un Yalaque ([ui voudrait épouser madame D. On lui proposa des Grecs, des Caucasiens, beaucoup de Rus- ?es , et enfui un soir, au ministère de la marine , on lui servit le Yalaque demauc'é! Elle faillit en mourir de joie. Et il était prince par-dessus le marché ! •Elle lui assura par contrat une partie de sa fortune, et, le lendemain de son maliage, elle partit pour la Yalachie, exactement comme les dartreux vont à Louesc!»e, les bilieux à Yichy et les rhumatismeux à Aix... Elle en est revenue l'autre j )ur un peu battue , assez ruinée , et sa première visite a été pour la marquise de L... S. « Eh bien! ma chère, dit la uoivelle pi incesse, cela ne m'a rien fait!... — Quoi donc? dit la mar((uise. — Mais, mon voyage!... J'arrive de Yalachie , J'y suis restée plu^ieius mois , et mes yeux n'ont pas grandi! »

{fie parisienne.)

L'abbé Cœur prêchait à Saiut-Roch.

Un soldat désœuvré entre et prend une chaise. Pendant le seimon, la loueuse s'approche de lui et lui demande cinq sous. Le soldat, qui apparemment ignorait cet impôt, répond d'un air étonné :

« Cii q sous! si je les avais, je ne serais

pas ici. »

Le baron Ch. lJu|)iu terminait une leçon devant un auditoire très nombreux. Il y avait de tout dans l'assistance, des bourgeois, des ouvriers, des patrons et même des paysans.

Deux maraîchers de Bagnolet paraissaient surtout prendre l'intérêt le plus vif aux développements statistiques du professeur.

Quand le baron conclut en disant :

"■ J'espère, messieurs, que cette démonstration vaut bien quelque chose, » l'un des maraîchers, se penchant vers son camarade, lui souffla dans l'oreille :

K Filons, il n'est que temps, — on va îiuèter! »

(Em. Blavit.)

IVaturc (la) au théâtre.

Aufrène était la nature même au théâtre. Il parlait la tragédie, ne s'écartait jamais du véritable sens, et trouvait souvei t des traits sublimes dans leur simplicité; ses débuts furent suivis avec chaleur, et le public se déclara pour lui d'une manière si éclatante que l'on ne put se dispenser de le recevoir aux appointements, en se réservant, in petto , le droit de le renvoyer aussitôt que le premier feu de l'enthousiasme serait passé! Il fut bientôt obligé de se retirer devant les taquineries dont ou l'excéda.

Un amaleiir demandait, quelques jours après saretniite, à un comédien du Théâtre-Français, pourquoi l'on n'avait pas fait tous ses efforts pour le retenir.

(i Eh! monsieur, répondit l'acteur, cet homme nous faisait perdre la carte : il était faux dans son jeu avec nous, ou nous l'étions avec lui. Il fallait qu'il changeât ou qu'il fit changer toute la comédie; il est dur de refaire sou apprentissage : nous avons mieux aimé le renvover. Le public en sera fâché , mais bast ! »

Dennery assistait à une des premières représentations de VJfricaine. — A la chute du rideau du second acte, il s'écriait à tue-iête : « Mais c'est banal, mais c'est inepte , mais j'en ferais autant! «

{Figaro.)

Un comédien se plaignait que les nouveaux auteurs voulussent tout faire voir au théâtre, la boutique d'un charpentier, uu valet qui mouche des chandelles , ou qui éteint des bougies, etc. On ne. lui faisait qu'une réponse : « Tout cela est dans la nature. — Morbleu ! dit-il ; mon c... aussi est dans la nature, et pourtant je porte des culottes, »

iComédiana.)

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