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seul mot de vrai. Il m'était très-clair que celui qui parlait si savamment de cette répétition n'y avait point été , puisqu'il avait devant les yeux, sans le connaître, cet auteur qu'il disait avoir tant vu. Ce qu'il y eut de plus singulier dans cette seène, fut l'effet qu'elle fit sur moi. Cet homme était d'un certain âge ; il n'avait point l'air ni le ton fat et avantageux ; sa physionomie annonçait un homme de mérite , sa croix de Saint-Louis annonçait un ancien officier. Il m'intéressait, malgré son impudence et malgré moi. Tandis qu'il déhilait ses mensonges, je rougissais; je baissais les yeux, j'étais sur les épines , je cherchais quelquefois eu moi-même s'il n'y aurait pas moyen de le croire dans l'erreur et de bonne foi. Enfin, tremblant que quelqu'un ne me reconnût et ne lui en fit l'affront, je me hâtai d'achever mon chocolat sans rien dire; et, baissant la tête en passant devant lui, je sortis le plus tôt qu'il me fut possible, tandis que les assistants péroraient sur sa relation. (Rousseau, Confessions.)
JViimismate entêté.
Le maréchal de Villars vint un jour me rendre visite, et comme il prétendait se connaître en médailles, il me demanda à voiries miennes. Baudelot, homme trèshonnête et savant , qui eu a la charge , fut obligé de les lui montrer; ce n'est pas l'homme le plus avisé, et il n'est guère an tait de ce qui se passe à la cour. Il avait l'ait une dissertation sur une de mes mé-
dailles, pour prouver, contre d'autres savants, que la tète à cornes qui y est figurée est celle de Pan , et non pas de Jupiter Amnion. Pour prouver son érudition, le bon Baudelot dit à M. de Villars : '< Ah! monseigneur, voici une des plus bellesmédailles que madame ait ; c'est le triomphe de Cornificius : il a tontes sortes de cornes. C'était un grand général, comme vous, monseigneur. 11 a les cornes deJunonet de Faune. Cornificius, vous savez, monseigneur, était un général habile. » Je l'interrompis : <. Passons, lui dis-je; si vous vous arrêtez à chaque médaille, vous n'aurez pas assez de temps pour les montrer toutes. » Mais, plein de son sujet, il répondit : » Ah ! madame, celle-là en vaut bien une autre. Cornificius est en vérité une des plus rares médailles du monde. Considérez-la, madame, regardez; voilà Junon couronnée qui couronne ce grand général. » Quelque cliose que je pusse dire, je n'empêchai point Baudelot de parler de cornes au maréchal. '< Monseigneur, reprit-il, se connaît en tout, et je voudrais bien lui faire juger si j'ai raison de dire que ces cornes sont plutôt celles de Faune que de Jupiter Amnion. » Toutes les personnes qui étaient dans la chambre se tenaient pour ne pas éclater de rire. Quand on l'eût fait exprès, on n'aurait pu s'y prendre plus fort îement. Le maréchal parti, je me mis à rire aussi. J'eus bien de la peine à convaincre Baudelot qu'il avait mal fait.
(Duchesse d'Orléans, Correspondance.)
Obésité.
Denys le tyran avait toujours auprès de son lit des valets de cliamhre armés d'aiguilles i)oiir le piquer jour et nuit par intervalles , de peur que sa graisse ne l'élouffàt pendant son sommeil.
(L'abbé Bordelon, Diversités curieuses.)
ObéqiiioKÏté perdue.
Il est d'usage, en Angleterre, qu'un aspirant à une place de membre du parlement fasse sa tournée dans la ville dont il vent avoir l'élection : il va de porte en porte solliciter les suffrages. En 1759, un jeune Anglais fort élégant se présente, chapeau bas, devant l'échoppe d'un savetier, homme fort en crédit dans son village. Le candidat le supplie de vouloir Jjieu lui accorder sa voix : « On verra cela, notre bourgeois ; mais auparavant il faut savoir à qui l'on a affaire, et moi, je ne connais les gens que quand j'ai bu avec eux. — Mon cher monsieur, j'ai pourvu à tout : il y a chez un tel, à telle enseigne, d'excellente bière forte, et je m'estimerais très-honoré — De la bière!
Ah! parbleu, cherchez ailleurs vosdupes : je ne bois que du vin , et du Bourgogne. — Je vous demande mille pardons; si vous voulez prendre seulement la peine de venir à deux pas^d'ici. — Sortir de ma boutique? Non, en vérité ; si tuveux boire avec moi , fais apporter ton vin. Tiens , point tant de façons, assieds-toi sur cet escabeau. » — Le jeune Anglais sourit à cette invitation, et l'accepte. Ses gens vont chercher le vin. « Voudrais-tu fumer ? Voilà ma pipe : conviens que ce tabac-là est bon. — Délicieux, sur ma parole. » Le vin arrive. Le savetier, après avoir bn, s'écrie dans une espèce de transport : n Tiens, compère, il faut que tu me baises... Bon ; et de l'autre... Amerveille. » Tout cela fait, le savetier appuie ses deux poings sur son tablier gras, élève
la voix, et accablant monsieur l'as;)iranJ d'un regard dédaigneux: « N'as-tu pas de honte, lui dit-il? Quoi! tu n'es pas humilié de tant de bassesses! Eli bien ! j'en rougis pour toi. Tu es gentilhomme, et ta veux être membre du parlement ! .j'en suis plus digne que toi et tes semblables. Sors de ma boutique, et va mendier ailleurs des suffrages ! »
{Ann. l il ter. 1791.
Observation da dimanche.
Quelques amateurs de pêche avaient formé le projet d'aller rendre visite aux saumons et aux truites de laLews; mais avant de partir pour leur expédition , ayant appris que l'aubeige de Colarnish, le seul endroit où ils pussent descendre , ne possédait qu'un garde-manger fo< t mal garni, sinon complètement vide, ils se munirent de provisions de bouche , paimi lesquelles se trouvait un magnifique jambon d'York. Le dimanche malin, l'aubergiste (presbytérien) vint leur demander ce qu'ils voulaient pour dîner. « Coupez le jambon en deux , dit l'un des pécheurs ; vous en ferez bouillir la moitié pour din?r, et le reste pour déjeuner. — Ah ! oui , répliqua l'hôle , mais comment faut-il le couper? — C'est bien simple, reprit celui qui avait déjà parlé, vous détacherez la chair avec un couteau et puis, à l'aide d'une scie, vous séparerez l'os. — Sans doute, messieurs, fit l'aubergiste, je n'ai pas la moindre objection à me servir d'un couteau le jour du sabbat, mais je ne pourrais pas faire usage d'une scie. — En avez-vous une à la maison ? — Oui. — Eh bien! apportez-la, s'il vous plaît.» Eu conséquence la scie fut apportée et le digne aubergiste ( car c'était un digne homme après tout ) coupa la chair du jambon avec un couteau ; puis, «pioique sa conscience lui défendît de scier l'os lui-même, il le maintint par les deux bouts, tandis que la personne qui m'a