‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 57 sur 180 · OKA · texte numérisé non relu

OKA

ir,.^

Le partisan Dourvalais demandait un jour à la spirituelle M'^e Corimel ce que c'était que l'opulence. « C'est , lui répondit-elle, l'avantage qu'un maraud peut avoir sur un honnête homme. »

{Almanach littéraire, 1786. )

Un grand seigneur de la finance faisait remarquer au prince Demidoff une superbe épingle en malachite qu'il portait à sa cravate; la vanité du manieur d'argent débordait :

« En effet, lui dit M. Demidoff, la malachite de votre épingle est superbe, et je m'y connais un peu ; car j'ai chez moi une cheminée taillée dans cette sorte de pierre... »

Et il disait vrai : des mines du Caucase lui arrivaient des trésors inappréciables.

A l'Exposition universelle, on a vu un bloc de malachite qui lui appartenait, et (jui pesait plus de deux mille kilogrammes ! Belle pierre, n'est-ce pas, à faire monter en épingle !...

Or {Amour de /').

Dans les derniers temps, la passion des richesses étant devenue chez Caligula une frénésie , il se promenait souvent , pieds nus , sur d'immenses monceaux d'or, étalés dans une vaste salle ; quelquefois même il se roulait au milieu.

Oracle.

Un oracle avait prédit à Eschyle qu'il péi irait par la chute d'une maison ; et ce poëte, pour en retarder l'accomplissement, se promenait toujours en rase campagne. Un jour qu'il dormait au soleil , un aigle laissa tomber une tortue sur sa tète chauve, qu'il prenait poi.r la pointe d'un rocher, et le tua du coup (1).

Caton, pressé de consulter l'oracle de Jupiter Hammon , répondit : « Laissons les oracles aux femmes, aux lâches et aux ignorants. L'homme de courage, indépendant des Dieux , sait vivre et mourir de lui-même. »

Oraisons funèbres.

A la mort du maréchal de Saxe , qui était protestant, Marie Lcczinskadit : » Il est bien fâcheux qu'on ne puisse pas dire un De Profundls pour un homme qui a fait chanter tant de Te Deum. » Ce mot se retrouve dans la bizarre oraison funèbre qu'on lui fit, avec des rimes en chiffre, dont le total formait son âge (55 ans), et qui est citée dans le Journal de Barbier :

Son courage l'a fait admirer de chac . . . . i. Il avait des rivaux, mais il triompha ... . ?.. Les combats qu'il gagna sont au nombre de . 3. l'our Louis, son grand cœur se serait mis en.. 4. Pour tant de Te Deum, pas un De l'rofun lo.

L'abbé deVauxcelles est auteur de plu-

(t) Cette légende est rapportée p.ir le scoliastc d'Eschyle, Valère-Maxime, Pline l'ancien, Suidas, et elle a été accueillie sans réserve par La l'ontaine»

ORA

ORA

sieurs oraisons funèbres ; on ne sent jamais mieux le néant de l'homme que dans la prose de cet orateur.

(Rivarol.)

Catholineau avait succombé à sa blessure, où la gangrène s'était mise. Blon, son parent, se présente au peuple assemblé devant la maison, et lui dit : « Le bon Cathelineau a rendu l'àme à celui qui la lui avait donnée pour venger sa gloire. » Quelles paroles simples et pro- JFondes la religion suggère à un paysan !

{Mémoires de la marquise de la Rocltejaquelein.)

On conduisaità sa demeure dernière un personnage trop connu, qui , de faillites en faillites, était arrivé à laisser deux millions à sa veuve éplorée. Le convoi était nombreux. Il y eut des discours. — Un des complices du défunt avait pris la parole. « Adieu ! disait-il d'une voix trempéede larmes, adieu, ô mon meilleur ami; tu emportes avec toi dans la tombe les regrets de tous ceux qui ont eu la douceur de te connaître ; tu emportes avec toi l'estime et les regrets de tes amis ; tu emportes avec toi... — De grâce ! exclama un des assistants, ajoutez qu'il m'emporte cinquante mille francs ! »

Oraison funèbre d'un vivant.

On lit dans les œuvres de Saiiil-Évremond une Omiso/i fiiitcbre de Madame la duchesse de Mazariii , (pii fut composée du vivant de celte illustre et aventureuse femme. L'auteur commence ainsi : « J'entreprends aujourd'hui une chose sans exemple; j'entreprends de faire l'oraison funèbe d'une jjersonne qui se porte mieux que son orateur. »

Oraison funèbre sommaire.

J'ai entendu raconter au maréchal de Levis , dont Bougainville avait été aidede-camp pendant la guerre du Canada, qu'à l'attaque très-vive du fort de Ticonderago, auquel les Anglais donnèrent inutilement plusieurs assauts , celui-ci reçut, au plus fort de l'action, une balle au front qui le renversa. Un officier qui le vit tomber, s'écria, eu s'adressant à M. de Lévis qui était peu éloigné : « Ah,

mon Dieu ! ce pauvre Bougainville vient d'être tué. — Eh bien , ou l'enterrera demain avec beaucoup d'autres n , répondit froidement le général , qui lui était cependant fort attaché , mais qui , dans un pareil moment , craignait , en paraissant sensible à cette pei le, de décourager les soldats. M. de Bougainville n'était qu'étourdi du coup, la colère lui rendit la parole ; il se relève en disant : « Général , il me semble que vous vous consolez bien aisément de ma mort; pourtant vous ne me ferez pas encore enterrer cette fois-ci. »

(De Lévis, Souvenirs et portraits.)

Orateurs à court.

M. de Verdun , premier président du parlement de Paris , prononçant une harangue qu'il avait fait faire par un habile avocat , demeura au filet ; et comme il faisait effort pour se remettre, sans en venir à bout, dépité, il dit tout haut ; « Diable soit de l'avocat ! pourquoi me l'a-t-il faite si longue.' »

(Vigneul-Marville.)

Un Normand , député pour haranguer Henri IV , se perdit dans son discours dès les premiers mots. Comme les courtisans souriaient et chuchotaient entre eux : 'c Messieurs, dit le roi , je n'en suis point surpris : les Normands sont sujets à manquer de parole. »

Louis XIV était fort bon pour ses serviteurs intimes; mais, aussitôt qu'il prenait son attitude de souverain, lus gens les plus accoutumés à le voir dans ses habitudes privées étaient aussi intimidés que si pour la première fois de leur vie ils paraissaient en sa présence. Des membres de la maison civile de Sa Majesté eurent à réclamer quelques prérogatives dont le corps de la ville de Saint-Germain où ils résidaient leur contestait l'exercice. Réunis en assez grand nombre dans cette ville, ils obtinrent l'agrément du ministre de la maison pour envoyer une dépntation au roi et choisirent parmi eux deux valets de chambre de Sa Majesté, nommés Ba/.ire et Soulaigre.

Le lever du roi fini, on appelle la députation des habitants de la ville de Saint- Germain; ils entrent avec confiance. Le

ORA

ORA

roi les regarde et prend son attitude imposante. Bazire, l'un de ses valet» de chambre, devait parler; Louis-le-Grand le regarde : il ne voit plus en lui le prince qu'il sert habituellement dans son intérieur; il s'intimide, la parole lui man([ue. 11 se remet cependant et débute, comme de raison, par le mot Sire. Mais il s'intimide de nouveau , et ne trouvant plus dans sa mémoire la moindre des choses qu'il avait à diie, il répète deux ou trois fois le même mot , puis termine en disant ; « Sire, voilà Soulaigre. » Soulaigre, mécontent de Bazire, et se flattant de se mieux acquitter de son discours, prend la parole. Sire est répété de même plusieurs fois; sou trouille égale celui de son camarade, et il finit par dire : « Sire, voilà Bazire. « Le roi sourit et leur répondit : « Messieurs, je connais le motif que vous mène en députation près de moi ; j'y ferai raison, et je suis très-satisfait de la manière dont vous avez rempli votre mission de députés. »

(M'"* Campan , Mémoires.)

M. le duc de Berry en place (à la séance du parlement où avaient été convoqués les pairs pour les renonciations), on eut assez de peine à faire fi'.ire silence. Sitôt qu'on put s'entendre , le premier président fit son compliment à M. le duc deBerry. Lorsqu'il fut achevé, ce fut à ce prince à répondre. Il ôta à demi son chapeau , le remit tout de suite, regarda le premier président , et dit : « Monsieur... >> Après un moment de pause, il répéta : " Monsieur.... « Il regarda la compagnie, et puis dit encore : « Monsieur... » Il se tourna à M. le duc d'Orléans , plus rouges tous deux que le feu , puis au premier président, et finalement demeura court sans qu'autre chose que « Monsieur » lui pût sortir de la bouche. J'étais vis-à-vis du quatrième président à mortier, et je voyais en plein le désarroi de ce prince ; j'en suais, mais il n'y avait jilus de remède. 11 se tourna encore à M. le duc d'Orléans, qui baissait la tète. Tous deux étaient éperdus. Enfin, le premier président, voyant qu'il n'y avait plus de ressource, finit cette cruelle scène en étant son bonnet à M. le duc de Berry, et s'inclinant fort bas comme si la réponse était finie , et tout de suite dit aux gens du roi de parler....

En sortant de cette cruelle séance, le prince entra chez la duchesse de Ventadour pour une visite de cérémonie. H fut reçu , entre autres , par la princesse de Montauban, qui , avec sa flatterie ordinaire , et sans savoir un mot de ce qui s'était passé, se mit à crier, dès qu'elle aperçut M. le duc de Berry, qu'elle était charmée de la grâce et de la digne éloquence avec laquelle il avait parlé au parlement , et paraphrasa ce thème de toutes les louanges dont il était susceptible. M. le duc de Berry rougit de dépit, sans dire une parole , et marchant toujours pour gagner le lit; elle de redoubler, d'admirer sa modestie, qui le faisait rougir et ne point répondre, et ne cessa point qu'ils ne fussent arrivés auprès de la mariée. M. le duc de Berry n'y demeura que quelques moments debout, et s'en alla. 11 fut reconduit comme il avait été reçu, et toujours poursuivi par cette vieille sur les merveilles qu'il avait faites , et les applaudissements qu'il s'était attirés du parlement et de tout Paria. Délivic d'elle à la fin par le terme de la conduite, il s'en alla chez M"'" la duchesse de Berry, où il trouva du monde, n'y dit mot à personne, à peine à madame la duchesse de Berry, prit M'"" de Saint-Simon, et s'en alla chez lui seul avec elle, où il s'enferma dans son cabinet.

11 s'y jeta dans un fauteuil , s'écria qu'il était déshonoré , et le voilà aux hauts cris et à pleurer à chaudes larmes. Il raconta à M"'« de Saint-Simon, à travers les sanglots, comme il était demeuré court au parlement sans pouvoir |iroférer une parole ; à appuyer sur l'affiont que cela lui faisait devant une telle assistance, qui se saurait partout, et qui le ferait passer pour un sot et pour un imbécile. Puis tomba sur les compliments qu'il avait reçus de M"'^ de Montauban, qui, dit-il, s'était moquée de lui et l'avait insulté , et qui savait bien sûrement ce qui lui était arrivé; et de là à l'appeler par toutes sortes de noms, dans la dernière fureur contre elle. Madame de Saint- Simon n'oublia rien pour l'adoucir et sur sou aventure et sur celle de madame de Montauban , en lassuraut qu'elle ne pouvait pas savoir ce qui s'était passéau parlement, dont personne encoren'était informé à Versailles, et que la flatterie lui avait fait dire tout cequ'elle ne faisait que se figurer. Rien ne prit : les plaintes et le silence se suc-

Page 1