‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 6 sur 180 · JUR · texte numérisé non relu

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à sa manière. Mais la menace du fer rouge le retient : il se captive ([uelque temps; n'y pouvant plus tenir, il quille la partie avec quelques louis qui lui restaient encore, marche au hasard eu se piessant les lèvres, et va s'asseoir au coin du feu , où il aperçoit un pauvre diable à sec, qui se tordait les mains et poussait de profonds soupirs. » Qu'avez-vous ?

lui dit-il. — J'ai, répondit l'autre , que je n'ai pas un sol sur la terre pour rattraper mon argent. — Tant mieux, s'éciia Dufresny, tant mieux. Tenez, voilà dix louis; retournez promptement au jeu, mais, je vous supplie,jurez pour moi, car le roi me l'a défendu (l). »

(Dusaulx, Rc/lexions sur la fureur du jeu.)

Le cardinal Duîiois avait pris pour son secrétaire particulier Yenier,qu'ilavaildéfroqué de l'abbaye de Saint-Germain-des- Prés , où il était frère convers , et en faisait les affaires depuis vingt ans avec beaucoup d'esprit et d'intelligence. Il s'était fait promptement aux façons du cardinal, et s'était mis sur le pied de lui dire loiit ce qu'il lui plaisait. Un matin qu'il était avec le cardinal, ildemanda quelquechose qui ne se trouva pas sous sa main. Le voilà à jurer (2), à blasphémer, à criera pleine tète contre ses commis, et que, s'il n'en avait pas assez, il en prendrait vingt, trente, cinquante, cent, et à faire unvacarmeépouvantable. Venierl'écoutait tranquillement; le cardinal l'interpella si cela n'était pas une chose horrible d'être si mal servi, à la dépense qu'il y faisait, et à s'emporter tout de nouveau, et à le presser de répondre. « Monseigneur, lui dit Venier, prenez un seul commis de plus, et lui donnez pour emploi unique

(i) Ne ser.iit-ce pas là une imitation perfectionnée du trait de don Juan donnant un louis d'or à un pauvre pour le faire jurer?

(?.) Celait son habitude quotidienne. « Le jour d'après qu'il fut fait cardinal, il s'éveille sur les huit heures, et sonne à rompre ses sonnettes, et le voilà à blasphémer horriblement après ses gens, a vomir mille ordures et mille injures, ei à crier à pleine télé de ce qu'ils ne l'avaient pas éveillé, qu'il voulait dire la messe, qu'il ne savait plus oïl en prendre le temps avec toutes les .iffaires qu'il avait. Ce qu'il fit de mieux après une si belle préparation, ce fut de ne la dire pas, et je ne sais s'il l'a jamais dite depuis son s.icre. » (Saint-Simon.)

de jurer et de tempêter pour vous, et tout ira bien : vous aurez beaucoup de temps de reste, et vous vous trouverez bien servi. » Le cardinal se mit à rire, et s'apaisa.

(Saint-Simon, Mémoires.)

•fiistc iuet§ure.

L'abbé de Yoisenon étant malade, soa médecin lui.ordonna de prendre, dans la matinée , une pinte d'eau légèrement purgative. Il revint le soir, et demanda ((uel effet avait produit le remède. « Aucun, lui répondit-on. — Avez-vous tout pris? — ISon, seulement la moitié. »

Ledoctiurse fâcha séiieusement. « Eh, mon ami ! ne vous emportez pas, dit labbé. Comment voulez-vous que j'avale une pinte.' regardez-moi bien , je ne tiens que chopine (1). » 11 était eu effet fort petit et d'une structure trè.s-délicate.

{Paris, Fersailles et la prov.)

•Iiistice.

La première fois que Trajan créa un préteur, il dit, en lui remettant, selon l'usage , une épée entre les mains , ces mots célèbres, que tout le monde a retenus : « Recevez de moi cette épée, et seivez-vous-en sous mon règne, ou pour défendre en moi un prince juste, ou pour punir en moi un tyian ».

Plu.sieurs héritiers s'étaient inscrits en faux contre un testament, et avaient intenté action à ce sujet contre un cei tain Euiythmus. Lorsque ces héritiers surent qtie cet Eurythmus était un affranchi de Trajan, ils voulurent par respect se désister de leur accusation. L'empereur en fut instruit : « Poin-quoi, leur dit-il, vous désister.' Mon affranchi n'est point Polyclète ni moi Néron. »

(Pline le jeune, Paiiégyr. de Trajan.)

On achevait les funérailles de Guillaume le Conquérant; on allait le descendre dans son tombeau , lorsqu'on entendit tout à coup la voix d'un homme qui cria : « Haro stir le corps du roi ! Ce terrain où vous voulez l'inhumer appai tenait à mou père; Guillaume n'étant encore que duc

(i) Voir un mot analogue de la Bniivilliers (Emiioisudiieiite)

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(le Normandie, l'en dépouilla sans lui en payer la valeur, et y fonda cette abbaye. Je requiers et vous défends, par les lois, d'y enterrer son corps. « Ou interrompit les obsèques ; le prince Henri fit approcher cet homme ; c'était le fi!s d'un maréchal : il composa avec lui moyennant cinquante écus qu'il lui donna, et cinquante autres qu'il lui promit SK|nès l'euterremeut.

ISaint-Foix, Essais sur Paris.)

Un roi d'Kcosse, ayaut déchiré la patente des iirivilégesd'un gentilhomme qui le priait de les confirmer, le parlement ordonna que ce prince, assis sur son troue, en présence de toute sa cour , prendrait du fil et une aiguille et recoudrait celte patente.

Une pauvre femme de Zeiira possédait un pelit cliamp contigu aux jardins du calife. Hakkani voulut bàtiruu pavillon dans ce champ, et fit proposer à cette femme de le lui vendre. Celle-ci refusa toutes ses offres , eu déclarant qu'elle ne renoncerait jamais à l'héritage de ses pères. L'intendant des jardins , en digue ministre d'un roi despote, s'empara du champ par force ; le pavillon fut hàti. La pauvre femme, au désespoir, courut à Cordoue raconter son malheur au cadi Béchir, et le consulter sur ce qu'elle devait faire. Le cadi pensa que le ))rince des croyants n'avait pas plus qu'un autre le droit de s'emparer du bien d'autrui, et il s'occupa des moyens de lui rappeler cette vérité , que les meilleurs l)riuces peuvent oublier un moment.

Un jour qu'Hakkam , environné de sa four, était dans le beau pavillon bâti sur le terrain de la pauvre femme, on vit arriver le cadi Béchir monté sur sou àne , portant dans ses mains un sac vide. Le calife, étonné, lui demanda ce qu'il voulait. « Prince des fidèles , répond Béchir, je viens te demander la permission de remplir ce sac de la terre (jue tu foules à présent à tes pieds. » Hakkara y consent ; le cadi remplit son sac de terre. Quand il fut plein, il le laisse debout, s'approche du calife, et le supplie de mettre le comble à sa bonté en l'aidant à

charger ce sac sur son àne. Hakkam s'amuse de la proposition , et vient poui- soulever le sac. Mais, pouvant à peine le mouvoir, il le laisse tombeirn riant , et se plaint de son poids énorme. « Prince des croyants, dit alors Béchir avec une imposante gravité , ce sac que tu trouves si lourd ne contient pourtant qu'une petite parcelle du champ usurjié par toi sur une de tes sujettes ; comment soutiendras-tu le poids de ce champ quand tu paraîtras devant le grand juge, chargé de celte iniquité.' » Hakkam, frappé de cette image, courut embrasser le cadi , le remercia, reconnut sa faute, et rendit sur l'heure à la pauvre femme le champ dont on l'avait dépouillée, en y joignant le don du pavillon et des richesses tfu'il contenait.

(^Pnicis histor'iquc.s sur las Maures ciEspaguc.)

Charles, roi de Naples , rendait tous les jours, la justice à ses sujets , assisté (le ses ministres et de ses conseillers. Dans la crainte que les gardes ne fissent pas entrer les pauvres , il avait fait placer, dans la salle même où il donnait ses audiences , une sonnette dont le cordon pendait hors de la première enceinte. Un vieux cheval, abandonné de son mai- Ire, vint se frotter contre le mur, et fil sonner : « Qu'on ouvre, dit le roi, et faites entrer. — Ce n'est que le cheval du seigneur Capece », dit le garde en rentrant. Toute l'assemblée éclata de rire : « Vous riez », dit le prince ; sachez que l'exacte justice étend ses soins jusque sur les animaux. Qu'on appelle Capece. » Ce seigneur étant arrivé : « Qu'est-ce que c'est que ce cheval que vous laissez errer.' lui demande le roi. — Ah! mon prince, répond le cavalier, c'a été un fier animal dans son temps : il a fait vingt] campagnes sous moi ; mais enfin il est hois de service , et je ne suis pas d'avis de le nourrir à pure perle. — Le roi mon père , reprit le prince , vous a cependant i)ien récompensé. — H est vrai, j'en suis comblé. — Et vous ne daignez pas nourrir ce généreux animal, qui eut tant de j)art à vos services ? Allez de ce pas lui donner une place dans vos écuries; quil foit tenu à l'égal de vos autres animaux domestiques, tjaus (juoi je ne vous liens

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jj'us vous-même poui- loyal chevalier, et je vous retire mes bonnes grâces. »

'Blanchard, Ecole des mœurs.)

Le roi manda ses barons à Paris , et leur fit faire serment tiuils garderaient foi et loyauté à ses enfants, si quelque chose lui arrivait dans le voyage. Il m'en demanda autant ; mais je ne voulus point faire serment , car je n'étais point son homme. Pendant que je venais, je trouvai sur une charrette trois hommes morts , qu'un clerc avait tués , et on me dit qu'on les menait au roi. Quand j'ouïs cela , j'envoyai un mien écuyer après , pour savoir comment c'était arrivé. Et mon écuyer me conta que le roi , quand il sortit de la chapelle , alla au perron pour voir les morts, et demanda au prévôt de Paris comment c'élait arrivé. Ct le ])révàt lui conta que les morts étaient trois de ses sergents du Châtelet, et qu'ils allaient par les rues écartées pour dérobeiles gens. « Et ils trouvèrent, dit-il au roi, le clerc que vous voyez ici, et lui en levèrent tous ses hai)its. Le clerc s'en alla en chemise à son logement , et prit son arbalète, et fit apporter à un enfant son coutelas. Quand il les vit, il cria après eux, et leur dit qu'ils y mourraient. Le clerc tendit son arbalète , et tira, et en frappa un au cœur ; et les deux autres prirent la fuite ; et le clerc prit le coutelas que l'enfant tenait, et les poursuivit, grâce à la lune qui était belle et claire. L'un d'eux pensa passer à travers une liaie en un jardin , et le clerc le frappa du coutelas, et lui trancha toute la jamJje, de telle manière qu'elle ne tient plus qu'a la botte, ainsi que vous voyez. Le clerc se rejjrit à poursuivre l'autre, c|ui pensa descendre dans une maison étrangère où des gens veillaient encore ; et le clerc le frappa du coutelas au milieu de la tète, si bien qu'il la fendit jusqu'aux dents, ainsi que vous pouvez voir. — Sire clerc, fit le roi , vous avez manqué à être prêtre par votre prouesse ; et pour votre prouesse je vous retiens à mes gages, et vous viendrez avec moi outre-mer. Et ce traitement, je vous le fais encore parce que je veux que mes gens voient que je ne les soutiendiai en nulles de leius méchancetés. » Quand le peuple qui était assemblé là ouït ces paroles, ils acclanièrent notre seigneur,

et lui souhaitèrent que Dieu lui donnât bonne et longuu vie et le ramenât eu joie et en santé.

(Joinville, Hist. de saint Louis.)

Henri IV dit à un hornme de condition qui lui demandait grâce pour son neveu, coupable d'un assassinat : « Je suis bien marri que je ne vous puis accorder ce que vous me demandez ; il vous sied bien de faire l'oncle, et à moi de faire le roi ; j'excuse votre requête , excusez mon refus. »

{Recueil des belles actions de Henri I T.)

A la journée de la Hogue , Tourxille, d'après l'ordre de Louis XIV , présenta la bataille avec des forces inférieures ds moitié à celles de l'ennemi. Celte bataille fit le plus grand honneur au courage des Français , à l'intrépidité de l'amiral , mais elle ne fut pas moins perdue. Lorsque Louis XIV en apprit la nouvelle, il demanda : « Tourville esi-il sauvé? Car pour des vaisseaux on peut eu trouver ; mais on ne retrouverait pas aisément un officier comme lui. » Quelque temps ajirès , ce prince, qui se ressouvenait toujours de l'ordre malheureux qu'il lui avait donné, le voyant |)asser dans la cour de Versailles , dit : « Voilà l'homme qui m'a obéi à la Hogue ! »

(Histoire des progrès de la puiss.

nav. de l'Angleterre.)

Justice (Respect de la).

Charles-Quint avait coutume de saluer le gibets devant lesquels il passait, montraii (pi'il honorait la justice , semblal)le eu cela à son aïeule Isabelle de Castillc, qui se réjouissait quand elle voyait les gibets bien garnis.

(Vigneul-Marville.)

Justice anticipée.

Triboulet, fou de François !"■, fut mesnacé de coups de bâton par un grand seigneur, pour avoir parlé de lui avec trop de hardiesse. H alla s'en plaindre au roi, qui lui dit de ne rien craindre; que si (|uelqu'un était assez hardi de le tuer, il le ferait pendre un quart d'heure après u Ail ! sire, dit Triboulet , s'il plaisait à

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Votre Majesté Je le faire pendre un quart d'iiture avant ! »

{Jolyaua.)

•lustice clémente.

Un étranger ayant vendu à une impératrice romaine, de fausses pierreries , elle en demanda à son mari une justice éclatante. L'empereur, plein de clémence, mais ne pouvant la calmer, condamna , pour la satisfaire , le joaillier à être exposé dans l'arène. L'impératrice s'y rendit , pour jouir de sa vengeance. Au lieu d'une bète féroce , il ne sortit contre le malheureux qu'un agneau, qui vint le caresser. L'impératrice s'en plaignit à l'empereur. « Madame , répondit-il , j'ai ])uni le criminel suivant la loi du talion ; il vous a trompée, il a été trompé. » (Tlicmisla/ia.)

•lustice coiijug'alc.

Un bourgeois de Meudon maltraitait extrêmement sa femme , qui' était fort jolie. Un en porta des plaintes à M. de Feuquières , ([ui envoya chercher le mari brûlai. Celui-ci se défendit le mieux qu'il put ; et comme il disait avec emportement à M. de Feuquières que s'il connaissait la méchanceté de sa femme il ne le condamnerait pas, un voisin qu'il avait amené avec lui s'approcha , et lui dit doucement pardessus l'épaule : « Compère , il y a raison partout ; on sait ijien qu'il faut baitre une femme, mais il ne faut pas l'assommer. » On loua le voisin de son bon jugement, et on renvoya le mari, à qui on recommanda de s'y conformer à l'avenir.

•Pnslice divine.

« Le 9 de ce mois (décembre 1G51), à neuf heures du soir, un canosse fut atta(|ué par des voleurs. Le bruit (pi'on fit obligea le bourgeois à sortir de sa maison... On tirade part et d'autre; un des voleurs fut couché sur le carreau... Ce blessé mourut le lendemain, sans rien dire , sans se plaindre et sans déclarer qui il était. Il a été enfin reconnu. On a su (^u'il était fils d'un maître des requêtes , nommé Laubardemont, qui condamna à mort, en 1C33, le pauvre curé

de Loudun Urbain Grandier (I)... Ne voilà-t-il pas une punition divine dans la famille du malheureux juge.

(Guy-Patni , Lettres.)

ilustice domestique.

Un particulier retint à souper un de ses amis. Le fils de la maison se trouva placé j)rès d'iui, et ne vit pas sans beaucoup (le concupiscence le gros brillant et la belle montre que portait son voisin. Soit convoitise particulière, soit désir de satisfaire quelque maîtresse , le jeune homme conçoit et prend la résolution de voler l'ami de son père. Peu avant qu'on se retire, il feint de s'en aller coucher, et va dans une rue détournée pour attendre son homme ; il l'entend , ses sens se troublent, l'idée d'une reconnaissance lui tourne la tète ; mais, au lieu de renoncer à son malheureux projet, il attaque traîtreusement la victime qu'il veut dépouiller, et de deux coups sur la tète, il le fait tomber à ses pieds.

Le diamant et la montre sont enlevés ; il rentre sans bruit dans la maison de son pèie et dépose le vol dans un petit buffet de sa chambre. Pendant ce temps on relevait sa victime, et grâce à quelques eaux spiritueuses on l'avait rappelée de son etourdissement ; néanmoins, comme son ami n'était pas éloigné , il s'y fit transporter pour y passer la nuit.' — Il arrive , il dit en quatre mots son aventure ; ou s'empresse à lui donner des secours , il est introduit dans la chambre du fils pour plus de commodité; tout est mis sens-dessus-dessous, on ouvre par hasard le fatal buffet. 0 ciel I il voit, il reconnaît son diamant et sa montre. — .< Mon ami, dit-il , voilà mes bijoux ! — Que voulez-vous dire .•* Serait-il possible ! Mon fils ! ô malheureux père ! » — Le jeune homme paraît , affecte un air tranquille; son père ne voit plus eu lui qu'un être destiné à l'échafaud ; cette affreuse idée trouble ses sens, et, dans un transport furieux, il lui brûle la cervelle.

{Anecdotes secrètes du XFIIl^ siècle.)

Un matin que sir Francis Egerton était

(i) Le nom de Laubardemont, l'âme djiniip.: de Kichelicu, est devenu, comnn^ celui de .kfliks, synonyme de jujje inique et iiniiiloj;ible.

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SOI li en cabriolet, le clieval qui le conduisait fit un fau\ pas et s'abattit. Son indignation parut extrême , quoicpie concentrée; on le vit pendant quelques instants se livrer à l'appréciation du délit , après quoi il Ct entendre l'arrêt suivant : « Cet animal sera pendant un mois privé de l'honneur de me servir; ramenez-le à l'écurie, dont vous boucherez tous les jours, afin que l'eiiiuii ajoute encore à la punition que je lui inflige! (1) i> Sur ce, milord gagna le restaurateur voisin , où il attendit sa calèche que le domestiiiue devait lui expédier.

L'histoire de Bijou va merveilleustœeut servir de commentaire à l'histoire du cheval.

Sir Francis a entretenu fort longtemps une meute de (piiiize roquets.

Armée d'un collier d'argent à double rang de grelots, cette troupe bruyante et fidèle veillait sans cesse aupiès de lui ; elle prenait part aux méditations de son cabinet, aux délassements du salon et à l'exercice sahitaire de ses promenades.

Dans ce dernier cas, c'était même pour l'amateur un spectacle qui ne manquait ni de pompe ni de dignité que de voir milord se rendre à sa voiture appuyé sur deux valets de chambre , et suivi de quinze grands laquais portant chacun un roquet dans ses bras.

11 ne fallait ni une pénétration extraordinaire ni une longue fréquentation à l'hôtel pour s'apercevoir que milord en affectionnait deux plus que les autres. L'embonpoint exubérant , le ton d'assurance et de familiarité de Bijou et Biche ne laissaient pas un instant de doute relativement à la haute faveur dont ils étaient investis. Bijou et Biche pouvaient seuls , parmi les chiens, se vanter d'avoir été admis à la table de leur seigneur et maître. Toutefois cet insigne honneur fut parfois pour eux la cause d'humiliations et de disgrâces mémorables.

Parmi les mauvais jours de ces deux favoris nous rappellerons de préférence celui où milord les condamna à porter sa livice ct au régime de rantichanibrc.

(i) Ce trait rappelle celui du marquis de Ba" fHfvitlc rai!,ant pcudre un de ses chevaux , coupalile d'avoir donne un coup de pied à un pa- Ufrtuier. (Voir Originaui ct JiulUe militaire.)

Le» parasites ordJnaires.de l'hôtel avaient trouvé fortune ailleurs, la table de milord était déserte ; milord, qui n'aimait pas à dîner seul, eut l'idée de faire dîner Bijou et Biche avec lui. Eu conséquence, deux, valets reçurent l'oi-dre de leur attacher à chacun une serviette, et de les tenir, [leudant le cours du repas , à la place ((ui leur était assignée. On les dispensa du potage, mais ils furent dédommagés de celte privation dans le couis du service.

Poussé de nourriture , Bijou ne tarda guère à ressentir un besoin qu'il ne dc- \ait satisfaire que dans la cour. Les valets de sir Francis détestaient ces chiens, auxquels, en arrière du maître, ils donnaient moins de témoignages d'amitié que de coups de serviette. Le valel de service , derrière Bijou , avait été le premier à s'apercevoir de son étal ; mais, au lieu de chercher à le soulager, et faisant mine de le remettre en position , il lui serra méchamment le ventre. Bijou ne lut |)lus maître de se contenii ; une |ilainle lui échappa, et en même temps le siège qui le supportait reçut une souillure très-désagréablement odoranie.

Comm( nt donner une idée de l'indignation de milord....; je ne puis la comparer qu'à l'offense qui venait de lui être faite. Pour celte fois il voulut se faire justice lui-même. Il demande un fouet de poste, (jui lui est apporte sur-lechamp, et le voilà poursuivant ses deux convives autour de la salle à manger.

Grâce à l'exiguité de leur taille , et à ce ((u'ils n'avaient pas , comme leur tnaîtro, une paralysie dans les jambes. Bijou et Biche parvinrent cependant à se soustraire au châtiment corporel dont ils élaient menacés.

Épuisé par l'exercice violent et inaccoutumé (ju'il avait pris , sir Francis se laissa retonrber sur son fauteuil en demandant sa consolation. ( H donnait ce nom à un vaste flacon rempli de vin de .Madère sec. ) Trois ou quatre verres de cette consolation ont promptement rétabli ses forces, et il a eu le temps de se raviser. Au lieu d'être , selon leur attente, armés du fouet vengeur, les laquais reçurent l'ordre de faire venir sur-lerbamp le tailleur de l'hôtel, et d'apporter le galon qui dislingue la livrée de milord.

Le tailleur accourt en toute hàtc; li

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est iutroduil auprès de sir Vraiicis, et demande ce que Sa Grâce requiert de sou ministère. «^Vous voyez ces deux insolents , répond Sa Grâce eu désignant du geste Bijou et Biche , preuez-leur mesure et faites-leur, aujourd'hui même, une livrée. — Mais, milord — Point de

réplique , mousieur ; un gentilhomme anglais qui paye doit tovijours être servi. Vous savez , monsieur, habit jaune , culotte rouge, trois bandes rouges sur le dos Ces drôles ont osé me manquer! je les prive pendant quinze

jours de l'honneur de me voir, et, pour dernier terme de mon mépris , ils porteront le même vêtement que mes valets, et resteront avec eux dans l'antichambre »

La pratique de sir Francis était trop ))récieuse pour que le tailleur se hasardât à la perdre par un faux point d'honneur. Dès le lendemain , Bijou et Biche furent vêtus ainsi qu'il était prescrit , et su!)irent leur arrêt. Les quinze jours expirés, ils vinrent reprendre leur place auprès de milord, qui fut enchanté de les revoir.

(Chroiihi. indisc. du XIV siècle.)

•lustfce impitoyable»

Un jeune homme , sous le pontificat du Sixte-Quint, fut condamné à cinq ans de galères pour avoir seulement arrêté une jeune fille en pleine rue, et l'avoir embrassée malgré elle. Cependant il l'avait, pour réparation de ce léger tort, épousée peu de jours après. Les parents de la jeune fille coururent se jeter aux pieds du pape pour obtenir la grâce du coupable. Ils représentèrent à Sa Sainteté que la conduite du jeune homme et le mariage qu'il venait de contracter leur donnaient toute la satisfaction qu'ils pouvaient désirer. « Vous êtes satisfaits , leur répondit Sixte, mais la justice, qui a été offensée la première , ne l'est pas. » Et il voulut (|ue la sentence fût exécutée. ( Improvisateur français.)

Justice intéressée.

Le lieutenant criminel Tardicu dit à un rôtisseur qui avait un procès contre \\u autre rôti-iseur : « Ap[)orte-moi deux r(in|)les de poulets, cela rendra ton affiiiie bonne. » Ce fat l'oublie. 11 dit à

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l'autre la même chose; ce dernier les lut envoya, et un dindonneau. Lepremi<;r euvoie ses poulets après coup; il perdit, et pour raison, le bon juge lui dit ; « La cause de votre j)artie était meilleure de la valeur d'un dindon. »

(Tallemant des Réau.\.)

Justice militaire.

Le grand-duc, la plupart du temp^, était dans sa chambre, où un Ukrainien, (|u'il avait pour valet de chaipbre , nommé Karnovvitch , aussi sot qu'ivroi;iie , l'amusait de son mieux, lui foutuissant des jouets, du vin et d'autres li- ([ueurs fortes, tant qu'il pouvait. Dans les bacchanales nocturnes et cacliées du grand-duc avec les domestiques de la chambre, parmi lesquels il y avait plusieurs garçons kalmoucks , le grand-duc se trouvait souvent mal obéi et mal servi, car, étant ivres, ils ne savaient ce qu'ils faisaient et oubliaient qu'ils étaient avec leur maître et que ce maître était le grand-duc. Alors Son Altesse Impériale avait recours aux coups de bâton et de lame d'épée; malgré cela sa société lui obéissait mal , et plus d'une fois il eut recours à moi , se plaignant de ses gens et me priant de leur faire entendre raison. Alors j'allais chez lui et leur disais leur fait , les faisant souvenir de leurs devoirs.

Un jour que j'eutrai à cet effet dans l'appartement de Son Altesse Impériale , ma vue fut frappée par un gros rat qu'il avait fait pendre avec tout l'appareil du supplice. Je demandai ce que cela voulait dire. Il me dit alors que ce rat avait fait une action criminelle et digne du dernier supplice, selon les lois militaires ; qu'il avait grimpé par-dessus les remparts d'une forteresse de carton qu'il avait sur la table , et avait mangé deux sentinelles , faites d'amadou , en faction sur un des bastions; qu'il avait fait juger le criminel par les lois de la guerre ; que sou chien couchant avait attrapé le rat, et que tout de suite il avait été pendu comme je le voyais, et qu'il resterait là exposé aux yeux du public , pendant trois jours pour l'exemple. Je ne pus m'empécher de rire de l'extrême folie de la chose, mais ceci lui dé|)lut très-fort. Vu l'importance qu'il y mettait, je me relirai et me retranchai dans mon ignorance, comme fcuimc, des

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Ioi>inilIfaîrps, cependant il ne Iai?>3 pas de me bouder sur mon éclat de liro.

(Catherine II, Mémoires, année 1753.)

Justice sommaire.

] Ln juil avait un procès avec un niuj sulman opiniâtre; le dernier en appela t au jugement d'un rabbin distingué, et le j premier à Mahomet. Mais ils convinrent j ensuite de s'en remettre à la décision de I Mahomet uniquement, qui prononça en 1 faveur du juif. Le mahomélan déclara qu'il n'acquiescerait point à la sentence que l'affaire n'eût été revue et examinée par Omar. Étant venus le trouver, le juif lui dit que Mahomet avait déjà décidé l'affaire en sa faveur, mais que sa partie adverse ne voulait point se soumettre à ce jugement. Le mahométan en convint. Omar leur dit d'attendre un moment, et revenant le sabre à la main , il abattit d'un seul coup la tète de l'opiniâtre musulman , en disant tout haut : « Voilà la récompense de ceux qui refusent de se soumettre au jugement de Dieu et de son apôtre. »

(D'Herbelol.)

Jean !I, roi de Portugal, ayant été secrètement averti que le duc de liragance avait conçu le dessein de l'assassiner, fit venir adroitement ce prince dans son palais, et lui dit d'un air tranquille : « Mon cousin , j'ai une question à vous faire, et un conseil à vous demander.

Quel traitement feriez-vons à un homme qui aurait envie de vous tuer. ^ — Je me hâterais de le prévenir, répondit le duc.

— Eh bien ! lui répliqua lé roi, vous avez prononcé votre arrêt, et je vais l'exécuter moi-même. » En même temps, se jettantsur le duc de Bragauce, il lui enfonce un poignard dans le sein.

{Nuits parisiennes.)

•fastification.

llortense Mancini , qui avait épousé le duc de Mazarin, refusait d'habiter avec son mari. Sur quoi madame de Sévigué di.sait : « Madame de Mazarin est dispensée des règles ordinaires; quand ou voit M. de Mazarin, on voit la justification de sa femme. »

[Improvisât, français.)

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«Iiisfiffoation ratt'sroriqiie.

Deux marchands allant à la foire de Francfort ayant sur eux environ douze cents florins, rencontrèrent quelques brigands à cheval, qui leur volèrent tout leur argent. Ces marchands, fort tristes d'une telle aventure, furent avertis qu'il y avait en un château proche de là un gentillâtre qui faisait voler les passants par ses gens et serviteurs, ce qui leur donna occasion de l'aller trouver, poiw se plaindre à lui de ce qu'ils avaient été dévalisés par ses gens : Auxquels le gentillâtre , les voyant bien habillés, demande s'ils avaient ces habits lorsqu'on les avait dévalisés.' A quoi lui ayant répondu qu'oui, il répliqua : » Ce ne sont pas mes gens qui vous ont volé , car ils ne vous eussent laissé aller en si bon équipage que vous êtes , mais ils vous eussent mis au blanc. » C'est toute la raison qu'ils en eurent.

(Facétieii.r réveille-matin.)

Le roi Louis XIV demanda à M. le duc d'Orléans qui il menait en K.spagne. M. le duc d'Orléans lui nomma parmi eux Fontpertuis. « Comment , mon neveu , reprit le roi avec émotion, le fils de cette folle qui a couru M. Arnauld partout , nn janséniste ! Je ne veux point de cela avec vous. — Ma foi, sire, lui répondit M. d'Orléans, je ne sais ])oint ce qu'a fait la mère ; mais pour le fils, être janséniste ! il ne croit pas en Dieu. — Estil possible, reprit le roi, et m'en assurezvous.' Si cela est, il n'y a point de mal, \ous pouvez le mener. » L'après-dînée même, M. le duc d'Orléans me le conta en pâmant de rire.

(Saint-Simon, Mémoires.)

dFustification ingénieuse.

Un ancien, ayant une harangue à faire, la fit composer par un rhéteur, et comme on le lui reprochait : « J'ai, dit-il, fait faire ce discours par un rhéteur, comme je fais faire mon dîner par un cuisiniei-. » (Ménagiana.)

I^Mclicié punie.

Kalod, sunionimé Vépèe de Dieu, assi(''genit la ville di; Bostra. Le gouveinonr grec, nommé Romain, feignit de vouloir faire une sortie, el vint ranger ses troupes en i)alaille devant l'armée musulmane.

An moment où le signal allait se donner, il fit demander une conférence à Kaled. Les deux guerriers s'avancent aussitôt au milieu de l'espace (|ui séparait les deux armées. Romain dit au musulman cpi'il était décidé à lui livrer sa ville et même à embrasser l'islamisme ; mais il ajouta qu'il craignait que ses soldats, dont il n'était pas fort estimé, ne voulussent attenter à ses jours, et qu'il suppliait Kaled de lui donner les moyens d "échapper à leur vengeance.

« Le meilleur de tous, lui répondit Kaled, c'est de vous battre tout à l'heure avec moi. Cette marque de courage vous attirera le respect de vos troupes, et nous pourrons ensuite traiter ensemble. »

A ces mots, sans attendre la réponse de Romain, Kaled tire son eimeterre, et attaque le malheureux gouverneur, qui se défend d'une main tremblante. A chaque coup que lui portait Kaled, Romain lui disait : « Voulez-vous donc me luer.^ — Non, répondait le musulman : tout ce que j'en fais n'est que pour vous attirer de l'honneur ; et plus vous recevrez de coup<, plus vous acquerrez d'estime. » Enfin il abaïulouna'Romain tout meurtri, et s'empara bientôt de sa ville.

(Marigny, Histoire des Arabes.)

liacoiiisine.

Un général persan écrivit à Lysandre, rlief des Lacédémoniens : » Si j'entre dans la Cîrèce, je mettrai tout à feu et à sang. » Lysandre lui répondit seulement : SI.

Lycurgue, (pii avait inspiré aux Spartiates le goût du laconisme, était trcscoucis et seuteulieux lui-même dans son

langngc. On lui deniaïulait : « Comment pourrons-nous repousser l'incursion des ennemis.^ — En demeurant pauvres, el si nul ne veut être plus grand qu'un autre. « Consulté au sujet des murailles de Sparte , il répondit : « Une muraille d'hommes de cœur vaut mieux qu'une muraille de briques. »

Le roi Léonidas, entendant un homme diie à contre-temps des choses judicieuses, lui dit ; « Étranger, lu tiens hors de propos de bons propos. » — On demandait à Charilaùs, neveu de Lycurgue, pourquoi son oncle avait fait un si petit nomjjre de lois : « Parce que les gens qui parlent peu, ré|)ondit-il, n'ont pas besoin de beaucoup de lois. »

Aicliidamidas, devant qui on blâmait le sophiste Hécatée de n'avoir pas dit un mot aux repas publics : « Celui qui sait parler, dit-il, sait aussi le moment de parler. — Combien êtes-vous de Spartiates.^ demandait-on à Archidamidas. — Assez, fit-il, étranger, pour chasser les méchants. »

(IMutaïque, T^le de Lycurgue.)

Quand César célébra sa victoire sur \\ Phariiace, on remarqua, entre autres or- | n'ments de la pompe triomphale, un tableau où étaient écrits ces seuls mots : « Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu. » (Suétone.)

Voltaire et Piron s'étaient défiés à qui écrirait la lettre la plus concise. Piron se tint tranquille, se réservant la réplique : on était maître du choix de la langue.- Voltaire, prêt à partir pour la campagne, écrit à Piron ces mots : Eo rus (je vais à la campagne), se croyant certain de la victoire; mais l'auteur de la Metromnnle' lui répondit sur-le-champ par celte lettre : / (va),

(^Parls, J'ersallles au XVllP siècle.)

LAC

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Deux quakers d'Angleterre s'étaient quittés avec promesse de s'écrire. L'un des deux, impatient d'avoir des nouvelles de son camarade, mais fidèle au principe d'économiser les paroles, expédie à l'adresî;e de l'autre une belle feuille de papier à leltre, sur laquelle il avait tracé ce sin)|ile signe : ?

Le second comprend à merveille que ce point d'interrogation veut dire :

« Qi.ioi de nouveau? » Pour satisfaire à la curiosité de son correspondant, il lui envoie, par retour du courrier, inie non moins belle feuille, toute blanche, ce qui signifiait : « Rien (1). «

Souwarow étonnait ceiiK qui ne le connaissaient pas par la multiplicité et la rapide concision des questions qu'il leur adressait, comme s'il avait eu le droit de leur faire subir une sorte d'interrogatoire, ("était sa manière de connaître un homme en un clin d'œil ; il ne faisait aucun cas de ceux qu'il embarrassait, et concevait une prompte estime pour celui qui lui répondait nettement et sans hésitation.

J'en avais fait ré|)reuve à Pétersbourg; mes réponses laconiques lui avaient plu, et pendant son court séjour il était venu souvent diuer chez moi.

Le premier jour qu'il rencontra M. Alexandre de Lamelh, leur entretien me parut assez original pour être ici rapporté ;

<< De quel pays êtes-vous? lui dit brusquement le général. — « Français. — Quel état? — Militaire. — Quel grade?

— Colonel. — Votre nom? — Alexandre de Lameth. — C'est bon. »

M. de Lameth, un peu piqué de ce bref interrogatoire, l'interpellaut h son tour et le regardant fixement, lui dit : « De quel pays êles-vons? — Russe apparemment. — Quel état? — Militaire.

— Quel grade? — Général. — Quel nom?

— Souwarow. — C'est bon. « Alors tous

{t) I.es varianles de ceUe ancctiofe sont innnmliiMblcs. Voici l'une des plus ingéiiieusi-s. Lorsque M. Victor Hugo, .i-t-on dit, jiulili:! les Misérables , impatient d'avoir des nouvelles, il expédia à son éditeur, quelques jours après la mise en vente, une dépêche télégraphique ainsi Conçue : ? A quoi celui-ci répondit aussilot par une autre en même style • !

deux se prirent à rire, et depuis furent très-bien ensemble.

(Ségur, Mcmolrcs.)

J'allai faire ma cour au dauphin. Notre conversation fut brève :

« Comment monseigneur se trouve-l-il à Butsrhirad?

— Vieillottant.

— C'est comme tout le monde, monseigneur.

— Et votre femme?

— Monseigneur, elle a mal aux dents.

— Fluxion?

— Non, monseigneur : temps.

— Vous dinez chez le roi? nous nous leverrons. ■»

Kl nous nous quittâmes.

Chateaubriand, Mémoires d'outrc-tonilc.)

Un prince qui aimait les impromptus, et qui en faisait facilement lui-même, ayant rencontré dans la campagne en son chemin un homme qui courait la poste, l'arrêta en lui disant pi omptement : » D'où viens-tu ? on vas-tu? que demandes-tu ? » L'autre fit aussi promptement ces réponses à ces trois questions : « l)e Bourges, à Paris, un bénéfice. — Tu l'auras », répliqua le prince.

{^Nouveau recueil de bons mots.)

Dernièrement le général Granf, nommé président des Etats-Unis, se trouvait chez le gouverneur Biunside, et une foule nombreuse entourait l'hôtel pour fêler le héros. Grant se mit à la croisée, et tous de crier : '< Général, un speech .' au moins deux mots ! » Grant s'incline, et répond poliment : « No, sir.' (non, messieurs). » Il avait dit les deux mots deman.lés, et la foule se retira enchantée de cette réponse.

liaconisme Taiiicu.

\jn gentilhomme breton, extrêmement taciturne et laconique, ne faisait janiiiis de question et ne répondait que par monosyllabes à celles qu'on lui adressait; se trouvant à dîner chez une princesse, cette dame défia un officier général, lieutenantcolonel des gardes-suisses, et de lieaiicoup d'esprit, de le faire parler. Le défi fut accepté; l'officier se mit auprès du Bieioii

LAC

et lui fit les honneurs du dîner : « Quel potage mangez-vous? — Riz. — Quel vin préféi ez-vons ? — Blanc » ; et dix autres questions pareilles obtinrent les mêmes réponses. « Monsieur, continua l'officier, vous êtes de Saint-Malo.' — Oui. — Estil vrai que cette ville est gardée par des chiens? — Oui. — Oh ! cela est bien singulier ! — Pas plus singulier que de voir le roi de France gardé par des Suisses. — Oh ! princesse, dit l'officier, vous voyez que je l'ai fait parler. »

liBideur.

Heidegger était né dans un village de la Suisse. Il vint à Londres chercher fortune, et il parvint à être directeur des jeux de la nation. Il avait beaucoup d'esprit et de vivacité, mais encore plus de laideur, La difformité de son visage était affreuse, et la nature lui avait donné de plus une rotondité excessive, ce qui le rendait monstrueux. Mais il était le premier à en plaisanter. Il fit même un jour une gageure singulière contre lord Chesterfield : il paria qu'on ne trouverait point dans tout Londres un visage plus hideux que le sien. Lord Chesterfield, après de pénibles recherches, découvrit enfin une vieille d'une laideur horrible. Cette vieille et M. Heidegger se présentèrent devant les juges du pari, qui au premier aspect décidèrent que la vieille était la plus laide, et que lord Chesterfield avait gagné. M. Heidegger appela de ce jugement, alléguant que, pour qu'il y eut droit égal, la vieille et lui devaient paraître sous le même ajustement. Il se para de la coiffure, et sous cette nouvelle forme il parut si épouvantable aux juges, qu'ils furent obligés de lui adjuger le pari.

(Blanchard, École ilrs mœurs.)

Ronsard, après avoir chanté pendant dix ans les charmes de Cassandre, sa première maitresse, fit des vers à la louange d'Hélène de Sugères. Cette demoiselle pria le cardinal du Perron de mettre une préface au commencement des poésies galantes de Ronsard, et d'y faire entendre au public que ce poète n'avait jamais conçu pour elle qu'un amour honnête. Hélène de Sugères était une des filles de la reine qui avait le plus de vertu, mais le moins de beauté. Aussi

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