‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 64 sur 180 · IJ · texte numérisé non relu

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Montmaur logeait dans im donjon du collège de Concourt, dans l'endroit le plus élevé de Paris, afin, disaient ses ennemis, de mieux découvrir la fumée des meilleures cuisines. Gomme il recevait souvent deux ou trois invitations pour le même jour, ciaiguant d'en manquer une seule, il fut obligé d'acheter un cheval, qui était toujours nourri aux frais de ceux qui invitaient son maître.

Admis chez toutes les personnes de qualité, Montmaur les amusait par ses ingénieuses réparties. Aussi disait-il souvent : '< Qu'on me fournisse les viandes, je fournirai le sel. »

(Colnet, Art de dîner en ville, note.)

A l'époque de ses succès, Lays partageait la faveur du public et le premier rang parmi les artistes du chant avec Nouirit père et avec un autre chanteur très-distingué, qui se nommait Lavigne.

Ce Lavigne était un homme d'un esprit très-plaisant. Un jour, il arrive cliez Lays à l'heure du dîner, il est bien reçu, .se met à table et fait honneur au repas. Le lendemain, il revient à la même heure et dîne du même appétit; le surlendemain pareillement, et ainsi de suite, pendant un mois. A la fin Lays manifeste quelque ctonnement de cette assiduité flatteuse,

mais singulière. » Cela te surprend.» lui répond Lavigne; rien n'est plus simple pourtant. Je viens m'asseoir chaque jour à ta table, parce que l'administration de l'Opéra le veut. — Allons donc! — Je dîne chez toi, parce que tu es obligé de me donner à dîner. — Obligé .' moi.' — C'est une obligation qui est écrite sur les affiches de l'Opéra. — Comment cela.' — Mais sans doute! Ne vois-tu pas invariablement écrit sur ces affiches : « Lays- Xourrit-Lavigne.' »

[Les classiques de la table.)

Un parasite, qui s'était glissé à un grand dîner, passait joyeusement en revue une demi-douzaine de verres alignés devant son assiette.

A ce moment, un domestique s'approche et lui offre du vin. 11 tend le plus petit de tous ses verres.

— « Pardon, monsieur, lui dit le domestique, c'est du vin ordinaire. — Raison (le ])lus : je garde le grand pour les vins de dessert. »

Parenté.

Le frère de l'impératrice Catherine, femme de Pierre le Grand, ignora longtemps la prodigieuse élévation de sa sœur. L'ayant enfin apprise parla voix publique, il courut à Pétersbourg, et se fit présenter à elle so\is le nom d'un gentilhomme livonien. Elle était alors avec le czar. Catherine reconnaît son frère, le nomme, et donne en même temps les marques de la plus grande surprise et de l'émotion la |)lus vive : » Qu'y a-t-il là de si extraordinaire? dit le czar. Je vois que ce gentilhomme est mon beau-frère. S'il a du mérite on en fera quelque chose, sinon on n'en fera rien. »

[Bihliothèque de société.)

Paris féroces.

Plusieurs lords étaient dans une taverne de Londres : tout à coup un homme tombe à leurs pieds, avec des symptômes d'apoplexie. « Je parie qu'il ne vivra pas vingt minutes, dit l'un d'eux. — Cinquante guinées qu'il est mort sous un quart d'heure. — Cent qu'il meurt avant dix.

— Cent qu'il est mort. — Cent qu'il respire encore. )> Tous les paris sont aussitôt acceptés que proposés. L'un de ceux qui

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avaient parié pour la vie se joint à la foule assistante, ot porte au morihond un flacon sous le nez : » Miloid! milord ! s'écrie un de icux qui pariaient pour la mort, un instant ! les flacons n'en sont pas (1). » {Le Spectateur.)

Un marinier remontait la Tamise dans une frêle embarcation. Un coup de vent survient et la chavire. Le pauvie liomme s'efforce de regagner la rive.

La foule s'amasse sur le quai; — on est aussi curieux à Londres qu'aux bords de la Seiue; — et tout aussitôt des paris s'organisent. « Il sait nager! — Il ne sait pas nager ! — Il se noiera ! — Il ne se noiera pas ! — Dix livres qu'il se noie ! — Dix livres que non! »

Deux bateliers, témoins de l'accident, sautent dans leurs barques, et viennent de l'autre rive au secours du malheureux.

Encore quelques coups d'aviron , et ils vont l'arracher au danger. Mais, à ce moment, un cri général part de la rive opposée : « 11 y a un pari!... « A ces mois sacramentels, les bateliers s'éloignent aussitôt, l'homme se noie, le pari est gagné, et la foule se dissipe en grognant de joie d'y avoir assisté.

Paris.

Une femme d'esjjrit a dit que Paris « était le lieu du monde où l'on pouvait le mieux se passer de bonheur (2). »

(M""' de Staël, de rAllema-ffie.)

On a dit de Paiis, qu'il est l'enfer dts chevaux, le purgatoire des hommes et le paradis des femmes.

Charles-Quint était venu à Paris, eu 15iO, par Poitiers et Orléans. François I" lui demanda ce qu'il pensait de ces villes : •< Poitiers, répondit Charles, est le plus beau village qui soit au monde, et Orléans la plus belle ville. — Et que dites-vous donc de Paris? — Paris n'est pas une ville, c'est un monde. « Qu'eût dit Char-

(i) Grimm raconte dans sa correspondance une histoire tout à fait siml)lable.

(j) Supprime par la censure impi-rial.- sous prétexte qu'il y avait alors tant <li- linnlipiir a paris, qu'on n'avait pas besoin de .■■'en passer. {!\'0le de Madame de Slaet.)

les-Quiut s'il et'it vu Paris d'aujourd'hui.' — Lorsque le czar Pierre le Grand vint à Paris, quelqu'un lui demanda comment il trouvait cette capitale. » Si j'en avais tnie pareille, répondit-il, je serais tenté d'y mettre le feu, de peur qu'elle n'absorbât le reste de mou empire. >•

{Curiosit. anecdot.)

Le prince Henri, frère du roi de Prusse, venu à Paris, en 1*84, sous le nom du comte d'Oëls , dit en prenant congé de M. le duc de N.... : « Monsieur, j'avais passé la plus grande partie de ma vie à désirer voir Paris ; je vais passer le reste à le regretter, ri

{IiKprov'ts. franc.)

On demandait à Voltaire comment il avait pu faire tant d'ouvrages. « En vivant très-peu à Paris, » répondit-il ; et cependant il recommandait aux poètes de faire tous leurs vers à Paris.

Frédéric II, soupant avec de beaux esprits, leur demanda : « Que feriez-vous, si vous étiez roi de Prusse.' » Chacun s'efforça de faire une réponse spirituelle et flatteuse! Quand le tour du marquis d'Argens fut venu , il lui dit : « Ma foi , Sire, je vendrais le royaume pour en venir manger les revenus à Paiis. »

Paresseux

Un écolier paresseux fut repris par son précepteur, de ce qu'il était fort tard au lit ; « Quelle heure est-il donc? demandat-il... — Comment! quelle heure est-il?

11 est près de midi... — Ah ! mon cher maître! je suis un misérable, je ne mérite pas de voir le jour. » Cela dit, il referma sou rideau et se rendormit.

(RemùJe contre rennui.)

Parole donnée.

On conte du maréchal de Créqui une chose qui est assez de galant liomme. La nuit, des fdous lui demandèrent la bonrse, « Je n'ai rien, leur dit-il, je viens de perdre. — Monsieur, lui dirent-ils, nous vous connaissons ; promettez-nous de nous donner quelque chose, et demain un de nous ira vous le demander. » Il leur 1 promit trente pistoles. Le lendemain ma-

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tin, un de ces honnêtes gens demanda à lui parler et lui dit tout bas qu'il venait quérir ce qu'il leur avait promis. Il avait oublié ce que c'était. L'autre l'en fit ressouvenir; il se mit à rire et lui dit : « Je tiendrai parole, mais il faut avouer que tu es bien impudent. » fhi effet, il lui donna les trente pistoles (1) .

(Taliemaiit dos Fiéaux.)

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Bonflparteétant allé visiter le Prylam'e, parmi les élèves on lui présenta un iils du général polonais Miackzinski, mort en combattant sous les drapeaux de la république. Ce jeune homme avait alors seize à dix-sept ans. Sorti bientôt du collège, il s'engagea, et assista à une revue que Bonaparte passa dans la plaine des Sablons ; on le fit remarquer au premier consul, qui lui dit : « J'ai connu votre père, c'était un brave; faites comme lui : dans six mois vous serez officier. » Six mois se passent; Miackzinski écrit au premier consul pour lui rappeler sa parole. Il attend un mois; point de réponse.

Alors Miackzinski écrit au premier consul : « Vous m'avez dit que je serais officier dans six mois ; il y a sept mois de cela. Quand vous recevrez ma lettre, je n'exis-

ai plus ; je ne veux pas servir sous un gouvernement dont le chef manque à sa |)iirole. » Le jeune Miackzinski ne fut, hii , que trop fidèle à la sienne : après avoir écrit au premier consul, il monta dans sa chambre, et se brûla la cervelle d'un coup de pistolet. Peu de jours api es ce tragique événement, la nomination de Miackzinski arriva à son f-orps, car Bonaparte ne l'avait pas oublié. Ce fut donc un retard d'expédition dans les bureaux de la guerre qui causa la mort de ce brave jetuie homme. Bonaparte en fut très-affecté, et il me dit à cette occasion : « Ces Polonais!... c'est tout honneur !... » (Bourrienne, Mcmoircs.)

Partage de biens.

Un jongleur vint demander à Philippe-.\uguste un ample secours, sous le prétexte qu'il était son parent. « De quel coté et à quel degré.' demanda le

(i) On filliiliuc la même aventure .i Turenne, el iKiii'i l'avons tous lue, pcndanl noire jeunesse, dans la Morale en aclioit. Klle n'est peut-élic vraie ni de l'un ni de l'autre.

roi. — Nous sommes frères,' si j'en crois des hommes doctes et probes ; oui, frères du côté d'Adam. Seulement, on a mal partagé l'héritage entre vous et moi. — liens, frère, répondit le roi, je te rends la portion qui constitue ta légitime. » — Et il lui donna une obole en ajoutant : « Quand j'en aurai rendu autant à tous mes frères et parents, il ne m'en restera |)lus autant. Ainsi, tiens-toi pour avantagé. »

(Ch. d'Hérirault, Presse.)

Part tlu roi.

Quand Louis XV allait à la chasse, on portait à sa suite quarante bouteilles de vin, dont il ne goûtait pas la plupart du temps. Un jour que le roi eut soif, il demanda un verre de vin. « Sire, il n'y en a plus. — Comment il n'y en a plus ! Est-ce qu'on ne porte plus les quarante bouteilles? — Oui, Sire, mais tout esl bu, — Qu'on en porte à l'avenir quaranteune, afin qu'il s'en trouve une pour moi. » {Alman. liltér., 1792.)

Parterre (Gaietés du).

A la première représentation d'.-//>di//r, roi de Grenade (1)-, un instant a vant que la pièce commençât, le parterre, voyant un abbé placé dans les premières loges, se mit à crier : « A bas, monsieur l'abbé, à bas! » L'abbé resta tranquillement, comme s'il n'avait aucun intérêt dans cette affaire ; mais comme la clameur continuait, il se leva, et dit : « Pardon, messieurs, mais la dernière fois que je fus me placer parmi vous, on me vola ma montre. J'ai mieux aimé payer un peu plus cher ma place et moins risquer. » On applaudit, et l'on se tut.

{Etrennes de Titalie.)

Le Mitliridate de la Calprenède fut joué, pour la première fois, le jour des Hois (1035). Au moment où Mithridat^ prend la coupe empoisonnée en disant :

Mais c'est trop différer...

Un plaisant acheva le ve: s :

Le roi boit! le roi boîl;

(i) Pièce en trois actes, de Mme Biccolioni <t Delisle, jouée une seule fois au Tbé.^tre-llalicn, le 19 décembre 1729.

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On raconte la même chose de la

Marianne de Voltaire ; de sorte que le lecteur, au lieu de croire au\ deux anecdotes, peut douter de toutes les deux.

Cette dernière pièce fut suivie , le premier jour, du Deuil, circonstance qui fournit à un autre rieur l'occasion de s'écrier : « C'est le deuil de la pièce nouvelle. «

— A la première représentation du Germanicus de Pradon, les spectateur

étonnés de n'avoir vu p;

que

des

hommes dans les deux premiers actes , s'ent redisaient : « Voilà une vraie tragédie de collège ; il n'y a point de femmes. » Au commencement du troisième, ou vit sortir tout à la fois du fond du théâtre deux princesses et deux confidentes , et l'on entendit en même temps dans la salle une voix perçante et gasconne :

« Quatorze de dames ; sont-ils hons ? » ce qui excita un haltemcnt de main général.

Un mauvais acteur, nommé Tonnelier, débuta en 177 5, et le parterre lui chanta en chœur ce refrain connu du Tonnelier de la Comédie-Italienne « Travaillez, travaillez, bon tonnelier! »

— Un nouvel Arlequin , débutant, à Bruxelles, dans les Deux Arlequins de Le Noble, fut mal accueilli du parterre. Après la représentation, il annonça qu'il jouerait encore le lendemain dans la même pièce, et que, s'il n'avait pas le bonheur de plaire, il brûlerait ses habits et se retirerait. Le lendemain, dès qu'il parut, on ne manqua pas de lui jeter, du parterre, plusieurs bottes d'allumettes.

— 11 est arrivé souvent au parterre de saisir au vol certains passages de la pièce jouée, pour les appliquer comiquement à l'acteur en scène ou à la pièce elle-même. Legrand s'était chargé , dans ses Amazones modernes (1727), du rôle de maître Robert. Vers la fin du second acte, il se disait à lui-même : « Eh bien, monsieur maître Robert, vous voyez que vous n'êtes qu'un sot! « 11 fut pris au mot par le public, qui avait déjà manifesté son mécontentement , et la salle retentit d'applaudissements ironiques, mêlés d'un rire injurieux.

— « Je commence à êtielas de Sancho, » dit le duc , au troisième acte du Sancho Panca de DuiVesny. — « Et moi aussi, >• cria-t-ou du parterre. Ce mol arrêta la pièce.

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— Dans la Revue des Tliéâtres de Chevrier (I7:)3), l'auteur introduit une danseuse. Elle arriva juste comme la pièce chancelait.

Qiu'l motif en ces lieux vous fuit porti-r vos pns ?

lui demande la Critique. Et elle répond :

Je viens tirer un auteur d'embarras. i

« Ma foi, il était temps! « repartit quelqu'un. Et de rire.

— Mais parfois ce qui perdait la plupart était précisément ce qui sauvait les autres. On le vit par l'exemple de Martin, le célèbre chanteur. Le public lui en voulait pour avoir fait manquer par un caprice, au moment même où on allait ouvrir les portes, la première représentation de l'opéra de Gulistan, At:^\\K longtemps annoncée. 11 se promit une ' vengeance. En effet, le jour enfin venu, lorsqu'on aperçut, au lever du rideau, , Martin-Gulistan couché et dormant, les huées éclatèrent avec furie : « Des excuses! " criait-on. Trouvant invraisemblable de sommeiller plus longtemps au milieu d'un tel tapage, Martin se frotte les yeux, étend les i)ras et commence son monologue : « Ah ! qu'un moment de sommeil m'a fait de bien ! J'ai reposé tranquille, sur celle pierre, mieux (lue dans le lit d'un courtisan, » etc. Ces mots offraient un si étrange contraste avec le vacarme infernal qui venait d'avoir lieu , quela salle entière fut prise d'un rire étourdissant, précurseur du pardon. Aussitôt Martin aborde son grand air, et les bravos succèdent aux sifflets.

— Dans la Créole de la Moriière (17 54), un valet, après avoir fait à son maître le détail d'une fête, lui demande ce qu'il en pense : « Que tout cela ne vaut pas le diable! « répond celui-ci. Le parterre répéta ces mots en chœur, et la pièce ne fut pas achevée.

(V. Fournel, Curiosités théâtrales,)

A la Porle-Sainl-Mailin , pendant la représentation de la Heine Cotillon, — ' le ;)0"/rt(//'^r était en gaieté.

Il y a un moment où Louis XV faisant son entrée, un huissier doit prononcer le fameux: « Le roi, messieurs! » L'acteur chargé de dire ces trois mots sacramentels les avait à peine lancés, qu'une

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^oi\ partant du cintre s'est écriée : « C'est ))Oii, je le marque! »

Une jolie actrice, connue sous le nom di' mademoiselle Lanlaire, jouant sur le tlitàlre de Bordeaux, manqua son entrée diiue demi-heure, et en véritable enfant gàKo reçut foit mal les témoignages de iiii contentement du public. Celui-ci se fâcha de plus belle, et s'obstina à vouloir ni.c satisfaction qu'on s'obstina à lui reliisei. Delà tapage et sifflets chaque soir; di' là aussi intervention active des troupes du gouverneur, qui avait ses raisons particulières pour protéger la belle. Les sifflets et les cris interdits, on trouva autre chose pour les remplacer. Dès que mademoiselle Lanlaire paraissait, tout le monde se trouvait subitement enrhumé : on toussait, on crachait, on se mouchait, on éternuait; mais la prison fit justice de tous ces rhumes de cerveau. Enfin l'un des conspirateurs s'avisa d'apporter an spectacle un jeune caniche caché sous ses habits : aussitôt que l'actrice se monlie, il pince la bête qui remplit la salle de piaillements plaintifs, et tout le parterre de crier en chœur, les yeux parfaitement touri.és vers la scène : « A bas la chienne ! à la porte la chienne 1 « A peine rccommence-t-elle à parler, que les piaillements et les cris reprennent de plus belle, après quoi le conspirateur lâche son caniche, pour ne pas être surpris.

Harangue du régisseur; mademoiselle Lanlaire, qui s'était retirée, a le courage de reparaître ; un brutal lui jette un soulier à la tète. Cette ft-s, on cerne le parterre, qu'on fait évacuer par une seule issue : l'homme au soulier ne pourra échapper. Le premier qui se présente n'est chaussé que d'un pied : « C'est lui! » s'écrie le soldat de droite, qui le voit. Mais le second n'a qu'un soulier non plus. « Le voilà ! » fait le soldat de gauche. « Non, c'est celui-ci, » dit un autre soldat, en happant au collet le troisième, qui s'avance un pied chaussé et l'autre nu. Tout le parterre s'était déchaussé le pied gauche : il fallut bien laisser passer tranquillement le parterre. {Mémoires de Fleuij.)

Parvenus.

Du temps des opérations financières de

Law, un laquais actionna avec tant de bonheur qu'il fut en état d'acheter le carrosse du maitre qu'il venait de quitter. Il se fait conduiredausla rue Quiucainpoix, et ordonne à ses gens et à son cocher de l'attendre dans la rue Bourg-l'Abbé. Les laquais entrent dans un cabaret. Pour lui , après avoir acheté ou vendu quelques actions, il se met en chemin pour regagner son équipage; mais, oubliant qu'il est le maître du carrosse, au lieu de se mettre dedans, il monte derrière. Son cocher s'en étant aperçu, lui crie : « Eh ! monsieur, à quoi pensez-vous? — Taistoi, reprend le maître en descendant : je viens d'essayer combien il y peut tenir de laquais; car il m'en faut encore deux au moins, et peut-être davantage. »

( Galerie de l'ancienne cour. )

Une Mississipienne {!), tonte brillante de pierreries, était avec deux de ses filles aux premières loges de la Comédie Française. Son air bas , que la nature avait copié parfaitement dans ses filles, décelait cette famille, malgré leurs housses magnifiques, à des yeux pénétrants. Un petitmaître, voulant savoir à fond ce qu'était cette dame, l'attendit au sortir de la comédie; il la vit monter avec ses filles dans un carrosse aussi superbe que celui d'un ambassadeur. Deux groupes de laquais étaient prêts à environner le carrosse devant et derrière. Un laquais , qui avait la figure d'un Adonis , demanda respectueusement : (( Où Madame veut-elle qu'on la conduise? « Elle répondit : « Citeux nous. » Celte expression mit en joie tonte la livrée, qui en fit sur-le-champ un écho. Le petit-maître ayant prié le beau laquais de lui définir cette dame : <• Monsieur, dit-il, c'est une blanchisseuse de fin linge qui est tombée, sans se blesser, d'un quatrième étage dans un carrosse. »

{Dibliotlièque de cour.)

Le cocher de M. Law a présenté deux autres cochers à son maître, et celui-ci lui demandant s'ils étaient bons, il a répondu ; « Ils sont si bons, que celui que

(i) C'est-à-dire une femme enrichie par le ijrstème de Law.

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vous ne prem'icz pas, je le prends pour

moi. »

( Duchesse d'Orléans, Correspondance. )

Les gens qui ont si oflVovaljlement gagné sur les actions de Law achètent tout sans marchander. On raconte des histoires plaisantes. 11 y a quelquesjours une dame, nommée M'"^ Bégon, était à l'Opéra. Elle \it entrer dans sa loge une personne extrêmement laide, mais vêtue des plus belles étoiles qu'on puisse imaginer et couverte de diamants ; la fille de M""' Bégon lui dit : « Ma mère, regardez donc cette dame si parée; il me semble que c'est notre cuisinière Marie. » La mère lui répondit : « Taisez-vous, ma fille, cela n'est pas possible. » La fille répliqua : » Mais, ma mère, regardez-la bien. — Je ne sais qu'en penser, répondit la mère ; elle lui ressemble extraordinairement. — Eh bien , <luoi ? dit tout à coup celle-ci, je suis Marie, la cuisinière de Mi^^ Bégon. Je suis devenue riche, je me pare de mon i)ion. Je ne dois rien à personne; j'aime à me parer et je me pare : qu'est-ce qu'on a donc à redire à cela? »

A son tour naturellement tranchant, Grimm ajouta la sulTisance d'un parvenu, et devint même ridicule à force d'être impertinent. Le commerce des grands l'avait séduit au point de se donner à luimême des airs qu'on ne voit qu'aux moins sensés d'entre eux. Il n'appelait jamais son laquais que par : Eh ! comme si, sur le nombre de ses gens, monseigneur n'eût pas su lequel était de garde. Quand il lui donnait des commissions, il lui jetait l'argent par terre, au lieu de le lui donner dans la main. Enfin, oubliant tout à fait qu'il était homme, il le traitait avec un mépris si choquant, avec un dédain si dur en toute chose, que ce pauvi'e garçon, qui était un fort bon sujet, et que M"'* d'Épinay lui avait donné, tpiitta sou service, sans autre grief que l'impossibilité d'endurer de pareils traitements :

c'était le La Fleur de ce nouveau Glorieux (1).

(Rousseau, Confessions.)

{.) V,.irlaco..

Dans les temps les plus malheureux, il y a toujours des gens ([ui trouvent le secret de s'enrichir. Un parvenu, qui n'était jamais monté en voiture que dans la charrette qui l'a amené à Paris, vient de faire une assez giosse fortune dans une affaire de finance. Ses jambes, si robustes jusqu'alors, ne peuvent plus supporter la fatigue des longues courses de la capitale. Il lui faut un carrosse; le plus fameux sellierest appelé. « Monsieur, je veux une voituredansleplusnouveaugoùt. — Quelle couleur, monsieur.-' — La plus nouvelle. » — A chaque question du sellier, toujouis la même réponse : « Mais, monsiein-, quelles armes mettrai-je ? — Tout ce qu'il y a de plus nouveau, » continue à répondre le parvenu, qu'on n'appelle plus maintenant que M, tout noiweaii.

(Métra, Correspondance secrcle.)

Plusieurs de ceux i[ui ont, sous le Dire(;toire, improvisé une fortune dans les fournitures ou dans les spéculations de l'agiotage, n'ayant pu acheter avec leurs millions l'esprit et les connaissances qui leur manquaient, ont dû parfois proférer de lourdes sottises. Un de ces messieurs, que je voyais souvent, arriva un jour chez lui à ini dîner prié, quand tout le monde était à tablé. Pour s'excuser de cette inconvenance, il dit à sa femme : « Chère amie, je demande ]iardon à la société de m'ètre fait attendre, mais c'était pour une affaire inniorlante : j'ai été ce matin à une vente de livres, et même on va a|)porter l'ouvrage qui est à moi. — Quel est cet ouvrage.'' dcmandai-je à l'amphitryon. — Oh ! c'est la Henrlade ea soixante -douze volumes. » Le brave homme avait acheté le Voltaire de Beaumarchais en soixante-douze volumes; le premier qui lui était tombé sous la main avait été la Jlenrinde, et il s'était dispensé de regarder les autres.

(Alissau de Chazet, !\Jenioires\.)

La maréchale Lefèvre, dont l'éducation avait été plus que négligée, fut mi jour voir des hôtels, désirant en acheter un. Elle arrive dans une pièce, autour de laquelle étaient des armoires grillées et garnies de taffetas vert. — « Qu'est-ce (pie c'est que ça ? » demande-t-elle au con cierge. — Madame la maréchale , c'est

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une bibliothèque. — A quoi quo c'est bon ? — A serrer les livres, madame. — Ah bah ! c'te bêtise! Mon mari n'est pas liseur! je ne suis pas lisarde; ainsi, j'en ferai mon fruitier, ça \audra mieux. » En effet la pièce eut celte destination, ce qui donnait à tout l'appartement une odeur peu agréable.

Elle arriva un jour pour déjeuner avec l'impératrice Joséphine, qui était entburée de toutes ses dames. Sa Majesté trouve à la maiéchale un air effaré, qui ne lui était pas ordinaire, et, avec sa grâce habituelle , lui demanda avec intérêt ce qui lui donnait de l'inquiétude ou du chagrin : » Oh ! madame, c'est une longue histoire que je veux bien raconter à Voire Majesté; mais pour cela il faut qu'elle fasse en aller ces pisseuses (les dames du palais), qui ricanent là en me regardant. — Veuillez bien, mesdames, passer dans le salon de service, leur dit Joséphine, persuadée qu'il s'agissait d'un secret de famille. — Eh bien, maintenant, madame la duchesse , contez-moi vos peines. — Je n'en ai plus, madame ; mais voyez-vous, je suis encore tout émue d'un malheur qui m'a menacée ce matin. — Oh! mon Dieu, votre fils s'est-il battu? — Pas si bète ! — Le maréchal...? — Il n'est pas question delui : j'ai cru avoir perdu mon gros diamant; j'étais sûre de l'avoir laissé dans ma chaml)re; en y rentrant, je ne le trouve plus. Je questionne sur les personnes qui y sont été; on m'dit comme ça qu'y guia (pie mon frotteur. 11 était dans le salon qu'il finissait ; je le fais entrer chez moi, et je lui dis : « Coquin, t'as mon gros diamant, j'veuxl'ravoir parce que j'y tiens: c'est l'premier que Lefèvre m'a donné ; rends-moi-le et je ne te ferai rien. » Mon gaillard me répond qu'il ne l'a pas. Il était nègre, je ne vois pas s'il rougit ; mais je continue à y dire que je veux mon gros diamant , et lui ordonne de se fouiller : « Rien dans les mains, rien dans les poches! «qu'il me dit. — <i Eh bien, guerdin, déshabille-loi. » Il veut faire des difficultés; mais on ne me fait pas aller comme ça : « Déshal)ille-toi, gueux, nu que je le dis, ou je te ferai tuer par mes domestiques. » Enlin, il se met nu comme un ver, et j'ai trouvé mon gros diamant. Le v'ià. Une mijaurée l'aurait perdu, tout de même ! » (M"* bucrest. Mémoires sur l'itnpéralrice Joséphine.)

On ferait lui recueil des mots bizarres que la maréchale Lefèvre a dits, et que probablement on lui a pour la phipart attribués; mais il faudrait un in-folio pour enregistrer tous les traits où se peint la bonté de son cœur. En voici un qui participe des deux genres, et qui m'a paru tout ensemble grotescpie et touchant. Le cocher de madame la maréchale était grièvement malade, et ne voulait pas se soumettre à ce traitement rafiaichissant qu'Arlequin préférait à la saignée, par une raison qu'il m'est impossible de dire. Les médecins assuraient que cela seulement pouvait sauver le malade, dont la vie était eu danger. Madame Lefèvre, en ayant été informée , monte dans la chambre de son cocher, se fait donner l'instrument nécessaire, et après l'avoir sommé très-énergiquement de se soumettre aux ordonnances : « As-tu peur de montrer ton...? » ajouta-t-elie. Le pauvre malade voulait absolument s'opposer, par respect, aux soins que sa maîtresse voulait lui rendre ; mais elle insista si bien qu'il promit tout ce qu'on voulut, et il reçut des mains d'une maréchale un service que peu de femmes de son rang auraient consenti à rendre à un pauvre cocher. Le malade de qui j'ai su ces détails, était père d'une nombreuse famille. Il guérit, et sa guérison fait la récompense de la (ligne femme qui avait tant de bonté et d'iiumanité.

Un jour, à la Malmaison", je crois que c'est peu de temps après la fondation de l'empire, l'impératrice Joséphine avait donné des ordres sévères pour ne recevoir personne : Madame la maréchale Lefèvre se présente. L'huissier, enchaîné par sa consigne, lui refuse l'entrée ; elle insiste, et lui s'obstine de son côté. Pendant cette discussion, l'impératrice, passant d'un salon à un autre, fut trahie par une glace sans tain qui séparait ce salon de celui où était la maréchale. L'impératrice, l'avant aussi aperçue, s'empressa d venir au devant d'elle et de l'engager à' entrer. Avant de passer dans l'autre salon, madame Lefèvre, se retournant vers l'huissier, lui dit d'un ton moqueur : « Eh bien, mon garçon, ça te la coupe!... » Le pauvre huissier devint rouge jusqu'aux oreilles, et se retira tout confus- (Constant, 3Iémoires.)

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Passe-temps.

Machiavel fut mis en prison par les Médicis; ils se lassèrent de l'y garder, et lui permirent de vivre à la campagne.

Un politique tel que lui renvoyé an village, quelle épreuve I Le temps lui pesait si fort que, de dépit, il passait ses heures au cabaret : » Là, pour l'ordinaire, ditil dans une de ses lettres, je trouve le caharetier, un boucher, un menuisier et un chaufournier. Avec eux je m'encanaille tout le jour ; et puis naissent mille disputes, mille dépits accompagnés de paroles injurieuses, et le plus souvent c'est pour un quattrion engagé sur un coup de dés. Néanmoins, on nous entend crier de San-Casciano. Vaulré dans cette vilenie, j'empêche mon cerveau de se moisir; je développe la malignité Je ma fortune, satisfait qu'elle me foule aux pieds de cette manière, pour voir si elle n'en aura pas de honte. »

(Machiavel, Lettres.)

Ayant quitté tout à fait la litlératuie, je ne songeai plus qu'à mener une vie tranquille et douce, autant qu'il dépendrait de moi. Seul, je n'ai jamais connu l'ennui, même dans le plus parfait désœuvrement ; mon imagination, remplissant tous les vides, suffit seule pour m'occuper. 11 n'y a que le bavardage inactif de chambre, assis les uns vis-à-vis des autres à ne mouvoir que la langue, que jamais je n'ai pu supporter. Je m'avisai, pourne pas vivre en sauvage, d'apprendre à faire des lacets. Je portais mon coussin dans mes visites, ou j'allais, comme les femmes, travailler à ma porte et causer avec les passants. Cela me faisait supporter l'inanité du babillage, et passer mon temps sans ennui chez mes voisines, dont plusieurs étaient assez aimables et ne manquaient pas d'esprit.

(J.-J. Rousseau, Confessions.)

M. La Barre était fort jaloux. M'"* La Barre ne sortait j)oiut et ne faisait tout le jour que donner des chaises, comme s'il fût venu compagnie, et puis elle les remettait comme si la compagnie était sortie, et, en rangeant et en dérangeant des sièges, elle passait toute la journée. (Tallemant des Beaux.)

Une lettre de cachet ensevelit la marquise de Prie à Cnurbépine. Elle y fut accompagnée par 31'"» du Deffand, son émule en beauté, en galanterie et en mcchanceté- Les deux amies s'envoyaient mutuellement, chaque matin, les couplets satiriques qu'elles composaient l'une contre l'autre. Elles n'avaient rien imaginé de mieux, pour conjurer l'ennui, que cet amusement de vipère.

(Lemontey, Histoire de la Régence.)

On m'a parlé d'un personnage qui fut enfermé au secret pendant sept ans à la Bastille à Paris. C'était un homme de sens, un penseur; mais, privé de toute conversation, de quoi lui aurait-il servi de penser.' car on lui refusait même d'exprimer ses idées par écrit. Il n'y a point de fardeau plus lourd que celui du temps, quand on ne sait qu'en faire. Voici l'invention à laquelle le prisonnier fut obligé de recouiir. Cliaque jour il répandait stn- le parquet de sa petite chambre des morceaux de papier, puis il s'occupait à les ramasser et en formait des dessins et des figures sur le bras de son fauteuil. Lorsqu'il fut mis en libeité, il disait souvent à ses amis qu'il croyait véritablement que, s'il n'eût imaginé ce passe-temps, il aurait perdu l'esprit.

(Franklin, Journal de mon voyage.)

Passions.

■i Les vertus, disait l'autre jour M"** de Coisliu , les vertus ne sont que d'institution humaine; les passions sont d'institution divine, »

(Grimm, Correspondance.)

M""^ de Maintenon exhortait M"e de Fontanges, maîtresse de Louis XIV, qui commençait à s'en dégoûter, à se guérir d'une passion qui ne pouvait plus que faire son malheur. « Croyez-vous, madame, répliqua avec beaucoup de vivacité Mi'"^ de Fontanges, qu'on quitte une passion comme on quitte im habit.' »

(M"'« de Caylus, Souvenirs.)

« Que désirez-vous de moi, disait le pape Innocent XI au jardinier de Louis XIV, au célèbre Le Notre? — Saint-Père, rt-

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pond l'aimable vieillard, doniipz-moi de; passions. )■ Le pontife se tira eu homme d'esprit , et en père spirituel, de l'emliarras où cette demande aurait pu jeter tout antie. Il prend dans sa bibliothèque un livre richement relié et le présente à Le Notre. Ce livre contenait les récits de la Passion par les quatre évangélistes. ( Année française. )

Passion bizarre.

La comtesse de Coigny mourut trèsjeune. On prétend que sa passion ponil'anatomie contiilnia à sa mort en lui faisant respirei- un mauvais air. On assurait, dans le temps, qu'elle ne voyageait jamais sans avoir un cadavic dans la vache de sa voilure.

Elle avait composé des pièces arlificiplles, qui représentaient si bien la tète, le cerveau, le cœur, etc., qu'on avait peine à les distinguer des objets naturels. Le prince de Ligue, en contemplant ces imitations de la nature, dit à la comtesse : » Eu vérité, madame, c'est parfait; il n'y manque que la puanteur, i.

(M'"* de Geulis, Mémoires.)

Palcniilé ( Preme de la ).

M. Cam... avait une jambe de bois, et voyait une demoiselle, qu'une autre peisonne voyait aussi en même temps.

La demoiselle étant devenue grosse, il y eut dispute entre eux à qui a|)|)artiendrait l'enfant. M. Cam... dit à l'autre : « Si l'enfant vient au monde "ivec une jambe de bois, il sera à moi ; s'il naît avec ses deux jambes, il sera à vous. »

{Ménagiana.)

Tout le monde sait que pendant longtemps on a faussement attribué les tragédies de Crèliillon à un chartreux de ses parents. Ce grand poète étant un jour à table avec des amis : « Quel est, à votre avis, votie meilleur ouvrage .^ lui dit quelqu'un des convives.' — Je ne sais, répondit-il, quel est le meilleur; mais je suis sûr (en montrant son fils, qui dînait avec lui) que voilà le plus mauvais (1).

(i)Rivarol disait du fils de Buffon : n C'est le plus pauvre chapitre de V Histoire naturelle de ■-On père. »

— C'est, répliqua celui-ci, qu'il n'est pas du chartreux. »

(Galerie de r ancienne cour.)

Paternité (Recherche de la).

La conversation s'étant égayée sur Toulouse, et moi m'étant mis à vanter l'originalité piquante de l'esprit de ce pays-là : « Je suis fâché, médit Boubée, que" vous, qui fréquentiez notre barreau, ne vous y soyez pas trouvé quand j'ai plaidé la cause du peintre de l'hôtel de ville. Vous le connaissez ce Cammas, si laid, si bête, qui tous les ans barbouille au Capitule les effigies des nouveaux capitouls. Ufie coquine du voisinage l'accusait de l'avoir séduite. Elle était grosse ; elle demandait qu'il l'épousât, ou qu'il lui payât les dommages d'une innocence qu'elle avait mise au pillage depuis quinze ans. Le pauvre diable était désolé; il vint me conter sa disgrâce. 11 me jura que c'était elle qui l'avait suborné; il voulait même expliquer à ses juges comme elle s'y était prise, et m'offrait d'en faire un tab.eau qu'il exposerait à l'audience. « Tais-toi , lui dis-je : avec ce gros museau, il te sied bien de faire le jouvenceau qu'on a séduit ! Je plaiderai ta cause, et je te tirerai d'affaire si tu veux me promettre de te tenir tranquilleanprèsde moiàraudience, et de ne pas souffler le mot, quoi que je dise, entends-tu bien.» Sans quoi tu serais condamné. ■» Il me promit tout ce que je voulus. Le jour donc arrivé et la cause appelée, je laissai mon adversaire déclamer amplement sur la pudeur, sur la faiblesse et la fragilité du sexe, et sur les artifices et les pièges qu'on lui tendait. Après quoi, prenant la parole : « Je plaide, dis-je, pour un laid, je plaide pour un gueux, je plaide pour un sot (il voulut murmurer, mais je lui imposai silence).

Pour un laid, messieurs: le voilà; pour un gueux, messieurs : c'est un peintre, et, c[ni pis est, le peintre de la ville; pour un sot : que la course do ne la peine de l'interroger. Ces trois grandes vérités une fois établies, je raisonne ainsi : on ne peut séduire que par l'aigent, par l'esprit, ou par la figure. Or, ma partie n'a pu séduire par l'argent, puisque c'est un gueux; par l'esprit, puisque c'est un sot; par la figure, puisque c'est un laid, et le plus laid des hommes : d'où je conclus qu'il est faussement accusé. » Mes con-

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cliisions furent admises) et je gagnai tout d'une voix.

( Marmontel , Mémoires. )

Une actrice de la Comédie avait mis au monde un enfant, allribué, suivant les uns, au sieur Duzincourt (le fameux Crispin), et selon d'autres, au médecin de cette actrice. Un soir, que l'on se disputait beaucoup au foyer pour savoir a qui cet enfant appartenait en réalité, et quel nom lui donner par conséquent :

a Vous voilà bien embarrassés, dit Préville. Appelez-le le Crispin Médecin (1). (Baronne d'Oberkirch, Mémoires.)

Paternité collective.

Un négociant à qui on faisait signer l'extrait baptistaire d'un de ses enfants, signa Pierre et compagnie. Il ne s'aperçut de sa sottise que par la risée générale qu'elle excita.

Paternité littéraire.

M. P se disait auteur d'un ouvrage

que M. de Benserade avait fait. On demandait à celui-ci ce qui en était : « Je l'ai fait, répondit-il, mais il est à son service. »

(Ménagiana.)

Lagrange-Chancel , étant à Paris, avait fait des paroles fort jolies sur un air nouveau. Un petit-maître s'en disait l'auteur dans un café, et en recevait les compliments de l'assemblée. Le basard y amena Lagrange : à peine y fut-il entié qu'un de ses amis , qui en connaissait le véritable auteur, voulant mortifier le petilmaître, dit à Lagrange : « Tenez, voilà monsieur qui se dit auteur de ces paroles qui courent sur tel air. >> Lagrange, avec un sang-froid qui fit rire tout le monde, répondit : ^ Pourquoi monsieur ne les aurait-il pas faites.' je les ai bien faites, moil (2) »

(Encyclopéd.)

(i) C'est le titre d'une pièce de IlaiiliToclic. (Voir les Contemporains de Molière, clu'z M. !•'. I)ia..l. t. 11.)

(?) Voir plus haut, p. 6i, le- mol prélé ;. liouf-

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La Force du sang est une ]iièci' nudioore de Brueys, qu'il composa à Montpellier, et qu'il avait intitulée : Le S(t toujours sot, ou le baron paysan. Il l'envoya à M. Palaprat, son ami et le conlident de toutes ses entreprises littéraires, eu le priant de l'examiner et de la piésciiter aux comédiens ; mais , soit négligence , soit qu'elle ne fût point en état délie donnée autbéâtre, M. Palaprat la garda dans son cabinet sans en faire usage. Eu vain l'auteur le prcssa-t-il , par plusieurs lettres, de lui accorder la satisfiction qu'il avait espérée, sa vieillesse et ses infirmités lui servirent d'excuses, et la mort vint le dégager enfin du fardeau que l'amitié lui imposait. M. Brueys, après l'avoir jileuré , pensa aux . intérêts dj sa muse; et craignant que la copie qu'il avait envoyée à son ami ne fût perdue, ou qu'elle passât dans des mains étrangères, il se bâta d'en envoyer une autre à un bomme de lettres dont il connaissait le zèle et la fidélité. Celui-ci, s'imaginant sans doute que cette pièce était plus convenable aux Italiens qu'aux Français, se détermine en faveur des premiers. Elle leur fut présentée. Ils la reçurent, à condition que l'auteur y ferait quelques ctiangements; mais, sur la représentation qu'on leur fit de son âge, qui passait soixante dix-huit ans, et qui ne pourrait manquer de les exposer à beaucoup de lenteurs, ils se chargèrent eux-mêmes d'y faire les corrections qu'ils jugeraient nécessaires. Elle fut bientôt en état de paraître ; mais lorsqu'on l'adressa, suivant l'usage, à M. le lieutenant de police, pour obtenir l'approbation, on apprit que les Comédiens français avaient reçu la même pièce, sous le titre de La Force du sang, et qu'ils avaient même déjà la permission de la jouer.

Une rencontre si imprévue paiaissai t surprenante à tout le inonde, on confronta les deux pièces, et on s'assura que c'était effectivement la même. L'agent de M. Brueys prouvait ses pouvoirs par les lettres de son ami , et M"'e Palaprat , qui avait donné cette pièce au Théâtre fiançais sous le nom de son mari, ne manquait pas non plus de litres pour soutenirsesdroits.Le lieutenant de police trouva beuieusement un moyen de conciliation. 11 ordonna que la pièce fût jouée le même jour sur les deux théâtres, et qu'elle demeurât à celui des deux qui

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aurait le plus de représentations. Ce jugement fut exicuté le 2 avril 1521, et le llirâtre des Italiens remporta l'avantage sur celui des Français.

(Panckoutke.)

L'abbé de Voisenon se trouvait un jour avec Racine le fils cbez ^oltaiie, qui lisait sa tragédie d'Jlzire. Racine crut y reconnaître un de ses vers, et répêtail toujours entre ses dents ; " Ce vers-là est à moi. >■ L'abbé , impatienté de ce murmure continuel, s'approche de Voltaire, et lui dit : « Rendez-lui son vers, et qu'il s'en aille. »

(fo/talriana.)

Patience .

Louis XIV se nettoyant les pieds , un valet de chambre qui tenait la bougie lui laissa tomber sur le pied droit de la cire fondue toute brûlante. Il dit froidement : « Tu aurais aussi bien fait de la laisseitomber à terre. » A un autre valet de chambre , qui en hiver apporta sa chemise toute froide , il dit encore , sans ■ gronder : « Tu me la donneras brûlante à la canicule. » Un portier du parc, qui avait été averti que le roi devait sortiipar telle porte, ne s'y trouva pas, et se lit longtemps chercher. Comme il venait tout en courant, c'était à qui lui dirait de& injures ; le roi dit : " Pourquoi le grondez-vous ? Croyez-vous qu'il ne soit pas assez affligé de m'avoir fait attendre? (I) ..

[Dlémoires anecdot .)

Patience conju«|^Rlc.

Après avoir accablé Socrate d'injures, sa femme Xantippe finit par lui jeter un seau d'eau sur la tète : « IS'avais-ie pas bien prévu, dit fi oidement le philosophe à ses amis, qu'après le tonnene viendrait la pluie? »

(Xénophon. )

« Pries-tu quelquefois le bon Dieu?

disait la petite madame A... à son mari, qu'elle toinmentait souvent. — Oui, ré-

fi) Roppclons pourtrii îe mol si souvent cité « J'ai fuilli alltiidrc. u

it, comme contre-partie du même Louis XIV

pondit M. A..., et surtout depuis (pie je suis marié. — Bon ! dit madame A..., votre surtout m'intrigue ! Et que lui demandez-vous donc tant , à Dieu , depuis cpie vous m'avez fait l'honneur de m'éponser? — La patience, » répondit M. A...

(P.-J. Stahl.)

Patience invincible.

Jltne >'ecker racontait de M. Abauzit, vieillard genevois, que Rousseau a rendu célèbre parmi nous , un trait qui mérite d'être rapporté , et qui prouve le sanp;froid de ce pliilosophe. On disait qu'il ne s'était jamais mis en colère; et sa servante, qtii depuis trente années était à son service, attestait le fait. On lui promit de l'argent si elle pouvait réussir à le fâcher. Elle y consentit; et sachant qu'il aimait à être bien couché, elle ne fit point son lit. M. Abau/it s'en aperçut, et lui en fit l'observation le lendemain; elle répondit qu'elle l'avait oublié. Il ne dit rien de plus, et le lit ne ^ut point encore fait. Même observatio.. le lendemain , elle ne répondit que par iniu' mauvaise excuse; enûn, à la troisième fois , il lui dit : « Vous n'avez pas encore fait mon lit; apparemment que c'est un parti pris, et que cela vous parait tio|) fatigant. Au surplus, il n'y a pas grand mal, et je commence à m'y accoutumer.»

Elle se jeta à ses pieds, et avoua tout. ( Paris, Versailles et les prov. on XFIIP siècle.)

Patriotisme.

Un roi de Lacédémone, près de livrer i);itaille, voulut sauver du danger un vieillard de quatre-vingts ans ; il le renvoie à Sparte : » Prince, lui dit le vieillard, vous me renvoyez bien loin chercher un lit pour mourir. Oti pourrai-je en trouver un plus honorable que ce champ de bataille? » On lui permit de rester; et recueillant ses forces , il mourut en combattant pour sa patrie.

( Aiieeclotes militaires. )

Le roi Louis Xlll , ayant réduit à son obéissance la ville de Nancy en 1G31 , proposa à Callot de représenter cette nouvelle conquête , comme il avait fait la

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prise de la Rochelle. Mais Callot pria Sa Majesté de vouloir liieii l'en dispenser, parce qu'il était Lorrain et qu'il croyait ne devoir rien faire contre l'honneur de son prince et contre son pays. Le roi reçut sou excuse , disant que le duc de Lorraine était hienheureux d'avoir des sijets si fidèles et si affectionnés. Quelques courtisans n'approuvant pas le relus qu'il avait fait, dirent assez haut qu'il fallait l'obliger d'o!)éir aux volontés de Sa Majesté, ce que Callot ayant entendu, il répondit anssitôt,avec beaucoup de courage qu'il se couperait plutôt le ponce que de faire quelque chose contre son honneur.

(Félil)ien, Fie des peintres.)

Pauirre homme.

Dans le temps de la plus grande faveur du Père Joseph auprès de Richelieu , en une petite ville de province de France, nu homme de la cour alla voir un capucin. Les principaux le vinrent entretenir ; ils lui demandèrent des nouvelles du roi, ])nis du caidinal de Richelieu. « Et après, dit le gaidien, ne nous apprendrez-vous rien de notre bon Père .loseph ! — 11 se porte fort bien ; il est exempt de toutes sortes d'austérités. — Le pauvre homme!

disait le gardien. — Il a du crédit ; les plus grands de la cour le visitent avec soin. — Le pauvre homme ! — Il a une bonne litière quand on voyage. — Le pauvre homme ! — Un mulet porte son lit. — Le pauvre homme ! — Lorsqu'il y a quelque chose de bon à la table de M. le Cardinal , il lui en envoie. — Le pauvre homme ! >> Comme si ce pauvre honnne eut été bien à plaindre ! C'est de ce conlelà que Molière a pris ce qu'il a mis dans son Tartufe, où le mari, coiffé du bigot, répète plusieurs fois : « Le pauvre homme ! (1) »

(Tallemant des Réaux.)

Pauvreté.

Quelqu'un, en présence de Dufresny, se servit de cette expression proverbiale : « Pauvreté n'est pas vice. — C'est bien pis , » répondit Dufresny.

(i) Suivant «ne opinion plus rép.nn(lue, c'est il un mot semblable de Louis XIV sur l'abbo Roquelle, qui devint évèque d'Aulun , qu'on rapporte l'idée première de la scène du Tartufe,

Pauvreté ( Avantage de la ). ,

Le maréchal de Roquelaure fut marié deux fois. En allant pour accommoder deux gentilshommes qui prétendaient une même fille, il les mit d'accord en la prenant pour lui. Elle était belle, mais n'avait point de bien. Il ne voulut jamais qu'elle vît la cour, et quand le roi lui disait pourquoi il ne l'amenait pas , il ne répondait autre chose sinon : « Sire, elle n'a pas de sabattous [de souliers). » (Tallemant des Réaux.)

Le comte de Lauiaguais, depuis duc de ' Drancas , mort à l'âge de quatre-vingt- •^:onze ans, a certainement été l'un des v hommes les plus singuliers de son temps; '. il réunissait dans sa personne des qualités et des défauts dont la moindre partie aurait suffi pour marquer tout individu de l'empreinte d'une grande originalité. Longtemps on le vit le plus fastueux , le j)lus magnifique , le plus galant des grands seigneurs; mais plus longtemps encore on le vit, depuis, mal vêtu , mal [leigné, et affectant la simplicité du paysan du Danube.

Je me sou viens qu'unjour il vint chez moi le matin dans ce costume cynique, mais avec une physionomie rayonnante de plaisir. « Eh ! d'oîi te vient, lui dis-je, cette joie inaccoutumée ? — Mon ami , me répondit-il, je suis le plus heureux des hommes : me voilà complètement ruiné. — Ma foi ! repris-je, c'est un étrange bonheur et j)our lequel il y aurait de quoi se pendre. — Tu te trompes, mon cher, répliqua-t-il : tant que je n'ai été que dérangé, je me voyais accablé d'affaires, persécuté, ballotté entre la crainte et l'espérance ; aujourd'inii que je suis ruiné, je me trouve indépendant, tranquille, délivré de toute inquiétude et de tous soucis. »

(Ségur, Mémoires.)

Pêche à la lig^iie.

Le triumvir Marc-Antoine s'amusait quelq\iefois à pêcher à la ligne. Un jour qu'il péchait devant la reine Cléopàtre, et qu'il voulait lui faire voir son adresse, il commanda h lui pêcheur de se cacher sous l'eau, et d'accrocher, chaque fois qu'il jetterait sa ligne, un beau poisson pris d'avance, à l'hameçon. Eu consé-

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quence, sa ligne était toujours bien chargée. Cléopàlre s'en aperçut, et ne dit rien. Le lendemain elle invita ses familiers à assister à la pêche de son amant, et commanda à un pêcheur de plonger également sous l'eau , avec inie provision de poissons salés qu'il accrocherait à la ligne d'Antoine. Le triumvir, la sentant ciiargée, la relirait avec une sorte de vanité. Cléopàlre et ses courlisans le félicitèrent en riant beaucoup. Antoine vit que la reine n'avait pas été dupe de la supercherie de la veille. « Laissez, seigneur, lui dit-elle, laissez à nous autres habilanls du Phare et de Canope à manier la ligne, et occupez-vous à prendre des villes, des royaumes et des rois. »

(Plular([ue.)

"Péché mortel.

Le roi m'appela une fois, et me dit : •< Vous êtes uu homme de sens si suljtil ([ue je n'ose vous pailer de chose qui louche à Dieu ; et j'ai appelé les moines ([ui sont ici, parce que je veux vous faire une demande. » La demande fut telle :

« Sénéchal, dit-il, qu'est-ce (pie Dieu.' » Et je lui dis : « Sire, c'est si bonne chose que meilleure ne peut être. — Vraiment, lit-il, c'est bien répondu; car la réponse que vous avez faite est écrite en ce livre, que je tiens à ma main. Or, je vous demande, fit-il, ce que vous aimeriez mieux, ou d'être lépreux ou d'avoir fait nu péché mortel.'' » Et moi, qui jamais ne lui mentis, je répondis que j'aimerais mieux en avoir fait trente que d'èire lépreux. Quand les moines furent partis, il m'appela tout seul, me fit asseoir à ses pieds et me dit : « Comment me dites-vous hier cela.' »

Et je lui dis que je le disais encore. Et il me dit : « Vous parlâtes en étourdi et en fou, car il n'y a pas de lèpre aussi laide que d'èire en péché mor:ei»...

(Joinville, Hist. d" saint Louis.)

Un jour M""^ de Simier demanda au cardinal du Perron si faire l'amour était véritablement un péché mortel : « Non, dit-il, car si cela était, il y a longtemps que vous en seriez morte. »

(Tallemant des Réaux.)

Pécheur innocent.

Le confesseur de La Fontaine le voyant

attaqué d'une maladie dangereuse, l'exhortait à réparer le scandale de sa vie par des aumônes. « Je n'eu puis faire, lé- |)ûndit le poète, je ne possède rien ; mais on fait une édition de mes Contes, dont il me revient cent exemplaires : je vous les donne ; vous les ferez vendre pour les pauvres. »

La garde qui était auprès de lui pendant sa dernière maladie, voyant avec (juel zèle le Père Poujct, de l'Oratoire, l'exhortait à bien mourir : •< Eli ! mon Père, ne le tourmentez pas tant, lui ditelle, il est plus bête que méchant. Dieu n'aura jamais le courage de le damner. » [Mémoires anecdoles.)

Pédantisine nnïf*

L'élude de la grammaire était la passion dominante de l'abbé Dangeau. On jiarlait de quelque révolution à craindre dans les affaires publiques : « Cela se peut, dit l'abbé; mais, quoi qu'il arrive, je suis toujours bien aise d'avoir dans mon portefeuille au moins trente-six conjugaisons parfaitement complètes. » Ceite naïveté ressemble au profond désespoir avec le- (]uel je ne sais plus quel grammairien s'écriait un jour : « Non ! les participes ne sont point encore connus en France ! » (Grimm, Correspondance .)

Peine perdue.

Un religieux exhortait, sur l'échafaud.

un criminel qui avait été rompu vif, et qui fut mis ensuite sur la roue. Le patient jurait et blasphémait : « A quoi vous sei t, lui dit bonnement le religieux, d'être roué, si vous ne devenez pas plus honnête homme.' »

(Âsiniana.)

Peintres.

Le peintre Timanthe était surtout remarquable par son intelligence. 11 en donna une preuve dans son tableau du sacrifice d'Ip/iigénie , où il avait représenté cette jeune princesse devant l'autel, prête à être sacrifiée; tous les assistants étaient plongés dans les larmes et la désolation ; l'oncle paternel d'Iphigénie sui tout offiait sur sa figure toutes les marques de la plus vive et de la plus profonde douleur. Mais arrivé au visage d'Agamemnon , le peintre, ne pouvant se dépasser lui-même,

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et dans l'impossibilité d'égaler l'expression au sujet, imagina de le représenter se cachant sous un voile. Il fit encore plusieurs autres tableaux degvande invention, particulièrement un Cyclope dormant, (pi'il fit sur une petite dimension, mais, ])our rendre sensii)le à tous les yeux sa stature gigantesque , il imagina de petits satyres qui mesuraient son pouce avec des tiges d'herbes.

(Pline, Hht. naturelle.)

Vn peintre se glorifiait devant Apelles de ]u>indre fort vile : <' Je m'en aperçois ! » lui répondit tout simplement Apelles.

Pendant son court séjour à Rhodes, Apelles alla visiter l'atelier de Protogéne, qui était alors absent. Une vieille femme qui giirdait l'atelier, l'ayant invité à laisser son nom, il se jjorna à tracer sur une petite table un contour avec le pinceau. En rentrant, Protogéne reconnut la main d'Aj^elles à la délicatesse de ce contour, et il traça dans l'intérieur un autre contour, plus beau et plus léger. Quand Apelles revint, on lui montra le dessin de Protogéne ; alors entre les deux traits il en fit passer un nouveau, plus délié encore, et le peintre rhodien s'avoua vaincu (1).

(Pline, Histoire naturelle.)

Un artiste montrait à A|)elles une Vénus revêtue d'haliillements superbes, et lui demandait, d'un air content, ce qu'il en pensait : <' Je vois bien, lui dit Apelles, (|ue, n'ayant pu faire ta Vénus belle, tu l'as faite riche, d

Benoît IX, voulant orner de peintures Saint-Pierre de Home, expédia en Toscane un de ses gentilshommes pour juger si le mérite de Giotto égalait sa réimtation. L'envoyé du pape , après avoir recueilli à

(i) Nous rapportons ceUe anecdote, parce qu'elle est très-connue et passée à l'état légendaire ; mais avons-nous besoin d'.njbnter que la critique ne peut l'accepter telle quelle , dans sa naïveté un peu puérile. On dit pourtant que la table sur laquelle Apelles et Protogéne avaient tracé leurs contours fut transi)orlée à Rome, où elle périt dans un incendie.

Sienne des dessins de plusieurs peintres et mosaïstes, arriva à Florence, et se rendit un matin dans l'atelier de Giotto. Il lui e.xposa sa mission, et finit par lui demander un dessin qu'il pi'it montrer à Sa Sainteté. Giotto prit aussitôt une feuille de vélin, appuya son coude sur sa hanche pour former une espèce de compas, et peignit d'un seul jet, avec une délicatesse toujours égale, un cercle d'une perfection merveilleuse , qu'il remit en souriant entre les mains du gentilhomme.

Celui-ci, se croyant joué , s'écria : » Eh quoi ! n'aurai-je point d'autre dessin que ce rond.' — Il est plus que suffisant, répondit Giotto; présentez-le avec les autres dessins, et on en reconnaîtra facilement la différence. » L'envoyé dû pape, malgré ses instances, ne put obtenir que ce trait, et se retira fort mécontent, soupçonnant qu'il avait été bafoué. Néanmoins il présenta à Benoît IX le cercle d? notie artiste, en lui expliquant la mani "re dont il l'avait tracé. Le pape et les courtisans reconnurent alors combien Giot'o l'emportait sur ses concurrents. De là naquit le proverbe : Tu es plus rond q"e rO de Giotto (1).

(Vasari, ries fies peintres.)

Lucas de Leyde, atteint d'une maladie mortelle, fut obligé de rester presque toujours couché pendant les six dernières années qu'il vécut. Ses souffrances n'éteignirent point eu lui l'amour du travail : il maniait assidûment sur son lit le pinceau ou le burin. Comme on lui reprisentait que cette application avancera. i sa mort : « Je veux que mon lit, s'écriailil, me soit un lit d'honneur. «

(Anecdotes fies Beaux-Arts.)

Un jour que Salvator Rosa touchait un très-mauvais clavecin : « Je vais, dit-il, le faire valoir au moins mille écus; « et il peignit sur le couvercle nu si beau morceau, que ce clavecin, à demi délabré, fut vendu la somme qu'il avait dite.

(i) Perrault, voulant diminuer le mérite de ce trait du Giotto, assure que Ménage lui a dit avoir connu un moine qui , .sans être peintre, faisait non-seulement d'un seul trait de plume un O parfaitement rond, mais qui, en même temps, y mettait un point justement dans le milieu.

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Un cavalier fort riche lui marchandait depuis longtemps un grand paysage , et en demandait toujours le prix, que Salvator augmentait de cent écus à cliaipie demande. Le cavalier lui en témoignant sa surprise, il répondit : « Vous aurez hien de la peine à vous accommoder avec moi, malgré toutes vos richesses » ; et dans le même instant il creva le tableau.

Salvator pouvait faire un tableau dans un seul jour. Le connétable Colonne lenit un des ouvrages de cet artiste, et lui fit présent d'une bourse pleine de pièces d'or. Le peintre, pour reconnaître cette générosité, se hâta de lui envoyer un second tableau , qui lui valut un second présent: pendant quatre fois consécutives, même prestesse de pinceau, même reconnaissance de la part de l'artiste, et même générosité delà part du Mécène. Enfin, à la cinquième fois, le connétable ne voulut plus continuer un jeu qui pouvait le ruiner; il envoya deux bourses à Salvator, aussi bien garnies que les premières, et lui fit dire qu'il n'était pas aussi facile au connétable de Colonne de remplir des bourses, qu'à Salvator de faire prompfement de bons tableaux, et qu'il lui cédait l'honneur du combat.

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David Teniers arrive un jour dans un village, avec sa boîte à couleurs, revenant d'une excursion aux alentours. Il avait faim, il entre dans une auberge, déjeune, puis s'aperçoit qu'il a o, blié son argent. Quand l'hôte lui apporte la note, il ouvre sa boîte, prend ses pinceaux et fait passer rapidement sur la toile un mendiant qui jouait de la cornemuse dans la rue. Un Anglais qui déjeunait à côté du peintre, surpris de ce talent et de la rap'dité de l'exécution , s'empresse d'acheter [ouvrage, et l'emporte, tandis que Teniers fait déjeuner à côté de lui le ])auvre diable qui lui a servi de modèle, et paye largement les deux repas à riiôlelier, stupéfait.

Guillaume Hogarth avait fait une estampe qui représente, avec toute l'énergie possible, les différents tourments qu'on fait éprouver en Angleterre aux animaux. Un charretier fouettait un jour ses chevaux avec beaucoup de dureté ; un homme qui passait dans la rue, touciié de pitié.

dit au charretier : « Misérable, tu n'as donc jamais vu l'estampe de Guillaume Hogarth ? »

{D'ict. d'Anecd.)

Hogarth voulait avoir le portrait de Fielding, pour le placer à la tète d'une édition de ses œuvres ; mais celui-ci étant mort et ne s'étant jamais fait peindre, on était fort embarrassé pour avoir sa ressemblance, lorsque le célèbre Garrick, ((ui avait beaucoup vécu avec Fielding, informé du désir du peintre, son ami, se présenta devant lui avec la figure du défunt, tellement qu'Hogarth en fut, au premier abord, effrayé jusqu'à se trouver mal. Enfin, étant revenu à lui, il esquisse promptement cette figure imitée de Fielding, et sur cette esquisse il fit le portrait, qui parut à la tète des œuvres de l'auteur, et qui fut trouvé parfaitement ressemblant.

(Iinproi'isatciir français.)

Murillo, qui était très-pieux, u mis son âme entière dans ses tableaux. Le prieur d'un couvent lui demandait un jour pourquoi il ne continuait pas l'un de ses tableaux religieux, qu'il laissait achevé à moitié : « J'attends, répondit-il, que ce Christ vienne me parler. »

Lors d'un voyage fait à Cadix pour y peindre /es Fiançailles de sainte Catlu liiie, il se blessa en tombant de sou échafaudage, et n'ayant osé, par une espèce de pudeur, avouer la nature de son mal (c'était une hernie), il resta en proie aux douleurs les plus aiguës. Ramené à Séville, il passa le reste de sa vie à prier et à souffrir. Vers les derniers temps, il se faisait conduire chaque jour à l'église de Santa-Cruz, et il avait coutume de se mettre en prières devant la fameuse Descente de Croix, de Pedro Campana. Le sacristain, voulant un soir fermer les portes plus tôt qu'à l'ordinaire, vint demander à Murillo pourquoi il restait si longtemps immobile dans cette chapelle : « J'attends, dit-il, qne ces pieux serviteurs aient fini de descendre le Seigneur de la croix. « (Ch. Blanc, Hist. des peintres.)

Pendant que Ribera habitait Naples, il avait mis un jour à sécher en dehors

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