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qui avait tant souffert sans dire mot, à ce propos cruel fondit en larmes.
(Larcher, Dictïonn. d'aiiecd.)
PoiiToir absolu.
Toutes les fois qu'il baisait le cou de sa femme, ou de sa maîtresse, Caligiila disait : Cette jolie tête tombera dès que je le voudrai. »
(Suétone.)
Il importe de savoir comment Caracalla épousa Julie, sa belle-mère. Celle femme qui était fort belle, s'élant, un jour, piésentée presque nue devant lui, comme par mégarde, il lui dit : « Vous seriez à moi, si cela était permis. » — Cela est permis dès que vous le désirez, lui répondit-elle; ne savez-vous pas qu'un empereur donne des lois et n'en reçoit pas? » Ces mots, en excitant la passion du prince, l'encouragèrent à consommer le crime; et il célébra des noces qu'il aurait dû lui-même défendre, s'il avait été digne de donner des lois. Il épousa donc sa mère (car on ne saurait l'appeler autrement), et il joignit l'inceste au fratricide, puisqu'il épousa celle dont il venait d'égorger le fils.
(Spartieiî.)
Pierre le Granu visita au commencement du dix-liuitième siècle la Tour ronde de Copenhague.
Le roi de Danemark, Frédéric IV, dont Pierre était l'hôte, l'accompagnait dans cette excursion. Les deux souverains étaient arrivés au sommet de la tour; un magnifique panorama se déroulait sous leurs yeux. Pierre expliquait à Frédéric son système politique.
« Voulez-vous, dit-il tout d'un coup, que je vous donne une idée de la puissauce de mon autorité? »
Et, sans attendre la réponse de Frédéric, le fondateur de la monarchie russe fait un signe à un Cosaque de sa suite, et lui désignant du doigt l'abîme qui s'ouvrait sous leurs pieds :
« Saute ! » dit-il.
L'autre regarde le tzar, le salue, et, sans hésiter, il s'élance dans le vide.
« Qu'eu pensez-vous? dit Pierre en se tournant vers le roi de Danemark;
avez-vo;is de pareils sujets? — Heureusement non, « répondit Frédéric.
(La France )
Vitolde, duc de Lithuanie, prétendait que le peuple devait être sujet aux lois, mais que les lois devaient être assujetties au prince. C'est pour cela qu'il affectait de se mettre au-dessus des lois et descoutinnes de son pays. Il ordonna par un édit à tous ses sujets de se faire raser, contre leur usage, et laissa croître sa barbe, pour se distinguer par cette prélendue marque de majesté. Le projet ne réussit pas. Les Lithuaniens protestèrent qu'ils perdraient plutôt leur vie que leur barbe. Le duc se fit donc raser, et défendit à tous ses sujets de le faire sur la peine de la vie.
(Poggo.)
L'esprit avait de l'attrait pour le roi de Portugal (1). — Le marquis de Ponleleina se tira par une saillie fort plaisante d'une conversation vis-à-vis deceprince, qui devenait assez embarrassante pour le marquis, d'autant que le roi commençait à se fâcher. Il s'agissait du pouvoir que les rois ont sur leurs sujets : le marquis prétendait qu'il a des bornes, et ce prince, n'en voulant admettre aucune, lui dit avec emportement : « Si je vous ordonnais de vous jeter dans la mer, vous devriez, sans hésiter, y sauter la tèle la première. >> Le marquis, au lieu de répliquer, se retourna brusquement, prit le chemin de la porte. Le roi lui demanda avec étonnement où il allait : « Apprendre à nager, sire , » lui répondit-il. Le roi se mit à rire et la conversation finit.
(Baron de Bezenval, Mémoires.)
Prôcaiitioiis.
Domfront est une petite ville en la basse Normandie, qui a le bruit d'avoir plus de faux témoins qu'en tout le reste de la province. Elle est du ressort de l'évêché du Mans; et d'autant que les curés de ce diocèse exigeaient de leurs paioi siens des sommes excessives pour lenis
(i) Il s'agit ))ro1>.il)lcmcnl(lrJosei>U l'^'",<jni rég,M d. 1760 à. 777-
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droits , l'évêqiie fit un règlement pour tous les droits des curés, pour les baptêmes, enterrements, mariages, confessions, etc.
Mais le curé de Domfront n'en voulait baptiser aucun, si on ne lui payait quatre fois autant que l'évêque lui permettait de prendre par ce règlement; ce qui donna lieu d'en faire plainte à l'official, qui ordonna que ledit curé ne prendrait dorénavant que la taxe qui lui était enjointe par le règlement de l'évêque, et le condamna à restituer le surplus qu'il eu avait exigé, sous peine de saisie de son temporel, dont il se porta pour appelant comme d'abus à la cour, devant laquelle ses parties firent production du règlement de l'évêque, et quantité de plaintes furent dressées contre lui par plusieurs, desquels il avait exigé ces sommes. A quoi il répondit : « Messieurs, je vous supplie de m'entendre, et je vous dirai la raison qui m'oblige à n'obéir point pour ce point aux règlements de monsieur mon évèque.
Il est raisonnable que celui qui sert à l'autel vive de l'autel : je les baptise tous, et ne les enterre point. On sait qu'un enterrement nous vaut mieux que six baptêmes. Quand je les ai baptisés, sitôt qu'ils sont grands, ils se vont tous faire pendre à Rouen pour faux témoins. « Et pour preuve de cela il apporta une liste d'environ deux cents qu'il avait baptisés, dont cent quatre-vingts et tant avaient été pendus. A quoi la cour ayant égard, elle trouva la raison bonne, cassa la sentence de l'official du Mans, et permit au curé de se faire payer de l'enterrement cpiant e> le baptême, aux conditions proposées par le dit curé.
(D'Ouville, Coûtes.)
M. de Tureune, voyant un enfant passer deniêre un cbeval, de façon à pouvoir être estropié par une ruade, l'appela et lui dit : « Mon bel enfant, ne passez jamais derrière un cbeval sans laisser entre lui et vous l'intervalle nécessaire pour ((ue vous ne puissiez en être blessé. Je vous promets que cela ne vous fera pas faire iiir,.- clenii-lieuc de plus dans le cours de \ûlre vie entière; et souveuez-vous que c'est M. de Tuienne (pii vous l'a ilit. » (Cliamfoit.)
Le moins Prussien de tous les savants
et le plus savant de tous les Prussiens, M. de H... (Ilumboldt), est en outre la plus mauvaise langue de l'Europe. Il eu convient lui-même et raconte spirituellement que, dans une compagnie où il allait passer ses soirées, il avait remarqué que M. de Gérando, y venant cbaque jour, ne restait jamais plus d'une lieure. Un soir, cependant, M, de Gérando remarqua, de son côté, que M. de H... s'amusait à passer au fil de ses plaisanteries les personnages de la compagnie, à mesure que chacun d'eux se retirait. M. de Géiando, ce jour-là, dérogeant à ses habitudes, resta fort tard, et ne se disposa à partir qu'après la retraite de M. de H... La maîtresse de la maison, qui avait remarqué cette longue visite, si contraire aux habitudes de M. de Gérando, s'approcha, et lui dit : « Vous avez sans doute, monsieur, quelque chose à me dire en particulier; il ue vous est jamais arrivé de rester si tard ici et d'en sortir le dernier. — Ma foi, madame, dit M. de Gérando, j'ai bien compris que si je me retirais avant M. de H..., j'allais passer par les armes, et j'ai voulu rester pour compter les blessés. «
{Encytlopédiana.)
Dernièrement, un préfet écrivait à un maire de. prendre ses précautions en |)révision du choléra, qui commençait à sévir dans le département. Le maire, fort embarrassé d'instructions qui lui semblaient '„! vagues, après de longues méditations, écrivit à M. le préfet que ses précautions étaient prises et qu'il attendait, lui et les siens, le fléau de pied ferme.
Ou s'informa des mesures prises par le digne maire, afin de juger de leur efficacité, et l'on apprit qu'il avait fait creuser dans le cimetièi'e assez de fosses pour y loger au besoin tous ses administrés.
{Le Nord.)
Précaution à toutes fins.
Une bonne femme de village étant dans son église et entendant la messe, prit deux chandelles de cire, et en attacha une contre l'image de saint Michel, et l'autre, sans y songer, elle l'attacha contre le diable qui est à ses pieds. Ce que voyant, le clerc de la paroisse lui dit : • Que faites- vous, ma bonne amie? C'est
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le diable à qui vous présentez cette chandelle. » A quoi répondit la bonne femme : « C'est tout un. 11 fait bon avoir des amis partout. »
(D'Oiiville, Contes.)
Précaution ingénieuse.
Un homme d'affaires qui logeait proche des Jacobins de la rue Saint-Honoré, s'avisa, par une délicatesse de conscience, ou par un esprit de prudence, d'aller trouver M. Fonrqueux, procureur général de la chambre de justice , et lui dit : <i Je viens, monsieur, vous dénoncer un homme qui a cinq millions de biens; wiais, avant que de vous en dire le nom, je vous prie de m'en assurer le cinquième par un écrit signé de vous, puisque la déclaration du roi le porte. » Ce que M. Fourqucux lui ayant expédié, il ajouta : « C'est moi-même, monsieur, qui ai présentement cinq millions de biens, etjen'avais que la valeur de huit cents livres quand je commençai à exercer un emploi ; ainsi, conformément à la déclaration du roi, voilà un million qui m'appartient pour ma dénonciation, qui est juste et sincère. Pour les quatre autres millions, il faudra voir si je les ai bien ou mal acquis dans les affaires ou j'ai eu quelque part. » Laquelle proposition étonna M. Fourqueux, qui lui en sut si hongre qu'il l'assura de plus qu'il serait traité favorablement.
(Biivat, Journal de la Régenci'.)
Précepteur.
Le duc de Montausier parla toujours au dauphin, son élève, en homme qui sacrifiait tout à la vérité et à la raison. Le jeune prince se laissait quelquefois emporter par la violence de son naturel. S'imaginant, tm jour, que son gouverneiw, qui le ré|)rimandait, l'avait frappé, il s'écria : .c Comment, monsieur, vous me fiappez.' Qu'on m'apporte mes pistolets.
— Appoitezà monseigneur ses pistolets, » repiend fioidemeut le duc, et il les lui fait lemeltreentie les mains : le prince tomba à ses genoux.
(fietJii duc de Montausier.)
Voici qu'un homme (le 15 décembre 1787) entre chez moi ; une voiture élégante l'alti nd à la porte. « Monsieur, me dit-
il en entrant, je vous prie de m'aîder dans le choix d'un précepteur. — Volontiers, monsieur. — Celui que je destine à mon fils doit avoir fait de très-bonni^s études, car il doit lui enseigner le latin et le grec; saas le grec, monsieur, l'antiqiiité nous est voilée. — On aura un précepteur, monsieur, qui saura le grec. — La connaissance de l'histoire et de la géographie est indispensable, ainsi qu'une teinture de physique; mais j'insiste surtout pour qu'il sache sa langue, et pour qu'il possède l'usage du monde, ce qui comprend les jeux de la société; il faut donc qu'il ait l'air d'être bien né, car il doit manger à ma table. — Je ferai des rerherches, monsieur. — Les mathémati- (pics ne doivent pas !iii être étrangères, ainsi que le dessin, ne fût-ce que pour suivre les leçons des maîtres. Un certificat bien en règle, de bonnes mœurs, est de piemière nécessité; vous en conviendrez.
— Oh! c'est l'essentiel. — Un caractère doux, honnête, sans humeur; un homme qui sache parler et se taiie, c'est ce qui eonvirnt. Ensuite je ne serai pas fâché, quand on doiuiera un concert chez moi, qu'il sache prendre un violon pour faire sa partie, d'autant plus qu'il pourra surveiller le maître de musique. Vous entendez.' — Oui, monsieur. — Mon fds doit voyager : il est donc de nécessité al solue que ce précepteur puisse lui a| piendre au moins l'anglais, l'italien et l'allemand. — Monsieur votre fds ira donc à Londres, à Rome, à Vienne.' — Certainement, monsieur; voilà pourquoi j'exige que le précepteur de mon fils sache moi ter à cheval en cas de besoin, faire des aunes, et un peu dessiner, afin de rapporter du voyage, dont je payerai les frais, quelques points de vue de Suisse ou d'Italie, et les principaux monuments des grandes villes. Il ne manquera point de lettres de recommandation ; et comme aujourd'hui on parle beaucoup politique, il faudra, pour son intérêt, qu'il se mette au fait dr s intérêts des diverses puissances. Ce n'est point que je veuille un poète chez moi, monsieur; mais quand il s'agira d'un petit divertissement pour la fête de mon é|)ouse, femme adorable, comme il aura fait de bonnes études, je désirerais qu'il sût tourner un couplet passablement. J'oubliais encore de vous dire, monsieur, (pi'ayant leconnu que les préceptruis écrivaient fort mal, je demande que le
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précepteur de mon fils ait une belle main, afin de diriger la sienne de bonne heure. L'aiitlimétique , cela va sans dire, puisque nous sommes convenus qu'il saurait l'algèbre. — Mais quel âge voulez-vous qu'il ait pour toutes ces choses-là ? — Vingtcinq ans, ni plus jeune ni plus vieux. Mais pour reconnaître, monsieur, la considération que j'aurai pour un tel homme, que vous honorerez de votre choix après l'examen le plus réfléchi, le cas extième que j'en ferai, la reconnaissance distinguée que je lui témoignerai, c'est que je lui donnerai, outre ma table (comme je vous l'ai dit) six cents livres par année; lesquels six cents francs seront convertis en rente viagère, l'éducation finie, et immédiatement après les voyages. »
A ces mots je me levai, en lui disant avec le plus grand sang-froid possible : « Je vous chercherai, monsieur, un tel homme, et si je le trouve, je ne manquerai point de vous l'adresser. »
(Mercier, Tableau de Paris.)
IPi-écipitation irréparable.
A Philippes, l'aile que commandait Brulus cliaigea vigoureusement l'ennemi, et s'empara des quartiers d'Auguste. L'aile de Cassius, au contraire, fut maltraitée, mise en déroute, et forcée de se retirer sur les hauteurs. Ce général, jugeant de la fortune de son collègue par la sienne, dépêcha un centurion vétéran pour s'en assurer, et le chargea en même temps de reconnaître une troupe nombreuse qu'il voyait accourir de son côlé. Comme 1" réponse n'arrivait pas, et que la troupe avançait toujours au pas de course , au milieu d'un nuage de poussière qui ne permettait de distinguer ni les visages ni les enseignes, Cassius, pensant que c'étaient des ennemis qui venaient fondre sur lui, s'enveloppa la tète de son manteau, et présenta courageusement le cou à un de ses affranchis. Sa tète était déjà tombée sous le glaive, lorsque le centurion revint annonçant la victoire de Brutus. A la vue de son général mort : « Je ne sur\ivrai pas, s'écria le vétéran, à celui qu'a tue ma lenteur, » et il se jeta sur la pointe de son épée.
( Velléius Patercuhis.)
Prédestination.
Dans son premier voyage d'.\raérique,
Françoise d'Aubigné, encore au berceau, fut à une telle extrémité, qu'elle ne donnait plus aucun signe de vie. Sa mère la prend entre ses bras, pleure, gémit, et la réchauffe dans son sein. Fatigué de ces cris , le baron d'Aubigné veut lui arracher l'enfant, dont la mort et la présence causent et irritent son désespoir. Un matelot va la jeter dans la mer, le canon est prêt à tirer. M^e d'Aubigné demande qu'un dernier baiser lui soit du moins permis, porte la main sur le cœur de s i fille, et soutient qu'elle n'est point morte. Depuis, M'"" de Maintenon racontant ce traita Marly, l'évêque de Metz, qui élail présent, lui dit : « Madame, on ne revien: pas de si loin pour peu de chose. »
{Mémoir. anecdot.)
Prédicateurs.
Le cordelier Maillard, fameux pour les hardiesses de ses sermons, avait un jour lancé quelques traits piquants contre Louis XI. Le roi lui fit dire que, s'il recommençait, il le ferait coud.e dans un sac et jeter à la rivière; maia Maillard, faisant allusion aux relais de poste que Louis venait d'établir, répondit au porteur de cette menace : « Allez dire au roi que j'arriverai plus tôt en paradis par eau (pi'il n'y arrivera avec ses chevaux de poste. »
{Nouvelle Biograplile générale.)
Le père Gontier ou Gontheri, jésuite, prêchait le carême à Saint-Gervais. Le roi, la marquise et toutes les principales coquettes de la cour ne perdaient pas un de ses sermons. Ces dames ordinairement se plaçaient près de l'ccuvre, à cause que le roi s'y mettait presque toujours, et venaient, plus affétées que jamais, outre le bruit et le scandale qu'elles causaient, la marquise surtout, qui sans cesse faisait des signes au roi pour le faire rire ; si bien que le père Gontier, indigné de voir violer ainsi le respect qui était dû à la maison de Dien et à sa parole, dit un jour, au milieu de sa prédication ; <i Sire , ne vous lasserez-vous jamais de venir avec un sérail entendre la parole de Dieu, et de faire un si grand scandale dans sa maison?... » Toutes ces femmes en furie, la marquise entre autres, n'oublièrent rien pour porter le roi à faire un exemple de
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tel prédicateur, et si iiuliscret , ou du moins de l'envoyer à la Bastille. Le roi, le lendemain, comme il allait à la chasse, l'ayant rencontré, l'afsuia qu'il ne devait rien craindre ; bien plus , il le remercia de ses corrections , et en même temps le pria de ne les plus faire si publiquement.
(Amours des rois de France.)
Un prédicateur qui n'avait qu'un sermon, qu'il allait débiter par les villages, l'ayant dit dans un endroit, le seigneur du lieu, ([ui en avait entendu parler avantageusement, l'engagea à prêcher encore le lendemain, qui était fête. Le prédicateur chercha pendant la nuit comment il se tireiait d'affaire. Le lendemain il monte en chaiie, et dit : « Messieurs, quelques personnes m'ont accusé de vous avoir débile hier des propositions contraires à la foi, et d'avoir mal pris plusieurs passages de l'écriture ; pour les convaincre d'imposture, et vous faire connaître la pureté de ma doctrine, je m'en vais vous répéter mon sermon : soyez-y attentif, et remarquez bien si j'ai tort. »
Panckoucke.)
Cotin dit une fois en prêchant, du temps que le cardinal de Richelieu avait si fort la comédie en tète : « Quand Jésus-Christ acheva sur le théâtre de la croix la pièce de notre salut, etc. »
(Tallemant des Réaux.)
« On coupe les bourses à vos seimons, disait lui courtisan à Massillon. — Oui, répartit Massillon, mais le père Bourdaloue les fait rendre. »
(Le P. Perraud, L'Oratoire.)
Pendant l'Avent de 1C99, Massillon fut désigné pour prêcher à Versailles devant la cour. Louis XIV lui adressa un jour ce compliment ; « Mon père, j'ai entendu plusieurs grands orateurs, j'en ai été content; pour vous, toutes les fois que je vous entends, je suis très-mécontent de moi-même. »
Mascaron venait de prêcher devant la cour. Malgré la modération de sou largage , quelques courtisans essayèrent de le décrier et de le perdre dans l'esprit de Louis XIV. Ce prince leur ferma la bouche par ces nobles et chrétiennes paroles : « Le prédicateur a fait son devoir , c'est à nous maintenant de faire le nôtre. »
(Le P. Perraud, VOratoire).
Madame Cornuel disait du père Bourdaloue : « Il surfait dans la chaire; mais dans le confessionnal il donne à bon marché. »
(Ménagiaiia.)
Les occupations du ministère n'empêchaient pas Massillon de se livrer à la joie de la société. 11 oubliait à la campagne qu'il était prédicateur, sans cependant blesser la décence. S'y trouvant chez M. Crozat, celui-ci dit un jour : « Mon père, votremorale m'effraye, mais votre façon de vivre me rassure. »
[Dictiunnaire des hommes illustres.)
.Famais compliment, dit on, ne lit plus de plaisir à Bourdaloue que ce qu'il entendit dire à une poissarde, qui le voyait passer sortant de Notre-Dame, précédé cl suivi d'une foule de monde qui venait de l'entendre. « Ce màtin-là, dit-elle, remue tout Paris quand il prêche. »
[Eiicyclopédiana.)
Nanteuil faisait un jour, au pastel, le portrait de Louis XIV; voulant donnera ce prince un visage animé par la gaieté , il l'entretint de diverses choses plaisantes. Voici l'une des petites historiettes (pi' il raconta au monarque : « Siro, eu venant au Louvre , j'ai passé par les Augustins, où l'on prêchait la Passion. Le piédicateur en était à l'endroit où il est dit, que les serviteurs du pontife et plusieurs autres Juifs se chauffaient à cause du grand froid. Voici la réflexion singulière que le bon père communicpiaità ses auditeurs : " Vous voyez, messieurs, que notre évangéliste ne se contente pas de rapporter la chose comme historion , et calefaciebant se, et ils se chauffaient;
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mais il en rend la raison, comme philosophe, q lia fiigus erat, parce qu'il faisait froid. »
(Panckoiicke.)
Une aventure assez désagréable est arrivée à un prédicateur anglais, qui a l'hahiliide fie faire de noœhi'eux emprunts aux sermons d'autnii.
Un vieillard à l'air grave s'assied non loin du prédicateur. A peine ce dernier a-t-il commencé sa troisième phrase, que l'étranger murmure d'une voix assez haute pour être entendu de ses voisins : « Ça, c'est de Sherlock ! » Le prédicateur fronce les sourcils, mais il continue. Un instant après, son terrible interrupteur muimure : « Ça, c'est de Tillotson ! » Le prédicateur se mord les lèvi es de dépit ; il fait une pause, puis il se décide à reprendre le fil de son discours. Mais il ne tarde pas à être de nouveau interrompu par un : « Ça, c'est de Blair ! » C'en est trop. La patience du prédicateur est complètement à bout. Il se penche sur le bord de la chaire et crie à l'étranger : « Si vous ne retenez pas votre langue , vous serez mis à la porte, entendez-vous, impertinent? » L'étranger n'est pas désorienté par cette brusque interpellation. 11 relève la tète, regarde le prédicateur en face, et dit : « Ça, c'est de vous! »
Doutard disait que dans sa famille ils aiment tous à parler, et faisait un conte d'une de ses tantes qui, étant au sermon, et voyant que le prédicateur ne pouvait trouver le nom d'un instrument à cultiver la terre, et qu'il avait dit plusieurs fois une..,, une..., se leva enfin, et dit : <' Là, là, mou père, n'ànonnez point tant, c'est une pioche. — Une pioche donc, dit le père, puisque pioche y a. Nous l'eussions bien trouvée sans vous. » Cela rappelle un miroitier de Chàlons, qui entendait un sot prédicateur qui, faisant le panégyrique de saint Etienne dans l'église de ce saint, disait : « Où mettrons-nous ce protomartyr? A la dexire, ou à la senestre de Dieu ? etc. — Mtttf zle eu ma place, s'écria le miroitier; aussi Lien suis-je las d'y être! » Et il s'en alla. (Tallemant des Réaux.)
Le père Harrouis, jésuite, disait avec une piquante naïveté à Ménage : « Lorsque le père Bourdaloue prêcha l'année dernière à Rouen, les artisans quittaient leur boutique pour aller l'entendre; les marchands, leur négoce; les avocats, le palais; les médecins, leurs malades, qui s'en trouvaient mieux; pour moi, quand j'y prêchai ensuite, je remis tout dans l'ordre : personne n'abandonna son emploi. »
(G. Peignot, Prédicatoriana.)
M"* prêchait à Saint-Séverin, et ne contentait pas son auditoire : « Il fit mieux l'année passée », dit M. de Sautouil qui s'y trouva. Quelqu'un l'ayant entendu, lui dit : « Il ne prêcha pas, monsieur. — C'est eu cela qu'il en fit mieux, » répondit M. de Santeuil en s'en allant. {Bons mots de M. de Santeuil.)
Fénelon prenait quelquefois plaisir à raconter qu'il avait été un jour vivement apostrophé par le père Séraphir., capucin. Ce religieux prêchant devant le roi et toute la cour, aperçut l'abbé Fénelon qui dormait : « Réveillez cet abbé qui dort, et qui ne sait être au sermon que pour faire sa cour au roi, s'écria le prédicateur. » {Dict. des Hom. ilL, art. Fénelon.)
Le P. Bridaiue prêchant, à .\uxerre, -.1 le pardon des injures, parla avec tant d'onction, qu'une femme, distinguée par son état (la lieutenante générale du bailliage), se leva avec impétuosité, et, par son élan, interrompit le sermon, pour aller embrasser, au milieu de l'église, une dame avec laquelle elle était brouillée depuis plusieurs années pour des motifs connus de toute la ville.
[Paris, Versailles, les Provinces.)
Un curé de village qui avait sa mère qui logeait chez lui, en faisant son prône un dimanche, reprochait à ses paroissiens leurs vices et leurs débauches, leur disant que , s'ils ne se corrigeaient indubitablement ils seraient tous damnés. Une bonne femme qui était là présente, et avait entendu ce sermon, étant une des bonnes amies de la mère de monsieur le cuié, la
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fut trouver tout à l'heure, lui disant : « Ma lionne amie, est-il vrai ce que monsieur notre curé nous vient prêcher! que nous étions tous damnés. — Voire, ma commère, dit la bonne mère, le croyezvous? C'est le plus grand menteur du monde : quand il était petit je ne le fouettais que pour cela, d
(D'Ouville. Contes.)
Louis XIV demanda un jour à Boileau quel était un prédicateur qu'on nommait Le Tourneux , et auquel tout le monde courait. « Sire, répondit le poète, Votre Majesté sait qu'on court toujours à la nouveauté ; c'est un prédicateur qui prêche l'Évangile. »
(G. Peiguot, Prcdicatoilana.)
Une antre fois, il voulait savoir ce qu'il pensait de ce prédicateur, qui était fort laid, mais très-éloquent : « Il fait si peur quand il monte en chaire, dit Boileau, qu'on voudrait l'en voir sortir; mais il fait tant plaisir quand il y parle qu'on voudrait l'y voir rester. »
{Improvisât, franc.)
Du temps de la Régence, un janséniste fanatique (1) eut l'audace de prêcher dans un village contre Philippe d'Orléans. Le Régent, lorsqu'on vint lui en faire pari, se contenta de dire : « De quoi se mêle cet homme, je ne suis pas de sa paroisse (2) . »
{Improvis. franc.)
Un ecclésiastique demandait à son é\èque la permission de prêcher : « Je vous le permets, lui répondit le prélat ; mais la nature vous le défend. »
{Bibliothèque de société.)
(i) Suivant plusieurs .lutcurs, c'était Goileau, curé lie Saint-Cônie.
(?.) C'est l'application d'un trait bien conn
lui court tous les ana. Pendant «
prêrlii
sur la Passion par un capucin, toute 1 assistance fondait en larmes, sauf un paysan, qui se tenait debout près d'un pilier. On lui demanda comment il pouvait s'empêcher de pleurer ; « Je ne suis pas de la paroisse, >i répondit-il.
Prédicateur affecté
Un jeune abbé à qui on pouvait reprocher une prononciation affectée, et des gestes maniérés, prêchait dans une ville de province; s'éiant trouvé le lendemain chez le président de la juridiction, il se plaignit de ce que les officiers de cette juridiction avaient quitté son seraion pour aller à la comédie. « Ces gens, répondit le président, sont de mauvais goût, de vous quitter pour des comédiens de campagne. »
(Panckoucke.)
Prédicateurs burlesques.
On dit que M. d'Orléans, le jour de la Passion, étant à un sermon de M. l'e Belley (1) entre la Rivière et Tubœuf, qui étaient pourtant assez éloignés de lui, le prédicateur dit, comme s'il eût parlé à Jésus-Christ : « Je vous vois là, mon Seigneur, entre deux brigands « Prêchant h\ carême dans le cabinet de Madame, en parlant des femmes qui se faisaient porter leur robe : « Je conseillerais, dit-il, aux pages et aux laquais qui leur lèvent la queue de leur lever aussi la chemise et de leur donner le fouet. »
{Id.)
Le petit père André prêchait devant Louis XIII sur la vérité et sur la manière dont il la fallait dire aux princes. Il feignit de s'endornrir. On le laissa tpielque temps sans le faire sortir de cet état. A la fin on le tira par sa robe; il feignit de s'éveiller, et de revenir d'un profond sommeil : « Sire, dit-il, je viens de faire un songe qui convient au sermon que je prêche devant Votre Majesté. J'ai vu la vérité sous la forme d'une belle dame, sans aucun voile. Craignant la tentation, je lui ai dit de se retirer ; elle m'a dit qu'elle s'appelait la Vérité : « Retirez-vous, lui ai-je dit encore avec plus de force, on ne représente point la Vérité toute nue aux rois. »
Prêchant devant M. de Péréfixe , archevêque de Paris , il s'aperçut que co prélat dormait; il s'avisa pour l'éveiller de dire au suisse de l'église : « Bedeau,
(i) J. p. le Camus, l'ami de saint François ic baies.
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fermez les portes, le pasteur dort, les brebis s'en iront , à qui annonceiai-je la parole de Dieu? » Ce trait-là causa dans l'auditoire un graud brouhaha qui éveilla rarchevèi|ue.
{Bibliotltcquc de la court)
C'est le même prédicateur qui , en sa qualité de membre de l'ordre des Augustins, en voulait aux Cordeliers, et trouva le moyen, dans un sermon sur la Providence, de leur lancer celte épigramme :
« Admirable effet, mes frères, de la Providence divine! Le tonnerre tomba dernièrement sur l'église des Cordeliers.. . ; aucun religieux n'en fut blessé! S'il fût tombé dans la cuisine, il n'en fut pas réchappé un seul! »
(Bouhier, Souvenirs.)
Pierre Cupé, prêchant un jour devant son évèque, annonça ainsi son sujet.
« Madeleine a péché; tant pis.
« Madeleine s'est repentie ; tant mieux.
« Tant pis, tant mieux, seront les deux points de mon discours. »
L'évèque lui envoya l'ordre de descendre de chaire et lui interdit pour un an la prédication.
Dès qu'il fut libre d'en reprendre l'exercice, Cupé reparut avec le même seimou qu'il annonça sous cette forme :
« Madeleine a péché; tant mieux.
« Elle a fait pénitence; tant pis.
« Je développerai, puis qu'ainsi le veut Monseigneur, ces deux points édifiants. »
Un jour que le père Chrysostome prêchait à Belleville, l'affliience était si grande, que l'église ne pouvait contenir tous les auditeurs. Un paysan fort dévot, qui était dans le cimetière avec son âne, crut qu'il comprendrait mieux le sermon s'il pouvait voir gesticuler le prédicateur. A cet effet, il monte sur Martin, et tous les deux allongent alternativement les oreilles. Le révérend père n'avak pas encore achevé son second point, que le bon paysan frappe sa poitrine, et se met à pleurer, et Martin à braire. « Faites taire cet âne, » s'écrie un gros homme d'une voix encore [ilus forte que celle du Stentor d'Arcadie. Le révérend père, qui crut
qu'on parlait de lui, s'éciiade son côté : « Faites soilir cet insolent! » Vous voyez, monsieur l'abbé, qu'il y a encore clans le monde des gens qui se rendent justice. ( Favart, Lettre à l'abhd de roisenon. )
Un prédicateur, prêchant un jour de la Madeleine , après avoir parlé des mondanités de cette créature , et exagéré sa conversion : » Or ça , mesdames, il y en a plusieurs d'entre vous qui viennent ici par divertissement plutôt que par dévotion, et de toutes les femmes qui sont ici devant moi, je ne sais pas seulement s'il y en a une qui voulût imiter la Madeleine en sa pénitence : comment («o« pas seitlemeiit) qui la voulût imfter, mais qui eût le moindre sentiment de ses péchés.^ Je ne parle pas de toutes , mesdames ; mais je sais qu'il y en a une, entre vous autres, qui est indigne de venir en la compagnie de tant d'honnêtes femmes. C'est la plus lubrique , la plus effrontée qu'il y ait au monde. Il y a longtemps que , tous les ans, elle promet à son créateur et à sou confesseur de vivre en femme de bien, et d'oublier sa vie passée, et cependant elle n'en fait rien. Puisque son péché ne lui fait point de honle, il faut que le monde lui en fasse. 11 est dit dans l'Écriture. « Si ton frère a failli, reprends-le i-ne fois et deux fois; mais s'il ne se corrige point, la troisième fois dis-le à l'église. « Puis donc ([ue tant d'exhortations ne sont pas capables de la corriger, il faut que le monde '..i fasse liontp, et que publicpiement je déclare son infamie, et que je la nomme tout haut. Oui je la veux nommer, messi'urs; sachez qui c'est, w Là, il se re- 1 ien t , disant : « La nommerai-je ?... Non . . . Si ferai, je la nommerai : pourquoi non ? C'est.... Toutefois, je ne la veux pas nommer; j'aurais honte de proférer ce nomlà, tant il est infâme; mais je veux pourtant ([ue vous la connaissiez... La voilà devant moi ; je la vois bien qui fait la sucrée, mais je m'en vais jeter mes Heures sur sa tète : remarquez bien où elles donneront. »
Là-dessus il lève le bras, et faisant srm • blant de vouloir jeter ses Heures; toiKe. les femmes qui étaitnl devant lui baissirent !a tête. Sur quoi le prédicateur s icria : « Ah! messieurs, tout de bon, je pou'iais qu'il n'y en eût qu'une, mais il v en a bien davantage. » Ce qui rendit les lem-
mes honteuses, et donna niatièi e de rire aux hommes (1).
( D'Ouville, Contes. )
Un jeune abbé, prêchant la passion à une grille, dit que Notre-Seigneur, qui sua du sang de tout sou corps dans le jardin des Olives, ne devait point pleurerautrement, (wrce que Dieu est tout œil ; qu'il garda le silence devant Hérode, parce que l'agneau perd la voix en voyant le loup; qu'il était tout nu sur la croix, parce qu'il était tombé entre les mains des voleurs ; que, pour condamner la vanité des pomj)es funèbres, il ne voulut point de flambeaux de funérailles, pas même les flambeaux du ciel ; et enfin qu'il voulut être mis dans le sépulcre de pierre, pour nous apprendre que tout mort qu'il était il avait horreur de la mollesse.
(L'abbé Bordelon, Diversités cikâcuses.)
Prédicaleur prcccce.
Bossuet, encore enfant, donna d'heureux présages de ce qu'il serait un jour. Dès l'âge de sept à huit ans, il apprenait par cœur des sermons, qu'il prononçait de fort bonne grâce. La marquise de Rambouillet en ayant ouï parler, souhaita de l'entendre, et fit naître le même désir aux personnes qui tous les soirs s'assemblaient chez elle. Le jeune Bossuet y fut conduit entre onze heures et minuit , et prêcha avec beaucoup d'agrément et d'assurance.
Toute l'assemblée en parut très-satisfaite. Voiture , qui courait toujours après l'esprit, dit, au sujet de l'âge du prédicateur et de rheure de la prédication : « En vérité, je n'ai jamais entendu piècher si tôt ni si tard. « ( Mémoires-anecd. )
Pi-é<licateiir simple.
Le curé de Saint-Sulpice, qui a succédé à M. de Gergy, si fameux par ses saintes extorsions, sur lesquelles il a élevé le bâtiment de son Église , n'a pas succédé à son esprit et à ses talents aussi facilement qu'à sa cure.
Le jour qu'il annonça le jubilé, il dit
(i) Ce prédicateur serait, selon Tallemant aes Rénux, le père André. On trouve la même liis- Inire dans le baron de Fœneste, et quelque cliose dan:il(ii;iie clans Brantôme , les Dames galaiilei, i«f discours. Oepuis, l'anecdote a passé dans tous les aluMuucUs,
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en chaire à ses paroissiens, « qu'il y aurait à des heures différentes des exhortations pour les personnes de différents états qui étaient sur sa paroisse. Les soirs, a sjx heures, ajouta-t-il, on prêchera pour le peuple et pour les domestiques; on leur parlera de la religion tout naturellement «. Tout naturellement!
On as.nire encore que quelques jours après, en indiquant les processions pour le Jubilé, il dit : « Nous irons d'abord U iNotre-Dame; ensuite à Sainte-Croix, de là à Saint-André-des-Artsj et nous finiioi;s par les Petites-Maisons. »
Tout cela est d'un beau simple.
( Collé, Jouviial, )
IPi-é<îictioiis.
Plusieurs années avant que le nora de M""^ Scarron fût parvenu jusqu'à Louis XIV, la cour était à Saint-Germain. On s'occupait beaucoup alors de sorciers et de divination. li fut instruit que des courtisans devaient faire venir une fameuse devineresse de Paris ; il eut la curiosité de l'entendre, bien déguisé.
Quand son tour de consulter fut venu, la magicienne l'envisagea attentivement, et lui dit « qu'il était marié, mais galant et à bonnes fortunes ; qu'il deviendrait veuf et qu'il se prendrait de passion pour une veuve surannée, de basse condition,... qu'il l'épouserait et aurait un tel aveuglement pour elle qu'elle le mènerait toute sa vie par le bout du nez. » Le roi s'échappa , suffoquant de rire, et descendit dans son appartement. (Lemontey, Essai sur l'établissement moiiarchiq. de Louis XI F. )
Le Grand-Seigneur Osman, vouhnt déclarer la guerre à la Pologne, en 1621, malgré les remontrances de ses ministres, un santon aborda le sultan, et lui dit : •c Dieu m'a révélé, la nuit dernière, dans une vision, que si Ta Hautesse va plus loin elle est en danger de perdre sou empire; son épéene peut cette année faire de mal à qui que ce soit. — Voyons dit Osman, si la prédiction est certaine, » et donnant son cimeterre à un janissaire, il lui commanda de couper la tète à ce prétendu prophète, ce qui fut exécuté surle-champ. — Cependant Osman réussit laal dans son entreprise contre la Pologne,
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et perdit iieu de temps après la vie avec l'oinj)ire.
(Collin de Plaiicy, Diction, infeni. )
Un seul des professeurs de Napoléon se trompa sur le mérite de son élève. Ce fut M. Bauer, gros et lourd professeur d'allemand. Le jeune Napoléon ne faisait rien dans cette langue, ce qui avait inspiré à M. Bauer, qui ne supposait rien au-dessus, le plus profond mépris, lu jour que l'écolier ne se trouvait pas à sa place, M. Bauer s'informa où il pouvait être; on répondit qu'il subissait en ce moment son examen pour l'artillerie.
« Mais est-ce qu'il sait quelque chose ? » disait ironiquement l'épais M. Bauer. — Comment, monsieur, mais c'est le plus fort mathématicien de l'école, lui répondit-on. — Eh bien ! je l'ai toujours entendu dire, et je l'avais toujours pensé, que les mathématiques n'allaient qu'aux bêtes. )) — « Il serait curieux , disait l'empereur, de savoir si M. Bauer a vécu assez longtemps pour jouir de son jugement.»
( Mémorial de Saiiite-Hélciie. )
Au moment où Joséphine quittait la Martinique pour venir en France, une espèce de bohémienne lui dit : » Vous allez en France pour vous marier; votre mariage ne sera point heureux ; votre mari mourra d'une manière tragique; vous-même à cette époque vous courrez de grands dangers , mais vous en sortirez triomphante. Vous êtes destinée au sort le plus glorieux, et sans être reine, vous serez plus que reine. >> En racontant cette prédiction, Joséphine ajoutait qu'étant fort jeune alors elle y fit peu d'attention , qu'elle ne s'en souvint qu'au moment où M. de Beauharnais fut guillotiné, et qu'elle en parla alors à plusieurs des dames qui étaient enfermées avec elle, dans le temps de la Terreur.
(Constant, Mémoires.)
Avant de quitter Saint-Denis, je fus reçu par le roi, et j'eus avec lui cette conversation : <c Eh bien ! me dit Louis XVI II, ouvrant le dialogue par celte exclamation. — Eli bien, Sire, vous prenez le duc d'Orante. — Il l'a bien fallu : depuis mon
frère jusqu'au bailli de Crussol (et celui-là n'est pas suspect), tous disaient que nous ne pouvions pas faire autrement. Qu'en pensez-vous? — Sire, la chose est faite : je demande à Votre Majesté la permission de me taire. — Non, non, dites : vous savez comme j'ai résisté depuis Gand.
— Sire, je ne fais qu'obéir à vos ordres ; pardonnez à ma fidélité : je crois la monarchie finie. »
Le roi garda le silence ; je commençais à trembler de ma hardiesse, quand S. M. reprit : « Eh bien, monsieur de Chateaubriand, je suis de votre avis. «
(Chateaubriand, Mémoires d' Ont retombe.)
M"it^ de Staël se méprit sur l'avenir de mes études religieuses. On lui apporta le Génie de Christianisme sans être coupé; elle passa ses doigts entre les feuillets, tomlia sur le chapitre de la Virginité, et elle dit à M. Adrien de Montmorency, qui se trouvait avec elle : « Ah ! mon Dieu ! notre pauvre Chateaubriand ! Cela va tomber à plat! •» (fd.)
On conduisait assez souvent le jeune de Morny, élève au collège Bourbon, en visite chez le prince de Talleyrand, qui prenait plaisir à le faire causer. Un jniu- I M. de Talleyrand dit à M. Martin, gouverneur des enfants de M. de Dino : « N'avezvous pas rencontré dans l'escalier un petit bonhomme, que M. de Flahaut tenait par la main? — Oui, prince. — Eh bien, souvenez vous de ce que je vais vous dire : cet enfant-là sera un jour ministre. »
}'l. de Morny avait alors douze ans.
(D'' Véron, Mémoires d'un bourgeois de Paris.)
Préiliclioiis pateriiell<^8.
Le père de M. Despréaux, quelques jours avant de mourir, disait de ses trois enfants : « Gilot est un glorieux, Jacob est un débauché, mais Colin est un bon garçon. Il n'a point d'esprit : il ne dira de mal de peisonne. •.< Or par ce Colin il entendait M. Despréaux.
{Bolœana.)
Casimir Delavigne , timide et indolent dans son enfance, éludiait a\ec répugnance et apprenait difficilement.
Aussi son père, qui rêvait pour seî