PUÉ
D'AIcmljeil lui répondit : « Madame, ils ont abattu la forêt des préjugés. — Je ne suis plus suiprise, répliqua cette dame en riuiit, si vous nous déjjitez tant de /"«o^o/i.» ( Daleinbertiana.)
IPrélat iutliilg^eut.
lu des curés du Hiorèse de Cambrai se lëlicilait devant Fénclon d'avoir aboli la danse des paysans les jours de lèle. « Monsieur le curé, lui dit Fénclon, ne dansons point, mais permettons à ces pauvres gens de danser. Pourquoi les empèclicr d'oublier un moment qu'ils sont mallieureux? »
( Mcmoîres-anecdot. )
Prélature enlevée d'assaut.
Cambrai vaquait, par la mort, à Rome, du cardinal de La Trémoille, c'est-à-dire le plus riche archevêché et un des plus grands postes de l'église. L'abbé Dubois n'était que tonsuré; cent cinquante mille livres de rente le tentèrent, et peut-être bien autant ce degré pour s'élever moins dilficilement au cardinalat. Quelque impudent qu'il fût, quel que fut l'empire qu'il avait pris sur son maître, il se trouva fort embarrassé et masqua sou effronterie de ruse : il dit à M. le duc d'Orléans qu'il avait fait un plaisant rêve, et lui conta qu'il avait rêvé qu'il était archevêque de Cambrai. Le régent, qui sentit où cela allait, lit la pirouelte et ne répondit rien. Dubois, de plus en plus embarrassé, bégaya et paraphrasa son rêve; puis, se rassurant d'effort , demanda brusquement pourquoi il ne l'obtiendrait pas. Son Altesse Royale de sa seule volonté pouvant ainsi faire sa fortune. M. le duc d'Orléans fut indigné, même effrayé, quelque peu scrupuleux qu'il fût au choix des évêques, et d un ton de mépris lui répondit : « Qui! loi, archevêque de Cambrai! »
en lui faisant sentir sa bassesse et plus encore le débordement et le scandale de sa vie. Dubois s'était trop avancé pour demeurer eu si beau chemin; il lui cita des exemples.
M. le duc d'Orléans, moins touché de raisons si mauvaises qu'embarrassé de résister à l'ardeur de la poursuite d'un liomme qu'il n'avait plus accoutumé d'oser contredire sur rien, chercha à se tirer d'affaire, et lui dit : « Mais tu es un
PRÉ
sacre, et qui est l'autre sacre qui voudra te sacrer.» — Ah! s'il ne lient qu'à cela, reprit vivement l'ahbé, l'affaire est faite; je sais bien qui me sacrera, il n'est pas loin d'ici. — Et qui diable est celui-là.' répondit le régent, qui osera te sacrer.' — Voulez-vous le savoir.' répliqua l'abbé, et ne tient-il qu'à cela, encore une fois .' — Eh bien! qui.' dit le régent. — Votre premier aumônier, reprit Dubois, qui est là dehors; il ne demandera pas mieux; je m'en vais le hii dire; » embrasse les jambes de M. le duc d'Orléans, qui demeure court et pris sans avoir la force du refus, sort, tire l'évêque de Nantes à part, ' lui dit qu'il a Cambrai, le prie de le sacrer, qui le lui promet à l'instant ; rentre, caracole, dit. à M. le duc d'Orléans qu'il vient de parler à son premier aumônier, qui lui a promis de le sacrer, remercie, loue, admire, scelle de plus en plus son affaire, en la comntaut faite et en persuadaiit le régent, qui n'osa jamais dire que non : c'est de la sorte que Dubois se lit archevêque de Cambrai.
( Saint-Simon, Mcmohcs. )
Prcjné4Îiiîi<ioii.
Bonaparte se promenait dans les jardins de la Malmaison avec M'"" de Clcrmont-Tonnerre, depuis M'ne de Talani, dont la conversation charmante lui plaisait infiniment. Tout-à-coup il l'interrompt biusquement, et lui dit : « Madame de Clermont-Tonnerre, qu'csi-ce que .vus pensez de moi.' » L'allocution imprévue rendait la réponse délicate et difficile. « Mais, général, lui dit-elle après un court moment d'hésitation , je pense que vous ressemblez à un architecte habile qui ne veut laisser voir le monument qu'il érige que quand il sera entièrement construit. Vous bâtissez derrière un échafaudage que vous ferez tomber quand vous aurez fini. — Oui, madame, c'est bien cela, lui dit Bonaparte avec une incroyable vivacité, vous avez raison!... Je ne vis jamais que dans deux, ans! »
( Bourrienne, Mémoires. )
Première affaire.
Câlinât se plaignait souvent de la précipitation avec laquelle on juge un officier sur ime première faute. 11 racontait à ce propos une histoire qui lui éluit airivcc,
PHË
PRE
sans qu'on ail jamais pu connaître celui nui V avait donné lieu. Un jeune homme, t cs-recommande, vint a son armée prendre le commandement d'un régiment. Le maréchal lui dit à son arrivée que, pour première preuve de considération, il lui donnerait le lendemain un détachement, avec promesse qu'il rencontrerait l'ennemi. Le jeune homme, étonné par le hniit et le sifflement des halles, tint nue conduite scandaleuse pour l'armée. Tout le monde en parla, et Catinat fit semblant de ne rien entendre, jusqu'à la nuit, qu'il envoya chercher secrètement le jeune homme, lui parla de sa faute , et lui dit qu'il fallait opter entre ces deux partis, ou de la réparer le lendemain ou de se faire capucin. Le jeune homme ne balança point ; il se mit à la tète d'un nouveau détachement, rencontra les ennemis, montra la plus grande valeur, et fut depuis, de l'aveu du maréchal de Catinat, un des meilleurs officiers de l'armée française (1).
( Galerie de l ancienne cour. )
Présages [Mauvais).
Un homme éploré vint trouver Catou , et lui dit qu'il était tout effrayé d'une aventure qui lui semblait du plus mauvais présage. » De quoi est-il question? lui dit Caton. — C'est, répondit cet homme, que les souris ont rongé cette nuit un de mes souliers. — Oh 1 lui répondit Caton, reprenez vos esprits : il n'y a pas là autant de mal qu'on pourrait le croire au premier moment; mais si, an contraire, votre soulier avait mangé les souris, pour le coup je conviens que ce serait effroyable. (Facetiana. )
Madame la dauphine était accouchée d'un prince, et comme la cour était alors à Choisy-le-Roy, aucune personne de la maison de France ne put assister à la naissauce de cet enfant royal. Le courrier qu'on envoyait pour en porter la nouvelle à Paris tomba de cheval à la barrière, et mourut de sa chute. L'abbé de Lanjon, qui devait l'ondoyer, et qui se rendait à la chapelle du château , tomba sur le grand escalier de Versailles en jiaralysie; enfin, des trois nourrices arrêtées par le premier médecin de son pèic,
(i ) Viiy . Émolion imolonluirc.
il en mouiut deux en huit jours, et la troisième eut la petite vérole au bout de six semaines. « Voilà qui n'est pas d'heureux augure, disait le roi son grandpère, et je ne sais comment il a pu se faire que je l'aie titré duc de Berry : c'est un nom qui porle malheur. »
Ce même enfant royal est devenu le roi Louis XVI.
{Souvenirs de la marquise de Crei/ui.)
M. de Lalli ToUendal, avant son départ pour le gouvernement de Pondichéry, était à dîner ehezM™'" de G.... avec plusieurs dames et seigneurs de la cour. Il y avait là un vieux militaire à bons mots, qui riait et criait par intervalles, parce qu'il avait un rhumatisme goutteux qui contrariait sa gaieté. Comme les accès de ses souffrances étaient violents, chacun s'empressait à indiquer son remède, comme cela se pratique. Une personne de la compagnie dit qu'il n'y en avait point de plus efficace que la graisse de pendu, dont il fallait se frotter. « Où trouver de la graisse de pendu P — Chez Chariot, le bourreau qui demeure à Villeneuve. »
Remarquez que l'on était au dessert ; on avait sablé le Champagne. On fait la partie d'aller chez Chariot. M. de Lalli emboîte dans sa voiture le vieux militaire, qui, jurant, criant et souffrant, fut conduit à la maison de M. Chariot, ce grandmaître des hautes œuvres, qui, fort honoré de cette visite , donna autant de graisse qu'on en voulut. Après, M. di-, Lalli demanda à voir son cabinet d'histoire naturelle, qu'on lui avait beaucoup vanté. Chariot commença par lui montrer des potences, des cordes, etc.; ensuite il ouvre une petite armoire, il tire un damas, et le faisant voir à M. de Lalli : « Tout ce que je vous ai présenté jusqu'ici, dit-il, ne sert qu'au supplice de ces gueux, de ces pauvies diables qui sont fripons parce qu'ils n'ont pas le moyen d'être honnêtes gens. Mais voici pour les nobles ; voici pour vous, monseigneur, qui êtes un très-honnète gentilhomme. )> M. de Lalli et tonte sa suite rirent beaucoup de la simplicité de M. Chariot; mais M. le gouverneur de Pondichéry aurait pu regarder cela comme un présage.
(Favart, Mémoires.)
PRÉ
La reine Marie-Antoinette se conchait très-tard. Vers la lin de mai 1789, un soir qu'elle était assise au milieu de la chamhre, elle racontait plusieurs choses remarquables qui avaient eu lieu pendant le cours de la journée. Quatre bougies étaient placées sur sa toilette ; la première s'éteignit d'elle-même : je la rallumai; bientôt la seconde, puis la troisième, s'éteignirent aussi ; alors la reine, me serrant la main avec un mouvement d'effroi, me dit : « Le malheur peut rendre superstitieuse ; si cette quatrième bougie s'éteint comme les autres, rien ne pourra m'empècher de regarder cela comme un sinistre présage.... » La quatrième bougie s'éteignit.
On fit observer à la reine que les quatre bougies avaient' probablement été coulées dans le même moule, et qu'un défaut à la mèche s'était naturellement trouvé au même endroit, puistpie les bougies s'étaient éteintes dans l'ordre où on les avait allumées.
( Muie Campan, Mémoires. )
PRE
Napoléon , lorsqu'il entra en Russie , 'arriva en voiture jusqu'au bord du Niémen. Là, il monta à cheval à deux heures du matin. Comme il paraissait devant cette rive, son cheval s'abattit tout à coup, et le précipita sur le sable. Une voix s'écria : Il Ceci est d'un mauvais présage; un Romain reculerait! » On ignore si ce fut lui ou quelqu'un de sa suite qui prononça ces mots.
(Comte de Ségur, Hlst. de Napoléon et de la Grande-Armée. )
Présagées de mort.
Les approches de la mort de Charlemagne furent signalées par un grand nombre de présages, en sorte qu'il dut pressentir, comme tout le monde, l'événement qui le menaçait. Pendant trois années consécutives, qui ne précédèrent pas de beaucoup le terme de son existence, il y eut de fréquentes éclipses de soleil et de lune, et durant sept jours entiers on vit sur le soleil une tache noirâtre. La galerie qu'il avait fait élever à grands frais entre l'église et son palais s'écroula tout à coup le jour de l'Ascension, et fut détruite jusque dans ses fondements ; de mime le pont de bois construit, par ses ordres, sur le Rhin, près de Majence, qui
avait coûté dix années de travaux énormes, et qui, par son admirable stiucture, semblait devoir duier éternellement, fut dévoré en trois heures par un incendie, et si complètement qu'à l'exception de ce qui était rcouvert par les eaux, il n'en resta pas une solive.
Dans sa dernière expédition m Saxe contre Godefroid, roi des Danois, un jour qu'étant sorti du camp, avant le lever du soleil, il venait de se mettre en marche, il vit tout à coup descendre du ciel un météore d'une lumière éclatante qui, par un temps serein, traversa l'air de droite à gauche; et pendant que tout le monde admirait ce prodige, et cherchait à l'interpréter, le cheval sur lequel le roi était monté tomba la tête en avant, et le renversa à terre avec tant de violence que l'agrafe de sa saie en fut arrachée, son baudrier brisé , et que lui-môme, après avoir été sur-le-champ débarrassé de ses armes par les officiers qui l'entouraient , ne put se relever sans leur aide. Un javelot, qu'il tenait par hasard à la main au moment de l'accident fut emporté si loin qu'on ne le retrouva qu'à une disiance de plus de vingt pieds.
A tous ces indices vinrent se joindre de fréquentes secousses qui agitèrent le palais d'Aix, et le continuel craquement des lambris dans les édifices qu'il haiiitait La basilique, dans laquelle il fut plus tard enseveli, fut aussi frappée par le feu du ciel, et la boule d'or qui décorait le faîte du toit, brisée par la foudre, alla retomber sur la maison de l'évèque conti<;-.5à l'église. 11 y avait dans la même basilique, sur la frise de la corniche, qui, entre les arceaux supérieurs et inférieurs, régnait intérieurement tout autour de l'édifice, une inscription en cinabre, indiquant le nom de celui qui avait élevé le monument. Dans la dernière ligne on lisait ces mots ; Ctiarles prince. Or quelques personnes remarquèrent qae, l'année même de sa mort, quelques mois auparavant, les lettres qui formaient le mot prince étaient tellement effacées qu'on ne pouvait plus du tout les distinguer. Mais le roi feignit de ne pas comprendre ces avertissements que nous venons de rapporter, ou bien il y resta indifférent , comme s'ils n'intéressaient aucunement sa destinée.
(Éginhard, Fie de l'empereur Charles.)
2i't PRE
Préséance (Discussions de).
Don Diego d'Anaya, évèquede Cuença , se trouvait au concile de Constance en qualité d'aml)assadeur de don Juan II, roi de Castille. L'amhassadeur d'Angleterre lui disputa la préséance. L'espagnol, sans s'amuser à argumenter, le prit par le milieu du corps, le porta comme un enfant dans un endroit de l'église où il y avait ce jour-là un caveau ouvert , et le jeta dedans. Ensuite, revenant à sa place, il dit à son collègue don Diego-Fernandez de Cordova : « Gomme prêtre , je viens de l'enterrer, faites le reste comme homme d'épée et cavalier de naissance que vous «les. » ( Panckoucke. )
Un jour, comme M""= de Rambouillet était à Hambouillet, ou rendit le pain bénit et on en présenta à tous ceux de la maison ; mais un des domestiques de la marquise, maître Claude, ((ui croyait qu'on ne lui en avait pas présenté assez tôt, dit à celui qui le lui portait : « Portele au diable, je n'en ai que faire. » La marquise , qui clierchail à se divertir, et qui aussi ne voulait pas qu'on fit d'insolence, le fit venir, et lui remontra qu'il devait profiter de l'occasion qui s'était présentée de faire voir son humilité, et non pas scandaliser tout le monde comme il l'avait fait, <c car ajouta-t-elle, vous avez dit : « Portez-le au diable ; « ne savezvous pas qu'il ne saurait le recevoir, et que tout ce qui est bénit fait fuir les démons? ). Elle lui dit encore bien des choses ; enfin après avoir bien écouté . « Il est vrai, dit il, que j'ai tort, mais, madame, après tout, où est-ce qu'on tiendra son rang si on ne le tient dans l'église. .. ( Tallemant des Réaux. )
Dans une cérémonie , le prince de La Tour et Taxis, quoique d'une maison nouvelle en comparaison du comte de Coblentz voulut, à cause de sa qualité de prince , prendre le pas sur le comte; mais celui-ci décida le différend eu un instant : il prit le prince par le bras, et l'ayant poussé derrière lui, il lui dit : « Apprenez, monseigneur, que des princes comme vous marchent après des comtes connue moi. » Le prince, fort étonné du compliment, ne jugea pas à propos de pousser les prétentions plus loin.
(Haron de Pollnitz, Lettres.)
PRÉ
Ou m'a raconté qu'un laquais de l'archevêque de Reims disait à un laquais du cardinal Dubois : « Quand même mon maître ne serait pas cardinal, il est toujours plus grand seigneur que le tien, car il sacre le roi. « Le laquais de Didjois répondit . « Oui, mais mon maître sacre tours tes jours le bon Dieu, qui est bien plus que les rois. »
(Duchesse d'Orléans, Correspondance.)
Un avocat et un médecin ayant disputé ensemble sur la préséance, ils s'en rapportèrent à la décision d'un philosophe, qui adjugea le pas à l'avocat en disant ; « Il faut que le larron passe devant et que le bourreau le suive. «
{Bihl. de socijtj.)
Au moment de paraître à \n\ cercle, un jour de gala , Frédéric II fut averti que lieux dames se disputaient le pas jirès d'une porte avec une vivacité et une opiniâtreté scandaleuses. « Apprenez-leur, dit le roi, que celle dont le mari occupe le plus haut emploi doit passer la première. — Elles le savent, répond le chambellan, mais leurs maris ont le même grade. — Eh bien la préséance est pour le plus ancien. — Mais ils sont de la même piomotion, — Alors, reprend le monarque impatienté , dites-leur de ma part que la plus sotte passe la première. » ( Ségur, Mémoires.)
M. de Rothsrhild et un archevêque avaient été invités à dîner dans la même maison, et chacun des deux convives voulait, pour entrer dans la salle à manger, faire les honneurs du pas à son voisin.
L'aichevêque insista pour que M. de Rothschild, plus âgé que lui, passât le premier. - '
'< Monseigneur, lui dit celui-ci, je vous obéis et je passe devant vous par rang d'ancienneté, — comme l'Ancien Testament est placé devant le Nouveau. «
Présence «l'esprit.
François P', jouant à la paume, appela nu moine pour le seconder ; celui-ci ayant bien poussé la balle, le roi dit : « Voilà un beau coup de moine. — Sire
PRÉ
PRÉ
rcponaîtle moinp, ce sera unco'.i[f d'.nblx'", quand il plaira à Votre Majesié. » Cette réponse faite à propos plut si fort au roi, qu'il lui promit «ne abbaye et la lui donna bientôt après.
(JVonveau recueil des bons mots.)
Joan de Mcun , dit Clopinel , avait érnl dans le liuman de la liose, en parlant des femmes :
Toutes estes, scri's ou fûtes
De fi\ict ou (le volonté putes, etc.
Ce passage souleva ini violent orage contre le poète, qui l'ut sur le point d'expier cet outrage sous les verges des dames. Il se tira d'affaire en s'avouant coupable et en s'offrant en holocauste à la vengeance féminine , mais en soutenant que c'était tout natnrellement celle qui s'était le mieux reconnue dans ses vers qui devait porter le premier coup. Aucune n'osa comnicncer.
Le calife Kégiage avait de la justice, mais il était sévère, et son nom seul inspirait la terreur à tous ses sujets. Un jour qu'il parcourait son empire, seul, et sans aucune marque de distinction, il rencontra un Arabe du désert, marcha avec lui, l'entretint, et lui demanda s'il connaissait Hégiage.' « C'est, dit l'Arabe, un monstre altéré de sang humain. — Mais de quoi l'accuse-t-on ? — Ue tous les crimes des tyrans. — L'as-tu jamais vu ? — Jamais. — Eh bien, regarde, dit le calife, c'est à lui que tu parles. » L'Arabe le regarde, et lui dit sans s'émouvoir : « Ceux de ma famille sont tous frappés d'un accès de folie un jour de l'année ; c'est aujourd'hui mon jour. » Hégiage sourit, donne à l'Arabe l'anneau qu'il avait au doigt, et lui dit : « Lorsque tu rencontreras un inconnu , ne dis pas qu'Hégiage est un monstre altéré de sang humain. «
( Improvisateur français.)
Louis XIV assistait à un motet on le musicien faisait répéter plusieurs fois le mot njcticorax, oiseau de nuit. Il demanda au prélat qui était le plus voisin de lui ce que c'était que ce nycticorax. Le prélat, qui l'ignorait aussi bien que le roi, ne Vû;ilut pas ('.C2ic;'.!er court, et lui
répondit : -< Sire, c'était un des officiers de la cour de David. »
(Mémoires anecdot.)
Un quidam rencontra in\ abbé : « J'ai toujours en envie de tuer un prêtre, » s'écria-t-il en tirant son épée, d'un air ftnienx. L'abbé, sans se déconcerter, lui dit froidement : « Vous vous adressez mal, je ne suis que diacre. «
{Alman. Uttér. 1780.)
Un soir que l'abbé Porquet, aumônier de Louis XV, faisait lecture de la Bible au royal auditeur, il lui arriva de s'endormir à moitié, et de lire ainsi un passage : « Dieu apparut à Jacob en singe. — Comment ! s'écria le roi ; c'est en songe que vous voulez dire? — Eh! sire, répliqua vivement l'abbé , tout n'est-il pas possible à la puissance de Dieu ? «
(Lafitte, Mémoires deFlcury. )
On donna au théâtre des Variétés nue pièce nouvelle dont le succès fut balancé. La scène représentait l'office d'une granJe maison où les domestiques étaient à dincr; au milieu du repas, un coup de sifflet perçant se fit entendre du fond de la salle; Bordier, qui jouait le rôle d'un valet faisant le seigneur, s'adressant au maître d'hôtel, hasarda cette saillie :
» Mon ami, va donc fermer la fenêtre, le veut siffle. «
(Comédiana.)
Le peuple venait de s'emparer des Tuileries. Desangiers, curie i.\ incorrigible, s'em()ressa d'y courir... pour voir... Arrivé à la porte, il est arrêté par des hommes d'assez mauvaise mine : « Ta cocarde, citoyen; pourquoi n'as-tu pas (l;> cocarde.!* „ Et le cercle qui l'entourait devenait de plus en plus menaçant. Desangiers se découvre , toiu'ne et retourne son chapeau en tons sens, et avec le sang-froid le plus parfait : « C'est inconcevable, finit-il par dire, je l'atuai laissée à mon bonnet de nuit. »
(Figaro.)
Au sortir de l'Acsembicc nalionale,
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PRI^
PRÉ
l'abbé Maury traversait iinjour des groupes menaçants, d'où s'écliapjjait lecri : « L'abbé Maury à la lanterne ! — Quand vous m'aurez mi» à la lanterne, répli(|ua-t-il vivement, en verrez- vous plus clair? » Et il passa devant les furieux, désarmés par ce mot.
M. de Chabrol, préfet de Montenotte , se présenta, un jour de réception , aux Tuileries , devant l'empereur. Napoléon l'interpelle avec brusquerie : « Monsieur le préfet, lui dit-il, qu'étes-vous venu faire ici ? — Sire, dit M. de Chabrol en s'inclinant, je suis venu visiter mou beau- |ière, le prince Lei)run, qui est malade. — Monsieur, répliqua Napoléon, si vous n'étiez si jeune, vous sauriez que les devoirs de l'Ëlat passent avant les devoirs de famille. Mais on me donne des préfets qui sortent de nourrice. Quel âge avez-vous ? — Sire, répondit M. de Chabrol, eu parfait courtisan, sans se laisser intimider par le regard que Napoléon braquait sur lui , j'ai tout juste l'âge qu'avait Votre Majesté quand elle gagna la bataille d'Arcole. »
L'empereur tourna le dos en pirouettant sur ses talons; mais quelques jours après M. de Chabrol était nommé préfet de la Seine, en remplacement du comte Frochot, compromis par sa faiblesse dans la conspiration du général Malet.
(D'Haussouville. >
Il est difficile de se figurer tout ce qu^ l'on peut trouver do courage et de présence d'esprit dans des hommes dégradés comme le sont ces misérables qui font le métier d'espion. J'avais un agent parmi les Suédo-Russes, un nommé Chesseaux, que j'avais toujours reconnu comme trèsintelligent et très-exact. Étant resté longtemps sans recevoir de ses nouvelles, je commençais à avoir quelque inquiétude ; et ce n'était pas sans fondement. Il fut tu effet an été à Lauenbourg, et conduit, pieds et mains liés, par des Cosaques à Lunebourg. On trouva sur lui un bulletin qu'il allait m'envoyer, et il n'échappa à ime mort certaine que parce qu'il était porteur d'ime lettre de recommandation d'un négociant de Hambourg, connu particulièrement de M. Alopœus, ministre de Russie à Hambourg. Celle précauliou que
j'avais prise lui sauva la vie. M. Alopœus écrivit à ce négociant qu'à sa recommandation on renvoyait l'espion sain et sauf, mais qu'une autre fois le recommandé et le recommandant n'en seraient pas quitte^ à si bon marché.
Malgré celte recommandation , Chesseaux aurait payé de sa tête le métier dangereux au(iuel il se livrait; ce qui le sauva réellement, ce fut le sang-froid inconcevable qu'il montra dans cette terrible circonstance. Encore bien que le bulletin que l'on trouva sur lui fût adressé à M. Schramm, négociant, on soupçonnait vivement qu'il m'était destiné : on demanda à Chesseaux s'il me connaissait; il répondit hardiment qu'il ne m'avait jamais vu. On chercha tous les mo)eis possibles pour lui faire faire cet aven, sans pouvoir y parvenir. Celte constante dénégation, jointeaunom de M. Schramm, jetait des doutes dans l'esprit de ceux qui interrogeaient Chesseaux ; on pouvait condamner un innocent. Cependant ou tenta un dernier effort pour savoir la vérité : Chesseaux, condamné à être fusillé, fut conduit dans une plaine de Lv.nebourg ; au moment où, les yeux bandés, il entendait commander le peloton qui devait tirer sur lui, un homme s'approche de lui, il lui dit tout bas à l'oreille, d'un ton d'intérêt et d'amitié : « On va tirer; mais je suis un ami; dites seulement que vous connaissez M. de Bourrienneet vous êtes sauvé. — Non , répondit Chesseaux d'une voix ferme, je mentirais. » Aussitôt le bandeau tombe de ses yeux, et la liiierté lui est rendue. On citerait diflicilcment un trait de présence d'esprit plis extraordinaire.
( Bounioiiiie, U/t/moires.)
L'empereur passait une revue sur la place du Carrousel ; son cheval se cabra, et, dans les efforts que fit Sa Majesté pour le retenir, son chapeau tomba à terre. Un lieutenant (son nom était, je crois, Rabusson), aux pieds duquel le chapeau était tombé, le ramassa et sortit du front de bandière pour l'offrir à Sa Majosté. « Merci, capitaine, lui dit l'empereur encore occupé à calmer son cheva'.
— Dans quel régiment, sire? » demanda l'officier. L'empereur le regarda alors avec plus d'attention, et s'apercevant de sa méprise, dit eu souiiaut ; ■<■ Ah! c'est
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