‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 73 sur 180 · PRR · texte numérisé non relu

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juste, monsieur ! Dans la garde. » Le nouveau capitaine reçut peu de jours après le brevet qu'il devait à sa présence d'esprit, mais qu'il avait auparavant bien mérité par sa bravoure et sa capacité.

(Constant, Mémoires.)

A Saint-Cloud, à la grande audience du dimanche, un vieux préfet ou autre fonctionnaire piémontais, l'air égaré, el tout hors de lui, interpelle Napoléon de sa voix la plus élevée, lui demandant justice sur sa destitution, soutenant qu'il avait été faussement accusé et condamné. « Allez trouver mes ministres, lui répondit l'empereur. — Non, sire, c'est par vous que je veux être jugé. — Je ne le saurais; je n'en ai point le temps : j'ai à m'occuper de tout l'empire, et mes ministres sont institués pour s'occuper des individus. — Mais ils me condamneront toujours. — Et pourquoi? — Parce que tout le monde m'en veut. — Et pourquoi encore ? — Parce que je vous aime. Il suffit qu'on vous soit attaché pour qu'on devienne en horreur à tout le monde. — Ce ((ue vous dites là est bien fort, monsieur, dit l'empereur avec calme; j'aime à croire que vous vous trompez. » Et il passa tranquillement au voisin.

L ne autre fois, à une parade, un jeune officier, aussi tout hors de lui, sort des rangs pour se plaindre (lu'il est maltraité, dégradé ; qu'on a été injuste à son égard, qu'on lui a fait éprouver des passe-droits, et qu'il y a cinq ans qu'il est lieutenant sans pouvoir oljtenir d'avancement. « Calmez-vous, lui dit l'empereur, moi je l'ai bien été sept ans, el vous voyez qu'après tout cela n'empêche pas de faire son chemin. « Tout le monde de rire, et le jeune officier, subitement refroidi, d'aller reprendre son rang.

( Mémorial de S te- Hélène. )

M. Royer Collard fut un jour l'objet d'une manifestation tumultueuse à son cours; mais il résista aux cris, aux huées, aux sifflets, et parvint à finir la leçon. Exaspérés, les plus turbulents le poursuivirent dans la rue de huées et d'invectives. M. Royer-Coliard marchait d'un pas tranquille, malgré le bruit de ces clameurs, quand, arrivé a» pont des Arts, qu'il lui fallait traverser pour rentrer

chez lui, il tira de sa poche une pièce de cent sous, et la jetant au receveur, il dit, ou se tournant vers sa suite : « Gardez tout, je paye pour ces messieurs. » Les étudiants, déconcertés, n'osèrent le suivre plus loin.

En 1848, M. de Lamartine reçoit un jour, à l'hôtel de ville une députatioii de vésuvieiincs , femmes du peuple, aux allures farouches, et qui n'étaient pas sans analogie avec les tricoteuses de néfaste mémoire.

La bande des mégères avait envahi le cabinet de M. de Lamartine. 11 se présente à elles, les interroge :

a Citoyen, répond l'une d'elles, Us vésuviennes ont tenu à t'envoyer une dépiitation pour t'expiimer toute l'admiration que tu leur inspires. Nous sommes cinquante ici, et au nom de toutes les autres nous avons mission de t'emJjrasser. »

Elles n'étaient pas belles, disait plus lard M. de Lamartine , en rappelant ce souvenir de sa vie politique. Sf> laisser embrasser, c'était dur.

Alors le poète eut une de ces inspirations comme lui seul savait en avoir. Il s'avance vers les vésuviennes, et leur dit : •c Citoyennes , merci des sentiments que vous me témoignez. Mais laissez-moi vous le dire: des patriotes tellesque vousnesont pas des femmes ; elles sont des hommes. Entre hommes, on ne s'embrasse pas ; on se tend la main. » Et c'est ainsi que M. de Lamart- ,e évita cinquante accolades qui répugnaient à sa nature délicate.

Préser\atîf.

Un commissionnaire des vivres, chargé de l'approvisionnement de l'armée que commandait le maréchal de Villars, fut convaincu des malversations les plus criantes dans sa partie. Le commandant, informé de sa conduite, lui dit : >< Je vais faire instruire votre procès , et je veux vous faire pendre. — Oh ! que non, monseigneur, dit le fournisseur. Vous vous méprenez. Jamais on n'a fait pendre un homme comme moi. — Comment, dit le maréchal, et pourquoi pas.' — Monseigneur, c'est qu'on ne pend pas un homme qui a cent mille écus à la disposition de celui qui peut le faire pendre.

{Improvisateur français.)

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Présomption.

Le père Joseph, ce célèbre capucin, dont les talents servirent tant de fois les entreprises de Richelien , se mêlait volontiers, comme son maître, de raisonner snr les plans de canapagne et la guerre. Un jour, conversant avec le colonel Hailhrunn, Écossais, il lui dit, en indiquant du doigt un point d'une carte : « Nous passerons la rivière là. — Mais, monsieur Joseph, interrompit le colonel, votre doigt n'est pas un pont (1). »

( Tallemant des Réaux. )

Presse {Liberté delà).

On reprochait à M. L..,, homme de lettres, de ne plus rien donner au puitlic. « Que voulez-vous qu'on impiime, dit-il, dans nn pays on l'almanach de Liège est défendu de temps en temps? «

( Chamfort. )

Un jour, à Postdam, Frédéric II entend (le son cabinet un assez grand bruit qui éclatait dans la rue : il appelle un officier, et veut qu'il s'informe de la cause de ce tumulte. L'officier part, revient et lui dit qu'on a attaché sur la muraille un placard très-injurieux pour Sa Majesté; que, ce placard étant placé très-haut, une foule nombreuse de curieux se presse et s'étouffe à l'envi pour le lire. « Mais la garde, ajoufe-t-il, va bientôt la disperser. — N'en faites rien, répondit le roi ; descendez ce placard plus bas, afin qu'on le lise à son aise. » L'ordre fut exécuté; peu de minutes après, on ne parla plus du placard , mais on parla toujours de l'esprit du monarque.

( Ségur, 3fcmoires. )

Pre§sentiment9.

Parmi les prodiges et les prédictions qui précédèrent la mort du roi Henri IV, on rapporte que Marie de Médicis étant couchée auprès de lui, se réveilla baignée de larmes, et que , pressée de découvi ir au roi le sujet de ces pleurs, elle lui dit qu'elle avait rêvé qu'elle le voyait as-

(i) Cf. les prt-temlus Mémoires de M. de D., secrétaire du c. de B. ( i7i3, p. 370 ), par Sandras (le C.ourlilz. I,e même mol a clé prèle r|uel<iuefois au duc Bernard de Saxc-Weymar.

sassiner; à quoi il répondit que songes étaient mensonges, et qu'il ne fallait pas s'y arrêter. On dit aussi que cinq ou six | jours avant le couronnement, cette princesse étant allée à Saint-Denis voir les préparatifs qu'on y faisait, se trouva saisie d'une si grande tristesse en entrant dans l'église, qu'elle ne put s'empêcher de pleurer. On ajoute que le roi étant rntré dans la chambre de la reine, eu sortit et y rentra , ne pouvant pas la quitter; qu'elle lui dit : « Vous ne pouvez sortir d'ici ; demenrez-y, je vous en supplie. Vous parlerez demain à M. de Sully. » Il voulait aller à l'Arsenal, et avait dit trois fois adieu à la reine.

(Âiiecf/otes des reines et régentes de France. )

Un jour que Mozart était plongé dans ses rêveries mélancoliques, devenues habituelles par l'idée de sa mort, dont it était frappé, il entendit nn carrosse s'arrêter à sa porte ; on lui annonce un inconnu, qui demande à lui parler. On le fait entrer; c'était im homme d'un certain âge, qui avait toutes les apparences d'une personne de distinction. « Je suis chargé, dit l'inconnu, par un homme très-considérable, de venir vous trouver (1). — Quel est cet homme? interrompit Mozart. — Il ne veut pas être conini. — A la bonne heure ! Et que désire-t-il? — Il vient de perdre une personne qui lui était bien chère. 11 veut céléiirer tous les ans sa mort par im ser vice solennel, et il vous demande de com-» poser un retjiiiem pour ce service. »

Mozart se sentit vivement frappé de ce discours, du ton grave dont il était prononcé, de l'air mystérieux qui semblait répandu sur tonte cette aventure : la disposition de son âme fortifiait encore ses impressions. Il promit de faire le requiem.

« Mettez à cet ouvrage tout votre génie; vous travaillez pour un connaisseur en musique. — Tant mieux. — Gombiea de temps prendrez-vous ? — Quatre semaines. — Eh bien, je reviendrai dan»

quatre semaines? Quel prix mettez-vous à votre travail. — Cent ducats. » — L'inconnu les compta sur la table, et disparut.

(i) On sait maintenant que ce visiteur clait [.eilgc-li, valet de cliaml)re du comte Wal'egi,'. (Voir Currespoiid. du 25 janv. i86ti, p. i4,S.)

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Mozart reste pIon£;é quelques mompiits dans de profondes rédexions, puis tout à coup demande une plume, de l'encre et du papier, et se met à écrire. Cette fougue de travail contiiuia plusieurs jours. Il travailla jour et nuit avec une ardeur qui semblait augmenter en avançant ; mais sou corps ne put résister à cet effort. Il tomba un jour sans connaissance, et fut o!)ligé de suspendre son travail. Peu de temps après, sa femme cherchant à le distraire des sombres pensées qui l'assiégeaient, Mozart lui dit brusquement :

« Cela est certain ; ce sera pour moi que je ferai ce requiem : il servira à mes funérailles. » Rien ne put le détourner de cette idée ; il continua de travailler à son requiem, comme Raphaël travaillait à son tableau de la Transfiguration , frappé aussi de l'idée de sa mort.

Les quatre semaines qu'il avait demandées s'étant écoulées, il vit un jour entrer chez lui l'inconnu. « Il m'a été impossible, dit Mozart, de tenir ma parole. — Ne vous gênez pas , dit l'étranger; quel temps vous faut-il encore? — Quatre semaines. L'ouvrage m'a inspiié plus d'intérêt que je ne le croyais , et je l'ai étendu beaucoup. — En ce cas, dit l'inconnu, il est juste d'augmenter les honoraires. Voici cinquante ducats de plus. Je reviendrai dans quatre semaines. » Mozart envoya sur-le-champ un de ses domestiques pour suivre cet homme, et savoir où il s'arrêterait ; mais le domestique vint rapporter qu'il n'avait pu retrouver la trace de l'inconnu.

Le pauvre Mozart se mit dans la tète que cet inconnu n'était pas un être ordinaire, qu'il avait sùiement des relations avec l'autre monde, et qu'il lui était envoyé pour lui annoncer sa fin prochaine. Il n'en travailla qu'avec plus d'ardeur à son requiem, qu'il regarda comme le monument le plus durable de son talent.

Pendant ce travail, il tomba plusieurs fois dans des évanouissements alarmants. Enfin l'ouvrage fut achevé avant les quatre semaines. L'inconnu revint au terme convenu. Mozart n'était plus.

iSpectriana.)

1,0 prince et la princesse de Radziwill avaient recueilli chez eu\ une de leurs nièces, appelée la comtesse Agnès Lanskoronska, qui se trouvait orpheline, et qu'ils

faisaient élever avec leurs enfants dans leur château de Newicmsko, en Gallicie.

Pour communiquer de la partie du château où logeaient les enfants avec les grands appartements, habités par leprince et la princesse, il était nécessaire de traverser une salle immense, qui partageait et coupait le centre du bâtiment dans toute sa profondeur. La comtesse Agnès, âgée pour lors de cinq à six ans, faisait toujours des cris déchirants quand on la faisait passer sous la porte de la grande salle qui s'ouvrait sur le salon de compagnie où se tenaient ses parents. Aussitôt qu'elle fut en âge de parler et de s'expliquer sur cette étrangehabitude, elle indiqua, toute tremblante et paralysée de terreur, im grand tableau qui se trouvait siu' ladite porte, et qui représentait, disait-on , la sibylle de Cumes. C'est en vain qu'on essaya de la familiariser aver; cette peinture, horrible pour elle, et rpii pourtant n'avait rien qui dût effrayer un enfant : elle tombait en convulsions dis qu'elle entrait dans cette salle ; et comme son oncle ne voulait pas céder à ce (ju'il appelait une manie, on faisant mettie au grenier sa sibylle (qui du reste était un magnifique tableau de Titien), la princesse de Radziwill, étant plus compatissante, avait fini par ordonner qu'oa fit arriver Agnès par l'extérieur du château, soit par la grande cour ou par la terrasse du jardin, mais toujours de manière à parvenir à l'autre extrémité du logis sans avoir à traverser la grande salle. Voici la fin de cette histoire, telle que je la tiens du prince de Hohenlohe. H se trouvait au château de Newiemskn pendant les fêtes de Noël, dans une réunion de cinquante à soixante magnats et dames du voisinage, y conipiis les demoispll( , et les jeunes seigneurs que leurs parents avaient amenés avec eux ; et tous ces jeunes gens voulurent se livrer, après l'oflico du soir, à une espèce de divertissement quest originaire de France, où il est passé de mode, et qu'on appelle en Gallicie la Course du Roi. 11 est question d'aller s'établir dans la grande salle du château ; et pour la première fois de sa vie , la comtesse Agnès n'en montra aucune frayeur.

Son oncle observe tout bas qu'elle est devenue bien raisonnable, et la princesse ajoute que sa résolution provient sûrement de ce qu'elle va se marier dans trois jours, et qu'elle aura craint de mécontcn -

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ter son oncle en refusant d'entrer dans la grande salle, où lebal de sa noce devait naturellement avoir lieu. On a soin de la faire passerla première (parce cprelle était liancéc avec un prince Wisnowiski , qui est un Jagellon). Mais quand elle arrive au seuil de la porte, le cœur lui faillit, elle n'ose entrer ; son oncle la sermonne, ses cousins et son fiancé se moquent d'elle ; elle s'accrociie aux battants de la porte, on la pousse en avant , on referme les battants sur elle afin de l'empêcher de sortir; ensuite on l'entend gémir et supplier de rouvrir la porte, en disant qu'elle est en danger de mort, qu'elle va mourir, t-t (pi'elle en est certaine! Ensuite on entendit une espèce de bruit formidable et puis... on n'entendit plus rien.

Par suite de l'ébranlement qu'on venait de causer à la boiserie de cette porte, le maudit tableau s'était détaché de l'imposte avec son parquet et son cadre massif; un des fleurons de la couronne des armes de Radziwill, qui était en fer doré, lui était entré dans la tète, et la malheureuse était tombée roide morte.

(^Someiiirs de la marquise de Crèqui.)

Les idées noires de Musson (le mystificateur) devenaient de plus en plus fréquentes. Un jour, j'entrai sur les quatre heures dans son atelier ; il était en train de cirer ses bottes :

« Tu vas ce soir dans le monde? — Oui, me dit-il : un dîner chez M'"e Hainguerlot. — Bonne table, femme charmanie , convives spirituels. — J'ai bien envie de n'y pas aller; j'ai fait un mauvais rêve cette nuit: il m'arrivera malheur si je sors ce soir. J'ai rêvé que j'étais ici même occupé à préparer un ivoire lorsqu'on a frappé trois coups à ma porte. A peine ai-je répondu : Entrez ! qu'une femme de haute taille, la figure voilée, s'est trouvée assise sur ce fauteuil.

« C'est à M. Musson, me dit-elle, que j'ai l'honneur de parler? — A lui-même, madame. — Voulez-vous faire mon portrait ? — Je suis à vos ordres, madame. — Mais il me le faut tout de suite. »

J'étais impatient de voir la figure qui se dissimulait sous ce voile; je me hâtai d'ajouter :

<c Commençons à l'instant. »

L'inconnue fit un mouvement dans son fauteuil comme pour chercher une pose.

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« Il faut, madame lever votre voile. »

Le voile s'écarta , je poussai un oi : j'avais devant les yeux une tète de mort !

« N'est-ce pas qu'elleestbonne, lamystification ? dit la voix sifflante qui sortait de cette bouche vide. A revoir, monsieur Musson. »

J'engageai avec tant d'insistance Musson à mépriser ce songe , qu'il finit par reprendre sa brosse et sa boite à cirage.

A onze heures je rentrais chez moi en passant devant l'hôtel Hainguerlot , situé rue du Mont-Blanc. La nuit était orageuse ; les réverbères, mal surveillés alors, commençaient à fumer et à s'éteindre ; une voiture s'engageait au grand trot dans l'allée de l'hôtel. J'entendis pousser un cri! Les gens de la loge soi tirent avec des lanternes ; un individu gisait étendu siu- le pavé; je reconnus l'infortuné Musson : le timon de la voiture lui avait enfoncé la poitrine. Ses pressentiments ne l'avaient point trompé.

( Vernier, avenir national. )

Toutes les signatures des ministres et celles de Charles X ayant été apposées sur les ordonnances, il y eut un moment solennel et terrible. Une exaltation mêlée d'inquiétude se peignait sur le visage des ministres. Seul, M. de Poliguac avait un front radieux. Charles X se promenait dans la salle avec beaucoup de sérénité. Passant à côté de M. d'Haussez, qui levait les yeux d'un air fortement préoccupé : 'i Que regardez-vous ainsi ? lui demandat-il. — Sire, je cherchais s'il n'y avait pas ici par hasard quelque portrait de Strafford. « ( Louis Blanc, Histoire de dix ans. )

B*r<'(cii(ioii exagérée.

Capreron, dentiste du roi, ayant limé une dent à M. le dauphin, le pria à la fin de l'opération de vouloir bien demander pour lui le cordon de Saint-Michel. M. le dauphin, riant et lui montrant une dent très-saine, lui dit : « Capreron, ce serait pour trop peu de chose ; mais quand celle-là se gâtera , nous verrons (1). » — Il n'en eut que cette plaisanterie.

(Marquis de Yalfons, Souvenirs.)

(OComp:

PRÉ Prétention mal justiflée.

Pendant la Terreur, l'abbé Delillc avait tiiiii ferme à Paris; naais il a fini par y iiKiiiquer de patience, et voici pourquoi : il avait rencontré, dans la rue de la Loi, le représentant du peuple Cambon , qui lui déclara qu'il était le plus malheureux ( itùyen de la république, en ce qu'il ne |)iiiivait seulement pas s'absenter pour nllcr se reposer pendant huit jours à la campagne ! « La Convention n'a que trois oiMteurs, et j'en suis-t'Un. — Il est impossible de tenir dans ce pays-ci, » s'éf lia le ci-devant académicien ; et il s'enfuit en Angleterre, d'où il n'est revenu (lu'après la chute du gouvernement dinrlorial (1).

{Souvenirs de la marquise de Créqui.)

Prétention nobiliaire.

Le pianiste Kalkbrenner tenait beaucoup à la particule qui précédait son nom et en faisait étalage en toute occasion.

« Savez-vous, dit-il un jour à quelqu'un de sa connaissance, que la noblesse de ma funiille remonte aux croisades.' Un de mes ancêtres a accompagné l'empereur Barberousse. — Au piano.' demanda l'autre (2).

{Chronique de Francfort.)

Preuve de courage.

Turenne se promenant au quartier général entendit deux soldats parler de lui dans une tente où ils buvaient. L'un disait que le vicomte eût été un parfait général s'il avait autant de bravoure que de prudence. Turenne fit observer le soldat, et attendit l'occasion de le punir de son indiscrétion. Un jour qu'il fallait reconnaître une place, il le fit appeler; et sans lui dire autre chose, sinon qu'il eût à l'accompagner, il le mena jusqu'au bord du fossé de la place assiégée. Le soldat avait la peur peinte sur le visage; et le vicomte, en le congédiant, lui dit : Retourne boire avec tes camarades ; mais

(l) Avons-nous besoin de rappeler que la pseudo-marquise de Créqui (c'est^.i-dirc le pseudo-comte de Courcliamps) est fort sujette a caution. II faudrait uneautorité plus sûre pour croire à cette peu vraisemblable anecdote.

{9) Ceci rappelle le mot d'Alphonse Karr sur Vienucl (t. I p. 4o5>.

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n'y parle pas mal d'un homme aussi brave que toi. «

{Mémoires anccdot.)

Preuve de santé.

Quand Henri IV reçut don Pcdre de Tolède, un des plus' grands seigneurs d'Espagne, croyant qu'il lui apportait des menaces de guerre, et sachant que les Espagnols faisaient courir le bruit qu'il était tout estropié des gouttes , et ne pouvait plus montera cheval, il lui voulut faire connaître que sa vigueur n'était point diminuée. 11 le reçut dans la grande galerie de Fontainebleau, et lui fit faire vingt ou trente tours à si grands pas, qu'il le mit hors d'haleine; puis il lui dit : « Vous voyez, monsieur, comme je me porte bien. »

( Hardouin de PéréCxe, Hist. de Henri //'. j

Preuve du niouvcnieiit.

Un sophiste soutenait que le mouvement n'existe pas dans la nature : Diogèue, s'étant levé, marcha.

(Diogénede Laërle.}

Preuve d'une relig-ion.

C'était dans les beaux joins du sainlsimonisme. Un philosopheallemand,Gans, qui voyageait en France, invita à dîner, au Rocher de Cancale, M. Villemain, en compagnie de(|uelques adeptes assez fervents de la religion nouvelle. La conversation tomba naturellement sur le saintsimonisme. M. Villemain objectait qu'il ne comprenait pas une religion sans abnégation, sans sacrifice, sans martyrs.

« Ces martyrs, s'écria un novateur fougueux dont l'ardeur s'est un peu amortie depuis, ces martyrs, ils se trouveront ! — Mais les martyrs chrétiens, répliqua M. Villemain, ne dînaient pas au Rocher de Cancale. »

Préventions.

Un certain Parmenon imitait parfaitemeut le grognement du porc. Ses camarades, jaloux de la réputation qu'il s'était acquise par son talent, tâchaient de I imiter, mais les spectateurs prévenus disaient toujours : « Cela est bien ; mais qu'est-ce en comparaison du porc de Par*

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inenon ? » Un de ses livuux. prit un jour sous sa robe un jeune porc qu'il lit grogner. Les spectateurs, après avoir entendu ce cri naturel, dirent encore : « Qu'est-ce que cela auprès du porc deParmenon? »

Alors il lâcha son porc au milieu de l'assenii)lée, et les convainquit par là que c'était la prévention, et non la vérité, qui dictait leur jugement (1).

{Esprit des journaux , 1789.)

Le cardinal Farnèsc, qui aimait Annibal Carracbe, sevojaittouslesjours blâmé par des gens qui ne pouvaient comprendre qu'on pût estimer un artiste encore vivant. 11 fit faire en secret plusieurs tableaux au Carracbe, qui sut dég\iiser sa manière ; fusuite il répandit le bruit qu'il attendait quelc[ues morceaux précieux, qu'on devait iuci'ssaniraeut lui envoyer de divers eudroits de l'Italie. Le Carracbe ne manqua pas d'enfumer ses tableaux afin de les rendre plus respectables en apparence; et il les mil dans une caisse, comme s'ils avaient fait un long voyage. Après tous «es préparatifs, on annonça que les tableaux si longtemps attendus étaient enfin anivés. La foule des curieux court aussitôt avec empressement pour les voir :

chacun les attribue au maître qu'il préconise davantage , et tous se réunissent jiour faire convenir le cardinal que son moderne favori peut beaucoup se perfectionner en étudiant avec soin le goût de ces anciens artistes. Le cardinal feignit de se rendre ; mais après s'être diverti de leur entêtement, il cessa de se contraindre, et leur déclara que ce qu'ils mettaient si fort au-dessus du Carracbe , et qu'ils allaient jusqu'à lui proposer pour l'objet de ses études , était cependant l'ouvrage de Carracbe même (2).

( Anecdotes des beaux-art;. )

Fontenelle avait composé un discours pour un jeune magistrat. H connaissait îort bien le père , et dinait quelquefois chez lui. Le fils, sur du secret, s'était

(i) On iiiviliiit Agésilas, roi de Sparte, d'aller iilouhe un liomme qui iniilail parfaiteniriU le

lanlcr le rossignol lui-nu'ii du Cupidon du Miilitl-Ai

donné à son père pour auteiu- de la pièce, et lui en avait laissé copie. Un jour, mais longtemps après, le père, qui avait donné à diner à Fontenelle, lui dit qu'il voulait lui lire une bagatelle de sou lils, qui sûrement lui ferait plaisir. Fontenelle avait totalement oublié qu'il eut fait ce discours; mais il se le rappela dès les premières lignes ; et, par une sorte de pudeur, il ne donna à la pièce que peu de louanges, et d'un ton et d'un air qui les affaiblissaient. La tendresse paternelle eu fut pi(iuéc, et la pièce ne fut point achevée. « Je vois bien, dit le père du jeune nrigistrat,qne cela n'est pas de votre goût. C'est un style aisé, naturel, pas trop correct peut-être; un style d'homme du monde. Mais à vous autres, messieurs de l'Académie, il faut de la grammaire et des phrases. »

{Galerie de Vancienne cour.]

Une année ou deux avant mon entrée à Jnillv, deux neveux de Chateaubriand en étaient sortis , et lorsque je le connus lui-même, je méritai ua de ses plus gracieux sourires, en lui racontant une anecdote traditionnelle que nous nous transmettions de classe en classe. Le père Huré, professeur de rhétorique, helléniste éniinent et classique adorateur des hauteurs du règne de Louis XIV, n'avait feuilleté cpie dédaigneusement le Génie du Christianisme. M. de Chateaubriand n'étaitpour lui qu'un dangereux novateur. Or il donna un jour pour sujet de composition à ses élèves la Fête-Dieu. Un des neveux de M. de Chateaubriand, qui possédait secrètement l'ouvrage de son oncle , y copia texmellement le chapitre qui porte ce titre. 11 fut le premier, laissant à un long intervalle tous ses concurrents. Le père Huré, après avoir lu tout haut le chef-d'œuvre du lauréat, s'écria avec enthousiasme : « Jeune homme , vous êtes plus fort que votre oncle. »

(Am. Pichot, Arlésiennes.)

Prévision sag^ace.

A peu près à l'époque de la disgrâce de M. de Calonne, M. de la Houss..., officier général, revenant de ses terres avec sa famille, s'arrêta dans une auberge oti il était fort connu, et où il avait donné ordre de lui adresser ses lettres. En les

)Mi courant, il s'écria : <« Voici de grands • Ij.mgpments! M. l'archevêque de Toiilo'l^e (LoméiiiedeBrienne) est nommé miiii-lie. — Ah! monsieur, répondit tout de -nie l'aubergiste, que je plains la France, >i la nouvelle est vraie ! — Pourquoi donc? — C'est que je ne doute pas que liioiitôt il ne bouleverse tout le royaume. !1 s'arrête toujours chez moi lorsqu'il va à l';iiis ou qu'il en revient, et ne manque pas de mettre chaque fois tout sens dessus dessous. Le lit qui est là, il le fait placer ilins une autre chambre; les commodes, les glaces qui sont entre les croisées, il l>'s lait mettre en face de la cheminée. Si |i \ouiais écouter ses conseils, je ferais ili molir ma maison pour la rebâtir de l'autre coté, etc.; et je pense qu'il ne manquera pas de faire en grand ce dont il a pris l'hahilude dans les petite^ choses. »

{Paris, yeisailles et les provinces au Xf^J/Ie siècle.)

Dans tous les différends que Carlaux, qui commandait en chef au siège de Toulon, avait avec Bon.iparte, dilférends qui se passaient la plupart du temps devant la femme du général, celle-ci prenait toujours le parti de l'officier d'artillerie, disant naïvement à son mari : « Mais laisse donc faire ce jeune homme, il en sait plus que toi; il ne te demande rien. Ne rends-tu pas compte? la gloire te reste. « Cette femme retournant à Paris après le rappel de son mari, les Jacobins de Marseille donnèrent au ménage disgracié une fêle superbe; pendant le repas, comme il y était question dii commandant d'artillerie, qu'on élevaitaux nues : « Ne vous y fiez pas, dit-elle, ce jeune homme a trop d'esprit pour être longtemps un sansculotte. ■» Sur quoi le général de s'écrier gravement et d'une voix de Stentor :

« Femme Cartaux, nous sommes donc des bêles, nous! — Non, je ne dis pas cela, mou ami; mais... liens, il n'est pas de ton espèce, il faut que je te le dise. « (Mémorial de Sainte-Hcliiie).

Prévoyance.

A l'entrée de la reine Anne de Bretagne à Paris, les officiers municipaux j)oussèrent l'attention au point de placer, de distance en distance, de petites trou-

OICT. d'anecdotes. — T. II.

pes de dix à douze personnes, tenant en main des pots de chambre pour les dames et demoiselles du cortège qui en auraient besoin.

( Saint-Foix, Essais sur Paris.)

Henriette de Coligny avait épousé un Écossais, Thomas Hamilton. Veuve au bout d'un an, elle se remaiia au comte de La Suze, calviniste, borgne, ivrogne, endetté et jaloux, qui voulut l'éloigner de la cour et la confiner à la campagne. Elle embrassa le catholicisme en 1653, afin de ne voir son mari ni dans ce monde ni dans l'autre (1).

( D'après des Réaux. )

Le maréclial de Biron était si né à la guerre qu'au siège de Rouen , oii il était encore tout jeune, il dit à son père, en je ne sais quelle occasion, que si on voulait lui donner un assez petit nombre de gens qu'il demandait , il promettait de défaire la plus grande part des ennemis. « Tu as raison, lui dit le maréchal son père, je le vois aussi bien que toi ; mais il faut se faire valoir : à quoi serons-nous bons quand il n'y aura plus de guerre? » ( Tallemant des Réaux. )

Louis XV ayant refusé vingt-cinq mille francs de sa cassette à Lebel, spn valet de chambre, pour la dépense de ses petits appartements, et lui disant de s'adresser au trésor royal, Lebel lui répondit :

H Pourquoi m'exposerais-je au refus et aux tracasseries de ces gens-là, tandis que vous avez là plusieurs millions? 5» Le roi lui répondit : « Je n'aime point à me dessaisir; il faut toujours avoir de quoi vivre. »

(Chamfort.)

Le maréchal de Richelieu, ayant proposé pour maîtresse à Louis XV une grande dame (j'ai oublié laquelle), le roi

(i) Au contraire, l'héritier des Stuarts refus» d'épouser une princesse protestante, voulant, s'il se mariait (disait-il), aller au paradis en famille. Comparez à la réponse du cacique Hatuey au religieux qui Toulait le convenir (t. I, p. 44;;.

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n'eu voulut pas, disant qu'elle coûterait trop cher à renvoyer.

Prière mal comprise.

On faisait une procession avec la cliAsse de sainte Geneviève, pour obteuir de la séclieresse. A peine la procession fut-elle eu route, qu'il commença à pleuvoir. Sur (|uoi i'évèque de Castres dit plaisamment : •' La sainte se trompe ; elle croit qu'on lui demande de la pluie (1). »

l»rière naïve.

La Hire avait coutume, toutes les fois qu'il allait à l'ennemi , d'adresser à Diiu rette prière : » Dieu I je te prie que tu fasses aujouid'hui pour La Hire autant que tu voudrais que La Hire fît pour toi, s'il était Uieu, et que lu fusses La Hire ! »

Prières trop loiigrnes.

Le père de Franklin était d'une grande piété, et, suivant la coutume de son Église, il faisait de longues prières au comnieucement et à la fui de chaque repas. C'était trop demander peut-être à rimpatieuce d'un enfant. Aussi, un jour qu'on salait les provisions d'hiver, Franklin, fort jeune alors, dit à son père : « Père , si une fois pour toutes vous disiez les grâces sur le tonneau aux jiiovisions, ce serait beaucoup de temps d'économisé. »

(Ed. Laboulaje, notes aux Mémoires de Franklin.)

Princes [Devoirs des).

L'empereur Vespasien, étant malade de la maladie dont il mourut, ne laissait pas de vouloir entendre l'état de l'empire ; et dans son lit même dépêchait sans et sse plusieurs affaires de conséquence; et son médecin l'eu tançant, comme de chose nuisible à sa santé : <( 11 faut , disait-il, «[u'uii empereur meure debout (!'). » Voilà

(0 Cette parole est <lu siècle où INI™* <le Pile, maîtresse du «lue de Bourbon, premier minisUe, <lis.TU, à propos d'une autre procession de mrnie Itenre : « Le peuple et le clergé s'adressent à •iiinle Geneviève ; je ne les en empêche pas , mais c'esl moi (pii f:iis en France la iiluie cl le beau temps. Il

^7) Sri'T<.\p., Vie <le Vespasien.

un beau mot à mon gré, et digne d'un grand prince. Adriaii, rcmiiereur, s'en servit depuis à ce inêine propos (!); et le devrait-on souvent rappeler aux rois. (Montaiçiie, £ssais.)

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(nôle (/',

L'empereur Joseph II était venu en France, sous le nom de comte de Falkenslein. Eu lui le prince disparaissait tellement sous l'apparence d'un sage qui voyage pour recueillir des lumières, que les amis ardents de la révolution américaine furent tentés de le croire démocrate comme eux. Une femme passionnée |)our cette cause le pressa un jour étourdinient de dire son avis sur la lutte établie entre le roi d'Angleterre et les provinces en insurrection. « Madame, répondit-il un peu sèchement, mou rôle est d'être royaliste. »

( Ségur, Mémoires. )

Prince exilé {Condescendance Ingénieiise d'un).

Un voyageur revenant de Goritz, raconte un trait de M. le duc de Bordeaux, qui n'est pas sans intérêt. Le prince avait engagé quelques jeunes gens à faire avec lui une grande promenade à cheval, et chacun admirait son audace, son agilité: les haies, les fossés, rien ne l'arrêtait. Enfin, il 1 encontre uir ravin, une sorte de torrent, de rivière assez large pour lui faite faire des réilexions; il hésite uu moment; puis, se tournant vers ses compagnons, il leur crie eu riant : « Allons, messieurs, ceci est le Rhin; passons eu France! » Et il lance son cheval dans le torrent, et gagne non sans peine l'autre rive.

Parvenu là, il s'aperçoit de son imprudence, car tous les cavaliers n'étaient pas aussi ardents que lui; alors, avec nue i)outé charmante, ayant j» té les yeux autour lui : '<■ Que je suis fou! s'écria-t-il, il y avait là un pont. Et , se dirigeant » vers le pont, il fait signe aux jetmes gens que c'est par là qu'il faut le rejoindre. Tous sont revenus admirant la hardiesse du jeune prince, peut-être plus encore sa présence d'esprit. H est glorieux pour soi-même lie franchir le> torrents à cheval,

(l) Sl'*I^Trp,^, Vi-riis, rli. h.

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Mvns il est plus beau de trouver un pont [1 lur ips autres.

(Vicomte de Launay, Lettres parisiennes. '\

«■rince peu çalanf.

Louis XIV ordonna à la duchesse de Béni de montrer au prince électoral de Saxe tout Jlarly. 11 se promena une grande heure a\ec elle, sans lui offrir la main et s;ms lui dire un seul mot. Pendant qu'ils gravissaient un monticule, le palatin, son gouverneur, le poussa dans le côté; et comme le prince ne comprenait pas ce qu'il voulait, il fut obligé de crier ; u Présentez donc la main à madame la duchesse de Ben i ! » Le prince le fit, sans dire un mot. Quand ils furent arrivés en haut, M""= de Berri dit en plaisantant : •• Voici une belle place pour jouer au colin-maillard ; «alors sa bouche s'ouvrit, et il dit : ><■ Oui, j'y jouerai volontiers. » M™^ de Berri était si fatiguée qu'elle ne put jouer; mais le prince joua toute la journée sans pensi^r le moins du monde à la duchesse.

^Duchesse d'Orléans, Correspondance.)

Princesse {Aventures d'une).

Le prince de WolfTenbutel eut deux fdles, dont l'aînée fut mai iée à l'empereur Charles VI; l'autre épousa le czarévitch, fils indigne du czar Pierre le Grand. Cette aimai>le princesse ne put venir à bout d'adoucir les mœurs de ce prince féroce. On aura peut-être de la peine à croiie qu'il porta la brutalité jusqu'à l'empoisonner trois fois; heureusement la princesse reçut un prompt secours, qui arrêta les effets du poison. Pour surcroît de malheur, il n'y avait alors personne dans cette cour qui pût s'op|)oser au\ violences du czarévitch. Pieneie Grand parcourait l'Europe pour sortir de la bariiarie où ses prédécesseur» avaient vécu.

Un jour, la princesse étant grosse de huit mois , son mari lui donna tant de coups de pied, qu'on la trouva évanouie et baignée dans son sang. Après avoir ejnelque temps contemplé son ouvrage avec des yeux satisfaits, le barbare partit pour une de ses maisons de campagne. Des personnes touchées du sort de cette inibrtiuiée princesse résolurent de l'arracher pour jamais à son indigne époux : on

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écrivit au czarévitch qu'elle était morte. Le prince dépêcha aussitôt un courrier, pour ordonner qu'on l'enterrât sans cérémonie. H croyait par là ôter au public la connaissance des mauvais traitements qu'il lui avait fait éprouver la veille. La comtesse de Kœnigsmark , mère de Maurice, comte de Saxe, la fit évader du palais on elle était renfermée ; elle lui donna iMi vieux domestique de confiance qui savait l'allemand et le français, et une femme pour l'accompagner. Llle part incognito , n'ayant pour ressource que le peu d'argent et de bijoux qu'elle put ramasser. La princesse arrive à Paris; mais, craignant d'y être reconnue, elle quitta cette capitale pour se rendre à Lorieni , d'oii partaient les vaisseaux de la Comjjagnie des Indes, à qui le roi avait concédé la Louisiane, qu'on appelait aussi le Mississipi. Elle s'embarqua avec les huit cents Allemands qu'on envoyait pour peupler cette contrée , nouvellement découverte. Cette illustre inconnue, accoml)agnée de son fidèle domestique, qu'elle faisait passer pour son père, et d'une seule femme de cliambre, arriva à bon port à la Louisiane. Elle ne tarda pas à y fixer les yeux et l'admiration de tous les habitants. Le chevalier d'Aubant, officier plein de mérite, qui avait été autrefois à Saint-Pétersbourg pour y solliciter de l'emploi, reconnut la princesse. Il n'osa d'abord s'en ra|)|)orter au témoignage de ses yeux ; mais, après avoir examiné bien attentivement sa démarche, son air, les traits de son visage, réfléchissant d'un autre côté sur le caractère odieux du czarévitch, il ne put douter que ce ne fut elle-même. Il eut cependant la prudence de se taire, et se rendit si utile au vieux domestique , que celui-ci lui donna toute sa confiance. Il se dit Allemand, et lui déclara qu'il avait une somme suffisante pour former une habitation sur les bords du fleuve de Mississipi. D'Aubant, qui I était très-entendu, unit ses petits fonds à ceux de l'étrangère, pour acheter des nègres en société. Le chevalier ne négligeait rien pour s'attirer l'estime de la princesse. Un jour qu'il se trouva seul avec elle, il ne fut plus le maître de garder le silence. Plein d'une tendresse respectueuse, il tombe à ses genoux, et lui avoue qu'il la connaît. Cet aveu jeta d'abord la princesse dans une espèce de désespoir; mais, se rassuiaut sur l'épreuve (pi'elle

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avait faite de la prudence de cet officier, «^lle lui en témoigna sa reconnaissance, et lui fit jurer qu'il garderait inviolablement cet important secret.

Quelque temps après , on apprit à la Nouvelle-Orléans, par les gazettes d'Europe, la catastrophe arrivée en Russie, et la mort du czarévitch, qui s'était révolté contre son père. La princesse, morte civilement en Europe, ne voulut point y retourner. Le souvenir de ses malheurs passés lui fit préférer les douceurs d'une vie privée. Le bon vieillard qu'elle daignait appeler son père , et qui en remplissait tous les devoirs , lui fut enlevé dans le même temps. Sa mort la pénétra d'une douleur qu'on ne saurait exprimer. L'amour du chevalier d'Aubant n'avait pas échappé à la pénétration de la princesse, quoique toujours couvert du voile de l'attachement et du respect. Sa droiture, sa capacité et son empressement à la servir, lui avaient gagné sa bienveillance. I5ientôt elle ouvrit son âme à un sentiment plus tendre et plus généreux, et elle ne balança pas à couronner les vœux du chevalier. La voilà donc femme d'un capitaine d'infanterie, dans un pays peuplé de nègres, au milieu d'une nation sauvage , et de gens de toutes espèces ; et cependant princesse sortie d'un sang auguste , veuve de l'héritier du plus vaste empire du monde , et sœur de l'impératrice d'Occident. Cette femme courageuse ne s'occupa plus que du soin de partager avec son mari les travaux pénibles qu'exige une nouvelle habitation.

Quelques années ajuès, le chr\a!ier d'Aubant, ayant été attaqué de la fitule, vendit son habitation, et vint à Paris pour s'y faire traiter. M"^^ d'Aubant l'y suivit, et soigna elle-même son mari avec l'affection la plus tendre. Pendant la convalescence du chevalier, elle allait quelquefois se promener aux Tuileries avec sa fille. Un jour, le comte de Saxe, i|ui passait dans la même allée, l'entendant parler la langue de son pays, s'approcha d'elle. Quelle fut sa surprise en reconnaissant la princesse? Elle le pria instamment de garder le secret, et lui raconta de quelle manière la comtesse (le Kcrnigsmark avait favorisé son évasion de Pétersbourg. Le comte de Saxe ne lui dissimula pas qu'il en parlerait au roi. La princesse lui demanda en grâce de ne le faire que dans trois mois. Le comte

le lui ])romit, et lui demanda la permission de l'aller voir. Elle la lui accorda, à condition qu'il ne viendrait que la niiil et sans témoins. Cependant le chevalier d'Aubant, déjà rétabli de sa malailie, voyait ses fonds presque épuisés, 11 sollicita et obtint de la Compagnie des Indes la majorité de l'Ile de Bourbon. Le comte de Saxe allait de temps en temps rendre ses devoirs à la princesse. Les trois mois expirés, il ne manque pas de se rendre chez elle avant de parler au roi. Il ne put revenir de son étonnemeut lorsqu'il apprit que M™e d'Auijant était partie avec son mari et sa fille pour les Indes Orientales. Le comte alla sur-lechamp en instruire Louis XV, qui envoya chercher le ministre, et lui ordonna d'écrire au gouverneur de l'Ile de Bourbon de traiter M"'* d'.\ubant avec la plus grande distinction. Sa Majesté écrivit de sa propre main une lettre à la reine de Hongrie, quoiqu'il fût en guerre avec elle, pour l'instruire du sort de sa tante. La reine remercia le roi , et lui adressa une lettre pour >!""= d'Aubant, dans laquelle elle la sollicitait de se rendre à la cour, et d'abandonner son mari et sa fille, dont le roi de France prendrait soin. Cette généreuse princesse refusa de souscrire à une pareille condition. Elle resta à l'Ile de Bourbon jusqu'en 1754. Devenue veuve, après avoir perdu sa fille, elle retourna à Paris, où elle vécut ignorée.

Nous ajouterons qu'en 1771 elle vivait depuis six ans à Vitry, près de Paris. Elle n'avait que trois domestiques, dont un nègre. On la nommait M"'^ Moldack.

Elle était veuve pour la troisième fois. {Galerie de r ancienne cour.)

'risoniiier mystérieux.

II est mort ces jours-ci (1722) le doyen des prisonniers de la Bastille ; il y avait trente-cinq ans qu'il y était. 11 avait été pris en Jacobin, soupçonné d'avoir voulu empoisonner M. de Louvois. On a interrogé cet homme; il a répondu dans un jargon qu'aucun interprète du roi de toutes les langues éliangères n'a jamais pu entendre, en sorte qu'on n'a jamais pu savoir ni son nom, ni son pays, ni ce qu'il faisait en Jacobin; et il a passé ainsi

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trente-cinq ans sans livres ni papier ! Il n'y avait aucune preuve contre lui.

(Barbier, Journal.)

Prisonniers vainqueurs.

La bataille navale de l'amiral anglais Rodney contre Laugara, quoicpie perdue par les Espagnols, tut néanmoins trèshonorable pour ces derniers, pnistpie leur amiral, avec huit vaisseaux, lut oblige de combattre vingl-deux vaisseaux anglais.

D'ailleurs plusieurs Espagnols, dans cette action , se signalèrent par des traits de bravoure et d'béroïsme. Un des vaisseaux dont l'amiral Rodney s'était emparé devant Gibraltar, trop faible d'équipage pour manœuvrer par un gros temps, se voyait sur le point d'échouer ou de périr; les Anglais voulurent forcer les prisonniers espagnols qu'ils avaient renfermés à fond de cale, de les aider à sauver le vaisseau. Ces prisonniers répondirent tous qu'ils étaient prêts à mourir avec leurs vainqueurs, mais qu'il ne leur donneraient aucune assistance, à moins qu'ils n'eussent la liberté de conduire le vaisseau dans un des ports de l'Espagne. La nécessité ayant forcé les Anglais d'y consentir, les Espagnols amenèrent leurs vainqueurs prisonniers à Cadix.

{A/iecilotes militaires.)

Privilège offert.

Du individu avait, en présence de Charles II d'Angleterre, grimpé à l'extrémité d'un clocher, et s'y était tenu en équilibre dans une position très-périlleuse. Le roi, lorsqu'il fut descendu, lui offrit de lui délivrer un brevet défendant à qui que ce fût d'en faire autant.

(G. Bruuet, Charliana.)

Prix académique.

En 1783,Drouais concourut au prix de l'Académie. Le terme du concours étant près d'expirer, il ariive uu jour chez David et lui apporte un fragment de son tableau, que, dans un moment de désespoir, il avait coupé en deux : « Malheureux ! lui dit son maître, qu'avez-vousfait? Vous cédez le prix à un autre. — Vous êtes donc coulent de moi .-' dit le jeune homme. — ïiés-conlent. — Eh bien ! j'ai le prix, le seul que j'ambitionne. Celui de l'Académie

tombera sur un autre, à qui il sera peut-être plus nécessaire qu'à moi. L'année prochaine, j'espère le mériter par un meilleur ouviage. i>

(Ch. Blanc, Uist. des peintres.)

Prix décennaux.

Napoléon avait imaginé l'institution des prix décennaux pour forcer le public de s'occuper d'autre chose que de ses campagnes. Toutes les ambitions déchaînées amenèrent entre les rivaux des explications vives , des apostrophes indécentes , des épithètes grossières. Des hommes de lettres qui avaient été liés jusqu'à ce moment firent retentir les journaux de leurs plaintes et de leurs invectives ; c'était un spectacle, et la galeiie riait aux dépens des acteurs. Napoléon demanda un jour à M. de Bougainviile ce qu'il pensait de cette petite guerre, et celui-ci répondit à l'instant . « Sire, autrefois on faisait battre les bêtes pom- amuser les gens d'esprit , et aujourd'hui on fait battre les gens d'esprit pour amuser les bêtes. »

(Alissan de Chazet, Mémoires.)

Proliité.

Un capitaine de cavalerie allemande est commandé pour aller an fouriage. 'A la tète de sa compagnie, il aperçoit au loin une cabane, y porte ses pas, frappe à la porte et se fait ouvrir. Un vieux quaker se présente. « Mon père, montrez-moi un champ où je puisse faire fourrager mes cavaliers. — très-volontiers. » Aussitôt le bonhomme se met à la tête du détachement, et remonte avec lui le vallon. Après un quart d'heure de marche, se présente un beau champ d'orge : « Voilà ce qu'il nous faut, dit le capitaine. — .\ttendez un moment, répliquele conducteur, et vous serez content. » On continue de marcher. A un quart de lieue plus loin, on rencontre un nouveau champ d'orge, où le quaker invite les cavaliers à descendre. La troupe met pied à terre, scie le grain, le met en trousse, et remonte à cheval. Cependant roflicier,mécontei)t, dit au guide : <i Bon père, vous nous avez fait faire une course fort inutile; le premier champ valait bien c"lui-ci. — Cela est vrai, reprit le vieillard, mais il n'était pas à moi. ')

{^Lectures mur. et amits.)

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PRO

L'inventaire de M. de Biillion montait à sept cent mille livres de rente. Uiclier, notaire, comme on fit l'inventaire, dit à M"ie de Bnllion : « Voyez, madame, si vous av ez encore quelqne chose à dire. Est-ce là tout? 11 ne l'aut rien cacher. » (^.elte bonne grosse dame crut qu'il la soupçonnait et changea de couleur. « Si vous ne savez rien de plus, ajonta-t-il, j'ai à vous dire, moi, que je sais où mousicnr voire mari avait déposé cent vingt mille écus d'or en espèces; c'est cluzmoi, 11 n'en av;iit tiré aucune reconnaissance, et je vois bien qu'il n'y en a point de regislie chargé. » Il les restitua, et on lui (ioinia dix mille écus pour cela et pour le reste.

( Tallcmant des Ucaux.)

Probité populaire.

Le jour de la prise des Tuileries par le peuple (24 février 1848), des ciioyens arrivés en armes au palais rassemblèrent vivement tous les objets les plus précieux , les portèrent dans une cbambie basse et se lirent les gardiens incorruptibles de véritables trésors. Tous ces hommes étaient pauvres, et leur nourriture ne tut pendant deux journées que de pain de munition.

Lorsque le gouvernement provisoire envoya vers eux \n\ commissaire pour procéder à l'enlèvement de ces richesses, qui allaient être tiansterées intactes au ministère des finances, le délégué du pouvoir révolutionnaire dit à ces braves gens : « Que voulez-vous pour votre récompense ?» — " Un pain blanc » , répondirent-ils.

{Svuvenirsde la RiivoUiùondc 1848.)

ProcÙH.

Alcibiade étant en Sicile, les Athéniens l'assignèrent à venir répondre sur plusieurs chels d'accusation. Loin de eomparaîlie , il se cacha, en disant qu'il ne fallait pas plaider quand on pouvait fuir : « Vous ne vous fiez donc pas , lui dit-on , au jugement de votre patrie ? — Je ne me lieiais pas même à ma mère, répondit Alcibiade; je craindrais qu'elle ne prît le caillou noir au lieu du blanc. i>

Ceci rappelle naturellement ce mot d'un prcniiei président du parlement de i'aris : » Si l'on m'accusait d'avoir volé les tours

de Notre-Dame, Je commencerais par prendre le large. »

{Improvls . fraitr.)

Procès iiileriuiuable.

Veiit-on se faire une idée du temps que durent les procès en Russie? Qu'on en juge par cet échantillon judiciaire.

Une grande dame russe se met en quête d'une nourrice pour son fils qui vient de naître. Un seigneur de sa connaissance lui propose une jeune monjicke serve ; l'oflie est acceptée, et le bébé est confié à cette femme.

Elle l'allaitait depuis quinz-» à vingt jours, quant tout à coup le seigneur en question déclare (pi'il est obligé de lui reprendre la monjicke. Protestations de la dame, qui voit les jours de son fils en danger si on lui retire sa nourrice ; perJ sistance du seigneur dans sa résolution, et enfin procès intenté à lui par la dame.

Un jour, l'empereur Nicolas passait une revue. Un individu porteur d'un pli cacheté demande à parler à un colonel des chevaliers-gardes, qu'il nomme. On le lui indique, et il remet à cet officier le pli en question. Le colonel l'ouvre : c'était un jugement récemment rendu , et condamnant le maitrede la nourrice à laisser à celle-ci son nourrisson jusqu'à ce qu'il fût complètement sevré.

Or, le nourrisson, c'était le colonel des chevaliers-gardes à qui l'on apportait le résultat du procès gagné par sa mère, depuis longtemps décédée.

Ce procès avait duré trente ans.

{CliarU'av'i.)

Procureurs.

On a remarqué ([u'il y a des saints qui ont été avocats, sergents, comédiens même ; enfin il n'y a point de profession, si basse qu'elle puisse être, dont il n'y ait eu des saints ; mais il n'y en a point eu dcpiocureurs.

Dans le temps des vacations, trois jn-ocuieurs, qui s'en retournaient chez eux à la campagne, attiiguireut un charretier, et comme ils étaient en humeur de rire, ils lui demandèrent, en le raillant, pourquoi son cheval était si gras et ceux qui le suivaient si maigres? « C'est, répondit

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