‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 75 sur 180 · FRO · texte numérisé non relu

FRO

PRO

roi lui dit : « Combien d'hommes dans votre régiment ? — Douze cent vingt-cinq. — Combien à l'hôpital ? — Treize cent dix. — C'est bon. » Le colonel avait répondu si rapidement que l'empeieur avait à peine eu le temps de comparer ses réponses.

(Le Piémont sous l'empire, Soiil'eiiirs d'un inconnu. )

Proportions mal observées.

Mynde était une ville très-petite, avec de grandes portes. « On devrait bien fermer ici les portes, dit Diogène, de peur que la ville ne s'en aille (1). «

(Diogène de Laërte. )

Sophie Arnould disait, à propos de sa porte monumentale de l'hôtel Tiiélusson : .< C'est une énorme bouche, qui s'ouvre toute grande pour dire une sottise. »

Propriétaires.

Proudhon, voulant fonder au centre de Paris une librairie populaire , cherciiait un logement aux environs de la Bourse, »|uand il aperçoit rue Vi vienne, n"..., un écriteau annonçant un vaste appartement à louer au premier étage. Proudhon se met en rapport avec le propriétaire, dél)at avec lui le prix du loyer, qui est définitivement fixé à 6,000 fr. par an. L'écrivain économiste se frotte les mains, croyant avoir fait une excellente affaire, et va conter sa joie à son meilleur ami. Cruel désappointement! l'ami hausse les épaules, et lui démontre clair comme le jour qu'il est dupe, que le prix est beaucoup trop élevé. Rira bien qui rira le dernier, du propriétaire ou du locataire, j)ensa Proudhon , et , se grattant le front, il imagine un expédient, llrevienttrouver le propriétaire :

(c Votie appartement est très-petit, lui dit-il. — C'est possible, monsieur Proudhon ; mais il fallait le dire plus tôt : notre bail est signé dans toutes les formes. — C'est égal, monsiem- le propiiétaire, votre appartement est bien petit pour mou commerce. — Comment, pour votre commerce.'... Mais quel commerce faites-vous

(i) (( Vous a\cz l.T 1)ouche si large, <'ciiv.ail Cyrano cic Bergerac à M. Gerzan, que je crains quelquefois que voUe léte ne tombe dedans, ii

donc ? Je vous croyais rentier. — Non • monsieur, je suis négociant, et je vends des fromages en gros... — Comment!

des fromages en gros ! mais c'est ime abomination ! m;ii,'', vous voulez donc empester toute ma/ijiaison , monsieur!... — C'est possibl/] monsieur, mais il fallait me demande, mon genre de commerce, et, comme vous me le disiez tout à l'heure, notre bail est signé dans toutes les formes ; il n'y a plus à se dédire... — Pardon, monsieur Proudhon, mais quand on me condamnerait à mille francs de dédit, je les payerais plutôt que de voir entrer chez moi des cargaisons de fromages. — Eh bien , monsieur, je ne suis pas exigeant; je ne vous demande que 600 fr.

pour le dédit, et nous résilions le bail. » Qui fut dit fut fait : le bail fut résilié, et le propriétaire compta six cents beaux francs à Proudhon, qui les envoya aux pauvres de Besançon.

{Gazette de Paris.)

Un Yankee observa un jour un nègre qui quittait son chapeau pendant une averse et qui le cachait sous sa veste. « Pourquoi quittez-vous votre chapeau.* lui demanda-t-il. — Parce qu'il serait tout mouillé et qu'il se gâterait. — Oui , mais votre tête se mouille. — Oh , oui! je le sais, mais cela ne fait rien, répond l'enfant, car le chapeau est à moi, e't la tète à mon maître ! »

[International.)

Propriétaire ^^éiiérenx.

Ary Scheffer était non-seulement un grand artiste, c'était encore un homme plein de coeur et de générosité. 11 possédait aux Baliguolles une maison assez grande, et qui contenait bon nombre de petits appartements; lorsqu'il apprenait qu'un jeune artiste n'était pas heureux , il allait le voir, et trouvait le moyen de lui dire « : Mon ami, vous devriez aller demeurer à Batignolles, telle rue, tel numéro. Je connais le propriétaire, c'est un très-bon diable, qui ne vous tourmentera pas pour votre loyer. « L'artiste suivait ce conseil. Le propriétaire restait invisible jiour lui , et il le tourmentait si peu pour son loyer que le concierge oubliait même de lui présenter la quittance le jour du terme.

(Paul d'Ivoi, Chronique.)

PRO

PRO

Propriétaire insatiable.

Les travaux de nivellement de la butte du Tiocadéro ont fait disparaitre les murs délabrés d'une petite maison , située à l'extrémité du plateau sur lequel il avait été question d'élever le palais du roi de Rome.

Cette maison avait été l'ohjet des négociations les plus extraordinaires sous le premier empire, pour être acquise par l'empereur, et encore ces négociations n'aboutirent-elles pas.

Voici ce qui se passa : Le gouvernement avait voulu acheter toutes les maisons situées sur l'emplacement du palais projeté. Siu' cet emplacement se trouvait la petite maison en question, appartenant à un tonnelier. Elle valait tout au pins 1,000 fr. Le propriétaire en demanda 10,000 ! On le fit savoir à l'empereur, qui ordonna de l'acheter à ce prix. M. Fontaine, l'architecte du palais, était chargé de cette affaire , et quand il se présenta pour conclure le marché, le tonnelier dit que, toute réflexion faite, il ne la vendrait pas à moins de 30,000 fr. Cette prétention ne fit pas démordre l'empereur, qui donna ordre de compter cette somme à l'avide tonnelier.

Nouvelle visite de la part du négociateur, qui ne fut pas peu surpris quand il entendit le tonnelier demandant comme dernier prix, et pour en finir, la somme de 40,000 francs.

Napoléon, irrité, ne refusa cependant pas, et accorda les 40,000 fr. L'architecte retourna chez le tonnelier pour conclure à ce prix-là; mais l'appétit de notre homme se développait, paraît-il, outre mesure, et il demanda 50,000 fr.

L'empereur ne voulut point être dupe de cette cupidité et fit changer les plans du palais. La maison resta à son propriétaire. Elle a disparu aujourd'hui.

[ Journal des Dcùats.

Prospectus.

Viennet, accablé de prospectus que lui envoyait coup sur coup le docteur Cannai , connu par sa nouvelle méthode d'end)aumenient, lui écrivit ah irato :

« Vos prospectus m'ennuient, monsieur.

Eu voici quatre que je reçois de|Hiis deux jours : un comme pair de France; un second, en qualité de membre de l'Académie ; un troisième, parce que je fais par-

tie de la Légion d'honneur ; un quatrième, comme contribuable. Vous comptez sur quatre cadavres à embaumer : il n'y en aura qu'un , et il n'est j)as prés de vous être livré, car je vous déshériterai de ce petit profit par mon testament. »

Prospérité inquiétante.

Debout sur la terrasse de sa maison, Polvcrate promenait ses regarils satisfaits sur'sa ville de Samos. « tout ce que tu vois est soumis à mon pouvoir, disait-il au roi d'Égvpte : avoue que je suis heureux. — Tu as éprouvé la faveur des dieux ; elle a assujetti à la puissance de ton sceptre ceux qui naguère étaient tes égaux ; mais il eu est un encore qui peut les venger : je ne puis te proclamer heureux aussi longtempsque veille l'oeil deton ennemi. » A peine le roi avait-il parlé, qu'on voit venir un messager envojé de Milet :

« Fais flotter, ô seigneur," la fumée des sacrifices, et couronne d'une riante branche de laurier ta chevelure divine. Ton ennemi est tombé, frappé d'rn trait mortel. » Et en parlant ainsi, =1 tire d'un vase noir et présente aux i égards stupéfaits des deux souverains une tête bien connue et encore sanglante.

Le roi, effrayé, fait un pas en arrière : << Garde-toi, dit-il, de te fier au bonheur. Pense à la mer inconstante, à l'orage qui peut s'élever et anéantir la fortune incertaine de ta flotte. »

Avant qu'il ait achevé de parler, il est interrompu par les cris de joie qui retentissent sur la rade. Une forêt de navires apparaît dans le port, ils reviennent remplis de trésors étrangers.

L'hôte royal s'étonne : « Ton bonheur est grand aujourd'hui, mais redoute sou inconstance. Les troupes Cretoises te menacent d'un péril imminent : elles sont déjà près de la côte. »

Avant qu'il ait achevé de parler, on voit des navires dispersés et des milliers de voix s'écrient : « Victoire ! Nous sommes délivrés de nos ennemis. L'orage a détruit la flotte Cretoise, et la guerre est finie. »

Alors l'hôte royal dit avec terreur :

« En vérité, je tremble pour toi : la jalousie des ditux m'épouvante. Nul mortel en ce monde n'a connu la joie sans mélange. La fortune aussi m'a souri , la faveur du ciel m'a soutenu hn^ m?s entre

PRO

l'i isei ; mais j'avais un héritier chéri : les .jirux me l'enlevèrent. Je payai ainsi ma (lelte a la fortune. Si tu veux éviter linéique catastrophe, invorpie les génies invisibles pour qu'ils mêlent la sonlTrance a ton bonheur. Et si les dieux n'exaiirent pas ta prière , appelle loi-mème la soiinrance, choisis parmi tous tes trésors relui auquel ton cœur attache le plus grand prix, et jettc-le dans la mer. >.

Polycrate, ému par la crainte, répond • « Dans toute cette île, rien ne m'est plus précieux que cet anneau : je veux le consaner aux Euménides pour qu'elles me pardonnent ma fortune ; » et il jette l'annenu dans les ondes.

Le lendemain matin, un péoheur au visage jo veux se pi ésente devant le prince • -< Seifiieur, dit-il, j'ai pris un poisson tel qi e je n'en avais jamais vu de semblable dans mes filets, et je viens le l'ofirii'. »

Lorsque le cuisinier ouvrit le poisson, Il accourut tout étonné auprès du prince , et lui dit : Vois, seigneur; l'anneau que tu portais, je viens de le trouver dans les entrailles de ce poisson. Oh ! ton bonheur est sans bornes ! »

Le roi d'Egypte, se détournant alors avec horreur, s'écrie : ., Je ne puis rester ICI plus longtemps et tu ne peux plus et: e mon ami. Les dieux veulent ta jierte je m'éloipne à la hâte pour ne pas périr avec toi. .. Il dit, et à l'instant même il s'embarqua (1).

( Schiller, lmilnt'ia:i libre d'une historiette d'Hérodote.)

PRU

Restauration, la discipline la plus exacte et le respect des propriétés avaient été mis a l'ordre du jour, même le respect des basses-cours. Or un capitaine entendit un jour un bruit guttural, que son oreille exercée reconnut à l'instant pour le dernier soupir d'une poule étranglée par une main expérimentée. Il se retourna vivement, et aperçut un vieux hussard eu tram de glisser le corps du délit dans sa sabretache.

« Hussard, s'écria-t-il, avancez à l'ordre ! — Me voici, mon capitaine ! dit ce- Ini-ci en mettant une maiu à son colback et en collant l'autre sur la tète de sa victime. — Pourquoi avez-vous tordu le col a cette poule? — Mon capitaine , elle m a provoqué en me regardant d'un air insolrnt, et quand il s'agit de respecter tunilorme du régiment!... suffit. »

Le capitaine se mordit les lèvres pour reprimer un violent éclat de rire.

^ « Allons, passe pour cette fois , mais n y revenez plus. Hussard!...— Mon capitaine... — Désormais, quand vous rencontrerez des poules, je vous ordonne de Laisser les yeux. «

{Semaine des famUles.)

Priiilcuce {Motif dt).

8*rovideuce ( Taiji.

de la).

L'abbé de Saint-Cvran, mangeant un jour des cerises, tentait inutilement de taire pris cries noyaux par les petits trous d une lenctre, où il y avait des barreaux, contre lesquels il donnait toujours. Sur M"oi il fit cette réflexion : „ Voyez comme la Providenre prend plaisir à s'opposer à mes desseins ! ..

{Improvis. français.)

Provocatiuii.

Pendant la guerre d'Espagne , sous I;

v,i) Suivant Hérodote, cet Jiiii ,t;iil Amn^s rci tlKjyp'r. Quant il l'olycralc, il moaiul . n i ICu 1-..1' if laliajjc de biudc'b.

Le maréclial de Bioglie affrontant im danger inutile et ne voulant pas se retirer, tous ses amis faisaient de vains eiforls pour lui en faire sentir la nécessité. Kntîn, l'un d'entre eux, M. de Jaiicourt s'approcha, et lui dit à l'oreille : « Monsieur le maréchal, songez que, si vous êtes tur, c'est M. de Roulhe qui commandera. >. C'était le plus sot des lieutenants généraux. M. de Broglie, frappé du danger que courait l'armée, se retira.

(Chamfort.)

Pi'uileiice et mesure.

Montesquieu a fait cet éloge du prince Eugène, qu'il vit dans un voyage à Vienne: « Je n'ai jamais oui dire à ce prince que ce qu'il fallait diie. «

(H. Audiberl, Indiscrétions.)

Prudence paternelle.

Etant encore bien jeune, je fus envoyé avec un autre,en ambassade dc\ei s W i.',..' coiisnl, et ce mien lumpd-uon tluiit ne

PRU

sais pourquoi, demeuré derrière, j'y allai seul et fis ce que nous avions commission défaire. A mon retour, ainsi qiieje von-lus rendre compte en public et iaire le rapport de ma charge, mou père me défendit de dire : .. Je. lus allé,, mais: „ Nous sommes allés, » m « J ai parle, » mais : « Nous avons parlé, » et taire mon récit en associant toujours mon compagnon à ce que j'avais fait : cela est nonseulement gracieux et l.umaui , mais , qui plus est, il ote de la gloire ce qui ollonse : l'envie. , ■ • , ^

(Plutarque, Précept. dadmunstr.)

Pudeur.

Louis XUl témoignait toujours une grande aversion pour les gorges découvertes. Étant à dîner en public, une demoiselle qui avait le sein fort découvert se mit vis-à-vis de Sa Majesté. Le roi, qui la remarqua, tint son chapeau eulonce et les bords rabattus tout le temps du diner, pour ne la point voir; et la derinere fois qu'il but, il retint une gorgée de vin dans sa bouche et la lança dans e . ein de cette demoiselle, qui resta dans la confusion : « Aussi, dit le l'ère Ba.ry, pourquoi paraissait-elle eu cet étal : ûa <roro-e méritait bien cette j;;o;-^'t'c. » " / Kutis parisiennes. )

Page 1