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quitta là, fort en colère de la bévue de ses gens.
{Id.)
En une province voisine de la France, où l'on traite les personnes à qui l'on parle, à la mode d'Italie, de Seigneurie, d'Excellence, de Révérence, de Paternité, et semhlahles titres, un prélat de grande doctrine et de sainte vie, exliortant les moniales ( religieuses ) qui étaient sous sa juridiction , et leur enseignant que dans les cérémonies de l'Église, il y avait bien de la différence entre révérence et génuflexion, parce que la révérence n'était qu'une simple déclaration de la tète et du corps, mais la géiuiflexion ajoutait à cela le genou en terre. Une sœur de fort subtil esprit, traitant quelques jours après avec ce prélat de choses spirituelles, lui disait souvent : « Yotie Génuflexion nous a appris ; Votre Génuflexion m'excusera.... Comme il lui demanda pourquoi elle répétait si souvent. Votre Génuflexion; elle lui dit que c'était pour l'honorer. « De quel honneur? » reprit-il. « Quoi, ditelle, )) Monseigneur, nous traitons bien de Révérence notre chapelain et confesseur; n'est-il pas raisonnable qu'à vous, qui êtes notre prélat, pasteur, père et supérieur, nous donnions un titre plus éminent, et ne nous enseigniez-vous pas tous les jours passés, que Génuflexion est plus que Révérence .-• »
( Le Bouffon de la cour. )
Un étranger très-riche, nommé Suderland, était banquier de la cour et naturalisé en Russie; il jouissait auprès de l'impératrice (Catherine 11) d'une assez grande faveur. Un matin on lui annonce que sa maison est entourée de gardes et que le maître de police demande à lui parler. Cet officier, nommé Reliew, entra avec l'air consterné :
« Monsieur Suderland, dit-il, je me vois, avec un vrai chagrin, chargé, par ma gracieuse souveraine, d'exécuter un ordre dont la sévérité m'effraye, m'afflige, etj'ignore par quelle faute ou par quel délit vous avez excité à ce point le ressentiment de Sa Majesté. — Moi ! monsieur, répondit le banquier, je l'ignore autant et plus que vous; ma surprise surpasse la
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vôtre. Mais, enfin, quel est cet ordre.' — Monsieur, reprend l'oflicicr, en vérité le courage me manque pour vous le faire connaître. — Eh quoi! aurais-je perdu la confiance de l'impératrice.' — Si ce n'était que cela , vous ne me verriez pas si désolé. La confiance peut revenir; une place peut être rendue, — Eh bien ! s'agit-il de me renvoyer dans mon pays? — Ce serait une contrariété; mais avec vos richesses on est bien partout. — Ah ! mon Dieu ! s'écrie Suderland tremblant, est-il question de m'exiler eu Sibérie? — Hélas! on en revient. — De me jeter en prison? — Si ce n'était que cela! on en sort. — Bonté divine! voudrait-on me knoutcr? — Ce supplice est affreux, mais il ne tue pas. — Eh quoi! dit le banquier en sanglotant, ma vie estelle en péril? L'impératrice, si bonne, si clémente, qui me parlait si doucement encore il y a deux jours, elle voudrait... ! Mais je ne puis le croire. Ah! de grâce, achevez! La mort serait moins cruelle que cette attente insupportable. — Eh bien ! mon cher, dit enfin l'officier de police avec une voix lamentable, ma gracieuse souveraine m'a donné l'ordre de vous faire empailler. — Empailler! s'écrie Suderland en regardant fixement son interlocuteur; mais vous avez perdu !a raison, ou l'impératrice n'aurait pas conservé la sienne. Enfin, vous n'auriez pas reçu un pareil ordre sans en faire sentir la barbarie et l'extravagance. — Hélas ! mon pauvre ami, j'ai fait ce qu'ordinairement nous n'osons jamais tenter : j'ai marqué ma surprise, ma douleur; j'allais hasarder d'humbles remontrances ; mais mon auguste souveraine, d'un ton irrité, en me roprochantmon hésitation, m'a commandé de sortir et d'exécuter sur-le-champ l'ordre qu'elle m'avait donné, en ajoutant ces paroles qui retentissent encore à mon oreille : « Allez! et n'oubliez pas que votre devoir est de vous acquitter sans murmure des commissions dont je daigne vous charger. »
Il serait impossible de peindre l'étonnement, la colère, le tremblement, le désespoir du pauvre ban(piier. Après avoir laissé quelque temps un libre cours à l'explosion de sa douleur, le maître de police lui dit qu'il lui donne un quart d'heure pour mettre ordre à ses affaires. Alors Suderland le prie, le conjure, le presse, longtemps en vain, de lui laisser
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écrire un billet à l'impératrice pour implorer sa pitié. Le magistrat, vaincu par ses supplications, cède en tremblant à ses prières, se charge de son billet, sort, et, n'osant aller au palais, se rend préci[)itamment chez le comte de Bruce.
Celui-ci croit que le maître de police est devenu fou ; il lui dit de le suivre, de l'attendre dans le palais, et court sans tarder chez l'impératrice. Introduit chez, cette princesse, il lui expose le fait.
Catherine, eu entendant cet étrange récit, s'écrie : << Juste ciel ! quel horreur! En vérité, Reliew a perdu la tète. Comte, partez, courez et ordonnez à cet insensé d'aller tout de suite délivrer mon pauvre banquier de ses folles terreurs et de le mettre en liberté. »
Le comte sort, exécute l'ordre, revient, et trouve avec surprise Catherine riant aux éclats. « Je vois à présent, dit-elle, la cause d'une scène aussi burlesque qu'inconcevable. J'avais depuis quelques .innées un joli chien que j'aimais beaucoup, et je lui avais donné le nom de Suderland, parce que c'était celui d'un Anglais qui m'en avait fait présent. Ce chien vient de mourir; j'ai ordonné à Reliew de le faire empailler, et, comme il hésitait, je me suis mise en colère contre lui, pensant que, par une vanité sotte, il croyait une telle commission au-dessous de sa dignité. Voilà le mot de cette ridicule énigme. «
Ce fait ou ce conte paraîtra sans doute plaisant ; mais ce qui ne Test pas, c'est le sort des hommes qui peuvent se croire obligés d'obéir à une volonté absolue, quelque absurde que puisse être son objet. (Ségnr, Mémoires.)
plaira, d Et peu s'en fallut que pour ce sujet le mariage ne fût rompu.
(D'Ouville, Contes.)
Comme on mariait mie femme, elle voulut , avant de signer son contrat de mariage, en entendre la lecture. Le notaire le lut, et entendant les mots qu'on a coutume de mettre en pareils contrats : « Et en cas que la future épouse survécût ledit futur éjioux, ladite future épouse remportera ses bagues , joyaux , lit fourni, etc., » elle crut que cet et cœtera voulait dire qu'elle se tairait {et se taira). « Je n'en ferai rien , dit-elle ; merci de ma vie! Je ne me tairai point, je veux (pi'il soit inséré dans le contrat (pi'il me sera permis de parler tant qu'il me
Des bourgeois avalent organisé une cabale contre Vjgrippine de Cyrano ( 1 Gi3), et ils étaient ailes au théâtre dans l'intention de se récrier contre les impiétés que contenait cette pièce. Ils les laissèrent passer toutes sans y rien comprendre; mais quand Séjanus, résolu de faire périr Tibère, s'écria :
Frajipoii«, voici V/ioslie.
Ils se soulevèrent eu masse, pleins d'im'^ indignation candide, braillant : « Ah!
l'athée! ah! le parpaillot! Voyez, il insulte le saint-sacrement. »
( Curiosités théâtrales. )
De tous les amants de Ninon le marquis de Villarceaux fut le plus aimé.
M"'" de Villarceaux, épouse da marquis, en était furieuse. Elle avait un jour beaucoup de monde chez elle. On désira de voir son fils ; il parut accompagné de son précepteur : on le fit parler, et on ne manqua pas de louer son'esprit. La mère, pour mieux justifier les éloges, pria le précepteur d'interroger son élève sur les dernières choses qu'il avait apprises.
« Allons, monsieur le marquis, dit le grave pédagogue, tjueiri liabuit successorem Belu-s, rex Ass\ rioruni? — NIISUM, répondit le jeune élève. W^ de Villarceaux, frappée de la ressemblance de ce nom avec celui de Ninon, ne put se contenir : « Voilà, dit-elle, de belles instructions à donner à mon fils, que de l'entretenir des folies de son père! » Le |irécepteur eut beau s'excuser, et donner les explications les plus satisfaisaRtes, rien ne put faire entendre raison à cette femme jalouse. Le ridicule de cette scène se répandit dans toute la ville, et Molière en tira un parti fort ingénieux dans sa petite comédie de la Comtesse d'Escarbagnas.
{Mémoires anecdotiques.)
Le seigneur de La Roque, qui fait le Mercure galant, a été à l'extrémité avant le voyage de Fontainebleau. Cette corn-
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mission produit six à sept mille livres de renie, ce qui est très-gracieux pour un homme de lettres. Fu/.elier, poêle, c|ui a fait plusieurs pièces, garçon d'esprit et mal à sou aise, a lait des mouvements auprès de M. de Maurepas, de qui cela dépend, pour avoir celle commission.
Comme il est de tout temps ami du marquis de Nesle et de M"'<= de Mailly, sa iille, il l'alla trouver un malin dans son lit et lui dit : «■ Madame, je viens vous prier de me rendre un service, n Elle se défendit d'abord sur ce (ju'elle ne demandait quoi que ce soit; il la tourmeiila tant qu'elle lui dit : "■ As-tu un mémoire? — Oui, madame. « Elle le prit, le lui : « Qu'où me lève, dit-elle. Mes porteurs ! Va m'atlendre chez M. de Maurepas, j'y vais dans le moment. » Elle y arrive.
M. de Maurepas n'étail |)as chez lui. Elle dit à son valet de ciianibre qu'e le re- A'iendra, et de prier M. de Maurei)as de l'attendre, et par un effort d'imaginalioii pour servir plus chaudement Fuzeliei-, elle va tout de suite chez M. de la Peyronie, premier chirurgien du roi. « Je viens, ditelle, vous demander une grâce, qu'il faut que vous m'accordiez absolument. Je vous demande pour Fuzelier, que je protège, un privilège exclusif pour distribuer le tnercttic. « M. de La Peyronie tomba de son haut; il lui témoigna la disposition où il était de lui accorder tout ce ([ui dépendait de lui, mais en même temps l'impossibilité de le faire sur cet article, que cela n'avait jamais été, que cela ne convenait en aucune façon à uu homme de lettres, et cpie cela ne se pouvait pas, que Fuzelier n'y avait pas [)ensé.
Malgré ses instances. M""* de Mailly, persuadée que la demande était ridicule, s'en retourne chez M. de Maurepas, tout en colèie, et lui dit : « Je venais vous demander une grâce pour Fuzelier; mais il faut (pi'il soit fou de me faire faire des démarches pour chose <|ui ne se peut pas. Je viens de chez M. de La Peyronie, qui me l'a bien assuré. — Mais, madame, répondit M. de Maurepas, je suis informé de ce que demande Fuzelier; cela n'a point de rapport à M. de La Peyronie.
— Comment.' dit-elle, il demande le privilège exclusif du HJercuie P — Cela est >rai, lui répondit le ministre; c'est le Mercure galant, qui est un ouvrage d'esprit. — Ah! dit-elle, que ne s'expliquel-il donc cet animal-là! Si cela est ainsi,
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je vous le recommande très-fort. » Fuzelier a eu l'agrément pour faire le Mercure, mais malheureusement le seigneur de La Roque s'est rétabli.
( Darbier, Journal.)
Piron étant à Tîeaune , à la porte du spectacle, ne sachant quelle pièce on allait jouer, s'adressa au plus apparent de ceux qui faisaient foule , et qui , par un air plus avantageux que les autres, et donnant des ordres , paraissait devoir être plus instruit : « les Fureurs de Scapin, lui dit le jeune Beaunais. — Ah! mousieur, répond Piron en le remerciant, je croyais que c'était les Fourberies d'Ores'tc. »
(Cousin d'Avallon, Pirouiana.)
Sous Louis XV, les goûts anglais commençaient à s'introduire publiquement en France. Le duc d'Aumont était un jour à cheval à la droite de la voiture du roi : « Due d'Aumont, dit Louis XV, vous me crottez! — Oui, sire, à l'anglaise. » Le duc d'Aumont avait entendu : vous trottez!
(b'' Véron, 31 ê moires d'un bourgeois de Paris.)
Obligé de se le\er de grand malin pour remplir avec exacliUide les devoirs de sa place, Sartine se laissait souvent aller involontairement, les soirs, au milieu même d'une société nombreuse, à un sommeil de quelques minutes, qui, pour ceux qui ne le connaissaient pas particulièrement , n'avait l'air que du silence de la réllexion. Un maître des requêtes, qui ne se doutait nullement de cette habitude, s'intéressaut vivement à un homme auquel il voulait procurer l'agrément d'une place d'agent-de-cliange, et voyant le magistrat ne prendre aucune part à la conversation générale, crut l'occasion favorable pour invoquer ses bontés eu faveur de son protégé. Il s'approche, parle avec zèle de l'homnn; qu'il désire faire employei-, fait l'ênnuiération de ses talents et des droits qu'il a à celte place.
Sartine, qui dans ce moment était plongé dans le plus profond sommeil, et dans un rêve fort étranger à ce (pi'ou lui
nci
nui
disait, prononça assez liaiilninenl : « C'est inutile; nous allons les mettre en Ijoutiques. « Le maître des requêtes se retire très-confus, et va aussitôt raconter celte nouvelle, dans les mêmes termes, à son protégé, qui ne manque pas d'aller avertir sur-le-champ les agents de change de sa connaissance du sort qui les menace.
Ceu\-ci se rassemblent en hâte, cous ternes d'un événement si imprévu. Ils délibèrent de présenter dès le lendemain au ministre de Paris une requête appuyée de la signature des meilleuis négociants, des plus forts banquiers de la capitale, pav laquelle ils remontrent qu'ils ne pourraient pas supporter un tel avilissement (le leur état, et annoncent leur démission, dans le cas où l'on persisterait. Des députés du corps se rendent à Versailles , et soumettent respectueusement le vœu général de leurs confrères au ministre, qui, fort étonné du plan ridicule qu'on lui suppose , veut connaître l'origine d'une pareille sottise. Le maître des requêtes, nommé comme auteur de la nouvelle , est mandé; il cite Sartine, qui, appelé à son tour, a beaucoup de peine à comprendre ce dont il s'agit, et finit jiar se ra[)peler qu'il dormait prolbudément à l'heure qu'on lui indique pour avoir été celle de la sollicitation, dont il n'avait pas entendu un mot. Enfin il est démontré , à la grande satisfaction des agents de change, et au rire de tons les assistants, que la réponse qui avait jeté une si chaude alarme dans le commerce, n'était qu'un rêve.
(S. Edme, Biographie de la police en France.)
Le docteur Chirac fut appelé auprès d'tuie dame qui était malade. Pendant qu'il était dans l'antichambre, ou y dit que les actions (de la banque de Law) avaient beaucoup diminué. Le docteur, qui avait beaucoup de papier sur le Mis sissipi, fut saisi de cette nouvelle, et s'élant assis auprès de la malade pour lui tàter le pouls, il se dit à lui-même : « Ah ! mon Dieu ! cela diminue , cela diminue, cela diminue. » En l'entendant parler ainsi, la malade se mit à crier; ses gens accoururent; elle dit : « Je vais mourir, M. Chirac vient de crier trois lois en tàtant mon pouls : Il diminue ! » Le docteur revint à lui , et dit : « Vous
rêvez ! votre pouls bat à merveille, et vous vous portez bien. Je m'occupais des actions du Mississipi, sur lesquelles je perds, puisqu'elles baissent. » La dame malade fut ainsi rassurée.
(Madame, duchesse d'Orléans, Correspondance. )
On afficha en 1793 la tragédie de ./^<'^'/ sans Terre. Quelques [latriotes du faubourg Saint-Antoine, croyant qu'on voulait jouer le général Sanlerre, arrachèreiil toutes les affiches et se portèrent en niasse au théâtre de la République. On parvint à les apaiser en leur donnant les premières places; mais l'on ne |)ut en être maître lorsque sans Terre dit au tyran :
Tu crois m'intimider en dccouvrant mn liière.
« Je l'avais bien dit, s'écria uu d'eux : A bas! A bas! A bas les muscadins! »
Ou baissala toile.
(Aneries révolutionnaires. )
Le général Alexandre Tatischef,pondant la campagne de 1813, avait pris Cassel, capitale du nouveau royaume de Westphalie, qui duia eu tout quatre ou cinq ans. Comme c'était le plus grand exploit de son mari, la i)rincesse Tatischef trouvait moyen de le citer au moins une fois par jour. Or, il arriva qu'en faisant son récit habituel, la narratrice, contre toute prévision, oublia le nom de la capitale prise par son mari. En ce moment, Menchikof traverse l'appartement. « Prince, lui crie madame Tatischef, piince, quelle est donc la ville qu'a prise Alexandre.»' — Babylone, princesse, lui répond Menchikof sans s'arrêter. »
(Al. Dumas, UnWers illiistré.)
Ma taule de Lesdiguiere avait fait la partie d'aller visiter M"'" du Del'fand avec M""" de Bourbon-Busset, et ces dames s'attendaient à la trouver plus ou moins soucieuse, attendu que M. de Pont-de- Vesle se mourait et qu'il avait été, pendant douze ou quinze ans, dans ses bonnes grâces les plus favorables. Après les premiers compliments. M"'" de Bourbon- Busset, qui faisait toujours la bouche en cffur et la sensible, lui demanda des
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nouvelles du cher malade. — « Eh !
mon Dieu, j'y pensais, dit aussitôt la marquise; mais je n'ai qu'im laquais ici pour le moment, et j'allais envoyer nue de mes femmes pour demander de ses nouvelles. — Madame , il pleut des torrents, répondit l'autre, et je vous supplie de la faire aller dans mon carrosse. — Ah ! vous êtes infiniment bonne, et je vous rends mille grâces, repiit la marquise avec une satisfaction charmante, Matn'selle , dit-elle à une femme de chambre qui vint à la sonnette , vous allez savoir des nouvelles de notre j^elit malade. Madame la comtesse de Bourbon-Busset permet que vous alliiz dans sou écpiipage , à cause de la pluie. Je suis bien reconnaissante et bien touchée de votre intérêt pour mon favori , poursuivit-elle : il est très-aimable, il est spirituel, il est vif, il est tendre et caressant. Vous savez sûrement que c'est M"'" du Châtelet qui me l'a fait avoir ? » Les deu\ amies se regardèrent et n'osèrent pas répondre à des confidences et des paroles aussi hors de mesure. On parle d'autre chose, et la voilure arrive enfin ! «■ Eh bien 1 comment l'avez-vous trouvé.-* — Madame, aussi bien que possible. — Est-ce qu'il a bien voulu manger aujourd'liui ? — Il aurait voulu s'amuser à mordre dans un vieux soulier, mais M. Lyonnois(l) n'a jamais voulu. — Voilà, s'écria ma tante, une singulière fantaisie de malade! — Enfin, marchet-il à présent ? reprit la marquise. — Ah ! pour ceci, je ne saurais dire, madame, ])arce qu'il était couché en rond, mais j'ai bien vu pour aujourd'hui (ju'il me reconnaissait , car il a lemué la queue. — M. de Pont-de-Vesle, s'écrièrent les visiteuses... — Allons donc! c'est mon petit chien dont il s'agit. Mais, à propos, ajoula-t-elle en parlant à ses gens avec im ton de sécheresse et d'àpreté, vous n'oublierez pas d'envoyer demander des nouvelles du chevalier de Pont-de- Vesle! >.
{Souvenirs de la Marquise de Créqui.)
M. de Ségur aîné, l'historien, l'auteur
(ij I-yonnois était un médecin de chiciis tirs « la mode au dix-buitiùme siècle. \''' loutre confrèreu
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des Mémoires souvent cités, membre de l'Académie française, pair de France sous la Bestauralion et le gouvernement de Juillet, fut nommé grand maître des cérémonies lorsque l'empire se constitua iMie cour selon les us etcoutimies monarcliitpies. Quelqu'un qui recherchait un emploi dans la nouvelle maison impériale ne vit pas de meilleur patronage à réclamer que celui de l'émineiit dignitaire; mais, confondant les deux frères, ce fut au vicomte de Ségur, vaudevilliste, qu'il fit parvenir sa supplique pour le grand maître des cérémonies de France.
Alexandre de Ségur, qui avait voulu rester un simple homme d'esprit, conïprit le (juiproquo; il se mit à en rire de bon cœur, et, prenant aussitôt la plume, il fit cette réponse :
i Monsieur,
« Vous m'écrivez pour me demander une place. Je vous en envoie deux; mais c'est pour une pièce de moi que l'on joue ce soir à l'Opéra-Comique.
<( J'ai l'honneur d'être, monsieur, votre serviteur,
« Ségur, sans cérémonie. »
Le sans cérémonie n'avait aucune intention épigrammatique à l'égard de la dignité fraternelle, à en juger i)ar ce mot plein d'une tendre affection, et qui fait honnciu' au cœin' du vicomte de Ségur : Il N'osant pas être jaloux de mon trère, j'ai pris le parti d'en être fier. »
(Th. Muret, Vllist.par le théâtre.)
M"'* de Talleyrand avait ses mots, mais moins heureux que ceux de son trop célèbre mari, qu'elle mettait souvent à la torture. Un jour, en se levant de table, après déjeuner : « Vous aurez à dîner, lui dit le duc de Talleyrand, à côté de vous, un homme Irès-remarquable. Au nom du ciel , tâchez de causer avec lui raisonnablement. Il a écrit ses voyages; passez à ma bibliothèque, feuilletez-les, et amenez la conversation sur ce sujet. Allez, n'oubliez pas de demander l'ouvrage de M. Denon. )i La princesse obéit, mais, en présence du bibliothécaire, elle ne peut se rappeler le nom de son futur convive et à tout hasard elle prend le biais. « Donnezmoi, je vous prie, les aventures surprenantes de ce voyageur... dont le nom finit en ow?» Le l)i!)liotliécaire, souriant comme un homme qui devine une énigme, apporte
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avec empressement une magnifique édition lie Rohinson avec planches, gravures, etc. M"'^ de Talleyrand dévore le livre, sans compter les heures; elle ne se sent pas d'aise; elle admire le parasol, le chapeau, les vêtements de peau de chèvre du héros de Foë. « Quoi! s'écrie-t-elle, je vais me trouver avec cet étrange personnage! que je suis heureuse de connaître d'avance sa meilleure histoire!
Cette fois le prince sera content. » Lorsqu'elle descend au salon, les convives déjà sont réunis. M. Denon lui donne la main, on passe dans la salle à manger, on se place , et, d'un coup d'œil , elle avertit le prince qu'il peut compter sur elle. En effet, à peine le moment d'inévitable silence qui commence un repas s'est-il écoulé, que M"" de Talleyrand , se tournant vers son voisin de droite , lui dit : » Mon Dieu ! monsieur, quelle joie vous avez dû éprouver dans votie île, quand vous avez trouvé Vendredi ! ))
( EncYclopediana.)
Un homme ayant été admis à faire serment, répondit au juge , qu'il ne savait point jurer; « mais, ajouta-t-il, j'ai mou fils le grenadier qui s'en acquitte à merveille, je vais le chercher. »
(Bibliothèque de société.)
On a immortalisé les gallicismes de la dichesse de Dantzick ; mais cette maréchale illettrée eut des concurrents qui, bien que moins élevés en grade, se permirent de rivaliser avec elle sur le champ de la langue française. De ce nombre était un chef de bataillon de la garde impériale nommé Caire. Brave à trois poils, le commandant Caire avait combattu héroïquement sous la République et le Consulat. Bonaparte lui a\ait même décerné en Egypte un sabre d'honneur, dont l'inscriptioii lui avait paru doublement flatteuse, y compris la date : Donné an Grand Caire, que notre héros s'appliquait sans pensera mal.
[Rct-iic anecdotiijue.)
Louis XYIII reçut un jour la dépntation d'une Académie de province, et l'accueillit avec bonté. « Messieurs, dit-il,
comptez-vous beaucoup d'hellénistes parmi les membres de votre société? — Des hellénistes? répond l'orateur de la députalion, nous en avions quelques-uns, mais l'Académie les a chassés ignominien^imcnt; à peine y a-t-il dans le déparlement trois ou quatre misérables qui regrettent le prisonnier de Sainte-Hélène. » {Choix d'anecdotes.)
Sous la Restauration, il y avait une fois un député du nom de Maréchal, et comme il avait un frère, il se qualifiait : « Monsieur Maréchal aîné. »
C'était le soir de l'exécution du maréchal Ney. — Dans un salon bonapartiste , cinquante ou soixante personnes se trouvaient réunies, et déploraient amèrement le sort de l'illustre fusillé! — « Il est mort en brave! » disait un ex-sénateur. — « Il est mort ! » répéta-t-on tristement. A ce moment, la porte s'ouvre, et le valet annonce : «Monsieur le maréchal Nev. »
Tableau l! ! — C'était M. Maréchal aîné.
{Liberté.)
Au lendemain de 1830, le salon de M. le comte de B..., particulièrement comblé défaveurs par Charles X et le duc d'Angoulême, regorgeait d'adorateurs du soleil levant , dont le plus fervent était sans contredit le maître de céans.
Ce n'étaient que ducs et princes, comtes et barons et chevaliers de la veille, humbles prosélytes de la branche aînée, aujourd'hui lui criant Raca! ou Racaille.
Le valet de M. le comte de B... avait tellement l'habitude de n'annoncer que des gens titrés, qu'il en était arrivé à ne pas comprendre qu'on pût naître sans le moindre blason, la moindre particule. Ce soir là, un député nouveau faisait son entrée dans le salon du comte de B... — « Qui aurai-je l'honneur d'annoncer? lui demanda le valet. — Monsieur Leduc. — M. le duc de...? dcmanda-t-il encore. — Comment! se récria le législateur, M. le duc de... ? Qu'est-ce que vous voulez dire ?... D'où je suis ?... Je suis de Bordeaux, mon cher, mais qu'est-ce que ça vous fait ? »
Le valet ne lui laissa pas le temps d'en dire d'avantage ; il ouvrit à deux battants IG
OUI
et annonça : « Monsieur le duc de Bordeaux ! »
Le comte de B... se trouva mal.
{le/.)
M. Casimir Bonjour, candidat à l'Académie, se présente un jour pour faire sa visite chez un des Quarante. Une iemme de chambre vient lui ouvrir la poite.
« Votre nom, monsieur? » dit-elle. Le candidat répond avec son plus gracieux sourire : » Bonjour. » Flattée de cette politesse, la jeune fille répond : « Bonjour, monsieur ; voulez-vous me dire votre nom ? — Je vous dis, Bonjour. — Et moi aussi honiour, monsieur; qui faut-il q<ie j'annonce.^ — Eh, Bonjoin- ! c'est mon nom. » La camériste comprit alors qu'au lieu de ilire : Bonjour, monsieur, il ifallait dire : Monsieur Bonjour.
(Eiicyclopeciidiia. )
M. Marco Sainl-IIilaire, se présentant un jour dans une maison, donna sa carte au domestique (|ui, ouvrant la porte du salon, annonça :
« M. le marquis de Saint-Hilaire. >i
Sensation dans l'assemhlée. Mais M. Marco Saint-Hilaire s'avance aussitôt, et saluant l'assistance :
« De grâce, dit-il, veuillez ne point vous émouvoir, ce n'est qu'un qttis pro co.
( Mosaïque. )
Dans le cordage d'un vaisseau on distingue en anglais, sous le nom de pelnlrc, un certain câble qui sert à amarrer un bateau au bord d'un vaisseau dont il dépend. Un jour un peintre étant occupé à barbouiller la figure des éperons d'un bàliment , mouillé près la tour de Londres , le commandant qui venait l'aborder dans la chaloupe, cria au mousse : « Jette le peintre à l'eau. » Le mousse, qui ne connaissait point encore cette espèce de cordage, courut au peintre qui avait le corps à moitié hors du bâtiment et le précipita dans le fleuve. Le capitaine, ne vo)ant point tomber de son côté le cordage, répéta « n jurant : « Jette donc le peintre. — Eh ! je l'ai jeté, reprit l'antre, avec son pot et sa brosse, i^ Le capitaine songea heureu-
QUI
sèment que ce pouvait élrc son ouvrier, rt le fit repécher sur-le-champ.
(Paris, Versailles et la province au AVIIle siècle.)
LepoëteJ"*., tout jeune encore, fut recommandé à un grand financier, ancien saint-simonien , et toujours sympathique au mouvement social.
Le protecteur interrogea le protégé, qui lui avoua ses visées littéraires.
« Avez-vous fait paraître quelque chose ? — Oui ! (ni volume publié à mes frais, et dont je me permettrai de vous offrir un exemplaire. »
L'exemplaire arriva le lendemain ; nn volume de vers avec ce titre sonore : Sur les grèves.
— Peste! dit le financier en voyant la couverture, peste! j'ai affaire à ut»homme sérieux : à son âge s'occuper déjà d'économie politique, c'est très-bien •
Le lendemain, le solliciteur avait une place de douze mille francs ; aujourd'hui il est millionnaire et dit du mal de la littérature.
(Figaro.)
Sur la place du Carroussel, pendant les trois glorieuses , un groupe d'insuigés criait à pleins poumons :
— Vive le duc de Chartes?
Un autre groupe, voisin du premier, criait à qui mieux mieux.
— Vive la Charte !
Un homme se détacha du premier groupe et dit au second :
- — Pounpioi que vous ue criez pas comme nous pour Chartes!
— Que t'es bète! répondit-on du deuxième groupe. C'est-il pas la menu; chose;'... La Charte, c'est sa sœur!...
{Figaro.)
Lors de la réception de M. Victor Hugo à l'Académie, qui eut lieu pendant que le procès de M""= Lafarge passionnait l'opinion, une phrase du discours de M. de Salvandy, qui répondait au récipiendaire, })rovoqua un quiproquo bizarre : « En ce temps, où l'art scenique a pris un développement si considérable «... Les rires universels de l'assemblée arrêtèrent l'orateur, (jni, averti par son voisin , re-
QUI
rnmmença sa plirase ainsi :«Eii ce temps, où l'art tltcdtval »...
QUI
Lorsqu'eu 1848, M. de Lamartine parvint au pouvoir, il fut assailli de tant de sollicitations et de recommandations, qu'il dut se borner à inscrire sur sou calepin tous les agents diplomatiques de l'avenir. Vint le grand jour des nominations.
Le poëte dé| ouilla son mémento , et chaque nom choisi par lui trouva place aussitôt dans un décret. — Toutes les ampliations furent bientôt dans les mains des élus, toutes, moins une, qui demeura .sur le bureau du citoyen directeur des affaires étrangères ; il n'avait point l'adresse du titulaire, et personne ne réclamait.
Après quinze jours d'attente, on recourut au ministie pour savoir où gîtait Il le citoyen David, nommé consul de France à Brème. »
Ce nom ne rappelant rien à M. de Lamartine, il eut recours à son carnet, et vit en effet le nom de David inscrit en grosses lettres au milieu d'une page.
Il se rappela alors que quel([ues jours avant les événements de février, il avait )iris cette note pour se rappeler un passage des psaumes du roi hébreu.
« Mais, malheureux ! s'écria le ministre en riant , vous avez fait un consul républicain du roi David. — Quel loi .' balbutia le directeur du personnel interloqué.
— Parbleu ! celui qui dansait devant l'arche!... »
Le lendemain on lisait au Moniteur :
— i< Le citoyen X... est nommé consul de France h Brème, en remplacement du litnven David, décédé. »
L'honneur des bureaux était sauf.
(^Lgaret, Patrie.)
Quelques jours après le 24 février 1848, Berryer donna un grand dîner où Marie, son ami intime, qui depuis de longues années habitait la même maison que lui, se trouva placé, à table, à côté d'un vieux Ijentilliommo vendéen.
Le gentilhomme est un peu sourd , et au lieu de Marie il entend marquis. A chaque plat, il anoblit carrément le républicain : « Veuillez vous servir, marquis ; marquis, prenez-vous du Champagne? »
M*" Marie est très-anxieux. Que signifie
ce litre.» est-ce une mystification, une erreur, une manie?
On arrive au dessert.
Alors , entre deux verres de montbasillac, le gentilhomme prend la main de Marie, et lui dit -.
«■ Vous savez que je viens de Frolisdorff et que j'ai vu le roi. Quelle intelligence et quel cœur, marquis ! Henri V nous sauvera, fera le bonheur de la France, car la république est impossible, n'est-ce pas, mar{[uis.'
— Mais, je ne suis pas marquis, répond vivement le républicain, je suis Marie, membre du gouvernement provisoire. »
Le gentilliomme fait un soubresaut et attache un regard stupéfait sur Berryer, qui répond :
» Oui, Marie, le grand avocat, mon meilleur ami et le plus honnête homme que je connaisse, »
Le soir même le vieux Vendéen reprenait le chemin de sa province.
« C'en est fait des Bourbonr , dit-il , il n'y a plus de légitimistes. »
L'imprimerie du Journal officiel n ]t\\isieurscassescontenant, pour le compte rendu des chambres, des clichés tout faits et classés par numéros ;ainsi l'on peut y voir : iN" 1. — Applaudissements prolongés.
N" 2. — Marques d'assentiment sur
tous les bancs.
N° 3. — Marques d'assentiment sur
queltpips bancs.
N" 'i. — Sensation.
N" à. — L'orateur est félicité par
ses collègues.
N" C. — L'orateur reçoit 1rs félicitations de plusieurs de se»
collègues.
N» 7 . — Ti ès-bien ! très-bien ! N" S. — Très-bien! — C'est cela!
N" 9. — Tiès-bieu !
N" 10. — Allons donc! allons donc!
>'■ 11. Oh! Oh!
}vo ,^, Ah! Ah!
iN" IIL — Mouvements divers.
i\o 14 Oui! Oui!
Etc., etc.
Il faut une grande attention et une grande habitu' - i^^ur ne pas se tromper de casse, et malgré routes les précautions, cela arrive qui Mjiie fois.
Lu orateur répondait, — c'était sons
QUI
OUI
la Constituante, — à un de ses collègues, homme très-estimable et d'une valeur leconnue; il s'exprimait en ces termes :
'. Notre collègue X..., dont l'honorabilité est au-dessus de toute atteinte... »
— Et l'Assemblée de crier :
« Oui.' Oui! »
Le lendemain, on lisait dans le Moniteur :
« Notre collègue, dont l'Iionoiabilité est au-dessus de toute atteinte... lOh!
Oh!)
On continue d'appliquer aux boulevaus \i système orthopédique. Le nivellemtnt s'opère peu à peu; c'est ainsi que la chaussée du boulevard BonnelS'ou\elle s'est al^aissée de plusieuis toises. Rien de mieux pour la chaussée; mais les maisons situées en face du Gymnase se trouvaient dans la position la plus désagréable et la plus ridicule. Bordées d'un étroit trottoir, perchées à trente pieds au-dessus du sol, impraticables aux voilures, ces pauvres maisons n'étaient plus guère bonnes qu'à servir de succursales à l'Observatoire, ou de correspondance au télégraphe. Pour les tirer de cette fâcheuse situation , un seul moyen s'offrait : c'était de les faire descendre au niveau du boulevard. On a donc allongé les maisons par le bas; leurs fondations ont été reprises en sous-œuvre, et les caves, montant en grade, ont vu le jour par de larges croisées.
Voilà sans doute un beau résultat , mais figurez-vous la position critique de quelques-uns des locataires. Ceux qui habilaient le premier étage se trouvaient logés au troisième, sans avoir déménagé ; grave inconvénient qui devait avoir des conséquences de plus d'une espèce.
Un monsieur, habitant une des susdites maisons, partit il y a quelques mois pour un lointain voyage, laissant au logis sa femme, jeune et belle. Après six mois d'absence, notre voyageur arrive sans avoir prévenu sa femme , qu'il veut surprendre agréablement. Cela se passait un soir, entre onze heures et minuit. 11 pleuvait et la nuit était sombre. Pressé de rentrer au domicile conjugal, le bon mari avait pris un cabriolet ; il se fait conduire au boulevard Itonne-Nouvelle; il donne jin cocher le numéro de la maison où sa Itmuic deu.eure toujours. IScus y voici.
Lecabriokt s'arrête à l'endroit indiqué, le mari descend : « Oh, oh! dit-il, on a réparé la maison ; on l'a élevée de plusieurs étages : c'est très-bien. »
Il entre; le portier îe reconnaît; ii monte au second étage : c'est là qu'il logeait à son départ, et sa femme n'a point changé de logement. Il sonne ; on ne lui ouvre pas; il sonne encore; cinq minutes s'écoulent, personne ne vient : la porte ne bronche pas. « Qu'est-ce que cela signifie.' Est-ce que par hasard ma femme ne serait pas chez elle à l'heure qu'il est.' — Affi eux soupçon ! — Mais si ma femme n'y était pas, le portier m'aurait averti !» Cette idée rassurante fait rentrer le calme et la sérénité dans l'àme du voyageur. 11 sonne pour la troisième fois avec confiance, avec vigneur, et de manière à interrompre le sommeil le plus profond.
Victoire ! un bruit de pas se fait entendre ;
on vient ouvrir, on va ouvrir mais on
s'arrête derrière la porte, et mie voix demande : « Qui est là.' » L'époux a frissonné depuis la plante des pieds ju.squ'à la racine des cheveux ! Cette voix intérieure ne ressemble en rien au doux organe de sa femme ; c'est une grosse voix mâle, qui répète son impertinente question : " Qui est là.' » L'infortuné voyageur trouve à peine assez de force pour répondre : ". C'est moi. — Qui, vous .' — Celui que vous n'attendez pas ! — .le n'attends personne. — Ouvrirez-vous enfin.' — Quand vous m'aurez dit ce que vous voulez. — Ouvrez, ou j'enfonce la porte !
Et joignant à la menace lui commencement d'exécution, le mari furieux lance un retentissant coup de pied. Cette démonstration suffit ; la clef touine dans la serrure, la porte s'ouvre, et le voyageur stupéfait se trouve face à face avec \\n grand jeune homme , orné d'épaisses moustaches noires, légèrement vêtu d'une robe de chambre et d'un bonnet de nuit. Le colloque est repris sur un ton plus que vif. Le grand jeune homme demande raison de son sommeil troublé, de son domicile violé par une insolente agiession. .i Voilà qui est trop fort : s'écria le mari au comble de la fureur. C'est monsieur qui se plaint, qui se fâche, lorsque je le trouve à cette heure et dans cette tenue, chez moi! — Chez vous.' — Oui, monsieur, chez moi! Vous ne me connaissez pas .' Je suis le mari ! — Quel ■
QUI
QUO
mari?... Mais je suis bien simple d'écoii-
j ter un homme qui est ivre, s'il n'est fou!
î Allez cuver ailleurs votre vin, rami , ou
i bien je vais faire appeler la garde. —
Vous m'en éparguerez doue la peine ; car
il me faut un commissaire pour constater
le flagrant délit, et des soldats pour vous
anèter. »
En disant ces derniers mots, le mari
voulut forcer le passage; il lui tardait de
confondre sa coupable moitié ; mais uue
I main vigoureuse le saisit au collet. 11
I voulut user de violence, une lutte s'en-
I gagea, et il fut cruellement vaincu.
Cependant le bruit de la bataille avait amené sur l'escalier tous les locataires de la maison. Tout à coup un cri retentit dans les régions supérieures.
« Grand Dieu! c'est mon mari! » Une femme éplorée descendit rapidement deux étages et vint relever le pauvre voyageur qui était tombé sous un violent coup de poing. « D'où sors-tu donc ? demanda le mari. — De là-haut, de chez moi. — Comment ! tu as déménagé sans me l'écrire? Tu n'habites plus le second? — Je n'ai pas bougé de place ; mais le second est devenu le quatrième. »
Tout est expliqué. Le mari, battu et content, n'avait plus qu'à faire des excuses au grand jeune homme. Celui-ci voulait absolument une réparation , un duel : il se laissa attendrir par les prières d'une jolie femme, qui avait à se venger d'un injurieux soupçon, mais qui ne voulait pas la mort du jaloux. »
(Eugène Guinot, Chronique.)
Quiproquo Tolontaire.
Le marquis de Louv..., épris des charmes de Mi'e Fermel, fut ces jours-ci chez elle et la pria sans fadeur de lui accorder une nuit. Vous devinez que Miie Fermel est trop polie pour refuser un joli seigneur. Elle y mit toutefois une condition, et demanda un collier dechatons dont elle avait besoin. C'eût été peu de chose pour un partisan , mais c'était beaucoup pour un marquis français, plus accoutumé à payer de sa personne que de sa bourse. Cependant, avec beaucoup d'esprit et peu de délicatesse, on se tiie aisément de tout. « Quoi! n'est-ce que cela, mon ange? Oh! rien n'est plus juste; mais, pour le moment, cela n'est pas possible ; si vous le trouvez bon, je vais vous en faire mon
billet... Vite de l'encre, du papier. » On écrit et ou couche. Le marquis, de retour à son hôtel, envoie chercher tous les petits chats du quartier, les entrelace avec des faveurs couleur de rose, et fait un collier de chatons admirable. On les met dans un joli panier garni de gaze en dedans et farci de rubans bleus au dehors; on porte ensuite le tout à Mlle Fermel, qui, charmée de l'élégance extérieure du cadeau, remet au porteur le billet du marquis. « Qu'il est galant! » disait-elle en défaisant la multitude de nœuds qui fermaient le panier. Elle lève la gaze, et, les fureurs de l'avarice trompée succédant au sourire de l'intérêt satisfait, elle charge le marquis d'imprécations soldatesques , et va se plaindre au doyen des maréchaux deFrance. « Lebilletexplique-t-il dequoi sera le collier? lui demanda le vieux juge du point d'honneur d'un air goguenard.
— Non, monseigneur, répondit la nympheplaignante. — Tant pis, mademoiselle, car, en ce cas, le marquis a rempli sa parole , et je suis votre serviteur. »
(Correspondance sec.rète.)
Quolibets.
Quelques religieux s'entretenaient un jour de l'âge et des actions de Notre-Seigneur, et disaient qu'il avait commencé à prêcher à la fin de sa trentième année. Un ignorant de la troupe leur demande quelle avait été la première action de Jésus-Christ après avoir atteint l'âge de trente ans ; comme ils hésitaient là-dessus : « Vous voilà bien embarrassés, leur dit-il, avec tout votre savoir. Ce qu'il fit d'abord ce fut d'entrer dans son année trente et unième, »
( l'ogge. )
Henri IV ceignit un jour, au milieu de ses courtisans, le baudrier à un paysan qu'il voulait récompenser de la valeur qu'il avait montrée dans un combat. La révolution que cette cérémonie causa au nouvel anobli lui fit lâcher ce qu'on devine bien... uue incongruité. La surprise et l'indignation se peignaient sur toutes les figures des grands seigneurs, lorsque le héros villageois , reprenant haleine , dit : « Sire, il fallait bien que la roture sortit par quelque endroit. «
( Curiosités anecdotiques. )
QUO
QUO
On (lit que Jodelet, allant nn jour à Saint Gerraaiu-en-Laye , renronfra en clicmin den\ jésuites, qui, cliarniés de ses lilaisanteiies. furent curieux de savoir son nom, et le lui demandèrent. « Mais vousmêmes . messieurs, leur répondit-il, feis^uant dp ne les pas connaître, peut-on vous demander qui vous êtes? »
A quoi les bons pères ayant reparti (pi'ils étaient de la compagnie de Jésus : « Oui! leur dit-il, mais est-ce de la Comliaguie de .lésas naissant, ou de Jésus moura t ? Car vous savez qu'il naquit • nire dmix liètes, et qu'il mourut entre deux larrons. »
(Uouhier, Souvenirs. )
Guv-Patin, abordant Renaudot à l'issue de l'audience où celui-ci venait de perdre son procès contre lui : « Consolez-vous, lui dit-il, vous avez stagné en perdant. — (^.omment cela ? — Vous étiez entré camus (Renaudot l'était en effet), et vous sortez avec un pied de nez. »
(Hatin, Histoire de la presse. )
Un auteur avait acheté une maison à Montmartre. » Ali ! ah! dit Piron, il retourne au pays (1). »
M. de Vendôme, bâtard de Henri IV, pnssant à Novon, logea aux Trois-Bois.
Le fils du maître de la maison, nouvellement reçu avocat, crut que sa nouvelle dignité l'autorisiiit h aller faire la révérence à M. de Vendôme; il y va. M. de Vendôme lui demanda qui il était. « Monsiein-, je suis le tils des Trois-Bois. — Le
fils de trois rois Monsieur, je ne suis
Ir fils que d'un ; vous prendiez le fauteuil : je vous dois tout honneur et respect. M
(Tallciiiaut des Réaux. )
Un jeune conseiller du parlement de Paris, étant allé à Rome, lut baiser les fiieds du jinpe Ottoboni, qui, lui ayant demandé qui il était, — et le jeune homme ayant répondu qu'il était un conseiller du roi de France : •' O re r/i Francln , s'érria-t-il, clie tu sei mal consigliato.'il). »
L'archevêque de Paris Christophe de Beaumont, fut taillé de la pierre sur la fin de sa vie. Le fameux frère Cosme, chargé de cette opération , eut un plein succès. Les Parisiens firent courir le bruit que le prélat refusait de payer son chirurgien sons le prétexte que le clergé était exempt de payer la taille.
{Curiosités aiiecdotiques .)
(i) Ce mot rappelle celui de ce conseiller d'É-, tat (I.i roi Louis Mil, qui tléfendit de mettre sur !>es billets d'cnU-irumunt aa qualité de conseiller
Le pcu|ile témoigna la plus grande joie au convoi de l'abbé Terray. Lorsqu'on lui porta le viatique, les poissardes avaient déjà crié, dans leur langage énergique : « On a beau lui porter le bon Dieu, il n'empêchera pas que le diable l'emporte, « ( Mémoires secrets, )
Quolibets {Éciiaiige de).
La mère du maréchal de Gassion était mie bossue, qui ne manquait pas d'esprit et faisait la goguenarde. On dit qu'un jour elle vit inie femme qui boitait des deux côtés : « Holà ! lui dit-elle, ma commère, vous qui allez de côté et d'autre (et en disant cela elle la contrefaisait) , dites-nous unjieii des nouvelles. — Ditesnous-en vous-même, vous qui portez le paquet, ■» lui répondit cette femme.
( ïallemaiit des Réaux.)
Le marquis de Cliami^cenetz, officier aux gardes, caracolait à la campagne sur un cheval. Un curé des environs, trottant modestement sur un àne, vint à passer : « Comment va l'àne, monsieur l'abbé.?
lui cria Champrenetz. — A cheval, mousieur l'officier, à cheval ! (2) «
du roi. Il est si mal consiille, dit-il, que j'aurais ])cur qu'on uem'cn demandât conqJte dans l'autre monde. »
(i) Montmartre était renommé pour ses moulins, et pour ses ânes.
(■>.) On connaît ce trait qui court dans tous les almanacbs : « lîonjoiir, la mère aux .ines. — Bonjour, mes enfants! » L'anecdote ]irée.f1inte a (-lé également exploitée suus diviisis formes dans tous les anas.
Racoleur.
Leiida tiouva le secret d'enrôler six hommes avec une pièce de trente sols.
Le premier se présenta, gagné par rapjiàt de la promesse de six louis. « Hé oni, Ini dit Lerida, c'est pour vous de l'or en barre ; voilà toujours une pièce de trente sols d'arrhes. » Le soldat crédule s'eng igea. Un second donna tète baissée dans le même piège : Lerida lui tint le même langage ; il demanda à emprunter la pièce de trente sols qu'il avait donnée au premier, il la remit pour arrhes au second. Quatre autres vinrent à la fde ; la pièce circula demain en main juscju'au sixième, qui crut que sou honneur l'obligeait de régaler de cet argent ses camarades au cabaret.
Passant sur la place d'une grande ville, il jeta d'abord les yeux sur douze grands hommes, qui étaient plantés là, les bras croisés , attendant qu'on leur donnât de l'ouvrage : « Voilà, dit-il en lui-même, de quoi faire une belle tète de compagnie ! rusons pour avoir celle proie. » Il endossa un habit bourgeois ; et, après avoir appris à un de ses amis à jouer le personnage d'un notaire, il aborda la tioupe : « Mes enfants, leur dit il, je dois faire un grand voyage, j'ai fait mon testament, un notaire vient de le recevoir; j'amais besoin de sept bons témoins : pourriez- vous me servir à. cet usage? Je vous payerai comme des témoins d'importance. » Ils firent tons offre de service. L'otTicier travesti ajouta : « Un antre que moi en exclurait quatre ou cinq de votre troupe ; mais la prévoyance est une belle chose : il y en a peut-être parmi vous qui ne seraient pas habiles à porter un témoignage ; ainsi je vous reliens tous, aQn que les uns suppléant au défaut des autres, mon testament ne soit pas nul. » Il mena ensuite dans sa chambre les douze hommes qu'il avait choisis. Le notaire supposé, après
avoir lu un faux testament, invita les témoins à signer, ce que la plupart exécutèrent. Ceux qui ne savaient pas signer eu furent dûment enquis. Le notaire de la comédie leur recommanda bien le secret. Et le lendemain nos témoins furent obligés d'aller en Flandre, où ils devaient témoigner au bruit de leurs mousquets leur zèle pour le service du roi.
Un homme assez aguerri étant tombé dans ses filets, se débattit vainement ; <> Je ne veux point, lui di* Lerida, enrôler personne par force; je vous déclare pourtant que dès que vous m'avez parlé , vous êtes à moi : signez donc de bonne grâce votre engagement.
J'aime mieux vous devoir vous-même à votre complaisance, qu'à la violence dont je pourrais user contre vous. « Le pauvre soldat se retrancha alors sur les conditions de son engagement. « Vous prenez, lui dit cet officier, un mauvais parti avec moi : Fi, fi! je n'aime point ces âmes vénales et intéressées. Livrez-vous à ma discrétion : je vous conseille contre moimême. Je n'y trouverai pas mon compte, parce que je vous donnerai plus que vous ne me demanderiez : les belles manières dans mes soldats me charment et m'enlèvent. » Le soldat séduit consentit à tout. (Bil'liot/iccjue de cour.)
Uuffiiié.
Un jour, à l'heure du diner, le chanteur Garât entre chez Véry, dont le restaurant était alors situé sur la terrasse des Feuillants, aux Tuileries, la rue de Rivoli n'étant pas encore percée. Apres s'être assis à une table, il appelle le garçon ; celui-ci accourt et s'empresse de disposer son couvert : « Y a-l-il des cailles ? lui demanda Garât en se renversant sur sa chaise. — Je vais voir, monsieur. » Après un instant d'absence, le garçon revient : « Monsieur, lui dil-il , il y eu avait, mais il n y