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en a plus : la dernière vient d'êlre enlevée pour un commandant de la garde des consuls. — Comment ! pas de cailles chez Véry ! s'écrie Garât. — Non, monsieur, tontes ont été demandées aujourd'hui. — Il faut doue mou'ir ! » dit alors Garât, du ton d'un martyr qu'on eût conduit au supplice.
Le dialogue suivant se renouvelait tous les jours entre lui et son valet de chambre.
« Benoist ! cria-t-il en paraissant l'aire un effort. — Voilà! monsieur. — Quel temps fait-il ce matin ? — Très-beau , monsieur. — Alors je me chausse'ai en esca'pins. — Monsieur s'habillera-t-il dès à présent? — Non! je mett'ai ma petite polonaise. — Laquelle , monsieur ? — Attends! » fit-il en arrêtant ses regards sur la magnifique glace qui servait de plafond à l'alcôve de son lit ; puis, après un moment de réflexion : « Je suis bien pâle, ajouta-t-il, j'ai l'ai' d'un mo't; queljou' sommes-nous aujou'd'hui ? — Mardi , monsieur. — C'est mou jou' de leçon chez la duchesse de *"' (dont le frère avait été tué dans la dernière campagne), je mett'ai ma polonaise couleu' reo'ets. — Monsieur déjeunera-t-il chez lui? — Impossible, j'ai p'omis au petit ba'on d'aller ce matin au café Ha'di. Je sais que d'illust'es ét'angers doivent s'y t'ouver dans l'espé'ance de m'y voi'.... »
(Marco Saint-Hilaire.)
Rag^e poétiiiue.
Un jour, il me vint un jeune poète comme il m'en vient tous les jours. Api es les compliments ordinaires sur mon esprit, mon génie, mon goût, ma bienfaisance, le Jeune poète tireun papier de sa poche :« Ce sont des vers, me dit-il. — Des vers! — Oui, monsieur, et sur lesquels j'espère que vous aurez la bonté de me dire votre avis. -—Aimez- vous la vérité ? — Oui, monsieur, je vous la demande. — Vous allez la savoir. i> Je lis les vers du jeune poète, et je lui dis : « Non-seulement vos vers sont mauvais, mais il m'est démontré que vous n'en ferez jamais de lions. — Il faudra donc que j'en fasse de mauvais, car je ne saurais m'empêcher d'en faire. — Voilà une terrible malédiction ! Concevezvous, monsieur, dans quel avilissement vous allez tomber? Ni les dieux, ni les hommes, ni les colonnes n'ont pardonné la médiocritéau\ [)oèfes : c'est Horacequi
l'a dit. — Je le sais. — Êtes- vous riche?
— Non. — Êtes- vous pauvre ? — Trèspanvre. — Et vous allez joindre à la pauvreté le ridicule de mauvais poète; vous aurez perdu toute votre vie, vous serez vieux. Vieux, pauvre et mauvais poète, ah ! monsieur, quel rôle : — Je le conçois, mais je suis entraîné malgré moi.
— Avez-vous des parents? — J'en ai.
— Quel est leur état? — Us sont joailliers. — Feraient-ils quelque chose pour vous? — Peut-être. — Eh bien, voyez vos parents, proposez-leur de vous avancer une pacotille de bijoux. Embarquezvous pour Pondichéry : vous ferez des mauvais vers sur !a route; arrivé, vous 1er 'z fortune. Votre fortune faite, vous reviendrez faire ici tant de mauvais vers qu'il vous plaira, pourvu que vous ne les fassiez pas imprimer ; car il ne faut i uiner personne >>
Il y avait environ douze ans que j'avais donné ce conseil an jeune homme lors- «pi'il ni'apparut : Je ne le reconnaissais pas. (i C'est moi, monsieur, que vous avez envoyé à Pondichéry ; j'y ai été , j'ai amassé là une centaine de mille francs. Je suis revenu, je me suis mis à faire des vers, et en voilà que je vous apporte... Ils sont toujours mauvais? — Toujours, mais votre sort est arrangé, et je consens que vous continuiez à faire de mauvais vers. — C'est bien mon projet. »
(Diderot.)
Railleries daiig^ereuses.
Un certain Théocrite avait offensé le roi Antigonus, qui était borgne. Ce prince promit de lui pardonner s'il venait lui demander sa giàce. Ses amis, pour l'y engager, lui disaient : « Ne craignez rien, votre grâce est assurée, dès que vous aurez paru aux yeux du roi. — Ah! dit-il, si je ne puis obtenir ma grâce sans paraître à ses yeux, je suis perdu. » Celte laillerie fut rapportée au prince, qui le fit mourir.
(Blanchard, École des tnœitis.
Tout le monde ne sait pas l'origine de la haine implacable que le duc d'Aiguillon avait jurée à M. de Chalotais. Il commandait en Bretagne, lorsqu'en 1758 les Anglais descendirent à Saint-Cast, et il était à la tète du corps de troupes cjui les obli-