‹ Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes, anciennes, franaises et étrangères (volume 2)Chapitre 9 sur 180 · LAN · texte numérisé non relu

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Ijang^iip fpaiiçaîse (Lrcoiide).

Madame de Sévigné s'informaut de ma santé , je iiii dis : « Madame , je suis eiiiliumé. — Je la suis aussi , me dit-elle. — Il mesem])le, lui dis-je, madame, rjue, selon les règles de notre langue, il faudrait dire : Je le suis. — Vous direz comme il vous plaira, ajouta-t-elle, mais, pour moi, je croirais avoir de la h.iibe si je disais autrement. «

l^Menagiana.)

Mon portemanteau /tait tomlx' une fois de derrière la chaise ; j'avais été obligé de descendre deux fois pai Id pluie , et je m'étais mis une autre fois dans la boue jusqu'aux genoux , pour aider le postillon à l'attacher. Je ne savais ce qui causait un dérangement si fréquent. J'arrive à Montreuil, et l'hôleme demande si je n'ai pas besoin d'un domestique. A ce mot, je devine que c'est le défaut d'un domestique (pii est cause que mon portemanteau se déranges! souvent.

« Un domestique! dis-je, oui, j'en ai bien besoin ; il m'en faut un. — Monsieur, (lit l'hôte, c'est qu'il y a ici près un jeune homme qui serait charmé d'avoir l'honneur de servir un Anglais. — Et pourquoi plutôt un Anglais qu'un aulre.^ — Ils sont si généreux ! répond l'hôte. — Bon ! disje en moi-même, je gage que ceci me coûtera vingt sous de plus ce soir... — C'est qu'ils ont de quoi faire les généreux, ajouta-t-il. • — Courage! medisais-je, autres vingt sous à noter. — Pas plus tard qu'hier au soir, continua-t-il , un milord anglais offrit un écn à la fille... — Tanl. pis pour mademoiselle Jeanneton, » dis-je. Mademoiselle Jeanneton était fille de l'hôte; et l'hôte, s'imaginantqueje n'entendais pas bien le français , se hasarda à m'en donner une leçon : « Ce n'est pas tant pis que vous auriez dû dire, monsieur, c'est tant mieux. C'est toiijours tant mieux , quand il y a quelque chose à gagner; tant pis, quand il n'y a rien.,. — Cela revient au même , lui dis-je. — Pardonnez-moi, monsieur, dit Thôte, cela est bien différent. «

Ces deux cxpiessions , tant pis et tant w/«<.r, étant les deux grands pivots de presque toutes les conversations françaises, il est bon d'avertir qu'un étranger qui va a Pans ferait bien de s'inslruiie, avant

d'arriver, de toute l'étendue de leur usage.

Un jeune marquis , plein de vivacité , demanda à M. Hume , à la table de notre anii)assadeur, s'il était M. Hume le poète : " Non,, dit M. Hume tranquillement. — Tant pis, » répond le marquis.

<c C'est M. Hume l'historien, dit un autre. — Ah ! tant mieux , » dit le marquis. Et M. Hume, dont le cœur, comme onsait, est excellent, remercia le marquis pour son tant pis et pour son tant mieux.

( Sterne, T'oyage sentimental, )

Ijaiiffiie înTenfée.

La plupart des précepteurs dnjeuneBeujamin Constant échonaientcontre l'indocilité de leur écolier. L'un d'eux pourtant réussit à lui enseigner quelque chose. « H me proposa, dit-il, de nous faire à nous deux une langue qui ne serait connue que de nous. » Cette proposition enflamma l'imagination du jeune Benjamin Constant.

On se met à l'œuvre, et on commence par inventer un alphabet. C'était le précepteur qui traçait les lettres de la langue nouvelle. Après les lettres vint un dictionnaiic. Quel charme de ranger ces mots de son invention sous des lois grammaticales! Bientôt la langue à deux, la langue inconnue, se trouva complète, riche, colorée, pleine d'une grandeur, d'une magnificence, d'une grâce à faire pâlir tous les idiomes vulgaires.

Cette langue , c'était du grec.

Selon la propre expression de M. Benjamin Constant hii-méme, son piécepteur avait réussi à lui faire apprendre le grec en le lui faisant inventer.

( Hipp. Castille, Portraits contempo-

liapsus lin^iiae.

Les jésuites avaient coutume d'exposer pendant quelques jours de l'année des tableaux énigmatiques qu'ils faisaient expliquer sur un petit théâtre fait exprès pour ces jours-là, et quecachaitle maître-autel. Ceux qui voulaient discuter ne pouvaient le faire qu'en latin. Baibier d'Aucour, avocat au parlement de Paris, s'étant mis un jour delà partie, laissa échapper, dans la discussion , quelques termes immodestes. Averti par le jésuite qui présidait à cet exercice de ménager ses fermes, à cause delà sainteté du lieu, d'Aucour répon-

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dit : « Si locit.'! est sacriis , quarc expon'itis... ? " Le sacius courut aussitôt de bouclie en bouche. Les régents et les écoliers répétèrent ce barbarisme , et d'Aucouriie fut plus appelé que l'avocat sacriis.

{Lettres sérieuses et badines.)

Un écolier qui, dans une pièce de collège, avait un rôle de deux mots : « Sonnez, trompettes I » s'écria, dans son émotion : « Trompez, sonnettes ! »

(Citons encore ce comédien de profession, né pour moucher les chandelles, qui ayant à dire :

C'en est fait, il est mort.

s'écria avec componction :

C'en est mort, il est fait.

Et cette actrice de province, jouant Camille, qui dit à son frère et à son amant :

Que l'un de vous me tue et que l'autre me mange.

Et cette autrequi, chargée du rôled'Agrippine, au lieu de :

Mit Claude dans mon lit, et Rome à mes genoux,

se trompa ainsi :

Mil Uome dans mon lit, et Claude ;i mes genoux.

— Un jour, Quin, jouant le juge Balance, dans l'Officier recruteur, de Foote, eut une singulière distraction. En interrogeant mistress Woffington, qui faisait la lille du juge : « Syl via, lui dit-il, quel âge aviez-vous quand votre mère se maria ? » L'actrice restant interdite, il se reprit : « Je vous demande quel âge vous aviez <|uand votre mère naquit. » — « Je regrette de ne pouvoir réjiondre à cette question, répliqua celle-ci ; mais je puis vous dire, si vous le désirez, quel âge j'avais quand elle mourut. «

— Auger, excellent valet de comédie, eut plus d'une fois de ces lapsus, et de moins pardonnables encore, qui sont restés célèbres au théâtre. C'est lui qui disait cai;didement, en plein Théâtre-Français :

Et si dans la province Il se donnait en tout vingt coups de nerf de licciif, Mon pî-re, pour sa part, (n empochait <//j--/(i/(/.

(V. Fouriicl, Curiosités lliédtralcs.)

Monnet, le vieux régisseur de l'Ambigu- Comique, mort récemment, a été acte.ir et n'a quitté les planches qu'à la suite d'un incident assez comique.

C'était à je ne sais quel drame de Joseph Bouchardy, dans lequel il remplissait un rôle de domestique dévoué.

La pièce, après s'être traînée cahin-caha, an ivait à son dénoiîment, qui était palpitant d'intérêt, car le jeune premier avait quitté la scène en annonçant qu'il allait se tuer, et sa mère et sa fiancée se tordaient de douleur.

Tout à coup un coup de fusil retentit :

« Raoul est mort!... » disent les deux femmes.

Et elles tombent à genoux.

« Rassurez- vous, mesdames, 's'écrie le confident Monnet en rentrant en scène, h; raté a fusil. »

Le drame se termina par un franc éclat de rire,

( Figaro. )

Les jni ('s sont toujours choisis dans la population la plus éclairée. Or, à l'époque du |)rocès historique de Strasbourg, il y avait un juré qui n'entendait pas la langue de Voltaire, On dut traduire à son usage non-seulement les dépositions des témoins français, mais toutes les plaidoiries, d'un bout à l'autre. Et le hasard malicieux voulut que ce bonhomme se trouvât le chef du jury. Et c'estluiqiii, appuyant la main droite sur le cœur, qu'il avait licuretisemcMt à gauche, émit cette singulière déclaration :

« Sur mon honneur et ma conscience, devant Dieu et devant les hommes, non, le jury n'est pas coupable. ■»

On avait employé deux heures à lui apprendre la phrase en français !

(Edm, About, Opinion nationale. )

Un jour, le docteur Laborie, médi'ciiide l'Opéra, est chargé d'aller constater une indisposition grave d'une demoiselle du corps de ballet, qui avait plus de piotecteurset de prétention que de talent.

Il la trouve emmitoullée au coin du feu, et d'un ton sentimental :

« Docteur, lui dit-elle , je suis bien malade; je viens d'avoir la douleur de perdre ma pauvre grand'mère, et ce cotip cruel »

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