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Betouches malhenreuscs.
Le chancelier d'Aguesseau retouchait sans cesse ses ouvrages ; quel(|iiefois il atténuait la force que leur avait imprimée un premierjet. Étant avocat général au parlement de Paris, il lui arriva de montrer à son père, pour la seconde fois, un diîrours qu'il venait de corriger : « Le défaut de votre discours, lui dit son père, était d'clre trop beau; il l'est moins depuis que vous l'avez retouclié : si vous le retouchez encore, il ne le sera plus. »
(Thomas, Eloge de d' Jguesicaii. )
Berauche.
Aster d'Amphipolis avait offert ses services à Philippe, roi de Macédoine, en l'assurant qu'il ne manquait jamais un oiseau au vol : « Je vous prendrai à mon service, lui répondit Philippe, ([uand je ferai la guerre aux hirondelles. » Piqué de cette plaisanterie, Aster alla s'enfermer quelque temps après dans Méthone, assiégé par le roi de Macédoine, et décocha à celui-ci une flèclie portant cette inscription : « A l'œil droit de Philippe, » et il le lui creva en effet. Le roi fit renvoyer la flèche avec cette autre inscripli(m : « Si Philippe prend la ville, Aster sera pendu. » La ville fut prise, et Aster fut pendu.
(Rollin, n'ist. atuienne.)
En une ville de Normandie, uu coupeur de bourses, se voyant condamné au fouet , dit à l'exécuteur : « Frère, mon ami, je te prie, traite-moi doucement, à la pajeille. » Le bourreau, indigné de cette pareille, le traite si cruellement, qu'il croyait bien de ne tomber jamais entre les mains de ce prometteur de pareilles. Se voyant délivré de cette écorcherie , il dit au bourieau : « Je te le rendrai tôt ou tard, où je le pourrai. » Au bout de d('u\ ou trois ans, ce coupeur de bourses revint à la ville où il avait été si bien épousselé, pjur en tirer raison.
N'étant plus reconnu de personne , voici ce (pi'il fit. Un jour de marché, il coupa subtilement la bourse d'une bouigeoise, et la mit dans le panier du bourieau (pii faisait sa quête.
Apres qu'il eut fait le tour, il dit à la
bourgeoise : « Madame, on a coupé votre bourse, et ne jugeriez-vous pas celui qui a fait le coup.' »et lui montra le bourreau, en lui disant tout bas qu'elle était dans son panier. Elle ne manqua point de visiter ce panier, où elle trouva sa bourse, et la fit voir à tous ceux du marché. Voilà le bourreau saisi par deux sergents, qui le menèrent en prison.
Étant convaincu du crime, il fut condamné à être pendu. Or, ne se trouvant point de bourreau, celui même qui avait coupé la boursL- se présente à la Justice pour faire l'exécution. Il fut admis; le patient lui est livré, qu'il conduit au supplice. Étant sur l'échelle prêt à être jelé, ce nouveau bourreau dit tout bas à l'oreille du patient : « Écoute; ne te souvient-il plus, quand tu me baillas le fouet, que tu me traitas si rudement, quoique je t'eusse dit J la pareille? C'est moi qui ai coupé la bourse, et l'ai mise dans ton panier. » Au même temps, le patient s'écria : « Monsieur le greffier, un mot. » Ce nouveau maître en son chef-d'œuvre ne voulut ouïr tant de discours; et quoique le greffier lui criât : « Attends, » il pousse à !)asle pauvre infortuné, eu disant ;« C'est un causeur (1). »
{Le Bouffon de la coui .^
Un jour, Drusquet alla prier M. le maréchal ( de Strozzi) d'accord; et pour en boire le vin du marché , il le pria de vouloir venir un jour prendre son diner chez lui, et c;u'il le traiterait en roi; qu'il y conviât seulement une douzaine des galants delà cour, et qu'il leur ferait une très-bonne chère. M. le maréchal ne faillit au jour promis, et y mena son convoi. Quand ils fuient arrivés, ils trouvèrent Brusquet fort empêché, qui vientaudevant d'eux, les bien accueillir, une serviette sur l'épaule : « Or lavez les maiis, messieurs, dit-il; vous soyez les très-bien venus ! Je vous vais quérir à manger. » Ce qu'il fit. Et, pour le premier service, il vous porta pour le moins, sans autre chose, une trentaine de pâtés, qui petits, qui moyens, qui grands, qui tons chauds, sentaient très-bon; car il les avait fait
(i) I.a même hisloire sn trnuvr, mais longuelH; et moins boniio, dans les Contes de d'Ouvi:le
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faire bien à propos touchant la sauce du dedans, sans y avoir épargné ni cpiccni canelle, non pas même du musc. Après qu'il eut assis ce premier mets, leur dit : « Or, messieurs, mettez-vous à table, je vous vais quérir le reste, et cependant videz-moi ces plats pour faire place aux autres. « Lui, étant hors de la salle, prend sa cappe et sonépée, et s'en va droit au Louvre avertir le roi de son festin ; et comme il avait laissé ses gens bien étonnés à l'heure qu'il parlait. Or, dans ces pâtés, aux uns il y avait des vieilles pièces de vieux mors de brides, aux autres de vieilles sangles, aux autres de vieux contre-sanglons, aux uns de vieilles croupières, aux autres de vieux poitrails, aux uns de vieilles bossettes, aux autres de vieilles testières , aux uns de vieux pommeaux de selle, aux autres de vieux arçons ; bref, ces messieurs les pâtés étaient remplis de toutes vieilles penailleries de ses chevaux de poste , les uns en petits morceaux et menuisailles, les autres en grandes pièces en forme de venaison.
Quand ces messieurs furent à table , qui avaient tous grand faim , et s'attendaient à bien carreler leur ventre , tous fort avidement se mirent à ouvrir ces pâtés , qui fumaient et sentaient bon , et chacun le sien comme il voulait. Je vous laisse à penser s'ils furent étonnés quand ils virent cette bonne viande si exquise. Encore dit-on qu'il y en eut quelques-uns qui mirent quelques morceaux en la bouche de ces menuisailles, pensant que ce fût quelques friandises ; mais ils les otèrent bientôt, et de cracher. Enfin, tous s'écrièrent : « Yoicy des traits de Brusquet ! »
Mais M. le maréchal, qui en riait le premier son soûl, la lui garda bonne ; car, quelque temps après, il lui fit dérober un fort beau petit mulet allant à l'abreuvoir, car il allait toujours attaché à la queue des autres chevaux de poste ; ce qui était fort aisé à faire. Aussitôt qu'il l'eut eu , aussitôt le fit accoutrer et écorcher,et en fit faire des pâtés, les uns d'assiette, les autres à la sauce chaude, les autres en venaison ; et sur ce convier IcditBrusquet à venir dîner avec lui, l'assurant qu'il le traiterait bien , sans tromperie. Brusquet y va , qui avait lionne faim et qui mangeait bien de son naturel, se mit sur ce pâté d'assiette et de sauce chaude, à en manger sou soûl, et puis sur
celui de venaison prétendue. Après qu'il fiitbiensoîd,M. le maréchal lui demanda : « Eh bien , Brusquet , ne l'ai-je pas fait bonne chère.' Je ne t'ai pas trompé comme toi, qui nous fis mourir de faim. "Brusquet lui répondit qu'il était très-content de lui, et qu'il n'avait jamais mieux mangé. « Or, lui répliqua M. lemaréchal, veux-tu voir ce que tu as mangé ? » Soudain il lui fait apporter la tête de son mulet sur la table, accommodée eu forme d'hure de sanglier, et lui dit : « Tiens, voilà, Brusquet, lui dit-il, la viande que tu as mangée ! tu reconnais bien cette béte.' " Qui fut étonné ? Ce fut Brusquet, dont il rendit sur-le-champ si fort sa gorge qu'il en euida crever, autant du mal de cour qu'il en conçut que du déplaisir d'a-voir ainsi dévoré son pauvre petit mulet qu'il aimait, tant, et qui le menait si doucement aux champs et à la ville et partout.
( Brantôme, Fies des grands capitaines. ) -
En 1753 l'abbé de Voisenon donna au théâtre italien un petit acteassez maussade. La pièce n'ayant eu aucun succès, quelqu'un lui demanda pourquoi il l'avait risquée à la scène : « Il y a si longtemps, répondit-il, que tout Paris m'einiuie en détail que j'ai saisi cette occasion pour rassembler mon monde et prendre ma revanche en gros. «
( Curiosités anecdoti(j. )
L'un de nos plus aimables courtisans, également bien venu au Painasse, à Cytlière et à Versailles ( M. de Boufflers), se vengea dernièrement, par ime épigrammc sanglante, de l'infidélité d'une belle marquise. Cette petite pièce ne parvint à sa destination qu'ajnès avoir passé dans vingt cercles. La marquise écrit sur-le-champ au chevalier pour lui demander le pardon de ses torts, le supplier de détruire toutes les traces de sa vengeance et l'engager à venir chez elle, à une heure indiquée, pour sceller une réconciliation sincère. Le chevalier connaissait trop bien les femmes pour aller sans défiance au rendez-vous. Il se munit de pistolets. A peine avait-on fait les premières explications, que quatre grands drôles arrivent, le saisissent, retendent sur le lit, le déshabillent autant qu'il était nécessaire pour exécuter leur
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di— ein, et lui administrent en cadence cin- ((iiiiiite coups de %erges sous le commandeiiiiiit de Madame. La cérémonie finie , le chevalier se relève froidement, se rajuste, et s'adressant aux spadassins que la vue de ses pistolets à deux cotips fit trembler : (i Vous n'avez pas fini votre besogne, leur dit-il, Madame doit être satisfaite, mon touuest venu ; je vous brûle la cervelle à tous les quatre , si vous ne lui rendez à
l'instant ce que je viens de recevoir. »
Cet ordre était donné avec trop de fermeté, et M. de B. l'accompagnait de manières trop engageantes pour qu'on lardât à lui obéir. Les pleurs de la belle n'empècbèrent pas que le satin de sa peau ne fût déchiré sans pitié. Mais ce ne fut pas tout: M. de B. voulut que les exécuteurs de ces actes de vengeance se fissent subir mutuellement une semblable punition ; puis, voulant se retirer :« Adieu, Madame. Que rien ne vous empêche de publier cette plaisante aventure : Je serai le premier à en régaler les oisifs. »..., On prétend que la marquise courut après lui, se mit à ses genoux , et le conjura tellement de garder le secret , qu'il soupa chez elle le même soir pour déconcerter les indiscrétions (1). (Métra, Correspondance secrète. )
Young, le célèbre auteur Ae?, Nuits, avait, avant ses malheurs, un caractère bien éloigné de la sombre mélancolie qu'il annonce dans cet ouvrage. Il était ecclésiastique et fort bon musicien.
Un jour qu'il était en bateau avec quelques dames qu'il conduisait au Wauxliall, il se mit à jouer de la flûte , instrument sur lequel il excellait. Mais, suivi bientôt et côtoyé par un autre bateau rempli de jeunes militaires, il s'interrompit, et lemit sa flûte dans sa poche. « Pourquoi cessez-vous de jouer.' demanda au docteur un de ces étourdis. — Par la même raison , répondit Young, que j'avais commencé à jouer. — Quelle est cette raison ? — C'est que cela me plaît. — Eh bien! réplique le militaire , reprenez sur-le-champ votre flûte, sans quoi il me plaira devons jeter dans la Tamise. » Le docteur, qui vit que la querelle commençait à répandre l'effroi parmi les dames avec qui il était, céda à la circonstance , et joua d'assez
(i) Voir Expérience personnelle.
bonne grâce pendant tout le trajet. Arrivé au Wauxhall , il ne perdit pas de vue son agresseur, et l'ayant tiouvé dans la soirée se promenant seul dans une allée, il l'aborda, et lui dit d'un ton ferme et tranquille : « Monsieur, la crainte de troubler votre compagnie et la mienne m'a fait céder à votre impertinence; mais, pour vous prouver ([ue le courage peut loger sous un uniforme noir comme sous un rouge, je vous prie de vous trouver demain à Hyde-Park , à dix heures. Nous n'avons pas besoin de second : la querelle est entre nous, et il est inutile d'y compromettre des étrangers. Là , si vous le voulez bien , nous nous battrons à l'épée. » Le jeune officier accepte le défi. Arrivés tous les deux au rendez-vous à l'heure indiquée, l'officier tire son éjiée et se met en garde; mais Young lui présente aussitôt un pistolet sur la gorge. « Ètes-vous venu ici pour m'assassiner.' s'écrie le militaire. — Non , répond tranquillement le djcteur ; mais ayez la bonté de remettre sur-le-champ votre épéedans le fourreau, et de danser \m menuet, sans quoi vous êtes mort. » L'officier fit quelques façons, mais le flegme e* le Ion ferme de son adversaire lui imposèrent tellement, qu'il obéit. Le menuet dansé : « Monsieur, dit Young, vous me forçâtes hier de jouer de la flûte malgré moi; je vous ai fait danser aujourd'hui malgré vous; nous voilà quittes. Si cependant vous n'êtes pas content, je suis prêt à vous donner telle satisfaction qu'il vous plaira. » Pour toute réponse , l'officier lui saute au cou , et le prie de l'honorer de son amitié. Dès ce moment commença entre eux une liaison qui ne cessa qu'à la mort du docteur Young.
(Paris, Versailles, les j^ro^'n es.)
Cette anecdote piquante, q\ii a été mise sur le compte d'une foule de personnage», pourrait bien n'être qu'une imitation du conte suivant (1) :
(i) Non-seulement elle offre une certaine analogie avec celle de Boufflers , citée un peu plus haut, mais nous la trouvons, dans le Moniteur, racontée tout au long par un critique musical autorisé, comme ayant eu Weber pour héros, et nous en rencontrons aussi, dans le Choix d'anecdotes cm\ fait partie des Manuels Roret, une pareille, où Weber est remplacé par un abbé et le jeune officier par un baron : la scène se passe d'abord au
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Un gentilhomme gascon, fort vaillant, se trouva un jour dans un bal , où il tut obligé de danser, de quois'acquittant fort mal , il vit un cavalier français qui se moquait de lui. La danse étant finie, il va l'accoster, el lui demande quel sujet il avait de rire quand il dansait? A quoi ce cavalier français répondit qu'il avaitjuste sujet de rire, voyant qu'il se mêlait d'une chose où il n'entendait rien, h Pour moi, dit-il, je danse peut-être aussi mal que vous, mais pour le moins je m'en abstiens, pour ne point faire paraître mon ignorance et obliger le monde à se moquer de moi. — Cap de hious, dit le Gascon , je veux bien que vous sachiez qu'il est vrai que je danse mal, mais je me bats fort bien. — Si c'est cela, dit le Français, qui n'avait guère peur de lui , je vous conseille de vous battre toujours, et de ne danser jamais. — Parbieu, dit le Gascon, je le veux bien , et pour m'y obliger, voyons si vous aurez la hardiesse de vous trouver demain, à telle heure, en tel lieu, et l'épée à la main; je verrai si vous dansez aussi bien que je me sais battre. » Le Français accepte le défi, et ne minque point de se trouver au lieu assigné. Le Gascon s'y trouve aussi avec une carabine chargée et bandée, et le chien abattu, qui, se présentant devant le Français, le couche en joue, lui disant :« Vous m'avez vu danser, mais parbieu, je saurai ce que vous savez faire en ce métier-là : dansez, morbieu , ou je vous tue. » Le Français s'étonne de cette action, et lui dit que ce n'était pas procéder en homme d'honneur de l'attaquer avec tel avantage ; mais le Gascon, couchant toujours en joue, lui dit : « Cap de bious, vous danserez , ou je vous tue. » Le Français aima mieux lui obéir, lui demandant "quelle danse il voulait qu'il dav.sàt. « Une courante, morbieu, » dit le Gascon. 11 se mit à la chanter, et le Français n'osant répliquer danse, et le Gascon lui criait, sans làcher sa carabine : « Plus haut, cap de bions, plus haut. » Après l'avoir bienfait sauter, et danser son soûl : « Parbieu , tu
ne danses
verrons qui
pas mieux que moi , mais nous
bat
le mieux ; » et ayant
l)o!s de Boulogne, puis dans l'appartement du l):iron, quiest surpris au lit et forcé de danser en cliemisc. Le critique du Moniteur n'aurait-il pas fait pourWeber, comme pourHaendcl (\' Duelliste tlecniuerte, note), une simple transplantation d'aiircdotc?
dit cela, il lâche la carabine en l'air, et mettant l'épée à la main et le pourpoint bas, attaqua l'autre, qui se mit en pos' ture de se défendre. Le conte dit qu'ils se battirent assez longtemps , mais je n'ai pu savoir qui eut l'avantage.
(D'Ouville, Contes.)
Rêve odorant.
Un vieux militaire en voyage voulut passer la nuit dans un château abandonné. On chercha à l'en détourner, en lui parlant d'esprits qui s'en étaient emparés.
Trop éclairé pouravoirpeurdes revenants, trop biave pour craindre ceux qui voudraient les contrefaire, décidé d'ailleurs par un temps affreux qui ne lui permettait pas d'aller chercher un gîte ailleurs, il s'étend tout armé sur un lit de camp, où il est surpris par un profond sommeil. Mais bientôt la salle où il se trouve se remplit d'une nombreuse et brillante société ; un repas somptueux est servi, et, au moment de se mettre à table, un des convives aperçoit le lit où est l'étranger. Alors on s'approche, on l'entoure ; par mille proposobligeauts on l'invite à prendre part au festin. Après le souper, un des convives dit au vieux militaire : « Monsieur, nous sommes les gardiens d'un trésor qui vous appartient; suivez-nous , nous vous le remettrons. » Puis on l'entraîne dans un vaste champ; on s'arrête , on lui montre une place : " Là, dit-on, sont enfouis les trésors que nous devons mettre à votre disposition. >> A ces mots, toute la bande disparait.
Sans instruments, sans secours, au milieu de la nuit , le militaire est forcé de remettre au lendemain les fouilles nécessaires. Mais comment s'y prendre pourreconnaîtie la place ? L'idée lui vient de la marquer en satisfaisant tout à la fois un besoin pressant, qui lui est s-irvenu tout à coup. Ce projet exécuté.... il s'éveille; il avait fait un beau rêve. La marque qui devait lui servir de renseignement était dans son lit; mais le trésor n'y était pas. {Choix (V anecdotes.)
Rêves prophétiques.
Avant do venir chez moi, M"* de Fontanges avait rêvé tout ce qui devait lui arriver, et un pieux capucin lui avait expliqtié son rêve. Elle me l'a raconté ellemême, avant de devenir maîtresse du roi.
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Elle rêva qu'elle était montée sur une haute montagne, et qu'étant sur la cime , elle tut élilouie par un nuage resplendissant ; que tout à coup elle se trouva dans une si grande obscurité , qu'elle se réveilla de frayeur. Quand elle fit part de ce rêve à son confesseur, il lui dit : « Prenez garde à vous : cette montagne est la cour, où il vous arrivera un grand éclat ; cet éclat sera de très-peu de durée. Si vous abandonnez Dieu, il vous abandonnera , et vous tomberez dans d'éternelles ténèbres. »
(Princesse palatine, Mémoires.)
Lorsque l'abbé Dubois eut appris que le cardinal de la Trémouille, archevêque de Cambrai, était mort, il eut l'impudence d'aller trouver le régent, et lui dit : K Monseigneur, j'ai rece cette nuit quej'étais archeséquede Cambrai. » Sur quoi le régent, regardant Dubois avec une soi te de mépris , lui dit : « Tu fais des rêves bien ridicules ! « Et cependant le rêve ne larda pas à se réaliser.
( Faslcs de Louis XV. )
M, de Saint-Remy, vice-roi de Sardaigne , fit un rêve pénible, où il lui sembla que la peste s'était introduite dans son gouvernement et y faisait d'affreux ravages. A son réveil , on lui annonça qu'un bâtiment de commerce sollicitait l'entrée du port ; il refusa sans hésiter. On revint à la charge, en demandant qu'au moins le navire fût reçu dans le lazaret ; mais le vice-roi , encore ému des angoisses delà nuit , s'y opposa avec véhémence et menaça de faire tirer sur le bâtiment s'il ne s'éloignait à l'instant.
Toute la villede Cagliaritaxacepiocrdé de caprice et de folie. Mais bientôt on apprit, avec étonnement , que ce navire était celui du capitaine Chataud , qui venait d'introduire la peste à Marseille. — La singularité de ce fait et les pressentiments du vice-roi parurent assez remarquables pour qu'on les consignât dans les registres de la ville , où chacun peut encore en lire le récit.
( Lemontey, Histoire de la Régence.)
Revenants.
Un jour que Marsile F loin, philosophe llorcntin , disputait avec Michel Mercati, sou disciple , sur l'immortalité de l'âme, comme ils ne s'entendaient pas, ils con- . lurent que le premier qui partirait pour l'autre monde en viendrait donner des nouvelles à l'autre. Un soir que Michel , bien éveillé , s'occupait de ses études , il entendit le bruit d'un cheval qui venait en grande hâte à sa porte, et en même temps la voi.v de Marsile qui lui criait : <i Michel, rien n'est plus vrai que ce qu'on dit de l'autre vie. " Michel ouvrit la fenêtre, et vit son maître Ficino , monté sur un cheval blanc, qui s'éloignait au galop. Il lui cria de s'arrêter, mais Marsile continua sa course jusqu'à ce qu'on ne le vit plus. Le jeune homme, stu|éfait, envoya aussitôt chez Ficino , et apprit qu'il venait d'expirer.
(GoUin dePlancy, Diclionn. infern. )
La reine mère avait fait faire pour elle un appartement au dessus de la galerie de Fontainebleau; ses femmes Ue chambie étaient forcées de passer la nuit dans celte longue galerie. Elles disent qu'elles ont vu le roi François se promenée couvert d'une robe de chambre verte et à fleurs, mais il ne m'a jamais fait l'iicnneur de se montrer à moi : il faut (jue je ne sois pas en faveur auprès des esprii J'ai doimi dix ans dans la cbambre on feu Madame est morte , et je n'ai jamais rien pu voir. La première fois que JI. le dauphin y dormit, sa tante, feue Madame, lui apparut ; c'est lui-même qui me l'a raconté. Il lui vint un besoin tandis qu'il était couché : il se leva , se mit sur sa chaise percée, et commença, sauf respect, à satisfaire son envie. Comme il était en pleine opération , il entendit ouvrir la porte qui menaitau salon ;le même soir un grand bal avait été donné dans ce salon. Il vit arriver une dame bien parée, ayant un vêtement bleu , une belle jupe jaune , et sur la tête beaucoup de rubans jaunes ; elle avait la tête tournée vers la fenêtre. M. le dauphin trouva que c'était la jeune duchesse deFoix ; il se mit à rire , et pensa en lui-même combien cette dame serait effrayée quand elle le verrait assis en chemise. Il commença ainsi à tousser, afin de lui faire tourner la tête
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etlesyeuxdececôlé, cequefitcette dame ; in.iis, au lieu de la duchesse de Fois, ce fut feu Madame qu'il -vit devant lui , telle qu'il l'avait vue la dernière fois. Au lieu d'eflVayer la dame, ce fut lui qui fut tellement épouvanté, qu'il s'élança de toute sa force dans le lit où doimait M"" la dauphine. Ce brusque mouvement la réveilla, et elle dit : « Qu'avez-vous donc , monsieur, de sauter ainsi? » 11 répondit : » Dormrz , je vous le dirai demain. « M. le dauphin a soutenu toute sa vie que coite histoire était vraie. Ce que j'en ai ciu , c'est que M. le dauphin , qui avait l'habitude de rester longtemps sur la cliai-e percée, s'y est endormi et qu'il a ^u «n scène tout ce qu'il a raconté.
(Madame, duchesse d'Orléans, Correspondance. )
Madame Deshoulières étant allée voir une de ses amies à la campagne , on lui dit qu'un fantôme se promenait toutes les nuits dans l'un d«s appartements du château , et que depuis bien du temps personne n'osait l'occuper. Comme elle n'était ni superstitieuse ni crédule , elle eut la curiosité de s'assurer du prodige par elle-même, et voulut absolument coucher dans cet appartement. En effet , au milieu de la nuit, elle entendit ouvrir sa porte : elle parla; mais le spectre ne lui répondit rien ; cependant il marcha pesamment vers elle. Une table qui était au pied du lit fut renversée, et ses rideaux s'enlr'ouvrirent avec bruit. La dame, peu troublée, allongeait les deux mains, pour sentir si le spectre avait une forme palpable. En tâtonnant, elle lui saisit les deux oreilles, qui étaient longues et velues, ce qui lui donnait beaucoup à penser. Elle n'osait retirer une de ses mains pour loucher le reste du corps, de peur qu'il ne lui échappât ; et pour ne point perdre le finit de sa peine, elle se tint dans cette attitude jusqu'à l'auroie. Enlin, au point du jour, elle reconnut dans l'auteur de tant d'alarmes un gros chien assez pacifique, qui n'aimant point à coucher dehors, avait coutume devenir chercher de l'abri dans celte chambre , dont la ftrrure ne fermait pas.
( Mémoires anecdotes. )
de moi ( c'est la comtesse de Furstemberg qui ])arle), et Ion voulait lui faireépouser par force une autre demoiselle. Pour se soustraire à ce mariage, il résolut de partir pour la guerre ; mais auparavant il se fil tirer son horoscope : on lui prédit que s'il allait à la guerre, le premier coup de | feu f|*ii serait tiré sur le champ de bataille serait pour lui et le tuerait. Il vint me trouver, me raconta la chose et me promit , s'il était tué, de revenir me faire ses adieux ; il me demanda aussi si je n'aurais pas peur. « J'aimerais mieux, lui répondis-je, vous voir vivant qu'à l'état de fantôme. — Allons , fit-il , donnez-moi votre main , et dites-moi que vous n'aurez pas peur. » Croyant qu'il ne voulait que me tourmenter, je lui donnai la main. Quelque temps après , il entre en campagne ; i c'était pendant l'été : ne pouvant pas bien | dormir, je me lève , et la tète entre mes mains, je tombe dans une profonde rêverie. Tout à coupj'enlends dans le corridor un bruit de pas, comme si quelqu'un marchait avec des bottes éperonnées : « Qui peut venir de si bonne heure? » me dis-je. .Te tourne la tète et je vois un personnage vêtu de brun, qui disparaît aussitôt. Il me fut impossible de bien distinguer la figure, mais la tournure était tout à fait celle de Rnberla. A cette apparition, je jette de grands cris, mais au même instant une main invisible m'applique un vigoureux soufflet. Alors , éveillée par le bruit, une gouvernante qui couchait dans ma chambre me cria : « N'ayez pas peur, madame, ce n'est qu'un esprit ; moi-même, en rêvant, je l'ai senti qui me tirait par le pied. »
( Princesse palatine, Lettres nouvelles et inédites. )
Uu conile de Uuberla était amoureux
Il y avait au Plessis-Chamant un cousin de Lucien Bonaparte , un Ramolino.
Il était peureux et superstitieux. Une nuit, son père lui apparut et lui défendit du ton le plus solennel que puisse prendre un revenant de manger des épinards.
Le pauvre garçon se prosterna la face contre terre , et jura par tons les saints que les épinards et lui n'auraient jamais de rapports ensemble. 11 se recoucha avec le frisson, ne dormit pas de la nuit, récita plus de dix oraisons, el parut au déjeuner bien plus pâle que le vrai spectre^
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