RIC
qui n'était autre qiio ruu de ces messieurs à riiumeur joyeuse; je crois que c'était Louvet lui-même. Ou plaça devant le pauvre Ramolino un grand plat d'épinards , qui le fit devenir presque de leur couleur. Ou ]jcuse Lien qu'il n'en mangea pas. Mais il fut obligé d'y toucher, car tout le monde lui en demanda; et chaque fois qu'il mettait la main au plat, il regardait autour de lui, comme s'il eût craint que le revenant ne se trompât et ne crût que c'était lui qui en mangeait.
(Duchesse d'Abrantès , Mémoires.)
RcTolution.
M. le comte Mole, étant conseiller d'État, dit un jour à Napoléon : » Sire, vous avez tué sans retour l'esprit révolutionnaire.— Vous vous trompez, reprit Napoléon , je suis le signet qui marque la page où la révolution s'est anétée; mais quand je serai mort, elle tournera le feuillet et reprendra sa marche. »
Bhînoplastie.
Un homme fort riche ayant perdu son nez par un accident, et ne voulant pas le raccommoder avec la chair de son propre bras, engagea un pauvre, moyennant de l'argent, à lui prêter le sien : le chirurgien ouvre le bras du pauvre, met dans cette ouverture la place du nez du riche, qui se reforma peu à peu de la chair du pauvre, et enfin se trouva tout entier. Mais peu de temps après, le pauvre étant mort, le nez du riche se corrompit et tomba entièrement (1).
( L'abbé Bordelon , Diversités curieuses.)
Riche {Moyen de devenir).
Le roi Louis Xll , allant à Bayonne, logea en un petit village nommé l'Esperon. Or, sur le grand chemin le bayle avait fail bâtir une très-belle maison. Le roi trouva étrange qu'en un pays si maigre et si stéiile ce bayle eût fait bâtir une si belle maison, de quoi il entretint pendant son
(i) Recommandé à l'examen de l'AcacU-tnie de médecine.
souper son maréchal des logis , qui lui fit réponse que le bayle était un riche homme, ce que le roi ne pouvant croire, vu le misérable pays où la maison était assise, l'envoya quérir sur l'heure même, et lui dit ces mots : « Venez çà , bayle : pourquoi ii'avez-vous fait bâtir celte maison en quelque endroit où le pays fût bon et fertile? — Sire, je suis natif de ce ))ays, et le trouve prou bon pour moi. — Ètes-voiis si riche comme l'on m'a dit.' — Je ne suis pas pauvre ; grâce à Dieu , j'ai de quoi vivre. — Comment est-il possible qu'en uu pays si maigre et stérile tu aies pu devenir si riche.* — Cela m'a été bien aisé, sire.. — Dis-moi donc comment. — Par ce, sire, que j'ai toujours plutôt fait mes affaires que celles de mon maître et de mes voisins. — Le diable ne m'emporte, dit le roi (ainsi était son serment), ta raison est bonne, car, en faisant de cette sorte et te levant matin, tu ne pouvais faillir de devenir riche. »
(Montluc, Commentaires.)
Richesse suffisante.
Nicolas doPescion étaitun gentilhomme facétieux, lequel se trouvant un jour en bonne compagnie , où l'on devisait, entre autres choses, des âges de chacun , on demande quel âge il avait ; il répondit qu'il était sain. Un autre s'enquérant de ses richesses , il dit qu'il ne devait rien , montrant par là de fort bonne grâce que assez est âgé qui est sain, et vraiment riche celui qui ne doit rien(l).
( Facétieux Réveille-matin.)
Richesse inexploitée.
L'archevêque d'Auch , frère de Desmarets, passait sa vie à Paris en hôtel garni , et en robe de chambre , sans voir personne, ni ouvrir aucune Içttre qu'il reçût,. qu'il laissait s'amasser en monceaux. A la fin le roi se lassa, et dit à Desmarets de le renvoyer à son église.
L'embarras fut d'autant plus grand d'en entreprendre le voyage, qu'il en était de-
(i) Rappelons ici la réponse de Piron à Voltaire, citée t. I, p. 174 • « Je ne suis pas riche, c'est vrai; mais je m'en f .. . c'est comme si je l étais. »